XML | Métadonnées | Version originale
x
Satyre Menippée
1 2 3

SATYRE,
MENIPPEE:
OV
DISCOVRS SVR LES POI-
GNANTES TRAVERSES
& incommoditez du Mariage.

Auquel les humeurs & complexions des Femmes sont
viuement representées.

Par Thomas Sonnet, Docteur en Medecine, Gentil‑
homme Virois.



Seconde Edition.
Reueuë par l'Autheur, & augmentée
De La Timethelie.
OV
Censure des Femmes.
ET
D'vne deffence Apologetiqve,
Contre,
Les Censeurs de sa Satyre. Vignette. L'empreinte de la Bilbliotheque de l'Arsenal. A PARIS,
Chez Iean Millot, sur les degrez de la
grand' salle du Palais.
Filet simple.
1609.
Auec priuilege du Roy.
4

Bandeau décoré de feuilles et d'animaux. TRES-NOBLE ET VER- TVEVX GENTIL-HOMME Gilles de Gouuets, Sieur de Mesnil-Robert, & de Clinchamp.

Lettrine "M".
MONSIEVR, Apres auoir alambiqué mon cerueau, iusques au dernier Mercure5, pensé & repensé, soubs la faueur & sauuegarde de quel Neptun ou Dieu Tutelaire, ie pourrois [...]re cingler6 en asseurance vers le port François, ce mien petit Esquif ou Satyre Menippée: Ie me suis en fin resolu, voyant luire & briller en vous tant d'excellentes & genereuses vertus, de vous choisir particulierement pour ce subiect, & vous dire auec ma Muse:
Vous estes digne seul de receuoir mes vœux,
Mex vœux, sans vostre Nom, ne peuuent auoir d'estre.
Leur estre essentiel despend de vos Adueux,
Sans vos adueux, mes vers n'osent au iour paroistre.
Quel Phare plus lumineux ? quelle brillante Cynozure7 eust peu seruir de garde à ma Barque Satyrique, que l'esclat & le lustre de vos merites, & la reputation de vostre Nom ? Car s'il s'est iamais rencontré gentil-homme en Normandie plus amoureusement passionné, & passionnément amoureux de la science, c'est vous Monsieur, comme les effects l'ont fait paroistre, ayant eu l'ame touchée d'vn tant curieuse recherche, & d'vne curiosité tant recerchée, que d'auoir faict dresser à vostre maison & Terre de Clinchamp ( vray seiour & retraicte des Muses ) vn magazin ou Bibliotheque des liures les plus rares qui se soient point imprimez de ce siecle. Acte vrayement digne d'vn gentil‑homme, digne d'vn cœur genereux, digne d'vn seul Mesnil-Robert. A qui donc mieux qu'à vous eusse-ie peu dedié
& consacrer ceste Satyre, qui estes l'vn des Mignons des neuf sœurs, le cœur de Mars & l'ame de Minerue : Qui cherchez & caressez les hommes doctes, & particulierement ceux qui font profession de cueillir sur le Parnasse les lauriers de Phœbus. Il me semble neantmoins que i'entens quelque sourcilleux & Critique censeur, lequel me voudra peut estre reprendre de ce que i'ose addresser ceste poincte [...]ique, Antagoniste du Dieu Nopcier8 à vn gentilhomme, qui a esté long temps engagé à sa solde, & porté les armes soubs son Enseigne. Mais ie le prieray de consisiderer que vostre mariage estoit d'vne autre trempe, & portoit d'autres marques que les alliances vicieuses de ce temps, n'ayant point choisi pour espouse, feu Madamoiselle vostre femme, poussé par par une ambition, auarice, ou volupté mais seulement pour les rares vertus & vertueuses raretez que le ciel luy auoit
departies; vertus (dy-ie) lesquelles, comme à vne seconde Ariadne, luy auoient [...] durant le cours de sa vie, le fil de la [...] dence, duquel elle s'estoit heureusement seruie pour vous faire esquiuer, ainsi qu'un autre Thesee les Dedalles & labyrinthes du Nopcier9 Hymen, & vous affranchir des espineuses trauerses dépeintes par ma Satyre, que i'ose mettre au iour, soubs le fauorable appuy de vos merites, l'aide de vostre renom, & le pauois de vos diverses vertus: Esperant soubs les heureux auspices d'vn si digne & vertueux Gentilhomme, & le benin aspect d'vn Astre lumineux, destourner les mauuaises influences & les malignes oppositions de son horoscope ascendant sur l'Orizon François. Receuez donc, s'il vous plaist, ces premiers deuoirs de ma deuotion à vostre service d'aussi bon visage que ie desire demeurer toute ma vie,
Vostre plus affectionné seruiteur Covrval medecin

Bandeau décoratif. AVDIT SIEVR DE MES- nil Robert. STANCES.

Lettrine A.
A Vous mon Mœcenas, mon estoille Pollaire,
Mon Phare, mon Neptun, ma Tramontane claire
( Ie consacre ces vœus : ) A vous qui dans le Port
Ma fregate guidés, mes Vers, & ma Satyre,
Qui sans vous son Patron, n'eust point party de Vire,
Redoutant des François le perilleux abbort10.
Mais ayant pour appuy vn si puissant Neptune,
Quel orage gresleux, ou Borasque11 importune,
Quels Syrtes, quels escueils, luy feront reculer
Le riuage François : ayant pour claire estoille
Vos diuines vertus, & vostre Nom pour voille,
Vers le Port hardiment elle pourra cingler12.

Bandeau. AVDIT SIEVR.

Sonnet.

Lettrine H.
HEureux, Mesnil-Robert, heureuse l'influence
Et l'Astre fortuné, qui dominoit aux Cieux
Lors que tu vois le iour, Mars te feist genereux,
Et Mercure t'offrit sa plus douce Eloquence.
Pallas tu feist present, de ceste grand' Prudence
Qui en tes actions te rend si vertueux:
Minerue te donna le desir curieux
D'auoir de tous les arts parfaite intelligence.
O fauorable Aspect ! ô Bening Ascendant!
Qui lors que tu naissois, alloit comme influant
Mesmes perfections à ta noble famille :
Tu vois ton docte Fils ce genereux Clinchant,
Lequel à tes valeurs heureux va succedant,
Faisant renaistre en luy ta doctrine fertille.

Qvatrain a lvy-mesme.

Lettrine H.
HEureux, Mesnil-Robert, qui sans te consommer
Fais naistre vn Phœniceau sans te changer en cendre,
Le Phœnix se perdant tasche à s'eterniser:
Toy tu peux immortel, sans te perdre te rendre.

Bandeau. AV SIEVR DE COVR-VAL. Contre vn Cocu, lequel fasché de se voir peint en cette Satyre, à mesdit de ces Vers.

Lettrine S.
SI c'est l'humeur d'vn vray Satyre
De bien reprendre & de bien rire,
Celui qui reprend tes écris,
N'a point gaigné d'estre repris;
Pour ce qu'il est depuis naguere
Cogneu Satyre du Vulgaire.
Le different est qu'en ce faict
La Muse Satyre t'a fait ;
Mais cetui-ci qui te diffame
L'estant à cause de sa femme,
Sa femme, Covr-val, que ie croi,
La mieux fait Satyre que toi :
Car lui faisant dessus la teste
Porter la corne à double creste,
Doit-il pas donc estre tenu
Pour vn vray Satyre cornu ?
Angot, L'Epr'onniere.

Bandeau. A MONSIEVR DE COVRVAL svr la Satyre dv Mariage. STANCES.

Lettrine N.
N'Ouurez plus desormais vos portes amoureuses,
Femmes qui deceuez les ames malheureuses
De ceux que vous rendez trop laschement vaincus:
Puis qu'on trouue en ces vers vn docte apprentissage
D'euiter le malheur qui rend en Mariage,
Et la femme impudique, & les hommes cocus.
Vous ne nous ferez plus porter comme les bestes
Le ioug dessus le col, des cornes sur les testes.
Nostre cœur maintenant autre part est porté:
Vos beaux yeux qui trompoient nos ames insensées,
Sont ceux qui pour iamais remenent nos pensees
Dans l'asseuré seiour de nostre liberté.
Cyrces de nos esprits, Syrenes13 de nos ames,
Qui sous l'appas trompeur de vos sorcieres flames
Allumez tout le feu qui esteint nos esprits,
Vos charmes autresfois ont tenté mon enuie:
Mais voyant en ces vers l'humeur de vostre vie,
I'ay vos glaçons en hayne, & vos feus à mespris.
Covrval dépeint si bien sous sa diuine plume
Vostre amere douceur, vostre douce amertume,
Vos plaisirs malheureux, & vos plaisans malheurs,
Vos Syrtes, vos destroits, vos deuoyantes voyes:
Que ce qui nous estoit vn Paradis de ioyes
5
Nous semble maintenant vn enfer de douleurs.
Pour perdre tous les Grecs qui gaignerent l'Asie
Nauple planta de nuict vne torche ennemie
Sur le haut d'vn rocher d'escueils enuironné,
Vostre œil pipant ainsi nostre raison volage
Nous attire en la mer du fascheux Mariage
Qui rend la femme heureuse, & l'homme infortuné.
Pour l'extreme beauté de celle que i'adore
Qui luit sur vostre sexe, ainsi comme l' Aurore
Parmy l'obscurité des flambeaux de la nuict:
Ie tairay vos humeurs, & vos mœurs tout ensemble,
Pour dire en vn beau mot qu'vn homme est ce me semble,
Bien sage qui vous laisse, & bien fol qui vous suit.
L'Eperonniere. Angot.

Bandeau. A THOMAS SONNET, DOCTEVR en Medecine svr sa Satyre.

SONNET.

Lettrine C.
CEluy est ignorant qui mesdit de tes Vers,
Docte Covrval Sonnet, c'est faute de science,
Faute d'vn bel esprit, faute d'experience,
Et pour n'auoir gousté des Poëtes disers
La diuine liqueur, & les carmes diuers,
Le style doucereux, & la braue cadence :
Mais cil qui d'Helicon enseigné dés enfance,
Et chery d'Apollon, à sceu par l'Vniuers
Admirer les beaux traicts d'vne haute Poësie:
Te fera de respect, honorera ta vie.
A iamais, vantera ta Satyre & ton los,
Consacrera ton nom au temple de Memoire,
Dira qu'au bord Virois,Covrval est vne gloire,
Qui chante ce qu'il veut, & fort bien à propos.

AV MESME. Qvatrain.

Lettrine Q.
QViconque ce Satyre ennemy des beautez
Lira sans passion, sans haine, sans enuie,
Pourra bien remarquer qu'on peut passer sa vie,
Sans encourir d'Hymen les douces cruautez.
Iean Sonnet, Aduocat, frere de l'Autheur.
7

Bandeau. AV SIEVR DE COVRVAL, SVR SA Satyre Menippee. SIZAIN.

Lettrine M.
M Etz hardiment au iour, ta Satyre & tes Vers
Sans craindre des Virois, les iugemens diuers:
Pẽse, Docte Covrval, qu'au regard de la Frãce,
Vire n'est rien, qu'vn Poinct, qu'vn Atome leger,
Laisse les donc, Covrval, leur venin desgorger,
Car l'Atome, & le Poinct, n'ont pas grande puissance.
De Cerizoles, Gentil‑homme Normant.

Filet simple. AV SIEVR DE COVRVAL. Sizain.

Lettrine M.
M On frere, qui vous meut de blasmer tant Hymen
Le remede asseuré, l'vnique Dictamen,
Qui peut guarir les coups de l'enfant de Cyprine:
Ha! ie voy bien que c'est ; vostre esprit trop hautain!
Lequel veut despiter, l'Archerot inhumain
Eschauffé des rayons d'vne flame diuine.
Damoiselle Esther Sonnet, sœur de l'Autheur.

Bandeau. AV LECTEVR.

Lettrine A. A My Lecteur, tout ainsi que les sages & bien aduisez Pilotes,faisants voile sur le dos escumeux de Thetis, apres auoir esté long temps battus des orages & des tempestes ; & fatigués des continuels trauaux de la marine, ont accoustumé lors qu'ils ont descouuert quelque coste ou poincte de terre où ils desirent aborder & baigner l'ancre, de faire descendre quelques mariniers dans l'Esquif, pour aller descouurir & recognoistre l'assiette, situation, & commodité du lieu, la nation, la langue, & l'humeur des habitans, pour sçauoir s'ils y pourront trouuer quelque rafraischissement ou commodité de viures, & s'ils auront permission & licence desdits habitans d'y pouuoir aborder, leur ayant premierement fait entendre par leur truchement, de quel pays, climat & nation ils sont, & quelles marchandises ils portent, afin que par la responce de l'Esquif s'il se trouue quelque commodité iointe à la permission, ils puissent en toute asseurance faire cingler & ad uancer leur flotte pour y prẽdre terre. Tout de mesme ( Lecteur ) ayant depuis trois ou quatre ans en ça fait voile sur le vaste Ocean de la Poësie, auec vne petite flotte de sept nauires seulement, dont les quatre premieres sont chargées de quatre Satyres : la premiere contre les Vsvriers, la seconde contre les Chicanevrs, la troisieme cõtre les Charlatans et psevdomedecins Paracelsistes, la quatriesme & derniere contre La vanite', svper- flvite' et inconstance des habits: Les trois autres vaisseaux sont chargez de plusieurs & diuerses sortes de marchãdises: dans le premier sont mes Amours de Francine14; au second mes Meslanges Poëtiques, tissuës de plusieurs especes de Poësies,comme Sonnets, Stances, Odes, Discours, Elegies, Epigrammes, Anagrammes, Epithalames, Chants Royaux, Cartels & Mascarades. Le troisiesme & dernier a pour charge seize Epitaphes ou Tombeaux, desquels ie t'en ay voulu attacher six seulement à la queue ce cet Esquif, afin que tu puisses iuger par ces deux petits eschantillõs du commencement & de la fin de mes œuures.Ayãt donc, dj-ie, nauigé sur ceste poetique mer, agité des borasques & tempestes, de mille trauerses, qui arriuẽt le plus souuent à ceux qui font profession de toucher la lyre d'Apollon. Et descouurant de loing la coste Françoise, où ie desire moüiller l'ancre & me rafraischir,i'ay bien voulu auant que d'y aborder enuoyer deuant ceste petite fregate ou Satyre Menippée du Mariage pour recognoistre le port, descouurir les humeurs, tẽter les opinions,sonder les volõtez, &taster le pouls des esprits François, pour sçauoir s'ils auront cet abord aggreable, & si i'auray permission & licence de pouuoir ancrer dans leur Haure:leur ayant faict entendre par cet Esquif quel est mon Pays, mon humeur, mon langage, mon style, ma veine, & ma boutade poëtique, sans oubliera les aduertir de quelles marchãdises ma flotte est chargée, & de quelles banieres i'arbore le mail de mes Nauires,afin que si descouure que l'on ait rudement traicté cet Esquif, i'aye pour le moins ce bon heur, & ce contentement en l'ame, d'auoir garenty & sauué ma flotte entiere d'vn perilleux danger, aymant beaucoup mieux la laisser en pleine mer à la mercy des ondes, & à la discretion des Aquillons,que temerairement l'exposer en vn port mal asseuré à la fureur de quelques cerueaux mal tymbrez & langues ser 9 pentines, qui peut estre du bord de leur riuage pourroient decocher tant de fleches & lascher tant de canons de mocquerie & de mesdisance qu'ils la pourroient saccager & mettre à fonds.Contente toy donc à present de cet Esquif, Amy Lecteur, auquel si tu fais bon visage & monstres vn doux & gratieux acueil, tu te peux asseurer que ie ne differeray point long tẽps à cingler,à rames & voilles tenduës vers ton Haure François: Sinon ie prendray port ailleurs ou le vent,le destin, l'orage & la fortune me guideront. Au reste ie desire que tu sois aduerty qu'en toute ceste presente Satyre, mon dessain ny mon but n'ont point esté de syndiquer ou censurer le Mariage sacré, & institué du grand Diev. C'est seulement contre les Mariages de ce temps, que i'ay dressé ceste pointe Satyrique, voyant qu'auiourd'huy la pluspart, ou se font pour l'ãbitiõ, ou pour les richesses, ou pour la volupté comme les malheurs & trauerses qui en naissent donnent tesmoignages: Aussi ont ils aussi mauuaise fin, que leur principe est depraué & corrompu. A-Dieu.

Bandeau. A MA SATYRE. STANCES.

Lettrine.
V A ma Satyre, va, & te monstre en lumiere,
Le cœur braue & hautain,& la desmarche fiere,
Le visage asseuré, pour constant supporter
De tous les mesdisans la tempeste & l'orage:
Sois ainsi qu'vn rocher exposé au riuage:
Qui despite les flots qui le viennent heurter.
Ne crains des mesdisans les langues enuieuses,
Ne crains de leur carquois les flesches venimeuses:
Leur trempe,que ie croy,n'est d'vn acier bastant
Pour fausser l'espaisseur de ta forte cuirasse:
Ne crains donc point les traicts de ceste populasse,
Et laisse mal parler l'enuieux ignorant.
C'est assez, c'est assez, si tu plais à la France
C'est d'elle qu'il te faut attendre la sentence,
Pour iuger si tes vers,sont bien ou mal limés,
Non de ces enuieux de l'ingrate patrie,
Qui pour te censurer,disent par mocquerie
Que ton stille est lascif,& tes vers mal rimés.
Marche donc hardiment ô ma chere Satyre!
Et ne crains les abbois,de ce peuple de vire
Quoy?ma fille as tu peur,des mesdisans virois?
Sçais tu pas qu'a leur goust,iamais ie n'ay sçeu plaire
Ta seule ambition sera de leur desplaire,
Pour plaire si tu peux, au reste des François.
Portrait de l'auteur avec légende. THOMAS SONNET SIEUR DE COURVAL DOCTEUR EN MEDECINE AAGÉ DÉ 31 ANS
C'est icy de Courual le vif et vray pourtraict
Son néz, son front, ses yeux, et sa leure pourprine,
Icy tu voidz le corps figuré par ce traict
Et son esprit paroist en l'art de Medecine.
L.Gauhier Sculp. 1608.
11 Bandeau, cupidon au jardin.

SATYRE MENIPPEE.

Lettrine.
MVses, qui habitez dans l’Antre Pieride,
Rendés libres mes sens & ma veine fluïde
Serenez mes Espris, agitez d’vn procez,
Qui de vostre Helicon m’a fait perdre l’accez.
Diuin Apollon, faites moy ceste grace
e du Pinde sacré ie reprenne la trace,
e i’ombrage mon chef d’vn laurier immortel,
que ie sacrifie à vostre sainct Autel :
e ie hume à longs traicts de vostre eau Cabaline,
Qui des Poëtes saincts eschauffe la poictrine :
O Phœbus donne moy que ie chante en ces Vers
malheurs, les ennuys, les accidens diuers,
squels vont trauersant ceux qui par mariage
ubs les loix d’vn Hymen se mettent en seruage !
rigoureuse loy ! loy dont la cruauté
A rauy des humains la douce liberté:
Liberté qui nous faict exposer nostre vie
A cent mille perils, crainte d’estre asseruie !
Liberté qui nous met le fer dedans la main,
ous arme de courroux, quand vn Prince inhumain
efforce l’opprimer, si que pour la deffendre
On a veu des citez, & des villes en cendre:
Et maint Empire encor on a veu malheureux
Pour ceste liberté, qu’on tient fille des dieux.
SI donc la liberté du Ciel nous est donnée,
Pourquoy l’engageons-nous soubs les loix d’Hymenee:
Pourquoy fols incensez voulons-nous sans raison
Nous rendre malheureux de nous mesme en prison ?
Pourquoy pleins de fureur, ainsi que Frenetiques,
De nos mains voulons nous nous enferrer de piques ?
He ! pourquoy voulons nous, stupides indiscrets,
Nous-mesmes nous ietter captifs dedans les rets ?
Nous forgeons les chainons qui captiuent nostre ame,
Nous allumons le feu qui nostre cœur enflame,
Nous preparons la glus qui nous vient empestrer,
Et le rets nous tissons qui nous vient enrether :
Nous beuuons l’Aconit & le Napelle blesme
Que nous auons pillé, & destrempé nous-mesme:
Nous-mesmes nous dressons, les charmes Cyrceans,
Qui charment nos esprits, & enchantent nos sens,
Cyclopes malheureux, nous martelons le foudre,
Qui brize nos plaisirs, & les reduit en poudre.
Bref nous sommes autheurs de nos propres malheurs,
Quand soubs le ioug d’Hymen, nous engageons nos cœurs!
O ioug, seruile ioug, ô ioug plus miserable!
Ioug cent fois plus fascheux, & plus insupportable
Que celuy des Forçats, qui de crime entachez
Languissent sans repos, à la rame attachez:
Ioug qui va surpassant les peines iournalieres
Qu’endurent auiourd’huy dans les creuses minieres
Les pauures Indiens, vendans leur liberté
Au Marane Espagnol, qui plein de cruauté
Les contraint iour & nuict, en extreme misere,
De tirer l’or du creux d’vne sombre carriere:
Si quelqu’vn d’eux se plaint soudain au cheualet,
Ses os sont disloquez couplet apres couplet,
Ou bien ils sont contraints d’endurer l’estrapade,
Qui leur destord les bras d’vne rude tyrade.
Ces tourments ne sont rien, ce sont roses & fleurs
Balancez au niueau des seueres rigueurs,
Qui du nopcier15 Chaos ont prins estre & naissance ;
Les foudroyans esclairs ne font tant de nuisance
Aux moissons de Cerés : Les vents plus orageux,
Les Autans empestez ne sont si dangereux,
Et les froids Aquillons ne font tant de dommage
Au fleurs du gay Printemps, comme le Mariage
Faict de mal aux humains ; Nous comblant de malheurs,
Fanissant tout soudain l’esmail des belles fleurs
De nos ans Printaniers ; changeant par mainte escorne
Nostre doux Gemini, en vn froid Capricorne,
Nos plaisirs en douleurs, en tristesse nos ris,
Il vient changer fatal, nostre heureux Paradis,
En vn horrible Enfer, vn gouffre de miseres,
Vn deluge d’ennuys, vn foudre de coleres,
Vn torrent de malheurs, vn Ocean de maux,
Arsenal de chagrins, magazin de trauaux,
Le Poinct, le Racourcy, l’Epitome & le Centre,
Où les lignes d'ennuis se viennent toutes rendre.
Vn Montgibel fumeux de bouillonnans souspirs,
Dont les chaudes vapeurs chassent les doux Zephirs
De nos contentements, pour former vn orage
Lequel va dissipant les plaisirs de nostre aage,
Vn menteur Charlatan qui nous va deceuant
Souz le masque trompeur de quelque beau semblant.
Vn cauteleux Aspic, dont la douce piqueure
Nous endort plaisamment du sommeil d’Epicure16.
Sommeil voluptueux, dont le triste réueil
Nous conduit en douleur au funeste cercueil
C’est l’amer gobelet du fin Apoticaire,
Lequel pour desguiser vne Rubarbe amaire,
Ou le rude Agaric, couure d’vn succre doux
Le breuuage appresté, craignant à tous les coux
Que la fiere rigueur de ce fascheux breuuage,
Ne face au languissant bien-tost perdre courage.
Mais il n’a pas si tost aualé la liqueur,
Qu’il sent dans l’estomach vn frissonnant horreur.
C’est le trompeur flageol du cauteleux Mercure
Qui endort les Argus, plus subtils de nature
Par les apas trompeurs d’vn son melodieux
Qui charme leurs esprits, & leur sille les yeux.
Vn vray Faux-monnoyeur, qui baille pour monnoye
Vn or adulteré, que pour bon il employe,
Sçachant son faux alloy desguiser dextrement,
D’vne esclatant metail le couurant finement:
Mais ce n’est que billon & pure piperie:
A la touche on cognoist quelle est la tromperie
A la couppe, au cizeau on descouure ce mal,
Et que son or n’est rien qu’vn billonné metal;
De mesme les attraits, que l’Hymen nous presente,
N’est que pour deceuoir d’vn espoir nostre attente.
Les fifres & tambours, & les gays violons,
La Musique, le Luth, le Bal, & les Chansons,
Les flambeaux allumez, les Ieux, les Mascarades,
Les folastres Bouffons, les ris, & les aubades:
Tous ces vents de plaisirs, sont les auant-couriers
De nos tristes malheurs, & de nos destourbiers.
Tout ce grand bruit nopcier17 pronostique vn orage
Qui nous va menassant d’vn estrange rauage ;
Ainsi que nous voyons, lorsque l’Austre moiteux,
Bourdonne parmy l’air, presager tempesteux,
Vn orage prochain,vne future pluye,
De foudres, & d’esclairs,le plus souuent suyuie
De mesme ce grand bruit, & murmurant caquet,
Des Parens assemblés, au nuptial banquet,
Sont les signes certains, & asseurés augures
Des orages suyuans, & tempestes futures:
Prestes à saccager ces pauures amoureux
Engagez aux filets, de ce Dieu captieux18,
Qui les va repaissant, de souspirs, & de larmes,
Et leur brasse à la fin, de cruelles alarmes,
CEt Hymen neantmoins, semble vn plaisant iardin,
Plain de roses,d’œillets, d’odorant Romarin,
Tout bigarré de fleurs, de cent couleurs diuerses,
D’incarnat,pourpre, vert, iaunes,grises & perses,
Bordé d’vn passement, de cristalin ruisseaux
Dont le murmure doux, endort les animaux,
Ou les mignards Zephirs de leur suaue haleine
Parfument tout le lieu, d’vne odeur souueraine,
Plus douce mille fois, que le musc Indien
L’odoreux ambre-gris, le Baulme Ægyptien;
En vn mot ce iardin, semble proprement estre
Vn petit r’accourcy, du Paradis terrestre
Mais tout incontinent, qu’on s’aduance au milieu,
Pour contempler de prés la beauté de ce lieu:
On ne s’apperçoit point qu’entre ces vers fueillages
Ces beaux compartimens, & allignés bordages,
Ses ruisseaux argentés, ses roses,& ses lis .
Entre l’odeur des fleurs, de ce doux Paradis,
Parmy tous ces attraicts, & mignardes blandices,
Sont cachez au dessous d’estranges precipices
Pleins de chardons picquans, & d’espineux haliers,
Ou se perdent d’Hymen : les plus fins Escolliers;
Lesquels se promenans, dans ces salles plaisantes
Couuertes à l’entour, de fueilles verdoyantes,
Tombent tout aussi tost, dans ces abysmes creux
Pensant cueillir des fleurs, de ce parterre heureux:
Lors ils ont beau crier, secours, misericorde,
Ils sont prins tout ainsi, que Renard à la corde.
Ses mignons frisottés, qui font tant les matois,
A ce piege estant pris, sont aux derniers abois
Fussent-ils r’afinés, iusqu’au dernier Mercure,
Ils sont contrains en fin, bastir leur sepulture
Dans ces antres obscurs, où ils sont prisonniers
Et mis entre les mains, de tres-rudes Geoliers.
C’est pour fin vn marché,qui n’a que le front libre
Portant en son abord ; pour marques & pour tymbre
Vn Dedalle Cretois, plain d’obliques destours,
De Meandreux replis, qui font perdre le cours
Du chemin, qui sembloit à l’abord si facile,
Se monstrant au sortir, fascheux & difficile
On ne s’en peut tirer, ô trop rigoureux sort !
Que par le dard cruel, de l’indomptable Mort ;
C’est le seul peloton, le fil & la cordelle
Qui de ce Labirinth19, nous passe en la nacelle
Du nautonnier Charon, seul vnique secours
Des pauures Mariez, qui languiroient tousiours
Dans le Dedalle obscur du fascheux Mariage,
Qu’on peut plustost nommer, gouffre de male-rage.
C’est pourquoy à bon droit, Hyponacte, disoit
Que deux iours bien-heureux seulement il trouuoit
Soubs ce ioug espineux : Le iour des Espouzailles
Et le iour qu’on faisoit les tristes funerailles20.
Ces deux fleurs vont naissant, entre mille chardons,
Qui nous vont trauersant de picquans esguillons
Ces roses nous cueillons à trauers tant d’espines,
Que leur plaisante odeur,ne les peut rendre dignes
De tant se trauailler pour en vouloir iouir,
Puisqu’auec tant de mal s’en acquiert le plaisir:
Et comme a bien chanté quelque docte Poëte21,
Mariage n’est rien qu’vne horrible tempeste.
La Grotte A Eolienne, Orque des tourbillons.
Occean de douleurs,grains aux vagueux sillons,
Forge de tous ennuis,fusil de toute rage,
Dont s’allume le feu qui nous brusle & saccage.
Non,ce n’est rien qu’vn feu, sous la cendre voillé
Sous l’aigneau courtisan vn Renard recelé,
Vn borgne-clair-voyant, vn gosseur Harpocrate,
Vn charme despitant tous les ius d’Hypocrate,
Vne neige poissarde, vn succre Absinthien,
Vray courrier d’Atropos, postillon de vieillesse,
Boutique de Pluton, abysme de tristesse,
Canal d’affliction, alambic de malheurs,
Source d’aduersité, fontaine de douleurs,
MAis quelqu’vn me dira que dans ceste Satyre
Je descry les tourments,& le cruel martyre,
La tempeste, l’horreur, le perilleux danger,
Qu’encourent les humains,qui sous le ioug nopcier22,
Captifs sont asseruis, sans prouuer par histoires
Les iournaliers effects de toutes ces miseres.
Ie respondray soudain au Lecteur curieux,
Que s’il falloit nombrer les amans malheureux,
Qui sous les loix d’Hymen se sont mis en seruage,
I’espuiserois plustost le Pactole, ou le Tage,
Plustost ie nombrerois les peuples escaillez,
Tous les hostes de l’air aux habits esmaillez,
Et plustost, & plustost, ie descrirois le nombre
Des celestes flambeaux,qui durant la nuict sombre
Brillent au firmament, lors que le grand flambeau
Sa carriere bornant, se plonge dedans l’eau;
Bref ce seroit courir apres vn impossible,
Et rendre par ces vers l’impossible possible.
I’oseray neantmoins,afin de contenter
Le Lecteur curieux, au vif representer,
Cinq ou six grands Heros aux armes indomptables,
Que le nopcier23 Hymen a rendus miserables.
Ce puissant Hercules,cet indompté guerrier,
Ce Tu-geant24 Thebain25, qui osa le premier
Attaquer au combat, les Monstres de la terre,
Qu’il terrassa, vaincueur, comme vn foudre de guerre,
Enuironnant son chef de mille lauriers vers,
Tesmoins de sa valeur par ce large vniuers:
Cepedant ô destin, Hymen ce Dieu folastre
Aidé de l’Archerot, rendit son cœur molastre:
Soudain, qu’il fut captif dans les rets amoureux,
Il n’entreprist iamais vn acte genereux:
Soudain qu’il fut atteint des brandons de Cyprine,
Sa guerriere valeur tomba comme en ruïne,
La laurier de son front deuint sec & flestry,
Son cœur effeminé fut tout allangoury:
Si tost qu’il espousa la belle Deianire
On veit au mesme temps flestrir son vert Empire.
Il deuint mal-heureux, & le ialoux cerueau
De sa femme le mit dedans l’obscur tombeau:
Car ayant imprimé en sa teste friuolle,
Que son Hercule aymoit,& caressoit Iolle.
Deianire en fureur recherche les moyens
De s’en pouuoir venger,ayant l’ame saisie,
Et le cœur enflammé d’ardante ialousie.
Or aduint-il qu’vn iour le Centaure Nessus
Ayant voulu forcer, pres le fleuue Euenus,
L’espouze du Thebain26, dont espris de colere
Descocha sur Nessus vne flesche legere
Teinte au sang du dragon, dont le venin cruel
Par la playe espanché,rendoit le coup mortel.
Ce Nessus donc atteint d’incurable blessure
Voulut auant qu’entrer dedans la sepulture
Se venger s’il pouuoit du grand Alcmenien,
Estant s’il en fut onc expert Magicien.
Or ayant descouuert qu’vne ialouse rage
De Deianire auoit enflammé le courage
Crasse subtilement vne feinte trahison
Pour tirer du Thebain27 promptement sa raison
Il faict secrettement appeller Deianire,
Luy disant qu’il sçauoit qu’vn estrange martyre,
Et qu’vn ialoux chagrin, luy bourreloit le cœur:
Voyant que son mary plein d’ardante fureur,
Trop ingrat auoit faict n’aguere amour nouuelle,
Caressant iour & nuict Iolle la pucelle,
L’asseure s’elle veut, ensuyure son conseil,
Luy donner vn secret, qui n’a point son pareil,
Pour esteindre le feu, & l’impudique flame
Qui alloit consommant Hercule iusqu’à l’ame.
Deianire entendant ses gracieux discours,
Desireuse de voir arracher ces amours
Du cœur de son mary, consent à l’entreprise:
Il luy monstre en secret la fatale chemise
Qui auoit tel pouuoir, ainsi qu’il asseuroit:
Qui cil qui plein d’amour sur soy la porteroit
Ne seroit desormais inconstant & rebelle
A sa chere moitié: Mais constant & fidelle:
Que si son cher espoux auoit d’autres amours,
Ce seul secret pourroit en arrester le cours.
Or voyons quel malheur, ceste promesse enfante,
Nessus luy donne alors la chemise charmante
Dont le fil venimeux, & le magique sort,
Precipitoient soudain les amans à la mort.
Deianire en son cœur,qui trop ialouse brusle
Ceste chemise enuoye à son mary Hercule:
Si tost que le Thebain28 l’eut mise sur son dos,
Il deuint insensé, n’ayant aucun repos:
Il couroit iour & nuict ainsi qu’vn frenetique,
Ou comme vn fier Taureau, que le Tan mord & picque:
Il se iette en fureur dans vn bucher ardant.
Ceste ialouse ainsi priua son cher amant
Et de vie & d'esprit, ô fatal mariage!
Cil qui auoit dompté d’vn genereux courage
Les Monstres plus cruels de ce grand Vniuers,
Par ce fatal Hymen, gist ores à l’enuers!
Cil qui auoit vaincu le pourceau d’Erimante,
Le Monstre Lernean à teste renaissante:
Bref celuy qui auoit par deux fois six labeurs
Esleué son renom entre tous les vainqueurs,
Est maintenant dompté par les mains d’vne femme!
O Hymen trop peruers.ô rigoureuse flame!
IE mets au second rang ce grand Agamemnon,
Qui par armes auoit eternisé son nom
En mille lieux diuers. Ce vaillant Capitaine,
Ce grand prince Gregeois, sentist bien tost la peine,
Et les cruels assauts de ce ioug espineux,
Pour s’estre emprisonné dans les lacs amoureux,
Pour auoir trop aymé sa chere Clytemnestre,
Et s’estre captiué dans le nopcier29 cheuestre,
Il sentit les effects de sa temerité
Pour auoir sous Hymen lié sa liberté:
Il ne peut euiter qu’à son retour de Troye,
Au royaume noircy sa dame ne l’enuoye,
De sa femme il sentit la trop bourrelle main,
Luy ouurant l’esthomach d’vn poignard inhumain:
Aidee à ceste fin de son paillard Ægiste,
Qui pour la secourir vint vers elle bien viste.
Dieux quelle cruauté, qu’elle estrange rigueur
De voir Clytemnestra poignarder son seigneur,
Son espoux, son mignon, ô sinistre Hymenee!
O ioug par trop cruel, ô fiere destinee!
ET que diray-ie plus de ce fascheux lien?
Tairay-ie le malheur du grand Roy Thracien,
Du lascif Tereus, dont le cœur plein de flamme
Brusloit par la Progné, qu’il choisit pour sa femme,
Espris de ses beautez, charmé de ses beaux yeux,
Qui le rendit en fin chetif & malheureux:
Car soudain que Progné entendit la nouuelle
Du tort qu’on auoit faict à sa soeur Philommelle,
Sçachant que Tereus plein d’ardante fureur,
Auoit violemment rauy la tendre fleur
De sa virginité : Ceste fiere Lyonne,
Plus cruelle cent fois que n’est vne Gelonne,
Egorge son Ithis, son tendrelet enfant,
Et par menus lambeaux ses membres va couppant,
Les fait mettre à bouillir, & seruir sur la table
A son Maistre d’hostel, comme vn mets delectable,
Ayant sceu dextrement ceste chair apprester,
Afin que son mary eust desir d’en gouster,
Il mange, ô sort cruel, ô sinistre aduenture,
Son pauure enfant Ithis, sa chere geniture:
Il demande son fils sur la fin du disner,
Commande à ses valets qu’on eust à l’amener:
Progné dans vn grand plat en apporte la teste,
En luy disant: Meschant,tu as mangé le reste,
Va cruel ruffien, perfide, rauisseur,
Nostre Enfant a payé le tort faict à ma Sœur.
Tereus à l’instant, plein de fureur & d’ire,
Mettant l’espee au poing commence à la poursuyure
Par les bois plus espais, & les herbus pastis,
Pour punir ce forfaict & venger son Ithis.
Mais ainsi que l’on feint changee est Philomelle
Ainsi vsa Medée à son Espoux Iason,
Apres qu’il eut conquis la Colchide Toison,
Elle occit ses enfans deuant les yeux du pere.
Est-il rien plus cruel que de voir vne mere
Teindre au sang de ses fils ses maternelles mains?
Peut-on iamais ouïr actes plus inhumains
Qui cause ces effects, sinon le Mariage,
Qui nous enfle le cœur,d’vne bouillante rage?
QVel malheur arriua à Claude l’Empereur,
Pour auoir ia vieillard denué de chaleur,
Espousé follement la belle Messalaine?
Ceste insigne Putain se monstra si vilaine
Que d’aller iour & nuict courir par le bordeau,
Pour, lasciue, chercher quelque plaisir nouueau;
Estant en ses amours si ardante & lubrique
Qu’elle fut estimee vne Putain publique?
Ceste Louue effrontee en sa lubricité
Proposa certain prix, & gage limité,
A qui plus le feroit, se ventant, glorieuse,
D’auoir en ce mestier esté victorieuse
Sur les autres putains: ayant en vne nuict
Receu vingt Courtisans en ce plaisant deduit?
Quel plus aspre tourment, quel plus cruel martyre
Auroit peu affliger ce Prince en son Empire?
Quel plus grand deshonneur luy eust peu arriuer?
Hé, quel plus grand malheur eust il peu esprouuer?
Les trois plus rudes fleaux, famine, peste & guerre
N’eussent tant affligé, son Royaume & sa terre:
D’Où viennent ces malheurs, sinon du Dieu Nopcier30:
Hé! qu’il faict dangereux voguer sur ceste Mer,
Il vaudroit mieux rocher deuenir pres Sypille,
Que fist à son espoux, l’infidelle Erifille
Son mary entendant l’ambitieux dessein,
[Q]ui le vouloit mener à la guerre Thebaine:
[M]ais sçachant des Deuins, pour chose bien certaine
[Q]ue s’il alloit au Champ, son destin l’asseuroit,
[Q]ue dedans sa maison iamais ne reuiendroit:
[Pa]rquoy pour euiter du fier destin la trame,
[S]e cache dans vn bois deffendant à sa femme
[D]e ne point descouurir le lieu où il estoit,
[L]e fin Polinicez, qui peut estre doubtoit
Qu’il ne se fust caché,demande à Erifille
Où estoit son mary, l’asseurant qu’à la fille
Tous ces gens s’assembloient pour se trouuer au Camp,
Et qu’il falloit trouuer son mary sur le champ:
La perfide en riant dist, qu’estoit ignorante
Du lieu où il estoit Polinice la tante,
Luy offre pour present vn riche colier d’or,
La priant instamment, & suppliant encor
Luy faire tant de bien,de faueur, & de grace,
Que de luy declarer & le lieu & la place,
Où son craintif mary s’estoit allé cacher,
Afin que ses soldats eussent à le chercher:
La perfide à ce coup,sans d’auantage attendre
Luy dit, qu’au prochain bois il y auoit vn antre
Taillé dans vn rocher, de mousse tout couuert,
Bordé de grands Palmiers, dont le fueillage vert
Donnoit ombre à ce lieu secret & solitaire,
Seruant à son espoux de cachette ordinaire:
Il est prins & mené en guerre, ou il mourut
Par sa femme, ô destin, la mort il encourut!
Hé quoy? voudrois-ie bien en ce papier descrire
Les sinistres malheurs qu’vn Hymen peut produire
C’est vn large Ocean, sans fonds, riue, ny bort,
Il vaut mieux le laisser, & r’entrer dans le port.
I’aurois plustost trouué au sein de la Nature,
Du Cercle rondissant l’egalle quadrature;
Secret tant recherché des Geometriens,
Où l’Elixir caché de tous les Elemens:
Plustost ie trouuerois par vn art tout Chimique,
Des metaux trans-muez la parfaicte practique,
Que de pouuoir, Lecteur, en ces vers raconter
Tous ceux qu’vn fier Hymen a faict precipiter,
Aux pieges de la mort: Quittons donc ces exẽples
Debonnaire Lecteur, afin que tu contemples
Plus curieusement les labeurs infinis,
Les tourmens, les trauaux, la peine,les ennuis,
Qui trauersent ceux-là, qui comblez de misere
Ont consacré leurs vœux, à Iunon la Nopciere31.
mvse.
MVse pour suyuons donc par les temperamens,
Qui pour estre diuers causent mille tourmẽs
Aux Amans asseruis au ioug de Mariage,
De contraires humeurs formant vn grand orage
De la diuersité de leurs complexions,
Naissent le plus souuent mille dissentions,
Leurs humeurs rarement ont mesme sympathie,
Entre eux on void souuent semblable antipathie,
Qu’entre le Loup cruel, & le paisible Aigneau,
Entre le Leurier, & le craintif Lapreau,
Les sifflans Scorpions, & larmeux Crocodilles,
Les rauissans Faulcons, & plongeantes bourilles,
Les pepians Poullets, & rapineux Millans,
Les charongneux Vautours & delicats Faisans:
Entre les Chats-huants32, & iasardes Corneilles:
Les gourmands Espreuiers, & chastes Tourterelles:
Entre les Chardonnets, & griuelez Mauuis,
La mesme antipathie est aux Amans rauis,
Et portez dans le sein du fatal Hymenee,
Où ils sont tourmentez comme vne ame damnee
Pour la diuersité des contraires humeurs,
Qui des deux mariez des-vnissent les cœurs:
le sangvin.
PEut estre le mary sera chaud & humide,
D’humide radical, aërien & fluïde
Qui le rend abondant en spermatic humeur,
De nos digestions quinte-essence & liqueur,
Laquelle remplissant les prostates glandules,
Où estant resserrée,ainsi que des cellules,
L’efforce de sortir pour caresser Cypris,
Spumeuse regorgeant,de fretillans espris,
Esprits, qui sont portez du cœur par les arteres,
Du foye sanguinolent par les veines portieres,
Du cerueau,par les nerfs,au muscle cremaster,
Qui ioignant aux vaisseaux spermatics va porter
Ses bouillonants esprits aux feconds testicules,
Pour estre conseruez dedans les vessicules,
Comme au vray magazin des plaisirs amoureux,
Arsenal qui fournist de matiere & de feux.
la flegmatiqve.
LA femme d’autre part sera fort flegmatique,
Froide mal tẽperee, & d’humeur cacexique,
N’aura rien desplaisant, que ce plaisant deduit,
Luy tournera le dos tout au long de la nuict,
L’appellera vilain,lubrique, des-honneste,
Refroignera son front, en luy tournant la teste:
Le mary amoureux,fasché de ce refus
Caresse la seruante, & veut monter dessus.
De là mille debats, de là mille querelles,
Si la femme oit le vent ses amours nouuelles;
Le mary est contrainct bien souuent de quitter
Sa maison pour vn temps,taschant à euiter
La tempeste, & le bruit de sa ialouze femme,
Laquelle est toute glace, & luy n’est rien que flãme.
Quel plaisir peut auoir l’infortuné mary,
Sa femme hait l’amour, & a le cœur marry!
S’il en recherche vne autre aux esbats de Cyprine,
Luy qui est amoureux & d’vne humeur sanguine.
la sangvine. le flegmatiqve.
CE n’est rien que cela,c’est biẽ autre malheur,
Quãd la femme au cõtraire est d’vne chaude33
Et lors que son mari est froid: & flegmatique (hu-
De l’incarnation,n’entendant la rubrique,(meur,
Ny les accouplemens du lascif Aretin,
S’amusant seulement à taster le tetin,
Où s’il passe plus outre,il ne faict rien qui vaille:
Car son sang froidureux à grand peine deualle
Des vaisseaux spermatics où il est enfermé,
Sa femme d’autre-part a le cœur consommé
D’vne extreme chaleur, cherchãt vn doux clystere,
Clystere spermatic, qui son ardeur tempere.
Que fera le mary ethique & sans humeur,
Pourra-il de sa femme esteindre la chaleur,
Qui rampe dans ses os, & boult en sa moüelle,
Luy consomme le cœur, le foye, & la ceruelle;
Il a beau s’efforcer, si peu qu’il a d’humeur
R’enflamme encore plus son amoureuse ardeur,
Tout ainsi qu’vn peu d’eau,va redoublant la fieure
Du malade alteré, & bien souuent l’Orfebure
Pour accroistre l’ardeur de son cuisant fourneau,
Y espand dextrement des goutelettes d’eau;
Bref le lasche mary pour sa froide impuissance,
Ne peut pas assouuir ce gouffre de semence.
DE ce Lerne renaist vn Hydre de malheurs,
Comblans le lict Nopcier34 de tragiques horreurs:
La femme à qui l’amour eschauffe la poictrine,
Et dont le sang boüillant iaillit de veine en veine,
Ne peut plus longuement ceste ardeur supporter,
Et de si peu d’humeur ses desirs contenter,
Voyant que son mary plus souuent la chatouille
Du bec,que de la queue, & que point il ne fouille
Au fonds de sa garenne auecques son Furet,
Est contrainte choisir quelque amoureux secret
Pour amortir ce feu,esteindre ceste flame,
Qui gangrene ses os, & consomme son ame.
Il faut, il faut, chercher quelque nouuel Amant,
Ieune, frais & gaillard, roide de son deuant,
Iouial, vigoureux, d’humeur vrayment sanguine,
Pour estre desormais son mignon de courtine:
Quel malheur au mary, quel plus vilain affront
Que de luy voir germer des cornes sur le front,
Peut estre les Demons le prenant pour leur frere
Le voudront emmener dans l’Infernal repaire:
Les Satyres bouquins, au front haue & chenu,
Les Faunes & Syluains voyant son front cornu,
Estimeront qu’il est comme eux quelque Satyre:
S’approcheront de luy pour gausser & pour rire,
Comme vn Monstre de tous, au doigt sera montré,
Estant par le chemin d’vn chacun rencontré:
Sa femme d’autre-part, l’abhorre & le deteste,
Le mesprise, le hait, le fuyt comme la peste,
N’ayant point d’autre soin que de bien s’atiffer,
Se frizer, se farder, en habits piaffer,
Pour plaire à son mignon : sans soucy du mesnage,
O cruelle rigueur! ô estrange seruage!
Que l’homme est aueuglé, qui se laisse tromper
A ce maudit Hymen qui nous vient appiper,
Le pauure mary meurt en extreme martyre,
Il languist peu à peu, & si n’ose le dire:
Il deteste en son cœur, & le iour & l’Hymen,
Qui premier l’arresta dans ce fascheux lien,
Ie croy que son tourment est assez meritoire,
Pour l’empescher mourant, d’aller en Purgatoire.
Tout droit en Paradis, il ira vray martir,
Où comme vn Penitent pour bien se repentir,
Peut-on excogiter plus dure penitence
A vn pauure mary, que voir en sa presence
Sa femme effrontément caresser ses mignons:
Dissiper tous ses biens pour leur faire des dons,
Et qui plus est n’oser murmurer ou se plaindre,
Ains ce mal en son cœur, receler & contraindre,
Son cœur est tout enflé, de souspirs & regrets,
Qu’au fonds de l’estomach il cache & tient secrets,
Il n’ose de trauers ietter la moindre œillade,
Il contrefaict le sain, & a le cœur malade,
Vne gesne,vn ennuy, luy bourrelle le cœur: (gueur 35,
Il ne vit qu’en mourant, & ne meurt qu’en lan-
Ne sçait de ses enfans, ceux qui sont legitimes
Pour heriter ses biens, ô detestables crimes!
Somme il est si comblé de tristesse & d’ennuy,
Qu’il inuoque la mort pour son dernier appuy,
Voyez en quel danger Hymen nous precipite:
Voyez combien de maux aux humains il excite,
Les gages dont il paye au soir ses seruiteurs,
Ne sont rien que tourmens que peines, & labeurs.
Malheureux qui luy sert d’escorte & de conduite,
Malheureux ses vassaux,malheureuse sa suitte,
Symbolisant l’humeur à ce Magicien.
Ce superbe Pharon,Monarque Ægyptien,
Qui pour gages donnoit au soir les estriuieres
A ses valets, recreus des peines iournalieres.
Ainsi en faict Hymen en ce maudit Amour,
Que pour auoir seruis tant de nuict que de iour,
Ne donnent à la fin pour toute recompence,
Que mille vains trauaux,sans aucune esperance,
D’y pouuoir obtenir vn moment de repos:
Mais vn soing eternel,qui ronge iusqu’aux os,
S’il y a pour trois iours de calme en Mariage,
Il y aura trois mois de tempeste & d’orage.
Muse, laissons icy toutes disgressions.
Et poursuyuons le fil de nos complexions.
la colerique.
SI la femme est d’humeur purement bilieuse
Elle aura le cœur haut & l’ame ambitieuse,
Brusque,prompte,soudaine en toutes actions,
Inconstante,legere,en ses opinions:
Vanteuse en ses discours,babillarde,mocqueuse,
Aspre à ses ennemis,prodigue & courageuse,
L’esprit vif,prompt, subtil,fastueux,arrogant,
Fier,hautain,esleué,quinteux,& remuant,
le melancoliqve.
LE mary de sa part sera melancolique,
Humeur directement contraire au colerique:
Ceste diuersité de contraires humeurs
Fera naistre entre eux deux vn Mõstre de douleurs:
Sa femme qui aura l’humeur presomptueuse,
Voudra estre en habits magnifique & pompeuse,
Eprise d’vn orgueil,qui luy boufist le cœur,
Luy enfle les poulmons du vent d’vne grandeur,
Voudra pour piaffer par sus toutes paroistre,
Combien que de bas lieu elle ayt sorti,peut estre,
Voudra pour ses habits entrer effrontement
En toute compagnie,& parler hautement:
Contraindra son mary d’vne façon rebelle,
A luy fournir habits à la mode nouuelle,
Sans preuoir si premier il aura le moyen
De soustenir long temps vn si grand entretien,
Sans sçauoir si ses biens, sa terre, ou son vilage,
Pourront entretenir ce superbe equipage :
Voudra des cotillons d’vn tafetas changeant,
De velours, de Damas ; ou satin esclatant,
Qu’il conuient enrichir de tant de broderie,
De bandes de satin pour la piafferie.
Ce n’est encore rien, il faut mille affiquets,
Bagues, chaines, carquans, ceintures & bouquets,
Des bourses au mestier, de belles pecadilles,
D’vn relief esclatant, de brodures gentilles ;
Les beaux gands parfumez, les esmaillez coutteaux:
Et d’vn azur bruny, les damasquez ciseaux:
Les miroirs façonnez de glace de Venise,
L’esuentail dentelé, les rabats à la Guyse:
Tant de chaisnes de geë, & tant de bracelets,
De perles, de grenats, & de riches collets :
Tant de manteaux plissez d’vne estoffe bien teinte,
Quand la dame est aux champs, ou lors qu’elle est enceinte.
Tant de moulles frisez, de perruquez cheueux
Retors, & annelez en mille & mille neux,
Les toilettes de nuict & les coiffes de couche,
Brassieres de satin, quand Madame est en couche:
Sans oublier encor les coëffes de velours,
La robe de damas, auec tous ces atours :
Mais ce qui plus la met en ceruelle & en peine,
C’est qu’il luy faut auoir des rabats à la Reyne,
Rabats à poinct-couppé, ouuragez, dentelez,
Empesez, rayonnez, canelez, houppelez :
Des rabats à la neige, & à la franfreluche,
De beaux manchons doublez de Martre ou de peluche.
Il faut en outre auoir de superbes patins
D’vn velours cramoisi, ou de mignards multins,
D’vn marroquin violet, couleur iaune, ou pourprine,
Et en teste porter coeffe à la lacobine.
Et mille inuentions & autres nouueautez,
Mille façons d’habits d’heure en heure inuentez,
Qui pour naistre à la Cour, source de l’inconstance,
Ont plus de changement qu’Eurippe en apparence
N’a de flus & reflus, qui sept fois tous les iours
Flotant & reflotant, à son cours & decours;
Ainsi la nouueauté des habits de la France,
A son flus & reflus sans aucune asseurance.
LE mary qui n’est point bouffi d’ambition
Contrariant du tout à sa complexion,
Auare ne voudra à sa femme permettre
Ses sumptueux habits, ains tasche à la remettre
Par ses prudens discours, au sein de la raison,
Luy disant qu’elle veut ruiner sa maison :
Luy remonstre en douceur qu’il ne peut satisfaire
A luy fournir habits si pompeux d’ordinaire,
De la naist le discord & la diuision:
Car sa femme estant nee à la presomption,
Fera la sourde oreille à toutes remonstrances,
Continuant tousiours en ses folles despences,
Sans respect du mary, sans crainte de charger
De debtes sa maison, ou sa terre engager,
Ayant l’esprit enflé d’vne vaine arrogance,
Où son humeur hautain la pousse de naissance.
Si le mary ne veut fournir or ou argent,
Sur qu'il soit vsurier, auare, ou indigent,
Soit qu'il vueille empescher ses fumeuses boutades,
Ou retrancher du tout ses superbes brauades,
Soit qu'il vueille abaisser son arrogant caquet:
C'est alors,c'est alors qu'il est mis au roüet,
C'est alors qu'on l'assaut de piquantes reproches:
Vilain ie ne veux plus que de moy tu approches,
Pourquoy es tu venu infidele trompeur,
Pour espouse choisir, vne fille d'honneur,
Si tu ne veux d'habits l'entretenir honneste,
Vilain auare on deust te fracasser la teste,
Ou deuroit en tous lieux par mespris te siffler:
Si tu permets encor ma colere s'enfler,
Ie te feray sentir ce que peut vne femme
Extraicte de bon lieu ; Ferois-tu bien ce blasme
Ames nobles parens,par ta grand' chicheté,
Que d'abaisser l'estat deu à ma qualité?
D'y moy double vilain, suis-ie point aussi digne
D'auoir de beaux habits comme nostre voisine,
Qui braue tous les iours en habits fort pompeux,
Bien qu'elle n'ait sorty de si nobles ayeux
Comme estoient mes parẽs, qui d'vne race antique
Ont tins les premiers rangs dedans la Republique?
[U]n mary neantmoins luy faict iournellement
[Po]rter sans qualité vn riche vestement?
[Ie] dois à meilleur droict brauer autant comme elle,
[Q]ui porte sur le front le nom de Damoiselle:
[Tu] voudrois cependant, auare malheureux,
[R]etrancher en vilain mes habits somptueux.
[Q]uoy ? penserois-tu bien, pour ta villaquerie,
[M]'empescher de brauer, c'est vne mocquerie,
[S]i tu l'auois songé ie te ferois sentir
De ta sale auarice, vn fascheux repentir.
C'Est au pauure mary à porter la cuirasse
Et le pauois de Iob, à si rude menasse,
Comme le seul obiect, où les traicts plus poignans
D'vne femme en fureur, se vont tous décochans :
C'est la butte & l'escueil ou les plus grands orages,
Les foudres d'vn desdain, & les boüillantes rages
Des flots d'vne rigueur, viennent à se heurter.
On le void iour & nuict malheureux supporter
Mille & mille tourments, des trauaux mille & mille,
Pour accroistre s'il peut sa race & sa famille
En plus grands reuenus, mais il trauaille en vain ;
Car l'orgueil de sa femme, & son humeur hautain,
Ses habits somptueux, & sa despence folle,
Rendent de ses labeurs l'esperance friuolle.
O malheureux aspect ! ô Astre trop fatal !
Qui dominoit alors qu'au lien coniugal
Ce mary fut conioint à ceste ame rebelle,
Qui pour estre d'humeur cholerique & cruelle,
Voudra superbement au logis commander,
Mastiner son mary, de pres le gourmander,
Si bien qu'il n'osera esleuer la paupiere,
Ou haulser le sourcy à si rude guerriere,
Qu'il ne soit à l'instant d'iniures galoppé,
Et en ses actions iusqu'au filet drappé :
Combien que son humeur arrogante & mutine
Vueille mettre à brauer sa maison en ruine.
O Desastré mary ! ton trop bouillant desir
Te faict plein de douleur, repentir à loisir!
Quoy? penserois-tu bien à son humeur complaire?
D'entreprise seroit trop vaine & temeraire,
C'est vn ennuy sans bout, sans limite, vn tourment,
Sans mesure vn labeur, sans fin,commencement,
Qui va renouuelant, ainsi comme la roche
D'vn Zisiphe aux enfers, ou la rouë qui tout proche,
Tourmente vn Ixion ; ou le foye renaissant,
Du voleur Promethé qu'vn Vautour rauissant
Becquette iour & nuict, ou des sœurs Danaïdes
Le labeur infiny, des tonneaux tousiours vuides,
Ou les trop vains souhaits d'vn Tantale alteré,
Qui de soif dans les eaux sans cesse est martiré.
AInsi vont renaissant les tourments & les peines,
De ceux qui sous Hymen vont espuisant leurs veines,
Et de sang & d'esprit, pour complaire,ô destin,
A l'humeur imparfaict du sexe fœminin!
Mais laissons ces discours, ô Muse curieuse,
Et poursuiuons le fil de l'humeur bilieuse:
Acheuons en deux mots de conter au Lecteur
Le reste des effects de ceste fiere humeur.
Humeur comme i'ay dict, qui trop prompte & actiue
Rend la femme sur tout aspre & vindicatiue,
Ne respirant rien tant que se pouuoir venger,
[...]quelque mesdisant a voulu l'outrager,
[Et] censurer ses mœurs, ou soit que sa voisine
[Ne] l'ait point visitée en faisant sa gesine.
[...]it qu'estant à l'Eglise au seruice de Dieu,
[..] ayt baissé son banc, ou changé de son lieu,
[...]it que par vn Pasquin ou mordante Satyre
[...] elle, ou de ses parens, on ayt osé mesdire:
[...]it qu'on l'ait attaquée ou picquée à l'honneur,
[Ce]la la met soudain en estrange fureur,
Forçant son cher espoux d'vne douce nature
A venger ce mespris & punir ceste iniure:
Quelquefois le Mary, qui pese sagement
Au poids de la raison, ce soudain mouuement
Taschera d'appaiser ce foudre de colere
Qui brusle à petit feu le cœur de sa Geoliere.
Il pense par le temps ceste rage dompter
Luy laissant remascher son frain, pour luy oster
Ceste humeur qui la met, en fougue & en ceruelle,
Luy remonstre en douceur, puis qu'elle est Damoyselle,
Qu'vn esprit releué, qu'vn cœur tres genereux,
Panche mille fois plus au pardon qu'vn peureux,
Que les craintifs qui ont vne ame roturiere,
Sont cent fois plus cruels qu'vne noble & guerriere.
Tesmoin ce grand Cesar, ce Romain Empereur,
Plus enclin au pardon qu'à vengeance ou rigueur.
MAis il remonstre en l'air,il bastit dessus l'onde,
Il raisonne vn rocher,car sa femme feconde
En humeur coleric, soit à droict, soit à tort,
Veut venger cet affront, qui la tourmente fort,
Si son espoux ne veut embrasser sa querelle,
Et à ses passions prester soudain l'aureille,
Vn discord tout nouueau renaist en la maison,
Ceste femme en courroux iettera sans raison,
Mille & mille brocards d'vne langue cruelle
A son pauure Mary, l'appellant infidelle,
Craintif, lasche, poltron, & sans resentiment,
Ladre, qui ne resent ceux qui cruellement,
L'offensent sans respect, & son antique race.
C'est dommage, craintif cent fois, qu'on ne te passe
Les pieds sur l'estomach, d'endurer en coyon
De si lasches affrons, sans en tirer raison.
Serois-tu bien, helas, si ladre de nature
D'endurer sans reuenche vne telle imposture;
Dieux ! quelle lascheté,quelle poltronne humeur
S'empare maintenant du centre de ton cœur:
O ame de Connil, ô courage de Lieure!
Tousiours accompagné d'vne peureuse fieure,
Qui peut peindre en ton front tant de timidité,
Qui cause dans ton sang tant de stupidité?
Veux-tu lasche à la peur sacrifier ta vie
Comme iadis faisoient les peuples de Libie:
Veux-tu laisser fanir ta gloire & ton renom,
Engager ton honneur comme vn craintif poltrõ?
Hé quoy, voudrois-tu bien, miserable,permettre
Qu'on nous viẽne offenser, & l'iniure remettre?
Auras-tu bien le cœur de me voir gourmander
A mille mesdisans, sans siller ny gronder?
Ie priray mes parens qui de cent bastonnades
Me vengeront de ceux qui me font des brauades.
LEcteur,voicy vn mal qui vient renouueler
La peine au pauure Iob,& bas luy fait caler
La voille en ce destroit,imitant le Pilotte 37,
Qui voyant sur Thetis ses vaisseaux & sa flotte,
Battus cruellement des Aquillons venteux,
Baisse ses voilles bas, s'exposant hazardeux,
Au courroux de Neptun, tout enflé de l'orage,
Plustost que resister à sa bouillante rage:
Ainsi faict ce mary tresprudent & accort,
Qui pour sage euiter vn funeste discort,
Sçait baisser à propos les voiles du silence,
Sans vouloir repartir à si rude arrogance.
A sa femme il permet de vomir sa fureur,
Et desbonder les flots de sa fiere rigueur ;
Mais il combat en vain auec sa patience,
Il est dompté du flus de sa perseuerance,
Il est contraint, vaincu par importunité,
D'acquiescer craintif, contre sa volonté,
Au fougoux appetit d'vne femme en colere.
Qui en fin le conduit au gouffre de misere,
Le pousse, ô fier destin ! par ses ambitions
Au centre de malheurs, ou les afflictions
Viennent directement terminer & se rendre :
Il faut bon gré, mal gré sa querelle entreprendre,
Soit à droit, soit à tort, par force, ou par trahison,
En duel, par appel, par mort, ou par prison,
Il faut se reuencher de l'iniure mordante,
Et que sans plus tarder son mary s'en ressente,
Il faut battre ou tuer ses faiseurs de Pasquins,
Lesquels ont blasonné ses sœurs ou ses cousins,
Offensé son honneur d'vne langue indiscrete ;
INfortuné mary, il faut que tu t'apreste
Contre ton naturel doux, courtois, & humain,
A mettre promptement les armes à la main
Pour vanger cest affront : Si c'est vn Gentil-homme
Faut se batre en duel hazardeux,d'homme à homme,
S'il arriue ( ô rigueur ) qu'en ce combat douteux
Il tuë ou soit tué, quel malheur à tous deux !
Si sa partie à droit, d'vne Espagnolle lame,
Aux ombres Stygieux, faict descendre son ame,
Quel desastre hé bons Dieux ! quel plus grand desespoir,
Quel plus grand creue-cœur pourra sa Dame auoir,
Ayant par son orgueil & superbe nature,
Mis son fidelle espoux dedans la sepulture,
Qui peut estre à laissé plusieurs petis Enfans.
Dont le plus grand d'entre-eux n'aura attaint six ans.
Orphelins sans support priuez de leur cher Pere,
Par l'humeur arrogant de leur cruelle Mere:
Si d'auenture aussi il tuë & soit vaincœur,
Il ne peut euiter vn funeste malheur,
S'il est prins il perdra honteusement la vie,
Estant par vn Bourreau sur l'eschafaut rauie,
Ou bien il donnera comme Euesque des chans,
La benediction de son pied aux passans,
En hazard de garder les trouppeaux à la Lune
Comme vn Berger de nuict, chose bien importune:
S'il franchist ce destroit,il perdra ses moyens,
Laissant pour appoincter ses enfans indigens.
Contemplez donc,Lecteur,en combien d'infortunes
Tombe vn pauure mary pour les quinteuses Lunes
D'vne femme enragee & pleine de fureur:
Quel desastré malheur,quelle tragique horreur
Produit ce fier Hymen, ce cruel mariage,
Vray Tyran des humains, le bourreau de nostre aage!
MVse cest trop tardé sur ce tableau d'humeurs,
Il faut ailleurs mes-huy employer tes couleurs,
Si quelque place au blanc reste dedans la toille,
Tire pour abreger par dessus vn grand voille:
Car qui voudroit du tout ce grand tableau remplir,
Pinceaux, huyle, & couleurs viendroient à deffaillir,
Netoy' donc tes pinceaux,pour derechef pourtraire
Vn tableau tout nouueau, qui puisse satisfaire
Au Lecteur curieux, & son œil contenter.
Il faut premierement Muse representer.
D'vn traict bien adoucy, le plan & les ombrages,
Les racourcissemens, le relief, les paisages
De ce ioug espineux,de ce fatal lien,
Plus estroit mille fois que le nœud Gordien38.
Nous auons ia depeint les humeurs qui diuerses,
Causent aux mariez mille & mille trauerses.
Figurons donc le choix par les affections,
Si femme vous prenez pour ses possessions,
Ou si vous l'espousez Pauure & Necessiteuse,
Ou Laide en cramoisi, difforme, & desdaigneuse,
Ou si vous recherchez vne exquise beauté,
De toutes vous aurez mainte incommodité,
Vne rare beauté la rendra soupçonneuse,
Superbe les moyens,la laideur odieuse;
La pauure vous contrainct d'endurer mille maux,
Peines, ennuis, soucis, & angoisseux trauaux.
Commençons aux malheurs qui tyrannisent l'ame
Du pauure marié espousant belle femme:
La belle.
Il n'a aucun repos,vne ialouze peur
Le bourrelle sans fin & luy glace le cœur:
Il tremble,il suë,il craint,il frissonne sans cesse,
S'il void vn Courtisan parler à sa Maistresse,
Nuict & iour il l'espie,il est tousiours au guet,
Il l'œillade,il la suit,soupçonnant qu'vn Muguet
Ne luy face l'amour,la voyant si tres-belle,
Ce qui le rend songeard & le met en ceruelle,
Car comme Iuuenal a doctement chanté,
Tres-grand est le debat entre la chasteté,
Et l'extreme beauté, & rarement on trouue
Vn visage accomply,qu'aussi tost on n'esprouue
Qu'il cache dans le sein vn impudique amour,
Se voyant caressé tant de nuict que de iour,
le & mille amans,qui d'vn pipeur langage
t rompre le nœud du Nopcier39 Mariage,
[...]cher laschement sa gloire & son honneur,
[...]exposer en proye aux desirs du vaincœur.
[...]remede à ce mal, Beauté est vne ruche,
[...]de toutes parts les mousches & bourdons,
[...] chariuary des poësles & chaudrons.
[...]diray-ie encor est vne autre Panthere,
[...]la plaisante odeur attire d'ordinaire
[...]tres animaux,qui tous la vont suiuant
[...]ez de l'odeur qui d'elle va sortant:
[...] mesme vne beauté est aux yeux tant aimable,
[...] amoureuse odeur nous est si agreable
[...] chacun court apres, eschauffé d'vn desir
[...]ueillir par amour le souhaité plaisir.
[...]n'est rien si fort, rien si sainct,ou si sage,
[...]soit attiré par vn mignard visage,
[...]ct homme Dauid, le Sage Salomon,
[...]rt des plus forts l'inuincible Sanson,
[...]s esté domptez d'vne beauté exquise,
[...]re est le subiect dauantage on le prise.
[...[...]] est vn Aymant qui attire le fer,
[...]rs plus endurcis s'en veulent approcher:
[...]n brillant Soleil qui brusle les courages,
[...]e deceuant tout remply de cordages,
[...]z & l'hameçon des plus subtils espris,
[...]sont engluez, amorcez & surpris:
[...] vne beauté qui d'aimer nous conuie,
[...] homme si mort qui ne reuienne en vie,
[...] cœur si glacé qui n'en soit enflammé,
[...]u si aceré qui n'en soit entamé,
Hermite si deuot, voyant ses beautez ores,
Qui n'en perde soudain ses grosses patenostres :
C'est la Lyre d'Orphee, & le Luth d'Amphion,
Qui trainent les rochers aux airs de leur chanson,
Ainsi les durs rochers & les ames marbrines,
Les cœurs plus empierrez, & les dures poictrines,
Sont attirez en fin de l'air delicieux,
D'vn visage mignard qui enchante nos yeux,
Et nous tire apres soy par les larges campagnes.
Par les bois plus touffus, & les aspres montagnes:
Mesme ce grand Iupin40 deuenu amoureux
Des beautez d'icy bas, en a quitté les Cieux:
Pluton laisse l'Enfer, pour rauir Proserpine,
Mars mis ces armes bas pour caresser Cyprine,
Et sa Lyre Apollon, poursuyuant sa Daphné,
Neptune son Trident en mer abandonné,
Pour aller courtiser sa mignonne Amphitrite,
Mercure son flageol, pour sa Nymphe Carite.
Tous de ceste beauté regardent l'Orient
L'aiguille de nos cœurs, touchee à cest Aymant,
Vers ce Pole luysant leue tousiours sa pointe,
A vn si beau subiect chacun donne vne atteinte:
Bref l'importunité de tant de coups diuers,
Mettent à la parfin41 vne femme à l'enuers;
Qui de sa part estant d'autre chaleur touchee
Que celle de Phœbus, se voyant recherchee
De tant de seruiteurs,de mignons perruquez,
De ieunes Adonis, poudrez, frizez, musquez,
Propres, lestes, gaillards, en habits magnifiques,
Et qui sçauent d'Amour les ruses & pratiques,
Les passages, les traicts, & les doctes leçons
Du liure Paphien,les vns vsent de dons
[...] riches presens:les autres par priere,
[...]ez d'vne beauté si rare & singuliere,
[...]ont de gaigner vne place en son cœur,
[...] faict la reuesche,& vse de rigueur:
[...] la longueur du temps,& la perseuerance,
[...]ersent en fin ce rocher de constance,
[...]ont succomber au plaisir amoureux,
[...] de l'Archerot les brandons & les feux,
[...] tousiours au cul,& la puce à l'oreille,
[...]la pique souuent & son ame resueille,
[...] luy faire gouster les gratieux discours,
[...]ignards baisers,de ces mignons d'amours
[...] l'escueillir plus prõpte & plus soudaine,
[...]t vne iument oyant cribler l'auoine,
[...]eune Escollier au son de son quartier,
[...]ns la bourse bruit és mains du messager:
[...]de force en nous la viue batterie,
[...]ons du discours vers vne ame cherie,
[...]s d'vne beauté qui pleine de douceurs,
[...]egard de ses yeux captiue tous les cœurs,
[...] forge d'Amour ou s'acerent les flesches,
[...]t dedans nos cœurs mille cruelles bresches:
[...]ui cachent le feu, capable d'enflammer
[...]rs plus englacez les conuiant d'aymer,
[...]ui chargez de traicts vont à la picoree,
[...]es & des cœurs pour en faire curee
[...] discretion; & vouloir l'empescher,
[...]ouloir vn grand Pin des ongles arracher:
[...]x sourds enseigner, la nombreuse Musique
[...]ueugles monstrer des peintres la pratique.
[...]stost on verra, les celestes flambeaux
[...] dõner leurs cœurs: Plustost dedans les eaux
Se nourrira le feu contraire à sa nature:
Plustost le corps viura priué de nourriture:
Plustost le chaud Esté se verra sans moissons,
Le Printemps sans ses fleurs,l'Hyuer sans ses glaçõs:
Que d'empescher iamais vne meschante femme
D'accomplir ses desseins sentant d'Amour la flame,
Depuis qu'elle a lasché la bride à ses desirs,
S'abandonnant du tout en ses lascifs plaisirs:
Il n'est mary si fin,que fine elle n'affine,
S'il a quelque soupçon;elle esuente la mine
Lors qu'elle a prins plaisir auec son seruiteur:
Ce iour mesme au mary elle vse de douceur,
Luy taste le menton,lui frize les cheueux,
Lui baizotte le front, & la bouche & les yeux,
D'vn souspir addoucy contre faict la sucree,
La pudique,la chaste,& femme resserree;
Feignant d'auoir l'Amour & ses ieux â mespris,
Et detestant sur tout les esbats de Cypris:
Alors le sot mary s'estime vn vray Helie,
Rauy dedans les Cieux,ayant femme accomplie
Et parfaicte en beauté ; Mais le Faulcon niais,
Le Tiercelet de sot,ne sçait de quelque biais,
Ny de quelle façon les femmes se gouuernent,
Et de quels vains appas leurs maris ensorcelent,
Charmans subtilement d'vn Philtre mielleux
Les esprits plus ialoux,& les plus soupçonneux.
Si le mary ruzé,par ses subtiles ruzes,
Descouure ses amours,elle aura mille excuses,
Capables de tromper le mary plus ruzé,
Plus madré,plus accort,plus fin,& aduisé,
Tant ce sexe peruers apporte d'artifice,
Pour bien couurir son ieu,& masquer sa malice,
Se seruant à propos de mille inuentions,
Mille traicts desguisez, mille deceptions,
Du depuis que l'Amour,en son cœur a prins place
Il n'est plus de besoin de fueilletter Boccace,
Bouquiner l'Amadis,consulter l'Aretin,
Rechercher les secrets,composez par Courtin,
Pour sçauoir du mestier,les ruzes & finesses,
L'Amour enseigne assez ses subtiles adresses,
Il rafine l'esprit pour vser finement,
Du pressement du pied,du secret maniment,
De la main de l'Amant,il enseigne les formes
Des caracteres peints selon les Astronomes,
Il donne les aduis des habits de Faquin,
De poullier l'Amant dedans vne manequin
En habit desguisé,& si cela n'accorde,
Se seruir à propos des eschelles de corde:
Prendre assignation au dictame amoureux,
Sans encre,sans papier,d'vn seul traict de ses yeux.
Et si l'on est contrainct d'enuoyer d'auenture
Le poullet à l'Amant, bien couurir l'escriture,
De sel Ammoniac,destrempé dedans l'eau,
D'ambre-gris,& Mercur,ou du secret nouueau,
De l'alun emplumé,ioinct au sang de Rubettes,
Pour du Poullet esclos couurir les aislerettes;
L'enuoyer bien taché dedans vn baston creux,
Ou bien dans des pastez fort artificieux:
Tantost les enuoyer dedans de confitures,
Tantost dans vn drageoir, ou aux entrelasseures
D'vn beau bouquet de fleurs,secret assez caché,
Estant du seul amant a la Dame arraché;
Tantost les enuoyer dans des pommes de cire,
Tantost dans vn œillet,quelquefois sans escrire:
Faire entendre à l'Amant par discours bien cou- 42
Repris tout à rebours & cousus à l'enuers, (uers,
Le temps, l'heure,& lieu,pour en toute franchise
Iouyr de leurs amours sans crainte de surprise,
Mesnager à propos l'absence de l'espoux,
Pour l'employer du tout en leurs esbats plus doux.
Les yeux vrais messagers & truchemens de l'ame,
Sont les fins maquereaux pour exprimer la flame,
De nos conceptions dessignants sans soupçon,
D'vn traict bien decoché, vne assignation.
C'est le cadrã des cœurs,dont l'aiguille & la mõtre
Marquent fidellement l'heure d'vne rencontre:
Bref les yeux sont d'Amour les Poullets les plus fins
Oeilladez dextrement non pas à toutes fins,
Et mille inuentions que l'Amour leur suggere,
Que crainte d'enseigner,ie suis contrainct de taire,
De peur que quelque iour par les charmes vaincu,
De ce fatal Hymen on ne me fist cocu:
Ie ne me donc icy que les ruses grossieres,
Dont vsent auiourd'huy les Dames boscageres:
Non Muse,tu ne dois descouurir les façons
Plus subtiles de l'art,quitte donc ces leçons
Des charmes de l'Amour & poursuy ta carriere,
Pour du mary cocu figurer misere:
Le Cocv ialovx.
Si le mary ialoux la tient comme en prison,
Luy deffendant expres sortir de la maison,
C'est alors,c'est alors qu'vne bruslante enuie
L'inuite de sortir pour chercher compagnie,
Voyant que son mary,sans subiect ny raison,
La retient au logis par vn ialoux soupçon,
Et cognoissant qu'il est de ce ialoux plumage,
Cela renflamme encor son amoureuse rage,
Et luy faict rechercher des moyens tous les iours
De tromper son ialoux par nouuelles amours.
Il a beau espier toutes les sentinelles,
Tous les cent yeux d'Argus, toutes les citadelles,
Tous les plus forts dongeons ne pourroyent empescher
Que le diable subtil n'entre dans son Enfer,
Pour hardy luy tailler de la besongne entiere,
Qu'on nomme à cul leué, & à serre croupiere.
C'est donc vrayment en vain que le mary ialoux
Veut retenir sa femme, & empescher ses coups,
Tant plus il luy tiendra les resnes vn peu hautes,
Luy pressant trop le mords,plus il commet de fautes,
Semblable à l'Escuyer, lequel pour trop serrer
La bride à son cheual, le contraint de cabrer:
Qui bien sagement veut vne femme conduire,
Doit imiter sur tout vn Patron de nauire,
Lequel oyant les vents de toutes parts souffler,
Escumer l'Ocean ne sçachant où singler,
Faict descendre aduisé du nauire les voilles,
Laissant rame & tymon aux ondes plus cruelles,
Pour ceder pour vn temps au courroux de Neptune.
[P]lustost que resister à ce vent importun;
[S]on vaisseau va flottant à la mercy des vagues.
Au hazard d'encourir les venteuses borasques:
De mesme le mary doit sagement laisser
[S]a femme en liberté sans tant la harasser,
[E]xposant son vaisseau aux vents de cocuage,
[P]uis qu'il despend du tout des loix de Mariage:
[C]ocu & marié se suyuent de si pres,
[Q]ue lors qu'on parle d'vn l'autre s'entend apres.
[J]e les mets donc tous deux en la Cathegorie
[D]e la relation; faisant allegorie;
Et rapport principal aux traicts d'vne beauté,
Qui sous le ioug Nopcier43 remply de cruauté,
Nous tient comme forçats attachez à la rame,
Voyez donc quel malheur d'espouser belle femme,
Il pense s'esiouyr dans le lict coniugal
Auec ceste beauté,cependant vn Riual,
Vn galuret frisé, vn mignon de couchette,
Luy plante finement des cornes sur la teste,
Le faict vray Marguillier de sainct Pierre aux Bœux44,
Où de sainct Innocent Confraire bien-heureux45:
Sa femme d'autre part comme vne autre Diane
En faict vn Acteon, tandis qu'elle se baigne
Et se plonge dans l'eau de ses contentemens,
Luy met changé en Cerf, vne meute de chiens,
De mesdisans mocqueurs pour luy faire la chasse,
Et le faire abayer à vne populasse.
Qui a veu quelquefois vn malheureux Renard
Dans le piege attrapé,tout honteux & couard,
Agassé,piaillé,de Guays, & de Corneilles.
Il void nostre Cocu, estonné à merueilles
De se voir agassé, & mocqué en tous lieux,
Baffoué, mastiné, siflé, iusques aux Gueux:
Il est plus descrié que la vieille monnoye,
Chacun le mlaceenstre au doigt en passant par la voye.
La honte & le desdain luy faict baisser le front,
Voyant de toutes parts chacun luy faire affront.
On luy demande bas s'il n'entre point en fiebure,
Que dommage seroit qu'il fust changé en Lieure,
Que les cornes au front luy conuiennent si bien,
Qu'Idole il seruira au temple Delien
A l'autel Ceraton, tout façonné de Cornes
A l'honneur des Cocus, qui receuoient escornes:
Et mille autres brocards, que l'on luy iette au nez,
Qui luy font endurer les peines des damnez,
Le rendent tout pensif, triste & melancolique,
Le front tout bazané, iaunastre, & Icterique,
Pasle,morne,plombé, cacochime,mal faict,
Cueilly, fené, ridé, hideux & contrefaict,
Visage d'Appellant, vne mine bastarde,
Plus baueux & crasseux qu'vn vray pot à moustarde.
D'vn beau Ganimedes,& Narcis qu'il estoit
Il semble vn Thersites,en ce fascheux destroit
Plus sale, refrongné,qu'vn Vsurier auare,
Terreux, affreux, hideux comme vn second Lazare
Ressuscité des morts, tant a de force en nous
La tristesse qui vient, d'estre Cocu ialoux:
Bref il semble à le voir vn Nocturne Fantosme,
Haue, maigre, & deffaict ainsi qu'vn sainct Hierosme.
D'vn Paradis heureux de douce liberté,
Il entre en vn enfer remply d'obſcurité
Et des ennuis sans fin, en des iours sans lumiere,
En des nuicts sans sommeil, au comble de misere,
Le pourtraict racourcy, des plus aspres tourmens
Qu'vne ialouze peur donne à nos sentimens,
N'y ayant rien çà bas qui tant nos sens bourrelle,
Tirasse nos esprits d'vne gesne cruelle.
Que lors que nous perdons & les biens & l'honneur,
Cruelle cruauté, rigoureuse rigueur:
Qui rend nostre Cocu matagrabolizé,
L'entendement perclus, l'est rit deualizé,
Plus estonné cent fois que les fondeurs de cloches,
Ou les Loups attrapez aux pieges & amorches:
C'est vn vray sainct Mary,le patron de sainct Pris,
Qu'vne fiere beauté à laschement surpris.
S'il sçait bien qu'il est sot,& malheureux l'endure,
Il est vn vray Martyr; s'il ne sçait l'encloueure
Vn Iobez tres-parfaict, vn pur sainct Innocent46,
Vn Busard,vn niais,priué d'entendement,
Mais on tient les Martyrs estre plus ordinaires
Sous le nopcier47 Hymen; C'est pourquoy nos prieres
S'adresseront à eux plustost qu'aux Innocens,
Qui pour estre priuez de ceruelle & de sens
Ne souffrent les ennuis,& la peine cruelle
Qu'endurent les Cocus qui ont plus de ceruelle,
Ils sont plus sensitifs aux traicts d'vne douleur
Que ces pauures niais, qui viuent sans honneur.
Laissons donc ces Busards pour parler du martire
D'vn auisé cocu, qui sans cesse souspire,
Comme tout esperdu, il ne sçait que penser,
De quel costé tourner,ny sur quel pied danser,
A qui auoir recours, de quel bois faire flesches:
Quel Baulme recouurer pour guarir tant de breches
Et de coups acerez qui luy naurent le cœur:
Bref il en est logé chez Guillot le songeur,
Il tient,comme l'on dit,le Loup par les aureilles48,
Et ne sçait à quel sainct presenter ses chandelles,
Il n'a recours en fin qu'aux larmes & aux pleurs,
Afin d'esuentiller ses cuisantes douleurs.
Il deplore attristé la faute qu'il a faicte,
D'auoir choisi pour femme vne Putain parfaicte,
Inuoquant,coniurant six genres principaux
De ces Cacodemons qui sont dedans les eaux,
Qui habitent les airs, dans le feu,sous la terre,
Incubes,Feu volans, postillons du tonnerre,
Pour estre les tesmoins de sa calamité,
Criant,desesperé, en ceste extremité.
Desastre infortuné, desastree infortune,
O Astre trop peruers ! ô quatriesme Lune
Qui dominoit au Ciel alors que ie fus né,
O Tetrigone aspect, ô poinct infortuné,
O Ciel,ô Terre,ô Mer, esclairs, tonnerre,foudre,
Couurez, engloutissez, noyez, mettez en poudre
Ce pauure malheureux : venez Tygres felons,
Lyons,Ours,Leopards,& vous affreux Dragons
Vous paistre de mon corps, de mon sang qu'on s'en yure,
Puis que ceste beauté, en qui ie soulois viure,
N'est plus qu'vne putain; non, non, ie veux mourir.
Plustost que voir l'honneur de ma maison perir!
O dure cruauté! ô destin deplorable,
O espoux affligé, ô amant miserable!
La fable & le Zany du populaire vain,
La butte,le subiect,& le Pasquin Romain,
Ou les traicts plus poignans de toute calomnie
Se viennent descocher en toute compagnie.
Quel pauois aceré,rondache ou fort bouclier
Pourroit parer ses traicts? puis qu'il trouue en l'escler
Des brillantes beautez de sa perfide Dame,
Le foudre rougissant qui saccage son ame:
S'il a quelques enfans il void qu'à toutes mains
On leur va reprochant qu'ils sont fils de Putains,
Peut estre sont ils faicts de dix ou quinze Peres
Comme ceux d'Harlequin,estranges vituperes.
En fin,cil qui s'allie à vne grand beauté
Court risque d'estre sot,cela est arresté,
Il peut bien s'asseurer si sa femme on suborne
Qu'il entre de Libra dedans le Capricorne,
De libre qu'il estoit il se rend prisonnier,
Et se figure au front vne Lune en quartier:
S'en garde qui voudra, quiconque la prent belle
Est en hazard d'auoir vne corne en ceruelle
C'est l'aduertissement des Bouchers bien appris,
Qui conduisant leurs bœufs par les ruës de Paris,
Craignans blesser quelqu'vn si quelque bœuf s'esgare,
Vont crians aux passans, Gare la corne, gare.
la laide.
SI vovs la prenez laide, en passe
cramoisy,
Vous aurez au logis tousiours vn pain moisy,
Vn pain sans appetit, vn pain qui vous desgouste,
Fascheux à digerer, dont la noirastre crouste
Cause à vostre estomach vn desir de vomir,
Vn lasche desuoyment, vn estrange dormir
Plein de songes hideux, representans à l'ame
Le difforme pourtraict d'vne si laide femme.
Quel plaisir aurez-vous pres de ce laideron,
Qui de son seul regard rebouchera l'espron
De vos plus chauds desirs, & fera que la poincte
De vos affections n'aura plus nulle atteincte;
Si vostre naturel vous met trop en humeur,
Il faut bon gré, mal-gré, attendre l'espesseur
De la prochaine nuict,crainte que son visage
Si difforme & si laid l'affoiblist le courage,
Et n'amortist le feu de vostre chaude ardeur,
Pensant prendre plaisir vous mourrez en langueur
Pres de ce noir charbon : ceste femme hideuse
Qui enroche les cœurs comme vne autre Meduse:
Quel tourment au mary, bien pressé de la fain,
N'auoir peu s'assouuir que ce rigoureux pain
Plein de paille,areneux, si rude & si estrange,
Qu'en fin il est contraint d'auoir recours au change,
Et chercher autre part vn pain pour r'agouster
Ses appetits perdus,& sa fin contenter:
S'il est tres-desireux des esbats de Cythere
Il ne peut s'assouuir de si maigre ordinaire,
L'Amour le force donc à laisser le pourtraict
De sa femme,qui n'a ny grace ny attraict
Pour aller courtiser vne plus belle face,
Dont les attraicts mignards,le maintien & la grace,
Et les trompeurs apas,l'ont soudain alleché,
S'estant venduë à luy, peut estre,à bon marché,
Pour n'auoir acheté que le cul de la beste,
Qui vaut en ce mestier,beaucoup mieux que le reste;
Si bien qu'il est content d'auoir à si bas pris
Vne ieune beauté, qui faict honte à Cypris,
Desirant à iamais sacrifier sa vie
A l'autel des beautez d'vne si belle amie,
S'esclauer dans les rets de ses diuins cheueux,
Et captiuer son ame aux cachots de ses yeux:
Toute nuict en ses bras auec elle il folastre,
S'estant de ses beautez rendu comme idolastre.
Il se mire au cristal d'vn visage si beau,
Qui semble vn Cygne doux pres de son noir Corbeau
Sa femme d'autrepart, comme Lune eclypsee,
Des rais de son Phœbus, se voyant mesprisee,
Et descheuë en ses droicts, remplist l'air de ses cris
Et de larmes ses yeux, sçachant qu'vne autre a pris
Sa place, & maintenant iouïst des ambassades
Des amoureux baisers,des douces accollades
De son pariure espoux, qui la faict souspirer,
S'arracher les cheueux, & se desesperer,
Voyant que son Mary Adultere,infidelle,
Trop lascif entretient vne ieune pucelle,
Relique du conuent de dame du Moulin,
Qui destorne le cours de l'eau de son moulin,
Qui chome plus souuent, si bien que sa tremie
N'a receu de long temps semence ny demie.
Laissant aussi tomber en friche son terroüer
Tout aride & tout sec, pour aller cultiuer
Celuy de son voisin,beaucoup plus aggreable,
Plus plaisant au labeur, plus gras & delectable,
Arriuant rarement sans miracle nouueau,
Qu'on voye aucun s'yurer du vin de son tonneau,
Qui n'est iamais si doux ; allegeant pour excuse
Qu'il est trop vieil persé, ô la plaisante ruze!
En somme l'Escuyer est du tout desgousté
De monter la caualle, ayant d'autre costé
De superbes Coursiers, de bons genets d'Espagne,
Qui faict que de picquer sa Mazette il desdaigne,
Propre tant seulement pour vn vil Palfrenier,
Non pas pour vn galant & adextre Escuyer:
En fin il est contrainct laisser son haridelle,
Qui ne dort comme on dit, tousiours en sentinelle,
Ou bien si le rosty: Mais monstre aux actions
D'auoir tousiours aymé la folie aux garçons,
Et le ieu de Millan, semblable à la pierre
D'Abest en Arcadois, qui à iamais enserre,
La chaleur qu'vne fois elle a pris en naissant,
Ainsi ce noir charbon conserue vn feu cuisant
Au profond de son cœur, allumé de naissance:
Et puis le vermisseau de la concupiscence,
Et le Demon charnel soufflant dedans ces feux,
R'enflamme en vn instant ce brasier amoureux:
la laide ialovze.
Ne faut donc s'estonner,si vne humeur ialouze
Consomme plein d'ardeur le cœur de ceste espouze,
Et luy faict esuenter mille souspirs ardens,
Souuent rage du cul passe le mal des dens.
Ce n'est donc sans subiect si on l'entend se plaindre,
Ores par mille attraits inuiter & contraindre
Son desgousté mary aux esbats amoureux,
Mais en vain; car il est vne glace à ses feux,
Elle a beau desguiser en saulce delicate
Sa mal plaisante chair si son mary en taste,
Elle a beau l'exciter pour le mettre en humeur,
Ayant ailleurs versé sa cinquiesme liqueur,
Iusqu'au fonds de la lie, & ioue de son reste:
Si bien qu'au conquerant il ne peut faire feste.
Ce qui l'a faict mourir,mille fois sans mourir,
Viuoter languissant, & viuante languir,
Lanceant à tous momens vn foudre de colere
Contre son fier mary, l'appellant Adultere,
Ores l'adoucissant de mielleux discours
Pensant le destourner de ses folles amours,
Qui la rendent sans fruict, sterile, seiche & maigre,
Et qui le plus souuent en humeur luy font perdre
Mainte bonne esclusee à faute de Musnier,
Et les saulses qu'ailleurs verse son Cuisinier.
Mais ses sucrez discours, ses paroles de crime,
[F]ont des coups au mary fourrez de vieille escrime:
Des Chimeres en l'air, des Cocsigruës en mer,
[C]ar il ne peut iamais son laid visage aymer,
[C]harmé ailleurs des traicts d'vne beauté exquise,
[Q]ui faict qu'il ne veut plus auec elle auoir prise,
Assouuir ses desirs, contenter ses desseins,
[C]ommuniquer son droict, produire ses tesmoins,
[E]lle a beau appeller ou presenter requeste,
[S]on Arrest aura lieu, qu'il ira à l'enqueste
Ailleurs ou il voudra, qui met en cest endroit
La Dame au desespoir, ayant perdu son droict.
C'est alors qu'Erimis la mere de discorde,
Chasse de leur maïson la paisible concorde,
Pour allumer le feu de la diuision,
Et souffler les Autans de la sedition,
Lesquels germent entr'eux vne ialouze rage,
Peste de vrays Amans conioints par Mariage,
Gangrene de l'Amour, chancre de l'amitié,
Fontaine de malheurs, source d'inimitié:
Inimitié qui rend vne femme infidelle,
Taschant par tous moyens de rendre la pareille
A son friand mary, lequel tout desgousté
Ailleurs qu'en son endroict cherche sa volupté,
Luy faisant volontiers le reproche semblable,
Que fit vn certain Loup,trouuant dans vn estable
Quelques frippons Bergers qui mangeoient vn Aigneau,
Quand il leur dit Messieurs, qui pillez le troupeau.
Hé!quel bruit feriez-vous, si parmy les cachettes
Ie faisois maintenant ce que hardis vous faictes;
Ainsi diroit la Dame à son pariure espous,
Qui feroit neantmoins comme luy de bons coups,
Si elle auoit moyen pour son change luy rendre,
S'il achete la chair, il l'a contrainct d'en vendre,
Mais difficilement; malheur est que beauté
Deffaut souuent à cul de bonne volonté:
Quel remede à couurir ce deffaut de nature,
Nostre Laide à recours à l'art de la peinture,
Composant quelque fard pour se plastrer le front,
Sa face desguiser comme les Garces font,
Alambiquant des eaux pour lauer son visage
De Lys, de Nenufar, de Concombre sauuage,
De Febues, de bouillon, & de ius de Limons,
Graine de Psyllium, semence de Melons,
Pour effacer du teint les taches apparentes,
Ores dressant vn fard de drogues differentes
De poudre de Boras, de Camfre & de Ceruse,
D'huille de Talc, de Ben, & Myrrhe dont on vse,
D'vn peu de blanc de Plomb, & d'Alum emplumé.
Puis pour donner aux iouës vne couleur vermeille,
Representant au vif la couleur naturelle,
Nostre laide sçait bien de Santal rouge vser,
D'orcanette & Bresil pour la bien desguiser:
Pour rendre vne couleur vermeille & gracieuse.
Nostre Laide en apres pour rendre ses cheueux
Grossiers,gras,morcuirez,noirastres & lenteux,
A mille inuentions se monstre tres-actiue,
Se seruant dextrement de certaine lexiue
De la fleur de Genest, Capilli-veneris,
De la cendre qui vient des racines d'Hyerre;
Des razures de Boüis & de fiel de terre49,
Melisse, Cetherac, escorce de Lupins
Pour rendre ses cheueux plus deliez, plus fins,
Iaunastres, chastenez,ou de couleur Citrine,
Semblables aux cheueux de la douce Cyprine:
Frizez, crespillonnez, frizottez, crespillez,
Ondelez, perruquez, retors & annelez,
Cendrez, poudrez, musquez de poudre de violette:
Beniouin & Storax, Ambre-gris & Ciuette,
Si qu'allant par la ruë elle laisse en passant
De son chef parfumé vn odeur doux-flairant:
En somme il fait bon voir l'Idole reuernie,
Et replastree à neuf la face bien garnie,
D'artifice & de fard de subtiles façons,
Et d'attraicts desguisez pour gaigner des mignons:
Mais en vain tous ses fards: ce subtil artifice
Ne peut si bien couurir de nature le vice,
Qu'il ne paroisse en fin, elle a beau s'atisser,
Pinceter ses sourcils, se farder, piaffer,
Faire bien les doux yeux, aller à l'escarmouche,
Des ames & des cœurs, bailler l'eau à la bouche,
Tenter tous les moyens de gaigner vn Amant,
Pour rafraischir ce feu qui brusle son deuant,
Exciter l'appetit, marcher à la i'en-cherche,
Pour attirer quelqu'vn qui d'amour la recherche,
Mais personne n'en veut; encore que son teinct
Iaunastre & bazané soit subtilement peint:
Sa hideuse laideur luy sert d'vne deffence,
Aucun n'est si ose de prendre l'asseurance
Que d'assaillir ce fort; C'est vn ferme rempart
Qui va descourageant le Cyprien soldart,
De liurer vn assaut à si fascheuse bresche,
Ou descocher dedans son amoureuse flesche:
C'est vn masche-coulis, le haut garde le bas,
Et empescher d'aller aux amoureux combats.
Helas!que fera donc la pauure infortunee,
Qui n'eust iamais pensé cuire en ceste fournee:
Quel ayde,quel secours, pour appaiser ce feu
Qui la va consommant, & brusle peu à peu
Le centre de son cœur d'vne amoureuse flame,
Qui luy fera bien tost sans secours rendre l'ame:
Courage,il faut trouuer quelque bon poussauant,
Quelque faquin valet,ou palfrenier puant,
Flairant,sentant de loin le parfum de l'estable,
Ou l'odeur du bouquin fascheux & detestable,
Quelque gros halfessier & lourdaut amoureux,
Muny assez d'humeur pour esteindre ses feux;
Nostre laide à la fin trop lasche s'abandonne
A vn pauure valet qui tres-bien la bouchonne
Sous le ventre & par tout: il l'estrille à plaisir,
Assouuissant ainsi son amoureux desir
Entre les bras puants d'vn garçon d'escurie.
Qui sçait bien appaiser sa plus chaude furie,
Et refrener vn peu ceste amoureuse ardeur
Qui redouble son pouls, & la met en humeur,
L'inuitant desormais de labourer sa vigne :
Mais ce garçon voyant ceste laideur insigne,
Ne veut plus trauailler en si laid attelier,
(S'il n'est tres-bien payé) on a beau le prier,
Il ne veut plus iouer sinon argent sous corde,
La Dame oyant cela, contrainte luy accorde
Des gages tous les mois, afin d'entretenir
Son cul de volupté, & ce ieu maintenir.
Voyez comme tousiours la laideur on deteste,
Pensant vendre sa chair, il faut qu'elle en achette:
Vn malotru valet, vn coquin Palfrenier,
Pour luy donner plaisir se veut faire payer.
Quel malheur hé bon Dieu,quel estrange mesnage,
O desastré mary, ô fascheux Mariage!
Ils sont contraints tous deux, estrange affliction,
D'achetter de la chair pour leur prouision,
Espoux infortuné ta Meduze hideuse,
Ta laide en cramoisi, ta noirastre crasseuse,
Te crayonne aussi bien sur le front vn Croissant,
Qu'vne extreme beauté que l'on va courtisant:
Ton ame neantmoins n'en est point plus ialouze,
N'ayant iamais aymé vne si laide espouze,
Pour auoir autre part mis tes affections
Source de tant de maux & de diuisions.
Voyez donc quel danger d'espouser femme laide,
Tous deux sont à l'emprunt,tous deux cherchent de l'aide,
L'vn ayme vne putain, & l'autre vn palfrenier,
L'vn le faict au bordeau,l'autre pres d'vn fumier:
L'vn le faict hardiment, l'autre le faict en crainte:
L'vn le faict librement, & l'autre par contrainte:
L'vn le faict en secret, & l'autre ouuertement,
Tous deux prennent plaisir au prix de leur argent,
Tous deux sont en hazard,aux bordeaux & estables,
De gaigner par argent le Royaume de Naples,
La Duché de Surie,au coin des refondus,
L'Isle de Claquedant,au climat des perdus,
Sans oublier encor la Compté de Bauiere,
Marquisat de Tremblé,Pelade, & Boutonniere.
Considerez Lecteur,qu'elles successions,
Royaumes,Marquisats,Duchez,possessions
Heritent ses Amans, vrays soldats de Cyprine;
Lesquels vont s'abysmans au gouffre de ruyne,
Qui cause ces malheurs au desastré mary,
Qui peut estre mourra de verolle pourry,
Sinon d'auoir choisi vne si laide femme.
Qui la contrainct brusler aux rais d'vne autre flamme,
Pour auoir espousé vn visage hideux
Il se void à la fin chetif & malheureux,
Priué de tout plaisir, veuf de toute liesse,
Captif dans les liens d'vne laide maistresse,
Qui sous le ioug Nopcier50 le tient encheuestré,
Ne pouuant que par mort en estre despetré:
Et croy que si encor la coustume estoit telle
Qu'entre les Chaldeens, dont l'espouze nouuelle
Estant conduite au soir au logis de l'Amant,
Le Prestre deuant tous alloit lors allumant
Le feu Nopcier51 sacré,qui ne deuoit esteindre
Qu'on ne veist à l'instant leur mariage enfreindre,
Si que les mariez auoyent la liberté
De se remarier en tout seureté,
Ailleurs ou ils voudroient,la flamme estant esteinte,
Nostre ennuyé mary sans aucune contrainte,
Eust-tost ietté de l'eau pour ce feu amortir,
Et dissoudre ce nœud qui le faict repentir,
Ayant lasche espousé vne si laide Cheure,
Dont les noires vapeurs luy causent vne fieure
Qui le faict horribler & frissonner de peur,
Considerant de pres sa difforme laideur:
Laideur,iuges combien luy doit estre odieuse,
Puis qu'vne grand' beauté en trois iours est facheuse:
Mais le gros buffle est prins, comme on dit par le nez,
Le sort en est ietté à chanse & dez tournez
Ce n'est pas ieu d'enfant,chapitre de reprise,
Depuis que sous ce ioug nostre ame se void prise,
Elle peut s'asseurer que cest engagement
Nous doit accompagner iusques au monument:
Le repentir est vain,toutes belles excuses
Ont les pasles couleurs, pour neant mille ruses,
S'imaginent apres, il faut franchir le pas
Sans dire en souspirant, las ie ny pensois pas:
Mais laissons ces Amans desplorer leur seruage,
Pour conter au Lecteur vn autre mariage.
la riche.
SI vovs l'espovsez riche et pleine
de moyens.
Extraicte de haut lieu & de nobles parens,
Vous vous perdez du tout,vous tõbez en vn Scylle,
En vn Carybde affreux, vn Syrte difficile,
Vous pensez l'espousant auoir bien du plaisir,
Et vous n'espousez rien qu'vn fascheux desplaisir,
Vous pensez l'espousant viure en toute liesse,
Et vous mourrez viuant accablé de tristesse,
Vous pensez l'espousant comme vn autre Ixion,
Embrasser plein d'espoir vne riche Iunon,
Et vous n'espousez rien qu'vne venteuse nuë,
Qui brouille vos esprits, & sille vostre veuë,
Ne pouuant rien sortir d'vn tel accouplement
Que Centaures d'ennuis,que Monstres de tourmẽt:
L'espousant vous pensez espouser vne femme,
Et vous n'espousez rien qu'vne superbe Dame.
Qui vous gourmandera comme vn vil seruiteur,
Et vous fera mourir en extreme langueur:
De libre vous voila tombé en esclauage,
Et vostre liberté court vn piteux naufrage,
Sur l'Ocean enflé de vents de sa grandeur,
Qui vous abysmeront au gouffre de malheur.
Vous pensez comme on dit, brauer en pleine foire
Chargé d'or & d'argent, comme on vous faict ac-52
Vous pẽsez l'espousant auoir tout à souhait, (croire
Vous errez au calcul,vostre compte est mal faict:
Amy vous vous trompez, vous cõptez sans vostre53
Vous conterez deux fois: vogãt sur ceste coste(hoste,
Vous pensez butiner les thresors du Leuant,
Pippé d'vn vain espoir qui vous va deceuant:
Mais vous ne gaignez rien que reproches picquãtes
Dont on va repaissant vos trop folles attentes.
Vous verrez quelquefois ceste femme en fureur
Vser en vostre endroit d'vne estrange rigueur:
S'il aduient par hazard qu'vn important affaire
Où elle ait interest, vous ayez voulu faire,
Soit ou pour receuoir l'aquit & payement
D'vne rente amortie, à elle appartenant,
Ou soit que ce rembours à brauer le despence,
Lors elle vous repart d'vne fiere arrogance:
Quoy,maraut, pense-tu de mon bien disposer?
Est-ce le seul subiect qui t'a faict m'espouser?
Hé quoy,voudrois-tu bien, gueux à platte besace,
Qui faquin, és sorty d'vne si basse race,
Selon tes appetis disposer maintenant
De mes commoditez, & trencher du Rolant,
Portant habits pompeux de soye à chiquetades,
Ie t'empescheray bien de faire ces brauades
Aux despens de mon bien,te serrant de si pres
Le mords, que tu n'auras moyen de mordre apres.
Va t'en en Canada pescher aux Escreuisses,
Et ne viens point icy reprocher tes seruices,
Tu es vn gentil sot, ie t'ay faict trop d'honneur
De t'auoir espousé, & donné ma faueur,
Tu n'auois,mal-heureux,que la cappe & l'espee
Comme vn Aduenturier,lors que tu m'eus trompee,
Sans moy, pauure maraut, viure tu ne pourrois:
Tu es donc trop heureux de me seruir cent fois,
Pour toy i'ay refusé cinquante Gentils-hommes
[I]ssus de fort bon lieu, qu'a present ie ne nommes.
Lesquels me recherchoient pour mes nobles parens,
Mon exquise beauté, ma richesse, & mes biens;
Tu deurois donc baiser à toute heure la place
Ou ie pose mes pas, t'ayant faict tant de grace
De t'auoir seul choisi entre tant d'amoureux,
Esprise follement d'vn amour malheureux,
Et pippee aux attraicts de tes douces blandices,
Tes appas deceueurs, tes subtils artifices,
Dont, fin, tu t'es seruy,pour gaigner soubs l'Hymen
Ma grace, mon amour, & iouïr de mon bien:
C'estoit à mes moyens qu'on vsoit de caresse,
On courtisoit mon corps pour auoir ma richesse,
Ce n'estoit point à moy que s'adressoit l'amour,
C'estoit à mes escus que l'on faisoit la cour:
Mais las, pauure abuzé.tu n'es pas ou tu penses,
Ie t'empescheray bien de faire des despences,
Et tourner si souuent les dez à mes despens,
Banqueter tes amis ainsi que tu pretens,
Trencher du liberal en toute compagnie,
Ayant de mes escus la bourse bien garnie,
Iouër,boire d'autant, folastrer en tous lieux,
Piaffer tous les iours en habits somptueux,
I'auray tost arraché ceste folle esperance,
Te tenant de si prez l'argent & la finance,
Que tu n'auras moyen d'accomplir tes dessains,
Si tu m'y veux forcer tes efforts seront vains:
Ie sçauray bien dompter ceste fougue Espagnolle
T'ostans auec l'argent le cœur & la parolle;
Qui demeure esperdu,immobile estonné,
C'est le pauure mary,plus que s'il eust tonné,
Estourdy du batteau, & camus à merueilles:
Ceste tempeste oyant, si pres de ses aureilles,
Il est tout hors de luy, son esprit trauaillé,
Demeure tout confus se voyant rauallé
Du haut du firmament d'vne belle esperance,
Au centre plus profond de toute defaillance:
a desia il pensoit estre aux quatre Elements,
Et au Cube carré de ses contentemens,
Soubs l'Equinoctial foisonnant d'abondance,
Au cercle Apogean d'vne riche puissance,
Au Solstice esleué de toute volupté,
Et au poinct vertical d'heur & felicité.
Ia il pensoit auoir gaigné la riche flotte
De l'Inde ou du Peru, comme vn expert Pilotte,
Vn subtil escumeur, vn Pyrate ruzé,
Mais il se trouue en fin sottement abuzé,
[P]ensant auoir trouué la pierre aux Alchimistes,
Et les riches lingots des fins Paracelsistes,
[P]our s'estre marié pour les biens richement,
[I]l ne remporte rien qu'vn grand contemnement.
[S]es fourneaux,son metail, sont tournez en fumee,
[S]a ieunesse à souffler en vain s'est consommee
A souffler, plein d'amour, mille souspirs ardens,
[P]our de sa riche femme obtenir les moyens,
[P]ensant en bon argent transmuer son Mercure,
[I]l le void transformé en mespris & iniure,
[V]oyant à coups de bec sa femme l'outrager,
[V]oudroit bien, s'il pouuoit, d'elle se reuenger,
Mais il n'ose gronder ny dire vne parolle
Qu'il n'ait tout aussi tost le retour de son rolle,
[S']il passe plus auant & la vueille offenser,
Et en ses actions trop prompt la trauerser,
[O]ù de colere esmeu il vse de main mise,
[L]ors il est menassé d'estre mis en chemise,
[L'] enuoye au bissac en chausses & pourpoint,
[P]uis ses parens sont là, lesquels ne manquent point
De Rolans, fierabras, & des trenche-montagne,
Qui luy feront bien tost mesurer la campagne,
Ou bien luy tailleront des iartiers d'incarnat:
Ainsi sera payé le brauache soldat
Pour merite loyer & digne recompence,
D'auoir pour l'espouser consommé sa substance.
Mal-encontré mary, qui pensoit auoir pris
Vne femme en ses laqs, & elle l'a surpris,
Luy tenant de si pres le pied dessus la gorge
Qu'a peine il peut vser des soufflets de sa forge :
Le renge soubs ses loix la baguette à la main,
Luy faisant bien ronger & remascher son frain,
Ores le maniant à diuerses passades
A courbettes, à bonds,voltes, & ballotades:
Sa dame est l'escuyer, il n'est que le Poulain
Bridé, sanglé, piqué comme vn retif vilain,
Le cauesson au nez, le mords tousiours en bouche,
De crainte qu'il ne soit trop fougoux,ou farouche,
Le rendant à la main plus soupple & obeissant
Que n'est à son Regent le plus craintif enfant.
Il est plus malheureux mille fois qu'vn Corsaire,
Prisonnier sur la mer en extreme misere
A la rame attaché, pour luy faire sentir
De tous ses larrecins vn triste repentir,
Estant contraint souffrir les rudes escourgees
D'vn Comite cruel aux humeurs enragees;
Si dans le Galiot quelque faute il commet
Au profond de la mer tout soudain on le met.
De mesme est ce mary attaché à la rame
Des fougueuses humeurs de sa superbe Dame
Qui le force obeyr à ses complexions,
Et ployer soubs le ioug de ses affections,
Luy faisant aualer en vn iour plus d'iniures
Qu'vne Truye en vn an ne boiroit de laueures;
Ce sont les nerfs de bœuf de ce Comite fier,
Dont la femme souuent pratique le mestier
A l'endroit du mary, tombé en esclauage
Dans les creuses prisons de son hautain courage,
Luy tenant des propos beaucoup plus rigoureux
Qu'vn Comite inhumain au Forçat malheureux.
Impudent ose tu esleuer la paupiere
De ta presomption contre ta nourriciere,
Dira ceste superbe à son mary captif,
S'il faict trop le fascheux, le rebelle, ou retif,
Il est contraint d'obeir, d'endurer, & se taire,
Enchainé aux cachots de si rude Geoliere,
Qui luy tiendra ces mots: Ha petit Auorton,
Potiron d'vne nuict, trop foible reietton:
Ha petit Vermisseau, qui rampes de nature,
Qui au monde t'ay mis comme ma creature,
Oze-tu maintenant contre moy t'esleuer,
Toy qui comme Vassal dois de moy releuer?
Tu as le nez trop court pour auoir l'asseurance
De m'ozer attaquer ou me faire nuisance?
Autrement ie ferois sur ta teste orager
Vne gresle de coups, si tu l'osois songer:
Retire toy Coquin hors de deuant ma face,
[J]e le dis, ie le veux, & me plaist qu'on le face:
[J]e ne veux plus t'ouyr tempester si souuent,
[P]ensant par ce moyen tirer de mon argent?
Tu as donc beau fouguer & vser de menasse,
Car ce n'est pas pour toy que ces œufs on fricasse,
Mon argent & mon bien sont voüez autre part
Que pour entretenir vn esuenté soldart;
Tu as pauure estourdy fort mal pris tes mesures,
Tu peux bien autre part chercher tes aduentures.
Quoy ? ce pauure mary pourra il supporter
Ce foudroyant esclat,& ferme y resister.
Non,non,il ne pourroit non plus que la rosee
De l'Aurore estiual,aux rayons exposee
Du Delien flambeau,lequel va dissipant
Cet humeur matinal,au Midy s'esleuant:
Ou bien diray ie encor non plus qu'aux monts d'Indie
Les petits Pigmeens à la rude bondie
Des Gruës & Vautours,lesquels tout à la fois
Les enleuent en l'air,deux à deux,trois à trois,
De mesme le mary n'a non plus de puissance
De soustenir l'effort & la fiere arrogance
De sa femme en courroux,qu'vn meschant petit Nain,
Ou la Caille à l'endroit du Faucon inhumain:
C'est contre les Geans entreprendre l'escrime,
C'est vouloir opposer la poincte d'vn Freslon
Pour arrester le choc d'vn ferme bataillon:
C'est vn pierreux rocher contre le tendre verre
De vouloir resister à ce foudre de guerre.
La nature a donné à tous les animaux
Moyen de se deffendre encontre tous assaux,
Elle a voulu doüer d'vne prompte vitesse
Les Lieures trop craintifs, si quelqu'ũ les oppresse
Elle a voulu donner des crochets au Sanglier,
Des cornes au Taureau, au Cerf, & au Belier,
Aux Serpents vne queuë, & aux Pigeons des aisles:
Aux Herons vn grand bec,aux Vautours & aux Aigles,
Aux Mousches l'aiguillon pour nous esguillonner.
Aux femmes tout ainsi elle a voulu donner
Trop foiblettes de corps,la langue pour deffence,
Leur rempart asseuré,& leur ferme asseurance,
Leur grand Palladiũ, leur dongeon & leur fort,
Leur refuge dernier,leur vnique support.
Leur langue est leur carcois,leur fureur,leurs sagettes,
Pires cent mille fois que ceux des Messagettes.
Dont les coups acerez ne donnent que la mort,
Et les leur tuent l'honneur,ou le blessent bien fort
Le mary laisse donc siffler ceste Couleuure
Sçachant que son venin tant seulement demeure
A la gorge & aux dents,ainsi le noir venin
Et le poison mortel du sexe feminin,
Ne gist tant seulemẽt qu'en leur lãgue meschãte,
Laquelle est mille fois plus aiguë & trenchante
Qu'vne lame d'acier,qu'vn poignard aceré,
N'estant homme si fort,constant & asseuré,
Qui frappé de ses traicts ne perde la constance,
Se voyant gourmandé par ceste fiere engeance.
Vergongné, mastiné d'vn si vil animal,
Animal imparfaict, qui n'est né qu'à tout mal,
Animal importun, superbe,plein de rage,
Effronté, mesdisant,inconstant & volage:
Animal simulé,tout confit en trahison,
Hypocrite fardé, sans esprit ny raison.
O sexe lunatic ! ô femme trop fantasque! ( que54,
Plus cruelle aux humains que l'inhumaine Par-
Que la fiere Atropos,tant seulement couppant
Le filet de nos iours. Et toy tu vas trenchant
De ton fatal cizeau, ta langue enuenimee
Aussi bien que le corps l'heureuse renommee.
Contemplez donc Lecteur,& deux fois contemplez
Combien sont malheureux ceux qui sont enrolez
Aux prisons de l'Hymen, soubs Dame si puissante
Extraicte de haut lieu, en richesse abondante:
Vous pauure d'autre part,d'vn lieu vil & abiect,
Vous rendant son vassal, & obeissant subiect,
Son valet,son garçon,son laquais, & son page,
Detenu prisonnier en Turquesque seruage55,
Ayant pour l'espouser vendu la liberté
Pour vn petit de bien seruement acheté.
Quiconque voudra donc qu'esclaue on le mastine,
Fera bien d'espouser femme riche & mutine.
La pavvre.
SI vovs l'espovsez pavvre
en tovte pavvrete',
Vous tramez vn filet qui vous tiẽt enreté ( souffre56,
Aux prisons,où tousiours vostre ame endure &
Vous-mesme vous creusez & l'abisme & le gouf-57
Lequel doit engloutir vos plaisirs plus plaisãs, (fre,
Pour vous laisser apres mille soucis cuisans,
Qui vsent vos esprits d'vne lime rongearde,
Et rendent vostre humeur fantastique & sõgearde
S'alambiquant du tout à chercher le moyen,
Fuyant la pauureté d'amasser quelque bien
Pour nourrir vos enfans, vostre train & famille,
Qui vous faict supporter, des gesnes mille & mille,
Arriuant bien souuent contre toute raison,
Qu'on verra plus d'enfans en moyenne maison,
Qu'aux maisons de ces grands,riches & opulentes,
Qui manquent d'heritiers pour posseder leurs ren-58
Si pauure vous auez des enfans à foison,     (tes.
Cela redoublera le trop cuisant frisson
De leur gaigner du bien, vostre femme estant pau-59
N'ayãt d'or,ny d'argẽt,enrichy vostre coffre, (ure,
Pour n'auoir apporté que le cul & les dens,
Qui requierẽt tous deux de tres-grands entretiens:
Il faut de volupté que son cul on nourrisse,
Et que la fain des dens de pain on assouuisse,
Qui est au pauure espoux vn os dur à ronger,
Et le faict de despit à tout heure enrager,
La teste secouant aupres de sa compagne,
Comme vn Barbet mouillé ayant pesché la Cane:
Et n'est que de sa part il a quelques moyens,
Il ne pourroit nourrir sa famille & ses gens
Pour auoir follement,plein de flamme amoureuse
Espousé sans argent vne necessiteuse,
Pipé par les attraicts d'vne fresle beauté
Qui le tient maintenant en grand captiuité:
Car combien qu'elle fust pauurette & disetteuse,
Ne laisse neantmoins d'estre fort glorieuse,
Faut-il helas! faut-il qu'vn peu de volupté
Ait faict a si bas prix vendre la liberté
De ce pauure mary,ayant pris alliance
En lieu vil & abiect,sans aucune esperance
D'auoir quelque secours en ses necessitez
De si pauures parens,sans bien ny qualitez,
Tous gens de bas alloy,d'vne chetiue race;
Faut-il qu'vne beauté qui tout soudain s'efface,
L'ait tant faict oublier, & esgarrer de sens,
D'auoir ainsi foullé l'honneur de ses parens,
Sa race,sa maison,laschement profanee
ous les rustiques loix d'vn si pauure Hymenee:
Hé,quoy? Diray-ie encor,faut-il que ses espris
Par les rais d'vn bel œil ayent tant esté surpris,
Charmez, & amorcez,ensorcelez encore,
D'vn œil vrayement d'Aspict, qui ses plaisirs deuore,
Pour luy faire adorer sous le Nopcier60 lien,
Vne seule beauté, vefue de tout moyen,
D'amis, & de parens, vne bien pauure fille,
Qui raualle si bas l'honneur de sa famille.
Ses plus proches parens le quittent d'amitié,
Ayant prins sans conseil pour sa chere moitié,
Vne fille qui n'a,qu'vn visage agreable,
Pauurete,sans parens,sans moyens peu sortable,
A son antique race & à ses qualitez,
Ce qui rend ses parens contre luy despitez,
Ayant retrogradé de la dixiesme Sphere,
Et du hault Cercle Astré brillonnant de lumiere,
Où ses nobles parens auoient haussé son nom,
Et graué la splendeur de son fameux renom,
Pour lasche s'abaisser iusqu'au Cercle Lunaire,
Qui par vn pauure Hymen viẽt obscurcir sa gloire
Voyant donc ses parens ainsi le contemner,
Cela luy faict aussi de sa part desdaigner
Sa femme ia content de son mignard visage,
Desdain, qui germe entre-eux vn tres-mauuais mesnage
Si la pauurette veut au logis commander,
Son mary tout soudain,la voudra gourmander,
Luy disant pense-tu estre Dame & Maistresse,
Et commander ceans ainsi qu'vne Princesse ?
Ie te r'enuoyeray bien au champs à tes Moutons,
Nous n'auons pas esté, toy & moy compagnons:
Tu n'estois rien sans moy qu'vne simple hardelle,
Et ie t'ay faict porter l'habit de Damoiselle,
Tu n'as rien apporté que le cul seulement,
Tu n'auois quand tu vins qu'vn pauure vestement,
La robbe de blanchet comme vne villageoise,
En teste vn couure-chef,à la mode Viroise:
Et enflee auiourd'huy du leuain de mon bien,
Te voyant sur le dos ce superbe entretien,
Tu me veux commander, combien qu'on t'ait faict naistre
D'vn Atome leger, & presque d'vn non estre
Ta memoire, & ton nom, gisoient comme au Tombeau:
[N]aistre & ressusciter, ie l'ay faict de nouueau,
Esclorre ie t'ay faict, de la poussiere & cendre
D'vne grand' pauureté, pour heureuse te rendre,
Comme vn nouueau Phœnix, renaissant peu à peu
Des cendres de son corps consommé par le feu:
Neantmoins comme vn Pan tu estalles tes aisles,
Tu veux trencher du pair auec les Damoiselles;
Croy, que i'abaisseray ton arrogant caquet,
Te faisant mettre bas la coiffe & l'affiquer:
Lors la femme repart, esprise de colere,
Pense-tu que ie sois comme vne chambriere?
Tu as beau detester tous les quatre Elemens,
[T]on espouse ie suis, en despit de tes dens
[Il]faut doux comme laict aualler ce breuuage,
[Pu]isque l'Hymẽ Nopcier61 nous ioinct par mariage:
[Bi]en que ie fusse pauure & sans commodité,
Chacun me recherchoit pour ma rare beauté:
Vn regard de mes yeux, vn seul traict de ma face,
D'vn Scythe le plus fier eust peu gaigner la grace,
[Je] ne pouuois manquer de trouuer bon party,
[A]yant de cent beautez le visage assorty.
[Q]uoy ? penserois-tu bien que i'eusse esté perduë,
[Si] espouse chez toy ie n'eusse esté renduë ?
[M]on visage parloit pour moy incessament,
[Et] pouuoit m'acquerir des Maris sans argent,
[N]e me reproche point par colere ou menace,
[Q]ue mon estre i'ay pris d'vne trop basse race,
[Po]ur oser contre toy faire comparaison,
Femme tu ne deuois me prendre en ta maison,
Si tu ne desirois m'auoir pour ta compagne:
Pauure ie ne veux point qu'vn Mary me desdaigne,
Pourquoy m'espousois-tu pour ainsi m'outrager,
Qu'heureuse i'eusse esté d'espouser vn Berger,
Plustost qu'vn tel Tyran, de nature cruelle,
Qui me tient en prison comme vne criminelle;
Me gourmande, me bat, ainsi qu'vn chien mastin:
O trop barbare espoux, ô cœur diamatin.
Infortuné Mary, qui eust dit qu'vne gueuse,
Qui n'auoit que le cul eust esté si fascheuse,
Qui eust iamais pensé, qu'vne qui n'auoit rien
Que la seule beauté, le rustique maintien,
De discours arrogans eust voulu te rebatre,
Et iouër la Medee ainsi qu'en vn theatre,
Tu pensois l'espousant estre mieux respecté,
Mieux seruy,mieux obey, pour sa grand' pauureté,
Tu sçais ou tu en és, tu en as belle lettre,
Tu ne deuois iamais pour ton espouse admettre,
Vne fille si pauure, alleché d'vn desir
Qui te faict acheter vn trop cher desplaisir:
Tousiours sa pauureté te faict baisser la teste,
Et son fascheux caquet te tourmente & moleste,
Sous silence ie tais tant de soucis cuisans,
Tant de soin d'amasser du bien à ses enfans,
Tant de nuicts sans repos, & tant d'inquietudes,
Tant de iours en trauail, fascheuses seruitudes,
Tant d'ennuis, de chagrins,fruicts de la pauureté
Qui tiennent ses esprits aux prisons arresté,
N'estant point aduancé du costé de sa femme,
D'argent, ny de moyens, cela luy gesne l'ame:
Il est plus tourmenté qu'vn Sisiphe aux Enfers,
[S]entant de pauureté les plus rigoureux fers,
[L]e soin le va rongeant, sa femme le trauaille;
[S]es parens despitez, luy liurent la bataille:
Voila le foudre aigu, aussi les triples fleaux
Qui luy font endurer de tres-rudes assaux:
Mais ce qui plus de trois de gesne & le bourrelle,
C'est de voir commander sa femme en Damoiselle,
Superbe aller par haut,brauer effrontement,
S'enfler pleine d'orgueil, respondre arrogamment,
N'estant rien si faſcheux,ny tant insupportable,
Qu'vne pauure enrichie,ô chose detestable!
Estrange changement,que de voir vn Serpent
Qui n'aguere trainoit sur le ventre rampant:
S'esleuer haut en pieds, & d'vne humeur hautaine
Brauer les animaux qu'il rencontre en la plaine
O Monstre contrefaict, ô changement diuers!
Nature que ie croy, opere de trauers,
En metamorphosant vn cœur d'humble Bergere,
Nourrie entre les champs, le chaume & la fougere
En vn courage enflé plein de presomption,
Pour morguer son mary à la moindre action.
Hé Dieu, quel changement, quel estrãge coustume,
Quel amer gobelet, quelle horrible amertume,
De voir ceux qui n'ont rien aporté au logis,
Commander plein d'orgueil, de honte i'en rougis,
Ie frissonne d'horreur,de voir vne Coquine
Gourmander son mary d'vne façon mutine:
Si bien qu'il est contrainct par vn baston noüeux
D'arrester quelquefois son caquet ennuyeux,
Et rabaisser vn peu son audace effrenee,
Puis estant comme elle est de pauures parens nee,
Cela le rend encor plus prompt à la ranger,
N'ayant aucuns parens qui la puissent venger:
L'vn pleure, & l'autre bat,l'vn fougue, & l'autre crie;
Voyez qu'vn pauure Hymen donne de fascherie,
Quels doux predicamens: l'vn est en action,
Qui tempeste, qui bat: & l'autre en passion
A receuoir les coups en extreme agonie.
Quel Disdiapasson, quelle rude harmonie,
Quelle Musique, hé dieux, quel discordant discort
Entre ces mariez ; quelle mourante mort ?
L'vn se plaignant des coups,qu'à grand tort il endure:
L'autre de pauureté,tres-rigoureuse & dure,
Qui la reduit si bas qu'il est presque indigent,
Pour auoir espousé sa femme sans argent,
Et voyant bien quelle est cause de sa misere,
Cela luy faict lascher sur elle sa colere,
Desgorger sa fureur, chargé de tant de soin,
Tant d'enfans: & l'argent luy faillir au besoin,
Puis mesnage est pesant ( comme on dit ) en diable,
Ayant l'appetit grand, le foye insatiable,
Auide l'estomach, si tres-longues les dens,
Qu'il seroit bien requis pour tous ses entretiens
Saouler ses appetis, à sa fin satisfaire,
D'auoir de l'Espagnol la bourse pecuniere,
Dans laquelle l'on void souuent reuerberer
Les rayons iaunissans de l'Astre iournalier,
De l'Inde, ou du Peru, des Isles Philippines,
Mexique & Calicut,où sont les riches mines;
Sous l'Atome duquel la forme & les rayons,
Le grand Iupin62 voulut descendre en ses cantons:
Sans lequel nos amours se tournent en furie,
Sans lequel on nous fuit,attains de ladrerie:
Depuis que nous voyons ce donne vie argent,
Prendre congé de nous,tout se tourne en tourment,
Nos plaisirs en douleurs, & nos ris en tristesse;
Et bref la pauureté est vne rude hostesse;
C'est vne maladie où tous les Medecins
N'entendent rien du tout,bien que rusez & fins,
Non,pauureté n'est rien qu'vne paralisie,
Vn dormir lethargic, qui tient l'ame transie,
Tous les nerfs engourdis, ostant le mouuement
Des actions du corps, priué de cest argent:
Ce metal est l'esprit, qui donne à nos arteres
Le vital mouuement, & appaise ses fieures.
C'est ce qui donne aux nerfs vn esprit animal,
Enuoyé du cerueau par l'argenté canal
De l'espine du dos: C'est ce qui donne aux veines
La chaleur & le sang sont ces viues fontaines,
C'est le cerueau,le foye, & le cœur des humains,
C'est la vie & le sang de nos plaisirs mondains,
C'est le premier mobile, & la dixiesme Sphere,
Qui donne à nos plaisirs la roüante carriere,
C'est ce qui faict mouuoir la roüe & les ressors,
Le secret des secrets, & l'accord des accors:
Argent est le Piuot,l'Arcboutant & le Pole,
C'est ce puissant Atlas, qui de sa forte espaule
Va soustenant le Ciel de nos contentemens,
L'Elixir resultant de tous les Elemens
Des plaisirs d'icy bas: Ciel dont les influences
Departent à nos cœurs mille resiouyssances:
Vray Soleil des humains, qui esclaire nos yeux,
Sainct Ange Raphaël, qui nous guide en tous lieux,
Diuin charme-soucy,oste-soin,chasse-peine,
De toutes voluptez, la source & la fontaine.
C'est pourquoy nous lisons qu'vn certain iour les dieux,
Pour monstrer leur grandeur, sortirent orgueilleux
Des planchers azurez, portans dedans leur dextre
Les armes & trophee,ou chacun est à dextre:
Le Dieu Tonnant Jupin63 son clair foudre monstroit,
Et l'inuincible Mars sa lance en main branloit:
Ce deuoreur d'enfans,ce vieil songeard Saturne,
Fist monstre d'vne Faux, & d'vn Trident Neptune:
Mercure vn Caducee, vne Lyre Apollon,
L'Arc,la Trousse, & les Traicts,l'Archerot Cupidõ;
Son Vignoble Bacchus, & Ceres ses Campaignes,
Le Dieu Pan ſes forests,les Muses leurs Montaignes,
Hercule sa Massuë, & Pallas son Pauois,
Sa Coquille Venus,Diane son carquois:
Mais tout incontinent qu'ils eurent veu la terre
Ouurir ses larges flans,dans lesquels elle enserre
Tant de riches tresors, ils furent tous espris
D'vn desir de iouyr de ce metail de pris:
De cet or iaunissant chacun veut qu'on luy donne,
Le puissant Iupiter en dore sa couronne,
Son trosne & son Palais, & sa cuirasse Mars,
Sa picque & son espee, & Cupidon ses dars,
Neptune son trident,son caducé Mercure,
Apollon en dora sa blonde cheuelure,
Pallas sa forte lance, & Ceres ses moissons,
Et le reste des Dieux s'en sert en cent façons.
Voyez combien pour l'or Berecinthe on honore,
Pour ce riche metal chacun des dieux l'adore.
Il est donc plus puissant que ne sont tous les dieux?
Il dompte les humains, il penetre les Cieux,
Il braue les Enfers, il charme le Cocyte,
Le Styx, le Phlegeton, le Cerbere il despite.
Quiconque est donc priué de ce puissant agens,
Avec les Quinze-vingts peut dire asseurémens
Qu'il a perdu chetif, toute ioye en ce monde,
Et qu'il tombe aueuglé en la fosse profonde
De toute pauureté, s'il n'est illuminé
De ce brillant metal aux mines affiné,
Dont la priuation est vne Estiomene,
Vn chancre à nos esprits, & au corps la gangrene.
Voyez donc quel malheur au mary malheureux
D'espouser aueuglé, femme pour ses beaux yeux,
Sans amis, sans argent, pauurette & disetteuse:
Et n'est-ce pas creuser la fosse malheureuse,
Laquelle doit en fin ses plaisirs engloutir,
Pour luy laisser apres vn tardif repentir?
Que reste à cet espoux sinon soucy pour page,
Chagrin continuel pour vallet de bagage,
Peines, ennuis, soucis, pour Hommes & Vassaux:
Pour Laquais & Goujats mille espineux trauaux,
Et pour Maistre d'hostel tousiours nette cuisine,
Voila comme le train d'vn pauure Hymen chemine.
C'est peu que tout cela,ce ne soit rien que ieux,
C'est bien autre malheur s'ils sont pauures tous deux.
Mais, Lecteur, ie ne veux prophaner ma Satyre,
Pour lasche, m'amuser à pourtraire & descrire
Les malheurs d'vn Hymen populaire & abiect:
Sous silence ie tais vn si ample subiect,
Ie ne veux point chanter en ces vers Satyriques
L'hymen infortuné des estats mechaniques :
Car ce seroit la soye au fleuret meslanger,
Le chanure auec le lin, & l'or au fer ranger.
Ie laisse les malheurs de ceste populasse,
Qui de maux sous ce iour souffre vne milliasse
Pour t'aduertir, Lecteur,des perilleux dangers,
Des bancs & des escueils de ces nopcieres64 mers,
De ces vents orageux, ces tempestes grondantes,
Ces borasques, ces flots, ces vagues escumantes,
Prestes à submerger, abysmer & noyer
Ceux qui vont nauigeant cet Ocean nopcier65,
A grand peine l'on peut euiter le naufrage,
Faisant voile en la mer du fascheux Mariage:
On court tant de perils, de risques & hazards,
Des vents, de flots, d'eſcueils, & Corsaires pillards,
Qu'à grand' peine l'on peut flotter en asseurance
Entre tant de dangers, rangez en ordonnance,
Pour tascher à tous coups de perdre & abysmer
Nostre flottante Nef au profond de la mer,
Hé quelle est ceste mer ? sinon le Mariage,
Quels sont ces Aquillons qui excitent l'orage,
Que la diuersité de nos complexions?
Qui sur cet Ocean meuuent cent tourbillons.
Hé quels sont ces escueils qui brisent le Nauire
Par vn choc perilleux, que le cruel martyre
D'vne extreme beauté, qui nous plante a plaisir
Des cornes sur le front en soulant son desir?
Quels sont ces flots cruels,ces ondes bouillonnantes,
Que l'humeur coleric des femmes arrogantes?
Quel est ce gros brouillas, & la sombre noirceur
Qui obscurcist les airs, que l'insigne laideur
D'vn front tout bazané d'vne horrible Meduse,
Qui d'vn charmeur discours vostre ieunesse amuse ?
Quels sont ces escumeurs, Corsaires rigoureux
Que l'on va rencontrant sur ces flots escumeux,
Que le courage enflé d'vne femme opulente
Qui dedans ces prisons cruelle vous regente?
La baguette à la main, vous faisant endurer
Les tourments que feroit vn corsaire sur mer.
Quel est le chaud, le froid, & la faim importune,
Que l'on souffre voguant sur ce vaste Neptune,
Loin de terre escartez, sinon la pauureté,
Espousant sans moyens femme pour sa beauté.
Contemplez donc, Lecteur,combien la destinee
Nous trame de dangers sur la mer d'Hymenee,
Quel Pilote asseuré; quel expert Nautonnier,
Quel hardy Matelot, quel ruzé Marinier
Se voudra embarquer en mer si orageuse
Pleine de tant d'escueils? Quelle ame hazardeuse,
Quel esprit aueuglé, plein de temerité,
Voudra faire flotter sa chere liberté
Sur vn tel Ocean, tout escumant de rage
S'il ne veut s'exposer au peril de l'orage.
Et bref, tous les destroicts de l'Ocean du Nord,
Ou ceux qui vers le Sud ont vn funeste abord,
Celuy de Magellan vers le Pole Antarctique,
Ou cil de Gilbatar, dessous nostre Ourse Arctique
Ne sont point aux Nochers si fascheux à passer,
Comme il est dangereux vne femme espouser.
FIN.

THIMETHELIE
OV
CENSVRE DES FEMMES.

Satyre seconde.

En laquelle sont amplement descrites les Maladies
qui arriuent ordinairement à ceux,qui vont
trop souuent à l'escarmouche soubs
la Cornette de Venus.



Par Thomas Sonnet, Sievr
De Covrval
, Gentil-homme
Virois.


Vignette.
A PARIS,
Chez Iean Millot, sur les degrez de
la grand' salle du Palais.
Filet simple.
1609.
Auec Priuilege du Roy.

Bandeau, feuilles et animaux. A MONSIEVR DV Criout le jeune, mon Confrere Docteur en Medecine.

Lettrine. MOnsievr, L'amitié que nous auons contractee ensemble, depuis le temps, que i'ay eu l'heur de vous cognoistre, & les deuis familiers, que nous auons eus, l'vn auec l'autre, touchant les maladies, qui arriuent ordinairement à ceux, qui font trop souuent voile en Cypre, pour sacrifier à la Paphienne : M'ont incité de vous dedier ce petit eschantillon desdites maladies, & vous supplier comme mignon d'Apollon, & nourrisson d'Esculape, luy seruir d'antidote, de Theriaque & preseruatif, con tre le venin des mesdisans, desquels vous pouvez arrester les fureurs, & fumeuses boutades,leur dõnant pour contrepoison vne purgation d'Helebore, pour descharger leur cerueau lunatique & despraué, qui les pousse comme insensés Maniaques,à desgorger vne Iliade 66de calomnies, contre ceux qui se meslent d'estaller leurs estoffes Poëtiques, au plain marché de la France: L'esperance que i'ay, que vous appaiserez tous ces fascheux Symptomes, & preseruerez ce petit Poëme, du noiricissant venin de la calomnie, me dispensera de vous tenir plus long discours, pour vous asseurer que ie suis
MONSIEVR Vostre seruiteur tres-affectionné Covrval Medecin,

Bandeau. AVDIT SIEVR DV Criovlt. STANCES.

Lettrine.
DOcte fils d'Apollon,Nourrisson d'Esculape,
Qui fais par ton sçauoir qu'vn malade reschape,
Et se sauue des traicts, de la cruelle Mort,
Deffends ainsi Criovlt,des fleches de l'enuie
Ces vers, ausquels on veut par force oster la vie
S'ils ne sont secourus, de ton ayde & support,
u pourras ordonner,vn bon Electuere,
Pour seruir d'Antidote,à la poison amere
Et au fiel escumeux, des mesdisans peruers,
Ausquels tu donneras, quelque fort Cathartique
Pour purger leur cerueau, perclus, & Lunatique
Qui leur fait tant vomir, de venin sur mes vers.
AΘANATΩN ΣTEΦANOΣ, MOϒΣΩ̃̃̃̃̃˜N
AMAPANΘINOΣ ATEI.

Bandeau. AV SIEVR DE COVRVA Doctevr en medecine. SVR LA TIMETHELIE. STANCES.

Lettrine
C Ovrval excuse moy si ie n'ose en ces vers
Me ietter comme toy,sur ce sexe peruers
Craignant l'ardant courroux,du bel œil qui me tue,
Car si tost qu'il me void oppressé de douleur,
Il s'oppose à ma flamme & retient ma fureur
Lors qu'à le detester ma Muse s'esuertue.
Parle moy d'attaquer vn monde d'ennemis,
De me rendre au procez obstinément soubmis,
De souffrir les trauaux de l'enfer effroyable,
L'ennemy, les procez,les infernaux debats,
Ne me sont point, Covrval, tant à craindre icy bas
Que la fiere beauté,qui me rend miserable.
Mais toy qui l'an dernier,m'as sauué du trespas,
Lors que ie languissois malade entre tes bras,
Loin des douces beautés de ma pauure Maistresse
Si tu peus me guarir de la fiebure d'Amour
Ie feis contre ce sexe vn poëme l'autre iour
Qu'à l'instant ie ferois mettre dessoubs la presse.
Angot L'esperonnier

Bandeau. SVR LES OEVVRES Poetiqves dv Sievr Sonnet Docteur en Medecine. ODE.

Lettrine.
O Douce Muse de ces vers,
Qui faictes voir à l'Vniuers
Les trauerses du Mariage!
Vous monstrez bien à toutes mains,
Qu'Hymenee est vn chariage
De tous les ennuis des humains!
Le trauail, l'incommodité,
Et des soings la fecondité,
Qui suyuent le train d'Hymenee,
Sont si bien figurez en vous,
Que pour n'estre en eux enchainee:
L'ame y treuue vn subject fort dous.
Car en y voyant les ennuis,
Qui durant les iours & les nuicts
Les maris trauaillent sans cesse:
On apprehende tant ces fers,
Qu'espouser mesme vne Princesse,
On croit d'espouser les enfers.
Car vn si grand nombre d'erreurs
D'abus, d'arrogance & d'horreurs,
Logent au courage des femmes
Que souuent les pauures maris
En deuiennent à doubles trames
Vn Atride67 aupres d'vn Paris.
Ainsi pour le dire en deux mots,
Deuenus caillettes,& sots
Les maris viuent aupres d'elles:
D'vn sort vuide de tout bon-heur,
Tant par ces femmes infidelles
Ils ont perdu l'aise & l'honneur.
Mais il est bien vray que parfois
Hymenee assemble en ses lois
Le sort de quelques bonnes femmes:
Aussi tous n'en sont pas fournis,
Ains ie pense que telles Dames
Sont de la race du Phœnix.
O vous! qui charmez des appas,
Dont Alcine guide au trespas
Les fous amoureux de ses charmes:
Venez icy lire en ces vers
Le fard,le malheur & les armes,
Dont vos esprits vont de trauers.
Vous y verrez l'aspre douleur,
L'erreur, la perte & le malheur,
Qui suiuent les ames immondes:
De qui les terrestres desirs
Volans à troupes vagabondes,
Forment leurs maux en leurs plaisirs.
Sonnet, Oracle de vertu,
Qui de gloires tout reuestu
Combats les erreurs,& le vice:
Quel beaux triomphe, & quel bon-heur
Ne sont deubs comme vn sacrifice
A tes vers si remplis d'honneur?
DE DEIMIER.

Bandeau. TIMETHELIE ov CENSVRE DES FEMMES. Satyre seconde.

Lettrine.
SVs ma Muse au trauail, c'est trop pris de relasche
Il faut recommencer, où finissoit ta tasche,
Repren donc ton pinceau, pour peindre brusquement
Sur ton Nopcier69 tableau, vn racourcissement
Des malheurs, maladies, & trauerses fascheuses,
Qui procedent du haut, des Putains Amoureuses;
Car des femmes de bien, ie n'entends point parler
Leur pudique maintien, les faict tousiours briller
Parmy l'obscurité, ainsi qu'vne lumiere
Qui esclatte par l'air, quand dessous l'Hemisphere,
Le flambeau Delien, va son tour commencer:
Ie priray seulement, les Chastes m'excuser,
Si blasmant les Putains, tout leur sexe ie blasme,
Bien que le tout s'adresse, à l'impudique femme;
Ie sçay qu'on me dira, que sans exception,
Ie blasme en general, & sans distinction
Le sexe fœmenin : A quoy pour repartie,
Ie dis que nous voyons la plus grande partie
Des femmes d'esbauchees, en emporter le tout,
Qui faict qu'au general, ie me renge du tout.
Que tu causes de mal, malheureux Promethee,
Ta main est a bon droict, sur Caucase attachee.
[P]our auoir effronté rauy le feu Diuin
[L]es Dieux pour te punir, d'vn si grand larrecin
[T]'enuoyerent çà bas, pour tourmenter ton ame
Maladies & trauaux, & l'engeance de femme,
Mais de tous ces trois fleaux, celuy qui plus nous nuit
[C]'est la femme, animal des grands Dieux introduit
[P]our punir les humains,icy bas sur la terre,
Et leur faire à iamais, vne cruelle guerre:
[C]e sexe sont les fers, les gesnes, & cordeaux
[L]es cachots, la prison, & les cruels Bourreaux,
Qui des Dieux irrités, exercent la Iustice
[P]our punir les mortels addonnez à tout vice;
[C]e sont les instrumens, les foudres punisseurs
Qui vengent des grands Dieux les bouillantes fureurs.
Il semble toutes-fois, que c'est la bonté mesme
[L]a Chasteté, l'honneur, la sagesse supresme
[L]a gloire, & l'ornement de tout le genre humain,
[L]e comble des souhaits, & le bien souuerain,
Le plaisir des plaisirs, delice des delices,
La douceur des douceurs, blandice des blandices, 70
[L]a craime & l'Elixir, de toute volupté,
Et le centre parfaict, d'heur & felicité:
Mais ce ne sont ( Lecteur ) que pipeuses Syrenes71,
Qui ont moitié du corps, comme formes humaines,
Et tout le reste n'est, qu'vn Poisson monstrueux,
Qui nous vient deceuoir,sous vn front gracieux;
Leur cœur n'est rien que fiel, rien que miel leur visage,
Qui soubs vn calme doux,presage vn grand orage,
[S]oubs la vermeille fleur, de leur teinct amoureux,
Se traine bien souuent, le Serpent cauteleux,
Soubs la viue clarté, de leurs femmes iumelles,
Et dans l'esclair brillant, de leurs chaudes prunelles,
Se cache la fureur, du foudre rougissant,
Qui d'vn malheur prochain, va l'homme menassant,
Et comme on void l'esclair, preceder le Tonnerre,
Qui sur nous quelquesfois, sa cholere deserre,
De mesme apres l'esclair, eslancé de leurs yeux,
Tombe soudain sur nous, vn foudre impetueux
De malheurs infinis; comme Verolles, Chancres,
Qui brisent nos Amours, & les mettent en cendres:
Et bref sous la beauté, la grace, & les attraicts
Des femmes; sont cachez, serpens, foudres, & traicts,
Elles sont à bon droict comparees à ces Temples
Des noirs Ægyptiens, lesquels si tu contemples
Seulement par dehors, rien n'est si somptueux
Mais dedans on n'y void, qu'vn Cocodril affreux,
Rien qu'vn Bouc, ou vn Chat, vn Singe, vne Cicoigne,
De mesme on est trompé, au nez, & à la troigne,
A l'extreme beauté, du sexe fœmenin
Qui porte soubs vn front mignard, & Adonin,
Vn Idolle de Bouc, puant de paillardise,
Vn larmeux Cocodril, tout remply de feintise;
Vn Chat reuant de Mars, dont l'ongle rauisseur
Grifferoit vn Amant, en sa chaude fureur;
Et vn Singe inconstant patron de l'inconstance
De ce sexe inconstant, sans foy ny asseurance.
Ie dis encore vn coup, ce sexe malheureux
Estre bien comparé,au Cocodril larmeux,
S'il veut pipper quelqu'vn, lors il iette des larmes
Pour donner puis apres de cruelles alarmes
A ceux là qui deceus, par ces larmoyans yeux
Se laissent engloutir à ce Serpent hideux,
Tout de mesme les pleurs, & le souspirs des femmes
Ne s'espandent sinon, que pour tromper nos ames
Leurs souspirs simulez, leurs hypocrites pleurs,
Sont les vrais instrumens, & les foudres vengeurs
De leur ardent courroux; sont les rudes machines
Les ministres certains,de leurs cruelles haynes,
Sont les ruses, les traicts, dont la femme se ser
Pour mettre sa traison & sa haine à couuert,
Si que par tel moyen il n'est ny Dieu, ny diable
Qui ne soit appipé, & rendu miserable.
Lettrine.
LA femme est vn venin gastant les facultés,
Engourdissant les sens, changeant les qualités
De nos temperamens si qu'vn Melancholique
En deuient furieux, fougueux, & Cholerique,
Et l'amoureux sanguin, tout fantasque,& pensif,
Palle, morne, plombé, triste & contemplatif;
Le Phlegmatiq changé, en humeur bilieuse.
Voyez donc si la femme est pas vne charmeuse.
De Methamorphoser, nos quatre Qualités
Pour les renger du tout selon ses volontés,
Elle corrompt nos sens, tant Internes,qu'Externes,
Amusant la Raison, de mille baliuernes,
L'imagination, & la Memoire aprés,
Puis aux autres venant, ainsi que par degrés,
Elle obscurcist les yeux, elle gaste l'ouye,
Corrompt nostre Odorat, & chose non ouye
Elle oste l'appetit, le goust elle amoindrit,
La vieillesse aduanceant, elle faict qu'il s'aigrit,
Elle oste le plaisir du Toucher delectable,
Engourdissant les nerfs, qui la rendent palpable;
Somme l'homme excessif, aux esbats de Cypris
Encourt tous ses malheurs: mais ce n'est riẽ áu pris,
De cent afflictions, de mille maladies,
Que Nature aux Amans, à tramees & ourdies
Comme les Cruditez, palpitement de cœur,
Debilité de Nerfs, des iointures douleur,
Syncope, mal-caduc72, qu'on nomme Epylepsie,
La Vertige, l'Incube, & la Paralisie,
Le Catherre fluant, le Spasme conuulsif,
La Léthargie; & Caros des nerfs stupefactif,
L’Hémoragie du nez: la froide Apoplexie,
La Migraine, Schynance, & iaune Cachexie,
Foiblesse d'Estomach, Cholique, Inflation,
Le Scyrrhe bilieux ioinct à l'obstruction
Du foye; Et des polmons, la crachante Pthysie,
La fiebure lente, Ethique, & pasle Hydropisie,
L'extreme puanteur, de la bouche, & des dens,
Le visage abatu, les yeux cauez dedans,
La Podagre cruelle, & goutte Schiatique,
Le mal Melancholic, la douleur Nephritique,
Le Chancre cauerneux, liuide,noircissant,
La lasche Gonorrhee, au venin blanchissant
Qui sans cesse coulant, des vaisseaux spermatiques,
Debilite nos corps, & les rend tous Ethiques,
D'où n'aist l'Alopetie, ou cheute de cheueux,
Le tintement d'Ouye, & la foiblesse d'Yeux,
Le Satyriasis ou tendu Priapisme,
Et la Verolle encor de tous malheurs l'abysme.
Lettrine.
BRef la femme fanist,les fleurs de la santé,
Enfarine le front, rend l'Esprit hebeté,
Le corps lasche, pesant, terrestre & Cacochyme,
Pour auoir effleuré, l'Elixir, & la crème
De l'humeur radical, le sang, & les Espris
Au sperme contenus, Thresor de si grand pris,
Qu'il est de nostre corps, comme la Quinteessence,
[...]de nos quatre humeurs, resulte & prent naissance
[Sp]erme blanchissant, est donc le vray cyment
[...]en bonne santé, nostre corps entretient,
[Con]serue la chaleur humide, & radicalle,
[Don]ne aux nerfs la vigueur, & la force totalle.
[...]la femme nous faict, dissiper cet humeur
Qui seul retient du tout nostre vie en langueur,
[..]eut dire à bon droict, quelle accourcist la vie,
[...]qu'au ieu de Cypris, la substance est rauie,
[Qui] la tient en vigueur, changeant nostre Printemps
[E]n neigeux hyuer, par ses vains passetemps,
[Et] gaste la fleur, de la verte ieunesse,
[...]ore la beauté, aduance la vieillesse,
[...]ride la peau, rend le front farineux,
[Ra]ist nostre beau teint, le plombe & rend scameux,
[...]ends quand par excez, se mestier on pratique
[...]vn Bordeau lascif, auec femme publique,
[...]pas quand on l'exerce,en toute volupté
[...] le lict coniugal auec vne beauté
[...]e à son Amant, pudique, honneste, & sage
[...]einct aux yeux, l'honneur, & la crainte au visage,
[Ave]c laquelle on peut vser moderement
[E]bats de Cypris, sans aucun destriment:
[...]les femmes qui sont, par trop libidineuses,
[...]aux hommes cent fois, pires, & dangereuses
[L]e cheual Seian, qui rendoit en tous lieux
[...]la qui le montoient, chetifs, & malheureux.
Viconque à trop monté, ce sexe plein d'encombre
Encourt tous ces malheurs, dont i'ay deduit le nombre
[...]lle, & mil encor, que s'il faloit conter,
[...]eprendrois plustost de pouuoir arrester,
[...]rse des torrens, que les pouuoir comprendre,
Plustost ie conterois, les Cygnes de Meandre,
D'Athenes les Hybouts, & tous les escadrons
Des Mousches de L'Ægypte, ou bien les Mouscherons
De Pize,ou des Lucquois, les Scargots de Sardaigne,
Les Sautereaux de Cypre, & les Genetz d'Espaigne:
Lettrine.
LAissons donc ce discours, à nos vieils Medecins
Et poursuiuons le fil, de nos premiers dessains,
Que de tous les malheurs, la femme est l'epitome,
Quelle est de l'amitié, naufrage perilleux
Domestique danger, tourment solatieux,
Vn mal tres-necessaire, & peine ineuitable,
Plaisante affliction, & malheur souhaitable,
L'enfer de nos Esprits, le Paradis des yeux,
Lymbe de tous ennuis, Tombeau des Amoureux,
Purgatoire asseuré, des bourses plus pesantes,
Repurgeés & nettes, aux flammes plus ardantes,
Et aux cuisans fourneaux, de ce sexe amoureux,
Qui droict à l'Hospital, rend l'homme comme vn gueux.
Lettrine.
EScoutez, Salomon, qui vous dict & asseure,
Qu'il aime beaucoup mieux eslire sa demeure
Au milieu des forests, entre les fiers Lyons,
Les Serpens venimeux, les Ours, & les Dragons,
Plustost qu'en la maison d'vne femme meschante,
Qui de son noir venin, la plus chaste ame enchante,
On ne peut de ses retz, non plus se retirer
Que l'oyseau pris au glu, se pensant despestrer:
Toute meschanceté, toute ruze & malice
Est petite, au regard du subtil artifice,
De la feinte traison, du sexe fœminin,
[...] Nappelle n'est point vn si cruel venin,
[...] Smilax sommeilleux, la froide Mandragore,
[...]estoufante Cyguë, & le Toxique encore,
[Q]ui rend par ses effaicts, l'homme tout furieux,
[...]e sont pour leurs venins, si tres pernitieux
[...] nos chetifs humains, qu'vne meschante femme,
[...]aquelle auec le corps, faict souuent perdre l'ame.
Lettrine.
EVripide disoit que ce sexe imparfaict
Pour la necessité, seulement estoit faict,
[A]ffin d'entretenir nostre humaine nature,
[...] de luy nous seruir, ainsi que de monture,
[...]u comme à passer l'eau; de Barques nous vsons,
[...]es femmes au besoin, ainsi nous nous seruons,
[M]ais du torrent d'Amour,ayant passé la rage
[N]ous renuoyons bien loin la Nacelle au riuage
[...]ns la priser en rien, que par necessité :
[...]e mesme nous vsons par importunité
[...]es femmes, pour passer le torrent de ce monde,
[R]emply de tant de flotz de volupté immonde,
[Q]u'à grand peine l'on peut,passer sans naufrager
[...] le vaisseau souuent,faict l'homme submerger.
Lettrine.
L'Homme est donc à bon droict, accort, prudent & sage,
Qui peut passer à nu, ce fleuue tout â nage,
[S]ans se seruir s'il peut du feminin bateau,
[Q]ui peut au moindre vent, nous renuerser dans l'eau,
[Ô]vaisseaux dangereux ! ô Barque perilleuse !
[H]eureux qui peut passer la riuiere orageuse
[D]e l'Empire mondain, sans s'embarquer sur vous,
[E]t monter vostre Esquif, qui nous hasarde tous
[N]ous y sommes contrains, necessité nous force
Car tous de bien nager,n'ont l'adresse & la force,
Il faut bon gré,mal-gré,sur ce sexe monter
Qui nous faict bien souuent perdre & precipiter,
Lettrine.
ENcore si l'Esquif,Barquerot, ou Nacelle
Ne seruoit qu'à vn seul ; Mais ce sexe infidelle
Inconstant, & leger, s'abandonne souuent
Au premier, qui demande à passer le Torrent
Des Amoureux plaisirs: Ainsi qu'au bord de Seine,
Nous voyons à Paris vne flotte certaine
De vaisseaux attendans, auec leur Batelier,
Si quelque Courtisan, Marchand, ou Escollier,
Conseiller, President, ou tel qu'on voudra prendre
Viendra pour passer l'eau, dans leur Barque descendre,
Afin de le guider soudain à l'autre bort
Et luy faire payer, argent du passeport;
De mesme nous voyons tant de bonnes Commeres
En seruant de Bateau, se rendre Mercenaires
Et mettre leur honneur ( comme on dict ) à l'encan
Pour gaigner vne Cotte, ou vn riche Carcan
Vne Bourse au Mestier, des gands en broderie
Vne bague, vn collet, ou autre brauerie
Ainsi pour piaffer, & s'assouuir d'Amour
Le Bateau femenin faict maint tour, & retour,
Tantost de ça de là, de riuage en riuage
Pour seruir aux Amans, en l'Amoureux passage;
Et soit que par Hymen quelqu'vn ait acheté
Vn vaisseau pour luy seul, à sa necessité
Pour trauerser d'Amour, la riuiere escumeuse
Si est-ce quelquefois, que sa Barque amoureuse,
Se rend commune à tous, guidant iournellement
Cil qui s'offre à passer, en baillant de l'argent.
Lettrine.
A Bon droict donc disoit, le Pere de famille
Auquel on reprochoit d'auoir donné sa fille
A vn sien ennemy, qu'il n'eust sceu faire mieux,
Pour se pouuoir venger de son plus grand hayneux,
Que luy auoir donné sa fille en Mariage
Afin de l'engager en vn cruel seruage,
Tourmenter son esprit en tout genre d'excez,
Car on tient qu'vne Mulle, vne Femme,vn Procez,
Ont esté de tout temps, trois dangereuses bestes,
Qui ioinctes en vn corps, font vn hydre à trois testes,
Dont l'vne estant coupee, aussi tost renaistront
Deux ou trois en son lieu, qui tousiours reuiendront,
Desracinés l'erreur, d'vne femme obstinee
Cent, & cent, renaistront dans son ame adonnee
A la meschanceté, c'est sans fin vn labeur,
Auez-vous vn Arrest,qui vous semble bien seur
Vous estes estonné, que vous voyez renaistre
Mille nouueaux procez, prenans Essence & estre
De vostre Arrest donné; Bref procez n'a fin nulle,
Aués-vous pour monture,vne fantasque Mulle,
Que vous ayes forcee à passer vn destroict,
C'est à recommencer des le premier endroict,
C'est vn trauail sans fin, sans limite vne peine,
Qu'vne Mulle, vn procez, vne femme mondaine,
C'est vn Hydre testu,qui meriteroit bien
Pour le veincre trouuer,le Prince Alcmenien.73
Lettrine.
ENcore d'vn Procez, d'vne Mulle ombrageuse,
On peut tirer raison, mais de femme amoureuse
Nul homme, eust-il des dieux la force, & la faueur
Ne se peut pas vanter, d'en estre le veincœur.
Le Feu. L'eau. L'aer. Lettrine.
LEs Charbons allumés donnent des estincelles,
L'impureté de l'eau,les lentes Escrouëlles,
L'infection de l'aer,la Peste & les Bubons,
La Terre.
La terre les Aspicz, & sifflans Scorpions,
Mais ce sexe peruers,ceſte amoureuse engeance
Ne produit rien que feu de la concupiscence,
Qu'vn Torrent putre-faict d'impudiques desirs,
Qu'vn aër tout corrompu,de lubriques souspirs,
Qu'vn corps plain de Serpẽs de voluptés mõdaines
Regorgeant du poison,de mesdisances vaines;
Circes qui vont charmant les esprits des humains,
Acherontides sœurs qui portent en leurs mains
Les Couleuureaux retorts, & les torches flambantes
De la diuision; qui comme Corybantes,
Courrent escerueleés, apres la volupté
Sans se saouller iamais, de la lasciueté.
Plustost lasses,cent fois qu'assouuies de Cyprine
Qui espuize le sang, & nos esprits ruïne.
Lettrine.
MAis quelqu'vn me dira que la femme en-
tretient
De nostre indiuidu, l'Espece & la soustient,
Qu'elles nous ont conceus, & mis tous en lumiere,
Fournissans de leur part le sang, & la matiere,
Dont nous sommes nourris, dans leur ventre neuf
mois,
Partant que c'est mal-faict, de ietter tant d'abois
Contre ce sexe heureux, qui nous a mis au monde,
Mais Lecteur c'est en vain, que la femme se fonde
Sur ces vaines raisons, pour deffendre son droict,
Car nous voyõs souuẽt, en maint & maint endroict
De l'Espine pointuë vne fleur belle esclore
[Et]du rosier picquant la rose qui decore,
[De]s iardins esmaillez: Et des herbiers puans
[L]aissent iournellement les beaux Lis blanchissans,
[Co]mme ne soyez donc pour cela glorieuse,
[...] Nappelle puant herbe forte venimeuse,
[...]sa tige produit, vne agreable fleur,
[Vo]us ne deuez donc point tant enfler vostre cœur,
[...]r de vous nous naissons, comme fleurs odorantes
[...]e l'Espine produit, & les herbes puantes,
[Sa]ns tirer rien de vous, que le nourrissement
[...]i vous sert puis apres, pour le contentement:
[...]e seriez vous sans nous, sinon arbres sterilles
[...]aisles ioncz inutils, fougeres infertilles,
[...]s nous vous ne pourriez iamais produire fruit,
[No]us vous causons ce bien, qui souuent nous destruit,
[...] en vous fœcundant la vitalle semence
[E]scoullant de nos corps, les met en decadence,
[C]omme en se consommant soy-mesme se produict,
[...]mme ie ne sçay donc, quelle erreur vous conduict
[...]dire que de vous, nous empruntons nostre estre
[...] contraire c'est nous, qui vous donnons le naistre,
[...]s que par le moyen des Esprits Animaux,
[...]aux, & Naturelz,conduis par six vaisseaux
[...]t à sçauoir deux Nerfs, deux Arteres,deux vaines,
[...] tous remplis d'Esprits, puisez de leurs fontaines
[...]versez au coït dans le champ fœmenin
[...] meslez en apres, auec le sang benin,
[A]gissent pour former la matiere confuse
[...]nt est faict l'Embrion, duquel l'ame est infuse,
[...]ée en vn moment, des mains du Tout-puissant,
[...]que donc les Esprits de l'homme vont formant,
Ne s'entend point icy, de forme essentielle
Laquelle vient du Ciel, mais bien materielle,
Ie ne veux pas pourtant nier comme menteur
Qu'en soy la femme n'ait vne humide chaleur
Qui excite l'Agent, à tirer vne forme
De la masse confuse, & la matiere informe;
Mais l'Agent est tousiours, plus que le Patient,
Femmes vous ne prestés que l'Ouuroir seullement
Où trauaille l'Agent, à former ses ouurages
Vous fournissés le lieu, & nous les personnages
De cet Acte diuin, de la formation
Qui seul à l'homme est deub pour sa perfection,
Qu'il puize entierement de la diuine Essence,
Femmes rabaissez donc vostre fiere arrogance
Car nous seuls possedons, l'heur que tant vous vantés
Et rien vous ne formez que des meschancetez,
Semblables en humeur à l'Astre de Saturne
Dont l'Aspect ne produit que Monstres d'infortune.
Salomon mesme à dict que l'homme mal-faisant
Meritoit beaucoup mieux que femme bien-faisant,
Qui monstre asses combien leur puissance est petite
Puis que l'homme au mal faict, gaigne plus de merite
Qu'vne femme n'en peut, obtenir au bien-faict
Car de mauuaise cause, il ne sort bon effaict;
Rien que meschanceté ne sort de leur boutique,
Et rare est le bien-faict qu'vne putain pratique,
C'est miracle nouueau, que de l'impureté
Puisse naistre & sortir, la nette pureté:
Iob ce par-faict miroër de toute patience
Ne peut estre vaincu en sa ferme constance
Par ce ruzé Sathan, pour le persecuter,
Sa seulle femme en fin, le sçeut vaincre & dompter,
[...]feist presque offenser, murmurer & se plaindre
[...]que Sathan sur luy, ne peut iamais atteindre,
[...]femme est pire donc,que Sathan l'imposteur,
[...]i pour tourmenter Iob n'en peut estre vaincœur,
[...] Ar la femme peché, fut introduit au monde,
Par elle, nous tombons en la fosse profonde
[...] pieges de la mort ; peut-on imaginer
[...] mal plus dangereux, que la mort nous donner?
[...] bref si ie voulois raconter par histoires
[...] guerres, les debats, les meurtres les miseres,
[...] desastres sanglans, les Tragiques horreurs,
[...] cruels assazins les traihisons, les malheurs
[...] la femme excités : Tantost en l'Amerique,
[En] Europe, en Asie, & par toute l'Afrique,
[...]me en tous les climatz de ce large Vniuers,
[...] mesme iusqu'aux lieux nagueres descouuers;
[...] discours sembleroit plustost vne Iliade,
[...] longue Æneide, ou vne Franciade
[...]vn petit abregé, vn racourcissement,
[...]el i'auois promis tout au commencement,
[...]rois plustost nombré tout le sable d'Aulonne,
[...]s fueilles des bois, qui tombent en Autonne,
[...]de pouuoir conter tous les malheurs diuers
[...]s maux qu'à produit vn sexe si peruers,
[...]apharez rochers, le chant des Amyclides74,
[...] Syrtes sablonneux, & les gloutons Caribdes,
[...]ont pour leurs perilz, si fort à redouter
[...]les femmes nous sont à craindre & euiter.
[...]E n'entends point pourtant parler des Vertueuses,
Ce discours seullement s'adresse aux Vitieuses,
Aux lasciues Putains, qui pour iouër du cu
Gaignent le plus souuent le teston, ou l'escu,
Afin de piaffer, & se faire paroistre
Aux lieux plus frequentez,ou l'on se fait cognoistre,
Comme à l'Eglise, au Bal, & Banquetz somptueux,
Tournois, course de Bague, & Theatriques ieux,
Aux Marchez, assemblees, & festes de Village,
Ou libres on les void, iouër leur personnage,
Le front couuert de fard, pour gaigner des Mignons
Et prendre dans leurs retz tousiours nouueaux poisson
Ou bien à ses Putains, tant hors qu'en Mariages,
Qui riches de moyens, entretiennent à gages
Quelque bel Adonis, ieune mignon de Cour
( Pour leur donner plaisir, & les saouller d'amour )
Qui quelque fois sera caché,dans la ruelle
D'vn lict ; tousiours au guet, en crainte,& en ceruell
Sans toussir,ny cracher, peur d'estre descouuert
Soit du Mary ialoux, ou de l'Amant couuert:
Ainsi la riche Dame, ou bien Madamoiselle
Aura pour ses plaisirs, son Amant plus fidelle
Qui durant les iours gras, la conduit aux Baletz
Ayant expres deuant enuoyé ses Valetz,
Pour aller descouurir le lieu & la fenestre
Ou brusle le fallot pour aduertir leur maistre,
Qui soubs le bras conduit sa dame dans le bal,
Ou se trouue à propos,le ialoux Coriual,
Qui luy fera danser la courante, ou la volte,
Et au sortir du bal, luy seruira d'escorte,
Et sur elle exerceant, les pourtraicts d'Aretin,
Gaigne le bas de soye, ou l'habit de satin,
Les iartiers dentelez, l'escharpe en broderie,
Pour contenter d'Amour, le cul de sa cherie
[...]le moyen duquel il braue & s'entretient
[...]bitz fort pompeux,sans desbourcer argent.
CE n'est donc, Cher Lecteur, qu'a ses femmes publiques
Et secrettes Putains, non aux Dames pudiques
[Que] s'adressent mes Vers, car pour rien leur honneur
[Je ne]voudrois toucher, comme effronté menteur,
[...]ay bien quel honneur on doit porter aux femmes
[...] n'ont le cœur attainct, des impudiques flammes,
[...]ay qu'on ne sçauroit assez les respecter,
[...] pourquoy dans mes Vers, ie les veux exempter
[...] garantir du tout, du Satyrique orage,
[...] visage est femelle, & masle leur courage,
[...] bref leur naturel ne symbolise point,
[...]c l'humeur de ceux qu'en ses vers i'ay despeins
[...] Muse que fais-tu, tu gastes ton ouurage,
[...] voulois seullement peindre vn petit Paysage
[...] à plan racourcy, sur ton Nopcier75 Tableau
[...]luy seruir de champ, & tu veux de nouueau
[...]lieu d'vn racourcy peindre vne piece entiere
[...] le naturel; ie sçay que la matiere
[...]stant en quantité te donne du regret,
[...] en lieu si contraint, sur le champ d'vn pourtret,
[...] peintre industrieux pourroit toute l'estendre
[...] que tout l'vniuers, ne la pourroit comprendre,
[...]se donc ce subiect, pour t'employer ailleurs
[...]tre les vsuriers, & ruzés Chicaneurs,
[...]tre les Charlatans, trompeurs Paracelsistes,
[...] Pseudomedecins, & enfumés Chimistes,
[...]tre la nouueauté, des habitz des François,
[...] changent tous les iours, de façon plus de fois
Qu'vn Prothee inconstant de formes, & figures,
Ou le Chameleon de diuerses peintures
I'espere mettre au iour tous ces Tableaux diuers
Despeinctz au naturel,du pinceau de mes Vers,
FIN.
Cul de lampe.

Bandeau. A MADAMOISELLE .ƆC. ma Maistresse. STANCES.

Lettrine.
MA chere ame, mon tout, ie me vien excuser
Si i'ay ozé blasmer, tout le sexe des femmes,
Non, non mon cœur, ce n'est qu'aux impudiques
Dames,
[Que] mes Cyniques Vers se doiuent adresser.
I'ay tousiours respecté, les chastes Damoiselles,
[...]ssé de ton Amour, & de la verité,
[...]'ay donc par ces Vers, nullement merité
[...]ncourir ta disgrace, & des autres Pucelles.
Plustost mon cœur tu dois, m'aymer plus ardemment
[A]uoir choisi pour but vne telle matiere,
[...] faict ta chasteté, briller par son contraire,
[Com]me en l'obscurité, brille le Diamant.
Plus le subiect est beau, & rare en son Essence,
[Plus]i'en suis desireux : Ainsi ta Chasteté,
[Com]me vn rare subiect, me retient enreté,
[Dan]s les retz amoureux de ton obeissance.
Sans toy chere beauté ie ne veux ny puis viure,
[...] toy dedans mon corps, ne peut batre mon cœur,
[...]s l'esprit vital, qui le tient en vigueur,
[...] doux air qui faict, que mon poulmon respire.

SIX
EPITAPHES
OV
TOMBEAVX.

Vignette fleurie.Empreinte de la bibliothèque, illisible.

Bandeau. EPITAPHE. DE NOBLE ET PVISSANT seignevr Loys de Bordeavx Sieur du Lieu, & d'Estouuy, Baron de Coullonces : Cheualier de l'Ordre du Roy, & Capitaine de cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances. STANCES.

Lettrine.
CY gist, ô fier destin, sous ce Tom-
beau poudreux
Le plus digne Seigneur qu'on ayt veu
sous les Cieux:
C'est ce grand de Bordeaux, l'abregé & le
centre
Où toutes les vertus se venoyent terminer,
Vertus qu'on doit plustost admirer que loüer,
Plus loüer que chercher, mediter que comprendre.
[J]e seray neantmoins d'vn Artiste ciseau
Grauer en lettres d'or sur son marbrin Tombeau
Les deux rares vertus, la valeur, la prudence
De ce sage Nestor, lequel sçauoit si bien
Ioindre Minerue à Mars, qu'il n'entreprenoit rien
Qu'il n'obtint par valeur ou par sa bien-disance.
La France en veit l'effect au seruice des Rois,
Charles ayant seruy, & Henry maintefois,
Sous Charles il monstra sa guerriere vaillance,
Aux champs de Moncontour; sous Henry puis apres:
Il fut iuſqu'en Beard en Ambassade expres
Vers le Roy Nauarrois pour sa grande eloquence.
Non, non, il n'est point mort,ses vertus le font viure,
La France a son renom, le Beard son bien dire,
Moncontour sa valeur, ses subiects sa bonté,
Les Virois ses bien-faicts, son amitié,sa Dame,
Coullonces à son corps,le Ciel à prins son ame,
Et le marbre ses faicts garde à l'eternité.
Cul de lampe.

Bandeau. TOMBEAV. SVR LE TRESPAS DE M. THOMAS Anffrie escvyer, sievr de Clermont mon Oncle, Lieutenant General du Vicomté de Vire, en faueur du sieur de Gaillon son fils.

Lettrine. ACcovrez mignons d'Astree, apportez des Cyprez au Tombeau de celuy qui portoit les Lauriers dans vostre Barreau : C'est ce docte de Clermont,l'Oracle des Aduocats, le Phœnix des Iurisconsultes, & l'Asile des affligez, lequel gist en ce Tombeau. La mort a bien des perfections, puis qu'elle a vaincu la perfection mesme : & les perfections ont bien peu de vie, puis qu'elles se dõnent à la mort. Que dis-ie? la mort ne l'a peu vaincre, son esprit vit au Ciel =, & sa gloire sur la terre, son renom de meure espandu par l'Vniuers,son eloquẽ ce au Barreau, & sa doctrine en ses escrits. Il n'y a rien de mort en luy, que l'enuie de ceux qui le vouloient imiter sans le suyure, & qui le suyuoyent sans l'imiter : sa bonne vie nous doit esiouyr de sa mort, & sa mort nous doit faire regreter sa vie.Passãt n'ẽuiez point son bon-heur, il ne vous porte point d'enuie s'estant contenté de mourir apres auoir borné la carriere de sa vie d'vn aage septuagenaire, tout comblé d'honneurs, & chargé de benedictions. Bref la pureté de ses merites l'a rẽdu à sa perfectiõ à la vie eternelle: Adieu dõc Passant, ne pleure point auec les yeux mortels son ame immortelle,& honore en ta vie les merites de Thomas Anffrie sievr de Clermont.

Bandeau. SVR LE MESME, Stances.

Lettrine.
Clermont repose icy:Ce Clermont dont la gloi-76
S'eternise à iamais au Temple de Memoire,   (re
Memoire qui d'oubly conserue ses vertus,
Memoire qui luy sert de Marbre & de Porphyre,
Où ses faicts engrauez on verra tousiours luire,
Ne pouuant par le temps iamais estre abatus.
Il a plaidé trente ans dans le Barreau Virois,
Tant qu'vn malheur fatal le priua de la vois,
Alors on recogneut qu'vn Soleil d'eloquence
S'en estoit eclypsé: Car soudain la splendeur
Du Barreau s'obscurcit, ainsi comme la fleur
Qui fanist, n'ayant plus de Phœbus la presence:
Ce Phœnix en son lieu nous laisse vn Phœniceau,
Qui decore auiourd'huy le virien Barreau,
Non Clermont n'est point mort, car il vit en sa cen- 77
Non il ne peut mourir, cependant que Gaillon   ( dre
Conserue ses vertus, sa memoire & son nom,
Que tous les marbres vains ne pourroient pas cõprendre,

Bandeau. TOMBEAV SVR LA MORT DE Me. FRANCOI Hvillard sievr de Lavmonderie, tres-excellent Medecin.

Lettrine.
LA mort qui le croira,a donc vaincu la vie?
Mettant dans le tombeau le sieur Lavmonderie
Ce docte Medecin qui combattoit la mort,
Luy mesmes à la mort en fin c'est laissé poïndre,
Celuy qui empeschoit ses traicts de nous atteindre,
A subi la rigueur de son cruel effort.
Ceste traistresse Mort pour mieux nous attraper,
A voulu de son dard cruellement frapper,
Celuy qui par son art maintenoit nostre vie,
Malades languissans esperez-vous guarir,
Puis que la Mort a faict ce Medecin mourir
Qui vous garantissoit des traicts de son enuie,
Le Nautonnier Charon par vn fatal destin,
Fasché de voir souuent ce sçauant Medecin
Empescher les humains d'entrer en sa Nacelle,
A la Parque se plaint, inuoque son secours,
La suppliant coupper des ans le fresle cours,
A ce fils d'Apollon pour venger sa querelle.
La Parque ayant ouy de Charon la clameur,
Luy promet aussi tost son ayde & sa faueur
Contre ce Medecin, qui par sa Theorique,
Non seulement vouloit les humains exempter
De passer l'Acheron;mais luy vouloit oster
Aussi bien qu'à Charon le droict de sa practique
[...]e est donc resoluë auec son noir cizeau,
D'enuoyer promptement dedans l'obscur tombeau
Ce docte Medecin,qui gardoit nostre vie,
O cruelle AtroposCharon rigoureux !
Helas! vous auez mis sous ce tombeau poudreux,
L'appuy & le secours de toute sa patrie.
oy?penserois tu bien,ô inhumaine Parque,
De vie auoir priué ce sçauant Medecin:
Non,vos efforts sont vains; car tousiours la science
Qu'il laisse apres sa mort, & son experience,
Le font viure à iamais, en despit du destin.
vit donc maintenant dans le Ciel bien-heureux,
En terre il vit aussi par ses faicts vertueux,
Il est mort sans mourir, sa gloire est immortelle:
Car tandis que le monde en son estre sera,
Tousiours de son sçauoir vn chacun parlera,
Malgré le fier Charon,& la Parque cruelle.

Bandeau. TVMVLVS IN OBITVM M. IOANNIS SONN tii,pinsonnerii, patris mei, vrbis Viriensis Clarissimi Patroni. Obyt ergo sanctæ Recordationis

Lettrine. Ille, ille Iohannes Sonnetius Pinsonnerius, aureis, nõ segnioris venæ dignus temporibu Is absque Titulo, Eulogio, Lapide, notescet vsqu posteris ipsis, & quia vitam meruit, eius perennab memoria. Quidni hoc? hominis os,hominis me & illud tersum, & hæc consulta, dum aduiuit ann septuaginta, multùm sanè, & et multis præstò Patr nusque adest apud Viriam ; nempe, vbi Norm nicæ Themidis red duntur quotidie Oracla:Terti Cato è cælo lapsus, dum tot annos non exorbitat vià recti, dum potentes;dum tenues pari iure liga dum neutris oneri,dum Neustriæ suę honori est, e ce in cælestem Hierusalé,cum sanctis, æternùm v cturus sublimari meruit.Id optantibus,ac deprec tibus, qui vndequaque, vel ex seno Milliario,ad ei Funus,& insepultam sepulturam cateruatim accu rerunt,tanti viri, tãti Patroni, tàm bene de cunct merentis Sonnetii obitu celeriter exaudito.

Bandeau. [SV]R LE MESME TRESPAS DVDIT sievr de la pinsonniere mon pere. SONNETS.

[A]Rreste-toy passant, comtemple ie te prie
L'honneur des Aduocats, gisant droit en ce lieu,
Des vefues le soustien: Ayant l'honneur de Dieu,
Tousiours deuant ses yeux, durant toute sa vie.
[E]stoit l'ornement de toute la patrie,
[P]aroissant en vertu, ainsi qu'vn luisant feu,
Qui brille parmy l'air, quand la nuict peu à peu
A de son noir manteau, l'hemisphere obscurcie:
[Ne t']'estonne donc point, si le peuple Virois
Respand vn Ocean de larmes ceste fois,
[S]i la vefue se plainct; si le Barreau souspire,
[Si] Iustice en dueil desplore son support,
[S]on Phare & son flambeau qui la souloit conduire?
[P]assant sçay-tu pourquoy ? la Pinsonniere est mort.

Filet simple. AVTRE SONNET SVR LE MESME.

E n'est pas sans subiect, puis que sous ce carreau
Gist ce docte Aduocat, ce torrent d'eloquence:
[...]n sagesse vn Caton, vn Sceuole en prudence,
[L]a gloire & l'ornement du Virien Barreau.
[...]ore donc Passant, de fleurs ce sien Tombeau:
[T]u luy feras honneur, ionchant en abondance
Des roses & de lis, pour marque & souuenance,
[Q]u'il estoit de vertus vn flairant renouueau.
Va t'en donc ( cher Passant ) les yeux remplis de larmes,
Et le cœur des souspirs:raconter les alarmes,
Les funebres regrets, la tristesse & le dueil,
De ce peuple Virois:voyant que sa lumiere,
Son Astre, son Soleil, son cher la Pinsonniere,
S'estant eclypsé d'eux,gisoit dans le cercueil.

Ligne droite foncée AVTRE SONNET PLAINTIF SV ladite mort de mon pere.

Lettrine.
PLeurez mes tristes yeux,versez vne riuiere,
De larmes,& de pleurs,puis que mon pere est mort:
Celuy-là qui estoit mon plus ferme support,
Est maintenant enclos dans vne obscure biere.
Qui eust iamais pensé que ceste Parque fiere,
Ceste noire Atropos,qui par vn cruel sort,
Couppe aussi tost le fil du foible que du fort,
Eust ia de ses vieils ans,limité la carriere.
Va Parque,c'est tout vn;puis qu'il vit bien-heureux,
D'vn eternel repos en la voute des Cieux,
Tarissez-vous mes yeux,serenez-vous ma face:
Mon pere n'est point mort,bien que sans mouuement
Il repose endormi dans ce creux monument,
Et son ame est au Ciel,qui iouyst de la grace.

Filet simple. SVR LE MESME.

Oὐδέ ποτε κλέος ἐσθλὸν ἀπόλλυται ὁυδούδε αυοῦ,
Aλλ’ ὔπὸ γὴς περ εὼν γίγνεται ἀθανατος.
Son los & son renom ne tient rien du mortel,
Sous terre il est couché,mais il est immortel.

Filet simple. EPITAPHE. DE VERTVEVSE DAME Magdalaine le Chevalier d'Aigneaux ma Mere. STANCES.

Lettrine.
QV'on ne s'efforce point d'vn marbre Parien,
D'esleuer vn tombeau à ceste honneste Dame,
Non non, il ne faut point que le cuiure on entame,
Elle est assez grauee au cœur des gens de bien.
[...]ë elle n'est point de quelque race vile,
Mais du sang genereux des braues Cheualiers,
De ces doctes Aigneaux qui furent les premiers,
Qui par leur beaux escrits illustrerent la ville.
[Qu]el tige, quel estoc, tant soit-il anobly,
Pourroit de ses Aigneaux passer la renommee?
Leur gloire en l'Vniuers est tellement semee,
Que le long cours des ans ne l'a met en oubly.
[La] deffuncte estoit donc de ceste noble race,
Race noble en vertu, imitant ses ayeulx.
Ayeulx,qui ont planté leur renom dans les Cieux,
Cieux, qui l'ont conserué dedans leur vague espace.
[Qu]e pouuoit-il sortir d'vne si belle plante?
Sinon d'en voir germer vn admirable fruict,
Fruict assez recogneu par son diuin esprit,
Esprit, qui rien que beau ne produit & n'enfante.
[Vo]yons donc maintenant reüssir les effaits,
Les effaits reüssir d'vne si belle cause,
Cause qui ne produit que des effaits parfaits,
Parfaits vrayment effaits, parfaicte estant leur cause.
On void les Elements subtils, purs & legers,
Du centre s'esleuer à la Circonference:
Ceste Dame guindoit en haut tous ses pensers,
N'aspirant qu'à l'honneur qui vient de la science.
On l'a veu par effect consacrant ses enfans
Dés l'instant du berceau à la docte Minerue,
Iugeant tres-sagement que le sçauoir conserue
Nostre nom immortel malgré le cours des ans.
Ceste Dame iamais ne fut ambitieuse
De voir aux dignitez ses enfans les premiers:
Mais mille fois plustost elle estoit desireuse
De voir dessus leur front d'Apollon les lauriers.
Elle aymoit la vertu, elle abhorroit le vice,
Cherissoit son Mary, respectoit ses parens,
Honoroit ses amis, aidoit aux indigens,
Seruoit aux orphelins de fidelle tutrice.
S'il faut brusler son cœur du feu de charité,
Ceste Dame sur tout en estoit enflammee,
Les pauures sçauent bien qu'au temps de la Cherté
Elle appaisoit l'aigreur de leur den affamee.
S'il faut son ame orner de toute pieté,
Seruir Dieu, l'honorer,auoir tousiours sa crainte,
Ceste Dame en son cœur l'auoit si bien emprainte,
Que ses plus chers desirs n'estoient que saincteté.
Hé! qui pourroit nombrer mille perfections,
Et mille autres vertus qui honoroyent sa vie,
Plustost on conteroit de l'Esté les moissons,
Et les fleurs qu'au printemps decorent la prairie.
Mvse arreste toy donc,tu serois temeraire,
Ton luth seroit trop bas, & trop foïble ton chant:
Apprenez donc tous deux Muse & Luth, à vous taire,
Car la pensant louer vous l'irez mesprisant.

Bandeau. SONNET PLAINTIF SVR LA mort & maladie de ladite Dame.

Lettrine.
IE n'eusse pas pensé,docte Epidaurien,
Qu'ayant par grand labeur penetré ta science,
Tu m'ays au grand besoin laissé sans assistance,
Permettant qu'au tombeau soit enclos tout mon bien.
e n'eusse pas pensé, ô fameux Galien,
Qu'ayant de tes secrets sçeu quelque cognoissance,
La Parque eust neantmoins malgré la resistance,
De cent remedes vains coupé le fort lien.
Dont l'estre maintenoit de ma mere la vie,
L'ayant ô sort cruel de ce monde rauie:
Que me sert Hipocrate & son diuin cerueau,
Que me sert-il d'auoir sa science choisie,
Puis que ie n'ay pas peu guarir l'hydropisie,
Qui en fin a conduit ma mere en ce Tombeau.

QVATRAIN SVR LA MESME.

La Mort ayant despit que ie sauuois la vie,
Par mon art, à ceux-lâ lesquels alloient mourant,
Voulut pour se venger enclorre au monument
Celle qui en naissant me l'auoit departie.

Bandeau. REGRETS FVNEBRES SVR la mort de Thomas Mesguet sieur de Vaubesnard, lequel s'estant embarqué sur l'Ocean pour aller aux terres Neufues, fut par l'enuie des Mariniers ietté au profonde ses ondes.

STANCES.

Lettrine.
VAgabonde Thetis, faut-il que tu enserres,
Enserrez dans tes flots le corps de Vavbesnard,
Vavbesnard, qui estoit vn courageux soldart,
Soldart?non,mais vn Mars le foudre de nos guerres.
Las Parque, falloit-il en l'Auril de ses ans,
Ans tous pleins de vigueur, luy accoursir la vie,
Vie,helas!qu'il eust mise en seruant sa patrie,
Patrie ayant besoin de tels hommes vaillans?
Neptune, falloit-il dans tes humides flots
Esteïndre ce flambeau au poinct de son Aurore,
Ce bel Astre Virois qui commençoit encore
A ietter ses rayons & respandre son los?
Il auoit l'esprit vif, & le cœur genereux,
Genereux plein d'honneur,desireux de la gloire,
Gloire où vont aspirant les hommes courageux,
Courageux mesprisans le lasche populaire.
Lettrine.
Il estoit trespuissant & robuste de corps,
Corps agile, dispos, & d'vne belle taille,
Taille pour resister aux Martiaux efforts,
Efforts qu'il eust monstrez quelque iour en bataille.
Bref, tant plus Vavbesnard à de perfections,
Tant plus apres sa mort y a de ialousie
A qui aura son corps;Thetis s'en est saisie,
Craignant qu'vn iour Tellus n'en ornast ses sillons.
Sans ses perfections il ne seroit point mort,
Sa valeur feist germer vne ialouse enuie
Au cœur des Nautonniers, d'attenter à sa vie,
Trop lasches redoutans de ses vertus l'effort.
Perfides Matelots,ô desloyalle engeance!
Quel tort vous auoit faict ce ieune Vaubesnard ?
Quel crime auoit commis ce genereux soldard
Pour le ietter en mer ? vous craigniez sa puissance.
O Nauire fatal, où s'embarqua sur mer
Ce valeureux Mesguet, ô fatal equipage,
Rames,voiles,& Mail, antennes & cordage,
Nochers, prouë, & tillac, puissiez vous abysmer.
Passant, pri' Dieu pour luy, combien que son tombeau,
Son Tombeau soit basty au profond de la mer,
Mer qui garde ses os pour le resusciter,
Resusciter vn iour plus parfaict & plus beau.
FIN.

Bandeau. DEFFENCE
APOLOGETIQVE

dv Sievr de Covrval
Docteur en Medecine Gen
til-homme Virois.




Contre,

LES CENSEVRS DE SA
Satyre du Mariage.
Bandeau.Empreinte décolorée. A PARIS,

Chez Iean Millot,sur les degrez de la
grand' salle du Palais.

1609.
Auec priuilege du Roy.

Bandeau. A NOBLE HOMME Gvillavme Anefrie, sieur de Chaulieu, Conseiller du Roy en sa Cour de Parlement à Rouën, & Commissaire aux Requestes dudit lieu.

MONSIEVR, Voyant tant d'Aristarques Censeurs, & de Zoilles enuieux,s'efforcer,par l'esclair & le foudre de leur mesdisance,d'eſcrazer, & estouffer dés le berceau,si peu d'enfans que ma Muse peut produire & mettre au iour:i'ay esté contraint,pour arrester le foudre, & les orages de leurs furieuses calomnies,de dresser ceste deffence Apologetique,pour l'exposer au public;Et ne sçachant de quel pauois la couurir, contre l'effort, la violence,& la rage de ces Sycophantes calomniateurs, I'ay pris la hardiesse de mendier vostre secours, tanquam βωμος, φευξιμος, pour vous supplier luy seruir de bouclier, & rempart asseuré, contre les traicts empoisonnés de la mesdisance, & luy faire voir le iour soubs vostre adueu & authorité, vous dis-ie que ie recognois esleué, en ce hault Solstice d'honneur, comme l'vn des principaux ministres, de ce sacré Temple de Themis,ce grand & Auguste Parlement de Normandie,dans lequel vous faites iournellement paroistre, en l'administration de la Iustice, la grandeur de vostre esprit, l'excellence de vostre memoire,la solidité de vostre iugement, & la grauité de vostre maintien. Quel plus ferme bouclier, & asseuré rempart, eusse-ie peu choisir pour garantir & deffendre ce ste Apologie,de la dent venimeuse de l'enuie, & de flesches acerées de la calomnie, que l'esclat, & le lustre, de vos vertus, la puissance de vostre authorité,& la reputation de vostre nom ? que chacun aduouë, & confesse estre le flambeau de nostre Viroise Patrie, ce que ma Muse publie en ses vers.
Ainsi que nous voyons les petis fœux celestes, Venus, Mars,Iuppiter & les autres Planettes, Mendier leur clarté, du Soleil lumineux, Nostre Patrie ainsi, tire de vous sa gloire, Vous estes le flambeau, & l'Astre qui l'esclaire Grauant par vos vertus,son los en mille lieux.
Quel temeraire & effronté mesdisant, ozera donc leuer la paupiere de sa presumption, pour morguer ou censurer ce petit discours,estant en la protection & sauuegarde de vostre Nom? Nul que ie croy ne sera si ozé, s'il ne desire rencontrer dans le brillant esclair de vos vertus, le foudre de sa ruine. Iettés donc s'il vous plaist vn rayon de vostre bienueillance, sur ceste deffence,autrement son principe seroit sa
fin, & feroit les funerailles de sa naissance; du contraire si vous la daignés regarder d'vn bon œil, & l'aduouër pour vostre, ceste seulle faueur luy seruira de gloire, & ceste gloire excitera ma Muse, & haussera mon courage, à produire des effects capables de vos desirs, & dignes de vos merites, sur ceste esperance ie demeureray,
Monsievr, Vostre affectionné seruiteur, Covrval Medecin.

Motif décoratif AVDICT SIEVR de Chavliev. STANCES.

SAns treue,& sans repos,quelque fascheux orage,
Sur ma Poëtique Mer sa fureur va greslant
Et mon fraisle vaisseau,dans ce peril flotant,
N'atend qu'vn prõpt secours, ou qu'vn prochain Naufrage.
Beau Soleil rayonneux dissipe ces nuages,
Chasse docte CHAVLIEV cet orageux mechef:
Haste toy bon Neptun pour secourir ma Nef,
Et ie te dediray,le Mail & les cordages.

Bandeau. DEFFENCE APO- LOGETIQVE.

Lettrine. AYant esté aduerty envirõ le temps que les febues estoyent en fleur, que quelques Cerueaux desmontez;& iugemens mal tymbrez, saisis d'acrisie 79, & de terreurs Paniques mme autrefois Aiax, faute d'auoir esté en cire chercher de l'Elebore,pour guarir r cerueau lunatique & perclus, & poussés vn enthousiasme, qui accompagne les getz d'Arcadie,& d'vne maudite enuie qui r plombe & iaunist le front, s'estoyent ietcomme à la desesperade, & à corps per, sur ma Satyre Menippee du Mariage guere mise en lumiere, & vomy contre elle le noir venin de leurs Censures, faict uër tous les ressors de leur esprit pour taser d'y trouuer quelque occasion de repri
se, les vns blasmans le stylle, les autres mor guans le sens, qui les rimes, qui le subject d i celle, & tous ensemble ioinctz,se sont efforcez par toutes sortes de ruades, & cruelles morsures de la dechirer & terrasser, ne sachant en quelle coquille tremper, ni quelles couleurs broyer pour la despeindre & griffonner à leur fantasie,selon que les bouillantes vagues de leur esprit bouffy d'orgueil, d'enuie & de rage les transporte.
Hos mseré cœcos vesana φιλαυτια reddit
Insani credunt cuncta licere sibi;
Improba cum stolidas vexat vesania mentes
Vndique se primas obtinuisse putant.
Atq Theonino corrodunt omnia dente,
Clamoso infestant turpiter ore probos.
Tum frontem caperant, liuore vorante medullas
Ossibus illœsis, ah dolor iste grauis,
Deblaterant rabidé quidqiud mens suggerit atra,
Effudit virus lingua proterua suum ;
I'ay pensé qu'il estoit necessaire de dresse ceste deffence, pour arrester les fougues effrenees de ces Sycophantes calomniateurs, lesquels plus armez d'ignorance, & d'enuie, que de doctrine,dechirent trop effrontemẽt ma Satyre.Seroit-il bien possible de demeurer ferme & insensible parmy ces brauaches & effrõtez Censeurs, & faisãt de la Cane80 ad uouër par vn sillence le cours de leurs sottes & ridicules Censures. Non, non, il n'en sera pas ainsi. Ie suis cet Atys qui voyant Cresus au hasard de sa vie, tira de la violence de son affectiõ ces quatre parolles. Ne le tues pas, c'est mon Pere. Ie suis encore cet Æglés Samien,qui muet se voyant priué du prix qu'il auoit merité à certain ieu recouura la parolle. Il faut que ie parle pour repousser l'iniure calomnieuse, & la calomnie iniurieuse faicte à mõ liure. Οὐδεν ἠ τοῦ δικαιότερον ἀλλ’ ἐξάαστε. Nihil enim est iustius,quam propulsare iniuriam. Il faut que ie parle dis-je pour tenir la bride haulte, à ses cheuaux eschappez, & empescher que ses oyseaux importuns ne vollent plus hault que la filiere ; & que ie face comme le Cerf auant que ces serpens me piquẽt en plus outre, que ie les tire de leur creux,les exposes au iour, & les ecrazes de pied à la face du Soleil; Il faut en vn mot que ie tire ces limaçons de leur coquille pour les escarboüiller plus librement, sans les permettre plus lõg temps se trainer sur mes fleurs Poëtiques, de peur que l'impunité, & la licence de ces auortons Censeurs,n'authorise dauãtage leurs enuieuses reprehensions ; ἠ πραότη ἅυξει καὶ τρέφει κακαίν. Lenitas improbitatem alit. Conforme à ce que dit l'Italien. El Me-  dico pietoso faciendo la piraga venenosa. Ce siecl est tellement depraué,que plusieurs se trou uent tant iniques Censeurs des Oeuur d'autruy que de premier abord, selon la pa sion,& l'enuie qui les excite,ils les condam nent, Acutus naribus & caperata fronte. On void d'autres en segret & à couuert, qui s'e criment contre l'ouurage de ceux, dont i n'oseroient regarder le front sans rougir neantmoins ne se peuuent tenir de vomi segrettement la cholere, & la passion do leur Cystis fellis regorge. Que si les ennemi descouuers ne sont tant à craindre & redou ter que les segrets & coniurés, car de ceu cy on se peut deffendre, des autres on ne donne garde.Aussi est l'offence faicte ouuer tement & à descouuert, plus aisee à suppor ter à vne ame genereuse,que la detraction & la mesdisance de celuy qui l'escorche & l dechire en son absence ; & voyant son ennemy en teste il peut sur le champ tirer sa raison de l'affront qui luy a esté faict, & ne l congnoissant se luy est vne gesne qui l'afflige, & le bourrelle,Nam infestiores insidiœ sunt, cum nescimus cum quo nobis res est.Le pere se resent de l'iniure faicte à son enfant, l'Autheu ne peut souffrir le tort faict à son liure,qui est sa creature & son ouurage, il l'estime & la herist comme le peintre, faict sa peinture. C'est pourquoy voyant vn affront insigne uoir esté faict à ma fille aisnee ( qui est ma atyre ) I'ay esté contrainct de recourir ncontinent aux armes & à la plume, pour ntreprendre sa deffence, contre ces seueres Aristarques,ces effeminés Chastrés Qui neue facultatem, neque vim generatricem habent, our auoir esté nais soubs l'horoscope inforuné, & la peruerse constellation du tiltre e frigidis & malefaciatis quibus θλαδιαν καὶ ἐκτλιμμένον καὶ ἐκτομιαν καὶ ἀπεσσασμένον. desquels dict le Poëte
...sterilles moriuntur & illis Turgida non prodest condita in pixide Ledæ.
faschés extremement de ne pouuoir pour leur incapacité & impuissance, engendrer aucuns enfans, remarquent auec des yeux d'Aspic, & de Tauppe,les deffaux naturelz qu'ils pensent estre en ceux, que les peres fecunds peuuent produire, & blasonnent impudemment ma Satyre qu'ils trouuent deffectuese, tanquam octomestri partu nata.
Vincere se credunt Lynces, visu peracutos Lustrantes occulis,scripta aliena malis.
Vincunt heu vincunt, maculoso tegmine Linc Cor ( cutis vt nœuis ) improbitate scatet.
S I bien que si telz enuieux bauards, auoyent autant à commandement les sources de l'eloquence, comme ils ont les torrens de passion, ne feroyent ils pas tomber tout soudain des deluges de Censures pour submerger ma Satyre. Et que feroient-ils s'ils estoient doctes, puisque remplis d'ignorance ils aboyent, & clabaudent auec tant de violence d'enuie, & d'animosité, contre mes escris & me veullent noyer dans vn verre d'eau, ou me foudroyer aux estincelles d'vn fusil. Freslons piquans, qui bourdonnés incessamment autour de ma ruche, & ne faites point de miel. Meschantes cantharides, qui vous attachez ordinairement aux fleurs, & aux roses plus espanyës. Venimeuses araignes, qui conuertissés le suc des plus delitieuses fleurs, en venin ; Estomachz desbauchés,qui chãgés les viandes plus delicates,en bile aduste, corruption & cacochimie. Quel Tan vous excite, quelle Guespe vous pique le cerueau ? Quel demõ possede vostre ame, & vous souffle en la poictrine? pour vouloir abysmer & mettre à fonds par les bruyãs orages, & furieuses tẽpestes de vostre mesdisãce, ma Barque Satyrique nouuellemẽt ancre eau riuage Frãçois
Non,nõ il n'est pas en vostre puissance, vostre entreprise est vaine & temeraire.A tanta rabie seruat Apollo suos. Arriere donc pauures ignorans, procul este profani. Retirez-vous chetifs Mirmydons,malheureux Thersites, vous n'estes point bastans pour soustenir le foudre de ma cholere, i'ay le courage trop grand & trop esleué pour vous ; puisque i'ay les Muses de mon party, lesquelles pour m'exciter à poursuyure ma pointe me chantent ses vers.
Perge audacter tumidum blaterorum spernere virus, Liuorem crescens, gloria ferre solet. Α’ μήχανεν ἐν ὑπο ῥαγίασ φθὸνον διαφεύγειν
O damnable enuie, engeance des Demons, souffle de Belsebut, prison de l'ame, gangrene des escrits, chancre des Republiques, peste de la verité, Cest toy maudite qui as tant excité tant de Grenouilles, du fangeux bourbier de l'ignorance, pour crouasser apres mes espris. C'est toy,dis-ie, qui as tiré tant de Hybous des noirs cachots de leur enuie, pour de griffe, & de bec, offenser ma Satyre. Vsquequo liuor edax probitate verendos Rodere,conspicuáque, integritate viros ? Quid dirum tentas, in eos diffundere virus Mergere quos nunquam nulla procella valet?
Chenilles rampantes, qui vous efforcez de la dent venimeuse de vostre mesdisance, de ronger & gaster les printannieres fleurs,que les brusques & chaudes vapeurs de ma Muse ont n'aguere faict esclorre, dans le iardin de la France. Oyseaux importuns & salles harpyes qui de vostre bec empoisonné voulés soüiller, & gouspiller, la netteté & pureté de ma moisson poëtique. Chauuessouris qui ne vollés que de nuict & à couuert, & n'ozés paroistre au iour qui ne mettez riẽ en lumiere. Sortes à ce coup que l'on vous voye Lazare veni foras, ne parlez plus par la fenestre meschans rimailleurs, sortés Cherilles ignorans, Rodomons de l'Arioste, Trazons de Terence, sortez en campagne que l'on vous voye, la lice est preparee, les barrieres sont dressees, les armes d'encre & de papier sont facilles à trouuer. Mais il m'est impossible de syndiquer ou censurer vos escrits, pour tirer ma reuenche de vous, car vous n'en faites point, comme i'ay desia remarqué: Ie n'ay garde de vous assaillir & esprouuer mes forces contre vous, car vous faites la Cane81 & n'osez sortir, vostre poësie est ἁωράτος ἁπειγραπτός ἀτοπος. Et vostre Muse est tanquam vous ne portez non plus de fueilles que le ionc, & ne produisés non plus de fruict que les Cyprez, & neantmoins vous faites gloire de reprendre tout le monde : Mais auant que de responà ses bauards Aristogitons & examiner les poincts principaux de leurs Censures, ie vous atteste tous hommes doctes, car c'est à vous que ces Aristarques en veulẽt,ils s'attaquent finement à vous, & vous menassent des mesmes traicts, qu'ils descochent sur mõ petit poëme, ils espient vos escrits pour les torturer,& tourmenter,de mesme façon qu'ils bourrellent ma Satyre, La querelle vous touche, si l'iniure faicte à vn du lignage se rapporte aux autres, & se faict resentir à tous les parens, comme disent doctement les Iurisconsultes en la loy : vt vim. ff. de Iustitia & iure, vous qui estes liez auec moy, par le ferme & indissoluble lien des Muses, & dont le parentage s'accorde si bien & à vne telle Sympathie, manquerez-vous maintenant de fauoriser le party de vostre parent ? Que si vous doubtez de mon droict, ie le rendray si cler & apparent, & en donneray vn fil si certain que i'espere qu'il vous conduira à la verité. Ce fil sera comme l'eau d'Esope, qui monstrera celuy qui a mangé la figue, ou bien plustost comme le miroër de Mathemaciens qui fait voir les choses occultes 82 ou la poudre du Secretaire Picolomini, qui faict paroistre sur le papier les lettres secrettes, qu'on y a escrites, en vn mot vous fera cognoistre de qu'elle animosité mes enuieux ont procedé à la Censure de mon petit liuret. Ils ont dõc commencé si tost que le Soleil de ceste nouuelle Impression de Satyre a rayonné, à leuer leur nez de Rhinoceros, monstrer les fueilles de leur passion, & pousser hors la puante fleur de leur enuie. Adressans les premiers traicts de leurs Censures,au front & à la teste de ma Satyre,s'escrians comme Maniaques que i'auois erré & bronché au premier pas, & que la faute estoit insigne & remarquable d'auoir ioinct vn nombre singulier auec pluriel, ô effronterie, ô ignorance trop insupportable de gents peu versez en la poësie Françoise. O trop seueres Cẽseurs, qui d'vn superbe sourcil, & d'vne boutade de Charlatan enflez du leuain de vostre authorité, voulez oster & abolir la liberté ordinaire aux Poëtes entre tous escriuains de retrencher quelquefois vne lettre soit pour la cezure contrainte, ou la rime forcee, Ce que tous les Nourrissons des Muses qui font profession de toucher la Lyre Phœbeenne 83 confessent:Comme mesme l'Autheur de nos Vaux de Vire: L'autheur de nos vaux de Vire) homme docte & extremement bien versé en la Poësie Latine & Françoise a recogneu asseurant en bonne compagnie que cestoit vne licence poëtique : En vn mot pour effacer de leur ceruelle, toute estiomenee de passion, & gangrenee d'enuie, ceste opinion ridicule, Que diront-ils, si ie leur monstre en quatre ou cinq endroits des œuures poëtiques de ce grand Archipoëte, l'Homere & le Pindare François Ronsard, vn nombre plurier auec vn singulier par syncope de lettre, à la fin d'vn vers. Ils demeureront estonnez comme fondeurs de cloches ou bien Restandos stupefatos,come li pesci cauato fuor de l'aqua. S'ils me disent qu'il ne m'est pas loisible,d'vser de telle licence, & que nobis non licet tanta vti licentia, qui Musas non colimus tam seueriores, Ie leur respondray que malo cum Ronsardo errare quam cũ Sycophantis ipsis recté dicere. Et qu'il m'est permis à plus iuste occasion de l'imiter, & de l'ensuyure en sa licẽce,plustost qu'vn tas de petis poëtastres & poëtillons rimasseurs qui ne font rien qui vaille, & troublent du fangeux lymon de leur ignorance les clairs ruisseaux d'Hypocrene. Voyla le suc & le vif argent, de leur premiere Censure, qui monstre euidemment combien la passion de ces mesdisans est affamee de faire Curée de si peu de chose : Au second escadron de tels Poëtastres Censeurs s'est trouué vn certain Momus, lequel s'estant venu ioindre à la meslee, a affusté & poincté les Canons de sa reprehension, pour battre à fleur de terre, & en courtine les rimes de mon petit Poëme, lesquelles luy ont semblé ( à ce qu'il dit ) vn peu maigres & mal-assaisonnees, pour n'estre toutes à quatre lettres, ainsi qu'il les desire, asseurant impudemment qu'elles estoyent incapables pour leur pauureté, de tenir rang en vn poëme imprimé, va pauure & miserable rimailleur, auec tes rimes à quatre lettres tu n'as garde d'en faire a moins, car tu ne composes que de vieilles rapsodies, ferrailles, & trudainnes pour entretenir les vielleurs au fonds d'vn Cabaret. Il t'est aysé sur quelque chetif sixain d'en faire à quatre, mais s'il y a de la rime, il n'y aura point de raison, point de suc n'y de substance. Les rimes seules sont aysees, il n'y a maintenant si petit lacquais où Goiat à la Court qui ne se mesle de rimailler. Et neantmoins quoy qu'on veille dire, le Censeur a double rebras, & à fer esmoulu, il ne se trouuera peut estre point sur deux mille vers qui sont en ma Satyre quinze ou vingt vers tout au plus, dont les rimes ne soyent a trois ou quatre lettres selon l'ordinaire. Tu es dõc par trop delicat en rime,aussi ne feras-tu rien qui vaille en proze, ie te conseille de rimer desormais, car ta proze est si mal faicte,qu'õ ne trouue en la tissure & pourfilleure de quel ques escrits en cayer que tu as dictés ( dont tu ne te mesle pas souuent, car tu es vn Aduocat de Pillate & a simple semelle) riẽ qu'vne confusion de raisons, importunité de redites, & vne presse de pieces mal lyees, & attachees comme serres de Galeace a gros cloux de fer,par force, non ioinctes par le glutineux, & ferme cyment d'vne doctrine solide, & si en outre ce ne sont que fripperies & despouilles d'autruy dont tu braues comme la Corneille d'Esope, lesquelles s'il faloit rendre tu demeurerois tout nud, Mouerit Cornicula risum, suis nudata coloribus. En somme tes escrits monstrent assez qu'elle est ton insuffisance & incapacité.
Rité docere alios pulchrum est,neo carpere quen- quam Ne arguat Actorem culpa reflexa suum; Nam quis labe carei?
Mercure ne se faict pas de tout bois 85, tout le le monde n'est pas capable de reprendre vn œuure, il faut que ce soyent de grands esprits & qui ayent bonne prouision de sciẽce dans leur ceruelle,tu es donc encore trop ignorant pour vouloir reprendre & controler oeux, lesquels malgré ta mordante enuie, ombragent leur front de lauriers de Phœbus : Adresse toy seulement aux Rimeurs;& faiseurs de ballades tes semblables, de peur qu'en reprenant autruy, tu ne descouures d'auantage ton ignorance, & indicio tuo tanquam sorex pereas.
Namque ( dit vn Ancien ) alios lacerans,lace- randum se ipse propinat Vexat enim Authorem, lingua proterus suum.
Ne deurois-tu pas donc rougir de honte, d'auoir si mal à propos, & sans subiect, censuré mes rimes, & qu'elle excuse, pourrastu prendre sinon que qui semel verecunaiœ fines transieret, oportet eum bené & nauiter esse impudentem. τοῦ ἀπαξ ἵπαρτο μέτρον ὄρος οὖδειου εσιν. Ils ne se sont point contentez d'abayer le sens, & mordre les rimes de mon petit poëme : Mais pour monstrer que leur passion est vn Labyrinthe sans issuë, & sans fin, Ces Censeurs ont faict vne autre saillie pour s'attaquer à l'estoffe & au subiect qu'ils disent estre trop lascif & effeminé, voila le gibier de leur chasse, le cor & le cry,de leur derniere censure. Or pour renuerser ceste forte machine bastie & affustée à la ruine toute euidente de ma Satyre, ie fais iuges tous hommes doctes, qui ont l'esprit releué, le iugement solide, & non preoccuppé d'aucune passion, s'il est possible de blasmer la lasciueté sans vser de termes propres & essentiels pour vn tel subiect. Ce grand Prince des Poëtes Latins Virgile qui pour sa chasteté a obtenu le nom de παρθένος C'est licentié neãtmoins, & à vsé de mots autant lascifs,qu'aucũ autre Poëte Latin en la braue & galante description qu'il faict de l'accouplement de Vulcain auec Venus au huictiesme liure de ses Aeneides en ses termes.
...Ea verba loquutus Optatos dedit amplexus placidumque petiuit Coniugis infusus gremio per membra soporem.
N'est-ce pas exprimer tout ouuertement ce que la Chaste fille n'oseroit lire sans rougir si elle entendoit la langue Latine. De mesme lasciueté sont remarqués les vers d'vn des premiers Poëtes François de ce temps ( homme chaste s'il en fut iamais ) en ses œuures Poëtiques, desquelles i'ay tiré pour exemple le commencement d'vn. 86Sonnet qui chante ces mots,
SONNET. 12.
Ie prens au mois de Maycelle que i'ayme tant
Puis le bout de son ventre esperant ie manie
Et remuant du cul de rendre à telle enuie
Que presque sans toucher son cas va degoutant,
Quand l'instrument est plain alors tout chaude-
ment.
&c.
Le reste dudit Sonnet est encore plus lascif, comme l'eschantillon vous peut donner à cognoistre.
Et sur la fin des Poëmes du mesme Autheur se lit ce Quatrain.
QVATRAIN.
Madame le veid rouge,estant en grand chaleur,
Le prend à plaine main pour le mettre en sa fen-
te
Puis ayant d'vn bon coup receu ceste liqueur,
Soufflant souspire d'aise, & n'est plus si arden-
te.
[J]e veux qu'il parle Enigmatiquement, si est[c]e neantmoins que les termes sont extremement lascifs, mais ce n'est encore riẽ au prix [d]e la lasciueté des Epigrãmes de la Priapee, [q]ue l'on attribue à ce παρθένος Virgile. Ie [p]asse soubs sillence plusieurs autres Poëtes [l]atins, comme Tibulle, Ouide, Properce, [...] Catulle lasciuement des-mesurez, & de[m]esurement lascifs, en leurs escris. Desquels [je]n'ay voulu mettre aucun exemple en ad[v]ant, pour donner couleur à ma liberté, ne [p]ouuant excuser leur trop grande lasciueté [d']escrire. Me contentant seullement de vous [a]uoir rapporté vn exemple de ce chaste Vir[gi]le, pour mõstrer que les plus chastes mes[m]e se licentient quelquefois selon la matie[re] qu'ils touchent. Nam decet castum esse pium Poëtam Versiculos autem nihil necesse est, Qui tunc salem habent, ac læporem Si sint molliculi, ac parum pudici Et quod pruriat incitare possint. Ie ne doibs donc point estre accusé ny repris d'impudicité, si pour detester telles lasciuetez, Ie donne carriere à ma plume, lasche les resnes à ma Muse pour la laisser postillonner quelquefois dans le champ de Cypris. ... ...Pictoribus atque Poëtis Quidlibet audendi semper fuit æqua potestas. Et comme dict nostre Poëte François, Ie dy le mot pour rire & à la verité Ie ne loge chez moy trop de seuerité. Lasciua nostra Musa est. Attamen vita proba. Reste à respondre à ceux, qui lisans ma Satyre auec plus de passion & d'ignorance que de iugement, disent que ie fais tort aux Dames & Damoiselles, ô groffes bestes d'Acadie qui n'auez pas l'esprit de considerer
Que la paquet s'adresse aux Putains amoureuse
Non aux Dames, qui sont Chastes & Vertueuse
Lesquelles opposees aux lasciues & desbaucheés, paroissent ainsi que le Soleil entre les petits feux celestes, ou comme vn clair diamant entre les hapelourdes. Ma Satyre est donc plustost à l'honneur & à la gloire des chastes, qu'à leur blasme & confusion, puisque la blancheur de leur Chasteté, brille, & esclate d'auantage par son contraire, suyuant le dire du Philosophe. Contraria inter se oppo[...]ta magis elucescunt. C'est dõc en vain que ces ignorans enuieux leur persuadent le contraire. Mais s'il se trouue quelque Brebis galeuse, parmy le trouppeau qui en vueille former [...]laincte, au bureau des Dames, pour en tenir procez, ie luy conseille de se faire declarer putain publique,auant que d'intenter aucune action contre moy, qui pour rien du monde ne voudrois offenser l'honneur des pudiques & chastes Dames, ma veine Satyrique estant vne drogue caustique, laquelle s'opere principalemẽt que sur les chãcres & parties vlcereés; & lors que ie despeins chasque humeur ou temperamẽt en ma Satyre, [...]en escri selon ma profession, cõme en la description de la sanguine, j'entendz la femme impudique qui participe de cet humeur, & ainsi consequemment des autres humeurs.
N'adioustés donc point de foy, s'il vous plaist, à ces langardz enuieux, mes Dames & Damoiselles, car ie vous honore trop, & vous porte trop de respect, pour vouloir ruyner ma reputation, d'vn acte tant indigne ; Ains au contraire ie desirerois s'il estoit possible, sacrifier mes vers & ma plume, à l'Autel sacré,de vos diuines vertus, & entreprendre de tout mon pouuoir vostre querelle si quelque esuenté ou impudent poëtastre, s'efforçoit en rimassant de vous offenser & ternir le lustre & l'esmail de vostre brillante pudicité. Comme n'aguere i'ay faict paroistre contre ce monstre, esceruelé, ce Cerbere deschainé, ce desesperé faiseur de Pasquins, lequel fut tellement rembarré par le foudre de mon Apologie n'aguere imprimée à Caen,que onc depuis n'a osé paroistre, & est demeuré enseuely dans les abysmes de sa confusion. Voyla donc Lecteur les sottes & ridiculles Censures, fondees sur le sablon mouuant, la passion, & de l'enuie de ces Rodomons, lesquels apres auoir rodé comme chiens au rouët, faict plusieurs passades tours & retours à l'entour de ma Satyre, ne sçauent plus dequoy s'ayder, ils ont tiré iusques à la derniere flesche, & vuidé tout leur Carquois,ils ne sçauent plus ou ils en sont, ni quel subiect imaginer, pour m'attaquer, leur Cerueau leur à faict banqueroute, le bassin de ceste deffence à esuenté leur sappe, descouuert leur mine, & mis au iour leurs impostures. Ils ne sçauent sur quel pied danser, de quel bois faire flesches, ny à quel sainct se vouër : Ils me font souuenir les voyant ainsi estonnez de ce que dit l'Arioste.
Come naue, che vento de la riua
O qual'ch a'ltro accidente habia disciolta
Va di Noechiero, & di gouerno priua
Oue la porti, ô meni il fiume in volta.
Leur iugement est estropiat, leur esprit se porte en escharpe, & croyés que Il segnor Dotour de la Palestrina, supremo rinouatore di tutte le scientie, dottrine é lettere ne feist onc en sa vie tant rire d'auditeurs,à l'hostel de Bourgongne à Paris, que ces Charlatans Censeurs, donnent subiect de rire, par leurs sottes & ridicules reprehensions : Si bien que nous n'auons plus de besoin en ses quartiers, d'attendre le retour du sieur du Mortier, Comique bouffon, pour descharger nostre ratte, & chasser nostre melancholie à force de rire, ses Zanis Cornuto 87, ses ignorans repreneurs, me seruiront d'Apozeme pour ce subiect. Mais à quoy fais-je vn si long discours pour me deffendre, & fermer la bouche à ses Sycophantes, veu qu'il est impossible de pouuoir plaire à tous, & contenter tout le monde, & qu'il n y a celuy sur lequel ces Aristarques ne drappent.
Πολλῖς μεν ἀντιλέγιν μέν εθος περι παντος
ομοιως
Ορθῶς δ’ αντιλεγξιν οὑκετὶ τοῦ τεύ εθει:
Kαι προς μεν τούτους αρκεῖ λόγος ώς
Οπαλαιός σοί μεν ταῦτα δοκοῦντ’ εστίν ἕμοὶ
δε τα ταδε.
De contredire en tout vn chacun s'acoustume,
De contredire à droict, on ne sçait la coustume,
En cecy me suffist le Prouerbe ancien
Là tu prens ton plaisir, icy ie prens le mien.
La preuue en est authorisee chez vn autre ancien Poëte Grec ( parlant en la personne d'vn Capitaine ) dont ie ne citeray que la traduction en François de peur d'estre trop long,
Il n'est si braue chef, ou prudent Capitaine,
Qui puisse plaire à tous, ceux qu'il guide en la
plaine,
Veu que le grand Iuppin 88, qui est plus fort que
moy
Soit qu'il pleuue sur nous, ou nous monstre
l'effroy,
D'vne grand'secheresse;à peine peut cõplaire
En esgal à chascun,s'il vouloit ainsi faire
Que l'homme disputast par raison contre luy.
&c
Ce seroit donc en vain que l'homme s'efforceroit d'y vouloir paruenir;puisque le grand Olympien porte-fouldre ne le peut faire, τό γὰρ, πολλοῖς αρεκαιν τοῖς σοφοις ἔστιν απαρ ἑσκαιν volontiers qui veut plaire à plusieurs, desplaist aux Doctes & aux sages. Rõsard mesme qui à esté le plus grand Poëte qui ait iamais escrit en François, preuoyãt bien quelle difficulté il y auoit de pouuoir plaire à tous,desiroit que ses doctes escris ne veissent point le iour,lorsque par vne Prosopopee, il parle à son liure qu'il nomme son fils,en l'Elegie liminaire du second liure de ses amours en ses mots.
Mon fils si tu sçauois ce qu'on dira de toy
Tu ne voudrois iamais desloger de chez moy
Enclos en mõ estude ; & ne voudrois te faire
Salir,ne fueïlleter,des mains du populaire,
Et vn peu au dessoubs,
Tu seras tous les iours des mesdisans moqué
D'yeux & de haussebecz, & d'vn bransler
de teste.
&c
Ce n'est donc pas chose nouuelle, que de voir tant d'Aristarques,choquer & Censurer tout le monde par leurs enuieuses reprehentions,non plus que de voir les mesmes Censeurs, estre eux-mesme repris & auoir beaucoup d'Antagonistes. Petrus Nannius à de- praué quelques lieux de Tite Liue & de Ciceron, Properce est controllé d'Angelus Politianus. Ciceron de Petrus Victor:Pline de Turnebe, de Hierosme Mercurial & de Luisinus:Lycophron, Lactance Firmian & Calimachus,de Cantherus: Martial de Calderinus:Iules Cesar Dotoman:Sigonus donne la torture & la gesne à Plutarque & à Quintilien. Voyez si Lilius Gregorius Giraldus en son Dialogue des Poëtes Latins, & Iules Scaliger en son Critique, ont espargné vn seul Poëte tant ancien,que moderne sans le Censurer ou luy donner quelque attaque.Ce grand Rõsard ( duquel ie viens de parler ) prince des Poëtes François, l'ornement non seullement de la France, mais de tout l'vniuers n'a peu luy-mesme euiter les sagettes de la Censure. Car soudain qu'il eut faict imprimer ses Amours, & le quatriesme liure de ses Odes, on veit au mesme temps vne brigade de petis muguetz frizez, & rimeurs de Cour, qui pour faire vne Ballade & vn rondeau auec le refrain mal a apropos, s'imaginent auoir seuls merité les lauriers de Parnasse. Le chef de ceste bande estoit Mellin de S. Helais, qui pour sçauoir quelque chose plus que les autres auoit acquis beaucoup de reputatiõ enuers les grands, & prin cipalement aupres du Roy, s'efforçoit par enuie de troubler l'eau Pegazine 89à ce nouuel Apollon, ayant l'ame touchée de tant d'enuie & de presumption, que d'oser blasonner & reprendre les Oeuures dudit Ronsard,aux yeux de sa Majesté pour le rendre odieux. Mais quoy ? vn grand Poëte comme luy ne deuoit pas auoir moins de Zoilles qu'Homere, & Virgile,puis qu'il deuoit succeder, à pareille gloire: Oyons ce qu'il en dict en quelcune de ses Odes.
Escarte loin de mon chef,
Tout malheur & tout mechef,
Preserue moy d'infamie
De toute langue ennemie,
Et de tout acte malin,
Et fay que deuant mon Prince
Dor-nauant plus ne me pince
La tenaille de Mellin.
Ses enuieux disoyent que ses escris estoient tous farcis de vanterie,d'obscurité, de nouueauté & de Rodomontades, le renuoyans bien loin auec ses œuures Pindariques,tournans le tout en rizee & mocquerie, dont est venu le prouerbe, il veut Pindariser 90; mais oyons le se plaindre luy-mesme il aura bien meilleure grace:
Mais que feray-ie, à ce sot Populaire
A qui iamais ie n'ay sceu plaire
Ny ne plais, ny plaire ne veux.
Et puis,
L'vn crie que trop ie me vante,
L'autre que le vers que ie chante,
N'est poinct bien ioinct, ny bien rimé.
Escoutons-le encor adresser ses plaintes à Pontus de Tyard excellent Poëte de son temps, au premier Sonnet de ses amours de Marye.
... ... Dy moy que dois-ie faire
Dy moy,car tu sçais tout, cõmẽt dois ie cõplai- 91
A ce Monstre testu,diuers en iugement,  ( re.
Quand ie tõne en mes vers, il a peur de me lire
Quand ma voix se rabaisse, il ne fait qu'en
mesdire,
Dy moy de quel lien,force,tenaille, ou cloux
Tiendray-ie ce Prothé, qui se change à tous
coups.
Tyard ie t'entends bien il le faut laisser dire
Et nous rire de luy,comme il se rid de nous.
Si cet Oracle, & ce Soleil de Poësie, a esté repris & blasonné, que sera ce que de nous autres, qui comparés auec luy, n'auons non plus de proportion & d'analogie qu'il y a entre le Ciel & la terre. Il ne faut donc poinct s'estonner,si i'ay esté repris apres ces grandes lumieres de Poësie.Mais tout ce qui me fas che dauantage c'est de me voir censuré & repris par des gens du tout ignorans,qui comme les faucilles de Beausse n'ont que le bec. Literasque primoribus tantum labris degustarunt. Belles happelourdes,Asnes d'Apulee,veaux dorés 92à simple fueille, desquels si vous deschargez l'esclat, & la superficie, vous ne trouuerez que du bois. Semblables encor à l'escume, qui flotte sur les ondes de l'Ocean, laquelle semble de loin, & à l'œil,de l'ambre grix, mais si on s'approche de pres, & qu'on la touche de la main on ne trouue qu'vn excrement. Vous diriez neantmoins à les ouyr cajoller, que ce soyent des sainctz Thomas en Theologie, des Fernelz en Medecine, des Cujas en Iurisprudence, des Euclides en Mathematique,des Turnebes,des Lambins en humanité : Encore que ce ne soyent que Charlatans & faiseurs de Rodomontades, desquels la plus haute, & sublime science,n'a point passé ny penetré plus auant, que la Rethorique, ou à tout rompre, les Cathegories d'Aristote, encore bien maigrement, & cependant ils se meslent effrontement de scindiquer & censurer tout le monde. Triuiales isti scire se omnia putant, & Authorum scripte acerrimè, ac insolenter reprehendunt : ac ut videãtur docti coram ignaris atque adeò mulierculis ipsis Latinum aliquod verbum passim eructant. Tant y a que ces Rollans ont bien trouué leur Roger, qui leur donnera le Cartel de deffy, quand ils voudront auec telles armes & en tel genre d'escrire qui leur plaira choisir, soit en vers ou en proze,en langage Grec,Latin, Italien, ou François. Insurgat igitur audacissima reprehensorum & inuidorum turba, & tanquã fortissimi Athletœ in arenam palestricam mecum descendant, Alors ie pourray dire auec vne belle asseurance, Tῶ μοῖ δούρατα ἐστὶ καὶ ασπίδες ὀμφαλοέσθαι, Kαὶ κορυθὲς καὶ θωρήκες λάμπραν γανοῶντες, idest, Et mihi sunt hastœ,teretes, clypeique rotundi Tum Galeœ,tum thoraces procul igne micantes. Mon pauois est assez fort pour soustenir & faire reboucher, toutes les sagettes acerees que ces nouueaux Parthes Censeurs me voudoient descocher à couuert & en fuyãt comme est leur coustume. Et s'il est besoin d'Arbitres ie prẽdray la hardiesse de choisir pour parrains de la lice & iuges du cõbat les sieurs des Iueteaux,Malerbe, & Bertaut, lesquels sont autant de Soleils d'Oracles & de lumieres de doctrine & de science pour l'ornement de nostre Normandie, ou bien telz autres que ces enuieux Zoiles voudrõt choisir,estant tout prest de porter l'esponge, sur tous les traictz que l'on trouuera disformes en mon tableau, ( qui est ma Satyre ) que i'ay exposé, à la veuë du public ne desirant rien auec plus d'affection que de voir donner la touche,mettre le ciseau en ma petite piece pour sçauoir si elle est de bonne alloy, & s'il l'a faut point enuoyer au billon pour la refondre de nouueau ; pourueu que ce soit par de bons orfebures, ou Alchemistes experimentez, non par des Charlatans ignorans, enuieusement passionnés, & passionnement enuieux,lesquels ie ne voudrois pour rien recognoistre pour iuges de mon Poëme,ny encores moins entrer en lice, ou me presenter à la barriere auec eux pour m'estre totallement inferieurs, veu mesme que la vengeance qui se prent d'vn ennemy lasche, & qui n'est point esgal en forces, ny bastant pour soustenir l'effort de son puissant aduersaire est tousjours iniuste & indigne d'vn cœur genereux γεναιον δε ἐστι τῆς ομοίους ἀπὸ τοῦ ἰσου τημερέσται. Generosum est pares à paribus expetere vltionem. Ie me ferois donc tort, & aurois l'ame trop basse & rauallee, d'entrer en contestation auec ses ignorans, lesquels sont trop bas en couleur, & taincture des bonnes lettres, pour me tenir teste, & iuger d'vn œuure s'il est bien ou mal faict. Mais s'il se trouue d'auenture quelque Antagoniste, plus docte, plus courageux,& suffisant qu'eux,qui vueille entreprendre leur querelle, & maintenir leur ignorance;ie le priray de se renger au Cõbat, & se mettre en desmarche, & lors ie m'apresteray auec vne belle & gallante resolution pour le soustenir, & soubs-scriray librement au Cartel de deffy ou appel,qui me sera faict pour ce subiect, sans poltronniser, ou seigner du nez. Pour le moins ie m'ay de bien de l'arc,ayant eu pour Maistre & Pedagogue des mon ieune age l'Archer Pythien. Qui me fait esperer de tirer si droit en ce cõbat literal,que comme Alcon i'occiray tous ses serpens sifflans, entortillez à l'entour de mon enfant ( qui est ma Satyre ) voire si dextrement & auec des traictz si subtils, qu'ils blesseront droict à la gueule toutes ces grosses bestes,qui s'efforcent d'engloutir & deuorer mon fruict. Mais il est temps desormais de sonner la retraicte, & faire fin à ceste deffence, puisque i'ay suffisamment respondu aux principaux poinctz, sur lesquels mes Zoiles enuieux, auoyent forme leurs ridicules & Chymeriques Censeures. Il faut minuter mon congé, & prendre ma ollee ailleurs, pour ne plus seruir de pineau à couleurs si desagreables,ny de tromette à publier l'effronterie; l'impudence,& sottise de ces Critiques Censeurs. C'est op prodiguer d'encre & de papier pour resondre à des ignorans, C'est faict ils sont aincus, ils n'oſent parroistre ny regarder les ys estincellans de ceste deffence, qu'en line oblique, tout autre regard leur seroit erilleux. La honte, la crainte, & le desdain, ur faict baisser le front Tὸ αισχρον ψυχιν τε- έτοσ υπεση. Leur fuitte les condamne;fatetur cinus is qui iudicium fugit, Ie les voy mainteant hors deux-mesme, tombez comme en esespoir, & furieuse Manie, Ceste Apologie ce que ie croy, leur sera plus difficille à suporter, qu'à Bupale les vers d'Hipponax, les vers Iãbyques d'Archiloch à Lycãbe, nt elle leur semblera fascheuse, & de dure igestion, inuidé ergo. Si cupis vt prœsens tibi sit Medicina dolori Liuori discas ponere frœna tuo. t pour toute conclusion, ie ietteray cet os la gueule de ceux qui voudront abayer este Deffence.
Zoile qui tetro, fœdans aliena veneno Omnia mordaci rodere dente soles, Si tua liuor edit prœcordia, nec tibi quidquam Hic valeas hircus carpere, ringe canis.
FIN.
Cul de lampe.

Bandeau. AVX ENVIEVX desesperez.

Lettrine.
SI la cholere vous enflambe,
Ne vous pendez pas Enuieux,
Ie vous remetz deuant les yeux,
Le mal-heur du pauure Lycambe.
Mais si le mal tant vous oppresse,
Qu'il ne reçoiue guarison,
Dessoubz le figuier de Tymon
Allés finir vostre tristesse.

Bandeau. AV ZOILE.

ZOil remply de medisance,
Parle de tous mal, en tout lieu;
Et mediroit encor de Dieu
S'il en auoit la connoissance.

A LVY.

Zoil tu dis que ie profane
Les neuf Pucelles, ie le croy,
Mais c'est quand ie parle d'vn Asne,
Ou d'vn tres-meschant, comme toy.

A LVY.

On iugeroit homme sage
Zoil, quand il ne dit mot :
Mais s'il tient quelque langage
On dira que c'est vn sot,

AV MESME.

Tu dis que tu sçais plus que moy,
Tu dis vray, mais c'est en malice:
Si ie sçauois autant que toy,
Ie serois tout remply de vice.
I.D.R.

Bandeau. AV SIEVR DE COVRVAL, svr son Livre. Quatrains.

1
Lettrine.
CE Liure est le tombeau de ce pauure Hymenée,
Qu'Asculape, & Phœbus ont icy mis à mort
Par les mains de Covrval,dont i'honore l'effort
Puis qu'il à sur vn dieu la victoire gaignée,
2
Ce Liure nous gardant de femme, & de tempeste,
Nous sauue quant & quant de l'impudique affront,
Qui nous faict germer droict les Cornes sur la teste,
Et porter comme Cerfs, nos armes sur le front.
3
Si ces Vers vont blasmant en leurs pointes nouuelles
La Nopce, & les Espoux : ne t'en trouue marri,
Car Covrval leur Autheur n'est Fils que des Pucelles
Des Muses d'Helicon qui viuent sans mari.
H.N.

Extraict du priuilege du Roy.

PAr grace & priuilege du Roy, il est permis à M. Thomas Sonnet, sieur de Courual, Docteur en Medecine, de faire imprimer vn Liure intitulé : Satyre Menippee, ou discours sur les poignantes trauerses & incommoditez du Mariage, par luy faict & composé. Et defenses sont faictes à tous Libraires & Imprimeurs de ce Royaume de les imprimer ou faire imprimer durant le temps & terme de dix ans, sans le congé & permission dudit Sonnet, à peine de confiscation des exemplaires & amende arbitraire, ainsi qu'il est plus amplement contenu & declaré ausdites lettres dudit priuilege. Donné à Paris le 14.iour de Iuin, 1608.
Signé par le Conseil, Dv Lis.
Et ledit Sonnet suyuant sa permission a don- né pouuoir à Iean Millot, Marchand Libraire, tenant sa boutique au Palais, d'imprimer ou faire imprimer ladite Satyre tant de fois que bon luy semblera suiuant l'accord conuenu ensemble, passé pardeuant les Notaires, le 12. de Iuillet, 1608.

RESPONCE
A
LA CONTRE-SATYRE.

PAR

'AVTHEVR DES SATYRES
DV MARIAGE, ET
THIMETHELIE.



Vignette.L'empreinte de la Bilbliothèque de l'Arsenal Imprime' a Paris,
Filet simple. M. DC. IX.
3

Bandeau. AVX MVSES.

Lettrine. C'est à vous cheres Sœurs, qui presidés sur le Parnasse, & à voz sacrés Autelz, que i'immole pour victime la peau d'vn second Marsye nouuellement escorché, pour auoir d'vne plume calomnieuse, d'vn ancre venimeux & sanglant, & d'vn stile boufonnesque, autant malicieusement, que temerairement offensé l'vn de voz sacrés Poëtes, & censuré ses escris,par vne picquante contre-satyre, sur laquelle & sur cet impudent Marsye son Autheur, ie viens de remporter 4 vne belle Victoire, dont ie vous offre le trophee & les despouilles, que ie vous prie receuoir d'aussi bon visage que ie suis.
Cheres Mvses. L'vn de voz plus humbles & affectionnés Poëtes Covrval.
5

Bandeau. RESPONCE A LA CONTRE-SATYRE

Lettrine. M'estant tombé ces iours passés entre les mains, par le moyen de l'vn de mes amys, deux meschantes fueilles de Contre-satyre, dressees à la ruyne & cõfusiõ d'vne Satyre que i'auois puis deux mois en ça mise en lumiere, Ie me suis aduisé d'y respondre en deux mots sans me rõpre la teste, m'alambiquer le cerueau, emploier ma plume, prodiguer mon encre, & brouïller le papier pour vn si maigre subjet,sachant mesme que ie n'ay en teste qu'vn pauure ignorant pour aduersaire, lequel pour estre Anonime, & tapy dans sa tasniere, où il ne faict seulement que glappir, & ietter des abbois, ma presque faict perdre l'enuye & osté le courage de luy faire la Chasse n'estant au vray informé de l'espe 6 ce & du naturel de la beste, ie soupçonne neantmoins par les erres de son langage, & le train de son stille superficiel, denué de suc, & priué de substance, que c'est quelque petit Carabin ou soldat desualisé, qui effrontement s'atribuë la qualité de Gentil-homme, mais il desment tout incontinent le tiltre. Car il a l'ame aussi lasche & raualee, que son discours est foible & effeminé. Il s'eforce neantmoins de trencher du Rolant, du fendeur de nazeaux, du coupe iaret, du mengeur de Charettes ferrees, il se vante que sa plume n'est qu'vne Espee, que son encre n'est que sang, qu'il est la merueille de Mars, & le Mars des merueilles, Che a testa bassiata andaria a casa del Diauolo. Et cependant ce pauure cassé-morte paie monstre par sa lascheté, qu'il a esté nourry de laict de Brebis, & qu'il à humé la poltronnerye iusques à la lyc; car ie vous prie qui ouyt iamais dire qu'vn Gentil-homme, qui doibt auoir le cœur Martial, & l'ame genereuse, vueille enuoyer le cartel de guerre pour atirer son ennemy au combat, sans luy declarer son nom? Est il possible d'imaginer vne plus grande couardises que de brauer & faire des rodomontade, 7 à l'ombre, & au couuert d'vne courtine de muraille, sans ozer sortir ou se mõstrer à la campagne ? Quelle humeur pusilanime & poltronne, qu'elle trenchee de Sainct Lasche, t'a arraché du front la resolution, & bany du sein le courage, pour vouloir cacher ton nom dans les epaisses tenebres d'vn silence? Dy moy ie te prie craintif Argolet 93, qu'est deuenu ceste audace, & ceste fougue Espagnolle, dont tu faisois naguere auec ta plume espadassine, & ton encre sanglante, blemir le Ciel, trembler l'Enfer, & estonner l'Vniuers?As tu peur d'vn petit Docteur frais esmoulu & nouuellement imprimé? ( ainsi m'apelles-tu par mocquerie ) mon chaperõ te dõne il l'epouuente, mon Roquet fourré est il capable d'alarmer ton ame, & grauer au fõd de ta poictrine vne timide crainte? he quoy! vn petit Docteur sera-il bastant de te faire tourner le dos, pour te cacher soubz la grande rondache d'vn tiltre emprunté, affin d'euiter le foudre & la gresle d'vne furieuse repartye, laquelle infalliblemẽt t'eust ruyné & perdu de reputation? A ce que ie voy tu és de bas or, tu crains la touche, tu as peur de perdre l'escrime pauure soldat cazematé. Que dis 8 ie soldat, ie me trompe, c'est plustot quelque Maquereau nouuellement esclos d'vn bordeau, qui fasché & indigné de voir les putains blazonnées & descriees par ma derniere Satyre, s'est efforcé pour les deffendre de produire & enfanter cet auorton de Contre-satyre,ce Monstre hideux, cet enfant trouué, & exposé à l'aduenture, sans teste, sans adueu, sans pere, & sans nom. Il n'y a rien qui ayt tant trauersé l'ame & bouclé le cœur de ce Dariolet que de voir les ruzes & subtilités des femmes impudiques, descouuertes par ma Satyre & les malheurs infinis, & facheuses maladies qui prennent leur course du hant des putains, & du ieu trop frequent des Dames rabatuës, nayuement representées en icelle. Cela luy a faict grand mal au cœur & luy a semblé de dure digestion. D'autant que ce descry luy oste son credit, diminuë sa practique, amoindrit son reuenu, & retrenche son ordinaire ; Et sans mentir ma derniere Satyre, est extremement nuysible & preiudiciable à son estat de Maquereau. Il ne faut dont point trouuer estrange, s'il a vosmi tant de mensonges d'impostures, & de bouffonneries contre moy en son Anti-satyre,il se sentoit 9 icqué viuement, le subiet luy touchoit, luy importoit merueilleusement, car on delaisse à hanter le Bordeau & les emmes desbauchees, que deuiendront es pauures regratiers d'Amour, à quel ainct se vouront-ils;Ils n'auront plus deuoy viure, & est force qu'ils gaignent romptement l'hospital; qui seroit bien e plus grand heur qui pourroit iamais ariuer à la France : Car les Maquereaux sont utãt preiudiciables en vne Republique; u'vne touffe de Chenilles en vn Iardin, es Tauppes en vn pré, des Rats en vne maison, des vers dans du boys, & des Mouches sur des Cõfitures, & n y a rien e beau que ceste vermine ne ronge,n'inecte & ne gaste, où elle n'apporte de la orruptiõ. Mais pourquoy cet Escriuain, rent-il donc la qualité de Gentil-homme, il à imité en cela les Comiques plutost que les Tragiques, & Terence, plutost qu'Euripide,car Cherea ne pouuant orrompre vne vierge soubs l'habit de Cherea, la corrompit & viola soubs l'hait dissimulé de Dorus, de mesme cet efronté discoureur, n'osant censurer ma atyre soubs l'habit de Maquereau, s'effore de la Blasonner soubs l'habit de Gen 10 til homme . On lit d'Epaminonda grand Capitaine, qu'il cassa à la montr vn Soldat de ces trouppes pour estre trop gras : car dit-il trois rondaches ne luy sçauroient couurir le ventre, mais ie croy que cent Boucliers de Gentil-homme n sçauroient couurir la fainte simulation, & la simulée feintise de ce Maquereau. Mai cõme il n'y a Renard si biẽ caché que le chiens ne descouurent, & comme la sou ris se cognoist au ronge, le Cerf au train & le Sanglier au fouilleures, aussi n'y a Autheur si bien caché, qu'vne meute d coniectures, & d'indices,comme de bon Limiers, n'eslancent & ne descouuren quelquesfois iusques à son r'embusch ment.Mais ie m'enfonce trop auant en discours, & m'esgare par trop de ma pr miere route: Il est temps de respondre cet auorton couué par l'ignorance, & e clos par la passion, il faut faire cõme La con dans Virgille, donner vn coup d lance dans le ventre creux de ce Cheu Troyen,pour voir & descouurir, ce qu' a de caché au dedans,il faut sonder & ana tomiser le corps de ce monstre sans test pour sçauoir ce qu'il enserre dans se flancs. Ouurons premierement le Tho 11 rax ou estomach siege des parties vitalles, regardõs le tiltre qu'il porte graué sur ses polmons, pour voir si nous le trouuerons deffectueux. Ie trouue en premier lieu qu'il a mal intitulé son liuret ContreSatyre,pour la deffence des Dames: Il a oublié au bec de sa plume ce mot d'Impudiques, qui deuoit estre attaché à la queuë, Car c'estoit contre elles que i'auois lasché en ma Satyre les traicts acerés & les poignães fleches de ma Censure. Il adiouste aicte par des Gentils-hommes, c'est vne feine supposition, car il a esté composé par n seul Autheur, aussi ay-ie tousiours addressé les pointes de ceste responce parant en singulier; Il se trompe, la qualité le Gentil-homme ne conuient nullemẽt uec le tiltre,la queuë n'est pas de ce veau, ar puis qu'il tient le party des putains, & effend leur cause, il deuoit mettre par vn des plus renommés Maquereaux de rance. Poursuyuons les mots de son tilre, Des plus affidez a ce sexe, parolles qui onuiennent nayfuement auec le tiltre, insi que ie l'ay posé: Parce qu'il y à vne rande Sympathie, liaison, & affidence, ntre les femmes desbauchees, & les cotiers d'Amour, ce sont eux qui ameinẽt 12 l'eau à la rouë qui fait ioüer le moulin Descendons plus bas, & donnõs vn cou de rasoir dans le pericarde, pour voir l mouuement de son cœur, & quel sang & esprit vital,loge dans ses ventricules, ve nõs au tiltre de son epistre, par laquelle i dedie ses deux chetiues feuilles de deffen ce aux deux plus belles Dames de la Cour, Tiltr aussi ridicule que les precedens, & qu vient autant à propos qu'vn Chaperon vne Cheure,vne soutane à vn Pourceau tout beau la faute est aisée à reparer, si o met aux deux plus renommées & Impu diques garses de la Cour, & puis qu'il e leur grand arcboutant & leur protecteu la piece de leur deffence se deuoit addre ser & dedier à la plus renommée d'ent elles. Iuge dõc le lecteur,du reste du corp de cet auorton, si les parties vitalles, q gisent au tiltre, sont manques & def ctueuses : Et quel sera le bastiment si frontispice est imparfaict : Mais passo outre sans nous tant arrester sur le sueil d la porte.
Il cõmence l'esplanade de son discour par vne admiration plaine d'enthousia me. Nous sommes estonnez dit il comme i à des gens si temeraires que d'ozer offencer 13 femmes, &c.
Et moy ie mestonne ; comme il est possible qu'il y ayt des gens si sots, & perclus de iugement, de se laisser deceuoit à leur passion, & vaines impressions que leur imagination deprauée ; leur presente deuant les yeux; Tu te picques mal à propos pauure Soldat esceruele sans qu'õ t'aye donné subiect de t'offencer ; Tu abboyes aux ombres de la Lune,comme ses Chiens timides & craintifs. Mais en bonne foy à qui parle tu, a quels but visent les traicts de ton discours, quel est dy, moy, ce mal heureux Autheur qui à tãt escrit & offensé les Dames, quel est cet impudent qui à voulu brescher sa reputation, d'vn acte tant indigne ? Si c'est de moy & de ma Satyre que tu entends parler, tu te trompes . Car ie n'ay iamais escrit que contre les filles de ioye, qui se font seruir à couuert par les Bordeaux, ou à ces femmes impudiques qui methamorphosẽt la teste de leurs maris en Acteon, & les font naistre soubs les signes infortunés de Taurus, ou de Capricorne ; Quelle terreur Panique te brouïlle dõc le cerueau! quel Demon t'esmeut ; qu'el Taon imaginaire te picque les flancs, pour te faire 14 courir, comme vn Thoreau eschauffé, contre ma Satyre, quelle humeur Lunatique te trouble la teste, & desmonte tous le ressors de ta ceruelle, & te trauaille des mesmes simptomes, dont sont tourmentés & agités les melãcoliques maniaques, desquels la faculté imaginatiue est tellement deprauée, qu'ils pensent voir ce qu'ils ne voyent pas, ils se paissent d'ombrages, & se figurent dans les brouïllas & espais nuages de leur imagination, mille chimeres & fantasques Idées.
Ie viens à la seconde desmarche de ton discours, ou tu dis pour raualler ma reputation, que mon stille est pedantesque, tu dis vray il semble tel à des ignorans in folio, Asnes gradués, & de haute-fustaye comme toy, ce que tu ne peus comprendre & où ton iugement grossier & stupide ne peut attaindre, tu l'appelles pedenterye: Ton stille de Contre-satyre, n'a garde d'auoir l'air pedentesque, car tu ne fus iamais à l'Escolle, ayant esté toute ta vie nourry dãs vn Bordeau, ou tu n'as appris qu'a desbaucher en dariolet quelque Dame ou Damoiselle, chasser de haut nez ( en limier maquereliste ) quelque pucelle, ou façonner & dresser quelque garse 15 au mestier de Cypris, & à pratiquer les ruses & subtilitez dont se seruent auiourd'huy les plus fines en cet art,ou bien à attraper dans tes rhets,quelque ieune Haubereau nouuellement sorty de l'aëre, pour tirer la quinte essence de sa bourse, Ce sont tes plus sublymes leçons, & plus ordinaires estudes,ou tu és passé docteur, dés il y à long temps. Tu iuges donc de mon style en ignorant bouffon, ou comme vn homme qui a l'entendemẽt renuersé,sens dessus dessoubs. Ie me contente que les plus galans, & releuez esprits de la Cour, trouuent mon stille autant mignard que docte, & à la verité i'ay l'humeur trop galante, la boutade trop prompte, & la veine trop brusque, pour sentir le stille graue & songeard de la pedanterie. Tu dis en apres que ie fais du citeur,& que ie rapporte des exemples pour auctoriser mõ dire; les vns mal appliqués, les autres mal entendus; qui te la dict; tu en iuge comme les Iuifz de la loy, les sourds de la musique,& les aueugles des couleurs; mais est e pas vne chose ridicule,de voir vn Saueier, donner son iugement sur l'ouurage d'vn peintre : Toy qui n'as point estudié, & qui confesses par les rimes que tu as in 16 serees, au troisiesme feuillet de ton Imprimé, que ta profession est de manier plustot l'espée que la plume, comment es-tu donc si effronté de iuger si les exemples que i'ay mis en aduant en ma Satyre sont bien ou mal citez, mesle toy donc desormais, chetif mortepaye, puisque tu trenches tant du guerrier, de discourir d'vn champ de bataille, du moyen de dresser embusches,tramer surprises,donner escalades,escarmouches, camisades & autres ruzes & subtilitez de guerre, ou bien plustot en maquignon d'amour; ( qui est ton vray mestier) parler du modelle de la cheuelure à trois estages, parsemee de poudre de Cypre ou de violette, de fards, d'vnguens,de baings,de parfuns,d'eaux alambiquees & autres telles danrees & marchandises,ou iettãt sur les habits, cajoller des grands vertugadins ( autrement ditz cachebastardz. ( de culz branslans, culz fraizés, culz releués, d'estomacz ouuers; & tetins descouuers, qui somment les galans à conquerir & à combatre, & mille autres drosleryes qui sont des appannages ordinaires du Bordeau.
Examinons les autres poincts sur lesquels ce maquereau s'est fondé pour persua 17 er que i'ay offensé les Dames, il se flate our se faire rire, & lasche la bride à son magination troublée, il se figure vn blãc our y descocher les flesches de sa passiõ; s'escrime auec les ombres de son ignoance, & pour faire du bon valet, & se onstrer zelé à la deffence des Dames, il et en auant vne longue enfilée d'exemles les femmes vertueuses,qu'il a frippées regratées dans vn liure intitulé,La loüãdes femmes vertueuses, composé par vn duocat du Parlement de Paris: Mais à uel subiet tant d'exemples, à qu'elle fin nt de preuues, pour authoriser leur defnce?& n'est-ce pas se fantasier des subts à plaisir pour y faire apres ioüer sa plue, veu comme i'ay desia predit : que ie ay iamais blasmé en mes escrits, les Daes & Damoiselles qui ont l'honneur & pudicité grauez sur le front?est-ce donc s m'imposer aussi faussement,que temeirement,sans raison,sans preuue, & sans onte?Ie suis tout estonné de la haute resrie de cet Escriuain, & qui songea iaais à escrire contre les chastes Dames, t ce le fait d'vn Gentil-homme comme se titre, de forger telles impostures, & nner telles impressions? non, c'est l'hu 18 meur d'vn cœur lasche, poltron, & effe miné,tel que celuy d'vn Maquereau. Effac donc pauure incensé,ces fantasques opi nions: Reprens vn peu tes esprits, duran les tréues,& la relasche des facheux accé de ta melancholie.R'entre vn peu en toy mesme, ouure les yeux, que ta passion & ton ignorance ont sillez,pour voir ce qu chante ma Muse,tout au commencemen de ma seconde Satyre, & lors tu cogno stras le tort que tu m'as fait, de m'auoir au tant indiscretement que faucement acc sé au parquet des chastes Dames.
Considere ie te prie pauure miserab Pagnote en quel abysme d'erreurs tu t' plongé,par les exemples que tu as prop sés pour authoriser leur deffence, car les offenses, & leur fais vne grande iniu ayant esté si osé & temeraire, que de m tre au rang des Dames vertueuses, v Flore, l'vne des plus renõmées putains Rome, & vne Rodope la plus insig garse & la plus desbauchee qui ayt poi esté en toute l'Ægypte, est-ce citer fid lement & en grand clerc ( comme tu vante ) des exemples propres, pour d fendre l'honneur des chastes Dames? t'en donc à l'escolle pauure Asne d'Ar 19 die 94, pour y apprendre l'art des Topiques, affin de trouuer des matieres propres à dresser des deffences. Il faut que ie die franchement pour reprimer vn peu ton audace & ta temerité, que tu deshonore grandement les Dames chastes, feignãt d'entreprendre leur querelle, les prenant pour pretexte de tes passions, & en les deffendant si laschement comme tu fais; Il seroit necessaire desormais, de t'imposer sillence, & te deffendre expressement comme on feist à l'ignorant Cherille, de mettre la main à la statue d'Alexandre: Ce n'est pas ton mestier que d'entreprendre la deffence des chastes Dames, ou dresser des panegeryques à leur loüange, il faut vn Orateur qui ayt plus de merite, de suffisance, & de doctrine que toy, c'est vne mariere qui surpasse la haulteur de ta teste, & la capacité de ta soldade plume; Voyla de quoy i'auois a t'aduertir en passant, affin que tu n'ayes par cy apres à mesler l'or auec le cuiure, le chanure auec lin, le fleuret auec la soye, & les femmes pudiques & vertueuses, auec les lasciues & desbauchees. Et si i'auois autant offensé les Dames comme tu as faict, quel suplice eust basté pour me punir ? quelz li 20 ures pour dechirer ma reputation? i'estois troussé en malle, cinglé de mauuais vent, & fricassé au beurre noir.
Apres auoir mis ces exemples en aduant, il faict de l'estonné, & m'interroge de bruade: Qui vous m'eut donc beau sire, quelle mouche vous point & cæ ? Et ie respondz qui te meut pauure insensé, quelle trenchée de sainct Mathurin te faict crier sans subiet, & monter sur le traquenal de tes enthousiasmes, qui te meut disie par vne saillye boufonnesque, à former des presumptions sur la curieuse recherche que tu fais, des occasions qui m'ont peu exciter a escrire contre les femmes. C'est sans doute ta melancholie qui renouuelle ses furieux accez, ou quelque furie infernalle qui te possede. Mais oyons les plaisantes & ridicules presomptions que ce Maniaque tire des creux cachots de sa ceruelle, il faut (dit-il) que vous soyez vn rocher insensible, ou bien vn ioly petit Eunuque, ou que vostre mauuaise mine vous ait occasionné quelque affront, ou croire qu'elles vous ont enuoyé en Cornuaille 95 sans le cheual de Pacolet 96ou par dela la Surie proche de Bauieres. Ausquelles coniectures & friuolles presumptions,ie respõdray d'or 21 dre & le plus succinctemẽt que ie pourray.
A la premiere ie dis que ie n'ay point sacrifié auec du fiel à Iunon, & à Cypris, ne m'estimant point d'vn humeur si farouche & reuesche aux femmes, que pour ce subiect i'aye besoin de sacrifier aux graces, lesquelles se sont tousiours monstrées fauorables en mon endroit, & à la verité l'homme seroit du tout insensible,ou quelque Monstre en nature qui n'obeïroit aux loix de l'amour, & penseroit euiter ses traicts : car comme dit le Poëte François,
... ... Il n'y à que les marbres
Les pillers, les cailloux, les roches & les
arbres,
Priuez de sentiment qui se puissent garder
D'aymer quand vn bel œil les daigne re-
garder,
Nous qui sommes vestus d'affections hu-
maines,
De muscles & de nerfs, de tendons & de
vaines
Il est bien mal-aysé de ne sentir la flame
Que le gentil Amour nous verse dedans
l'Ame.
En vn mot, ie ne suis point du nombre de ceux que l'on confinoit anciennemẽt par 22 ignominie dans la Sacristie d'Hercule My sogine. 97
A la seconde ie respond,que si tu auoi bien regardé mon portraict representé taille douce au quatrieme feuillet de m Satyre, tu n'aurois effrontement lasch ceste coniecture boufonnesque, ma barb foisonne trop abondammẽt a l'entour d mon menton & de mes iouës,& ma mou stache est trop mignonnement releuee pour estre nay soubz l'horoscope infortu né de Enuchis participer au titre de frigides & maleficiatis. Eunuchi namque & spadones qu bus θλάδιαν καὶ ἐκτθλιμμενον καὶ εκτομιαι και ᾶπεσσασμένον vel contriti, vel tusi, vel sect ablatique sunt testiculi, barba carent in ment Marque tres euidente de leur impuissanc & imperfection naturelle selon le dire d Poëte.
Quod illis genœ molles & desperatio barbœ. Mon pourtraict dement donc apertem ceste chimerique presomption, & me pa du foudre de ceste calomnieuse coniect re,laquelle ne peut porter coup au preiu dice de ma reputation.
A la troisiesme ou tu reiectes la cause d l'affront que les femmes m'auroient p faire sur ma mauuaise mine, Ie te renuoy 23 derechef a la visite de mõ pourtraict, dont la posture est plus guerriere que Doctoralle, plus martiale que pedentesque, plus Iouiale que Saturnienne, plus amoureuse que Melancholique.
A la quatriesme ie responds que tu deuois t'enquerir premierement si i'estois assubiety soubs les loix d'Hymen,auant que de m'enuoyer indiscretemẽt en Cornuaille 98, & mettre en aduant vne tant friuolle coniecture, car estant libre & exempt de son seruage, ie suis Dieu mercy hors du danger d'encourir le nom de Cocu,& porter sur le front les rayons de Moyse. Ceste presomption est donc vne colomne sans baze ny pie-d'estat, sans fermeté de nature,ny proportion de figure pour se soustenir.
A la cinquiesme & derniere ie dis que c'est chose rare de voir vn Docteur Medecin attaint de la maladie Venerienne, par ce qu'estant ( comme il est à supposer ) extremement bien versé en la Physionomie, il iuge incontinent a l'œil & au visage, qui est le cadran, si vne femme cache au dedãs ceste detestable, & pernicieuse maladie, & non cõtent de l'inspection du visage, ayãt (comme il à) la congnoissance de l'Anato 24 mie,il s'ayde du miroer Matrical 99, pour luy seruir de Sybile 100, & descẽd iusques aux Enfers de la deuote Alibec de Bocace, ou le bon hermite Rustic mettoit son Diable, pour en auoir plus certaine cognoissance. C'est bien plustot a vn maquereau soldatizé, & soldat maquerelizé, comme toy a gaigner la maladie Neapolitaine 101, qu'a vn docteur en Medecine. Cest le butin, & les gaiges ordinaires des soldats desbauchez & desesperez cõme toy, lesquels sont plus en fureur durãt leur ribaudes Amours, que les Corybantes de Cybelle pendant leurs sacrifices.Aussi dit-on que Mars ne s'esloigne iamais de Venus.
Toutes tes presomptions imaginaires sont donc adulterées, corrompuës & de mauuais alloy, ce sont pieces faulces qu'il faut enuoyer au billon.
Apres auoir lasché deux ou trois traicts de bouffonnerie & remply deux pages de ses coniectures, il se remet sur les exemples, & me cite à pied racourcy, & à visage tourné, l'exemple de Tyresias qui fut aueuglé pour auoir escrit contre la Deesse Iunon, voulant de la tirer a consequence que ie me repentiray & receuray quelque chastiment pour auoir escrit contre 25 es chastes femmes, mais a quel blanc vise et exemple ? a quelle fin ceste allegation? Iunon estoit elle vne putain ? estoit ce vne femme desbauchée ? c'estoit vne chaste Deesse, qu'on disoit presider aux nopces 102, quelle occasion me remet-il deuant les eux cet exemple puis que c'est seulement ux putains que s'adresse ma Satyre ? il monstre donc bien qu'il est tombé en vne horrible & deplorable Manie plus digne d'estre renuoyé à la diette entre les mains e quelque Chirurgien pour estre secouru de la maladie, que d'aucune respõce pour efuter sa resuerie, Brusquet 103n'y faict plus rien, Chicot 104ny Maistre Allain, Mais que sort-il du sac que ce dont il est plain? Et poursuyant sa poincte auec plus de uque que de preuoyance, il donne l'esr a sa plume & fait iouer tous les ressors e sa ceruelle,pour despeindre les singuliees beautez des femmes, par-ce que son inceau rencontroit bien a la couche de este peinture. Mais deuant qui estalles-tu s estoffes regratees ? & qui doubte que urs beautez ne soiẽt admirables, & adobles comme autant de Soleils,de lumie 26 res, & de diuinitez? I'espere en bref mett au iour mes Amours de Francine 105, où verras les beautez d'vne belle & galan maistresse autant mignardement, que d ctement despeintes : Alors la France iug ra si mon stylle est autant pedentesqu qu'effrontemẽt tu le publie, Mais pour v ignorant & est autant pedentesqu qu'effrontement tu le publie, Mais pour v ignorant & esceruelé Maquereau cõme to qui le raualle, il se trouuera mille beaux prits qui l'honoreront, & en feront estat.
Venons maintenant à sa conclusion laquelle il roidist tous les nerfs de sa foib Rethorique, en tire les plus empenné flaiches, & les mieux appointées qu'il pe trouuer en sa trousse, pour me persuad que le naturel des femmes est doux, cou tois & humain, & que si touché d'vne ue repentance ie me iette entre les br de leur fœminine douceur,il s'asseure q ie pourray obtenir pardon, & que ma r queste sera interinée : voyez vn peu com me il s'escarmouche, & se flate en ses vai nes imaginations!il s'y plaist comme Py malion en sa Statue, & Narcisse en s ombre. Et qui ne sçait que la ou il n'y point de faute, il n'est point requis de pa don ? pourquoy est-il donc si effronté 27 me persuader de leur cryer mercy: Comment oze-il remettre en Theatre ceste Idolle de calomnie, par cy deuant brizée, & trõçonnee,en mille pieces? Et puis que ie n'ay point escrit generallement contre le sexe, ains seulement contre les femmes debordées, & lasciues, pourquoy est-ce que i'mploreray leur misericorde? ce seroit aux putains seulement qu'il failleroit demander pardon, qui seroit vne chose ridicule : Ce pauure insensé monstre donc qu'il à l'esprit merueilleusement esgaré, & la ceruelle plus esuentée que les fesses d'vn couureur; non seulemẽt en ce point, mais en toute la suytte de son discours, tramé & ourdy de mille contradictions, mensonges, impostures, & absurditez; Ausquelles i'ay voulu respõdre de poinct en poinct, pour faire paroistre parmy les espesses tenebres de ses faulses accusations & chimeriques imaginations le clair flambeau de mon innocence:& monstrer à ce Dariolet soldatizé, soldat Darioletizé, qu'il est meilleur de tenir sa langue, & sa plume en repos, que de mal parler & de mal escrire, & que pour son honneur il eust mieux faict de prester le si 28 lence sans donner mal à propos du b & de l'aisle contre la reputation d'a truy. Zoilus hœc, credo, lacerabit dente malign Concedo,hunc rabies, me iuuat alma quies.
FIN.
L'empreinte de la Bilbliotheque de l'Arsenal

Noms propres et Terminologie médicale

Absinthe (en lat. artemisia absinthium L)

Plante de la famille des Astéracées qui peut faire 1 m de hauteur. Les feuilles de cette plante sont couvertes de poils blancs et de glandes oléifères. Elle sert de vermifuge et peut provoquer des règles. L'on s'en sert également pour combattre le mal de mer la nausée.
  • Absinthe (plante), Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Absinthe_(plante).
  • Lieutaghi, Pierre, Absinthe, Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 20 mai 2009.

Liens à cette référence dans les documents

Achéron ou Achérontides (en gr. Akherôn)

Fleuve des Enfers grecs que les morts traversaient sur la barque de Charon, qui leur fit payer une obole. Charon refusait tout mort qui n’avait pas de monnaie, ni de sépulture ; de ce fait, ceux-ci ne pouvaient jamais entrer au royaume d’Hadès, dieu des morts.
  • Achéron en gr Akherôn, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Charon [ka-], Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Liens à cette référence dans les documents

Aconit

s. m. Espece de plante veneneuse.
  • Aconit, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

Liens à cette référence dans les documents

Actéon (en gr. Aktaiôn)

Chasseur mythique de Thèbes. Ayant surpris Artémis nue au bain, il fut métamorphosé en cerf par la déesse et dévoré par ses propres chiens, au Cithéron.
Pour apprendre plus sur le mythe de Actéon, veuillez consulter http://fr.wikipedia.org/wiki/Actéon.
  • Actéon en gr. Aktaiôn, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Actéon, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 janvier 2010.

Liens à cette référence dans les documents

Adonis (en phénicien Adoni mon seigneur)

Jeune homme d'une beauté hors de commun qui naquit de l'union incestueuse de Cynéras roi de Chypre et sa fille Smyrna, Adonis était symbole de la reproduction mâle dans la mythologie grecque. Il assimila également les symboles de la vie et de la nature lorsque, sous la supplication d'Aphrodite, Zeus le ressuscita après qu'il fut tué par un sanglier. Ainsi transformé en divinité, Zeus permit à Adonis de séjourner avec ses deux amantes, Aphrodite et Perséphone, pour une partie de l'année sur la terre avec la première et une autre partie aux Enfers avec la séconde.
  • Adonis, Le grenier de Clio (2001-2011), Mythologica.fr, Internet, 20 avril 2011. http://mythologica.fr/grec/adonis.htm
  • Adonis en phénicien Adoni mon seigneur, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Liens à cette référence dans les documents

Aegles

Aegles, un athlète de l’ile grecque Samos, était muet. Il redécouvrit sa voix pour exprimer sa colère face à une injustice promulguée contre lui lors d’un concours sportif.

Liens à cette référence dans les documents

Agamemnon

Roi légendaire d'Argos et de Mycènes et frère de Ménélas, Agamemnon servit de chef suprême des Grecs pendant la guerre de Troie. Il épousa Clytemnestre qui lui donna trois enfants : Électre, Iphigénie et Oreste. Lorsqu'Agamemnon sacrifia leur fille Iphigénie à Aulis (un port grec en Béotie) Clytemnestre prit Égisthe pour amant. Les deux assassinèrent Agamemnon et Cassandre (l’amante d’Agamemnon) de retour de Troie, après lequel Égisthe prit le trône. Sept ans plus tard, Oreste et Électre, souhaitant venger leur père Agamemnon, assassinèrent Clytemnestre.
  • Agamemnon, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Liens à cette référence dans les documents

Agaric

s. m. Terme de Pharmacie. C'est une excroissance qui naist comme un potiron sur le tronc & sur les grosses branches de divers arbres quand ils sont vieux. Il y en a de masle qui est jaunastre, assez pesant, & assez compacte, & plus propre pour les Teinturiers que pour la Medecine. Le femelle est plus recherché, & se trouve sur le melaise, ou larix. Ses bonnes marques sont la blancheur, la legereté, la grandeur, la friabilité, l'odeur penetrante, & la grande amertume. Il en vient des Alpes & du Levant, & c'est un medicament qui purge avec violence. L'agaric noir, ou boule noire pris en breuvage, cause des vomissemens & flux de ventre dangereux.
  • Furetière, Antoine. Agaric, Dictionnaire universel, La Haye, A. et R. Leers, 1690, t. 1. Bibliothèque nationale de France, Internet, 24 septembre 2009.

Liens à cette référence dans les documents

Ajax (en gr. Aias

Ajax fut un des plus vaillants héros grecs de la guerre de Troie, dépeinte dans le poème épique l'Iliade par Homère. Après la mort d', il se disputa avec Ulysse pour l'honneur de recevoir les armes du héros décédé. Lorsque les chefs choisirent Ulysse pour son ingenuité et ses ruses au lieu de Ajax pour son courage, il devint fou et, enfin, se tua.

Liens à cette référence dans les documents

Alchimiste

ALCHIMISTE. s. m. Celui qui s'occupe d'alchimie. Les alchimistes passaient leur vie à chercher ce qu'ils appelaient la Pierre philosophale ou le Grand oeuvre, c'est-à-dire, un moyen d'opérer la transmutation des métaux.
  • Alchimiste, Dictionnaire de l'Académie française (1835), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 8 février 2010.

Liens à cette référence dans les documents

Alcine

Alcine est un personnage de l’Orlando Furioso (Roland furieux), poème épique de Ludovico Ariosto (l’Arioste en français), publié en 1516. Magicienne, elle tombe amoureuse de l’ami de Roland, Astolphe, qui lui reste indifférente.

Liens à cette référence dans les documents

Alcmène (en gr. Alcmênê)

Selon la mythologie grecque, Alcmène aurait été une princesse de Mycènes et la femme d’Amphitryon, roi de Tirynthe. Elle fut séduite par Zeus, qui s’était métamorphosé en son mari absent. Ainsi la princesse devint enceinte du demi-dieu Héraclès. Jalouse d'Alcmène, l’épouse de Zeus Héra différa la naissance d'Héraclès pour se venger.
  • Alcmène en gr. Alcmênê, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Liens à cette référence dans les documents

Alcon

Représenté comme archer habile dans la mythologie grecque, Alcon tira sur un serpent qui avait enlacé son fils, sans blesser son enfant.

Liens à cette référence dans les documents

Alexandre le Grand

Né en 356 av. J.-C. à Pella, Alexandre le Grand fut le fils du roi Philippe II et d’Olympias devenant en -336 roi de Macédoine ainsi que le chef de la Confédération hellénique. Considéré comme un des plus grands conquérants de l'histoire, Alexandre le Grand créa un empire s'étendant de la mer Ionienne à l'Himalaya. Il fonda Alexandrie en Égypte (-332- -331) et choisit Babylone comme la capitale de son empire (-331). Il mourut à Babylone en -323 après quoi ses généraux, les Diadoques, partagèrent son empire et se mirent à combattre par la suite, assassinant sa mère Olympias, son épouse, Roxane, et son fils, Alexandre IV.
  • Alexander the Great, Wikipédia l'encyclopédie libre (6 février 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 février 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_the_Great.
  • Alexandre le Grand (~356-~323), Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • Alexandre le Grand ou Alexandre III, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Alexandrie en ar. al-Iskandarīyah, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Liens à cette référence dans les documents

Alibec et Rustic