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La Forest nuptiale
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LA FOREST
NVPTIALE,

Où est representee vne varieté bigarree, non
moins esmerueillable que plaisante, de diuers
mariages, selon qu’ils sont obserueZ & pra
tiqueZ par plusieurs peuples & nations estran
ges : Auec la maniere de policer, regir, gou
uerner & administrer leur famille.

MONSTRANT REGIBVS ASTRA VIAM. PR Vignette : Image d'une étoile brillant sous une couronne. Cadre de forme ovale avec inscription. Feuilles entourant le cadre pour former un rectangle. BIBLIOTHEQUE DE L'ARSENAL Sceau de la bibliotheque de l'Arsenal A PARIS,

Chez Pierre Bertavlt au Mont
S. Hilaire à l’Estoille Couronnee. Filet simple.
1600.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
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Bandeau décoratif. Auant-discours de l’Autheur.3

I'Ay honte, qu’il faille maintenant, que ceux qui font marcher en public quelques œuures soyent sujets de dresser la premiere aisle de leur bastillon alencontre des bastardes mesdisances des iniques & mal-aduisés contreroleurs. Mais, puis que l’enuie ( comme disoit l’autre ) n’est poinct morte, il est trop plus que necessaire,qu’õ s’arme & munisse pour la rembarrer, & rabatre les coups, d’vn tas de regratteurs de desseins, d’au truy.Pour iustifier de mon dire ie n’ay que faire de sortir hors de nostre part-terre, bigaré d’vne diuersité de mariage.Il me semble entẽdre marmonner, & desia ie vois des yeux de l’esprit, nos prestecharités, fureteurs des labeurs entrepris par autres, & satyriques valemedire4, qui des pieds iusques à la teste esplucherõt toutes les parties, voire les moindres par celles des bigareures entrelassées au parterre de nostre Forest nuptiale pour y trouuer qu’à redire: Ce la est cause, que ie les ay voulu barriquer de cet auant propos destiné pour faire entẽdre aux esprits, biẽ nés, le but de mõ in tẽtiõ,l’occasiõ de mõ entreprise l’vtilité & profit,qui en reuiẽ dra au public (Dieu aydant) & finalemẽnt les prier de prẽdre les raisõs,que ie deduirai pour ma descharge & iustification en payement & s’il y defailloit quelque chose, me gratifier, tant de leurs humanitez & benignes faueurs, que la verité, que ie propose, ne soit rebrouee. Il n’y a celuy, auquel nature n’apprẽne, que le mariage est vn estat le plus anciẽ, qui soit en tout le monde, par lequel nos deux tiges de l’humain lignage, Adam & Eue,ont esté vnis, conioincts & incorporez par ensemble, si bien que c’est à tort, si & Iustinien en en sa Nouelle des nopces & le Docteur Balde tiennent,que le mariage est le commencement, base & fondement du gẽre humain. Quand tout est dict, quelle plus saincte, chaste, asseuree & agreable societé pourroit aduenir, que celle du mary & de la femme; quand l’vn est ce que l’autre? deux corps en vn esprit, d’vne mesme volonté, & vn esprit, & mutuel consentement en deux corps. Les seuls mariez homme & fẽme ne se portẽt point d’enuie, seuls ils s’aimẽt infiniment, chascun d’eux de pend tout l’vn de l’autre, & se repose en luy, ce n’est qu’vne mesmes chair, vne mesme cõcorde, vne mesme ioye, vne mesme tristesse, vne mesme richesse, vne mesme pauureté, vn mesme gain, vne mesme perte, vne mesme dignité. Ils sont tousiours compaignõs d’vn mesme lit, & d’vne mesme table, tellemẽt accouplés par ensẽble, que l’amour, du mary à la femme, & de la femme au mary surpasse celle du pere & de la mere aux en fans, des enfãs au pere,& celle que les freres & sœurs doyuent auoir ensemble. Voyla pourquoy l’amour coniugale doit surpasser toutes les autres, & doit demeurer perpetuelle,attendu que le pere, la mere, les enfans,les freres, les sœurs, les cousins, les amys sõt accessoires, au lieu que l’hõme a eu sa femme & la femme sõ mary premier qu’on n’a ouy parler de pere, mere, & enfãs. Voire mais qu’ay ie de besoin de m’estendre d’auantage sur la louange des mariages, le suiet en est si beau,pour discourir, qu’apres auoir enflé beaucoup de Tomes, de ce qui la cõcerne encores n’auroit-on pas attainct le tiers de la car riere. Il y a plus, qu’au choc des masles, & femelles i’ay em ployé ce que le Poete Sceuole de Saincte Marthe, a en partie tourné & imité du cinqui esme liure de Marcel Palingenie en son zodiaque de la vie5: Encores ie remploie ce que là l’ay deduict & consecutiuement, puis que le mariage est tant à priser i’infereray, qu’il m’est loisible, voire honneste d’entamer propos, qui quoy que diametralement ne passe par la ligne du milieu, par reflexion neant-moins se r’apporte au centre nuptial. Encores dõques que le mariage, soit party du cabinet celeste, estably par l’Eternel,honoré, de la presence du fils de Dieu, si est-ce que, comme disoit vn bon Docteur ancien, Iesus- Christ fut pendu entre deux larrons attéints de plusieurs, & enormes meffaicts. Vous voiés, que le mariage est fondé sur vne si sacree institutiõ, le voyla costoyé & de ceux, qui le foulent aux pieds, & de ceux,qui l’aians receu, ont introduict vne pluralité de femmes ont adioint au mary des Lieutenans de couche : Bref, qui ont retenu le masque de mariage & l’ont affeublé du mãteau de paillardise. A ceux là ie liure la guerre,& verrés, si en vn seul poinct ie fauorise à leur Poligamie & impudique lubricité. Et par-ce que ce siecle ne nous a enfanté que trop de maquignõs, supposts & parrisans Antigamiens6, i’ay bien voulu dresser dans ceste Forest Nuptiale vne bigareu re des mariages, pour estaler, en veue d’vn chascun ce qui peut estre louable ou à mespriser de telles & si illicites cõionctions. Possible que ceux qui faisoyent leur compte de busquer d’auantage fortune, voyans leur mine descouuerte & esuentee, poussés de hõte, se retirerõt du mauuais sen tier, qui les menoit à la vallee de misere. Les autres, qui ont bons yeux dans la teste, contre-balançans les legitimes, mariages auec les illegitimes pourront tenir mon party & croire fermement en premier lieu, que ceux qui sont sortis hors du rond orbiculaire de mariage (cecy toutesfois doit estre sainement pris & ainsi que ie l’entends) ne sçauroiẽt mieux se manifester estre de naturés, des-raisonnables, & ennemis de toute honnesteté, comme qui pour se veautrer en paillardises, & autres accouplemens lesquels, pour horreur, ie n’ose nõmer, ont mesprisé le mariage. En apres que ceux,qui à leur sotte discretion ont voulu à tors & à trauers donner dans le cercle Nuptial, & ne s’assubiettir à la ligne diametrale, si bien marquee & designee par l’instituteur du mariage, ont faict des sursaillies merueilleusement estranges : les vns Poligamiẽt les autres prostituent ou leur pucellage, ou leur pudicité à des Bramins, Brachmãs, passans & autres, les autres finalement (par le consentement de leurs maris) gaignent leur vie impudiquement, & à la sueur de leur corps. Quoy plus? vous voirez qu’ẽtre ceux mesmes, qui se rangent du party, du mariage, le mariage est tellement defiguré, en plusieurs endroicts, que l’on peut dire, qu’il ne sert que de lodier de cornardise. Le cœur me saigne quãd ie lis ce que les autheurs nous en rapporte, & ay esté en voie par plusieurs fois de deschirer ce que i’en auoie broché, n’eut esté que quelques miens amis m’en ont dissuadé, me remonstrans,qu’encores, qu’il y eut plus à redire à ces mariages, qu’il n’y a, si failloit il les faire sortir en public, pour faire prẽdre en horreur à ceux qui auroyent enuie de s’y fourrer, l’infamie, qui accompaignoit ceux, lesquels s’emancipoyent au de sus, de leur deu. Tout ne plus ne moins, qu’encores que la paillardise l’adultere, le pecuculat,le larcin, le parricide, la trahison, & autres plus grands crimes, formellement s’addressans à la maiesté diuine & humaine, facent mal au cœur à tous gens de bien, pour-ce, la iustice ne laisse poinct à iusticier & publier les meffaicts de ceux qui sõt attaints d’aucuns de ces crimes:de mesmes voyõs nous qu’aucũs peuples, pour destourner leurs enfans d’yurongnerie, des qu’en rue, ils descouuroyent vn personnage surpris de vin, ils en repaissoiẽt les yeux de leurs enfãs, non point pour le semõdre à s’enyurer, ains pour leur faire prendre en execratiõ la vilanie des yuroignes. Ces cõsideratiõs & remonstrãces m’ont fait reprẽdre cœur, de telle sorte que i’ose biẽ dire, que mes amis m’õt osté des mains ce labeur, à peine auant que ie l’eusse reueu à mon plaisir. Or puis qu’il est question de me hazarder au iugemẽt d’autruy ie suis contrainct, pour ne me monstrer trop failli de courage d’icy rẽdre raison au moins mal qu’il me sera possible des poincts, qui me semblent les plus chatouilleux. Premieremẽt on me battra, pource que ie parle des mœurs des peuples, qu’õques ie ne vis. Argumẽt coustumier à ceux, qui pour auoir voyagé quelque peu se font accroire, qu’ils tiennent dans vne boite tout l’vniuers. Ie prise grademẽt ceux, qui de leurs yeux, ont peu descou urir beaucoup de choses & nous les rapportẽt fidellemẽt mais que de cela on doiue inferer qu’il soit interdit à ceux, qui n’ont peregriné, de puiser de leurs discours ce qu’ils en r’apportẽt, c’est rẽdre leur labeur infructueux. Ma raison est que de deux choses l’vne il faut ou qu’ils dient vray, ou qu’ils mentent : s’ils rapportẽt la verité, il m’est aussi loisible, de la dire, qu’à eux moyennãt que ie ne soie point ingrat de recognoistre la tenir d’eux. S’ils bourdent, he! la dois ie fai re bonne pour eux? ceux qui auront interest en cest affaire qu’ils se prennent à eux, & puis à eux le debat. Cependãt s’il leur plaisoit de iamais ne s’accorder par ensemble, seroit il à dire,qu’il nous fut de ffendu de n’entendre parler l’vn ou l’autre. Et afin que ie des-charge tout d’vn coup, mon cœur, comment est-il, possible, qu’vn personnage, puisse entasser en son cerueau tant de particularités de tant & de si diuers pays,qu’a peine vn homme peut-il descouurir en vn fort long temps les singularités de la prouince, ou il aura esté esclos: A plus forte raison vn estranger, pourra fureter tous les secrets de diuers pays lointains,pour pouuoir donner en payement, quelque raison distincte,particuliere & qui soit vraye. D’ailleurs l’ignorãce ou la malignité des estrãgers est telle, qu’ils se plaisent à abbreuuer ceux,qui ne sont du pays, de bayes, pour auoir occasiõ de les desmẽtir, quãd il leur plaira: D’où aduiẽt que les descriptions des pays estranges, se contrarient de telle sorte: Et voyla pourquoy, cy apres ie dresse vn denombremẽt des Autheurs, desquels i’ay recueilly les plançons qui m’õt seruy a attiffer ceste Forest, & la diuersifier de ces bigarreures. Pour cela ne lairray-ie, point encores à estre recerché de ce que particulierement ie n’ay dõné icy nouueaux chapitres à nostre France, Angleterre, Escoçe, & autres contrees de nostre Hemisphere. Ie ne veu point nier que ie n’en aye bien bõne enuie,voi re que i’en ai dressé vn dessein lequel si ie cognois, qu’il puisse estre le biẽ venu, enuers les gens de bien, ie ne ferai point difficulté d’acheminer à perfection. Toutefois i’ay mieux aimé surseoir que d’apprester matiere aux mesdisans, de dire, que ie vouloie embloquer auec la Polygamie des maladuisez les mariages,que ie sçay en plusieurs endroits estre sin ceremẽt gardeés & obseruez.
Ordre & suite de ce trai té.
Ne me reste plus,pour mener à chef cest auãt discours,sinon qu’à dõner l’adresse qu’il faut tenir pour ne s’esgarer parmy nostre Forest Nuptiale. Ie ne la vous feray autre que celle, à laquelle ie me suis moy-mesmes reiglé. A l’entrée vous trouuerez le 3. chapitre destiné aux Romains,Babyloniẽs & Persans, lesquels ont esté mis en frõt de la Forest, pour autãt que ces peuples ont autresfois esté les premiers,plus puissans & florissans d’entre les autres.apres fil à fil suiurõt les nations estranges, que nous visiterons iusques aux Patagoneens & Yucateens. a la fin & auant que sortir de nostreForest faudra brosser,non vne cõtree particuliere, mais refaire presque la vireuolle de toute la course qu’aupirs desia fait, pour esclarcir quelques ombrages, qui eussent peu rẽdre nostre Forest moins passagere. Ie n’y ay pas fait ce qui eut esté bien requis, & que moi mesmes i’eusse biẽ desiré: d’vn point suis asseuré y auoir mis la peine & deuoir que i’ay peu. S’il y a quelcun plus entendu, mieux aduisé que ie ne suis, pour es-brancher & approprier mieux l’entour, le milieu & allees de ceste Fo rest, il ne sera que singulier plaisir de seconder mes desseins. Qu’il ayt bon courage, il trouuera assez de besoigne taillee.
A. DIANE ou ANGE.
Vignette à feuilles et fruits.
Bandeau décoratif.

AV LISEVR. Sonnet De L'Avtevr.

T E fasches tu, Liseur, pour veoir des mariages
Icy tout bigareZ ? quoy ? la diuersité
Te deuroit resiouïr ?7 voir de mainte Cité
Et de peuples diuers, les nuptiaux vsages.
Tu veois le bien, le mal, quicte les badinages,
Des Polygamies: suis la pudicité,
Où te guide le train, que ceux ont limité, (ges.8
Qui, a droit, sõt tenus pour prudẽs & pour sa-
Ioignant le blanc au noir,tu peux apperceuoir
La naïfue blancheur : hé ! pour te faire voir,
Le lustre nuptial, ie t’ay des bigareures
Dressé, comme i’ay peu, si quelque traict deffaut,
Sãs trop t’effaroucher, Liseur, il ne le faut,(res9.
Qu’abaisser sãs rigueur,les trop hautes coutu-
A. Diane ou Ange.

Filet simple. CATALOGVE DES AVTHEVRS desquels on a tiré ce discours.

Bandeau géométrique. TABLES DES CHAPITRES.

Bandeau géométrique. Approbation des Docteurs.

Nous soubsignez, Docteurs, Regéts, en la faculté de Theo logie, à Paris. Certifions auoir veu, & visité le liure intitulé, La Forest nuptiale : composé par le Sieur de Colieres, auquel n’auons trouué ny aperceu chose qui puisse empescher qu’il ne soit imprimé & mis en lumiere. En tesmoing de ce,auons apposé nos signes manuels,ce huictiesme de may 1595.
L. Ardier.
Vignette à feuilles et fruits.

LA FOREST NVPTIALE, Où est representee vne varieté bigarree, non moins esmerueillable que plaisante, de diuers mariages,selon qu’ils sont obserueZ & pratiqueZ par plusieurs peuples & nations estranges. Auec la maniere de policer, regir, gouuerner & administrer leur famille.

Les Romains. Chapitre I.

Lettrine E. ENcores que ie ne veuïlle me formaliser contre le droict Romain, neãtmoins puis que le formalitez,qui estoient anciennement gardees au nopces Romaines, sont maintenant mises hors d’vsage & pratique, ie ne fe ray point de difficulté d’emprunter des anciens autheurs ce qui appartient à ces mariages. Les anciens Romains auoient accoustumé d’equipper la femme, quant elle preEquipage de la nouuelle mariee Romaine & la significa tion de chacune de ces particularitez. noit mary en ceste maniere. Premierement ils luy bailloiẽt vne clef en main entrãt en la maison de l’espoux,pour tesmoigner ( dit Sextus Pompee ) la facilité de l’enfantement, ou qui mieux vaut,pour luy donner à entendre, que la garde & soin de toutes les choses domestiques,qui se serrent & fermẽt à clef, voire toute la maison & ce qui appartient au soin du mesnage luy estoit baillé en garde. Sur la teste ils luy mettoiẽt vne lance, qui eut outre-perce le corps d’vn gladiateur, pour aduertir la femme de la griefue punition, dont elle estoit menacee,si elle venoit a faire vn faux bõ a son mariage. On la ceignoit d’vne ceinture, tissue de la laine d’vne brebis, laquelle le mary luy ostoit apres sur le lict,pour luy apprendre que deslors elle estoit rangee sous le commandemẽt marital. En teste elle portoit au dessous du voile (qu’ils appelloient flammee ) vne guirlande de Veruaine & d’autres herbes entre-meslees, & la faisoiton assoir sur vne peau d’oüaille.Sur ce dernier chef n’est pas mal-aisé à deuiner, pourquoy on luy faisoit prendre tel siege, d’autant que cela n’estoit que pour la semondre14 & faire ressouuenir d’estre bõne mesnagere, & d’auoir tousiours de la laine deuant elle, pour filer:mais la guirlande de Veruaine a appresté matiere à plusieurs de gasouïller à credit, comme s’il estoit croyable, que ces anciẽs eussent voulu sycophantiser vne si sacree conionctiõ, des abus & impietez, qu’on phantasie sous la Veruaine. Feste Pom- Par qui l’espousee Romaine estoit accompagnee. pee escrit que quãd la nouuelle mariee alloit espouser,trois enfans,qui auoient pere & mere l’accompagnoient,dõt l’vn portoit deuãt vne torche allumee,faite de l’herbe appellee Alba Spina15, vulgairement charbon nostre Dame ( car on se marioit de nuict, dit Plutarque en ses Problemes, & les autres deux marchoient auec elle vn de chasque costé,le flambeau alloit deuant en l’honneur de Ceres: car comme ceste Deesse ( qu’on tiẽt mere de la terre & qu’elle a creé tous les fruits) nourrit les humains,ainsi la nouuelle mariee, deuenue en apres mere de famille,nourriroit ses enfans. Ce qu’on tient encores à present estre obserué ailleurs,pincipalement en Angleterre,que deux ieunes enfans conduisent l’espousee au temple, de là deux hommes la rameinent à la maison : & le troisiesme enfant au lieu du flambeau porte vn vase d’or ou d’argẽt.Outre-plus les Ro Thalasse pourquoy estoit crié nux noces. mains crioient souuẽt en leurs nopces ce nom Thalasse, comme defenseur de la virginité. Aucuns disent que c’est le carme & chant nuptial, ou biẽ le Dieu Hymenee, qui preside aux nopces. Tite Liue au premier de ses Decades, & Plutarque en la vie de Romule disent,que entre ceux qui rauissoient les filles des Sabins se trouuerent quelques vns de petite qualité, lesquels en amenoiẽt vne, qui surpassoit en merueilleuse beauté les autres. Ceux-cy rencontrerent d’auenture en leur chemin aucuns des principaux de la ville, qui la leur vouloyent oster par force,ce qu’ils eussent fait, n’eut esté qu’ils se mirent à crier, qu’ils la menoient à Thalassie ou Thalasse, qui estoit vn ieune homme, qu’vn chascun prisoit & aymoit,& quand les autres eurent sceu, que c’estoit pour luy,ils en furent fort ioyeux, & les priserent d’vn tel exploict,tellement qu’il y en eut quelques vns, qui les accompaignerent, rebroussans chemin pour l’amour de Thalasse, en criant & repentant souuent son nom,dont est venue la coustume, que les Romains chantent à leurs nopces Thalasse, tout ainsi que les Grecs chantent Hymenee, pourautãt qu’il fut heureux ( comme on dit) d’auoir rencontré ceste femme. Toutesfois il y en a d’autres, desquels est Varron, qui tiennent, que ce nõ n’a esté introduict aux nopces à autre effect,sinon pour aduertir les nouuelles mariees de penser à trauailler & faire leur besongne, qui est de filer : car ils appelloient le panier d’osier a tenir les laines Talasse, que les Latins d’vn autre nõ appellẽt Calathus & Quasillus: mais à sçauoir s’il ya vray semblance,que les Latins ayent voulu caymander ce mot de Talasse des Grecs, puis qu’ils pouuoient exprimer le mesmes en leur langage. Toutesfois Plutarque en ses Problemes faict descendre ce vocable des Grecs qui appelloiẽt la laine Tαλάσιον.D’auãtage l’espousee portoit trois pieces de mõnoye, qu’ils nõmoiẽt Asses dõt elle tenoit l’vne à la main, & comme si elle achapta le mary la donnoit à l’homme,d’où vient que Euripide en sa Medée en forme telle plainte.
De tout ce que la terre produit, & qui a
ame,
Vegetatiue & sensible, il n’est rien, que
la femme
Ne surpasse en mal-heur:il luy faut grãds
biens mettre,
En l’achapt d’vn mary, qui soit de son
corps maistre.
Entre achapts des maris & femmes.
Par les anciennes loix des Candiots16 au contraire les hommes dotoiẽt les femmes & se les achetoyẽt comme encores il s’obserue és mariages de Turquie:voire que les Indiens acheptent les femmes, moyennant vne paire de bœufs, qu’ils offrent aux parens de l’espousée,de mesmes qu’Homere au deuxiesme de son Iliade feind,qu’Iphydames, fils d’Antenor,donna cent bœufs à son beau-pere, pour le doüaire de celle qu’il deuoit espouser, moyennant lesquels il luy donna en mariage sa fille. Les anciens Alemans dict P. crinit. li. 12. chap. 8. apportoyent doüaire aux femmes, & non les fẽmes à eux. Il y a des femmes entre nous & trop plus qu’il ne seroit à souhaiter,qui encores qu’elles portent doüaire à leurs marys, se sont bien achepter:car sans tirer hors ligne de cõpte le temps,qu’elles font perdre à leurs mignons, pour estre courtisées, deuant que leurs fiãcées puissent iouïr de l’ayse le plus souuent frauduleux,que l’on se promet deuoir estre apporté la premiere nuict des nopces, faut despendre en ioyaux,assiquets,habits & festins plus que ne mõte la dore, & en cas que restitution ait lieu par la mort du mary, il faut augmenter quelquesfois la somme de la moytié du doüaire (qu’õ appelle tiercer) pour le droict de seure vie de la femme. Ie vous demande si la femme n’est pas bien acheptée. Or pour reuenir Oignement que faisoit la nouuelle mariee à l’huis de son es poux auant qu’ entrer en la maison. à nostre espousée Romaine elle portoit l’autre de ces pieces de mõnoye en ses chausses Feste Pompée dit en son pied, la mettãt au fouyer les Lares ou Dieux familiers, & la troisiesme dans vne grande bourse pendante, la deliant & ouurant quelquesfois par les carrefours prochains. Et en ceste sorte le mary & la femme s’entr’acheptoient:de fait l’homme demandoit à la femme, si elle luy vouloit estre mere de famil le: à quoy elle faisoit responcé, que ouy:la femme pareillement disoit à l’homme,me voulez vous estre pere de famille? il respõdoit,ie le veux.
Anneau dõné par le mary à la femme.
Cela-fait, mettãs leurs mains droites ensemble se baisoyẽt, puis le mary dõnoit à sa nouuelle femme vn anneau d’or,en lieu d’arres & en signe de mutuelle dilection, ou bien,afin que par ce gage leurs cœurs fussent conioincts, lequel anneau Tertullien au liure de l’ornement des femmes appelle Pronube, & luy estoit par le mary mis dans le quatriesme doigt, voisin au petit de la main gau che pour autant ( dit Isidore au deuxiesme liure chapitre quinziesme des diuins offices ) qu’en iceluy y a vne veine de sang ou nerf fort tendre, qui va & s’estend droit au cœur mesme raison baillent Aule Gelle & Macrobe suyuans l’opinion d’Appion, & Atteie Capiton pourquoy les anciens Grecs & les Romains portoient l’aneau en ce doigt de la main gauche, appellé medicinal. Pline aussi raconte, que de son tẽps on auoit accoustumé d’enuoyer à l’espousée vn anneau de fer où n’estoit aucune pierre enchassée. Auãt qu’entrer en la maison du mary elle oignoit la porte d’icelle auec vne espee ointe de lard. Pline neãtmoins au vingt-huictiesme liure de son histoire naturelle chap. neufiesme ne fait point mẽtion d’espée, ains r’apporte que l’espousée graissoit seulement les posteaux de l’huis de la maison de sõ mary auec de la grais Oignement que faisoit la nouuelle mariee à l’huis de son es poux auant qu’ entrer en la maison. se de porceau ou de loup, & seruie d’huyle, pour signifier, qu’ainsi tous les maux seroyent chassés de là & qu’elle apportoit l’abondance à la maison. De faict le sein de porceau est mollitif, chaud, resolutif & mõdi ficatif, & a de grandes vertus. Quãd à la graisse de loup Pline mesmes au lieu sus allegué descouure à quelle fin les nouuelles espousées en frottoyent le iour des nopces les posteaux de l’huis de leurs maris, à sçauoir pour rompre tous charmes & toutes les sorceleries, qui y pourroyẽt auoir esté faites. Ce n’est dõc de ces temps, que commencent à courir les nœuds d’aiguillette, & autres tels prestigieux & diaboliques ensorcellemẽs, dont quelques garnemẽs font estat, mestier & marchãdise de corrõpre les œuures naturelles qui bouclẽt & cõsõment les mariages. Si trouué-ie bien estrãge ce que dit Pline touchant ce sein de Porc, d’autãt que s’il auoit telle vertu & puissance, c’est sans doute que maintenant on s’en seruiroit pour preuenir ou rõpre ces charmes nuptiaux. La richesse, fecondité & abondãce est manifestement tesmoignée par l’huyle. Ioinct que, come l’huile ne peut estre meslé qu’à fine force auec matiere humide, aussi la femme doit demeurer ferme & arresté, & nager tousiours au dessus, sans se laisser atterrer par les efforts & allechemens qu’on pourroit luy dõner. A cause de ces oignemẽs quelques Grammairiens, & entre autres Donat, ont dit, que le nom Vxor est venu ab vngendis postibus, & Polydore Virgile vnde ab vngendo dicta quasi voxor. En apres on presentoit à l’es pousée à la porte, de l’eau & du feu, qu’on luy faisoit toucher, dequoy fait mention le Iurisconsulte Sceuouole l. penult. ff. don. int. virum & vx.
L'eau & le feu pre senté à l'e pousée à la porte.
Sexte Pompée en baille la raison:la nouuelle mariée (dit-il) estoit arrousée d’eau, pour dire quelle vint chaste & pure vers le mary, ou qu’elle participa auec lui de l’eau & du feu, elemens principaux, sans lesquels la creation de l’homme ne peut cõsister. D’où il plaist à aucuns d’inferer, que la fẽme porte le feu & l’eau. A la Panurgique17 il y a icy beau moyen de pantagruëliser18, toutesfois ils modifient leur dire que la femme ait le feu pour esmouuoir l’appetit charnel au mary, & l’eau pour l’estaindre. Voila pourquoy Varrõ dit, qu’il y a deux causes de la naissance de l’hõme, l’eau & le feu, que partãt elles estoient opposées aux nopces sur le sueuil, qui accouple. De faict l’homme est le feu, par-ce que Venus prend de luy la semence & la femme est l’eau, par-ce que Venus prẽd de son humeur, & leur conionction l’enfant. Quant tout est dict lors que l’humeur & la chaleur sont ensemble temperez, toutes choses prennent commencement d’iceluy : Car quoy que le feu soit repugnant à l’eau, si est-ce que la vapeur humide cree toutes choses, & est leur accord mes-accordãt propre à toute generatiõ : l’vn d’eux est comme elemẽt masculin, l’autre comme feminin, l’vn est actif, l’autre passif. C’est pourquoy anciennemẽt fut ordõné, que les alliances nuptiales fussent bouclées, ratifiées & asseurées par sermens, faits solennellement sur le feu & l’eau, pource que tous animaux reçoyuent corps & ame par chaleur & humeur en leur generation, & que par eux ils viuent: car comme tout animal est composé de corps & d’ame la matiere du corps consiste en humeur, & celle de l’ame en chaleur. Ce qui appert par les œufs des oyseaux, lesquels pour cause des grosses humeurs dont ils sont pleins ne peuuẽt estre reduicts en corps, & les corps ne peuuent auoir ame, si la chaleur ne fait son operation. De ma part i’estimerois, qu’il n’y auroit pas grand inconuenient de faire rapport de l’interdit de l’eau & du feu auec la solemnité matrimoniale, d’autant que le mariage est celuy, qui rend immortelle l’espece humaine, & l’interdict met hors du rang des hommes celuy, sur lequel il est deschargé. Outre plus l’espousée n’entroit point de ses pieds à la maison du mary, mais y estoit portee comme si elle eut voulu tesmoigner qu’elle n’alloit de son gré, mais par force au lieu, où elle deuoit perdre sa virginité. L’espousée entrant à la maison sur le seuil du premier huis appelloit Caie Cecilie ou Tanaquil, femme de Tarquin Priscus, Roy des Romains, pour mõstrer qu’elle sçauoit qu’elle entroit en vn train, ou il falloit qu’elle suiuit la piste de ceste sage & vertueuse Princesse. Puis on la vous despoüilloit de ses autres paremẽs, & luy mettoit-on à costé sa quenouïlle & son fuseau. Sur tout les Romains estoyent fort scru Les Romains ne se marioient au mois de May. puleux de ne se marier au moys de May, le reputans infortuné pour les nopces, d’où est venu ce prouerbe Ancien, espluché par le docte Erasme en la premiere Chiliade de sa centurie quatriesme Mense maio nubunt malæ. Au mois de May les mauuaises se marient. Il y en a encores pour le iourd’huy, qui superstitieusement & à la Payenne font scrupule de se marier à tel moys & ce (diẽtils) pour estre exempts de ialousie, & n’entrer en mauuais & mal-heuré mesnage. Or des que le consentement des parties y est le mariage est arresté, quoy que de faict il ne soit Puissance maritale entre les Romains. consommé. Depuis la consommation du mariage la femme est soubs la puissance du mary, s’il n’est esclaue ou enfant de famille : car en ce cas, la femme, qui a espousé vn enfant de famille, est sous la puissance du beau-pere, aussi bien, que l’homme libre se mariant est en la puissance d’autruy, s’il va demeurer en la maison du beaupere, bien qu’ẽ tou tes autres choses il iouysse de ses droicts & libertés. Et encores que la loy de nature veuïlle, que chascun soit maistre en sa maison, comme dit Homere, afin qu’il puisse dõner loy à sa famille, toutes-fois les loix Romaines veulent, que la fille mariée, & menée en la maison du mary, si elle n’est emancipée du Pere, ne soit point subiette au mary, ains au Pere, la puissance du mary sur la femme par la loy de Romule estoit telle, que non seulement le mary auoit tout commandement sur la femme, ains aussi pouuoir de la faire mourir sans forme ny figure de proces, en quatre cas, c’est à sçauoir pour adulteres, pour auoir supposé vn enfant, pour auoir des fausses clefs & pour auoir beu du vin, qui n’estoit point seulemẽt la coustume des Romains, ains aussi Theophraste escrit, que les anciens habitans de Marseille en Prouence20 & les Milesiens vsoyent de mesmes loy contre les femmes, qui auoyẽt beu du vin : iugeãs,que les appetits desreiglés de la fem me subjette au vin, la feroyent aussi tost yurongne & puis adultere. Aussi trouuons nous que la puissance donnée au mary par la loy de Romule de faire mourir sa fẽme, pour cause d’adultere sans authorité du magistrat, estoit toute commune à la Grece,aussi bien comme aux Romains, car la loy Iulia, qui permet seulement au pere de tuer sa fille auec l’adultere, trouués sur le faict, & non autrement, a esté faicte par Auguste sept cens ans apres la loy de Romule. Depuis l’Emperiere Theodora, aiant toute puissance sur l’Empereur Iustinien, fit toutes les loix, qu’elle peut à l’auantage des femmes,& entre autres mua la peine, de mort en vne peine d’infamie, comme aussi anciennement les Atheniens, excommunians les adulteres, auec note d’infamie. Et autres crimes, qui touchent plus le mary, que le public, & qui ne meritent point la mort tous sont d’accord, que le mary a puissance de chastier moderement sa femme. Et afin que les maris n’abusassent de la puissance que la loy leur donnoit sur les femmes, elles auoyent contre le mary action en cas de mauuais traictement ou de mauuaises mœurs: Ie pousserois plus outre ce discours, ensemble sur les diuorces & infractions de mariages, comme aussi soit l’authorité & puissance paternelle, s’il n’y auoit vn assez bon nombre de plumes delicattes, qui ont passé sur ce sujet, & peuuent me releuer d’vne prolixité, ou ie pourroix à mon biẽ grand regret entrer. Suffira si sur la fin de ce chapit. i’aduertis le liseur que n’a pas tenu à ce sale Bouc de paillardises Helioga- Touchãt la communion des femmes. bale que la cõmunion des femmes n’ait esté introduicte entre les Romains . De faict nous voyons en la harangue qu’on luy faict tenir à ses putains la promesse qu’il se faict de faire vne loy par laquelle il rendroit les femmes communes, se donnãt à entẽdre par ces desraisõnées raisõs que il feroit vn grãd biẽ,profit & plaisir tant à la Republique laquelle par ce moyẽ s’accroistroit qu’aux particuliers qui en receuroient vn singulier contentement : car ( disoit-il) ne sera ce pas vn grand gain pour vn estalon qui sera laissé ou tenu en relais qu’on en reçoiue cent mil.Quel plus grãd plaisir pourroit auoir que n’estre subjet à la rigueur à la loy & pouuoir viure à discretion & au gré de nos affections? On n’entendra plus les plaintes des riottes, noises, fascheries, groins & mauuais mesnage dont à tout propos les familles Romaines estoyent troublees par faute qu’encores que les humeurs du mary & de la femme simbolisassent d’vne harmonieuse sympathie, si failloit il que les mariages demourassent fermes. La communiõ & meslange des femmes coupera broche à tout cela d’autant que le lien de conionction ne tiendra qu’entant que tous deux s’agreeront par ensemble. N’estoit-ce pas bien discouru? comme si la multiplication ne deuoit estre reiglee au niueau des loix. Ie laisse l’impudique salacité de ce vilain que mesuroit vn chascun son aulne. Mais ce qu’il allegue sur les incommoditez du mariage pour les discordes des maris & femmes a d’abordee quelque apparence : (Et pleust à Dieu,que l’espreuue n’é fu en ces temps par trop coustumiere) toutesfois au fonds est fort fresle & mince,attendu que pour le mal qui est perpetré au preiudice du bien, n’est la raison que l’on retranche le bien.En apres la meslange des femmes ne dissiperoit pas le brouïllis de ces quereles. Icy n’est à oublier, que au rebours de nostre practique les Romains permettoient les nopces des vefues aux iours chommables, & vouloient, que celles des filles se fissent seulemẽt aux iours ouuriers, pour monstrer que c’estoit vne tache, de laquelle on ne se pouuoit ac quitter aux festes, l’effort du depucelement estoit par trop grand.
Nopces de pucelles & de vefues.
Ioint qu’il estoit bien,permis de rẽplir les fosses anciennes és iours de festes, mais non pas en faire de nouuelles.

Les Babyloniens. Chap. II.

SI oncques y eut peuple qui se baigna en delices, çà esté le Babylonien, dont l’Escriture Saincte dresse plainte fort souuent. Ie laisse les exces des Roys, qui y ont commandé, aymant mieux renuoyer le liseur, à ce qu’en a escrit le prophete Daniel, que de rafraischir de nouueau la plaie de l’outrecuidé Balthasar. La delicatesse & effemination de ce peuple estoit si grande, que iamais vn Babylonien ne sortoit en ruë qu’il ne fut paré, attissé & parfumé, comme vne courtisanne, & qu’õ ne sentit le musc tout le long de la ruë par laquelle il passoit, & afin de se monstrer plus gentil, chascun de Mignardise & somptuosité des Babiloniens. eux portoit vn anneau au doigt,auquel estoit ou son nom ou ses armoiries, d’autant qu’il leur seruoit de cachet, ainsi que le temps passé en vsoient toutes nations : chascun encor auoit en main vn sceptre ou masse Royale,elabouree gentiment & auec industrie, à la creste de laquelle faloit, que fissent mettre ou quelque põme ou vne fleur de lys, ou vne rose ou vne Aigle, ou quelque autre deuise. Bref c’estoit la na Filles Babiloniennes exposées, à l’encãt. tion la plus mignarde & popine, qu’on eut sceu penser. Pour leurs loix on les a quelques-fois prisé, & sur tout pour vne, qui visoit aux mariages, laquelle on tient estre ores practiquee ou bien peu s’en faut (ainsi qu’on me fait entẽdre) à Venise, portans que les filles pucelles estãs en aage & prestes à estre mariées ou parti seroit offert, estoient assemblées & conduites en plein marché, ou entourées d’vne grande troupe d’hommes, le crieur public les mettoit à l’encant & dernier encherisseur. Or les premieres estoyent les plus belles, lesquelles estoyent achetées par les plus riches, mais le simple peuple, n’aiant dequoy fournir à cest appointemẽt, espousoit les plus laides, qui estoient necessitées d’acheter leurs maris, & falloit que l’argent tiré de l'achapt des belles seruit pour trouuer party à celles qui estoient laides, & les achepteurs estoyent obligez d’auoir des pleiges auant qu’on leur deliura la marchandise. Et d’autant qu’il y auoit eu de la part des femmes plainte dressée de mauuais traictement, & de ce qu’on les emmenoit hors de Babylone, fut faite loy, qu’il ne seroit plus loisible à homme de mal-mener ou tourmenter sa femme, ny de la tirer hors de la cité, à cause que plusieurs, estãs appauuris, ne faisoiẽt conscience de vẽdre leurs filles aux estrangers, & les leur donner, pour en abuser à leur fantaisie de tant que ceste loi estoit hõneste, charitable & à reputer, il y en auoit vne autre qui Prostitu tion execrable de femmes Babyloniennes. estoit horriblemẽt abominable, par laquelle toutes les Dames de Babylone furent iadis obligées comme nous apprennent Strabon au liure seisiesme de sa Geographie & Celie Rhodigin au liure huict chap. vnze de s’aller offrir au temple de Venus vne fois en leur vie & là s’exposer & prostituer à toute sorte d’estrangers, qui viẽdroyent les prier d’amourettes,lesquels les retiroyent à l’escart du temple, puis leurs descouurans leur cuisses mettoiẽt sur leur genoux l’argent qu’il auoyent deliberé leur donner pour le gain de leur corps, apres entroyent en besongne, ou bien apres auoir abusé d’elles, leur mettoyent dãs le sein, ce qu’ils vouloyent pour le salaire de leur turpitude, & ny auoit pas vne d’entre elles qui osast auoir refusé celuy qui la requerroit & moins le present, qu'il luy dõnoit, à cause que le proffit en reuenoit non à elle, ains au temple de la Deesse: & ne pouuoit s’en retourner en sa maison sans coup ferir & sans receuoir quelque cas de celuy à qui elle auoit affaire. De mes Prostitu tion des Dames Cypriottes & au tres. mes aueuglement estoyent frapées les Dames Cypriotes, qui s’estoyent laissé manier fort à l’aise à leur compatriote Venus, laquelle pour couurir ses lubricitez, ouurit la premiere l’escole de paillardise, & permit aux femmes & à ses subiects de se veautrer sans punition à tout plaisir de paillardise. Ce fut des ordonnances de ceste courtisãne, que sortit la loy abominable, par laquelle il failloit, que les filles à marier se prostituassẽt aux estrangers, & que du prix de leur chasteté elles acheptessent celuy qui les viendroit à prendre pour espouses. Telle lubricité a esté ( cõme i’ay touché au chapitre destiné au Canadeens) aussi practiquée en Canada & Saguen, & à zele en Capadoce: ou en l’hõneur de la Deesse Anaililide23 on dedioit les filles vierges, & les plus belles & excellentes, qu’ils pouuoyent choisir, pour les prostituer au temple voüé à ceste infame Deesse, & apres que lõguemẽt elles y auoyent couru l'esguillette on les marioit, si bien que ceux, qui les espousoyent, les prenoyent ioyeusement & s’estimoyent bien-heureux d’auoir des femmes sacrees à vne si puissante Deesse. En France, Italie, Espaigne & ailleurs, par la grace de Dieu les noms de ces Deesses impu diques sont effaces, au moins l’Idolatrie en est retranchée, mais, helas! & combien de milliers de filles, & femmes pourroit on y compter, qui tiennent maison ouuerte à tous allans & tous venans, moyennant que la bourse treselle. Pour retourner en Assirie vers nos Dames Babyloniennes, l’idolatrie les auoit tellement surfantés, que nous trouuons qu’en la huictiesme & derniere tour du temple on voyoit vne chappelle où estoit appresté vn beau lict fort magnifiquemẽt paré, & deuant iceluy vne table d’or, sans que la dedãs y eut ny statuë ny simulachre quelcõque & que pas vn homme y coucha:seulement y demeuroit vne fẽme telle qu’il plaisoit à ce Dieu de choisir d’entre les citoyennes de la ville, car ainsi le faisoyent accroire les Chaldéens, qui auoient charge de ce temple, à cause que le Dieu, venoit de nuict, & s’alloit reposer en ceste belle couche. Ie vous laisse à penser quel Dieu, c’estoit & si la femme ne le sentoit pas autre que de condition spirituelle.24

Les Persans. Chapitre. III.

ON prise les Persans, pour vne generosité, vaillance, gaillardise, bonté & courtoisie, dont ils estoyẽt accompagnés, mesmes pour plusieurs belles loix, qui estoyent establies entre eux, si ont ils esté esclopés en beaucoup de leurs manieres de viure: ce que ie puis verifier sur le champ,sans ietter ma veuë autre part que sur leurs mariages. De Pluralité de femmes, & le réglemẽt entre elles. faict ils espousoyent plusieurs femmes, & outre icelles auoyent encores vn grand haraz de concubine, à cause que les plus honorées d’entre eux estoiẽt ceux, qui auoyẽt le plus d’ẽfans & tãt plus vn hõme en estoit chargé, & pouuoit fournir des siẽs à la guerre de tãt estoit il reconeu par le Roy, qui tous les ans luy enuoioit des presens, en signe de faueur, & pour la recompẽse du seruice faict à la Republique: Les fẽmes, pour n’auoir ialousie auoyẽt leur rang, pour aller coucher auec leur mary, de sor te que presque ils ne pouuoiẽt leur oster ce priuilege, quand bien il eut aimé l’vne plus que l’autre de sorte que les Persans entre-my ces femmes estoyent comme vn coq auec ses poulles. En quoy nous deuons recognoistre l’astuce de Sathan, qui sous le mãteau de proffiter au public faict glisser la polygamie, & pluralité de femmes, comme aussi le cõcubinage. Pourtant ne sont excusables les Persans, qui pouuoyent produire vne belle engeance, sans entrer en telles alteres. Les Romains ont Romains quoy que soigneux de multiplier lignee,n’õt entẽdu à la pluralité des femmes. esté beaucoup plus aduisés, qui n’õt point voulu faire voye à ce flot de pluralité de femmes & neantmoins on sçait, qu’ils ont esté autant amoureux de repeupler leur Empire de citoyens, que sçauroyent auoir esté les Persans. De faict les loix Iulies, qu’on nomme caducaires, estoyent expressément bandées alencontre de ceux lesquels ou mesprisoyent le mariage ou ne produisoyent lignée à la Republique: en aprés quels beaux priuileges, quelles immuni tés & prerogatiues ont eu les peres fecõds en lignées? Voyre que maintes fois on a fait bresche à la rigueur du droict pour soulager ceux qui accroissoyent le peuple Romain. Et y a biẽ plus, que tout ce qui pouuoit nuire ou preiudicier à la propa gation des enfans, ils l’ont tetranché, iusques à là, qu’encores que les maistres & Seigneurs eussent puissance de vie & de mort sur leurs esclaues, si leur a esté faite expresse inhibition & defence de les chastrer ou faire chastrer quoy que veritablemẽt on sceut qu’vn esclaue hõgre & deschargé des boulets perisomatiques estoit d’auantage prisé que celuy qui estoit entier. On a biẽ passé plus outre, d’autant, qu’ẽcore que le veufuage fut fort à recõmander, pour n’encourir aux peines imposées à celles, qui se remariroyent, si est-ce que les Empereurs ont brisé les liens, par lesquels le deffunct mary pourroit auoir obligé sa vefue n’aspirer à secondes nopçes. Ie sçay biẽ que l’Empereur en allegue vne autre raison,à sçauoir la fragilité du sexe feminin, qui est bien telle, que il est fort mal-aysé à la femme, qui aura faict vne telle promesse de ne franchir le sault de ce sermẽt. Quãt Touchãt le concubinage. au concubinage on ne peut dire, qu’il n’ait aussi biẽ lieu entre les Romains, voire qu’il a esté séparé d’auec la paillardise : mais sur la fin il a esté reietté, ou plustost permis par contraincte, mais non point à gens mariés, & par le droict Canon defendu au Prestres. Or encores que ceste pluralité de femmes & concubinage soit à condamner,est bien plus detestable l’impieté, de laquelle Agathie liure second les attache : Inceste des Persans. car non seulement ils ne font aucune conscience de s’accoupler charnellement auec leurs cousines germaines & propres sœurs,ains,ô forfait execrable!les peres se mesloyẽt impudiquement auec leurs filles, & ce qui est le plus abominable, ô nature violée, & vous ô loix aneanties les enfans ne se soucioyent de coucher lasciuement auec leurs meres. Toutes-fois le mesme autheur dict, que les Anciens Persans n’auoyent point ceste maudite coustume, ains qu’Artaxerxe fils de Darie, sentant que sa mere Parisatide ( imitant Semiramis) qui solicita son fils Nine de l’accoler, l’aiguillonnoit à se ioindre auec elle seulement la repoussa auec vn grand desdaing, & extreme colere à cause ( dictil ) que c’estoit contre la loy & coustumes du pays, & que ceste façon de faire n’estoit receuë entre les hommes. Encores sont biẽ plus brutaux & dénaturés les gentils-hommes Circas-
Incestes detestables des Circasses
ses peuple Asiatique en la Sarmatie, qui quand quelcun a messaict n’ont d’autres bourreaux que les payens mesmes, & le plus souuent le frere iusticie son propre frere, apres cest inhumain massacre il s’en va la nuit, apres coucher auec la fẽme du defunct,sa belle sœur. Quant tout est dit,il semble que ces Circassiẽs soiẽt plustost bestes qu’hommes & de ma part ie les iugerois tels, si ie ne trouuois qu’ils sont fort religieux à gar Circas- siens trop courtois enuers leurs hostes. der l’hospitalité, & tellement courtois enuers leurs hostes, que de leur laisser leurs filles auec eux, & souffrir, qu’ils les manient de la teste iusques aux pieds,sauf toutes-fois iusqu’à preiudice de la pudicité,tellement que lors que l’hoste est couché ces filles le nettoyent, à cause que ce païs est fort subiet aux puces & à telle vermine. Au reste ils sont si Estrange depucellemẽt des filles Circasienes. barbares qu’aux obseques de grãds Seigneurs ils prennent vne fille de douze à quatorze ans,qu’ils font asseoir sur la peau d’vn bœuf nouuellemẽt occis, & l’estendẽt sur le poil de ceste peau par terre, en presence de tous les hommes & les femmes: lors le plus hardy & gaillard des ieunes gentils-hommes, là presens, se couurant de son manteau de feutre se met en effort de depuceler ceste fille, & aduient souuent qu’auant qu’elle soit depucellée, faisant resistence,elle aura rendu recrus trois, quatre ou d’auantage des plus gaillards de la trouppe s’essayans à telle luite si deshonneste, & à la fin on la gaigne & surmonte, auec promesse de la prẽdre pour espouse. Ayãt gagné le pris,celuy qui la violée se leue & fait parade de sõ outil tout saigneux des despouilles de la fille & les femmes tournent la face ailleurs quoy que non sans rire, prenãt plaisir au deduit infame d’vne pire que payenne sepulture.

Les Tartares. Chap. IIII.

COmme le naturel des Tartares est brusque, estrãge & sauuage, leurs façons de faire barbares, & hors d’humanité, ils sont aussi mal ordonnez & desreiglez pour le faict de leurs mariages. Sur tout se baignent-ils à la cruauté, & se donnent licence de sauuer celles des Tartares vilains à leur paillardise. femmes,qui leur semblerõt les plus belles & les plus ieunes, desquelles ils abusent à leur fantaisie, & les cõtraignent de seruir à leur vilaine & detestable paillardise, auec la plus grande misere qu’homme sçauroit imaginer : aussi ce peuple est le plus infect & sale, en matiere de paillarder, qu’autre que la terre porte, d’au tant que, jaçoit qu’il luy soit loisible d’espouser tout autant de femmes que bon luy semble, & cõme il peut nourrir, & sans aucun respect des degrez de consanguinité, sauf que de la mere, de la fille, & de la sœur: si est-ce, qu’ẽcore il s’accouple & aux masles, & aux bestes mesmes. Au reste espousãs vne femme, elle ne sera tenuë pour leur espouse, iusqu’à tãt qu’elle leur ait porté des enfans, à ceste cause, ils repudient celles, qui sont brehaignes & steriles, & en prẽnẽt d’autres, sans qu’õ voye aucune partialité ny querelle entre tant de femmes, encor’ que le mary caresse & fauorise plustost vne que les autres : mais cela aduient pour-ce que chascune a son mesnage à part, & vit en fort grande & merueilleuse chasteté, & estãs aussi hõnestes que leur marys, sont debordez en toutes sortes de vilainies : Et cecy nõ que na turellement elles ne paillardassent d’aussi bõ cœur que les hõmes, ains pource que par la loy, il y va de la mort, s’il est prouué, que soit hõme ou femme, soit attainct d’adultere, neãtmoins les hõmes y ont plus grãd priuilege,se mariãs à tãt de femmes qu’il leur plaist, là où il n’est ainsi des femmes, qui faut que demeurẽt là à la discretiõ du mary, fauorisee ou rejettee. Entre autres deuoirs de leur charge, est cestuy-cy, qu’elles s’entremettẽt à la purgatiõ des familles, par le feu,à sçauoir,quãd par necessité quelqu'vn a esté cõtraint d’y passer, car de guet à pend, il n’y a que la mort pour recõpense. Or voicy cõ Femmes Tartares emploiees à la purgatiõ des familles. me les Tartares purifient leur loges. Ils font du feu en deux lieux esloignez trois pas l’vn de l'autre, entre lesquels dressent deux lances, prés chaque feu vne, & attachẽt vne cordelette, qui va de l’vne à l’autre & est attacheé aux deux : ce qui doit estre purgé, faut qu’il passe sous ceste corde: & cepẽdãt il a deux femmes, à chacun costé de ce feu arrou sans d’eau ce qui passe sous la corde & marmonans ne sçay quels suffrages sortis de leurs Necromãtiẽs, & Bachsi25, lesquels elles pẽsẽt pouuoir seruir à cest effet. Les dames,qui sõt Accoustremens des DamesTartares. mariees, ont vne certaine coiffure, faite tout ainsi qu’vn panier tout rõd ayãt pied & demy de haut,& applany comme le cul d’vn muyd sus le bout : ceste coiffure est de soie de diuerses couleurs,& embellie de plusieurs plumages, & encor’ enrichie de pierrerie & ioyaux d’or, selon la richesse de la Dame: aussi les grãdes & les riches se vestent d’escarlatte, & de soye, & de mesme parure que font leurs marys: leurs robes sõt faictes d’vne estrãge façon : car elles sont fendues au costé gauche, & par là, & les hõmes & femmes les vestẽt & despouillẽt, & les attachẽt auec cinq ou six boutons. En esté ils se vestent ordinairement de noir, en hiuer & lors qu’il pleut, de blãc: leurs habits ne leur descẽdẽt point plus bas que les genous, aussi ne sçauroit-on discerner les hommes d’auec les fem mes, que de la coiffure, ny les filles des femmes mariees, car leur vestement est semblable, & tous portẽt des hauts de chausses, & gregesque26 bien bordees & passementees chacun selõ sa portee. Ie lairay leurs ceremonies, qu’ils obseruent au sacre de leur Roy, & à deduire comment ils donnẽt à leur Roy, celle des femmes qu’il aime le mieux, & tous deux ensemble sont haussez dedans vn feutte, & proclamez Roy & Royne des Tartares : il vaut mieux que ie vous propose leur sotte coustume, dõt nous aduertit Marc Paul Venitiẽ, laquelle touche à nos mariages.
Sots mariages des morts, que font les Tartares.
Quãt il y a deux hommes, l’vn desquels a vn fils, l’autre vne fille, & qu’ils les ont fiancez ensemble, & qu’il aduient que fils & fille viẽnent à mourir, ne laissant point d’en faire les nopçes, car ils donnent la fille morte, au garson decedé, & cecy en telle maniere. Ils font peindre des esclaues, des cheuaux & des bestes: de toutes sortes d’habits, de deniers, ioyaux, bagues & toutes especes de meubles puis font passer le cõtrac de mariage, lequel approuué par le parens de tous les deux costez, on faict brusler tout ce que dessus, disãs que la fumee, qu’ils font, est portee à leurs enfans, en l’autre mõde, lesquels s’espousent là par effet, ainsi que ça bas ils en ont faict la ceremonie: & les parẽs des morts se tiennent plus vrayement aliez, & s’entre-aiment & frequentent tout ains que si leurs enfans fussent en vie, & le mariage eust esté accõply: Icy n Courtisannes Tartares faut oublier que le Cham de Tartarie27 retire grands deniers des courtisanes, qui sont à la suitte de sa cour, mais il y a vne loy telle, que le Roy estant en quelque Ville que ce soit il n’est permis à femme, telle qui face l’amour ( si ce n’est secrettemẽt) de se tenir dedãs les Villes, ains on leurs logis aux faux-bourgs, & là les va visiter qui veut. Aux fauxbourgs de Cambalu ( qui est l’vne des principalles Villes du pays Cathaien ) il y en a vn beau escadron, tel qu’aucuns en font compte de vingt-cinq mil, qui s’exposent au plus offrant, & vendẽt leur paillarde chair, à ceux qui mieux les payẽt. Or ces femmes ont vn Capitaine general, puis des chefs sur chacun millier, & sur chacune cẽtaine lesquels tous faut que dependent de ce General. La cause pour laquelle il est dit,qu’il faut que ces femmes ayent ainsi vn chef, est, d’autãt que toutes les fois que quelques Ambassadeurs sont enuoyez au grand Cham28, pour les affaires d’iceluy Seigneur, & qu’ils sont là à ses despens on les traicte fort somptueusemẽt, & faut que le Capitaine leur face chete entiere, & leur donne, & table & lict garny, en donnant toutes les nuicts, vne de ces Dames, à cest Ambassadeur, & autãt à chacun de sa suitte, sans que ceux-cy soyẽt tenus de rien leur donner : car c’est tribut que ces femmes doiuent à leur Prince. Aucuns assez hardimẽt se sont essayez tirer la source & l’establissemẽt de tels bourdeaux d’vne coustume qui est ramentuë par
Punition d’adultere entre les Rom. & autres peuples.
Socrates, en son histoire Ecclesiastique, liure cinquisme,Chapitre dix-huictiesme,où il nous apprend que les Romains, si vne femme estoit surprise en adultere, ne corrigeoyent point le forfaict, mais par vn adioustement & accroist de peché punissoyẽt celle qui auoit meffaict. De faict ils la contraignoyent de paillarder effrontément, en vn estroict bourdeau, & cepẽdant que s’exploitoit ceste sale & deshonneste execution, on faisoit sonner les cloches à double carillon, à fin que ceux qui estoyent là, fussent aduertis des coups, qui se donnoyent, & que par le retentissemẽt de ces cloches,ce vergongneux chastimẽt fut descouuert & manifesté à vn chacun. On appelloit ces lieux destinez à telles operations, Sistra, lesquels, ainsi que la remarque le mesme Historien, furẽt destruits & abbatus par l’Empereur Theodose. Quoy que soit, il y a bien à dire des vns aux autres, ainsi que le lisans pourrez bien aisémẽt apperceuoir. Or puis qu’icy nous sommes entrés sur le propos touchãt les peines de l’adultere, ie suis bien contant de m’y estendre vn peu au long. Aucuns peuples l’ont puny de mort. Par la loy de Moyse on lapidoit l’adultere, & auparauãt icelle il estoit bruslé,comme il est aisé à recueillir du 38. chap. de Genese. Heraclides en son liure des polices, faict mentiõ d’vn Roy nõmé Tennes,lequel ordõna aux tenediẽs29, que les adulteres seroient departis en deux auec vne hache & fit espreuue d’vne telle & si seuere ordonnãce sur son propre fils. Pource en sa monnoye il fist engrauer vne hache d’vn costé, & de l’autre deux visages penchans d’vn mesme chef. Les Ægyptiens bailloient mil coups sur celuy, qui estoit surpris en adultere, on couppoit le nez à la femme. Diodore le Sicilien adiouste bien d’auãtage au premier liure de sa Bibliotheque que le plus souuent on chastioit l’homme adultere. Les Siciliens ont practiqué la mesme rigueur alendroit des fem mes adulteres, qu’ont fait les Ægyptiens, & quant aux hommes Valere le grand nous apprend au premier chapitre du sixiesme liure que les Romains ont esté aussi seueres que les Ægyptiens, de faict, que Bibienus trancha les genitoires à Carbo, Actienus & Puble Ceruius à Põtius.30 Zaleucus31 tint forte bride contre les adulteres de Locres, ausquels, pour punition, il ordonna, qu’on creuat les deux yeux: supplice duquel luymesme ne sceut se garantir, car cõme son fils eut esté surpris en adultere, & qu’il vit, que pour le respect de luy,toute la cité n’en fit autremẽt instance, luy mesmes insista, à ce que ce messait ne demeurast impuny. En fin gaigné par les prieres du peuple, luy mesmes se fit creuer vn œil & vn autre à son fils ainsi que Valere remarque en son discours touchant la iustice & Ælian au treziesme liure var. histor. Les Lepreens menoient liés & garottez a l’entour de la cité ceux lesquels ils auoient surpris en adultere, puis le reste de leur vie les tenoient pour infames & contemptibles. Et quant aux femmes adulteres on les contraignoit de demourer vnze iour entiers toutes découuertes en public, seulemẽt estoyent affublees d’vn simple & fort delié vestement. Entre les Atheniens il estoit interdit aux femmes adulteres d’entrer aux temples, que si aucune s’estoit hazardée d’y auancer le pas, il estoit loisible à vn chascun de luy faire tel affront qu’il eut voulu, sur tout luy estoit defẽdu de la tuer de peur que (comme tesmoigne Demosthene en l’oraison contre Neera ) la peine de son ignominie ne print si tost fin. L’hõme adultere surpris sur le faict pouuoir estre occis par le mari sãs recerche. Voire que par la loi de Solõ (au rapport de Plut. en la vie d’iceluy32) il y auoit peine de dix ou vingt drachmes sur celuy qui honissoit la pudicité d’vne femme. A ce propos est fort remarquable le chastimẽt que, selon Suidas, fit Hippomenes, Prince d’Athe nes, de Limone sa fille, laquelle il a uoit eu d’Athalẽte. L’ayãt trouué en adultere l’enferma auec vn cheual, lequel n’ayant aucune pasture prit sa repeuë, & se rua sur elle. L’adultere fut trainé par des cheuaux par le pays Attique iusques à ce que son corps fut desmembré & escartelé. Les Laciades ou Placiades (qui sont peuples de l’Attique) prenoient des raifforts du pays, gros au possibles, où, à faute d’iceux, des gros coins de bois, & les mettoient deuant les parties honteuses des adulteres. Ce que Lucian en la vie du philosophe Peregrin veut auoir aussi esté obserué en Armenie. L’historien Tacite recite, que les Alemans rasoient les cheueux de leurs femmes adulteres deuant leurs voisins, puis les chassoient toutes nuës & les menoient par la ruë à grands coups de verges. Les Cumeãs faisoiẽt monter sur vne haute pierre la fẽme adultere, d’où, apres qu’elle y auoit demeuré quelque tẽps, non sans grande risée d’vn chascun, on la descendoit, puis on lui faisoit cheuaucher l’asne par tou te la bourgade: de mesmes qu’au rapport de Stobee serm. 42. les Pisides promenoiẽt par quelques iours les deux adulteres sur vn asne. Salethe Seigneur des Crotoniates fit vne ordonnance contre les adulteres qu’õ les brusleroit tous vifs. Et partant, ayant pollué la couche de son frere, comme il vit que les citoyens vouloyent rabatre & addoucire ceste peine & les cõdamner seulemẽt au bannissement, luy mesmes s’eslãça dãs vn feu, comme escrit Lucian en vne apologie. Ie ne poursuiuray point plus outre les autres peines de l’adultere, crainte que i’ay, qu’on ne die, que ie me play à dresser icy vne contremire des punitions auec l’impunité receuë en nostre France, où cest enorme forfait, tant s’en faut qu’il soit reprimé ou puny qu’au cõtraire (& de ce le Docteur Io. Faber. §. Item lex Iulia.Iustit, de pub. iud. nous en fait reproche) il est mis au nombre des actes ingenieux.

Les Chiots. Chap. V.

LA maluoisie qui fertilise le los de l’Isle de Chiots, voire qu’ẽ ce elle ne luy permet rien quitter à celle de Candie, eschauffe pareillement les humeurs des habitans, sur tout pour l’exploit qui se rapporte à nostre discours. Il y en a qui passent bien plus outre & maintiẽnent qu’encores que la maluoisie Chioise ne soit point si furibonde que la Cãdiotte33, ce neantmoins elle esceruelle les pauures Chiots, de sorte qu’ils n’ont point le cœur viril & courageux, voire qu’il se baisse au dessous de celuy des femmes, qui, si nous croyons à certains escriuains, tiennẽt le rang des coqs.
Femmes de Chios courageu ses.
Outre l’experience ordinaire ils employent ce qui est couché par Plutarque que traicté qu’il a fait des vertueux faicts des Dames en ceste sorte. Ceux de Chio fonderent ia dis la ville de Leuconie par vne telle occasion. Vn ieune gentil hõme des meilleures maisons de Chio s’estoit marié & comme on luy menoit sa femme en sa maison sur vn chariot, le Roy Hipoclus, qui estoit amy & famillier du marié & auoit assisté aux espousailles comme les autres, où l’on auoit bien beu, bien ry & fait encores meilleure chere, sauta sur le chariot, où estoit la mariée non pour y faire aucune violence ny villainie, mais seulement pour se ioüer, comme la coustume estoit en telle Feste : Toutes-fois les amis du marié, ne le prenans pas de ceste façon le tuërent sur la place : A raison duquel homicide s’estans monstrés à ceux de Chio plusieurs signes manifestes de l’ire & courroux des Dieux & ayant l’oracle d’apollon respondu,que pour l’appaiser il failloit qu’ils tuassent ceux qui auoiẽt occis Hippoclus : Ils respondirent que c’estoient tous ceux de la ville qui l’auoiẽt tué. Dieu leur commanda qu’ils eussent donques tous a sortir de la ville de Chio, si tous estoient participãs de ce meurtre : ainsi meirẽt ils hors de leur ville ceux, qui estoient Autheurs ou aucunement participans de ce crime, qui n’estoient pas en petit nõbre ny gens de petite qualité, & les enuoierẽt habiter en la ville de leuconie qu’ils auoient auparauant ostee & conquise sur les Coroniens à l’aide des Erythreiẽs:mais depuis guerre s’estant esmeuë entre eux & les Erythreiẽs, qui estoiẽt pour lors le plus puisãt peuple de tout le pays d’Ionie, & les Erythreiens les estans venus assaillir auec armee,ils firent composition par laquelle il leur estoit permis de sortir auec vne robe & vn saye tant seulement & nõ autre chose. Les femmes n’eurent pas plustost entendu ce beau appointement qu’à belles iniures se mirent à leur faire reproche s’ils auoient le cœur si lasche que quicter leurs armes & de s’en aller tous nuds au trauers de leurs ennemis. Et comme les maris leurs alleguas sent qu’ils auoyent iuré, elles les releuerent & dispenserent aysément de ce serment: si leur conseillerent, comment que ce fut n’abandõner point leurs armes, & leur dire, que la jaueline estoit la robe & le bouclier le saye à tout homme de bon cœur. Les Chiots les creurẽt & parlerent audacieusement aux Erythreiens en leur monstrant leurs armes, si bien que par leur audace ils les effrayerent & ny eut personne d’eux qui s’en osa approcher pour cuider les empescher, ains furent tous contans qu’ils se retirassent en tout tel equipage qu’ils voudroiẽt, moyennant qu’ils luy quittassent la place. Voyla doncques ces femmes qui ont remis la virilité au cœur de leurs maris & par mesmes moyen leur on sauué leur honneur qui s’ẽ alloit eclypsé par tout fetardise. Ne pensez pas que ce soit esté pour vne bouffée, car le mesme Historien nous apprẽd que long temps apres les femmes de Chio firent vn autre acte qui n’a cedé de rien, en vertu à celuy là lors que Philippus fils de Demetrïus tenant leur ville assiegée fit proclamer vn mandemẽt par ses heraus & vn cry merueilleusement hautain & barbare. Que les esclaues de la ville se rebellassent contre leurs maistres & se vinssent rendre à luy & qu’il leur donneroit liberté & si leur feroit espouser à chascun leurs maistresses femmes de leurs maistres. Que firent la dessus les femmes! Elles montent sur les murailles de la ville, & y porterent des pierres & des traits en priãt leurs hommes qui combattoient, d’auoir bon courage, & les admonestans de ne se lasser point de faire bien leur deuoir: Si bien qu’en faisant de faict & de parole ce qu’elles pouuoyent pour repousser l’ennemy, à la fin elles contraignirent Philippus de se leuer de deuant la ville sans rien faire. Telles considerations auec d’autres me font croire que les femmes à Chios tiennent le haut bout & que les bons Chios tout doucemẽt trainẽt le Balay. Pour cela ne laissẽt ils maintesfois a auoir la puce à l’au Chiots ialoux. reille & à tous coups les trouués frappez du mal de ialousie, tellemẽt craignent ils que la mer Ionique soit transformee en Ægee, & que malgré eux on les fit charger cornes. Ce la fait que le plus souuent elles sont mal menees d’autant que comme elles ont le cœur haut, elles dedaignent le commandément de leurs barons,sur tout quand il tend à brider ce qu’elles veulent estre remis à la discretion de leur bail, garde & gouuernement. Les pauures filles mesmes, sont tenuës fort subietes & n’oseroyent clinotter la veuë sur vn personnage quoy qu’elles luy fussent fort affectiõnees. Toutesfois le braisier qu’elles portẽt au dedãs d’el les fait de telles & si estrãges operations, qu’à tout coup on n’entend que d’embrasemens ou embrassemens faits par surprise volontaire pour raison des deux acouplez,mais inopinees & contre gré à ceux qui ont si grand peur que la bresche soit enfoncee. Ie me souuiens auoir leu en vn discours Italien dressé tou chant l’Isle de Chio qu’a la racine du mont Pethodes (lequel les Latins nomment du nõ d’anciẽne assiette) vous auez vne riuiere qui fait moudre plusieurs moulins : Au long duquel on voit vne tour anciẽne garnie de tres-espesses murailles, laquelle on nõme Tisichoris opirgos, qui est à dire la tour de la fille. D’icelle ceux du pays racõtẽt choses nõ pareilles:entre autres qu’autres fois il y eut vn Roy a Chio, lequel faisoit estat de faire vn voiage loingtain, auquel il ne pouuoit mener sa fille vnique dont il estoit en merueilleux esmoy, car si tost qu’il l’auoit perdu de veuë il se faisoit entendre qu’il y auoit quelcun aupres d’elle à crocheter sa serrure. De fait sa beauté estoit biẽ telle qu’elle ne pouuoit moins qu’elle ne dõnast vifue impressiõ à ceux qui eussent esté les plus refroidis, de l’aimer. Ce pauure pere, pour sceller & cadenacer ce qu’il tenoit si trestant cher & pretieux en sa fille, fit bastir ceste forte tour dans laquelle il la confina iusques à son retour. Faloit bien que la ialousie transporta bien ce pere assotté, que de faire languir si fort long temps ceste pauure fille. Mais quoy : c’est vn malheur du pays, que, cõme les femelles sont dangereuses au possible de la desserre, aussi ceux qui ont interest ou part à la medieté chargẽt incontinant martel inteste. L’habit & Habit & vestement de Chios. vestement des Dames de Chios est tel. Celles qui sont mariees portent en la teste vne coiffure faite en forme de Pyramide. Et entortillee au bout de la pointe,auec diuerses entrelasseures de rubans de taffetas ou autre telle ou plus pretieuse estoffe, attiffez de telle sorte qu’ils font vne couronne. Elles couurent leur visage d’vn voile, faict de la plus fine & subtile toile, qu’elles peuuent trouuer, Le port de leur teste est graue autant que faire se peut. Leurs robbes ne sont gueres longues tout expres, à celle fin qu’elles puissent faire monstre de leurs iambes bien chaussees & qu’elles sont tirees & guindees proprement, des escar pins blancs, dechiquetez & popins de tout ce qui se peut desirer. Les robbes sont de couleurs, & n’y a que les vefues qui chargent le noir. Elles sont bandées de velours fort large, leur deuantier d’vne toile fort deliée empesée & enrichie du plus exquis ouurage qui se peut auoir. Sur leurs coiffures elles portẽt des perles grosses, leur col est enrichyde plusieurs belles chaines d’or. Les filles & femmes non mariees au lieu de ce portent des scofions tissus & elabourés d’or & de soye, auec infinis fleurs par la teste: les vefues comme i’ay defia touché cy dessus, portent le noir & couurent leur teste d’vn gros voile de toile cruë. La celles qui portent le dueil de leur pere, mere, & parens, sont parées de blancs, mais leurs robbes sont comme les manteaux des nonnains Grecques. Ie ne veux pas icy particulariser toutes les singularitez qui s'obseruent aux nopçages de Chios, d’autant que ce ne seroit que redire ce que desia i’ay icy proposé touchant les ceremonies Latines, Grecques, & Turques attendu que dans Chios il y a exercice de diuersitez de religions. Suffira de remarquer que les filles le iour de leurs nopces, au lieu qu’en France les espousees ont accoustumé marcher en poil, pendent certains filets fort deliés d’or ou d’argent, comme lõgs cheueux, iusques a leur ceinture. Et en tel equipage sont conduites au moustier par la meilleure compagnie de Dames que faire se peut. Au retour du seruice on rameine l’espousee au logis, là où toutes sortes de bonne chere sont practiquées, pour tesmoignage de resiouyssance. La bonne maluoisie est alors resueillee d’vne fort gentile façon, si bien qu’ils se monstrent vrays & legitimes heritiers de ceux qui par leur bien boire ont donné lieu au mot de greciser. Icy ie ne veux oublier que ie treuue qu’en ceste Isle autresfois y a eu vne loy contre les vefues laquelle on appelloit Ar Ancienne loy de Chios contre les vefues. gomuniatico par laquelle estoit por té que tons ceux qui se plairoiẽt trop au vefuage & ne penseroiẽt à se remarier paieroient pendant le temps qu’ils demeureroiẽt en tel estat vne certaine somme de deniers, laquelle ils cessoyent de foncer lors qu’ils venoient à se remarier. Cela me fait souuenir des peines, qu’autres-fois ont esté imposées sous la charge de viduité, qui sont de si peu de valeur, qu’encores que la viduité soit grandement à priser, par-ce qu’elle ne s’esloigne aucunement de la pudicité,toutesfois elle est peu vtile à la Republique & par tãt telle rigueur a esté faussee. Peut estre que de la les Romains ont puisé l’honneur lequel ils faisoient à leur pudicité matronale à laquelle dans Rome y auoiẽt deux chappelles consacrées l’vne pour les Dames patriciennes & l’autre depuis dediée par Virginie Patricienne, mais mariee à L. Volumne Consul. plebeien pour les plebeiennes esquelles n’estoit permis a aucunes femmes de sacrifier, sinon qu’elles fussent d’vne extreme chasteté & n’eussent esté mariees qu’à vn seul mary.

Les Turcs. Chap. VI.

A Cause de l’impieté de Mahomet, i’auois deliberé de couler les mariages des turcs, mais puis que tãt d’habiles hommes ont passé leur burin sur ce subject, m’a semblé que ie ne pouuois, sãs oster le lustre de mes bigareures, passer par oubly ou mespris ce qui appartient au mariage des Turcs. Or pour autant que le subject est fort ample & spacieux, ie seray cõtraint premieremẽt proposer ce que Mahomet par ces Azoar, a estably touchant les mariages : en apres deduire quel ordre ses supposts tiennent Ordonnãces de Mahomet pour les mariages. à leurs nopçes, auec quelles ceremonies ils y entrent, & finalement descouurir les aduenuës & issuës des mariages des Turcs. Au huictiesme Azoar de son Alcoran il limite le nombre de espousees, que ses sectareurs peuuent auoir à sça uoir trois ou quatre, selon le moyen qu’ils auront de les entretenir: Pluralité de femmes. mais quant à luy, ayãt faict vne loy pour soy-mesmes, il se donna permission de se marier auec autant de femmes qu’il luy plairoit en auoir, mesmes on trouue qu’il se maria à quinze femmes tout à la fois: falloit que ce fust vn terrible bouc & qui ne deust rien à Hercules, lequel en vne nuict seule depucela les filles de Thespius, qui estoyent en nombre de cinquãte, dont il en eut autant d’ẽfans. Deuinez s’il n’y auoit pas bien de l’ancre au cornet, & s’il n’est pas à presumer qu’il eut de l’herbe ou racine, dont Theophraste fait mention, laquelle se trouuoit en Scythie, suffisante pour faire passer soixante dix carrieres, ainsi qu’auoit fait vn Indien, que ramentoit Theophraste : Flauie Vopisque raconte bien que Procule Empereur Romain, se vantoit d’auoir engrossé, en quinze iours, cent vierges de Sarmatie, qui auoiẽt esté faites prisonnieres à la guerre:mais cela n’estoit pour continuer le mesme train, ainsi que Mahemet, & ceux qui se plaisent à ceste pluralité de femmes. Si ie trouuois qu’eux tous tinssent la reigle de noz sauuages, qui ne touchent iamais à leurs femmes pendant leur grossesse, ie dirois, que les Turcs, pour se couper voye à paillardise, adultere, inceste, & au peché contre nature ( duquel ils sont horriblement entaché) se licentieroyent à vn si démesuré nombre de femmes. Toutesfois encores qu’ils ne se restraignent à vne telle abstinẽce, si ne laissent-ils a se veautrer parmy leurs essains de femmes.
Asçauoir s’il deuroit estre plustost permis aux femmes auoir plusieurs ma rys, qu’- aux hommes plusieurs femmes.
Autres-fois ie me suis esbahy pourquoy le plus souuẽt on faisoit voye à la Poligamie pour les masles que pour les femmes : car encores que la chose de soy-mesmes soit du tout des-honneste & déraisonnable, si faut-il qu’elle soit masquée de quelque telle quelle apparence de raison, qui (à mon aduis) sembloit mãquer en cest endroict, attendu que nature nous apprend, & l’experien ce mesmes le faict veoir aux plus mescreãs, qu’vne femme lassera plusieurs masles, dont (à fin que ie n’offense plusieurs, en France, Italie, Espaigne, Angleterre, & ailleurs, qui ne se meslans que trop du mestier, ne veulent estre nommez, ne dõne que trop de preuue. Messaline, la prodigieuse luxure de laquelle est decrire par Iuuenal. En apres Salomon dit aux prouerbes chapitre 30, qu’il y a trois choses, qui ne se saoulent point, mesmes les quatres ne dient point c’est assez, à sçauoir le gouffre, la matrice de la femme sterile, la terre, qui n’est point rassasiée d’eau, & le feu qui ne dit point c’est assez. Cela est bien veritable : mais les supposts Poligamiques, pour leurs deffences alleguẽt que le mary, à l’endroict des femmes, est cõme le coq,pour l’esgard des poules: en outre, employent le cas que Nicolas Boyer, en sa decision, 17. du Parlement de Bordeaux, recite, qui est autant prodigieux, comme il est peu croyable, d’vn homme de Cata loigne, qui estoit si puissant en l’acte venerien, qu’il l’accomplissoit auec sa femme, dix fois par chacun iour: dequoy elle s’alla plaindre à la Roy ne d’Arragon34, laquelle, ayant faict appeller le mary, qui confessa le cas estre vray, luy commanda de ne cognoistre sa femme, à l’aduenir, plus que de six fois le iour, à peine de la vie, à fin qu’elle n’encourut danger de mort, par la continuation de tant d’embrassemẽs, en peu de temps si souuẽt reiterez. Quelqu’vn estimera que ie me suis extrauagué sans raison & hors de propos, attendu qu’il se treuue qu’il y en a qui passent biẽ les quinze femmes:pource faut sçauoir qu’outre ces quatre femmes, les Turcs peuuent auoir des troupeaux d’esclaues, auec lesquelles ils se meslent indifferément, sans auoir esgard, si elles sont Iuifues, ou Chrestiennes, ou idolatres, & les enfans qui en sortent, sont aussi bien legitimes que ceux de celle qui est mere de famille : voire qu’aucuns tiennẽt qu’elle est faicte libre. Ce qui leur fut permis du viuãt mesmes de Mahemet : lequel ayant plusieurs femmes, qui s’estoiẽt laissees emplastrer de sa loy, receut presens du Roy des Iacobites, entre autres, d’vne fort belle esclaue, pucelle Iuifue, de laquelle Mahemet s’enamoura extremement, & ne peut dompter ses passions autrement qu’il ne la cogneut. Ses femmes s’en estans apperceuës, n’arresterent à charger martel in teste,si luy feirent entendre (tant estoient-elles scrupuleuses où plustost ialouses ) que s’il continuoit à faire tels coups, qu’elles estoyent deliberées de le quitter, & trouuer moyen de se separer de luy. Si fut faict, il fut dict, car cõme Mahemet pour toutes ces remonstrances ne daigna faire trefue,deux de ses femmes se sentirent tellement outrées,que de despit elles placque rent là Mahemet : de mesmes qu’auiourd’huy celles de Quicama qui auoisinent la prouince de Ceuoli, à present dicte Grenade : là les hõmes n’ont veritablemẽt qu’vne femme, laquelle ils repudient quand bon leur semble : & les femmes aussi laissent leurs marys, si tost qu’elles découurent, qu’ils s’accostẽt d’autres. Ceste separation donna bien de la peine à Mahemet, car ces deux fem mes commencerent à publier la vie de ce pauure Mahemet, le vous delauent de telle sorte, qu’il sembloit, qu’il eut perdu le credit. A dire la verité, il estoit bien en brãsle de faire le soubre-saut, & eut passé le pas, s’il ne se fut aduisé d’adiouster vn chapitre à son Alcoran, faisant loy nouuelle, pour ses supposts, sçauoir, qu’il fut permis à tous ceux, qui tiẽdroyent son party, se mesler tout ainsi auec leurs esclaues femelles, cõme auec leurs propres femmes: laquelle loy il meit au commencement du quatriesme liure de son Alcoran, lequel encores pour le iour Inceste prohibé entré les Turcs. d’huy, a nom le chapitre de la deffense. Mahemet, au mesme chapitre, deffend d’espouser celles de son sang, telles que sont les meres, filles, sœurs, tãtes, & niepces, soit du costé du pere, où venant de la part de leurs filles, ayans touché leurs femmes, leurs nourrices, & la mere, les meres des femmes qu’ils espousoyent, & leurs sœurs de laict, les belles sœurs, & encores ne leur estoit loisible d'espouser les deux sœurs, quoy que Mahemet n’en ait pas tant fait le renchery. Le neufiesme Azoar est, sur le poinct de l’achapt des femmes : car les Mahemetans, faut qu’ils dotent leurs espouses, & non pas qu’elles leur apportent rien que leurs corps en mariage : defend qu’ils n’en espousent point qui soyent paillardes, ains belles, bonnes, chastes, & genereuses: & les pauures, qui n’auront moyen d’en choisir de telles, qu’ils se contantent de prendre des esclaues, cõuerties à l’Alcoranisme : & si ces esclaues s’oublient, iusques à faire tort à leurs marys, il veut qu’elles soyent punies à moitié prés,aussi rigoureusement que les Dames, qui sont de bon lieu, luy semblant aduis que les esclaues ne meritoyent tant de pu nition que les autres. Ordonne que les hommes ayent commandement sur les femmes, & que celles soyent punies, lesquelles s’emancipent de l’obeyssance, qu’elles doiuẽt à leurs espoux. Du reste de l’Alcoran ie ne veux plus adiouster que les paroles, qui sont addressées à Mahemet, en son Alcorã, par ce qu’elles font foy de la continence de ce bouc, & de sa modestie, & sont telles. A toy seul (ô Prophete ) est permis de te ioindre & accoupler auec toutes femmes, ausquelles tu auras dõné quelque chose, ou qui te seront sujettes, pour les auoir achetees : & encores à tes cousines, filles des sœurs de ton pere, où de ta mere, & à toutes les honnestes femmes, qui de gré à gré voudront consentir à te faire plaisir, car ie pense, que tu sois assez informé comme est-ce que toy, & les bons, se doiuẽt gouuerner à l’endroit de vos femmes, & de celles qui sont sous vostre puissance. Chasse celles que tu voudras, & appelle celles qui plus t’agreeront, car elles doiuent se gouuerner selon que leur comãderas. Quant aux vefues & punition des crimes bandez alẽcontre du mariage, nous verrons ce qui en est, apres qu’aurons veu cõ Commẽt le Turc courtise sa mignõ ne. ment c’est que les Turcs courtisent, & se comportent en leurs mariages. Le Turc quant il veut faire entẽdre à quelque Dame le desir qu’il a d’estre son seruiteur, il fait tant qu’il se trouue en lieu, où de loing il la peut veoir. Les femmes de Turquie se tiennent communémẽt sur les maisons, qui sont couuertes en terrasses. De parler à elles, est fort mal-aisé, par ce qu’allans par la ville elles ont le visage couuert, ainsi qu’il leur est expressemẽt enioinct, par le trentequatriesme Azoar, si ce n’est qu’elles parlent à leurs marys, ou parens, & autres, lesquels on ne peut point souspeçonner. Toutesfois, de loing on peut en auoir la veuë. Parquoy le Turc, ayant apperçeu celle, laquelle il affectiõne, il hausse sa teste, & met la main à la gorge, se pinçant la peau du gosier, en l’estendant vn peu, luy donnant à entendre par telle simagrée, qu’il est son esclaue enchaisné, & luy est seruiteur, d’extreme seruitude. Si la Dame se tient à recoy, ou qu’elle baise la main, il en prend bonne esperance. Les mariages de ceste nation, sont fort estrãges, desquels Hyorgenits parle ainsi.
Maniere des maria ges entre les turcs.
Le mariage en leur langue, s’appelle Eulenmech, & se fait en ceste maniere. Ils se fiancent sans nul serment, & le mary les prend (cõme i’ay desia dit) sans dot quelconque, ains, qui pis est, il faut, que presqu’il achepte celle, qu’il veut espouser, de sorte que la mariée n’a rien, que le marié ne soit contrainct d’achepter, de son beau-pere, & pource le diuorce Diuorce entre les Turcs. leur est fort aisément permis, où pour l’esgard des mœurs, ou pour estre la femme sterile: c’est au Cady35 à cognoistre de cecy, deuant lequel le mary fait venir les parens de sa femme, pour luy donner reprimende. Ils souffrent que leurs esclaues se mariẽt,mais les enfans qui en sortẽt, sont du reuenu, & proye de leur maistre. C’est vn grand cas (dit Sanſouin36) que le grand Turc ne se soucie d’espouser la fille de quelque grand Roy ou Prince, comme aussi il ne fait difficulté de donner ses filles à quelqu’vn, qui soit de race illustre, & sang remarqué, de quelque noblesse : veu que Rustan Bassa espousa la fille vnique de Sultan Soliman encor qu’il fut de bas lieu, ayãt ses parens elimann la Bossine, qui labouroyent ordinairement la terre & a Lutfi, estant sorty de sang vil donna sa propre sœur. Il est vray qu’il les ennoblist, & leur donne tiltres de Bassa, comme à ce Lutfi, qu’il fit Vuisir Bassa, c’est à dire, premier & grand Bassa, & celuy qui a les sceaux, & tient le plus haut rang à la Porte. Le Seigneur a plusieurs serails en diuers lieux, où il met celles des esclaues, qu’on luy donne de present, qui luy sont le plus à gré & s’il luy vient en fantaisie, il les fait Sultanes, & puis s’en-amourãt d’vne autre, il quitte la premiere, sans vser d’aucune ceremonie, en ce sien opçage. Bien est vray, que le Roy & les Seigneurs, donnent vn breuet entre les mains du Cady37, dedans lequel est contenu le doüaire, qu’ils donnent à leurs femmes. Là où entre les petits, dés incontinent qu’ils sont d’accord, de ce que le mary dõne a la femme, à sçauoir du doüaire, qu’ils appellent Chebin, il l’a conduit à sa maison, sans autre ceremonie: Si le logis ne plaist à la femme, il luy est loisible de chercher vn autre ma En Turquie, vn Turc peut espouser vne Chrestienne : mais le Chrestien ne peut espouser vne Turque. ry, sans qu’elle puisse emporter son doüaire, si ce n’est qu’elle peut prou uer, que le mary eust voulu abuser d’elle cõtre nature, ou qu’il ait porté du vin en la maison, duquel la femme en ait peu boire. Il est permis au Turc d’espouser vne Chrestienne, & la laisser viure (l’ayãs ainsi arresté en leur accord) en liberté de conscience, & selon la loy Chre stienne, là où l’homme Chrestien ne peut espouser vne Turque, sans se circoncir, autrement on luy feroit perdre la vie: comme aussi n’est permis aux Chrestiens de tenir vne cõcubine Chrestiẽne, ny autre, ains les cõtrainct-on les espouser, auec doüaire, & fut ce leur propre esclaue. Lors que les Turcs prenẽt femme ils ne font point autre feste de nopçes, fors qu’ils ballent en leurs maisons, les hõmes chãtãs d’vn cõsté & les femmes d’vn autre, come aussi ils mangent separez les hõmes d'auec les femmes. L'espousé faict quelque petit present à son espouse, & elle sẽblablemẽt, & y sonne-on d’vne fleute, auec vn petit tabourin, sãs autre musique. Icy ie ne me veux amuser à deuider la difficulté qui se presente sur ce que nous auõs dict que les Turcs peuuẽt espouser trois ou quatre femmes attẽdu que Guillaume Postel, en sa Republique des Turcs soustiẽt, qu’outre les esclaues ils n’ont qu’vne femme en chacun lieu, & ainsi marchãs par beaucoup de pays, ils en auront plusieurs, s’ils ne vouloyent faire comme les Arabes, qui trans-marchẽt auec eux par tout où ils vont, voire en la guerre, leurs fẽmes. Il vaut mieux que nous remariõs les vefues, & celles qui sõt Mariages des repudiees. rejettees. Quant aux repudiees, l’Azoar troisiesme y est formel, où Mahemet ne veut que les repudiees se remariẽt que quatre moys apres le epude & diuorce, si ce n’est que les marys le leur permettẽt : & que les autres delaissées, ne se mariẽt, qu’elles n’ayent esté gueries trois fois de leurs mẽstrues. Ne veut qu’on leur oste rien de ce qu'on leur aura dõné aux nopçes: & si les femmes taschẽt de s'enfuir, que les marys les r'achaptẽt, mais nõ pour les mal traicter, à fin qu’ils n’écourẽt l’ire diuin : deffend d’vser de violẽce, & d’espouser vne femme contre son gré. Fait expresses inhibitiõs aux vefues, de se marier que quatre moys dix iours apres le trespas de leur espoux, durãt lequel temps elles ayent moyen de se pouuoir parer & attiffer, sans que ceux, qui les amourachent leur parlent n'y facent aucun signe de les vouloir, iusques à tant que leur temps & terme prefix de quatre moys dix iours soit escoulé: les ayant espousé il deffend qu’on ne les contraigne point de se tenir enfermées tout le lõg de l’année (car il faut, que selon la coustume, elles soient autant recluses veu qu’autrement Dieu prendroit leur querele) & que le mary repudiant sa femme luy rende la moitié de son Touchãt les successions entre les enfans Turcs. doüaire afin de n’oublier l’alliance, qui auoit esté entr’eux deux iuree. la loy de leur hoiries est au huitiesme Azoar, ou il veut, que les fils & filles partissent les biens de leurs peres, par l’aduis & conseil de leurs parẽs, & que ce ne soit sãs distribuer quelque chose aux pauures. Les deux filles au partage egalent vn fils, & s’il y en a trois le fils aura les deux parts & les filles la troisiesme, mais n’y ayant point de fils lors les plus proches parens partissans ensemble laisserõt vne sixiesme partie à la mere du de Punition des femmes adul teres. ffunct. Et pour monstrer sa gratieuseté alendroit des femmes il veut, que celle, qui sera accusée d’adultere soit conuaincuë pour telle par quatre femmes & attainte du cri crime, qu’elle soit enclose en sa maison, iusqu’à ce que Dieu luy monstre sa voye, ou qu’elle passe de ce monde, & que ceux qui l’accoserõt soyent punis seurement. Bien est vray, qu’il adiouste, que s’ils y vont ignorammẽt, & non pensans auoir ce rencontre, & que soudain apres auoir faict, ils se retirent, il dict, qu’il leur faut pardonner, veu que Dieu souffre les offenses legeres. Voyez l’occasion, que ce paillard offre de paillarder, à chacũ, sous couleur d’ignorance, & l’excuse qu’il donne à ceux, qui sont diligens à la besoigne, & se depeschent tost, & s’en vont ayant fait leur coup. Deffend de rauir, violer, & deceuoir les femmes. En charge que les meres alaitent & nourrissent leurs enfans, l’espace de deux ans, ausquelles faut que les peres, ou autres, ayans le bien d’iceluy donnent & fournissent toutes choses necessaires, & pour la vie, & pour le vestement, bien leur permet-il d’auoir des nourrices, si elles ne peuuent nourrir leur lignée. Ie ne deduiray point icy cõme les enfans sont nourris en Turquie, puis que Pierre Belon, au chapit. vnziesme du troisiesme liure de ses singularitez, a assez au long esclairci ce poinct : cõme aussi ie ne chargeray point ce discours de ceremonies qu’ils obseruent en leurs obseques, au lieu de ce, ie n’ay qu’à adiouster ce mot pour aduertir le liseur, qu’il n’y a pas si grand lignage de parenté en Turquie, qu’en Europe, & qu’il ne soit vray, les Turcs n’ont point de surnom, qu’on puisse aduoüer venir d’ancienneté, & par consequent, n’ont aucun tiltre de maison & famille ancienne. Les femmes Turques sont belles par singularité, & nettes comme perles. Elles ne portent poil en aucune partie du corps, fors leur cheuelure : sous les Depilatoire des Turques aisselles, & celuy qu’vn certain personnage nõme amatoire, ou amoureux, ils le font tõber, par le moyen d’vn depilatoire, qu’ils appellent Rusina, ainsi que le mesmes Belon descrit, au trente-troisiesme Chapi tre d’iceluy liure, qui est vn metail duquel faut qu’on employe grande Punition de l’hom me adultere. quantité, puis que Belõ couche par estat dix-huict mil ducats, de dace que le Turc en retire. Icy ne faut oublier que les adulteres sont punis assez rigoureusement en Turquie, de faict, en l’Azoar trente-quatriesme, la peine de l’adultere est proposee de cent coups de verges ou de baston, deuant tout le monde, à fin que la honte & reproche le facent retirer de sa vilainie:auec inhibitiõs & defenses, faictes à vn chacun de n’auoir pitié & compassiõ de celuy, qui sera iusticié en ceste sorte. Et pour la punition des calomniateurs conuaincus d’auoir à tort accusé quelque femme d’hõneur, d’adultere, il ordõne quatre-vingt coups, s’ils ne se veulent desdire, & repentir:& ne veut que le mary mesmes, accusant sa femme, soit creu, à sa simple parole, ains faut que quatre fois liure, & que la cinquiesme il se maudisse, s’il dit mensonge & les femmes, pour s’exempter & garen tir du supplice, sont receuës quatre fois à serment, dementans ceux qui les ont accusé, & la cinquiesme fois elles doiuent prier Dieu qu’il les cõfonde, si ce qu’on leur impose est veritable. Les adulteres de Cefala ne passent point à si bõ marché : car là il suffit, pour faire condamner vn homme, pour le faict d’adultere, de le veoir assis sur le lict, ou nacte où s’asseera la femme d’vn autre, & faut que l’homme & la femme meurent ensemble, sans espoir quel cõque de grace ou de remission. Anciennement les Atheniens excõmunioyẽt l’adultere, auec note d’infamie, ainsi que nous lisons aux plaidoyers de Demosthene : qui semble chose ridicule, attendu que l’infamie ne peut oster l’honneur à celle, qui l perdu, & qui est du tout deshontée tellemẽt qu’elle demeure quasi sans peine, d’vn crime que la loy de dieu punit de la plus rigoureuse mo qui fut lors, c’est à sçauoir, de lapidation, & que du moins les Ægyptiens ( comme nous apprend Dio- dore le Siciliẽ) punissoyent en coupant le nés à les femme, & les parties honteuses à l’homme. En Alemaigne, s’il y auoit quelque femme cõuaincuë d’adultere, les cheueux luy estoyent coupés, son mary apres l’auoir chassée, hors de sa maison, l’a menoit toute nuë deuant ses prochains parẽs, & la fouëttoit par tout le village, & si on auoit vne fois prostitué sa pudicité, il n’en falloit attendre aucune misericorde ne ny pardõ, car il ny auoit ny aage, ny beauté,ny richesses, qui sceussent appaiser le mary, ny faire r’entrer la femme corrompuë en mariage. C’est chose gaillarde,de ce qu’on racompte de l’adultere, entre les Turcs, pour la punition, qui est diuerse, selon la diuersité des religions. C’est vne coustume entre eux, que tous Chrestiens, soyent Grecs, Latins, ou autres, peuuent nourrir, pour leur seruice, outre leurs femmes & enfans, des seruans & seruantes, quoy que d’estrange religion, mais s’il y a accouplement, la perte de la vie y pend, où faut que la bourse souffre vne terrible phlebotomie, ou le Chrestiẽ est cõtrainct se faire Turc. I’ay leu d’vn Seigneur Venitien, qui pour s’estre accroché à vne ieune femme Turque, outre les presens qu’il fallut ietter en la gueule des Cadis38, & officiers du Turc, fut condamné à faire l’vne des tours modernes, de Tripoly, qui luy cousta plus de quarante mil ducats. Au cõtraire, si quelque Turc est surpris en adultere auec vne Chrestienne, pour punition, on le conduit sur vn asne, monté à rebours, le contraignant quelquesfois tenir de sa main la queuë de ceste gẽtile beste pour luy faire plus grande infamie, en luy faire plus grande infamie, en luy mettant sur son chef quelques tripailles de bœuf ou de mouton. Que si vn Chrestiẽ accuse vn Turc, de s’estre accointé d’vne Chrestienne, s’il ne peut le prouuer, il est condamné à cent bastonnades, au lieu que celuy qui accuse le Chrestien n’est iamais puny.

Les Thraciens. Chap. VII.

S’Il y a eu soubs la chappe du ciel nation barbare, cruelle & farouche, celle des Thraciens merite d’ẽporter le prix, ainsi qu’il me seroit bien aysé verifier, si ie vouloye estaler icy leurs mœurs, façons & manieres de viure. Pour preuue ie ne daignerois sortir hors du chãp, où le dessein que i’ay prins en ceste œuure me retient. Strabon au liure septiesme de sa Geographie r’apporte qu’aucuns tiennent qu’en
Ctistes & Auies se passoient de femmes
Thrace il y a vne sorte de gens, qui viuent sans compaignie quelconque de femmes, & lesquels on appelle Ctistes, c’est à dire bastisseurs, & lesquels, pour les honorer, on estime estre sacrés & ne paient aucũ tribut. Possidonius les appelloit Auies, pour ce qu’ils se passoient de l’accointance des femmes comme s’il eut voulu tesmoigner qu’ils ne Sceau de la Bibliothèque de l'Arsenal viuoient qu’à demy rampans soubs la rigueur & sequestre du cœlibat de mesmes qu’on tenoit, que la maison de Protesilas n’estoit qu’à demy parfaite, pour-autant qu’elle n’estoit accompagnee d’vne fẽme & mesnagere. Neantmoins Strabon ne peut accorder, qu’entre les Thraces se soient peu trouuer tels personnages & si modestes & continens attendu qu’ils estoient fort addonnés aux femmes, comme ceux, qui, nõ contens d’vne en espousoient dix, onze & douze, & celuy qui n’en auoit que quatre ou cinq estoit reputé pour enerué, failly & du tout miserable, voire que celuy qui s’abstenoit du tout des nopces, estoit, comme des-naturé, digne de mort: qui croira à Cesar & à d’autres Historiens, qui ont haut loüé la pudicité & chasteté des Scythes & autres peuples Septentrionaux, la continence de ces Auies deura bien estre receuë. Ie sçay bien qu’il y en a qui ont trãché iusques là que de dire que les Scythes & Alemans se trouuoient fort empeschez d’vne femme, voire qu’encores la pluspart d’eux vit en perpetuelle virginité. Pour preuue de leur dire ils font targue de ce qu’Henry second Empereur, & Casimir, premier Roy de Poloigne & Lancelo, Roy de Bohesme ne voulurent onques se marier: ce n’estoit pas par chasteté mais plustost par impuissance naturelle: car mesmes Iean II. grand Duc de Moscouie auoit les femmes en si grand’horreur qu’il s’esuanouïssoit au seul regard des femmes, ainsi que escrit le Baron d’Herbestein parlant des Moscouites, qui ne voyent iamais (dit il) leurs femmes que le iour des nopçes: mais à sçauoir si vne arondelle seule faict le printemps, on pourroit dire & mesmes il y en a, qui pour accrocher le cœlibat à ces Auies dient, qu’ils se chastroient en couppant les veines parotides sous les aureilles, cõme dit Hippocrate, lequel, cherchant la cause de ceste impuissance, conclud, que cest pour la froideur du ventre & pour estre ordinairement à cheual. Si ceste recepte estoit si singuliere ie sçay plusieurs a qui elle feroit bon mestier, & n’eut esté mis en arriere par les Thraciẽs pour faire phlebotomier leurs Roys, à celle fin qu’ils ne produisissent aucune engeance, d’autãt qu’entre eux vn personnage auoit beau estre adroit, courtois & courageux, que s’ils le sçauoient hoir pour luy succeder ils n’auoiẽt garde de luy donner la charge du Royaume, & s’il en engendroit apres estre couronné ils ne failloient de le deposer & en mettre vn autre en son lieu tant apprehendoient ils que leur Royauté ne tomba en succession. Ceux qui voudroiẽt refroidir de telle sorte les Thraces ie les renuoye à Strabon, qui dict, que les Dames Thraciennes estoient grandes enchanteresses, & que par leur art elles attiroient les hommes à les aymer, & à diuerses superstitions, & par ainsi ne se pouuoient qu’ils s’abstinssent de celles qui auoyent telle puissance sur eux, & lesquelles es contraignoient à suiure telles ceremonies. Or ces Auies ne furẽt baptisés de ce nom pour ce qu’ils viuoient sans femmes & en cœlibat, ains à cause qu’ils n’auoyent point de maisons, & que comme les Scythes, ils passoyent leur vie sur des chariots, qui leur seruoyent de domicile, comme s’ils eussent esté priués de la compagnie & du reste des hommes. Au reste Solin au chapitre quinziesme approuuant ceste opinion de Strabon dit, que les Thraciens se glorifient d’espouser plusieurs femmes, & pensent, que ce leur soit vn grand honneur s’ils en prennent grand nombre en mariage d’auantage ils estoient peu soigneux de la chasteté de leurs filles, lesquelles ils prostituoient ou souffroient qu’elles s’accointassent de qui bon leur sembloit, mais estans mariées on prenoit vn grãd esgard sur elles, & fort enuy pouuoyent ils endurer qu’on leur enroola auec les confreres de la Lune39. Ils n’auoiẽt rien de leurs femmes, ains faloit que les acheptassent a grande somme de deniers qu’ils faisoient d’ærain: & les ayant vne fois acheptees les marquoyent d’vn fer chaud au frõt, ce qui estoit pour vne marque de noblesse, & celles qui ne l’estoient point, estoient reputées pour viles, abiectes, de peu d’effect, de sang vil, roturieres, & vilaines, leur semblant bien aduis, qu’vn mariage, qui se faisoit pour de l’argẽt & des richesses, estoit seruil, & pource en l’Asinaire de Plaute on lit des vers de ceste substance.
I’ay pour le dot beaucoup d’argent receu, Et mon pouuoir ce faisant i’ay vendu.
C’est achapt ne se rapportoit aucunement à la coemption Romaine, ains se faisoit publiquement, & non au gré des parens mais plustost des filles, ausquelles la chose touchoit de plus prés qu’aux peres ny meres. Par ainsi les plus belles s’en alloient au marché, où elles se parãs & attiffans, se faisoyent vendre au plus offrant & dernier encherisseur, ayans plus d’esgard au pris qu’elles receuoient de tel marché, qu’à la vertu & preud-hommie de celuy qu’elles deuoient espouser. Faute (helas! y pleut à Dieu que ie n’eusse matiere de me plaindre des folies d’autruy, à laquelle trop souuent choppent plusieurs de nostre siecle sous nostre hemisphere fleurdelisé, qui se laissẽt pocher les yeux & eberlüer par les escus & richesse, quant à la vertu ce sont parties extraordinaires, & qui ne sont passées & alloüees que d’auenture; voire & en ce ie suis contrainct de detester l’execrable auarice de ces harpies en sage mondain: encores deuroit on assortir les parties de pareil à pareil, autrement le bois verd, pourroit affadir & alentir la force chenuë & vermoulisée de quelques vieux radouteurs, qui par le cliquetis de leurs escus pensent estourdir la vertu & vigueur d’vne fleur de ieunesse. Ie laisse les mescontentements, les regrets & autres inconueniens que de iour à autre on voit surgir sur le bord escu meux de tels haures, qui pour la plus part seruent à faire des capes à Moyse. Voyla donc la beauté des belles qui estoyent venduë à l’inquant: les laides, falloit que payassent vne bonne somme de mõnoie pour trouuer mary, & estoient cõtrainctes d’achepter celuy, qu’elles auoient desir auoir pour mary. Les Taxilles ( comme tesmoigne Strabon au quinziesme liure de sa Geographie) s’y portoient de toute autre façon, d’autant que si la pauureté empeschoit les filles de pouuoir trouuer mary, on les menoit en la fleur de leur aage en plein marché, comme les cheuaux à la foire: là auec trompettes & clerons le peuple assemblé la pucelle descouuroit les parties de derriere iusques aux espaules & en apres celles de deuant & celle qui se voyoit entiere, adroite & qui agreoit ne tardoit à trouuer mary. Ainsi faloit qu’elles iouassent à l’hazard & vinssent detaler & mettre en veuë à tout le monde la beauté de leur corsage, en danger, d’estre esconduites & s’en retourner ( comme l’on dict) du marché sans beste vendre d’autãt que quoy que la beauté seruit de merueilleux aiguillons pour faire busquer fortune à plusieurs, si est-ce que faute de moyens les empeschoit de se sousmettre à telle charge. Mais les pauure laides recreuës de moyens demeuroient la plantées pour reuerdir, d’autant que la bourse estoit mal garnie, & les traicts de visage degoustoient les plus enuisez, encores qu’elles se fussent deuergoignés d’vne façon si tres-farouche. Heraclide en ses polytiques racompte qu’en Thrace les maris se seruoient tout ainsi de leurs femmes que de leurs chambrieres. Voyre que s’il y Mariages en Thraces de peu d’arrest. auoit quelcun d’entre eux qui fut agoué40 de sa femme & n’en voulut plus ou se courrouça contre elle, les parens d’icelle estoyent necessités de la reprendre auec eux, en rendant au mary l’argent, qu’il auroit nanty & deliuré, pour l’auoir en mariage. Pour monstrer leur Enfans vendus par les peres,en Thrace. grande & desreiglée bestise, & le peu de compte qu’ils faisoyent de leur reputation, ne faut employer que ce qu’ils vendoyent leurs enfans en public, tout ainsi que nous vendons nos bestes au marché. Coustume qui est à presumer estre venuë de l’ordonnance de leur Legislateur Zamolxis, lequel, ayant esté esclaue, en l’Isle de Samos voulut que les citoyens, experimentãs vne pareille fortune, taschassent aussi de paruenir aux richesses, qui l’auoyent faict le premier & de sa robe & de son pays. Ie m’esbahis d’aucuns, qui se formalisent de ce que les peres n’auoient aucun creue cœur de debiter à prix d’argẽt la chair de leurs filles. Encores estoit ce (à mon aduis) plus honestement qu’aux Romains, qui pouuoient vendre & esclauer leurs enfans pour le prix qui leur tomboit és mains. Les Thraces auoyent les rideaux de mariage, qui cachoient toute l’indignité de telle vente. En apres dequoy se fussent ils gui sés. Leur condition estoit si bonne qu’apres la mort des marys celles qui restoient en vie leur demeuroient auec l’argent, qu’ils auoyent receu de la vente, comme leur propre heritage : & ainsi les filles n’auoient que misere ayans à seruir leur mary & à retomber en la puissance de leurs peres, sans que ny de leur corps ny l’argẽt dõné pour elles redonda à leur profit. Et en ce l’vs Thracien estoit par trop rigoureux, pour raison des filles les rendant vefues & de leurs marys & de tout gain matrimonial. Et cepẽdãt s’estoient ces vefues, qui estoiẽt les mieux parties car d’entre toutes les espouses du deffunct la plus che re & fidele, falloit, qu’elle l’accompaigna au cercueil & fut auec luy enterrée toute vifue, comme encore à present ce pratique en plusieurs endroits des Prouinces de Leuant: où les peuples sont idolatres. Cecy tournant à grãd honneur à celle, qui emportoit cest aduãtage aussi y auoit il vn grand debat entre les espouses, à qui seroit iugee la plus chere d’iceluy, & telle, qui meritast de l’accompaigner & faloit que les parens du deffunct vuidassent ce different auec leur sentence diffinitiue. Celle qui gaignoit sa cause se paroit & attiffoit tout ainsi que si on l’eut conduite à des nopces, & auec tout telle grace, qu’entre les Bresiliẽs on dit que võt ceux, qui sõt destinés au massacre, le iour ordonné pour telle boucherie : & est conduicte par ses parens hommes & femmes iusqu’au tombeau où elle consacre sa vie aux Ombres de son mary, auec lequel elle est soudainement mise en terre. Cependant les Pleurs des Thra ciens à la nais sance des enfans, ris à leur morts. autres, qui ont perdu leur cause sçachans à quel & combien grand des-honneur, blasme & reproche cela leur peut redonder, pleurent & detestent leur vie, pour auoir esté priuees d’vn si grand aduantage & d’vne gloire & memoire (qu’ils pẽsent) immortelle. A la naissance de leurs enfans ils se mettoient à lamẽter, comme au cõtraire ils s’esiouïs soient quand on portoit quelcun en terre, à cause que l’vn naissant venoit gouster les miseres & trauaux, ausquels naturellement les hommes sont assubiettis, là où s’en allant mourir il estoit allegé de toutes telles angoisses, sans qu’ils eussent esgard à ce qui suit la mort, ou bien qu’ils se souciassent du bien & proffit, que portoyent au public ceux qu’ils laisoiẽt en vie: sur quoy le Poëte Archie a faict quelques vers, allegués par Camers, desquels voicy la subsstance.
Les Thraciens ie loue & accepte leurs mœurs,
Lesquéls sont tout-cõfits en larmes et en pleurs
Lors que de leurs enfans ils voient la naissãce:
Au cõtraire on les voit tout pleins d’esiouissãce
Lors que quelcũ d’ẽtr’eux au trespas est cõduit
D’autant que des viuans l’action & esprit
Ne tẽd qu’à malheurté, & ceux qui sõt sãs vie
De mal faire n’ont plus ny desir ny enuie.
Si ces pleurs qu’ils iettent pouuoient amollir leurs cœurs, pour les appriuoiser à l’humanité, & les desmouuoir de la cruauté, qui predomine en eux, encores seroient ils à supporter, ou bien s’ils degour dissoient leurs bras & membres, pour gaigner leur vie, sans les laisser croupir en fetardise & oisiueté, aucunement les excuseroyent les fantasquees idées de leurs patrons Heraclides & Democrite, mais quoy ils ne font loüange que d’auoir les bras croisés, & estoit ce peuple si a Oisiueté trop prisée entre les Traces. neanty qu’il estimoit que ce fut vn signe de generosité & noblesse que de viure en oisiuetez & que ceux qui labouroient la terre fussent vilains & comme esclaues du reste des hommes. Et pleut à mon Dieu que la race en fut releguee seulement en Thrace, & qu’en nostre France nous ne vissions tant de traineurs d’espee se bour-souslans la pluspart du vent de noblesse & auilissans voire taschans de fouler & mettre les pieds sur le ventre de ceux qui s’entre-mettent à trauailler & faire quelque chose, ie ne taxe poinct icy les gens de bien by ceux qui meritent d’estre prisés & honorés si oseray ie bien dire que de cinq cents que ie cognois en France, frisans l’espee, s’il en restoit seize les Prouinces Françoises ne seroient encores que trop sur chargées. Voire mais retournons vers nos Thraciens, qui se recognoissans estre naturelement frappés au faux coin de Barbaresque cruauté, pour addoucir le naturel farouche de leurs ieunes enfans, leur faisoyent apprendre la musique & à iouër des instrumens des leur tendre aage, iusques à ce qu’ils fussent paruenus à l’an trentiesme. De faict la musique a Grands profits de la Musique. telle vertu que par les instrumens de musique on guerit le mal qui s’appelle en Allemaigne de Sainct Vitus, de ceux qui ne font que danser, rire & sauter en leur folie, soit par ce que la cadence harmonieuse & mesurée range & remet la raison esgaree à son principe soit que la musique guerit les maladies du corps par le moiẽ de l’ame ainsi que la medecine guerit les maladies de l’ame par le moyen du corps, soit que les malins esprits qui s’aboulent quelques-fois aussi bien les vns que les autres, ont en horreur l’harmonie diuine prenant plaisir aux discords, comme il se lit que le malin esprit, oyant le son de la Harpe, s’enfuyoit, & laissoit le Roy Saül en repos, qui semble auoir esté la cause, qu’Elisee, quand il voulut Prophetiser, fit entonner vn instrument de musique, en la presence des Roys de Iudée, & de Sarmathie, & si tost que Saül eut rencontré la troupe sacrée, des Prophetes ioüans des instruments de musique, aussi-tost l’esprit de Dieu le saisit41. En apres nous auons vn exemple memorable, de la Republique des Cynetheens en Arcadie, laquelle ayant laissé le plaisir de la musique, bien-tost apres tomba en seditions, & guerres ciuiles, ausquelles on n’oublia aucune sorte de cruauté. Et comme vn chacun ioüoit à l’estonné, pouquoy ce peu ple-là deuint si reuesche & si barbare, veu que tous les autres peuples d’Arcadie estoyent doux,trai tables & courtois à merueilles : Polybe apperçeut le premier, que c’estoit, pour auoir laissé la musique, laquelle de toute ancienneté auoit esté honorée & prisée, en Arcadie plus qu’en lieu du monde : de sorte que par les ordonnances & coustumes du pays, chacun deuoit s’exercer en icelle, iusques à l’aage de trente ans, sur grandes peines. Qui fut le moyen, dict Polybe, au liure quatriesme, que les premiers Legislateurs de ce peuple-là la trouuerent pour l’addoucir & appriuoiser, estant de son naturel, barbare comme tous habitans de montagnes & pays froids. Nous pouuons, peut estre, faire semblable iugement des Gaulois, que l’Empereur Iulien appelloit Barbares, de son temps, & qu’on a veu depuis les plus courtois & traittables qui soyent en l’Europe, dequoy les estrangers mesmes s’esmerueillent: car chacun sçait, qu’il n’y a peuple, qui plus s’exerce à la musique & qui chante plus doucement : & qui plus est, il n’y a presque bransle, en France, qui ne soit Ionique ou Lydien, c’est à dire du cinq & septiesme ton, que Platon en ses loix & Aristote en ses Politiques, defendent à la ieunesse, par ce qu’ils ont grande force d’amollir & lascher les cœurs des hõmes : & vouloyent exercer les enfans au Dorien, qui est le premier ton, à fin de les maintenir en vne certaine douçeur, accompagnée de grauité, qui est propre au Dorien. La deffense seroit meilleure en l’Asie, mineur, qui n’auoit autres bransles que du cinq & septiesme ton, mesmes au pays de Lydie & Ionie mais les peuples Septentrionnaux, froids, ou montaignars, qui sont ordinairement plus sauuages, ou moins courtois que les Meridionnaux, & habitans és plaines, ne peuuent se mieux appriuoiser & addoucir, qu’en vsant de l’harmonie Lydienne & Ionique, qui estoit aussi deffenduë en la primitiue Eglise. Et tout ainsi que les hõmes desarment les bestes sauuages, pour en venir à bout : aussi l’harmonie Lydienne & Ionique, desarme les plus farouches & barbares nations du naturel sauuage & cruel, & les rend doux & ployables, comme il est aduenu aux François, qui, paraduenture n’eussent pas esté si domptables & obeissans aux loix & ordonnances de ceste Monarchie, si ce naturel, que l’Empereur Iulien dict auoir esté si haut, & si peu souffrant la seruitude, n’eut esté amolly par la musique: laquelle toutes fois, n’a peu du tout désauuaginer les Thraciens, quoy qu’ils s’y addonnassent expressement, à celle fin que les esprits endurcis en leurs rudesses, pour l’esgard de l’aspreté & rudesses, pour l’esgard de l’aspreté & rigueur de l’air, & qui estoyent appesantis & grossiers à cause des grandes froidures ausquelles leur pays est suject, fussent moderez, addoucis & ciuilisez.

Les Moscouites. Chap. VIII.

ENcores que les Moscouites se soyent rangez à l’Eglise Grecque, si ne differẽt-ils pas beaucoup pour les mariages, d’auec les Latins, fors que ( comme ie touche en passant au chapitre des mariages des Prestres ) il est permis aux Prestres de se marier, lesquels sont choisis d’entre ceux qui ont seruy longuement de Diacres, en l’Eglise, & nul Prestres mariés en Moschouie. n’est receu Diacre s’il n’est marié, tellement que souuent ils espousent femme le mesme iour qu’ils viennent receuoir cest ordre: & si celle qu’vn Diacre doit espouser, a mauuais bruit,il est rejetté de son office. Le Prestre, sa femme estant morte, est suspẽdu de sa dignité, & ne chãte plus Messe, ny n’est receu à seruir à l’autel: Il est vray, que, s’il se contiẽt & vit chastement, on luy permet d’entrer au Chœur, & assister au ser uice, car il n’est permis aux veufs de celebrer, encores que jadis il leur fut bien loisible: mais s’il se remarie, ce qu’on ne luy deffend point, lors il n’oseroit, non plus qu’vn lay, assister, ny à l’Autel, ny au Chœur, pour y psalmodier. Quant aux Moines, tout aussi-bien qu’aux Latins, le mariage leur est totalement interdit. Pour le reste de ceux qui sont lays,
Menées des maria ges entres les Moschouites.
& seculiers, leurs façons de mariages sont telles. Vn ieune homme n’oseroit faire l’amour à vne fille, pour l’auoir en mariage, ains c’est au pere, d’elle de prier l’amoureux, de l’espouser: & apres y consentans les parens, on parle des conuentiõs: & tout soudain iour assigné pour les espousailles, durãt lequel temps, le fiancé ne parle pas seulement à sa fiancée, voire ne luy est-il pas permis de la veoir: le iour des nopçes, on fait des dons, que l’espousé est tenu de rembourser dans l’an à ceux qui luy en ont faict present, ou leur renuoyer ceux, qui luy semblẽt ne luy estre point necessaires. Or n’es Entre qui le mariage defendu aux Moschouites. pousent-ils femme, qui leur attouche de sang, iusqu’au quatriesme degré, & aucun n’oseroit espouser la sœur de son allié, voire ne souffriroyent-ils mariage entre ceux, qui ont tenu vn enfant ensemble au Baptesme. Il est permis de conuoler aux secõdes nopçes, mais non sans souspeçon d’incontenẽce : aux troisiesmes ne l’octroyent, sans grande occasion, mais de se marier pour la quatriesme fois, tant s’en faut qu’ils le permettent, qu’encores ils dient, que c’est contre la religion Chrestienne. La coustume du pays veut, que les femmes portent des perles, & bagues à leurs oreilles, & est bien seant aux masles, mais c’est durant qu’ils sont en enfance, les filles laissent pendre par derriere leur cheuelure, mais les mariées faut que la tiẽnent cachée. La condition des femmes y est fort miserable, d’autant Moschouites ialoux. qu’ils les souspeçonnent toutes peu pudiques, si elles ne sont tenuës closes, & reserrées dans leur maison, sans iamais gueres sortir, que quel ques festes, qu’on leur permet d’aller seules, femmes auec femmes se ioüer dans les prés, le reste de l’année estans enfermées pour filer & coudre, & se mesler du mesnage. Ce ne sont point dõcques seulemẽt les Italiens, ou Portugais qui ont martel in teste, de leurs femmes, ains aussi les Moscouites, lesquels (cõme le Barõ d’Herbestin escrit) ne voyẽt leurs femmes que le iour des nopçes. Si Iean Chopinel, dit de Meung, Iean Chopinel dict de Meung. fut esté bien aduisé, il deuoit adresser aux Dames Moscouites ces deux pauures couplets, qui peu s’en fallut, que ne luy coustassent vne vifue estrillade, dont on pensa luy cingler les espaules: Mais (possible) vouloit il maintenir, qu’en France il y en a aussi-bien qu’en Moscouie, qui ont les talõs fort courts. Asseurez-vous, que, s’il n’eut donné vne tortuë aux Dames, & ne leur eut creué le cœur d’honesteté, il estoit bien pour en estre quitte en homme de son pays, & ne fut pas sorty d’entre-my elles, sans beste vendre, car il n’y en auoit pas vne de la compagnie, qui ne luy voüa vne couple de douzaines de fessade, sur son pauure diable de dos. Elles (cela soit dit sans preiudice du droict d'autruy, & sans faire comparaison, qui est pour la pluspart du temps escloppée ) estoyent bien mal gratieuses, au pris des Dames Moscouites, qui toutes mal menées qu’elles sont, ne laissent à porter grande amitié à leurs marys, qui tant mieux les frottent, sont de tant plus aimez d’elles. De fait ay-ie leu, Moschouites, de tãt mieux honorez de leurs femmes qu'ils leurs sont rudes. qu’il y eut vn Aleman, lequel s’alla marier en ces quartiers, ignorãt, que pour estre bien venu de sa femme, failloit bien l’espousseter, & pource luy faisoit tout le meilleur traictement dont il se pouuoit aduiser, pour captiuer ses bonnes graces, pour s’estre donné à entendre, que les femmes de ce pays-là, vouloyẽt estre maniées, comme les Alemandes, mais tant plus il la caressoit, d’auantage luy faisoit-elle le groin, & se monstroit si reuesche, que vaincu de sa mine rechinée, luy commence à demander dequoy elle faisoit la mouë, veu qu’il prenoit si grãd peine à la mignarder. Ce ne sont ( ditelle) que mines, & puis coupe tout court. Peu de tẽps, apres quelques voisins luy firent entendre, que les Moscouites, pour appriuoiser leurs femmes, auoient accoustumé de les darder dos & vẽtre, & se fondoyẽt sur ce que, tout ainsi qu’vn cheual est dit estre mal traicté & pensé, voire qu’il ne fera bon seruice, s’il n’est bien estrillé & espousseté, aussi que les Moscouites, pour rendre leurs femmes promptes à l’esperon, les grattoyent le plus roidement qu’ils pouuoyent. Hà! (dit l’Alemand) ne tient-il qu’à cela? ie luy monstreray, que ie l’aime, & de ce pas fait courir martin bastõ42 par la maison, & apres, & vous en aurez. Si bien la vous espousseta, que les puces ne la pinçoyent pas: Aussi-tost elle s’en va luy sauter au collet, & auec dix mil baisers le remercie, de la grãde amitié, qu’il luy portoit. Dés qu’il y fut achaty, & qu’il ne voyoit sa femme luy prester vne chere riante, il vous deschargeoit sur elle, voulez-vous sçauoir, comme sur plastre, si souuent redoubla-il ceste nouuelle feste, qu’à la parfin43 la mit sur les carreaux, luy rompit bras & jambes & la tua. Ie ne vous dis point son nom, ne l’ayant trouué dans Laurens Surius, autheur d’vn tel compte, lequel i’appelle à garẽd, si aucun vouloit m’opresser de le maintenir. Ie reuiendray vers nos Moscouites, qui seroyent les plus heureux du monde, s’ils sçauoient iouïr du bien qui leur est mis entre les poings, sans se donner parmy la ceruelle ces faulses & estranges opinions de jalousie, qui rõge iusques aux os ceux, qui s’en laissent embabouiner. Qu'ils n’ayent occasion de se meffier de leurs femmes, ie ne le voudrois pas nier, d’autant qu’elles sont fort tendres de la croupiere, & aisées à estre culebutées à la renuerse. Les ruptures de mariage sont pour ceste occasion fort frequẽtes, & communes entr’eux, ils se donnent le libelle du repude, mais c’est en secret, & cachete,à cause qu’ils sçauent bien que c’est cõtre la religion, & statuts de l’Eglise, de tout temps. Si est-il quelques fois descouuert, & quand on voit que le mary a tort, le Magistrat interposant son authorité, les contrainct de se remettre ensemble: d’où quelquesfois aduiennent de terribles malheurs, comme de faict il ne peut aduenir autrement, lors qu’on contrainct les parties de se tenir à vn contract, qui est si chatouilleux, que le mariage, la reuerence duquel empesche maintesfois, qu’on ne manifeste plusieurs deffaux, qu’on est bien contrainct de tenir sous le pied, & si ne laissent pourtant à blesser bien outrageusement. Ainsi qu’on peut veoir alors qu’Æmil ( au rapport qu’en fait Plutarque, en sa vie ) repudia sa femme, laquelle il confessoit estre fort sage & honeste, & de maison fort noble, & de laquelle il auoit plusieurs beaux enfans : & lors que les parens de la femme s’en plaigni rent à luy, voulans sçauoir la cause qui le demouuoit de l’amitié coniugale, qu’il deuoit porter à sa femme, il leur monstra son soulier, qui estoit beau & bien fait, mais qu’il n’y auoit que luy, qui sentit l’endroit, où il le blessoit. Si n’appellẽt-ils point adultere, sinon celuy, qui entretiẽt chez soy, la femme d’autruy. Article que beaucoup desireroyent estre gardé en nostre France, pour s’expẽter du crime, où ils s’engagẽt chez autruy.

Les Goths & les Suesses. Chap. IX.

DE prime abordée ie sçay, que plusieurs m’attacheront de ce qu’il semble, que ie veuille mesler & cõfondre ces deux nations par ensemble. Ie ne suis pas à apprẽdre, que jadis ce n’estoit qu’vn peuple, & n’auoyẽt qu’vn Seigneur, enclos dãs vn mesme royaume: & que cõme souuẽt il aduiẽt quelques inimitiez se sont engẽdrées entre'eux, & y a des partialitez quelquesfois, par ce que chacun de ces deux peuples vouloit auoir son Prince à part. Et si pour cela ie ne laisse a demeurer d’accord que les Suessiẽs ont acquis plus de bruit en leur pays & és lieux voisins, au lieu que la gloire des Goths s’est estẽduë plus loing & a obtenu plus grand renõ, és guerres lointaines. Mais si faudra il qu’õ me passe cest article, que depuis ils se sont r’ejoints en vn, si bien qu’ils sont sous l’obeïssãce d’vn seul Seigñr, & quãt est du present sujet, on ne peut nier, que ces deux peuples ne se rapportent tout à vn mesme poinct. Et à fin que ie n’ẽ parle point en clerc d’armes, ou qu’õ me rebroüe, parce que ie n’aurois moy-mesmes veu ce que ie pretés alleguer, ie ne veux employer que ce qu’Olae le grãd nous en apprend, au 5. chap. du 14. liure de son histoire. Voicy la substãce de ce qu’il en a escrit. C’est la coustume du cõmũ populaire, entre les Goths, & Suesses, quant il est question de nopçage, d’vser de plusieurs cere monies, rafraischies en diuers tẽps, moyẽs, ordres & tesmoignages, sur tout à ce qu'elles demeurẽt fermes & indissolubles, sans qu'õ face aucune voye au diuorce, quoy que Mariages cõme sont menez entre les Goths et Suesses. permis par la loy. Car les parẽs de la fille qu'õ pourchasse à femme, s'enquierẽt diligẽmẽt de quelle race est celuy qui aspire au mariage, que est son estat, quelle sa qualité, & renommée, & comme il a accoustumé se gouuerner, & principalemẽt s'il est extraict de lict honeste, & de iuste & legitime accouplement, d'autant que cõme nous dirõs par apres, les bastards sont là fort mal venus. Apres, s'il le treuuent accõpaigné de toutes les parties qu'ils recognoissẽt assortables, pour celle, pour laquelle les fers sont mis au feu, en presence de deux tesmoins, attouchãs à la fille, tant du costé paternel que du maternel, le pere presente sa fille au poursuiuant, qui est là present, sous ces paroles. Ie te dõne ma fille pour hõneur, & a femme pour la moytié du lit, pour les portes, pour les clefs & pour posseder les tiers de vostre cheuãce, tãt en biẽs meubles qu'en immeubles, & le totage de ce que la haute Suesse tient de S. Ery, & que S. Ery a donné. Au nom du Pere, du Fils, & du S. Esprit Amen. Tels accords tiennent, & ne chome on pas lõg temps, qu'on ne viẽne à l'accõplissement du mariage, auec telles solẽnitez, que les parẽs d'vn costé & d'autre, s'assemblent à iour nommé, pour faire hõneur aux mariés, selon l'vs & coustume du pays, le plus magnifiquement que faire se peut. On les vous meine à l'Eglise, où, les cierges empraints ; on vous meine l'espouse couronnée d'vne benedictiõ Sacerdotale, puis deuãt le grãd Autel on la met costé à costé de son espoux, là où derechef on les sõme de dire, si de bõ cœur & frãche volõté, ils s'allient par ensemble, & s'ils ont enuie de viure & mourir en vn tel estat, & quãd ils asseurent, on ratisie le tout par l'agneau qu'on met au doigt de l'espousée & le reste des ceremonies de la benediction Nu ptiale. Et alors qu'õ met cest aneau l'esassistans tournans le dos se frappent à coups de poings, à fin de se ressouuenir d'vn tel & se solennel acte, tout ainsi qu'en la creatiõ d'vn Cheualier. Ceux qui se treuuẽt aux nopçes n'y vont point les bras dégarnis, ains y fõt tous les plus beaux Presens faits aux nopçes des Goths & Suesses. presens qu'ils peuuẽt, comme cheuaux, bœufs, brebis, licts, draps, & fruicts, à fin que ces liberalitez seruent pour dõner entrée à leur mesnage nouueau. Particulierement, toutesfois vse-on de ceste ceremonie, de donner vn cheual, vn bœuf, & vne coignée, à celle fin que les nouueaux mariez sçachent qu'ils sont appellez à vn estat qui les semond à trauailler, & pource leur sont donnez les outils & instrumens, ne reste qu'à les faire seruir. Olae le grand, ameine bien vne autre raison, & dict, que c'est pour les aduertir, qu'ils s'associent à tous trauaux & dangers, de sorte qu'entre eux, doiue demeurer vn mesme vouloir, & non vouloir, ius ques à ce que le diuorce, si la Loy y faict voye, ou la mort, vienne à couper le fil d'vne telle vnion. Tout cela est bien veritable, mais sans tirer les cheueux à la chose mesme, est impossible qu'on puisse faire symboliser à propos, en ce sens le signe & la chose signifiée. Mais auant qu'vn ieune homme ( comme i'ay dict ) peut cheuir d'vn mariage, il auoit beaucoup a demesler, d'autãt qu'outre l'enqueste sus mẽtionnée, le beau-pere taschoit par tous moyens, à luy dõner sous main des trauerses, pour esprouuer sa patiẽce, ayãs ceste maxime, que qui ne sçait biẽ obeïr, & endurer, ne sçauroit biẽ cõmander. De faict le mesme Autheur au 5. chap. du 15. liure de la mesme histoire, nous apprend Gendres esprouues par les beauxperes. que la coustume est entre ces peuples, que les beau-peres prouoquẽt au ieu d'eschets leurs futures gendres, comme ils sont tres bien aduertis que cest vn ieu où la porte est esbaillée à ceux, qui trop indiscrets lascheront la bride à leurs folles La condi tion des bastards fort miserable entre les Goths & Suesses. passions mais la scrupulosité qu'ils font des bastards semble vn peu fascheuse d'autant qu'encores que les loix ne les mettent au rang des legitimes, si ne sont elles poinct si, rigoureuses que de les forclore & forbannir de la compagnie des autres, voire le mariage du legitime auec le bastard n'est point expressément inhibé & deffẽdu. La raisõ est que le mariage quant à la consommation tient plus du naturel que du ciuil. Or que le bastard doiue quelque chose au legitime pour le naturel on ne me le fera point confesser si on ne vouloit luy faire perdre sa qualité de naturel qui lui a esté baillée, maintenuë & gardee par nos loix. Si bien qu'il n'y a que ceste discretion que le droit ciuil a tres iustement introduict des mariages auec les accouplemens defendus reprouués & non loisibles, qui faict que ceux qui sont procreés hors mariage ne participent aux droicts, priuileges & prerogatiues, dont les legitimes ont esté gratifiés. Mais au reste que nature se soit entierement despitée cõtre les bastards qu'elle ne les ait fauorisé de plusieurs graces ne pourront dire sinõ ceux la qui ou de gayeté de cœur se voudront bander contre la verité ou qui, pour rabotter leur ignorãce & bestisse seront renuoyés aux Histoires qui leur apprendront qu'il y a eu plusieurs bastards qui maintesfois ont fait de choses bonnes, dignes & louables, voire que par fois ont fait honte aux legitimes. Ie ne vous mettray point en ieu hercules, d'autãt que le liseur pourra s'il luy plaist auoir recours au cent trentehuitiesme embleme du Docte Alicat, ny moins Themistocles, Aenée, Thesee Romulus, Alexandre le grand & plusieurs autres celebres par les anciens, en passant ie ne vous veux parler que de quelques vns presque de nostre aage. Vous auez eu ce Constantin le grand fils de l'Empereur Constantius & de S. Heleine. Ne fut il pas, qui trãsporta l'Empire en Cõstantinople & remit au dessus plusieurs belles ordonnãces pour le Christianisme? Que dirons nous de cest indomté Guillaume Bastard de Normandie, lequel ( comme entre autres a tresbien remarqué le Cosmographe Theuet, en son histoire des hommes illustres ) conquit sur Erald & autres qui le voulurẽt troubler, l'estat de son pays d'Angleterre, où il exploicta telles proüesses que si ceux qui luy sont les moins affectionnés, ne se mettoient à le louanger, ie feroie aucunement cõsciẽce de croire ce qu'õ cõte de luy. Il faut bien que l'Angleterre reuere grandemẽt sa memoire qu'encores auiourd'huy elle garde, reuere & honore les loix qu'il y establit. D'où est ce qu'on extrait ce valeureux capitaine Castruccio Castracagne? ie ne me veux formaliser sur la tige des Antimellenes, d'où on luy veut dõner racine, si sçais ie bien auoir leu qu'il fut esleué premierement & nourri par vn chanoine de l'Eglise S. Michel à Luques nommé messer Anthoine Castracaigne. L'Italie a el le enfanté Capitaine qui de son qua libre ait fait des choses plus esmerueillables qu'a faict Castruccio ? Les Luquois ne peurent empescher qu'il ne les seigneuria. Les Pisans pareillemẽt le choisirẽt pour leur Prin ce. Bref targué de l'õbre de l'Empereur Frederic deuxiesme, qu'aucuns, pour la meureté de l'aage qui battoit sur Constance, sa mere, ne font pas plus legitime que Castruccio, il nagea si bien en eau trouble, que parmy les garbuges44 des Guelphes & Gibelins il trouua moien de se percher aux degrés les plus eminens de toute l'Italie. Mettray ie icy en rang Pierre Lombard & ses deux freres Pierre Comester & Gratien, tous trois illegitimes qui ont resuscité pour la plus grand part la Theologie. Où est ce Baptiste Mantuan, qui tout Carme qu'il estoit a sceu si haut entonner sa musette que ses mal-veillans, sont contraints de priser la dexterité & excellence d'esprit cachee sous les replis d'vne robbe autrement mal veuë pour la legitimation. Voyre mais, qu'est-il de besoin de m'estendre d'auantage sur ce discours, puis que, pour accoster les Goths si delicats ie puis leur mettre en teste vn des leurs, qui, illegitime à neantmoins faict esclater par les principales parties de l'vniuers le bruict & excellence du nom Gottique ? C'est ce Theodoris, lequel est tant celebre pour ses glorieux faits d'armes principalement pour auoir fait teste à ce fleau de l'vniuers Attile.

Les Laponienes. Chap. X.

COmme ce peuple est fort abbesti d'idolatrie,aussi leurs ma riages sont embroüillez d'vne bestise vraymẽt Laponique, à laquelle i'entẽds faire allusion, puis que ie treuue, que les Germains appellent Lappons ceux qui ne sont ou ne disent rien à propos comme nous disons gens sots & niais & qui sont grossiers d'entendement. Voici cõment Olaus le grand nous apprend Ceremonies des mariages des Laponiens. qu'ils se gouuernent en leurs mariages. Ils font prendre alliance (dit-il) par mariage à leurs enfans en la presence de leurs parens alliés & amis, & ce par le battement du fer contre vn caillou: car les mariages sont plus heureusement & a propos par le feu & le caillou que par aucun autre signe. Voire que les Chrestiens Septentrionaux & qui sont tenus pour les mieux ciuilisés ne parlent iamais de nopçes sans feu. Pour-ce chasque des espousés & espouses, selon son estat & qualité allans espouser à l'Eglise faict porter deuant soy des beaux cièrges attintés, mirolés & parés de grands bandeaux de soye, lesquels ils offrent au prestres auec de fort riches dons & presens, mais les porteurs de cierges s'entre pillẽt, à qui pourra emporter ces bandeaux de soye. En apres les femmes apres leur releuee, vont remercier Dieu, ayant de mesmes des cierges allumés. Or quant au Lappons & leur maniere defaire il faut encores adiouster que outre le feu ainsi porté, comme dict est suiuant la coustume du pays, l'espousee, selon la grandeur de sa maison & noblesse de ses parens, est reuestuë de belles martes subbellines45, & mise sur vn Rangifere46 apriuoisé, Resiouis sance es noçes des Commin gesoise. entouree de parẽs & amys, lesquels en chantant & dansant, la conduisent iusqu'aux tentes de son mary ou iusqu'au lict. De mesmes que le S. de Belleforest au quarante troisiesme chapitre du troisiesme liure de l'Histoire vniuerselle escrit auoir obserué en Comminge ce qui se fait presque par toute la Gascoigne que vne fille estant mariée, le iour des nopces on assemble vne troupe de filles les mieux chantants qu'ils appellent Douzelles, lesquelles, comme on conduit l'espousee à l'Eglise, vont loin deuant elle en cheueux & auec des guirlandes sur la teste deux à deux, ou trois à trois chantant vn long Epithalame à la loüange du Sainct mariage & sur l'institution d'iceluy, le refrein duquel est tel en la langue du pays.
Qui la Nobie benassis, Benasis à Iesus Christ.
Qui veut dire que qui benit l'espousée donne loüange à Iesus Christ, & en cest equipage la meinent & rameinent au sacre. Estans de retour auant que l'espousee entre en la maisõ ces Douzelles chantent ces deux vers.
Gestas hauez & fourment, Que la nobie est de sens.
Qui signifie, iettes feues & four- ment, car l'espousée est dedans: ce qui est fait par ceux, qui sont demeu rés exprés pour ceste ceremonie: l'institutiõ de laquelle a esté des lõg temps portant signification d'abondance & richesse par l'espanchemẽt du bled & de fertilité en lignee par les feues, ausquelles les sages Grecs auroient attribué ceste signifiance, entant que Pythagore pour ce respect, deffendoit l'vsage d'icelles à
Habille mens des Laponiẽs
ses disciples. Mais de ceci nous ne lairrõs discourir pour reuenir vers nos Lapponiens pour les habiller aussi bien que les femmes. Doncques le mary vestu de peaux de Loup ceruier, va & marche auec vne grauité & grace, pareille à celle d'vn Senateur ou magnifique de Venize, & resentant celle modestie, qui est deuë en vn mystere si saint que celuy, auquel est permise la couche sans macule pour l'accroissement de l'hu Mariages des Laponiẽs auec le feu & le caillou. main lignage. Sur telles ceremonies plusieurs ont prins plaisir de subtiliser & principalement sur ce qu'ils ne repuroient les mariages heureux sans le feu & le caillou, mais pensent que ce soit vn mystere propre à cela. Car tout ainsi que le caillou a le feu caché dedãs soy, lequel estincelle quand on le frappe: aussi en tous les deux sexes il y a vne vie cachée laquelle finalement est produite en auant par mutuelle coniõcition en lignee viuante. Les autres ont mythologisé sur ce que le feu estoit tenu pour l'vn des principes de toutes choses, mais ils ne regardent pas premierement que le feu sans l'eau n'est point tenu pour principe ayant efficace. En apres les Philosophes tiennẽt, que le feu et le plus contraire à la generation, pour-ce qu'il est fort actif & deuore l'humeur. Ce n'est pas, que ie n'aye leu, qu'il produit certains animaux. Car Mouches viuans par my le feu en Chipre és forges & fourneaux de Bronze, qui y sont cõmuns on voit au milieu du feu vne espece de gros ses mouches, lesquelles ( ainsi que Pline a mis parescrit au trẽtesixieme chapitre de l'vnziesme liure de son Histoire naturel) ont quatre pieds & volẽt parmy le feu:lesquelles à cause de ce sont appellees Pyrales, Pyraustes ou Pyrotles. Car Pyrauste en Aristote est prins pour vn ver; qui gaste les rayons de miel autant que feroit vne araigne. Qui plus est pẽdant que le feu est au fourneau & qu'elles sont dans le feu elles se portent bien, mais si d'aduenture elles sortent de la fournaise, & qu'elles prennẽt l'air vn peu loin, elles meurent soudain. Voions si ceux là s'esloingnẽt point trop de ce qui est vray semblable, lesquels rapportent ce ste ceremonie du feu à l'Idolatrie, qui a cicatrisé le cœur des Laponiẽs, adorans le feu. Qu'il n'y ait de l'apparence on ne sçauroit le nier, attẽdu que, comme ils reueroiẽt le mariage, aussi ont ils voulu luy assigner ce qui estoit entre eux tenu pour le plus digne & excellent & qu'ils adoroient, ainsi que le Chaldeens, les Perses, les Sensuz qui sont les moynes en Tartarie, dont ils sont fort mal voulus par les Bachsi48, encores que veritablemẽt les Tartares respectent trop superstitieusement le feu,ainsi que nous monstrons, au chapitre destiné à la Tartarie. Ie ne sçay où c'est que l'Autheur du badinage Laponique a voulu au lieu de caillous faire croire, que ces Laponiens se seruent d'vn certain bois: il est biẽ le premier qui a voulu imposer cellà a ces rustaux, mais c'est qu'il tasche de leur approprier ce qu'on trouuera que le Seigneur de Lery au dixhuitiesme chapitre de sõ histoire de l'Amerique attribue aux sauuages. Et qu'ainsi ne soit voicy ces propres mots. Mais puis qu'en traitant de la police des sauuages ie
Estrange façon de faire du feu.
suis tombé à parler du feu,lequel ils appellent Tata & la fumee Tatalin, ie veux aussi declarer l'inuẽtion gẽtile & incogneuë par deça qu'ils ont d'en faire. D'autãt donques que aymans fort le feu ils ne demeurent gueres en vn lieu, sãs en auoir, principalement la nuict qu'ils craignent merueilleusement d'estre surpris d'Aygnam, c'est à dire du malin esprit, lequel (comme i'ay dit ailleurs) les bat & les tourmente souuẽt, soit qu'ils soyent par les bois à la chasse, ou sur le bord des eaux à la pesche ou ailleurs par les champs: au lieu que nous nous seruons à cela de la pierre & dy fusil dont ils ignorent l'vsage, ayans en recõpense en leur pays de deux certaines sortes de bois, dont l'vn est presque aussi tendre que s'il estoit pourry, & l'autre au contraire aussi dure que celuy, dont nos cuisiniers font des lardoires, quand ils veulẽt allumer du feu, ils les accommodent de ceste sorte. Premierement apres qu'ils ont apprimé & rendu aussi pointu qu'vn fuseau par l'vn des bouts vn baston de ce dernier, de la longueur d'enuiron vn pied, plãtent ceste pointe au milieu d'vne piece de l'autre, que i'ay dit estre fort tendre laquelle ils couchent tout à plat contre terre, ou la tiennent sur vn tronc ou grosse busche en façon de potense renuersée : tournant puis apres ce baston soudainement entre les deux paumes de leurs mains, comme s'ils vouloyent forcer & percer la piece de dessoubs de part en part, il aduient que de ceste roide agitation de ces deux bois, qui sont ainsi comme entrefichez l'vn dans l'autre, il sort non seulement de la fumee, mais aussi vne telle chaleur, que ayans du cotton ou des feuilles d'arbres bien seches, toutes prestes ( ainsi qu'il faut auoir pardeça, le drappeau bruslé ou amorce aupres du fusil ) le feu s'y emprend si bien, que ceux, qui m'en voudront croire, en auoir fait moy mesmes de ceste façõ. De dire que les Laponiens vsent de ceste façon de faire du feu c'est prendre plaisir de iouër au deuiner. Au reste ces Laponiens sont frappés de la maladie Zelotypique, à laquelle ils ne peuuent bonnement remedier, estans contraincts, s'ils veulent morfier49, aller à la chasse & faire leurs besongnes & cependant ie me recommande, s'il y a mot Laponiẽs ialoux et non à tort. donné, si les femmes ne treuuent pas des furons qui viennent furer leurs connils en leurs garennes. Et y a bien d'auantage, que quãd mesmes elles vont aux champs, elles ne laissent point de iouër au bransle à la renuerse, d'autant que leurs maris n'oseroyent les mener auec eux, & sont si tres-superstitieux sots & abrutis, qu'ils reputent vn grand peché entre eux, si vne femme sort hors du tabernacle ou pauillon par la porte par laquelle son mary sera sorty ce iour là pour aller à la chasse.

Les Arabes, Chap. XI.

CEs peuples, quoy qu'au reste soyent fort adroicts pour les Arabes grands larrons. armes, sont si accoustumez qu larcin, qu'eux-mesmes ne peuuent se garder de piller & voler ceux qu'ils hebergent, mais c'est auec vne gaillardise telle que naturellement on les iuges nés à la pinse. Ils viuoyent autresfois par familles, & en communauté de biens, entre ceux de la famille, mais auiourd'huy ils sont Pluralité de leurs fẽmes et de la punition de l'adultere. deparcelez. Ils espousent plusieurs femmes, aussi-bien que les Turcs, & neantmoins punissent plustost vn qui commettra adultere contre leur sang, que celuy, qui sera si abominable, que s'accoupler auec les masles ou auec les bestes: veu que ce sont leurs vices plus communs, qu'ils appellent Melea, comme s'ils vouloient dire chose plaisante & delectable. Aucuns escriuent, que les incestes parmy eux, sont hors de scrupule,si biẽ que ce peuple Arabe s'accouple auec leurs meres, & sœurs. Ce qui semblera estrãge à ceux qui ont apprins de Strabon,au seiziesme liure, que les Arabes nabathées sont continens,sobres, & sans aucune lubricité. Si faut-il, ou que Strabon ait esté mal aduerty, ou que les Arabes ayent changé de mœurs, d'autãt que ceux, qui nous les ont nouuellemẽt historiez, les nous representẽt pour Habits des Dames Arabesques. estre beaucoup dissolus. Leurs femmes vont assez bien vestuës,suiuant la façon & mode du pays,ayãs pour habit les chemises noires,à grandes & larges manches, sur lesquelles elles ont & portent comme vn drap & linceul, de mesme couleur, ou de blued Turquin, & de cecy s'enuelopent elles si gentiment, que plissé & replissé, elles le viennẽt ioindre sur les espaules, & l'attachent auec des agraffes d'argent, faictes fort gentiment : aux oreilles ont des bagues d'argẽt, & aux doigts aussi, & se ceignent les jambes de petits cercles de mesme estoffe. Elles portent encores des torets de nez, ou plustost des masques de toile, où n'y a ouuerture que pour les yeux, voire que Tertullian au liure de Virg. Vel. asseure qu'elles ne regardent que d'vn œil, de peur de ne mettre les hommes en tentation, tant la pudicite leur est agreable : Des que ces Arabesques voyent vn homme, qui ne soit de leur parenté, elles se couurent le visage, & ne luy parleroient pour chose du mõde:mais si ce sont leurs parens ou marys, elles tiẽnent la face descouuerte. Les Arabes al Arabes comme marchent par païs. lans de lieu a autre (suiuãt qu'ils sont vagabonds ) conduisent honestement leurs femmes, assises sur des Chameaux, & en certaines selles couuertes de quelques tapis à fin que le chaud ne les offense, & sont ces selles faictes de telle sorte, qu'il n'y peut rien tenir qu'vne femme: lors mesme qu'ils vont à la guerre, où le propre iour de la bataille, ils ont auec eux leurs femmes, pour les encourager durant le combat, & les aiguillõner, à ne craindre se hazarder, pour leur deffense, ou plustost, parce que leur seule presence les semond à faire quelque acte valeureux, pour leur donner impression de ceste generosité, qu'ils veulent bien que ces femmes croyent estre en leurs marys, de mesmes que vous voyez, que, pour faire esuertuer vn coq, à la iouste, on a de coustume de luy mettre aupres ses poules. Ces femmes, auant que d'aller vers leurs marys, ou le iour des no Arabes peintes. pçes, ou en vn autre saison, pour coucher auec eux, se peignent la face, le sein, les bras & les mains, auec certaine couleur azuree, leur estant bien aduis que c'est chose bien gẽtile d'estre ainsi peintes & enluminées: & tiennẽt ceste coustume des premiers Arabes, qui jadis entrerent en Afrique, qui l'apprindrẽt des Africains, bien qu'à present les cytoyens des villes de Barbarie, qui sont naturels du pays, n'imitẽt point ceste façon de faire, ains leurs Dames ayment de se maintenir en la blan cheur, qui leur est naturelle. Il est vray qu'elles ont certaine ancre ou peinture, faicte de fumée de noix de Galle, & de safran, auec laquelle elles se peignent les joües, en rondeur, & les sourcils en forme d'vn triangle, & se mettent sur le menton quelque chose, qui ressemble vne feuille d'Oliuier, laquelle estant loüée par les vers des Poëtes Arabes (dont il y a grãde foison) en leurs chansons amoureuses, il n'y a grand personnage Africain qui n'en veuille porter, par gallantise. Et est à noter, que ces femmes n'oseroyẽt porter, que deux ou trois iours ce fard, ny paroistre deuant leurs parens, en cest équipage, à cause que cela sent sa courtisane, seulement en donnẽt la veuë & le plaisir à leurs marys, pour les mettre en ruts, & les resueiller au mestier : car ce sont les femmes du monde, qui desirent plus le masle, & leur est bien aduis,que par ce moyen elles donnent lustre & accroissement à leur beauté. La misere des Arabes est si grande que pour leur nourriture sont cõtraints de donner leur enfans, pour gaiges, aux Siciliens,à fin d'auoir viures : & si au temps prefix du payement ils ne satisfont aux marchans, faut que leurs fils demeurent esclaues toute leur vie, si ce n'est que le pere, les racheptant, paye triple vsure, de la somme premiere.

Les Senegheens50. Chap. XII.

I'Eusse bien pris la generalité des Nigrites,pour tout d'vn coup & en vn bloc, emmonceler mais ce cõcerne leurs mariages, mais ce faisant ie me mettrois à l'hazard d'estre aisément battu d'vn d'eux, attendu Terre des Negres de grande estendue. que la terre des Negres contient sous soy plusieurs & diuerses regiõs, telles que sont Gualata, la Guinée, Nelli, Tombuts, Gago, Guber, Ægadez, Cano, Casena, Zegzeg, Zanfara, Guangara, Borno, Gaoga, Nubie51. De vouloir faire reueuë de chacune de ces contrées, ce seroit s'embarasser en vne trop grande prolixité. D'ailleurs de vouloir ranger tous ces peuples à mesmes loix & ceremonies,matrimoniales, seroit declarer ; qu'on n'a appris, qu'ils estoyent plus brutaux les vns que les autres,selon qu'ils estoyent plus voisins des Lybiens. Ioint que nous trouuõs, qu'aucuns d'ẽtr'eux estoiẽt si bestiaux, qu'ils ne sçauoyent presque semer du grain, pour leur viure, viuans simplemẽt de chairs & poissons, & vsans des femmes, sans reigle,ny loy de mariage, chacun s'accouplant auec la premiere, qui luy venoit en main : car paissans leurs bestes, ils habitoyent hommes & femmes, en mesmes logettes, & estoit leur giste par terre, & sur des peaux de leurs bestes. Les Azanag- Sottise des Aza naghaz. hez ( qui se tiennent entre le Promontoire de Cap Blanc & le fleuue de Senega) sont si nyais, que mãgeans ils se couurent & cachent le visage, estimans, que ce soit vne saleté, aussi grande, de mettre la vian de par dessus, que la vuider par enbas. Leurs femmes sont estimées les plus belles, comme plus grandes sont leurs mãmelles, de sorte qu'elles ont autant de peine à se les agrãdir, que nos mignonnes par de ça à se les endurcir, & faire separées l'vne de l'autre, pour complaire plus, que pour necessité naturelle. Donques nos Senegheens, comme ils font les principaux du pays, & de tant plus renommez, que la violence & roideur du fleuue Senega a vogue, ont esté icy choisis pour pa Senegheens cõme vestus. rangon du reste des Negrites. Pour la pluspart, ils vont tout nuds, sauf qu'ils portẽt vne piece de cuir, faite comme des brayes, pour couurir leurs parties honteuses:mais les seigneurs, & ceux, qui ont quelque moyen, portẽt des chemises de cotton, lequel croist abondamment en leur terre. Quant aux femmes & filles, elles vont toutes nuës, depuis la ceinture en sus, mais au bas elles ont des pieces de ce cotton, comme des linceux, quelles s'entortillẽt autour du corps, & qui leur pendẽt iusques à demy-jambe, allans & hõmes & femmes, tous pieds-nuds, ne portans chose quelconque en leur teste, ains tressẽt leurs cheueux fort gentiment, & les lient auec des rubans, & hõmes & femmes. Quãt aux hommes, ils font plusieurs cho-, ses, qui sont de l'office des femmes entre nous, comme filer, & lauer les drapeaux, & elles cepẽdant, viuẽt oiseuses, si ce n'est pour le fait de leur mesnage, & viure ordinaire. Mais ce n'est point (à mon aduis) le principal lieu, où le bas les blesse: car i'estime la seruitude de leur mariage plus esclaue & miserable. De fait, fait à noter que le Roy de Senega est si bas percé, que n'ayãt tribut gabelle, ny taille, qu'il leue sur son peuple, est necessité de viure de voles, & pilleries sur les voisins, les prenant esclaues, & leur faisant labourer les terres de son domaine, le reste il vend aux Azanaghez, & aux Portugais, depuis qu'ils ont commencé de traffiquer en ceste contrée, & aux Arabes, qui leur donnent des cheuaux en eschange.
Plura- lité de femmes entre les Senegheens.
Ce Roy neantmoins, tout pauure, pietre, trupelu52 & recreu de moyens qu'il est, ne laisse à se vouloir donner du bon temps, si tient tant de femmes que bon luy semble, comme aussi & les Seigneurs, & tous les Senegheens, en peuuent auoir autant que leur puissance s'estend pour les nourrir : Le Roy les depart en diuers Casats ou villages, qui sont deputez pour l'entretenement de leur train, en chacun y en ayant huict ou dix, mais se tenans chacune en son logis separé, & ayans certains nõbres d'esclaues & femmes captiues, pour les seruir, & labourer les terres, assignées par le Prince, pour la nourriture de ces femmes, lesquelles, quand le Roy les va veoir, sont tenuës de le defrayer auec sa suitte, chascune de ces Dames luy enuoyant le matin au leuer du Soleil, la viande toute preste, chair & poisson, dequoy il se repaist. De sorte que vous vo yez, que ce Roy sert d'estalon à ses femmes, chascune à son tour, or qu'il faut, que, pour recognoissance de la peine, qu'il prend a planter les cornes à leurs bons maris, elles le deffrayent. Mais la misere passe bien plus outre, car des qu'vne est enceinte, le Roy ne la touche plus, & ainsi les pauures Senegheens sont chargez des enfans, qui ne seront extraicts de leurs reins. Cela est cause, que pour la multitude de ces enfans, ils sont contraincts de desrober, & se rendre esclaues de leur propre volonté.
Seneg- heennes se dõnent du bon temps.
Comme i'ay dict, les Senegheennes ont assez bon temps, aussi sontelle ioyeuses, alegres & gaillardes, chantans & dansans fort volontiers, & sur toutes celles qui sont ieunes, qui engendrent le moins de melancolie qu'elles peuuent: Elles ne dansent que la nuict à la clarté de la Lune, n'ayans autre sorte d'instrumens que certains tabourins, & des violons, n'ayans que deux cordes, qu'ils sonnent des doigts. Ne pensez-pas que les Senegheens soyent seuls, qui participent d'vn des quartiers de la Lune, soubs mesme tragedie passent les Budomeliens leurs voisins, qui sont par vsage coustumiers de couler cela plus doux que laict, encores que ce soyent les plus vilains jaloux de la terre, voire tellement outrez de ceste maladie, qu'ils ne permettront que personne entre au lieu, où se tiennent leurs femmes, le pere mesmes, a deffiance de son fils propre.

Les Æthiopiens. Chap. XIII.

IAdis les Æthiopiẽs estoiẽt si brutaux, que de se mesler indifferémẽt cõme bestes,auec leurs propres meres, sœurs, tantes, niepces, & cousines, sans aucun respect de la reueIcy dõc rence deue à la consanguinité: tou-tes-fois, selon le r'apport de ceux qu'on tient auoir voyagé ces parties Æthiopiennes) tels incestueux & abominables meslanges ont esté retranchez d'entr'eux. Icy dõc ie n'ẽ ay aduerty le liseur, que celuy qui a proposé la description d'Æthiopie, raporte, qu'il trouua le lieu de Barua habité la plus grande partie de femmes, qui sont la plus-part frequentez de courtisannes du PreteIan & de ceux qui sont à la suitte du Baruhas. En ces quartiers la poligamie y est indifferemment suportée,si bien que ceux, qui se sentẽt dequoy
Ceremonies gardez par les Æthiopiens en leurs mariages.
& sont à leur gogue53, peuuent en prendre & entretenir deux ou trois, sans qu'il leur soit deffendu par le roy ny la iustice, ais trop bien par la Cour d'Eglise, tellement que tous ceux qu'on sçait en auoir plus d'vne ne peuuent entrer dans l'Eglise, qui les tient pour excommuniés. En ces pays il y a fort peu de tenuë aux mariages, car ils se separent pour des occasions fort legeres. Or les ceremonies & solemnitez de la celebration du mariage qui se fait hors l'Eglise & de ceux qui poligamient, sont telles. On dresse vne couche en vne court deuant la maison, & sus icelle faict on asseoir l'espous & l'espouse: trois Prestres se viennent ranger aupres d'eux, qui commẽcẽt à entonner Alleluya, fort brusquement, & ainsi tournoyent trois fois autour d'eux, puis coupẽt à l'espoux vn toupon de cheueux sur le sommet de la teste, & autant à l'espouse sur vn mesme endroit, puis le trempent dans du vin, de miel, mettans ceux de l'espoux sur le chef de l'espouse & sur la teste du mary ceux de la nouuele mariée au mesme endroit qui a esté denué de cheueux. Cela faict ils vous les arrousent d'eau benite à leur mode, & lors chascũ demene feste iusques à la nuict, qu'on accõpaigne les parties en leur maison, où n'est permis à personne d'ẽtrer par l'espace d'vn mois, sinon à vn homme seul, qui est leur compere, & s'en part incontinent que le terme est expiré. Que si l'espouse est quelque femme de sorte ou autho rité elle demeure cinq ou six moys sans sortir de la maison, tenant ordinairement vn voile noir sur le visage, lequel elle ne peut laisser auãt le terme de six mois, sinon que plustost elle se trouuast enceinte. Quãt à la façon & ceremonie des espousailles, faites legitimement & en l'Eglise n'y a pas grand difference & ne s'accordent les solemnitez Latines & Romaines. On fait seoir l'espoux & l'espouse sus vne couche posee au deuant la porte principale de l'Eglise, au tour de ceste couche va l'Abuna54, qu'ils nomment Patriarche, auec la Croix, & l'encens, puis s'accostant d'eux leur met la main sur leur teste, leur disant, prenez garde d'obseruer diligemment ce que Dieu commande par son Euangile, & croyés que vous n'estes plus diuisés,mais vnis conioincts, & incorporés tous deux en vne chair. A ceste raison vous deuez estre doresnauãt d'vn mesme cœur & vouloir. Ce que leur ayant remonstré,ils demeurent iusques à la fin de la
Dissolution du mariage entre les Æthiopiens.
Messe. Or quand cecy se fait, les ma riages sont sellees, clos, bouclés & arrestez par contracts, qui sont tels, que la femme abandonnant le mary & le mary la femme, sont obligés à certaine peine, ordonnee & dont est conuenu entre les parties, qui l'ésloignent selon qu'ils cognoissent la qualité & portee des personnes, cõme en telle somme d'or d'argent, tãt de mulets vaches, cheures, draps ou quelque mesure de forment. Et si quelqu'vn se veut separer il cerche tous les moyens de le pouuoir faire s'exemptant du pache & cõditiõ, en payant telle amende. A cause de ce ils se separẽt pour causes fort friuoles, mesmes racompte on, que le Prete-ian, ayant promis d'espouser la fille du Roy d'Adee, qui estoit Maure, la refusa, à cause qu'il trouua qu'elle auoit trop grandes dents, toutesfois pour cela il ne voulut la renuoyer à son pere, parce qu'il l'auoit desia faict Chrestienne, ains la maria à vn grand Seigneur, de sa Cour, qui ne fut point degousté de la prẽdre, & quoy qu'elle eut grandes dẽts n'auoit pas peur qu'elle le mordit. S'il y a d'entre eux aucuns qui se maintiennent ensemble paisiblement & gardent inuiolablemẽt l'ordre de mariage, ce sont les Prestres, à cause que tout le moyen d'en pouuoir ainsi vser, leur est osté par l'expresse inhibition & deffence de la loy. Les mariages semblablement sont fort asseurés, fermes & stables entre les paysans, qui sont plus affectionnés à leurs femmes, pour-autant que sans elles ils demeureroyent acculees, pour le plaisir & contentement de leur vie rusticque. De faict elles leur aydent à nourrir leurs enfans, garder le bestail, recueillir & nettoyer les grains, tellement que ils ne les abandonnent iamais tandis qu'ils viuent : & mesmes pourautant que, retournans à la maison, ils trouuent tout leur mesnage bien en ordre & ce qui est necessaire bien appresté. Et pour-ce que i'ay dict que par leurs contracts ils establissent quelques peines, pour esclaircir ce poinct ie vous en veux amener vn exemple du Barnagas Dori, lequel se separa d'auec sa femme, a raison dequoy il fut contrainct de payer cent onces d'or, qui pourroient reuenir à trois mil deux cents cinquante liures, puis se ioignit auec vne autre, & la repudiee espousa vn gentilhomme, appellé Aaron, frere de ce Barnagas, dont tous deux eurent des enfans. Et ne faut trouuer cecy estrange, car ils n'en font que le sert & mestier, voire que telle est la coustume du pays, auquel on ne trouue pas mal faict si le frere a la compaignie de la femme de l'autre & l'espouse, pour autant ( dient-il ) que l'vn suscite la lignee de l'autre. Or encores que i'aye destiné vn chapitre particulier au mariage des Prestres, si ne sera il pas messeant pour le descharger d'autant de toucher icy vn mot touchant le mariage des Prestres, Æthiopiens: lesquels se marient auec vne seule femme obseruans trop mieux les loix de mariages que ne font les gens lais: En quoy faisãt Mariage des Prestres Æthiopiens. ils viuent iusques au dernier souspir de leur vie en leur maison auec leurs fẽmes & enfans. Leurs fẽmes, mortes, ne leur est permis en blanc ny en noir de conuoler à secondes nopces, comme semblablement il n'est loisible aux femmes sur-viuantes d'espouser autres marys, mais bien de se rendre nonnains, si bon leur semble. Que s'il aduenoit que le Prestre marié eut affaire & compaignie auec vne autre femme, l'entree de l'Eglise luy seroit defendue, auec ce qu'il ne participeroit au reuenu d'icelle, mais seroit tenu au nombre des gens lais seulement. Qu'ainsi ne soit appert parce qu'en rapporte Dom Francisque Aluarez qu'il en a veu conuenir vn, & appeller deuant le Patriarche, pour auoir esté trouué couché auec vne femme: ce qu'il ne peut nier, & cõfessa le delict en la presence d'vn chas cun : en punition dequoy il fut condamné à ne porter plus de croix en main, de n'entrer en l'Eglise & reprendre l'estat seculiere. En outre aduenant qu'vn prestre vienne à se coupler auec vne femme par mariage il demeure entre les gens laids comme il en print à Abuquer fils de Cabeata, l'vn des grands Seigneurs qu'on eut sceu choisir d'entre tous les courtisans, lequel aage de quarante ans, apres de decés de sa premiere femme, rentra en seconde nopces espousant Romaine, or que sœur du Prete-ian, qui pour quelque mouche, qui luy vint picquer à la teste, se separe d'auec vn ieune. Siegneur qu'elle auoit pris pour mary. Cest Abuquer estoit Prestre & d'auantage, grand Chappellain du Prete-ian, en grande authorité & reputation ayant laissé escouler plusieurs annees qu'il passa en son solitaire vefuage print phantaisie de se remarier. Pource l'Albuna Mars, le degrada, & le relegua entre les laids. La plus grand'partie des fils des Prestres, se rangent de l'ordre paternel, à cause Enfans des Prestres Æthiopiẽs. que ce n'est la coustume en ces païs là de tenir escoles, pour enseigner à lire ou escrire, pour-ce qu'il ne se treuue personne, faisant profession de telle vacation, si que les Prestres monstrent ce peu qu'ils sçauent à leurs enfans qui par ce moyen se rẽdent capables d'estre faicts Prestres par l'Abuna55, qui est seul en toute l'Ethiopie, sans aucun Euesque ny autre personne qui donne les or Punitiõ de l'adul tere entre lés Æ thiopiẽs. dres aux Prestres. Icy ie ne veux oublier ce qui concerne la punition de l'adultere, d'autant qu'il est fort nouueau & estrange: de faict s'il y a vne femme accusee d'adultere, & que le faict en soit aueré, cela ne va deuant les iuges,ains en appartient la vuidange au mary & aux parens, qui se sentent interessés par telle faute en leur reputation & honneur. N'est loisible aux Æthiopiens de s'accointer aux femmes estrangeres, voire qu'il y en a, qui ont laissé par escrit, que le Roy mesmes faut qu'il prenne sa femme du pays telle qu'il luy plaist choisir,lequel n'en a qu'vne non plus que les Prestres seculiers. C'est aux marys à donner & establir douaire à leurs femmes, sans qu'elles apportent autre cas que leur corps, & vn bõ desir de ser Douaire constitué par les mar is aux Ethiopien nes. uir & obeyr à son espoux : ce-qu'ils leurs donnent sont perles, aneaux, chaisnes, draps de soye & autres meubles. Et en ce ils practiquent la loy des Lacedemoniens, laquelle reiettoit le dot, non sans tresiuste occasion: Car pour la plus-part ce dot sert d'amorce, pour faire arpentir au mariage & par-ce moyen faudra ou qu'il se rende serf & esclaue de celle, à laquelle il doit cõmander & comme dit Plaute, qu'il vende sa liberté pour vn dot & biẽs perissables, ou s'il est si leger, desloyal & mescognoissant, que s'estãs emparé des biens de ceste femme il la desdaigne & mesprise, Dieu, sçait par quelles reproches il est pourmené.

Les Calecuthiens. Chap. XIII.

AV chapitre destiné aux Bramins, nous auons desia touché du passe-droict, que ces venerables se sont acquis sur les Roys de Calecuts, tels qu'ils sõt les premiers imitez, receus & destinez pour dõ Roynes de Calecut, depu cellées par les Bramins pter & cure-saillir les Roynes fraischement mariées, & se maintiennent si bien en la possession de telle prerogatiue, que toutes & quantes fois qu'il plaist à ces messieurs de courtiser les Roynes, elles n'oseroyent refuser de leur prester ce que les Roys à fine force de presens les contraignent de prendre. En ce veritablement sont-ils bien abrutis d'autãt qu'outre l'outrage du couardisme, dont ils sont impudiquement festoyez sçachans, voulans, & consentãs à leurs propres cousts, se font eux-mesmes planter les cornes. Si y a il tousiours quelque na turel, qui descouure la des-honnesteté d'vn tel coupaudisme56, d'autãt que les enfans nés & procreés des Rois, ou de leurs parens, en ligne masculine ne succedent au Royaume,le Roy estant mort, ains les fils des sœurs du Roy, si elles en ont, & sinon ceux qui luy sont plus proches du costé des filles : de maniere En Calecut la suc cession à la Royau té deuoluë à la quenouil le. que la Lieutenance qui est donnée aux Bramins, pour les couches Royales, recule de la Royauté, l'agnation, pour y faire entrer la cognation. Autresfois ie m'esmerueillois de ceste si estrãge coustume, & faisoy conscience de la croire, toutesfois deux poincts m'y ont fait incliner. Le premier est que les Calecutiens ne sont point si ialoux de l'honesteté de leur couche maritale qu'ils se formalisent autrement si par ensemble ils se la viennent à entre-brouiller. De faict ie treuue que cela est pratiqué entre les nobles, & les marchands de Calecuts, que de gayeté de cœur ils changẽt de femmes, & se les entreprestent tout ain si qu'on feroit vn accoustrement, ou autre chose. L'autre poinct est Les Ca- lecutiennes maistresses. que les Dames Calecutiennes ont mis le pied sur la gorge de leurs maris, qui ne leur seruẽt que de valets, car elles ne daignent se mesler de la cuisine, ains faut que le mary face le mesnage, & tandis ces gouffres de paillardise s'amusent à se parfumet, & parer, n'ayans autre soin que de plaire aux hommes, que plus souuent elles prient que ne sont priées, & vont chargées de ioyaux & pierreries, aux mains, oreilles, bras, & pieds, de sorte que cela les rend belles, auec ce qu'elles sont bien formées & non trop noires, ayans couleur telle que les Mores blancs, qui sont comme de couleur d'Oliue. Qui plus est, encor les femmes peu uent auoir aussi-biẽ plusieurs & diuers maris, cõme les hommes plusieurs femmes, & en ayant des enfans, c'est à elles à dire & iuger des peres, ausquels elles pensent qu'ils appartiennnent. N'est donc merueille, si les Roys se laissent ainsi a cre dit incucurbiter57, puis que la loy cõmune du pays, les oblige à vne telle sujection, & seroyent tousiours à la guerre & aux cousteaux, si ces sacrés estafiers ne venoyent tabuter à l'entrée. Entre la populace il y en a de deux sortes. Les vns s'appellent Poliari, & les autres Hitauà, lesquels sont plus bestiaux, que se sentans d'aucune gentillesse ou courtoisie. Les femmes de ceux-cy alaictent leurs enfans enuiron trois moys, puis leur donnent du laict de vache ou chieure, & les ayant ainsi saoulés par force, sans leur lauer ny corps, ny face, les mettent sous le sablon, tous couuerts d'iceluy, du matin iusqu'au soir, de maniere que ces enfans estans tous noirs, vous ne sçauriez discerner si ce sont Ourseaux, ou autres bestes tant ils sont laids, à les contempler, & semble que le diable les conserue en ce sablon, d'où la mere les tirant sur le soir elle leur donne à manger : & ainsi nourris, quant ils sont grands, sont aussi grands voltigeurs, bons courreurs, & adextres faiseurs de soubre-sauts, qu'il y en ait en autre lieu de la terre: Au reste faut sça Femmes aduanta gées. uoir que de mesmes que les Calecutiẽs, plusieurs autres peuples ont de beaucoup aduantagé les femmes. En Champaigne, les femmes qui espousẽt vn mary roturier, l'ennoblissent. Entre les Lyciens ( au raport d'Herodote ) les enfans portent le nom de la maison de leurs meres, sans se soucier du tiltre des peres, comme si la noblesse leur venoit du ventre, & non de celuy qui est la cause principale de leur generation. De sorte que, si on s'enquiert de quelqu'vn, d'où il est, soudain il ira faire vn long discours des meres & ancestres de sa mere,sans faire aucune mention des hommes, compris en ceste race. Et si vne Dame noble & libre de condition,espousoit vn serf & esclaue, les enfans en sortans estoyent declairez nobles, & affranchis, par le seul moyen de la mere: Au lieu que si vn homme, tant noble soit-il, espouse vne estrã gere, ou de seruile contion, les enfans qui en sortiront,ne seront point estimez nobles, ny libres aucunement. Ce qui monstre, ou que les femmes y eurent l'Empire, du commencement, ou que celuy qui establit les loix, estoit coiffé de l'amour de sa femme, ou bien que son pere estant de bas lieu, il voulut par ceste loy cacher sa turpitude.

Les Malabariens. Chap. XV.

MAlabar est vn puissant Empire, aux Indes, & de grande estenduë, comme ayant en iceluy plusieurs Roys, & riches Prouinces, à sçauoir, Bisnagar, Cotà, Canonor, Tanor, Crangonor, Cochin, & au Masles deboutés de la suc cession à la Royauté de Ma labar. tres. Les Roys de Malabar sont Bramins de race, & des familles les plus honorables : leurs enfans masles ne succedent point au Royaume, non plus qu'en Calecut, ains les freres du Roy, ou sõ nepueu, à cause qu'ils sont Bramins, d'autant que les Bramins couchent auec les sœurs du Roy, desquelles sortent les heritiers, aussi que ceux qui viennent des Roys, sont fils d'autres Dames que Bramines, & qu'ils degenerent du sang Royal, & par ainsi ils ne sont que naires comme les autres, & ne iouïssent de chose quelconque de l'heritage. Ces Bramins, & autres, Malaba riennes au dessus de leurs maris. ayans a faire à leurs femmes, sont ceux qui portent : car la femme est celle qui monte, & l'homme qui tient le dessous, & qui feroit autrement, ils luy acconteroyent à hõte, tout ainsi que pardeça ceste façon de faire seroit trouuée vilaine. Les
Mariages des Rois de Malabar.
Roys de Malabar, se marient aussi souuent que bon leur semble, & ayãs tenu leurs femmes pour quelque temps, les marient à gens de qualité : aussi se marians ils prennent leurs femmes à cõdition, bien que d'aucunes leurs facent compaignie iusques à la mort. S'il leur prend volonté d'en auoir de maisons plus illustres, qui sont de ceux qu'ils appellent Caimaez, ils le leur donnent fort volontiers, & s'estiment pour tres honorez, que le Roy se plaise à tenir leurs filles pour ses concubines, & ont la mesme coustume qu'en Calecut, à sçauoir que les Bramins sont payez & salariez, pour depuceler la femme que Bramins ont pars en toutes couches. le Roy espouse. Les Bramins sont mariez, & leurs enfans heritent à leurs biens, à cause qu'outre la coustume du pays leurs femmes sont tres-chastes, ne se meslans onc auec autres qu'auec leurs marys, non plus que iamais vne Bramine est mariée auec autre que celuy qui est de ceste vocation, ne pouuant espouser vn naire : là où les femmes naires ont congé de coucher auec les Bramins, lesquels sont chiens à tous coliers, & tels que toute couche leur est permise, à cause qu'ils sont les Messagers de leurs idoles. Quant aux naires, ils ne se marient point, & n'y a pas vn, qui recognoisse ny pere, ny fils : ny frere, se meslans auec les femmes de leur condition, tout ainsi que des bestes, & leurs Dames tant plus ont d'amoureux, tant plus sont-el Depucel lemẽt de filles fait par les Naires. les estimées : Ayans des filles elles choisissent autant de ieunes hommes pour leur faire l'honneur de les depuceler, & durant ce depucellement, l'espace de quatre ou cinq iours, on faict feste, tout ainsi que pardeça, aux nopçes, & le depuceleur depend selon ses richesses & au bout du terme chacun se retire mais l'homme, donne à la fille vn Queté, qui est vn petit colier d'or, qu'ils mettent au col de leur amye, en signe de sa defloration, & apres luy les autres naires viennent & l'estreinent, tout ainsi qu'on faict les dons pardeça aux espousées. Ces naires ne se tiennent gueres auec ces femmes qu'ils ont deflorées,& n'y mangent gueres souuent : qui est cause,que chacune d'elles,ayant nombre d'hommes qui l'accostent, ceste race d'hommes, ne sçachans aussi, que c'est de consanguinité, aussi auec tres grande difficulté peu uent-ils discerner qui est leur vray pere. Ils ont vne sotte coustume entr'eux, que si vn Polean, qui est la plus basse condition qui soit entre les Malabariens, rencontrant vne Naire hors sa maison, la touche de la main, ou auec vne pierre, elle est faicte de la race des Poleaz, desquels la peuuent & vendre & tuer, comme bon leur semble, si ce n'est qu'il y eut vn Naire auec elle: & si celuy qui faict cest attouchement est pris sur le faict, c'est vn cas raclé qu'il faut qu'il en meure. Cecy est obserué, à fin que ces femmes ne s'addonnent auec gens de plus bas lieu qu'elles, & ne meslent le sang noble auec celuy de la populace. Les femmes en ce pays, ne se meslent que de faire bonne chere, & sont si poltronnes, qu'elles ne sçauent ny coudre, ny filer, ou faire chose, concernant l'honeste exercice des femmes, seulement s'addonnent à passe-temps & se parer pour plaire aux hommes.

Les Narsingueens. Chap. XVI.

QVoy que le Royaume de Narsingua soit sur la coste du goul phe de Bengala, & partant enclauãt dãs son pourpris celuy de Malabar, si est-ce que, comme auiourd'huy le Malabarien ne le recognoist en riẽ Narsingueenes comment habillees aussi les habitans different beaucoup en mœurs. En ce s'accordent, que comme à Malabar, les femmes sont icy fort popines. Elles ont vne robbe de drap blanc & subtil, qui leur va de la ceinture iusques à terre, & faut encores qu'elle traine: aucunes d'elles portent cest habit de soye & de quelque gaye couleur, & se ceignent ceste piece à l'ẽtour du corps, qui leur va pendant d'vn costé iusqu'à terre, l'autre partie elles se la iettent sur vne espaule demourant l'estomac, la gorge vn bras & espaule à descouuert, cõme aussi faict leur cheueleure tres bien peignee & tressee sur le som met de la teste, & toute semee de fleurs & pierrerie : à l'vn des trous du nez & en la narine elles se mettent vne subtile vergette d'or, auec quelque perle ou ruby, comme chose gaillarde & donnant grace, ainsi qu'elles ont aux oreilles & au col vn fermaillet & collier, chargé de pierrerie, & pour monstrer leur superfluité, outre les ceintures & chaisnes d'or, elles portẽt de pareils atours aux iambes, ne laissans partie du corps qui ne se sẽte de ceste parure. Ces femmes sçauent tres-bien chanter & basler à leur mode, & sonner de diuerses sortes d'instrumens, sçauent faire tout plein de gallantises, sauter & voltiger, sont belles, de bonne grace & aduenantes, se marient comme pardeça & ne sont ainsi desbordees qu'en Calecut & aux terres de Ma Pluralité de fem mes à Narsingua. labar nõ plus que les hommes sauf, que les grands Seigneurs peuuent espouser autant de femmes que bõ leur semble. Aussi le Roy en tient vne grande troupe en son palais, lesquelles sont filles des plus grands Seigneurs de son Royaume, & sous celles cy y en a d'autres, qui leur sõt seruantes, pour cest effect on choisit les plus belles de toutes ses Prouinces, car le Roy n'est seruy que par femmes, lesquelles n'ont autre soin que de luy donner plaisir: De sorte que chascun iour elles allãs se lauer l'vne apres l'autre le Roy est le iuge de leurs beautez, choisissant celle, qui luy agree le mieux & de la premiere, qui deuient grosse si c'est vn m'asse c'est l'heritier & suc Successeur de la couronne Narsingueenne. cesseur de la couronne. Souuent il aduient que ces pauures femmes sont tellement à briguer le moyen de se rendre chascune la plus aggreable, que se voyans auoir perdu la peine, y en a qui se font mourir par venin,de douleur & ennuyé de n'auoir esté les premieres a qui le leuain ait faict enfler la patte. Icy donc vous voyez que l'ordre est interrompu pour le faict des successions au prix de ce que practiquent les Calecutiens & Malabariens, d'autant que l'accointance qu'ont les Bramins auec les Roynes depossede & rend orpheline la ligne masculine attouchant au Roy, pour l'opinion, qu'on a que les enfans Royaux tiennent de ces estalons sacrez. Icy au contraire c'est à l'hazard de celle & qui agreera le plus & qui prendra le mieux. Si ie ne m'ennuyois de prolixité ie pourrois icy deduire les ceremonies, que tiennent les Narsingueennes a cõsacrer leurs vies sur le tombeau de leurs maris, mais puis que ce dis Ceremonies auãt le nopçage des Narcingueennes. cours n'est funerailler, ie poursuiuray ma route, & pour patron ie prendray Edouard Barbosse qui nous apprend que là il y a des filles, lesquelles, s'enamourans d'vn hõme & souhaittans de l'auoir pour mary, font vœu à quelqu'vne de leurs Idoles de luy faire quelque grand seruice : & l'homme se contentant de l'espouser elle luy faict entendre, qu'il attende vn peu de la retirer chez luy, à cause qu'elle veut faire feste à vne telle idole (qu'elle luy nomme ) en luy faisant offre & present volontaire de son sang,à laquelle feste le mary se treuue. Au iour donc entre eux ordonné ils preparent vn chariot qui est grand & tiré par des bœufs & sur iceluy, ils armẽt & dressẽt vne gruë ou cicoigne, auec laquelle on tire de l'eau du puis,au bout de laquelle ils mettent vne chaisne de fer auec deux grands crocs: apres ce la fille sort de la maison accompaignee de tous ses parens & amis & vne infinité d'hommes & femmes de bailladins & bouffons, qui font mille folasteries par le chemin : la fille est ceinte bien estroitement sur ses habillemens blancs, par dessus lesquels elle est couuerte d'vn drap de soye qui luy va iusques aux pieds, là où le reste du corps, de la ceinture en dessus, est descouuert. Dés qu'elles sort de la maison de son pere,au deuant la porte de laquelle est ceste charette, on abaisse la cicoigne ou grue, & y met on dessus ceste fil le, aux deux costez de laquelle on met ces deux crocs, qui luy entrent dedans la chair, luy baillans en main vne targue toute ronde auec vn sachet plein de limons & oranges: & soudain auec vne voix haute ils haussent la cicoigne et se mettent à chanter, sonner & danser, & la chairette s'en va droict vers le temple de l'Idole, ou la fille s'estoit vouee: Elle estant pendue en l'air à ces deux crocs, lequels bien que la pinsent plus que gratieusement & luy facent ruisseler le sang iusques sur les iambes, si ne cesse elle pour autant de chanter & monstrer vne face gaye & ioyeuse, s'escrimant auec sa targue, & iettant les oranges & limons deuant son futur espoux & ses parens. Mais estans deuant la porte du temple ils la descendent de ceste cigoigne, & luy ostent ces crocs, qui luy poignoyent les flancs, où elle est gouuernee fort doucement & auec grand diligence, apres on la met es mains de son mary, fai sans des grands presens à l'Idole, & des aumosnes & prodigalitez aux Bramins, & vn somptueux bãquet à ceux qui les accompaignẽt. Si toutes nos fringuantes, qui ont si grande enuie de sçauoir aux despens de leur pucellage que c'est de s'acoupler auec le masle, estoiẽt assubietties à la rigueur d'vne telle loy, pour achepter si cherement Punition des Narsinguennes, qui refusent de mourir auxobseques de leurs maris. vn mary, i'en tiens la plus-part si doüillettes qu'elles aimeroiẽt mieux estre filles toute leur vie, qu'auec vne si mal plaisante ceremonie cõmencer leurs nopçages & peut estre auant le bout de l'an estre contrainctes de s'aller sacrifier aux ombres de son mary : lice de laquelle elles n'oseroyent reculer sur peine d'estre monstrees au doigt comme vilaines, putains, d'autant qu'à Narsingue celles qui refusent d'honorer par leur mort les obseques de leurs marys, les parens les prennent & leur rasans la teste, les chassent honteusement de leur maison & de la compagnie de ceux de leur race & ainsi mesprisees, elles paracheuens le cours de leurs vie: que s'ils en veulẽt fauorir quelqu'vne, ils la mettent aux temples de leurs idoles, où elles prient leurs
Impieté des Nar singueẽs prostituans la virginité de leurs filles au Diable.
Dieux & sonnent des instrumens deuant eux, & faut que gaignent leur vie, en se prostituant à quiconques les en requiert. Au reste les Narsingueens ont encor vne estrange & abominable façon de prostituer la virginité de leurs filles au Diable, qui n'est pas chose nouuelle, veu que le temps passé on en a vsé de mesmes & passé les enfans par le feu, pour les dedier aux Idoles. Or la façon en est telle. Les filletes estans de l'aage de dix à douze ans on les conduict à ces Monasteres des Bramins à de certains Idoles, en la compaignie de tous leurs parens, auec grande ioye, tout ainsi comme si on les menoit à nopces. A la porte de ces maisons d'oraison, & hors l'enclos du Monastere des Bramins, y a des puids, faicts de pierre noire, creux de la hauteur demie d'vn hõme, & enuironnez d'vn petit escalier de bois, sur les degrez duquel y a plusieurs chandelles allumées, à cause que cecy se faict de nuict. Sur ce puys y a vne pierre haute d'vne coudée, ayant vn trou ou milieu, & sur ce trou vn pieu aigu, pour l'effect qu'étẽdrez maintenant. L'escalier est tout enclos & tapissé de quelques draps de soye, si hauts, que ceux, qui sont au dehors ne sçauroyent rien veoir de ce qui se faict au dedans : ainsi la mere de la fille, & quelques autres dames entrent dedans ce puis, où, apres plusieurs ceremonies faictes, & oraisons dictes, font monter la fillette, sur le pieu aigu, qu'elles luy fourrent & font entrer en son conduict naturel, iusques à effusion de sang, & pensent ainsi l'auoir fait depuceler, & consacrer sa virginité à son idole.

Les Campioniens. Chap. XVII.

NOn loing de Succuir au pays Cathajen, est la cité de Campion, laquelle est du Royaume de Tanguts. Icy vous auez plusieurs sortes de persõnes,les vns sont idolatres, les autres Mehemetistes, au reste peut y auoir quelque poigneé de Chrestiens, si tres-fort corrompus, qu'ils ne ressentent que de bien loing le Christianisme. Les Bachsi58 & Religieux idolatres sont vn peu Asça- uoir si l'homme estant re cerché par la femme ne peche pas. plus sages, sobres & modestes, s'abstenants de quelques fautes, esquelles les autres se soüillent ordinairement, comme en la paillardise, laquelle ils n'acomptent point à peché, au moins duquel on doiue faire estat, ayans opinion que si la femme recherche l'homme, & qu'elle le mette en rut d'amour, que l'accointant il ne commet peché, mais si c'est l'homme, qui face la poursuitte, lors eschoit de la faute. Autrefois, comme i'ay esté curieux de sçauoir plusieurs choses, i'ay prins peine de sçauoir la cause de ceste distinctiõ. Aucuns, & mesmes ceux qui sembloyent les mieux habillez d'entendement, disoyent que l'occasion estoit toute euidẽte, car, puis que l'homme deuoit estre chef de la femme, s'il venoit à choper, de tant plus estoit-il reprehensible, qu'ayant, comme l'on dit, les yeux à la teste, il faisoit vne si lourde demarche, que, quant bien elle seroit moindre, elle meriteroit vne griefue reprimẽde. De ma part i'acculpe grandement le masle, qui ne sçait vser de la prudence, que Dieu luy a donné, pour sçauoir sagement gouuerner son mesnage, & par ainsi deteste l'impudicité de ceux, qui ou seduisent, ou forcent les Dames, mais pourtãt on ne me pourra faire accroire, que les femmes n'offensẽt aussi griefuemẽt la Majesté du toutpuissant, lors qu'elles se mettent à enjoller les masles indiscrets, d'au tant que le mauuais aduis des vns n'excuse point les autres, encores que ce soit à l'homme à maistriser & tenir bride aux essais & desseins de la femme, tout ne plus ne moins qu'Adã ne demeura hors de coulpe encores qu'Eue luy eut cõseillé de manger du fruict inhibé & deffendu. Donc les Campioniens se mesprenent bien lourdement, en ce poinct, tout ainsi qu'à ce qui appartient au reste des ceremonies de leurs mariages, c'est là où ils se sont monstrez du tout mal-aduisez. De Pluralité de femmes receuë entre les Campioniens. faict ils se sont tellement desbordez que chacun peut auoir iusqu'à trentes femmes, & plus, si tãt ils en pouuoyent nourrir, & tant s'en faut, qu'elles leur portent rien, que plustost ils les dotent, non d'or ou d'argent, ains de bestial, & d'esclaues, mais la premiere qu'ils espousẽt est reputée la plus grande, & ayant la sur-intendance de leurs maisons. Et s'ils voyent qu'il y en ait quelqu'vne de rioteuse & quereleuse, de sorte qu'on ne la puisse supporter en ses crieries ils la deschassent, tant peu de tenuë a entre eux le sainct nœud de mariage. Au reste ils sont si brutaux, que sans respect de sang,ils s'accouplent à leurs parentes, tant leur soyent elles proches, sauf à leurs meres, mais d'espouser & accointer les vefues de leurs peres ils n'en font aucune conscience, comme aussi ne font ils d'autres forfaicts, qui sont abominables. Encores estoyent plus sobres les Lymyrmeis, dont parle Stobee Sermon quarante deux és loix, apres l'Historien Nicolas touchant les nations, lesquels auoyent leurs femmes communes, & nourrissoyent leurs enfans en commun iusques à la cinquiesme annee. Lequel temps expiré, ils en chargeoient ceux ausquels les enfans, ressembloyent le plus.
Sceau de la Bibliothèque de l'arsenal

Les Camuliens. Chap. XVIII.

LA Prouince de Camul est dans le pourpris du pays Cathaien, sujette au grand Cham59, non loing du desert de Lop, & du mõt Vssonte où Emai, posée au midy de Tanguth. Les habitans d'icelle sont idolatres, mais au reste non point si décourtois que le reste des Tartares, & quand tout est dict,sont plus charitables aux estrangers, qu'il n'est seãt & conuenable, pour maintenir nette la chasteté de leur couche. Ils sont plaisans & addonnez à passetemps, ne se soucians que de rire, chanter, sonner d'instrumens, danser, lire & escrire à leur mode, en somme à viure en repos, sans aymer ny debat, ny guerres quelconques. Sont au reste si courtois, enuers les estrangers, qu'on ne sçauroit leur faire plaisir plus grand, que le loger chez eux, & s'esiouïssent, voyãt vn qui passe, s'addresser à eux, pour Camuliẽ nes trop prodigue de leur pudicité enuers les passans. heberger en leurs maisons : & tant que l'estrãger y demeure, ils se tiennent aux champs, pour ne l'empescher de faire quelque bon coup, voire qu'auant que se departir d'auec leurs femmes, ils leur commãdent tres-expres, & fils & filles, d'obeïr à leurs hostes, & faire tout ce, à quoy ils les voudront employer, & des champs auant leur enuoyent toutes leurs necessitez, mais il faut que l'estranger les paye à prix raisonnable. Il leur est permis de se ioüer aux femmes de ceux qui les reçoiuent, elles s'estimãs bien-heureuses de gratifier leurs hostes, de ce dont ils les requierẽt, comme de chose aggreable à leurs Idoles, & d'obeïr aux cõmandemens de leurs maris : ioint que par ce moyen elles pensent que leurs biens sont augmentez, & leurs enfans maintenus & conseruez en santé. Estans belles en perfection, ne faut s'esbahyr si les voyageurs ne se dedaignent de receuoir ces charitez en gré, puis que sans jalousie des maris, ils en peuuẽt iouïr tout à leur aise, & sans difficulté, pescher au plat. On dict que Mangù, Cham60, ayant entendu ceste vilainie & sotte façon de faire des Camuliens, se plaisans ainsi au Coquage, leur fit deffence, sur peine de la vie, de ne plus vser de ceste illegitime liberté & abandon de leurs femmes, leur permettant bien de loger les passans, mais entendoit qu'on fit des logis publics, où ils se puissent retirer. Ils obeïrent pour quelque temps, à l'Edict du Prince: mais, voyãs, que leurs terres estoyẽt deuenuës steriles & que le succez de leurs affaires bastoit à l'Empire eurent recours à leur Roy ( ainsi qu'escrit Marc-Paul, Venitien, au chapitre 37. liure 9. ) le supplient ne leur deffendre ce que de toute ancienneté ils tenoyent de leurs predecesseurs, remonstrent les incommoditez aduenuës depuis que son Edict auoit esté en vogue, que les dieux courroucez de leur discontinuation d'vser du droict d'hospita lité, les auoyent aussi punis de telle sorte, que s'il ne leur permettoit de viure, cõme au passé, leurs maisons & biens s'en alloyent en ruine. Mãgu, oyant vne requeste tant inciuile, & voyant la force de ce peuple se trouua bien entrepris, & dict aux deputez. Puis que vous souhaitez tãt vostre vitupere & infamie, qu'il vous soit octroyé, allez & viuez selon les coustumes de vos ancestres, & faictes, que vos femmes à leur plaisir, soyent charitables de leur corps à tous ceux qui passent, car desormais ie ne vous y feray aucun empeschement. Et ainsi ces bons Ieans ou bõnes gens ( il faut mesler les masles auec les femelles) s'en retournerent gays & ioyeux en leur pays, dispensez, par priuilege, de maintenir le coquage en leurs terres. Icy le liseur doit considerer, cõbien grande est l'astuce du diable, qui a sceu faire bresche au mariage, par le moyen de la charité & hospitalité. Si l'Autheur que i'ay cy dessus cotté, n'eut luy-mesmes esté sur les lieux, quelque temps apres que cest octroy fut donné à ce peuple, où qu'en ces mesmes œuures ie n'eusse proposé des exemples des Dames, qui ne se sont prostituées que trop volontiers, ie cõseillerois à qui voudroit, de mescroire ce cõpte : Mais (helas) nous ne trouuons que trop d'exemples, de maints autres peuples, qui ont aussi aisément presté l'espaule au coquage comme les Camuliens. Entre autres vous Lacedemoniẽnes licẽtiées de receuoir substituts de leurs ma ris. auez les Lacedemoniens, lesquels (selon le recit qu'en fait Dominique Marie, au vnziesme liure de sa Geographie, apres l'Historien Trogue) tenans assiegée la Cité de Messine, où desia ils auoyent demeuré dix ans, sans y rien profiter, leurs femmes les enuoyerent rappeller, pour se veoir seules, & craignãs, qu'elles ne demeurassent sans lignée. Eux obstinez en leur deliberation, de ne leuer le siege, qu'auec la prise de la place assiegée, choisirent quelque troupe de ieunes hommes au camp pour les enuoyer à Lacedemone, à fin qu'ils satisfissent au desir de leurs femmes, & retranchassent ceste ardeur, qui les prouoquoit à mescontentement, en somme qu'ils fussent leurs substituts en matiere d'aides de couche. Ces ieunes leurons firent si bien & beau leur deuoir, que les Dames se trouuerent gentimẽt enceintes, & leurs enfans furent pour ceste occasion nommez Spartains, où ( selon Iustin ) Parthenies, qui est à dire, virginaux, pour auec l'honesteté de ce nom, couurir le deshonneur de leurs meres. Les Lithuaniens ont bien donné à leurs femmes la bride plus lasche, car les plus honestes d'entre elles ont des concubins, par la permissiõ de leurs Coadiuteurs du mariage receus en tre les Lithuaniens. maris,lesquels elles appellent coadjuteurs du mariage. En France, Dieu a permis, que la licence n'est point ainsi desbordée, au moins la Loy ne permet point que la cornardise y regne en telle liberté, si trouue on bien moyen d'y faire glisser le coupaudisme61, par deux voyes, du tout detestables. Vous en auez aucuns, & trop plus qu'il ne seroit à souhaitter,qui pour s'agrandir en hõneurs, & biens, & faire bouillir la marmite ne font conscience de prester ce qu'il deuroyent tenir plus cher en leurs femmes: mais puis que l'auarice & l'ambition a si bien enrumé ceux-cy, qu'on ne peut leur faire sentir la villainie, puanteur & infection de leur cornardise, nous sommes, malgré nous, contraincts les laisser croupir en leurs ordures. Hé! que dirons nous de ces maris, qui pour rompre le charme du neud d'aiguillette, eux-mesmes ( tant ils sont dénaturez) sont cõtants d'estre maquereaux, pour se faire planter les cornes, à ceux qui y ont autant de credit, que Magnificat vient à propos à Matines. Et neantmoins nous voyons vne si grande bande de coquins de leur honneur, qui se font à cul leué, incucurbiter62, que moy-mesmes i'ay honte de croire ce que ie ne puis entẽndre, qu'au deshonneur de nostre France.

Les Tarnassariens. Chap. XIX.

LA prouince de Tarnassarie est en l'ancienne region des Mesoliens au sein Gangetique, du costé occidental de Gangé. Le Roy de ce pais est fort puissant & idolatre, mais toutesfois n'est si sot que celuy de Calecut à faire depuceler ses femmes aux Bramins, mais pourtant ne laisse d'vser de plus grande charité
Tarnas sariẽnes depucelés par des e strãgers.
& aussi sale vilanie que l'autre. De faict les Tarnassariens ne veulent espouser fille, qui porte son pucellage non plus que les Thebetiens, ains les font essayer par des hommes blancs, soyent ils mores c'est à dire Alcoranistes, ou Chrestiens, s'il y en a de si malheureux, qui veulent s'accoupler auec les infideles: car ces Roys ne souffrent pas, que pas vn de leur loy idolatre ait l'aduantage de leur faire le passage des nopçes. Voire les gentils,qui sont naturels du pays vsent de ceste façon de faire, qu'auant que d'espouser, s'ils rencontrent vn blanc, de quelque langue, estat ou nation qu'il soit, ils le meneront en leurs maisons exprés, pour faire depuceler leurs accordees. Il est bien vray, Commẽt les Tarnassariẽs s'entretiennent en l'amour de leurs amies. que depuis qu'vne femme est mariee,il ne faut s'y iouër, à cause que les hommes n'en sont si liberaux que les Calecutiens. L'amour est en ces quartiers traictee d'vne estrange façon, d'autant que si vn ieune homme deuient amoureux de quelque femme, & il luy veut faire entendre sa passion, & le desir qu'il a d'estre à elle, pour luy monstrer, que ce ne sont faintises de son affectiõ, mais que c'est du profond du cœur, qu'il parle, & qu'il l'ayme, & qu'il n'y a peril auquel il ne si hazarde pour luy faire seruice, tandis qu'il deuisera auec sa Dame, il prẽdra vne piece de drap baignée en huile, laquelle, bien trampee il allumera au feu, & icelle bruslant il la met sur le bras tout à nud : & tandis qu'elle se consume sur la chair il ne cesse de deuiser auec son amoureuse sans faire le moindre signe que ce soit de se troubler ou de sentir douleur quelconque. Que si le Tarnassarien ayme bien sa partie asseurés vous que la femme n'en est poinct ingratte comme elle faict paroistre par la subiection, humilité & obeissance qu'elle luy porte, mesmes par Tarnassa riennes suiuẽt de bien pres leur mary au tombeau. le dernier deuoir duquel elle honore ses obseques. Le sacrifice mortuaire se fait sous quelque arbre & là on brusle le corps auec bois d'a- loy, Storax, Sandool & encens, y assistans tous les menestriers de la ville, & des masques déguisés en Diables, lesquels se resiouyssent & font grands signes de liesse. Cependant la femme du deffunct fait de grandes plaintes, bat les mains, pleure, souspire & se tourmente iusques à deux heures de la nuict. Mais quinze iours apres le trespas du mary elle va se sacrifier & brusler, toutesfois auant elle mange tant de Betelles & Areca, (qui sont fort propres pour rauigourer le cœur ) qu'elles en perdent tout sentiment & apprehension, car autrement il n'y a personne si constante qui voyant les masques representans les Diables auec du feu, ne s'effrayast & ne perdit la constance, de laquelle vse ce peuple & ces femmes, qui pensent s'en aller de tout ce pas au ciel, s'offrans à la mort si volontairemẽt. Ie ne veux point nier que la femme ne soit necessitee à ce faire, d'autant que si elle refuse à se sacrifier elle est mise à mort, chascun la tenant pour vne paillarde & adultere, & ainsi la mort y escheant tousiours les femmes ayment mieux se monstrer courageuses en mourant sans infamie, que d'encourir blasme, & mourir vituperées & infames.

Les Tebethiens. Chap. XX.

L'Vne des principales Prouinces du Cathai, est celle de Thebeth, & qui estoit autresfois de telle estẽ due, qu'elle cõprenoit huict Royaumes & plusieurs grandes cités. Le peuple y est le plus meschãt de tout l'Orient, addonné à la Necromancie sortileges, arts & impostures diaboliques. En leurs mariages sont ils encores plus difformes, car afin que ie ne falisse point ce discours de l'impieté, par laquelle ils defigurent l'entretien de leur conionction Thebetiennes depucelees par les passagers. maritale, & pareillement que par la pluralité de femmes qu'on leur attribue ie ne semble me plaire en redictes, ie ne veux que proposer l'entree de leurs mariages, qui est fort estrange. De faict les habitans de ceste region ont ceste fole & sale coustume introduicte entre eux par la villaine introduction des idoles de long temps en ça, qu'il n'y a aucun, qui vueille espouser vne fille, qui soit pucelle, ains auant que la prendre à femme il faut qu'vn autre iouë le fol & face l'entree. Pour toute raison ils ne sçauent vous alleguer sinon que tel est le plaisir de leurs Dieux, qui monstre bien quelle est la malice de Sathan, que de causer l'aueuglement si grand de ce peuple, que la saleté luy est ainsi agreable. Par ainsi quand la Carouane63 passe par ce pays & qu'on tend les pauillons, pour y loger, les meres, qui ont des filles a marier les y conduisent, & prient les marchands de prendre leurs filles, & s'en seruir ( on entend bien chat, sans dire minon ) tandis qu'ils s'arresteront-là, afin qu'elles ayẽt moiẽ de les pouruoir ainsi que r'apporte Marc Paul Venitien au chapitre trente-septiesme du second liure, les marchands choisissent les plus gayes, gaillardes, disposes, ieunes, belles & qui leur aggreent le plus, & renuoyent les autres, qui sont bien maries de se voir de la façon rebrouees, reiettées & mises au rang des oubliees & delaissees. Apres auoir retiré d'elles tout ce qu'ils ont en phantasie & leur auoir donné le recipé, qui les rend femmes, & rompu la taye de leur pucellage, à leur depart rendent ces petites mignonnes à leurs meres, mais bien en autre estat qu'ils ne les auoyent receu, car de pucelles, il n'en faut plus parler, ains maintes-fois la bedaine leur deuient enflee & hydropique. Mais sçauez-vous auec quels remerciemens les meres reçoyuent leurs filles domtees & façonnees à l'esperon, voyre que le Caluacadour qui aura apprins à la fille à courir la carriere ne partira iamais sans estre honoré d'vn present fort honneste. Quant à eux comme ils ne sont vilains, prenans congé de leurs mignardes ils leur donnent quelque anneau ou petite bagatelle qui leur sert de marque de leur depucelement, & celle qui en est la mieux fournie & embaguee est aussi la mieux estimee, comme estant bonne robbe, & ayant donné contentemẽt a plus grand nombre d'hommes: pour ceste cause les ieunes hommes du pays la poursuyuent plus volõtiers pour l'auoir en mariage : mais depuis qu'elles sont mariees ny a si hardy qui osast toucher la femme d'vn autre, s'il ny vouloit laisser la vie. Ie ne sçay où l'autheur des discours touchant les mœurs estrangers a trouué que les hommes Thebethiens, facent l'office de femmes: il se pourroit biẽ estre mespris sur ce que Marc Paul au quarante vniesme chapitre du second liure r'apporte de ceux de Cardandan, & que ie ne puis croire, quoy que Strabon au troisiesme liure de sa Geographie afferme que iadis les Espagnols vsoient de pareille maniere de viure, qui est que Sot allitement d'hõmes. des que la femme est deliuree de son fruict, & qu'elle a geu elle se leue du lict, & lauant son enfant & l'emmaillottant, son mary vient, se coucher & fait la gisante au lieu de la pauure femme affligee du trauail : & luy met on l'enfant aupres duquel il a le soin par l'espace de quarante iours, qu'il se tient là comme vne poule sur ses œufs, sans que iamais durant cest espace il en bou ge & tandis il est visité des parens & amis pour le resiouïr & consoler-là où la femme est cependant par la maison, apprestant à manger & à boire à ce sot accouché & ayant la peine d'estre la nourrice & de l'enfant & du pere.

Les FeZeens. Chap. XXI.

PVis que ie ne me suis destiné à descrire icy tout ce qui est des mœurs & façons de viure des Fezeens, ains, seulement ce qui vise à leurs mariages, ie passeray par dessus ce dont ie pourroie estre requis concernant leurs Mosquees, Colleges, hospitaux, estuues, accoustremens, iustice, charmes & autres particularitez qui pourront estre apprises de Iean Leon. Quelques vns veulent reigler les Fezeens, pour le fait des mariages à ce qui est pratiqué entre les Turcs & autres, à sçauoir que les femmes sont a chaptees par les maris. Toutes-fois Quelles choses sont don nées en mariage aux Fezeens. d'autres tiennent, que le pere donne certaine somme de deniers selon sa portee, & faict vn banquet, qui souuẽt luy reuiẽt à plus que le douaire qu'il donne à sa fille: mais quant aux habits il n'y est pas tenu, ains faut que le mary face le reste des frais, pour-autant qu'il est bien raisonnable ( disent-ils) que celuy, qui veut monter sur la beste la face ferrer & harnacher. Le pere n'est obligé qu'à fournir l'argent couché au contract de mariage, lequel ils vont passer en presence des parens de tous les deux costés dedans la mosquee: Apres laquelle ceremonie le fiancé faict le banquet a toute la compagnie, & donne plusieurs ioyaux à sa promise. Et bien que les peres ne donnent à leurs filles maisons, borde, ny heritages ou possessions en mariage, si est-ce que la coustume plus ordinaire est, que, si elle est de maison, elle aura aussi de son pere ( mais c'est de grace)trois robes de drap fin, trois de soye soit sattin, velous, ou damas, bon nombre de chemises & linceux ouurés, oreillers elabourés richement, & gentiment : comme encores le pere luy dõne huit materas, & neuf couuertures vn tapis velu long d'enuiron dix aunes & noter que des couuertes, du lict, il y en a trois de laine, & de toile reuestuë, trois de soye cottonnee, comme sont nos contrepoinctes & trois simples de cotton: & vn tapis de fine laine & comparty en labeur representant des flambes de feu, bordé de cuir doré crenelé, à chascun desquels creneaux y a des houpes de soye & des boutons de mesmes pour estendre le tapis contre la muraille. C'est Quel doüaire est cõstitué aux filles. en somme le doüaire qu'on donne ordinairement aux filles en Affrique, contre l'argẽt qui ne passe onc cent ducats entre les plus riches: De mesmes que par l'ancienne coustume de Marseille, il n'estoit permis de bailler aux filles plus de cent escus en mariage & ainsi que tesmoigne Strabon au liure de sa Geographie ) & plus de cinq escus en vestemens. Et par les ordonnances de Venise il est defendu de donner plus de seize cent ducats à à la fille noble : & si le gentil-hõme Venitien espouse vne roturiere il ne peut prendre que deux mil ducats. Vray est que l'ordõnance y est aussi mal gardee que celle du Roy Charles IX. qui deffend de bailler à la fille en mariage plus de dix mil liures qui quelques-fois decuplent en des simples mercanti : & neantmoins l'ordõnance du Roy Charles V. Ne donne aux filles de la maison de Frãce que dix mil liures. Toutesfois depuis les doüaires ont biẽ enflé, tout ainsi qu'à Rome la loy qui reigloit la desbordee prodigalité des peres enuers leurs filles fut si biẽ aneãtie qu'il se trouua vne fille d'vn Procõsul, qui se mõstra vne fois, ayãt sur elle en habits & pierreries la valeur de trois millions d'escus. Mais laissons ces exces, & voyõs, cõmẽt à Feez se celebrent les nopçes, puis que nous sçauõs quel est le doüaire.
Ceremonies des nopçes à Feez.
L'espoux, le iour qu'il prend sa femme, la fait entrer en vne loge faite à huict fares, toute bastie d'ais, & tapissée de soye & de drap d'or, & est portée par des facquins & crocheteurs, qui la mettent sur leur teste, accompagnée de ses parens, & de grand nombre de fiffres, tabours, & trompettes, & les parẽs du mary luy vont au deuãt, auec torches, & ceux de la fille vont apres, & faut qu'ils aillent passer par deuant la grande Mosquée, & de s'arrester en la place, qui est deuant icelle : là où le mary saluë le pere & les parens de la fille, & soudain s'en va en sa maison, où il attend sa femme dedans sa chambre : là le suiuent le pere, le frere & l'oncle de l'espousée ( si elle en a ) & estans à la porte de la chambre offrent la fille, & la consignent entre les mains de la mere de l'espoux : dés aussi tost que la nouuelle marieé est en la chambre, l'espoux luy marche sur le pied, & tous deux s'enferment en la chambre seuls, & tandis qu'ils deuisent ensemble, & font leur besongne, (qui s'entend sans nommer) les autres se mettent à apprester le banquet, sauf qu'il y a vne femme deputée, qui se tient aux escoutes à l'huis de la chambre, pour ouyr quand le nouueau marié aura depucelé la fille : car elle ne peut estre percée sans qu'il y ait de la collision & du bruit d'of, tel que maintes succrées64 sçauent bien faire par deça, qui quoy qu'ébaillées, pour raison de leur pucellage, sçauent si biẽ restressir leur encouleure, qu'auec les simagrées, fuites & feintes, qu'elles font, les plus habiles sont bien souuent sur termes d'estre enjolez, & pris au trebuschet. Et ne leur est besoing de s'aller baigner à la fontaine Canathe, tout le cas est si bien patronné qu'elles se font entendre estre depucelées. Or pour reuenir à nostre depuceleur Fezeen, si sa femme est pucelle elle luy donne vne toile ensanglantée en main, & luy s'en va auec elle vers les conuiez, criant & leur donnant asseurance, que la fille estoit entiere, car si autre il l'a trouuee,ne faut aussi de la rendre aux parens d'elle, lesquels s'en retournẽt, auec leur grande confusion, & les conuiez s'en vont aussi, sans prendre leur repas : mais alors qu'elle est pucelle, on faict gode chere, & la femme, qui a esté aux escoutes, est caressée, banquetée, & estrenée par les parentes, & du mary & de la nouuelle espousée. Insolence & sottise qui semble encores estre resueillée parmy nostre France, où les espies du depucelage, le broüet & autres baguenauderies trottẽt pour le couronnement du nopçage,desquelles ie suis hõteux d'ouurir propos, comme des banquets qui se font par trois fois, ores par le pere, de l'espousée, & d'autres fois par le nouueau marié : de leurs danses & chansons, des presens donnez par les parens à l'espousée. Il vaut mieux, que, pour le comble du malheur des Dames Fezeennes, ie r'amẽroiue65 qu'elles sont tenuës fort sujettes par leurs maris, qui en sont jaloux au possible,de maniere qu'ils ne leur permettent de sortir gueres, si elles ne vont à la Mosquée. Toutesfois,tous jaloux qu'ils sont,si permettent ils aux Sectaires, nommez par vn de leurs Poëtes Ibnul Farill, qu'ils leur plantent vn haut cimier de cornes, sur la teste. Ceste secte est Abomi- nable licence des Ibnul Farill, apres les Fezeennes. du tout detestable, tant pour l'impieté de leur heresie, que pour leur vie, qui est du tout abominable, & bestiale, comme ceux, qui courent tous nuds par les ruës, & qui rencontrans vne femme, qui leur plaist, vous l'empoignent en veuë de chacun, comme chiens, & la cognoissent charnellement, sans que personne leur ose donner empeschement, à cause que le peuple les tiẽt pour saincts, & que ceux mesmes, les femmes desquels ont ainsi esté honnies, le treuuent le meilleur du monde, & se reputent pour tres heureux de telle accointance. Au cuns dient qu'ils ne croyent point que ce sainct homme ait eu cognoissance charnelle auec leur espouse, mais que çà esté vn seul transport d'esprit , qui la luy a faict coucher deuant tout le peuple. En coniectures il n'est point deffendu de iuger, parce que nous trouuons estre pratiqué par ce peuple, principalement par les hosteleries, & brelans de garses, & filles de ioye, qui sont vrayement des bordeaux, sans qu'ils soyent sujects à la iustice: car ces hostes ont vn iuge pour eux, & deuant lequel par leur priuilege, ils vont seulement rendre compte des fautes qu'on leur met à sus. Bien est vray que ces hosteliers sont tellement infames, qu'il n'y a hommes d'honneur qui vueille leur parler vne seule parole, & leur est interdict d'entrer és Mosquées pour estre pecheurs publics & d'vne vie tres-sale & deshoneste.

Les Cubeens, & Haytiens. Chap. XXII.

IE n'employeray grand discours sur la diuersité des noms, qu'on a baillé à l'Isle de Cuba, comme de Fernandine66 pour l'amour de Ferdinand Roy d'Aragon, de Sainct Iaques à cause de sa ville principale, portant mesme nom : de Guiana67, d'Alpha, & Omega, & d'autres:puis que ce n'est le but de mon dessein, non plus que vous descrire l'assiete & singularité du lieu, me suffit de toucher à ce qui regarde les mariage de nos Cubeens, qui sont fort estranges : veu qu'au nopçage des Estrange meslange des Cubeẽs auec les nouuelles ma riées. Caciques & Roitelets, tous les Seigneurs du sang Caciqual faut que touchent & abordent l'espousée, auant que le mary ait moyen de la cognoistre:autant en font les hommes de leur maison, si vn de leur rang se marie, entre les Plebejens & populaires tout de mesmes, car tous ceux qui sont appellez à la feste, faut qu'essayent la portée de la mariée, & facent l'entrée au mary. Tout le seruice du depucellement finy, & que la fille a souffert le choc de plusieurs, elle sort auec grande furie de sa chambre, branlant les bras, & tenant les poings serrez & haussant la main, & crie ces mots, Manicato, Manicato, qui signifie, qu'elle a esté efforcée, & qu'on l'a depucelée, & dict cecy si haut & auec telle grace & constance, qu'on voit bien, qu'elle se louë & se vante d'auoir vaillamment soustenu l'assaut de tant d'hommes. Et non sans cause, veu qu'en ce pays ils reputoyent à grande gentillesse, que de se souiller en paillardise : qui pis est ils estoyent addonnez au peché du tout abominable. Quelques vns s'escarmouchent de cest estrange depucelement, lequel ie ne veux autrement acertainer, n'estant assez idoine, par faute de n'auoir hanté sur les lieux,de l'asseurer. Si ne voisie point qu'il y ait occasion de décroire, ce qu'en rapportent Goncal Domede & autres, qui se sont meslé de nous proposer l'Histoire des Indes Occidentales. Ce qui m'empesche de rejetter du tout leur opinion est, que nos bigarreures vous font veoir les depucelements des Roines Calecutiennes, faictes par les Bramins, d'autres par les Ibnul, d'autre par ceux qui sont blancs & finalement, aux Isles Canaries, à Zipangu ou Iapan, on sçait, que nul ne peut marier sa fille, que premieremẽt il ne la presente au Roy, pour veoir ( ainsi qu'escrit le Cosmographe Theuet, au vingtiesme chapitre du douziesme liure de sa Cosmographie vniuerselle ) si elle luy est agreable : laquelle,estant belle, sera retenuë pour quelque temps en sa maison : apres on la renuoye en sa maison vers ses parens, auec tel present, correspondant à sa qualité, qu'elle a dequoy fournir au dot, qu'elle voudra porter à celuy, qui la prendra en mariage, lequel se tiendra pour bien-heureux, que le Roy ait accointé sa femme. Que si elle est grosse, l'enfant né est porté au Roy, qui le nourrit auec le reste de ses enfans. Et mesmes on me faict entendre qu'entre les Chrestiens il y a des Seigneurs, qui ont sur leurs sujects ce droict de seruitude, qu'il faut que le Seigneur couche auec la nouuelle mariée. Ce n'est pas ( direz-vous ) pour la depuceler, ie le confesse, puis que quelques vns de ceux, qui ont voulu passer outre, y ont perdu la vie, mais qu'vn coup en robe ne soit bien tost fait, on ne sçauroit me le nier, principalement s'il y a de l'intelligence entre le Sei Mariages peu asseurez entre les Cubeens. gneur & la fraische espousée. Or pour reuenir à nos Cubeẽs, les mariages n'y sont gueres asseurez, d'autant que les hommes, à la moindre mousche,qui venoit leur tarteueeller68 aux oreilles, abandõnoyẽt leurs femmes, cõme aussi le plus c'estoiẽt elles, qui laissoyẽt leurs maris, comme n'y ayans plus de licence, credit & authorité en l'vn qu'en l'autre: Bien souuent elles le faisoyẽt à bon droict & a tres-juste occasion, eu esgard à la vie detestable, & cõtrenaturée de ces hommes. Les Caciques en prenoyent tant qu'il leur plaisoit, & les autres autant qu'ils auoyent moyen d'en nourrir. Il est vray, qu'il y en auoit vne entre elles, qui estoit la principale, & les enfans de laquelle sont les plus ad Haitiẽnes pourquoy se faisoyẽt auorter. uoüez. Vne chose trouue-ie horrible & detestable en elles, que tout ainsi que les Haytiẽnes, elles se font auorter, pour s'exempter des tyrãnies, forces & concussions des Espaignols. Quant aux Haitiẽs, nous lisons, que n'estans accoustumez au trauail, ils n'ont peu aussi durer depuis que leur Isle a esté Espaignolisée, d'autãt que contraincts d'estre tout le lõg du iour au Soleil, ou par les monts à cercher l'or, ou le long des fleuues à cribler des sablons, il en est mort fort grande quantité affaissée sous le trauail, la plus part de ceux qui restoyent se sont fait mourir eux mesmes, aymans mieux sortir de ce monde, que d'y viure en vne si extreme misere, & ceux qui ne se sont occis, n'ont voulu se marier, pour n'engendrer & mettre au mõde, qui seruissent d'esclaues aux Espaignols, voire les femmes se sentãs grosses, ont vsé de ne sçay quelle herbe, auec laquelle elles se faisoyent escouler & perdre le fruict qu'elles auoyent au ventre. En l'Isle Espaignole, quand quelque Dame & espouse d'vn Cacique ( car en ceste Isle y auoit diuers Roys & Seigneurs, selon les contrées d'icelle) estoit accouchée d'vn masle, tous Noms des enfãs de Haiti. les voisins du pays la vont visiter en sa gesine, & entrans en sa chambre, chacun dõne vn nom à sa fantasie, à l'enfant, l'vn le nommant, mais en termes du pays, ou bien torche, reluisante, ou fallot plein de flammes, d'autres, vainqueur des ennemis, ou plus luisant que fin or, & si c'est vne fille, ils la nomment plus souëfue que quelque fleur, plus odoriferente que quelque herbe aromatique, ou plus douce que certain fruict, qu'ils vous nom ment, ou l'appellent œil du Soleil, ou des estoiles.

Les Sauuages. Chap. XXIII.

CEux qui ont frequẽté ces pays des Sauuages du Cap de Frie, remarquent, que bien que le lien de mariage soit indignement commẽcé par ces Sauuages, si est-ce que chacun est content du sien, sans souiller la couche de son voisin. Ils se marient sans discretion trop grãde pour la consanguinité, laquelle Quels de grés sont obseruez entre les Sauuages pour la prohibitiõ des nopçes. ils limitent seulement du fils auec la mere, & du frere auec la sœur, poussez seulement d'vn instinct naturel ( sans aucune police ou Loy, qui les y contraigne ) & parce qu'ils tiennent pour chose asseurée, que quiconque coucheroit auec sa mere ou sa sœur, ou sa fille, faudroit qu'il finist malheureusement, soit que quelque experience le leur ait appris ou autrement. Pour les au tres degrez, ils n'y ont aucun esgard ains y voit-on coustumierement l'oncle espouser la fille de sa sœur, qu'ils nomment Chéraindit-mébut, c'est à dire la fille de ma sœur, & Chérémirekorem, ma femme future. Sur ce faut noter, que dés qu'elles sont neés, l'oncle maternel les leue & retient pour femmes, qui doit estre, & par ce moyen le pere de la fille est acquité d'vne partie de la seruitude, en quoy il estoit obligé pour sa femme mere de l'enfant enuers les parens d'icelle : mais pourtant, iamais les meres ne permettent, que les hommes couchẽt auec leurs filles,auant aage cõpetãt, & auquel elles puissent conceuoir, En quel temps les filles de ces Sauuages couchent auec les hommes. c'est à sçauoir, alors qu'elles sont paruenuës au temps des purgations feminines, qui leur aduiennent en la quinziesme ou seiziesme année, plustost ou plus tard, selon la diuerse nature & complexion d'icelles, & ce le plus souuent au deffaut de la Lune. Les Romains (ainsi que nos Legislateurs l'ont tesmoigné) ayans rejetté l'inspection du corps, ont limité le temps de marier à la puberté. Vous voyez, que ces pauures Sauuages ont mieux aimé s'arrester à la compositiõ naturele, sans mesurer les complexions de diuerses personnes à vne mesme année: Par ce moyẽ semblẽt-ils auoir ioüé au plus seur, d'autant que l'aage de douze ans, voire quãd on les tireroit à quinze, est quelquesfois trop pressé pour elles, qui par quelque empeschement naturel sont retardées de pouuoir conceuoir. Et puis qu'icy ces Sauuages font bresche à nostre droict, faut veoir quel mo Sottes et rigoureu ses ceremonies des Sauuages, pour habiliter les filles à la cõceptiõ. yen ils suiuent, pour habiliter les ceremonies & superstitions outrageuses, dõt les meres vsent alors que leurs filles commencẽt à auoir leur premier temps, qu'elles nomment en leur langue, Quioudu-ar,que nous pourrions interpreter peur escheuë ou aduenuë, parce que les filles sont fort effrayées, quant elles sentent approcher le temps de ces non accoustumées decoulemens, encor plus quand il est arriué : car, outre ce qu'on leur oste leur cheueux, auec vne dent de poisson, qui tranche tellement quellement, le plus prés de la teste que faire ce peut, & maintenant elles se pincettent leur poil honteux auec des pincettes, qu'elles ont recouuré de ceux qui de deça ont frequenté en leur contrée, on les met debout sur vne pierre, platte qui sert de gray aux gens du pais, à dresser leurs coliers, blancs, & noirs, & à polir leurs pierres vertes, que les hommes portent en leurs leures, en leur decoupant le cuir, depuis leurs espaules, iusques sur leurs fesses, en leur faisant vne croix biaise, au long du dos, de telle façon que le sang en découle de toutes parts, & ce auec la moytié d'vne dent de beste, affutée à la semblance d'vn crochet. Et n'estoit la honte & crainte qu'elles ont, feroyent des cris horribles, de faict elles grinsent les dents, serrent leurs poulces & tordent leurs doigts pẽdant qu'on les martirise & bourele de telle façon, & monstrent bien à leur minois, qu'elles ne sont gueres contẽtes de passer par vne si extreme douleur. Cela fait, on les frotte auec de la cendre faicte de courges sauuages, qui n'est moins corosiue que salpestre ou poudre à Canon: en sorte que iamais les marques n'ẽ effacẽt. Apres on leur lie les bras & le corps, d'vn fil de cottõ, leur metãt au col des dẽts d'vne beste, nõmée en leur patois Capu-gouare, c'est à dire herbe mangeant ou viuant d'herbe, à fin (disent-elles) que leurs dents soyent plus dures, à mascher leur breuuage, qu'ils appellent Chaouim, maintiennent, si elles n'estoyẽt ainsi decoupées, que leur ventre seroit gasté, & leurs enfans seroyent contrefaits. Apres on les couche en vn vieil lict pendu par les deux bouts, selon leur coustume, du quel la fille ne descẽd iusqu'au bout de 3.iours, où elle est serrée & enuelopée, si que persõne ne la voit pẽdãt ceste belle diette faut qu'elle se passe de manger, boire ny tire aucunement. Ces trois iours passés elles descendent sur le mesme gray, & sur tout prennent garde de ne toucher terre auec leurs pieds. Que se elles veulent aller à leurs affaires secrettes la mere ou quelqu'vne de ses tantes ou mere grand la portent dehors auec vn charbon de feu ardant & vn peu de cotton en vn taiz de pot, de peur ( dient-elles ) que quelque mauuaise chose ( qu'elles appellent Mahe) ne les approche ou ne leur entre au corps par leurs parties secrettes ou autrement, de là en apres sont remises en leur lict, & leur donne on seulemẽt de la farine & quelques racines cuites, sans vser de sel ny de quelque sorte de viande ou breuuage, fors de l'eau. La pauure patiente est en cest estat iusques à ce que le second sang soit venu, qui est l'espace d'vn mois pour le moins Lequel temps accomply & le second decoulement faict, nommé en leur language Pororoipok, qu'on interprete faire bruit derechef, elle n'est pas encore deliuree de tourmens, d'autant qu'on luy decoupe la poitrine, & le ventre tout ainsi que le dos sans luy laisser les fesses entieres, qu'elles ne soyent deschirees, comme le dos & le ventre. Le mois suyuant leur abstinence n'est du tout se estroite, si ne frequentent elles point encor auec les autres, & ne vont aux iardins besoigner, ainsi qu'elles auoient coustume auparauant, seulement, se tiennent coyes & sans grouiller dans leur lict,assises à esplucher du cotton & filer tant seulement. Le moys d'apres elles commencent aller aux iardins, apres auoir esté noircies d'vne certaine peincture noire que font les gens de ce pays là d'vn fruict d'arbre, qu'ils appellent en leur language Ianipap. Pour en auoir le suc ils le maschent auant qu'il soit meur & est quelque peu amer, mais estant en maturité est bon à manger : Sa grosseur & couleur est comme les tres-grosses noix de noyer, quand elles sont toutes vertes, mais elles n'ont point de noyau, ainsi qu'a la noix, ains est comme vne pomme, Ie laisse aux Medecins, à sonder pourquoy ces bonnes Dames font ces singeries, & si telles detaillades & meurdrisseurs seruent à rendre les femmes plus fertiles qu'elles ne sont. De dire qu'elles le facent pour s'exempter du flux menstrual, c'est à mon aduis prendre la matiere aux cheueux, d'autant que ( selon que tiennent ceux qu'on tient pour les mieux habillés d'entendemẽt entre les Naturalistes) les femmes, qui ne Maligni té des defluxions mẽstrueles. rougissent de tels descoulemens sont brehaignes & steriles, attendu que ce sãg mẽstrual sert de matiere à la generation, & la semence de l'homme y sert de presure, se meslãt auec iceluy. Et ne sert d'alleguer Pl.ch.15 li.7.& chap.7. lib.28. les imperfections compaignes de telles emissions, lesquelles ie confesse, & adiouste, que les Philosophes naturels tiennent, & sur tous autres Pline, que si la femme ayant ses moys approche d'vn vin nou ueau, il en aigrira:les bleds aussi seichent, si elle les touche estant en cest estat, les hantes en meurent, cõme font les herbes des iardins, où elle passe : mesmes le fruict des arbres, sous qui elle se sera rafraischie, tombera:les miroirs se tachent à son regard, aussi fait l'acier & l'hyuoire, mesmes que l'air en est infecté : les chiens aussi ayans gousté des fleurs d'vne femme deuiennent enragés & sont les morsures incurables: mesmes que le bitume, qui nage certain temps sur le lac de Sodome, ou mer morte, & qui à cause de sa viscosité s'attache à tout ce qu'il rencontre filant tousiours comme glu, n'a garde de prende au fil qui sera tient de ce sang venimeux. Les Formis aussi petites bestes & sages sentẽt ce sang corrompu & iettent là le bled, qui en est infecté, sans iamais vouloir en gouster: que durant l'eclypse de la Lune ou du Soleil, ou bien quand la Lune est en coniõction, les fleurs de la femme sont irremediables & seruent de peste & de poison aux hõmes, qui alors ont cognoissance à elles: que si vne femme, ayant ses mois touche seulemẽt le ieune bois de la vigne elle le gastera, mesmes qu'elle fait mourir & la rue & le lierre à les toucher seulement: qu'ayant touché vne ruche de mouches à miel, les mouches s'en irõt: que touchant vne iument preigne, elle la fera auorter: mesmes que le feu ( qui neant-moins est fort actif, ne peut corrompre & amortir ce venin. De fait s'il se trouue tant soit peu de cẽdres de linges, infectés de ce sang, parmy la buée des foulõs & degraisseurs de draps, la pourpre s'ẽ tachera & se perdra la fleur & naïueté de quelque teinture que ce soit. Voyre mais qu'est-il de besoin de nous arrester d'auãtage sur ce discours, puis que ie demeure d'accord, que la ma lignité du sang menstrual est trespernicieuse. Mais que pour cela on doiue cõclure, que les meres veulẽt deliurer leurs filles de telle subiectiõ qui leur est naturelle, seroit & s'opposer à leur intention & vouloir de mẽtir l'experience ordinaire: Puis que l'õ sçait pour le seur, que ces decoupeures ne tẽdẽt qu'à preparer & habiliter la fille à pouuoir cõceuoir, qui, le cours de ces decoulemens se tarissant, deuiendroit sterile & infecõde. En outre par le raport de ceux qui ont hanté ces païs estrãges nous apprenons, que veritablement elles ne sont point si lõgs temps tourmẽtées de ces defluxiõs, mais que pour ce elles ne laissent à en estre visitees toutes les Lunes, & qu'alors elles se mettoient auec vn bastõ blãc & vny ayant enuirõ trois pieds de long & se gardent d'attoucher à chose qu'õ puisse boire ny manger sur tout de coucher auec leurs maris, ausquels elles font tenir leur eau par ce seul mot Airo-aip, qui veut à dire ie me treuue mal. Par ainsi, s'il m'est loisible de iouër à couuerturer, ie diray que pensans se des-charger de quelque malignité d'humeur, aidãt à procréer ce sang corrompu, elles se fõt inciser d'vne si brusque & fantasque façon. Ie sçay bien que ie me suis beaucoup estẽdu sur ce propos, mais puis qu'il y auoit vne manifeste immutation & alteration de nostre Droict a esté de besoin d'esclaircir ce point de ceste sorte. Donques pour retourner au mariage de ces sauuages les meres ne permettent que leurs filles prẽnẽt mary iusques à ce que leurs cheueux soiẽt recreus & qu'il leur couure presque toutes les espaules, ce qui ne se peut faire qu'ẽ trois quarts d'an pour le moins & le plus souuent autant de Lunes, Oncle maternel le plus proche et habile à espouser les filles sauuages. qu'il y a dé doigts aux deux mains, ainsi que leur coustume est de compter. S'il aduient que les filles refusent leur oncle maternel, & en prẽnent quelqu'autre à leur plaisir outre le gré de leur mere on les tient pour paillardes. Et ne faict on pas grand compte d'elles, pour estre iamais femmes arrestees à vn homme mais font souuent maris nouueaux qu'ils dient Assak, c'est à dire mary passager, volage & non arresté mesmes sont cause que leur oncle maternel oste leur mere à leur pere, & par ce moyen sont dictes filles sans Exercice de ces fil les Sauuages. pere & le plus souuent sans mere, parce que de despit elles sont tuées. Cependant leur meres leur mõstrẽt à faire des vaisseaux de terre, cõme sont les pots à cuire la chair, poisson & autres viandes, qu'ils mangent, plates escuelles, & vaisseaux marquetés en compartimẽs,assez beaux & vernissés auec vne certaine gõme blanche, qui croist en des arbres de l'escorce desquels on fait des barques longues, pour aller en guerre, portans de trente cinq à quarante hommes & d'auantage. Aussi leur apprẽnẽt elles à faire d'autres grãds pots à cuire leur breuuage & des au tres pour le mettre, dont y en a, qui tiennent plus d'vn muy : mesmes faut, qu'elles sçachent tistre les licts de cotton:Et en somme soyent ouurieres en toutes choses, qui soit en leur mesnage, & ne soient en aucucune sorte paresseuses. Mais quand les filles sont sages & suyuent le cõseil de leurs meres, si elles sont viuãtes, ou bien, si elles sont mortes, de leurs tantes ou plus prochaines parentes(icy le pere ayant bien peu de pouuoir) elles en sont bien mieux prisees & sur termes de trouuer bon party & vn mary allant à la guerre, qu'on appelle Kereombar, pourueu qu'elles n'ayent d'oncle maternel, lequel suyuant la coustume, par obligation coustumiere & moyennant le mariage, pourchasse & faict de bons & grands seruices à la mere & aux freres de la fille & puis au pe Moyens par lesquels les gendres s'entretiennent enuers leurs beauxperes. re, qui est le dernier, ou bien aux oncles,le pere estant mort. Car il y a tel entre ces nouueaux mariez, qui n'a encore parlé au pere vn demy an apres qu'il est marié, tant ont de hõte l'vn de l'autre, auec quelque crain te que peut auoir le gendre, s'efforçant seulement par tous les moiens qu'il luy est possible d'auoir l'amitié & grace de tous les parens de celle, qu'il veut garder pour fẽme, cõme & grace de tous les parens de celle, qu'il veut garder pour fẽme, cõme de prendre des ennemis prisonniers à bailler à ses ieunes beaux-freres, à tuer, afin qu'ils en changent le nom de leur enfance, ou bien autrement pour vengeance de son beau-pere, ou de quelcun des oncles dy frere d'icelle morts à la guerre ou mangez par l'ennemy. Pareillement de les accompaigner à la guerre & s'ils sont en danger de l'ennemy se mettre au deuant, pour les deffendre, de peur qu'ils ne soient pris ny blesséz : aussi porter la farine sur le dos pour viure sur le chemin, tuer bestes, oyseaux, prendre possession, faire les loges des reposees & plusieurs autres choses qu'ils ont de coustume de faire, quand il vont soit par mer ou par terre en voyage Maris Sauuages suiets a de grãdes char ges. ou contre l'ennemy: Outre ce quãd ils changent de village sont subiects d'ayder à faire les maisons, à couper les arbres, pour faire places & iardins. Somme, tout le tẽps que les femmes sont viuãtes auec leurs maris, ils sont obligés à vne infinité de choses enuers les parens d'icelle. Que s'ils faisoyent autrement les fẽmes les vous placqueroiẽt là tout net, fussent elles ja toutes vieilles & ayãs plusieurs enfãs, qu'elles quicte roient à leurs maris par la contrainte de leurs parens & freres, mesmes les vont prendre iusques à leurs maisons quand ils les ont chez eux, sans que nul les ose empescher. Telle dissipation de mariage n'aduient que trop souuent, d'autant que le mary ne peut s'acquitter de toutes ces charges, principalement ceux qui en ont plusieurs, autrement faudroit qu'ils escartelassent leurs corps en autant de parties qu'ils ont de femmes. Pour ceste occasion aucuns ont dict que ceste subiection deuoit estre restrainte à celle qui est le mieux aymee entre toutes les autres. Ie ne veux contester sur chose, de laquelle ie suis incertain : Si veuxie bien asseurer, que ny le Cosmographie Theuet, ny ceux, qui ont deschiffré les vies, mœurs & façon de viure de ces Sauuages n'ont faict mention de telle distinction, ains rapportent,que le plus souuent aduient que les hommes, qui ont des femmes en telle condition n'ont gueres de parẽs de leur costé, si que ils sont cõtraincts de demeurer auec leurs beaux peres & meres, & sont dits Cont-samené, c'est à dire mary de femmes. En apres si on veut regarder vn peu plus prés, on trouuera que les filles des sœurs sont les femmes legitimes, & que ceste seruitude ne s'entend sinon de ceux qui n'ont point de sœur à leur engẽdrer femmes. Parquoy sont cõtraints, s'ils en veulẽt auoir, de seruir iusqu'à ce que leur fẽme ait fait des enfãs, pour seruir l'õcle maternel, & desgager leur pere en partie, sinon du tout. Bref c'est biẽ en cest endroit la plus grãde seruitude, dont vn pauure hom Quelles approches les ieunes Sauuages font vers les filles. me puisse estre matté. Aussi disent ils en leur prouerbe, Apuaue taigapu ancoepro romo Yieng, qui est à dire, les peuples font lignées auec grand trauail & difficulté, mais pour parler des premieres approches que font les hommes vers les filles à marier, lors qu'où elles refusent leurs oncles, ou qu'elles n'en ont aucun, ils vont à la chasse aux bestes, ou aux oiſeaux, ou bien en pescherie, selon que la commodité du lieu & la saison le portent, & principalement, quant ils cognoissent, que la mere & autres parens de la fille les desirent, apportent vne charge de venaison, ou poisson le plus exquis qu'ils peuuent recouurer, le soir entre Chien & Loup, le mettent deuant la mere de la fille, sans dire mot, puis s'en reuont le plus secrettement qu'ils peuuent, de peur d'estre apperceus des voisins. Vray est, qu'auant toute œuure la fille peut auoir donné asseurance au ieune homme, puis la mere d'icelle s'en doutant, comme à demy, & faisant semblant de n'en rien sçauoir, luy demande d'où vient ceste proye, & à qui elle a donné telle asseurance. La fille luy en compte la verité, & luy dict, que c'est de la part d'vn tel, qui luy dict le iour passé, qu'il la voudroit bien pour femme, pourueu qu'elle s'y accordast, & que sa mere & ses autres parens en fussent contens. Alors la mere appelle le pere de la fille, pour departir le present à tous leurs amys, en le mangeant deuisent des mœurs & conditions du jeune homme: vn chacun d'eux en dict sa ratelée, en sorte qu'apres auoir esté tenu long temps sur les rangs, si elle cognoist qu'il leur soit aggreable, la mere luy dict la premiere fois qu'il luy est loisible de parler auec luy, l'asseurant auec promesses, que s'il luy plaist d'aller coucher auec elle, sa mere ne luy en dira rien. La principa Qualité d'vn ieune hõme pour posseder la grace d'vne sauuage. le qualité, qui peut rendre admissible vn ieune homme à auoir femme, est qu'il ait prins des prisonniers en guerre, autrement ne seroit-il receu. Et y a bien vne chose, qui iamais la mere ne permettra, que sa fille couche auec homme, qu'il n'en ait point pris pour le moins vn ou deux, & qu'il n'ait changé nom dés son enfance, parce que les enfans qui seroyent engendrez d'vn Manem, c'est à dire, qui n'a prins quelque esclaue, ne feroyent iamais bon fruict, & seroyent Mebels, c'est à dire faillis, & faineans. Cela conclud entre la fille & son amoureux, il s'en va alors que tous dormẽt, coucher en la ville auec la fille du costé, où la mere se tient, puis s'en retourne de grand matin, de peur d'estre apperceu. Et s'il sont au gré l'vn de l'autre, le mariage est fait, & de la en auant il fait tous les seruices, & s'humilie de la façon que i'ay dit cy dessus, à sa belle mere, & à tous les autres parens d'icelle. Et si leurs complexions se rencontrent bien, leur mariage dure iusques à la mort. De là en apres si l'homme est de grand lieu, & appartient à personnes qui meritent, il faict tant, qu'auec le temps, il transmarche sa femme vers ses parens, & en sa maison. Dés qu'il l'a rangée sous son taudy & qu'il luy faict bon traictement, elle cerche par tous moyens d'auoir des compaignes, pour estre auec elle femmes de son mary, à fin qu'elle soit aidée d'elles, à son mesnage, parce qu'il est bien mal-aisé, qu'vne seule femme puisse faire tout, en vne maison, selon la coustume de ce pays-là, car il faut iardiner, accoustrer les cottonniers, & filler le cotton, tant gros, pour faire licts, que delié à accoustrer les flesches de leur mary, & de leurs freres, & les plumasseries que font les vieillards: aussi faire des pots à apprester comme est dict cy dessus, à manger,faire tous les iours des breuuages,cuire le sel & le mettre en masse, & beaucoup d'autres ouurages,qui ne sçauroyent estre menez à chef par Pluralité de fẽmes entre les sauuages. vne seule femme. Cela est cause, qu'ils ont plusieurs femmes, & autant qu'ils peuuent en auoir & entretenir. Et y a tel, qui en a plus d'vne douzaine, & plus de quatre vingts enfans. Leur mesnage, toutesfois, est si bien reiglé & s'entrentendent si bien tretous, qu'on n'y veoit aucunes riottes entr'-elles, ny moins de jalousie, au moins qui se mette en euidence. Il y a encores vne autre occasion, sur laquelle ils fondent ceste pluralité de femmes, par ce qu'ils ne hantent auec elles, Discours sur ce que ces sauua ges ne touchent a leurs femmes dés qu'el les sont grosses. pendant qu'elles sont grosses, ny apres l'enfantement,iusques à ce que l'enfant soit nourry & chemine tout seul, terme bien long principalement à ces rustres qui ne sont si sobres qu'ils puissent faire abstinence par deux ou trois ans. Ie sçay bien auoir leu dans Hippocrate au traicté qu'il a faict de la surfetation, qu'il y auoit vn extreme danger d'offenser l'enfant, si pendant la grossesse on venoit à presser vn peu de prés, le ventre de la mere. Voire que c'est là où se doit r'apporter C. orige. 37.q.4. ce qui est tiré de Sainct Hierosme, qu'apres l'enflure du ventre, qu'il faut, que l'on se donne garde de perdre les enfans, d'autant que ( ainsi que là est noté par la glose) l'enfant se pourroit perdre par la concussion trop frequente. Cela faict, que nous voyons, que les putains publiques conçoiuẽt fort peu souuent, ou, si elles viennent à conceuoir, qu'elles retiennent bien peu de temps leur fruict. A ce propos aussi trouuons nous, qu'Isaac Com- mene, Empereur de Constantinople, fut si continẽt, qu'il ne vouloit auoir affaire à sa femme dés que seulemẽt il sentoit qu'elle auoit eu vne fois de luy lignée. Il y a bien plus qu'en vn Concile nommemẽt cela fut prohibé & defendu, que les mariez ne s'entre-hantassent pour l'accouplement charnel, pendant que la femme seroit enceinte, voire dés que l'enfant auoit commẽcé à bouger, ainsi qu'il est remarqué és decrets de Burchard, mesmes aupara Lib 19. cap. 175 uant celuy qui auoit touché à sa femme apres qu'elle auoit senty remuer l'enfant, estoit condamné à ieuner au pain & a l'eau, par l'espace de vingt iours, & à dix celuy qui auoit esté asseuré que sa femme estoit emprainte, & pour cela n'auoit laissé de cohabiter auec elle.
Lib. 3. stromat.
Clement Alexandrin asseure, qu'on ne pourra monstrer qu'aucun des anciens se soit meslé à sa femme, si tost qu'elle commençoit à charger, ains on trouue qu'ils attendoyent non point seulement qu'elle fut deliurée, mais aussi, que l'enfant fut seuré, & qu'apres ils ne faisoyẽt difficulté de les cognoistre. Desia, (dict-il )trouuerez-vous, que le pere de Moyse en estoit logé là, d'autant qu'il laissa escouler trois ans entre la generation d'Aaron & de Moyse. Par telle abstinence monstroyent-ils, qu'ils n'entendoyent point aux nopçes, pour assouuir leurs impudiques conuoitises, ains plustost pour multiplier l'humain lignage. Aristote recognoissant l'inõtinẽce des femmes, au 7. liure de son histoire des animaux, chapitre 4. & au 4. liure de leur generation chapit. cinquiesme, nous aduertit,qu'il n'y a que la femme & la iument, qui desirent & souffrent le masle, apres leur cõception. Et pour ceste occasion, Plutarque soustiẽt, que les bestes brutes sont beaucoup plus raisõnables que les hõmes & femmes. En l'estat de Solon telle diette n'eut pas esté receuë, par ce que ce Legislateur auoit ordonné que le mary allast voir sa femme, pour le moins trois fois le moys, non pour la volupté, mais pour se rendre, comme par obligation, les arres & gages d'amitié par honneur, grace & loyauté mutuelle. Et comme les villes renouuellent par interualle de tẽps, les alliances, qu'elles ont les vnes auec les autres : Aussi vouloit Solon, que l'on rafraischit l'alliance des nopçes, en maniere de dire par les propos que l'on s'entretenoit en telle caresse & visitation. Autresfois, par maniere de deuis, i'ay voulu sonder de quelques Medecins, occasion de ce ieusne auquel ces Sauuages s'humilient: pour le dernier chef, de moy-mesmes ie me resoluois assez ( ce me sembloit) sçachant tresbien, que le laict d'vne femme, qui surcharge, est fort mal sain, pour la nourriture de l'enfant, qui tette, mais pour le premier, ie me trouuois bien entrepris ne pouuant prendre en payement la raison, dont ils ont accoustumé de faire bandeau à leur Polygamie, quand ils disent que s'ils a uoyent affaire à leurs femmes, du tẽps de leur grossesse, si elles estoyẽt enceintes de masle, ils en feroyent vn bardache ou bougeron, qu'ils nomment en leur langue Teuir, & si c'estoit vne fille, qu'ils l'incestueroyent, crimes qui leur sont aussi bien que l'adultere, en telle detestation, que mesmes ils ne veulent pas en ouïr parler. Et ne me sert ce qu'aucuns alleguoyent de la superfœtatiõ,d'autãt que ie ne veux point nier, que d'vne mesme portée, vne femme ne puisse auoir plusieurs enfans, voire qu'il y ait vn, deux iours, plus ou moins entre la generation du premier & des autres. En outre, ie passeray volontiers cest article, que nos Iurisconsultes ont borné le tẽps du deuil,iusques à vn an, pour empescher le meslãge de semence du deffunct,& celuy, auquel la femme pourroit aspirer : mais que cela fauorise à la bestise de ces Sauuages, ie n'y vois aucune apparẽce. Attendu que le relais & la bride du vefuage, que les Legislateurs ont estroitement ordonné, n'est que pour empescher, que la vefue ne porte,sous le nom de Posthume, vn enfant en la maisõ du deffunct, qui aura toutesfois esté procreé par le secõd mary. A l'ẽdroit de ces Sauuges cela ne peut auoir lieu, d'autant que si tãt estoit qu'au bout de deux ou trois moys le Sauuage sur-engẽdra vn fils, outre celuy duquel elle seroit enceinte tousiours le Pere le deuroit recognoistre, cõme siẽ. Voi re,s'il n'y auoit que la multitude des enfãs, qui boucla leur accointãce, ie voudrois maintenir, que ces Sauuages, pour accoistre leur lignée tascheroyẽt à surgrossir leurs femmes, veu que le plus grãd bien qu'ils s'estimẽt pouuoir receuoir, est d'auoir vne grande & belle engence. Ceux qui ont voulu subtiliser d'auantage en coniectures, ont dit, que ces sauuages se sont restraints à telle diette, pourautãt que la matrice de la femmes enceinte estãt close & serrée ne reçoit aucune semẽce,si bien qu'ils ne feroyẽt que perdre leur tẽps & si pource ne lairoiẽt à engẽdrer beaucoup d'humeurs corrompuẽs, qui pourroyẽt paraduenture beaucoup nuire au petit enfant. Soit cõme que ce soit ie m'en rapporte aux medecins, lesquels,s'ils le trouuent bon pourrõt entrer plus auant en ceste matiere & fureter tous les secrets d'où ils cognoistrõt, qu'õ pourra tirer la raison, sur laquelle est fõdé ce Punition de la fẽme qui estãt enceinte on va paillardé. lõg attermoyemẽt, & ce pendant ie retourneray vers nos Sauuages,qui sõt jaloux au possible, de l'integrité qui leur doit estre gardée par leurs femmes. De fait si d'auanture quelque femme a paillardé, estant enceinte, parce que leur mary faict la surseance que i'ay cy dessus remarqué, & que cela vienne à estre descouuert, comme bien à peine Bastard enterré tout vif par les Sauuages. peut-il estre celé, quand l'enfant est né il est enterré tout vif, & la fẽme delaissée, qui ne sert apres que pour les ieunes hommes, qui n'ont encores le moyẽ d'auoir femme, & n'est iamais en bõne estime entr'eux. Telle punition semble certainemẽt bien estrange & hors de raison, de faire porter la peine à l'enfant qui est hors de coulpe, plustost la mere deuroit elle mesme porter le supplice, puis que c'est elle qui a offencé. Ioinct que ( comme tresbien disent nos Docteurs parlans des enfans naturels & engendréz hors des mariages) les bastards au lieu d'estre chargez, rebroueez & mesprisés doyuent plustost estre embrassés par pieté & compassion, & ne porter ( comme l'on dict) la patte au four de ce dont ils ne peuuent mais : Si est-ce qu'autrement on le practique parmy les sauuages, qui appellent tel enfant, Mara-ouere, c'est à dire de plusieurs sortes, à sçauoir de peres, tellement auily entre eux, qu'on ne souffriroit aller en guerre auec les autres, de peur qu'il ne leur porta malheur & mal-encontre:mesmes que personne, ne voudroit manger de ce qu'il auroit touché, fut venaison, poisson au autre chose. Et puis que nous sommes tombés sur le propos des enfans, faut sçauoir, que quand Commẽt ces sauuages sont deli urees du trauail d'enfant le temps d'enfanter est venu elles se mettent sur vne buche platte pres de la couuerture de la maison par dedans, qui touche à terre & en tiennent les lattes, & iettent quelques cris assez forts & grands en leur language, & demeureront en ce trauail le long d'vn demi iour sans estre aidées ny secourues d'aucunes femmes que ce soit les vnes plus, les autres moins: puis quand l'enfant est né, si le pere est viuant,il le leue de terre, & coupe le nombril auec les dẽts, si c'est vn masle:si c'est vne femelle la mere le coupe ou la plus prochaine parente, pour la debilité de la gisante : que si le pere est mort ou absent, son oncle maternel le leue, comme i'ay dict cy dessus. En apres la mere se met en vn vieil lict iusques à ce qu'elle soit bien purgee & nettoyee. Cela faict le pere luy met le pied sur le ventre tout bellement, affin que, comme ils dient il soit resserré, l'en fant aussi est laué bien net, puis est tout incontinent apres peincturé de couleurs noires & rouges par le pere lequel au surplus sans l'emmaillotter, le couchant dans vn lict de cotton pendu en l'air entre-deux espees de bois si c'est vn fils, & luy est faict vn Hanongraue, c'est a dire offerte ceremonieuse de bon presage, qui est d'ongles d'Once & serres d'Aigle auec ses plumes des ailles, ou de la queuë, vn petit arc & des flesches le tout pendu au lict de l'enfant. Et c'est affin qu'il soit plus vertueux & de grand courage, comme ils croyent selon leur façon superstitieuse. Si c'est vne fille on luy pend des dents de cest animal, comme on faict aux filles qui ont leur premier moys, & pour la cause mesmes trois iours durant le pere se tient aupres de sa femme, faisant abstinence de chair, de toute sorte de poisson, de sel, & de mesmes ne faict aucune besoigne iusques à ce que le nombril de l'enfant soit sec & tombé, de peur (dit-il) que luy ny l'enfant ne sa mere n'ayent le ventre tranché, qu'ils appellent TeKeaip, mettant par chascun iour au midy & au soir le pied sur le ventre de sa femme auec plusieurs singeries,simagrees & ceremonies presageuses, comme de petites attrapes faictes à prendre bestes auquel il met le porte-enfant en guise d'vne beste & le faict tõber dessus en maniere que si vne souris se prenoit au tres-buchet. D'autre-part prend ce petit arc & les flesches qu'on a pendu au petit lict de l'enfant & en tire contre ce porte-enfant & auec vn petit fillet à pescher le prend cõme en guise d'vn poisson, le tout à celle fin que l'enfant prenne & tuë bestes, oiseaux, & pesche du poisson & vne infinité d'autres choses que i'ay honte de publier,tant elles sont ridicules, fades & superstitieuses. Que si le mary n'y est, le frere de la femme le faict où le plus proche parent, si les hommes en sont reffu sans. Quand le nombril de l'enfant est sec & tombé, le pere le prend & en faict des petits morceaux, lesquels il attache aux petits posteaux de la maison, autant qu'il y en a, afin que l'enfant soit grand pere de famille & qu'il entretienne maison & mesnage. Cependant la femme se leue & s'en va contre les grands pilliers & posteaux de la maison s'appuyer le ventre & le serrant biẽ fort, de peur (dit-elle ) qu'il ne luy pende en bas & qu'il n'y demeure des rides. Les trois iours passés le mary s'en va à ses affaires, apres auoir imposé le nõ à l'enfant, & faict toutes ces ceremonies de bon presage, mais la mere demeure vne lune entiere en son lit nourrissant son enfant auec l'abstinence de chair, de poisson & de sel, que i'ay cy dessus ramenteu. Au bout du moys elles vont à leurs iardins faire leurs affaires cõme de coustume. Et ainsi vous voiez que les hommes ont icy beaucoup à souffrir tant à faire l'amour, que pour s'ẽtretenir des parẽs de leur fẽmes, que du tẽps de leur gessine, estans contraincts de leur seruir de sages femmes, que pour la subiection qu'ils ont à elles: car si elles ne sont traitées, comme elles veulent elles laissent leurs marys, quand ce ne seroit que pour deuenir paresseux. Parquoy tout homme qui veut là auoir beaucoup de femmes doit estre doux, bening, & amiable, sans les tancer aucunemẽt. Icy ne faut oublier, que les fẽmes nourissent leurs enfans souëfuement, qu'il ne leur manque chose qui soit. Pour les apprendre à manger leur maschent de toutes choses vsitees en viandes, sans iamais les tancer tant s'en faut de les battre ny en aucune maniere les tourmenter. Or c'est bien la plus grande gloire, qu'on puisse auoir en ces pays-là tant hommes que femmes, ie ne suis poinct le vaisseau remply des iniures ny de mon pere, ny de ma mere, & tiennent que l'enfant tancé ne peut iamais proffiter ou faire bien.
Des vef ues Sauuages & des solem nitez faictes aux obse ques du mary.
Reste maintenant à traicter quand elles sont vefues cõme elles se gouuernent. Faut donc sçauoir, que leur mary estãt mort en guerre de vieillesse ou bien d'autre accident, elles font couper leurs cheueux pres de la teste apres en auoir arraché la plus grande partie, auec des horribles pleurs & lamentations fort piteuses, puis elles courbent le deffunct en vn bloc & monceau ensemble dans le lict, où il est mort ainsi que les enfans sont au ventre de leur mere, puis ainsi enueloppé le mettent dans vn grand pot & le couurent de l'vn de leurs plats, où il auoit accoustumé de se lauer. Apres font vne fosse ronde, comme vn puits, & profonde enuiron de la hauteur d'vn homme, & inhument ainsi leurs morts auec quelque peu de feu, affin (dient-elles) que le malin esprit n'en approche & vn peu de farine, a ce que si l'ame du mort a faim, elle en mange, couurant le tout de la terre qui en a esté tirée. Si c'est vn pere de famille il est enterré dans la maison à l'endroit propre,où il couchoit, & si c'est vn enfant il est mis hors la maison derriere, vis à vis, où il estoit. Les femmes pleurent le mort par demy an, & apres font vne feste pour l'amour du mort soit petit ou grand. Les vefues ne se remarient poinct si ce n'est aux freres & plus proches parens de leur deffunct mary, lesquels faut auant que ce faire, qu'ils vangẽt la mort du deffunct s'il a esté prins & mangé de l'ennemy, ou bien s'il est mort de vieillesse ou maladie, faut neant-moins que celuy, qui doit prendre la vefue pour femme, prenne & ameine vn prisonnier, qui nettoye sur la fosse du trespassé, soit qu'on ait changé de village ou autrement : Aussi que toutes les pennassieres69, colliers, arcs & flesches d'iceluy soyent lauees par le prisonnier, mesmes son grand lict, où il couchoit de son viuant, ainsi que la coustume le porte. Iamais ces vefues ne se remarient à vn qui soit moindre, fort & vaillant qu'estoit leur mary, autrement on les chuteroit70 & mespriseroit, leurs enfans mesmes en seroyent faschés & mal-contans. Que si elles ne peuuent auoir telle rencontre elles aymẽt mieux se passer sans marier & demeurer ainsi vefues le reste de leur vie auec leurs enfans. Or encores qu'elles se remarient elles ne se precipitent point si fort, qu'elles ne laissent escouler vn an entier, combien que le lendemain de la mort de leur mary la mort fut vengee, qui est le principal poinct, qui peut les rẽdre dignes de secõdes nopces. A ce propos ie me souuiens auoir ouy raconter d'vne femme de ce pays-là, laquelle apres la mort de son mary, qui auoit esté prins & mangé de ces ennemis, ne se voulut remarier, par-ce que nul des parens de son mary ne s'efforçoit de venger sa mort : Prenãt l'arc & les flesches elle mesme alla à la guerre auec les hommes, & fit tant qu'elle print & amene des prison niers, lesquels elle bailla à tuer à ses enfans, leur disant, tuez mes enfans, vengez la mort de vostre pere deffunct, puis que le reste de ses parens ont le cœur si failly que ils ne daignent en prendre la vengeance : c'est possible pource que ie ne suis pas ieune & assez belle, si y a-il vne chose en moy, dont ie ne feray poinct de difficulté me vanter, c'est que ie suis forte, & vaillante, pour venger la mort, de vostre pere deffunct mon mary. Ceste femme fit tant que elle print plusieurs autres ennemis, lesquels elle faisoit tuer mesmes aux ieunes freres, & nepueux de son deffunct mary, ne ressentant rien moins que sa femme, tant elle auoit le cœur haut & viril. Voyla en somme ce qui appartient au mariage de ces pauures. Sauuages, ainsi que ie l'ay peu recueillir des discours qui en ont esté dressees par les Sieurs Theuets, de Lery, Belle-Forest, & autres. Et pour le regard de ce que nous auons dict de la pluralité des femmes & de la scrupulosité, que ces Sauuages font de s'accointer d'elles auant qu'elles aient eu leurs fleurs, cela n'est point priuatiuement peculier à ces Sauuages, d'autant que les Cefaleens, Preuue de l'adul tere entre ces Sauuages. vsent de mesmes, & entre eux la premiere femme est la principale, & faut que les autres luy façent seruice & les enfans d'icelle sont les heritiers. Quant à l'adultere pour en rendre vn homme, attainct & suffisamment conuaincu, suffit de le voir assis sur le lict, ou la natte, où s'asseera la femme d'vn autre, & faut que l'homme, & la femme meurent ensemble, sans espoir quelconque de grace, ou remission. Or pour autant qu'au commencement de ce chapitre i'ay debattu la diuersité du Droict estably par les Romains, & de celuy, qui est pratiqué par les Sauuages, pour le temps,auquel les filles peuuẽt estre habiles à engendrer & entendre au mariage i'estime qu'il ne sera point messeãt, pour esclaircir de tãt mieux l'affaire, icy apprendre aux peres & meres,que comme il est tres dangereux de precipiter trop les mariages pour l'incapacité, qui se manifeste, aussi est il trop plus que perilleux de tenir si long temps en abboys ces pauures filles, qui comme le feu ne leur manque,& sont imbecilles excessiuement laissent quelques-fois Discours trop sur le long re tardemẽt qui est fait de marier les filles. enyurees quelles sont de leurs foles affections, mettre le feu à la cheminee. Il ne faut pas aller courir au Peru, en Turquie ou en Perse, parmy nous nous n'ẽ voions que trop d'exemples, qui maintes-fois font transir de deuil & regret les pauures peres & meres de n'auoir de meilleure heure donné ordre à loger leurs filles, qui filletant, sans estre mariees, se sont rendues femmes. En maints endroits on recule en arriere, & cependant on ne signe que la pauure fille rapporte la pense chargee, & embrasee des flammes d'amour & chatouillee des aiguillons de la chair met à l'abandon sa pudicité. Voyla que c'est le pere, qui re garde de bien colloquer sa fille & la pouruoir de party cõuenable, crainte de dégainer d'argent pour la dot, luy acquiert quelquesfois deshonneur & infamie, & consequemmẽt à toute sa maison : ce qu'il deuroit bien craindre aduenir, & tascher à le fuir, & penser que la chasteté de la vierge est de tres-difficile garde, à guetter laquelle tous les yeux d'Argus ne suffiroyent : tellement que si la fille qui a vingt-cinq ans passez, voyant que son pere differe de la partir, fait folie de son corps, ou se marie à son plaisir, par le droict Romain, la fille ne peut estre desheritée, ny forclose de la succession,ains pour n'auoir tenu cõte si long tẽps du soing que nature luy commãde auoir de sa posterité, il perd en ce cas, l'authorité & preeminẽce, qu'il auoit sur sa fille. Or à fin que celles, qui de nostre temps ont esté surprises & preoccupées, ne se desesperent,pour estre remarqueés, & que d'autre part on ne reuoque en doute l'histoire que ie veux icy propo ser, ie mettray en butte l'vn des plus grands Empereurs qui fut onques: C'est ce Charles le grand, lequel quoy que bien aduisé, se trouua cependant pris par la faute que se fit, & à luy aussi sa fille aisnée, qui fit faux-bon à sa virginité, il n'en donna la coulpe qu'à soy-mesmes, & essaya de couurir & reparer au mieux qu'il peut, la faute aduenuë, où il voyoit tremper & se morfondre la bonne reputation & l'honneur de Histoire memorable de la fille aisnée de l'Empereur Charles le grand., tous les deux, comme Iaques Curio en son 2. liure des choses Chronologiques,recite auoir autresfois leu à Olbiopoli71, ville assise sur la riuiere du Meyn en Alemaigne,là où est enterré Eginard principal personnage comprins en cest affaire. Faut donques sçauoir, que l'Empereur Charles le grand estoit fort amoureux des sçiences Mathematiques, & mesmes n'auoit petite cognoissance des choses celestes,des influences & cours des planettes & de l'Astrologie, où il se baignoit, auec vne telle affection, que souuen tesfois il se releuoit de nuict, pour y repaistre son esprit. Or comme vne nuict seraine & estoilée, il obseruoit les astres par vne fenestre, il vit d'ad uenture, Eginard son Chancelier, (aucuns dient secretaire de sa chambre) pendant sur le dos de sa fille, la plus grande d'aage, laquelle le portoit sur ses espaules, & trauersoit par vne court, dont le paué estoit couuert de neige, à fin que le lẽdemain matin aucun ne peut remarquer autre trace que de fẽme, qui fut pour aller au corps d'hostel des Dames, & principalemẽt droit en la chambre ou cabinet de la ieune Princesse : ioint qu'on eut peu recognoistre la piste, forme & marque du pied d'Eginard, sur la neige, pour celle d'vn homme, & possible d'Eginard mesmes. Deuinez à quelle fin il estoit porté à heure induë, au quartier des femmes par la fille de son maistre, ce n'estoit point pour enfiler des perles, ains (possible) elle-mesmes. l'Empereur fasché outre mesure, & non sans cause, vain cu de douleur, ne sceut le tenir secret, & le diuulga le iour ensuiuãt, contant tout le faict deuãt les Princes de sa Cour, qui trouuerent tous l'acte fort estrange, de sorte, que pas vn d'entre eux ne pouuoit, sans regret, en ouïr parler, detestants tel forfaict. Apres qu'il leur eut exposé le cas de point en point, & les eut enquis de la peine meritée, & qu'il eut entendu l'opinion de tous, dont les vns estimoyent les delinquans dignes de la roüe, aucuns du gibet, il enuoya querir Eginard, & sa fille, lesquels venus deuant sa face il maria ensemble, & les feit espouser sur le champ, disant : Ie te donne, Eginard, ta porteuse pour legitime espouse, de l'amour de laquelle ie te veois espris: & ne fit autre signe ny semblant de courroux, sinon que prendre sur soy toute la coulpe, de n'auoir marié à temps sa fille.

Les Patagoneens, Yucateens, & autres Indiens. Chap. XXIIII.

NOus ne serons en ce chapitre si long, qu'auons esté au precedent, ains employerons pour esclaircir ce qui concerne ces mariages, vne partie de ce que le Sieur de Belle-Forest en a laissé par escrit au chapitre sixiesme du dernier liure de la Cosmographie de Munster, apres Goncal Ouiede au dixiesme chapitre du sommaire des Indes. Ces mariages sont diuers selon la qualité des personnes, d'autant que les Caciques espousẽt autãt de femmes qu'il leur plaist, & vne telle qu'ils iugent la plus belle est aussi la plus estimée, lesquelles ils prennent des filles des principaux de leurs ter Nopçes de leurs Cacique. res (car pour rien ils n'espouseroyẽt vne estrangere ) auec lesquelles se ioignent par mariage, & font de grands banquets, & dances solen nelles & publiques à la feste des nopçes Royales : le premier enfant masle, qui sort de ce mariage, est celuy aussi, auquel ( le Roy mourant ) escheoit l'heritage du Royaume. N'y ayant point d'hoir masle, sont celles, qui succedent, lesquelles ils marient aux plus riches, & mieux apparents de leurs vassaux : Mais s'il y auoit des enfans du fils aisné decedé, i'entens des filles, elles ne viennent point à la succession, ains seront heritiers, ceux qui seront de sa sœur,puisnée,pour les estimer asseurément du sang du Prince, ce qu'ils n'osent faire de la part du frere, à cause de la defiance de la femme qu'il aura espousée.
Pluralité de fẽmes defendue au simple peuple.
Quant au simple peuple, il n'est loisible à pas vn, d'espouser qu'vne seule femme,laquelle quelquesfois ils repudient, pour en prendre vne autre : bien que cela n'aduient gueres souuent, quoy que la moindre & legiere occasion suffise, pour despecer leurs mariages, & n'y faut que le consentement de l'vne des parties, ou des deux ensemble, & sur tout, lors que les femmes ne peuuent auoir des enfans, la plus part desquelles sont assez continentes, combien que le nombre ne soit que trop grand, de celles, qui ne sont gueres chiches de leurs personnes, ains volontiers se prestent à ceux, qui les requierent de ce faire, & sur tout les plus grandes, lesquelles dient, que ce n'est à vne grande Dame, & qui est de sang illustre, de refuser chose aucune, qu'on luy demande, & que c'est vn traict de vilainie. Il est vray, qu'elles n'ont garde de se mesler auec vn homme, qui soit de basse estoffe & condition, sur tout ayment-ils les Chrestiens & si quelqu'vn des principaux les ayme, elles s'en sentent fort glorieuses, & leur gardẽt loyauté, pourueu qu'ils ne soyent long temps loing d'elles, d'autant qu'elles n'ont accoustumé de se contenir longuement, & pource sont fort promptes d'aller au change. La plus grande mes chanceté qu'on remarque en ces femmes est, qu'ayans opinion que c'est aux vieilles d'auoir des enfans, & non aux ieunes, qui deuroyent employer leur ieunesse en plaisir & allegresse, & non à porter ceste charge en leur ventre, elles sçauent Auorte- mẽt d'ẽfans. faire des compositions & drogues, (se sentans grosses ) pour se faire vuider le germe, & fruict sans douleur quelconque. Elles doiuent bien peu à nos succrées mignõnes, qui ont des eaux & fards, dont elles se seruent, pour faire reserrer leurs mammelles trop pendantes & espanduës : ces Indiennes ont des petits aiguillons à sensualité, qui dérident entierement leurs tetins flestris. Quant aux solennitez, qui sont gardées en leurs mariages, par ce qu'elles ne different essentiellement, d'auec celles de leurs voisins, icy n'ay voulu en dresser nouueau & particulier discours, pour n'vser de redites. Seulement adiousteray-ie ce mot, que les femmes de Cabrâ, qui sont comme che ualiers, ou simples Gentils-hommes distinguez du peuple, & plus authorisez que le vulgaire, portent aussi bien le nom d'Espaues, (qui est à dire Madame) que font les espouses des Cacique.

Des mariages des Prestres. Chap. XXV.

L'Occasion qui m'a faict mettre en lice, le mariage des Prestres semblera, à plusieurs, toute autre que ie n'ay pourpensé : aucuns, qui ont ( peut estre ) quelque dent sur moy, estimeront, que ie me couperay en propos, & me formaliseray pour marier les Prestres. Les autres qui auroyent bien enuie de rompre ieusne desireroyent aussi bien, que ie leur prestasse la main, à fin qu'ils puissent faire vne belle enjambée : les autres finalement, attendront de moy, que ie rabatte les coups, de ceux qui se sont bandez contre le Cœlibat. Vous verrez qu'ils se repaissent de vaine esperance. Il ne faut pas, que l'on pense qui ie me vueille topiquer d'vne chose, à laquelle, que quant bien ie me serois rompu la teste, ie ne sçaurois donner ordre. Parce que la matiere est chatouilleuse, ie me contenteray de raconter simplement ce qui en est, sans partiser pour les vns, & me disgracier des autres. Ie sçay tresbien, qu'à l'encontre du Cœlibat on braque plusieurs & rudes pieces, mesmes qu'on faict pyuot de ce qu'au Concile Niceen, Paphnuce s'opposa à l'interdiction du mariage faicte aux Prestres, & promeus aux ordres : Que là dessus on respond, que ce Sainct personnage ne voulut consentir, que les Prestres mariez fussent forcez, & necessitez à quitter leurs femmes : C'est vne question Theologale, que ie lairray, si on veut demesler pour la tentatiue de quelque gentil cerueau : de ma part il me suffira, si ie puis prouuer par authorité, que les Prestres ont esté mariez: Au chapitre du mariages des Æthiopiens, i'ay monstré, que les Prestres y sont mariez, ainsi que nous apprend Don François Aluarez, & mesmes au cent quarente-septiesme chapitre de sa deſcription d'Æthiopie, au trente - deux, & trente troisiesmes articles des demandes que luy feit l'Archeuesque de Braga, dict, que les Moines ne se peuuent marier : ce qui est permis Prestres & Chanoines Æthiopiens ma riez. aux Prebstres & Chanoines, lesquels vont manger à part chacun en sa maison, & le Religieux tous ensemble, qui comme dict est, ne se marient point. Leurs chefs se nomment Licanati, & demeurent les femmes des Chanoines hors du Cloistre, chacune à part, là où ils les vont trouuer, quand il leur plaist. Les enfans des Chanoines demeurent en la mesme dignité que leurs peres, mais ceux des Prestres non, s'ils ne sont ordonnez & continuez par l'Abuna72. Icy ie ramenteuroy les demandes, qui fu rent faictes à ce dit, Don Aluarez, par le commandement du Pretejan, sur le faict du mariage des Prestres, & la resolution qu'il leur bailla, si ie ne craignois enfler ce discours, de chose qui ne me seroit, peut estre, allouée & que le liseur curieux pourra, s'il luy plaist, trouuer au soixante dix-septiesme chapitre de sa description d'Æthiopie.
Prestres autresfois mariez en Flãdres, Angleter re & Escosse.
On sçait que jadis les gens d'Eglise estoyent mariez en Flandre, aussi bien qu'en Escosse, & Angleterre pareillement, ce qui leur fut depuis deffendu, attendu le scandale, joinct, qu'il y auoit grand nombre de Moines, qui se secularisoient & ce faisoyent Prestres seculiers, pour se marier. Parquoy Euariste, Euesque de Rome, ordonna, que ceux qui se marieroyent, ce fut publiquement, pour cognoistre, ce qui s'en pourroit ensuiuir, du depuis on a pressé de si prés les Ecclesiastiques, en l'Eglise Latine, qu'il est bien peu de memoire d'aucuns, qui se marient. Mais en l'Eglise Grecque ils n'en font point de difficulté, & entre ceux, qui se sõt rendus Grecisans73, comme entre les Moscouites, lesquels obeissent au
Prestres Moscouites ma riéz & non les Moynes.
Patriarche de Constãtinople. Quelques vns du Clergé, sont si reformés & conscientieux qu'ils ne veulent vser de chair, s'il ne sont subiects à maladies & Pareillement quelques Moynes, qui viuent austerement selon leur reigle principalement quelques Basiliens74. Ils portẽt tout le reuenu en commun & pour le profit & soustiẽ du monastere, & sont ces Moynes si reformés qu'ils ne frequentent que bien peu auec les hõmes, & ne sõt point mariés ainsi que sont les Prestres seculiers, voire ne le peuuent estre, & sont suiets au commandement du Prince. Il y a vne secte d'Hermites entre eux, lesquels sortans de ces Monasteres se retirẽt aux forests & deserts, & sont nõmés Stolpniki, comme qui diroit habitant és Colomnes, à cause que leurs maisonnettes & cellules sont faictes, ainsi que de Colomnes ou souste nuës de piliers, & viuent d'herbes, & racines, & des fruicts, qu'ils treuuent par les terres, & ceux-cy sont fort estimez, & honorez par toute la Moscouie. Quant aux Prestres qu'on appelle Seculiers, ils viennent à telle dignité, à la façon des anciens, & n'est nul faict Diacre, qu'il ne soit marié, toutesfois n'estil permis se remarier, car celuy qui se remarie, tout ainsi qu'entre les Æthiopiens, demeure entre les lais. I'ay autresfois parlé auec vn docte personnage de ce pays,auec lequel conferant de plusieurs choses, en fin ie luy demandis, pour quelle occasion ils licentioyent en l'Eglise
Discours sur l'institution du Celibat ordõ né en l'E glise Latine.
Grecisée75, les Prestres de se marier, veu qu'en la Latine le Celibat est tres-expressement enjoinct. Deux causes m'amena il, & qui sont de gentille grace. Le premier est, disoit-il puis qu'il n'y a en tout le nouueau testament couplet, qui forclose les Ecclesiastiques de mariage c'est se faire accroire estre plus sage que Dieu, ou plustost estre ser uiteur du Diable, faire plus qu'il n'est commandé. L'autre estoit vn appendix, de la premiere, que les Latins, auoyent esté payez de leur folie, d'autant que le Cœlibat, auoit engendré plus de mal-heurs, & attiré plus de maledictions, sur les Chrestiens que l'on me sçauroit estimer. Là dessus me dressa vne liste de bastards, adulteres, violemẽs de filles, & efforts faicts à leur chasteté, apres dressa front des adminicules accompaignans le bordelage, par le moyen desquels (disoit ce venerable) les supposts du Cœlibat auoient esté miserablemẽt enerués & estropiés.Pẽsez vous si ie demeuroy muet & manquois de replique, que ie couleray, sous silence, pour ne sembler me vouloir moy Prestres Nestoriens ma riez. mesmes enfler de ma propre louange. De mesmes que les Moscouites, vous voyés, que les Prestres Nestoriens foulent au pied le Cœlibat, toutes-fois leur premiere femme, estant morte ils ne conuolent point aux secõdes nopces. Que si quelcun à sa femme qui soit adultere, l'Eues Punitiõ d'adultere. que l'absout de son serment, & luy permet & dispẽse d'espouser vne au tre fẽme. Lors que l'Armenie estoit en plus grãde liberté maintenãt les femmes adulteres y perdoyẽt le nez, affin de porter la deformité de leur face pour tesmoignange de leur paillardise, & l'hõme qui estoit trou ué auec elles y perdoit les genitoires. Le prestre paillardãt estoit degra dé, sans esperance de iamais plus rẽtrer en son office:& si estãt marié sa fẽme se portoit peu honestemẽt, il failloit qu'il se cõtint sans plus habiter auec elle, autrement ainsi qu'en Æthiopie, il perdoit l'entrée de l'Eglise. La femme du Prestre, estãt vefue, n'eust osé se remarier sur peine d'estre bruslee sans remission quelconque : & toutes-fois si elle se fut veautrée, en toute saleté de paillardise, elle n'en eut eu aucune punition:qui est cause qu'en Armenie, y auoit tãt de paillardes, qu'il sembloit qu'encor elles prostituassẽt leur cõtinence à celle Deesse Anaitide, la quelle estoit adoré & seruie en Armenie. Là donc l'adultere estoit puny plus rigoureusement qu'en nostre France, où on n'en tiẽt pas grãd compte ny qu'en certains païs de la peine de l'adultere, est pecuniaire. Comme à Peruse si vn homme retint durãt vne heure vne fẽme il y a alencõtre de luy condamnation de deux ou trois cẽs liures. Par le statut de Treuise les biẽs de la fẽme adultere sont confisqués. A Nouare si quelcũ à adulteré par force & qu'il ait violenté la femme, il est cõdamné en cent liures imperiales, ou biẽ en cinquante si ç'a esté de gré, à gré, & sans effort. Toutes-fois Signorel remarque que, s'il plaist au mary, la femme sera bruslée, ou qu'elle perdra son dot. Par les loix des Austrasiẽs faites par Theodoric Roy François, celuy qui auoit pollué la couche d'autruy pour reparation est condãné d'accorder auec son mary auec son Vuergil c'est à dire en cent quarante sols. Mais par les loix des Ripuariẽs, il amẽde deux cẽs ſols, ne forte que la plainte qu'a faict Alcia, en la loy, probrum ff. de ver. sig. est tres raisonnable que le dommage de la bourse est auiourd'huy plus puny que celuy de l'honneur & des bonnes mœurs. Car on pend les larrons, mais les adulteres passent par le pẽdant de la bourse.

Les mariages des Bramins. Chap. XXVI.

STrabon & quelques autres dres
Philosophes Indiens.
sans la liste des Philosophes Indiens en font plusieurs cantons de Gymnosophistes, Garmanes 76, que Porphyre, appelle Samanées, des Hylobies, des Pramnes, des Brachmanes des Bramins, & autres. Le chapit. suyuãt est destiné aux Brachmanes , & le present aux Bramins, desquels toutes les Indes, sont farcies. A Guzerath, on faict estat de trois sortes de gentils, des Rebuthi, qui sont les Cheualiers, des Bancani, qui sont les marchands & des Bra- mins lesquels sont comme les Prestres, & Philosophes ou Docteurs des idolatres, d'autant, qu'ils seruent deuant des idoles, & sont commis au gouuernement des temples, desquels ils ont grande quantité, partie Philosophes Indiens. desquels sont rentés, és autres, il faut que les Bramins viuent d'aumosne. Ils vont tous nuds au dessus de la ceinture, mais sur l'espaule ils ont vn cordon à trois fils, ou bouquets de soye, qui est la marque pour les recognoistre des Bancani, & ne mãgent ceux cy chose quelcõque, qui ait sang, comme aussi ils ne tuẽt animal quel qu'il soit en la terre, en l'air ny es eaux, obseruent les ablutions, & lauemens. Ils se marient comme nous faisons sans auoir pluralité de femmes, ainsi que font & les Mahemetans & les autres idolatres, & estiment peché d'entendre aux secondes nopces, à celuy, qui a perdu sa partie. Ils font grande feste à leurs nopçes, & cecy par plusieurs iours s'y faisant grande assemblee, chascun y estant vestu fort richement, pour honorer les mariees: Pour euiter paillardise ils se marient, fort Solennitez au iour des nopces des Bramins. ieunes, hommes & femmes: le iour des nopces les espoux se tiennent sur vn lict richement vestus, & chargés de ioyaux, & pierrerie, deuant eux vne petite table & dessus icelle vne idole, couuerte de fleurs, & autour quãtité de lampes allumées vers laquelle idole le mary, & la fẽme faut que du matin iusqu'au soir, tiennent les yeux fichés, sans boire, ny manger, ny dire vn seul mot à personne qui viue. Cependant les inuitez les festoyent & se resiouyssent auec leurs chants, bals, dançes & ieux d'instrumens, comme encor'ils font des feux artificiels, pour le plaisir & passe-temps de la compaignie. Aduenãt que le mary meure il n'est plus permis à la femme de se remarier, laquelle succede auec les enfans à l'heritage du deffunct. Est à noter, que les Bramins ne prẽnent femmes d'ailleurs que des Bramins,afin de ne souiller & meslãger leurs races & familles: desquelles y en a de deux sortes, les vns estans Deux sor tes de Bramins de grande qualité & les plus respectés, qui sont ceux, qui ont charge des temples & qui offrent, les sacrisices : les autres de plus basse condition, qui seruent de messagers & courriers pour ceux, qui les employent, à cause que, quelque part qu'ils aillent il n'y a personne, qui leur face ennuy ny fascherie, quoy que la guerre soit de tous costés allumee, voyre les voleurs, les rencontrans sur le chemin les respectent de tant, que de leur faire voye & les honorer, là où ils deualisent Voleurs n'osent meffaire aux Bra mins. les autres. Pour ce les marchans, pour leur sauuegarde ont accoustumé de mener à quelque prix que ce soit l'vn de ces Bramins, asseurés, qu'ils sont, qu'en leur compaignie, il n'y a si detestable brigand, qui osa, leur meffaire. Et s'il y aduient qu'il y en ait de si farouche, que de piller, ou deualiser les pauures marchans, qui seront en la cõpaignie d'vn Bramin, soudain il se tuë, ou se naure d'vn poignard, du sang duquel les autres vont teindre certaines images qu'ils trainent par les ruës, iusques à tant qu'on leur ait faict iustice du tort que les marchans ont receu, & vẽgeance du sang espãdu de leur cõpaignõ. A Calicut le Roy fait tel estat de ces Bramins, que lors que il prend femme,il cerche & choisit Bramins ont la pre rogatiue de depuceler les Roynes. le plus honorable d'entre-eux, lequel il fait coucher la premiere nuit des nopçes auec sa fẽme, afin qu'il la depucelle:Et encor ne pensés pas que ce soit gratuitemẽt que ces caphards vont plãter les cornes à leur Prince, faut il qu'il les paye, & n'y a que le Roy, qui ait ce credit, que les Bramins facẽt les premiers essais de leurs fẽmes. La coustume a tant gaigné là que les Rois pẽsent receuoir vne grande grace, & faueur, si ces maistres caphars se iouẽt auec leurs femmes & les sursaillent toutes les fois que bon leur semble. Or tout ainsi qu'à Cambaià, des-can Goa, & pays voisins il y a des Bramins, qu'õ nomme Patameres, à cause qu'õ les estime estre descendus du sang roial des princes de Cambaie, aussi à Cochin le Roy est de la famille des Bramins, de mesmes qu'ẽ Malabar, les Roys sont de ceste race, & pour-ce les enfãs masles des Rois, ne succedẽt point à la courõne, nõ plus qu'ẽ Calicut,ains les freres du Roi, ou sõ neueu, à cause qu'ils sõt Bramins, les Femmes des Bramins. quels couchent auec les sœurs du Roy, desquelles sortẽt les heritiers, d'autãt que ceux qui viẽnẽt des Rois sont fils d'autres Dames que les Bramines, & qu'ils degenerẽt du sang Royal. Les fẽmes de ces Bramins, sont fort chastes, outre la coustume du païs, & ne se meslẽt onc auec autres qu'auec leurs marys, non plus que iamais vne Bramine est mariee, auec autre que celuy qui est de ceste vocation ne pouuãt espouser vn naire, là où les femmes naires ont licence de coucher auec les Bramins, lesquels sont chiẽs à tous coliers, & tels que toute couche leur est permise, à cause qu'ils sont les messagers de leurs idoles. Apres la mort de ces Bramins, on brusle leurs corps, & auec eux leurs femmes, lesquelles refusans de ce faire, sont blasmees au possible. Celles qui se sacrifient auec leurs maris sont conduites en fort grande magnificence & sont accompaignees des Bancans & Bracmins, pour les consoler, tout ainsi que pardeça on donne quelque Pasteur aux pauures patiẽs, qu'on meine au gibbet, pour estre iusticiés. Ces maistres, venerables les exhortent à patience, & magnanimité & à mespriser la mort eu esgard à la briefueté & incertitude de ceste vie, la sermonent si bien qu'il semble à ceste pauure esgaree, qu'elle s'en va aux nopces.

Les Brachmans. Chap. XXVII.

PVis qu'au r'apport de Strabon, liure quinziesme de sa Geographie, Megasthenes tenoit, que les Brachmans estoyent les plus excellens entre les Philosophes qu'il ce lebre, ce ne sera hors de propos, si nous entrõs au discours de leur vie, mœurs & doctrine, auant qu'entamer leur mariage. Ioinct que i'ay enuie tout d'vn train de vuider la question du meslange & communion des femmes, qui estoit receuë parmy ces solz, aussi-bien que parmy les Nicolaites, & autres, ainsi Vie, mœurs et doctrine des Brachmans. que verrons cy apres. Dés que ces Brachmans sont conceus (dict Strabon ) ils ont des hommes doctes, qui ont le soin d'eux, & lesquels, venans vers la mere, vsent de ne sçay quels charmes & paroles sur elle & sur le fruict, luy souhaitans & promettans felicité & bon succés, pour l'aduenir : mais il y en a, qui dient, qu'ils ne parloyent à la mere que de choses bonnes & luy preschoyent sobrieté & continence, estimãs celles estre heureuses, qui les escoutoyent de bon cœur, lesquelles, ils disoyent, seroyent abondantes en lignée. Les enfans estans venus en lumiere, on leur donnoit des instructeurs, ores les vns, tantost les au tres, mais quand ils venoyent à estre grandelets, c'estoit alors qu'on leur donnoit pour maistres, les plus doctes & excellents de leur escholle. Ces Philosophes viuoyẽt dedãs les bois ( ainsi que nos Gaulois Druydes78) lesquels estoyent les plus prochains des villes, & s'y tenoyent assemblez, comme sont les Religieux en leurs Monasteres, viuans fort sobrement, couchans sur des materats & peaux de bestes, ne mangeans chair quelcõque ( comme encores ils ne font ) & s'abstenans des femmes ( ce que maintenant ils n'ont garde d'obseruer) ne parlans que de choses serieuses, & communiquans de bon cœur auec ceux qui les venoyent accoster, comme desireux & d'apprendre, & faire cognoistre & entendre leur sçauoir aux autres: Les disciples vsoyent d'vne grande reuerence & modeste respect, estãt deuant leurs maistres, ne leur estant loisible de parler, tousser, ny cracher, & s'il aduenoit à pas vn de ce faire, il estoit soudain chassé, pour ce iour, de la compagnie, & estimé hõme peu honeste, & sans sobrieté, & continence. Il viuoyent par l'espace de trente sept ans en ceste discipline & sujection, & lors chacun des disciples se retiroit en sa maison luy estant permis de viure vn peu plus licentieusement que de coustume: car il se pouuoit vestir de lin subtil & delicat, porter des anneaux aux doigts, & des bracelets, & des bagues penduës aux oreilles, mais le tout auec discretion & modestie, & sans aucun desbord & superfluité : comme aussi leur estoit permis de manger chair d'animaux, autres que ceux qui sont secourables à l'homme, & ce pendant les saulses & les viandes fort aigres, & mordãtes, comme aux, oignons, & espicerie, leur estoyent deffenduës. Ils s'amusoyent sur tout à la science des Astres, & a vouloir iuger des hommes, par leur Physiognomie, dont les Pramnes, qui estoyent leurs ennemis mortels, se moquoyẽt, à gorge desployée, & les appelloyent fols, & vains, prediseurs des choses incertaines. Quant à leurs mariages, ie ne puis que ie ne les reprouue pour deux principales raisons.
Pluralité de fẽmes receuë par les Brachmans, cõdamnée.
La premiere est par ce qu'ils se donnoient licence d'espouser plusieurs femmes, sous ceste consideration, (disoient-ils ) que d'vn grand nombre il en sortiroit plusieurs enfans, & en ce faisoyent-ils double faute, tant pource qu'ils s'affectoyent peculieremẽt ie ne sçay quelle saincteté, qui n'estoit communiquée aux autres, qu'aussi pour se peslemesler ainsi auec tant de femmes. Et neantmoins ils sont tenuz pour la saincteté mesme, voire qu'il y en a qui aiguisent le fil de leur biendisance à esleuer l'integrité de vie, de ces venerables, lesquels ils veulent maintenir en leur degré de priuauté, preeminence & precellence par dessus les Bramins, alleguans pour leurs deffenses, qu'encores que les Bramins ne s'accouplent qu'à vne femme, en mariage, si ne laissent-ils d'auoir d'autres esgouts, pour leur faire passer la phantaisie de toute charnalité : mais quant aux Brachmans, ils ne sont appelez à deflorer les Roynes, & encorner les plus habiles du pays, si bien que pour suppléer à tel rechãge, il embrassent la pluralité des femmes. N'est-ce pas bien syllogiser ? & les Bramins & les Brachmans offensoyent Dieu, mais encores plus les Brachmans, par ce qu'ils abusoyent du mariage lors qu'ils se fondoyent en telle multiplicité de femmes. L'autre raison qui me fait formaliser contre les mariages des Brachmãs, est qu'ils estoyent si charitables entr'eux, qu'ils auoient les femmes cõmunes entr'eux, chacun accostant celle de son compagnon, tout ainsi que Platon le requeroit, & que les Nicolaites le vouloyent introduire, Nicolaites heretiques. en l'Eglise primitiue. Ces Nicolaites ont ainsi esté appelez de Nicocolas Antiocheen, l'vn des sept Diacres, qui auec Sainct Estienne furent deputez par les Apostres, au seruice des vefues. Cestuy, ayant esté repris par iceux Apostres, de la ialousie qu'il auoit de sa femme, laquelle estoit fort belle, à fin de se rendre incoulpable deuant eux, de ce qui luy estoit imposé, il l'amena en public deuant tous, l'abandonnant & permettant d'en vser, à quiconque la voudroit, contre le commandemẽt de nostre Seigneur, qui deffend à tout homme, de separer ceux que Dieu a conjoincts. Par ceste acte de Nicolas, plusieurs prenans occasion, creurent qu'il estoit loisible & permis à vn chacun se seruir de telle femme, que bon luy sembleroit, voulans, ainsi que Platon le permettoit, que toutes femmes fussent communes. Tellement que telle coustume fut entre-eux conuertie en fornication & paillardise sans aucun respect de mariage. A ceste heresie,
Saturnin here tique.
se ioingnit l'heretique Saturnin natif d'Antioche, disciple de Simon le magicien, & de Menander, qui entres autres impietez de son heresie, disoit, auec les Nicolaites, que l'on pouuoit vser des femmes indifferemment : si bien qu'vn chacun pouuoit sans offense, ne peché vser de celle qu'il voudroit. Or encores que l'Escriture Saincte, auec sainct Augustin, Philastrius, Euesque de Brixie, en leur liures des heresies, Nicephore & autres sçauans personnages, detestent ceste heresie, si veux-ie bien encores adiouster que quand nous n'aurions autres moyens de defense, que ce qu'Aristote deduict au deuxiesme chapitre du second liure de ses Politiques, sans doute faudroit que ceste confusion de femmes fit le soubre-sault. Et par ce que la matiere semble le requerir, ie prieray le liseur m'excuser, si Communion de femmes sur quels moyens fondés. ie m'estens vn peu au long sur ce discours. Ceux qui partialisent pour la communion que Platon a voulu forger en sa republique Socratique font targue de plusieurs boucliers tirez de l'Arsenal Anabaptistique79, ou l'on ne souffre ces deux mots de Mien & de Tien, com me estant la source de tout mal. Sur tout ils nous battent de deux inconueniens. Le premier est que la proprieté des femmes, qu'on a voulu priuatiuement & exclusiuement attribuer aux marys a engendré la jalousie, les meurtres, & le mauuais mesnage, dont on voit les familles troublées pour l'adultere. L'autre, qu'appropriant de telle façon les femmes & enfans à certains particuliers, on degoustoit les autres d'aymer & porter affection aux enfans, lesquels ils eussent chery, pour la seule opinion qu'ils eussent peu se donner, qu'il se pouuoit faire que les enfans leur appartenoyent. Voila deux poincts qui ont quelque apparence, mais au fonds, sont de peu de force & Refutation d'iceux moyens. efficace. Ie demeure d'accord qu'à cause des insolences de quelques garnemens les maris s'effarouchent & quelquesfois deschargent bien rudement, ou sur les estalons ou sur ces desloyales, qui si tost se laissent atterrer. Si la bride estoit te nuë roide à tels forfaicts, ou qu'à la premiere touche ils peussent venir en euidence à iustice, estimezvous, que nous verrions telles & si frequentes sur-saillies des maris, qui quelquefois, & trop souuent s'imagineroyent estre coqüéz. Ie veux, que bien d'auantage ils se topiquent, pourtant faudra-il donner libre entrée à quiconques voudra passer sur le vẽtre des femmes? De deux maux (dict-on coustumierement) faut élire le moindre, mais si pour faire du nyais & Nicolaiser, il estoit question de se laisser planter les cornes, ah ! combien de sursaillans se trouueroyent, qui seroyent bien aises, sans crainte de reprehension, d'y graisser leurs bottes. Le danger, certainement, est bien grand de tuer vn ruffien, que l'on trouue honnir la pudicité de sa couche, ou de se hazarder à la modestie ou prudence d'vn adultere, mais aussi de se laisser encorner, c'est vne touche qui pique si vifuement au cœur, qu'encores, que le Poëte du Belleau eust encor mieux sophistiqué ses cornes, qu'il n'a pas, si ne me sçauroit-on faire croire qu'vn homme ayant le cœur genereux, puisse souffrir qu'vn eſtranger vienne tremper son pain au pot, qui exclusiuement de tous autres luy est destiné. En apres y a-il raison de permettre que Dieu soit manifestement offensé? Les deux mariez sont deux en vne chair, s'il y a vn adioinct, faudra qu'ils soyent troys en vne chair, & ainsi sera illudée la volonté sacrée de l'Eternel. C'est donc hors de propos, qu'on met en jeu les malheurs, qui ensuiuent ceux, qui ne sont bien reiglez en leurs mariages. La folie des temeraires, & indiscrets, ne doit nuire aux bienaduisez. Encores que plusieurs ayent souffert pour le nom sacré des Chrestiens, sera-il à dire, que l'on ne doiue se partialiser pour le Christianisme, ou qu'on se doiue laisser aller à toutes heurtes de religion ? Ie ne parle point des posses sions, & des biens, d'autant que ces noms Tien & Mien, sont aussi enseuelis pour ce second chef. Encores moins de nez y a-il sur l'affection que les suposts du Nicolaisme pensens estre affadie, pour autant que l'on ne pensera que l'enfant nous attouche. Puis qu'ils veulent ne parler qu'en politics humains, ie veux les arraisonner en politiques. Ils ne me pourront nier, que la disposition de nostre corps ne se rapporte à la constitution du corps de la Republique, encores donques que les functions de la main, du cerueau, des pieds & de nos cinq sens different toutes par ensemble, se trouuera-il vn esprit si tres-éceruelé, & manque de iugemẽt, qu'il vueille desauoüer & mescognoistre l'ouurage de ses mains,pourautãt qu'il estimera que ce ne soit du besoigné du cerueau. Partãt tout ainsi que toutes les parties de nostre corps symbolisent à à leur tout,aussi faut-il croire, que si quelque malignité ne nous a arraché du cœur, nos parties naturelles nous reputerons à nous mesmement & à l'ornement du corps ciuil, tout ce qui sera des parties d'iceluy, encor qu'elles soyent possible, beaucoup esloignées de nous: Voyre mais, à quel propos fais-ie sur ce discours si longue pose?il ne faut que la raison mesmes de ces Socratiques supposés, pour faire ou culbuter ou esparpiller ce sale meslange. Et aussi est-ce là,ou a visé Aristote, qui pour replique, met en faict, que ceste cõfusion de corps d'amitiés & d'affections pratiquee par le meslange des Brachmans, Nicolaites & partisans de Socrates, ne peut qu'elle ne nous agoue80, d'autant que tout ainsi qu'vn peu de douceur, si on la delaue en vne grande lauasse d'eau, perd toute sa saueur, aussi les peres, se trampans en vne si grande multititude de flots ne pourroyent retenir l'amitié naturelle, que nous voyons estre reueree par ceux, qui sçauent drachmer81le poids, la force & la vertu de leur virilité, sans l'espan dre à l'incertain & ietter (comme l'õ dit) la plume au vent: Qui prendra de prés garde à la comparaison, qu'a ameiné Aristote, s'il n'a le sens du tout cacochimé, d'Anabaptisme, faudra qu'il confesse, que quand la loy diuine n'auroit lieu, nature, mesmes suffit pour rendre condãnez ceux, qui à l'esgarée se fourrent à telles & si volages accointãces, d'an tãt que ce, qui oblige les peres à nourrir, les enfãs & aux enfãs à reuerer & auoir soin de leur peres n'est cõtre le commandement de Dieu, que l'instinct naturel, qui nous pousse, semond82, resueille & induit à cherir nostre sang. Et comment pourra vn homme recognoistre ce qu'il aura enfourné, si plusieurs ont ( comme l'on dit) mis leur pain à la fournee. De dire qu'en la face ou au corps demeure vne marque & arrhe imprimee, qui faict qu'vn chascun puisse recognoistre sa piece, c'est nous vouloir faire iouer trop au mal asseuré:attendu qu'on lit, qu'en la race de Lepide y eut veritablemẽt La ressẽblãce du visage nous deçoit souuent. trois enfans faicts à diuerses fois, qui tous auoyẽt vn œil couuert d'vne pellicule, & si n'auoyent esté faicts les vns apres les autres, car il y auoit d'autres enfans entre-deux: aussi quelques fois il aduient, que les enfans retirent au pere-grand: Des iumeaux, par fois l'vn retire au pere, & l'autre à la mere. Il y a des femmes, qui font tous leurs enfans qui les retirent : d'autres les font semblables à leurs maris, & quelquesfois les enfans ne retirent, ny à pere ny à mere : aucunesfois aussi, les filles retirent au pere, & les fils à la mere. La preuue en est grande en ce que raconte Aristote, au second chapitre du septiesme liure de l'histoire des animaux, & au dixhuictiesme chapitre du premier liure de la generation des animaux, touchant Nicee, ce luiteur renommé de Constantinople, lequel estant sorty d'vne bastarde d'Æthiopien, qui estoit blanche, comme les autres femmes, neantmoins il nasquit noir, comme son ayeul. Et certes les fantaisies, impressions, & discours de l'homme & de la femme, estans en l'acte de generation, aidẽt beaucoup aux rapports & sem blances : aussi font plusieurs cas qui peuuẽt aduenir fortuitemẽt soit par la veuë, ou par l'oüye, ou par vn sou uenir des formes qu'on apprehẽde en l'acte de generatiõ. L'esprit aussi du pere & de la mere lors vagabõdãt & tracassant ça & là, & imprimãt quelque semblãce est estimée cause de semblance ou non-semblance, par ainsi ce n'est de merueilles, si les dissemblances sont plus grandes, entre les hommes qu'entre autres animaux : car le soudain mouuement de l'esprit, & les discours de l'entendement s'imaginent, phantasient, & representent plusieurs & diuerses marques:mais l'imaginatiue des autres animaux demeure tousiours en vn estre:aussi vne beste engendrera le plus souuẽt son semblable. Artemõ, hõme artisan, estoit si semblable à Antioque, que la Roine Laodicée, apres qu'Antioque fut tué, se seruit d'Artemon, pour resigner le Royaume, à qui bon luy sembleroit, & pour recommander au peuple celuy, qu'elle vouloit auancer. Vibius, homme Artisan, & Publicius iadis esclaue, retiroyent si fort à Põpee, qu'à peine les eut on sceu discerner tous trois les vns d'auec les autres, tant bien representoiẽt ceste preud'hommie, & majesté, qui reluisoit en la care, & face de Pompée. Cela aussi causa à son pere le soubriquet de Menogenes, son cuisinier, encores que desia on l'appella Strabo, pour estre lousche, comme vn autre sien esclaue. Serapio, aussi estoit du tout semblable à Scipion, & neant-moins c'estoit vn malotru esclaue, Porchier d'vn marchand de porceaux. Sur second Scipiõ, qui estoit de la mesme maison de l'autre Salutio83, basteleur & ioüeur de farces fit tomber son nom pour soubriquet L'an du Consulat de Lentule & Metelle d'aduenture se trouua rent sur les eschauffaux deux gladiateurs, tous deux retirans aux deux Consuls, à sçauoir Spinter84, qui vint en la seconde pointe,lequel retiroit entierement à Lentulus, & Pamphile85, qui vint à la troisiesme pointe, qui carioit à Metellus. De meſmes, Rubrius basteleur fut appellé Plancus, pource qu'il retiroit à Lucius, Plancus l'Orateur fort renommé. Burbuleius aussi basteleur seruit de soubriquet au vieil Curion : Menogenes ioueur de farces à Messala, encores qu'il eut esté Censeur. En Sicile se trouua vn pescheur, qui retiroit du tout au Proconsul Sura, non seulement au traict de visage, mais aussi à parler bref, à faire la mouë en parlant & à retirer la langue, cõme faisoit Sura. A Cassius Seuere, Orateur renommé, Mirmillo fut mis au deuant par reproche, comestant du tout semblable à luy. Et afin que nous ne nous esgarions par les Forests & de l'antiquité & des pays estranges, voulés vous vn plus manifeste argument de deux personnes qui se retiroyent comme deux gouttes d'eau que celuy de cest imposteur Arnauld, du Thil, du lieu de Sajas86qui ressembloit tellement à Martin Guerre, natif, d'Andaye, au pays de Bascous, ou de Biscaye, qu'il print le nom de ce Martin Guerre. Or qu'il luy retira entierement des lineamens de visage, de son port, maintien & stature appert par-ce que Bertrande, Rolz, laquelle Martin Guerre, auoit espousé & pris à femme à Artigat lieu du Diocese de Rieux, en Gascoigne le receut pour tel, comme aussi firent encores quatre sœurs vn Oncle, & autre parens d'iceluy, Martin Guerre, tous les voisins luy firent la bien venuë. Auant cest imposteur Bertrande demeura trois ans sans le pouuoir recognoistre. En fin elle print soupçon & cõmence a descouurir & cognoistre l'imposture de ce du Thil, qui fut si bien poursuyuy, qu'apres le retour de son vray mary Martin Guerre ( qui auoit esté absent d'elle enuiron huit ans il fut condamné par arrest de la Cour de Parlement de Tholouse, prononcé iudiciellement le douziesme iour de Septembre 1560, à faire amende honorable au deuant de l'Eglise d'Artigat, & illec de genoux, en chemise, teste & pieds nuds ayant la hard au col & tenant en ses mains vne torche de cire ardante, demãdant pardon à Dieu, au Roy a Iustice, ausdicts Martin Guerre, & Bertrande, de Rolz, mariées, & ce fait estre deliuré és mains de l'executeur de haute iustice, pendu & estranglé au deuant de la maison de Martin Guerre en vne potẽce qui y seroit dressée, à ces fins & apres son corps estre bruslé. A esté besoing, que ie m'exprimasse ainsi au long sur ceste ressemblance, d'autant que c'est le principal eschaptoire de ceux, qui prestant l'espaule au meslange Brachmanien, de dire, que tousiours il y a des traicts, qui nous peuuẽt faire recognoistre ceux qui nous appartiennent. Et ne faut point restraindre ce desbordemẽt de fẽmes cõmunes à certaines sectes de mal-aduisés, d'autant que les Taprobaniens, ou Sumatriens, mesmes sont remarquez par les anciens, pour auoir eu leurs femmes communes, sans qu'aucune forme de mariage y fut gardée: Si bien que les enfans y estoyent communes & chascun les aymant comme pere.
Communion de femmes pratiquée, entre plu sieurs peuples.
Or ceste communion de femmes n'a esté que par trop practiquee par maints autres peuples. Les Massagetes prenoyent chascun vne femme en mariage, & toutesfois vne femme estoit commune à tous & toutes les femmes communes à vn. Eusebe au sixiesme liure de la preparatiõ Euangelique recite le contraire des Serés peuple d'Asie habitans à l'Orient des-dicts Massagetes. Lesquels, il dict auoir eu des loix, qui leur deffendoyent de tuer, de paillarder, de desrober & d'adorer des idoles. Et pour le respect d'icelles ne s'estre trouué par-my eux aucuns temples nulle femme adultere, aucun larron, pas vn meurtrier: Con tinuãt apres sõ discours par la vie des Brachmanes il les loue d'vne grande preud'hommie & pieté en toutes leurs actions, les renomme ennemis de l'adoration rendue aux simulachres des faux Dieux & fort sobres en leur boire & manger si bien qu'encores qu'il ne touche les loix de leurs mariages, si est ce qu'il les descript tels que quand nous ne lirions autre chose de leur vie, nous les deussions estimer auoir abhorré toute saleté de luxure desordonnee & principalement la Polygamie, & communauté de femmes. Car il les depeinct entierement addonnez à la contẽplation de Dieu & de ses œuures & retenus tout le iour à le seruir & adorer. Mais qui a‑il de plus ennemy du culte diuin, que la luxure ou la multiplicité de femmes: desquelles le contentemẽt est le mortel ennemy de la chasteté & de ceste netteté d'Ame necessaire en l'exercice des functiõs spirituelles? Le seruice diuin ne se peut ac complir deuëment si les affections ne sont sublimees là-haut, d'où neant-moins les retire l'esguillon charnel, & les attache à la terre, sur laquelle elles rãpent tant que la memoire ou la pointure d'vne impudicité dure. Ainsi nous pouuons raisonnablement douter que les Brachmans, qui de leur franc gré & sans y estre asseruis pour aucunes loix demeuroyent attentifs, perpetuellement au seruice de Dieu, & à la contemplation des choses hautes ayent eu plusieurs femmes & communes entre eux, ou qu'ils ayent iamais mené vne vie si religieuse. Et que chose qu'il en soit nous pouuons tenir pour tresseur que l'vn ne peut compatir auec qu' l'autre non plus que la terre se ioindre au Ciel. C'est pourquoy les hommes vouez aux choses sainctes au ministere de la religion & contemplation des sacrés mysteres d'icelle, ont espousé le sainct Cœlibat, & donné le libelle de repude à toutes femmes pour estre esleuez plustost en haut par le feu de chasteté, qui est tout diuin, que rabbatus en bas par celuy de la chair qui est terrestre & en l'approbation d'vn si sainct veu nous finirons ce que nous auions à dire des Mariages.
FIN.
Vignette à feuilles et fruits. Sceau de la Bibliothèque de l'Arsenal.

Noms propres et Terminologie médicale

Aaron

Selon la Bible, Aaron aurait été le frère de Moïse et le premier grand prêtre des Hébreux.
  • Aaron, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Abuquer

Selon l'Histoire de l’Éthiopie (1540) de Francisque Alvarez, Abucher fut choisi pour second mari par une dame de la cour éthiopienne, qui renonça à son premier époux en sa faveur. Cet exemple sera à illustrer la possibilité de la dissolution du mariage parmi ce peuple.
  • Alvarez, Dom Francisque, Histoire de l’Éthiopie dans Léon l’Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays et, La navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, 1556, trad. Jean Temporal, rpt. Paris, 1830, t. 3, p.77. Google livres, 21 novembre 2010.

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Adam

Dans les traditions juive, musulmane et chrétienne, Adam fut le premier homme, créé par Dieu et mis dans le Paradis terrestre (Éden). Dieu créa également une femme, Ève, à partir de la côte d'Adam, ainsi représentant le mariage comme l'union de l'homme et de la femme en une seule chair.
Selon la tradition, Ève, tentée par Satan, qui avait pris la forme d’un serpent, encouragea Adam à manger le fruit défendu ; ce péché originel, qui pèse sur toute l’humanité, provoqua Dieu à chasser les deux du Paradis. Ève et Adam eurent trois fils, Abel, Caïn et Seth. Le premier livre de la Bible, la Genèse, raconte l’histoire du premier homme et de la première femme sur la Terre.
  • Adam, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Adé

Commune du Tchad située au Soudan.

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Agathias

Agathie, dit Agathias le Scolastique (c. 530-c. 580), un poète et historien grec, devient juriste dans la petite ville de Sosthénion près de Constantinople. Après la mort de Justinien (565), Agathias entame une histoire du règne de celui-ci, long de cinq livres. Cet ouvrage est une des sources principales sur la période 551-559. Agathias écrivit aussi de petits poèmes d'amour et composa une Anthologie d'épigrammes en sept livres.

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Alexandre le Grand

Né en 356 av. J.-C. à Pella, Alexandre le Grand fut le fils du roi Philippe II et d’Olympias devenant en -336 roi de Macédoine ainsi que le chef de la Confédération hellénique. Considéré comme un des plus grands conquérants de l'histoire, Alexandre le Grand créa un empire s'étendant de la mer Ionienne à l'Himalaya. Il fonda Alexandrie en Égypte (-332- -331) et choisit Babylone comme la capitale de son empire (-331). Il mourut à Babylone en -323 après quoi ses généraux, les Diadoques, partagèrent son empire et se mirent à combattre par la suite, assassinant sa mère Olympias, son épouse, Roxane, et son fils, Alexandre IV.
  • Alexander the Great, Wikipédia l'encyclopédie libre (6 février 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 février 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_the_Great.
  • Alexandre le Grand (~356-~323), Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • Alexandre le Grand ou Alexandre III, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Alexandrie en ar. al-Iskandarīyah, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Alvise Cadamosto, ou Alvide da Ca'da Mosto

Alvise Cadamosto, ou Alvide da Ca' da Mosto, également connu en portugais sous le nom de Luís Cadamosto ou Luigi Cada-Mosto (c. 1432 - 1488) est un navigateur vénitien engagé par les Portugais pour explorer les côtes africaines, notamment l’actuel Sénégal. Son journal de voyage édité à Milan en 1507-1508 sous le titre de Navigatio ad terras ignotas fut publié en version latine à Paris en 1532. Ce fut un des best-sellers géographiques de la Renaissance.

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Anaitide

Anaitide est le nom sous lequel les anciens Lydiens, Arméniens et Persans adoraient la déesse romaine Diane, ou, selon certaines sources, Vénus.
  • Anaitide, Dizionario della lingua italiana, Padova, nella Tipografia della Minerva, 1830, vol. VII. Google livres, Internet, 5 janvier 2011.

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André Alciat ou Andreas Alciatus

Andreas Alciatus (1492-1550) était un des plus célèbres juristes humanistes du XVIe siècle. Né près de Milan, il s’installa en France où il était connu pour ses recherches sur les textes légaux antiques. Son ouvrage le plus célèbre est l’Emblemata, un recueil de brefs textes latins illustrés de gravures sur bois, qui connut de nombreuses rééditions dès sa publication en 1531. Alciatus est considéré comme le créateur du genre du livre d’emblèmes, très populaire en Europe pendant les XVIe et XVIIe siècles.

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André Thévet

(Angeloume 1503 ou 1504 - Paris 1592). Moine cordelier et voyageur français qui visita la Palestine, la Grèce, l'Italie, l'Asie Mineure et le Brésil, où il participa à l'expédition de Villegaignon en 1555. Lorsqu'il retourna en France, il fut élu aumônier de Catherine de Médicis. En 1558, il devint le cosmographe et historiographe du roi. Il est l'auteur d'une Cosmographie du Levant (1554) et des Singularités de la France antarctique (1571-1575).
  • Thévet (André), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Angelo Rocca ou Camers Camerinus

Angelo Rocca (Rocca 1545 – Rome 1620), docteur en théologie et fondateur de la Bibliothèque angélique à Rome, fut connu également comme Camers Camerinus au monastère augustin à Camerino où il servit de supérieur. Il assuma d'autres postes importants, y compris la direction de l'imprimerie du Vatican, le sacristain dans la chapelle pontificale et l'évêque titulaire du diocèse des Augustins à Thagaste en Numidie (aujourd'hui Souk-Ahras en Algérie).

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Antelminelli

Famille riche italienne appartenant à la faction gibeline. Vers 1300, Castruccio Castracani degli Antelminelli et son père furent exilés de la ville de Lucques par les Guelfes.

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Anthoine Castracaigne ou Castracagne

En 1280, la soeur de ce chanoine trouva un enfant abandonné dans le jardin de son frère, qui décida d’élever l’enfant qui deviendra le célèbre capitaine Castruccio Castracani.
  • Gruget, Claude, Les diverses leçons de Pierre Messie [Pedro Mexia], Gentil-homme de Sevile 1556, rpt. Paris, 1643, p. 826, Google livres, Internet, 13 novembre 2010.

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Antioche (en turc Antakya)

Ancienne ville de la Syrie antique fondée v. 300 par Séleucos Ier Nicator, général d'Alexandre le Grand, qui devint la capitale de l'Empire séleucide et grand centre de l'Orient hellénistique. Pendant la domination de l'Empire romain, Antioche était la troisième plus grande et importante ville après Rome et Alexandrie. Elle fut également le siège de la mission de Saint-Paul (47-55 ap. J.-C.) d'où l'un des premiers centres du christianisme. Antioche se trouve actuellement en Turquie au nord-ouest de la frontière syrienne.

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Antiochus II Theos (-286- -246)

Roi Seleucid (empire de Syrie) répudia sa première femme, Laodice I, en –252, mais la reprit comme épouse en –246, juste avant sa mort, qu’on attribue à Laodice.

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Antoine du Verdier

(1544 à Montbrison - 25 septembre 1600). Seigneur de Vauprivast qui fut aussi conseiller du roi, contrôler général de Lyon, et grand bibliographe dans son temps libre. Il a produit la Prosopographie, description des personnages-insignes, avec portraits, publié à Lyon en 1573 ; Antithèses de la paix et de la guerre en 1568 ; la Bibliothèque d'Ant. Duverdier, contenant le catalogue de tous les auteurs qui ont écrit en français en 1585, qui fut réimprimé en 1772 et 1773.
  • Antoine du Verdier, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Antoine Geuffroy

Antoine Geuffroy était un auteur du 16ème siècle, connu surtout pour son Estat de la court du grant Turc, l’ordre de sa gendarmerie, & de ses finances : avec ung brief discours de leurs conquestes depuis le premier de ceste race (publié à Paris en 1542 chez C. Wechel).

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Antoine Pigasette

Antoine Pigasette fut un grand voyageur italien. D'après Simon Goulart, il aurait vu un géant dans le Pole antarctique.
  • Goulart, Simon, Antoine Pigasette, Thrésor d'histoires admirables et mémorables de nostre temps, Saint Gervais, P. Marceau, 1610, vol. I. Google livres, Internet, 28 juillet 2010.

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Anténor

Conciliateur et un des plus sages parmi les anciens de Troie dans la mythologie grecque. Anténor fut considéré comme traître de sa patrie car il suscita le sac de Troie en recevant chez lui Ulysse et Ménélas, les ambassadeurs venus pour ramener Hélène en Grèce, et en conseillant les grecs de voler le Palladion et de construire le cheval de bois.
  • Antenor, Greek Myth Index (2007), Myth Index, Internet, 17 août 2010. http://www.mythindex.com/greek-mythology/A/Antenor.html.
  • Anténor, Le grenier de Clio (2001-2007), Mythologica.fr, Internet, 17 août 2010. http://mythologica.fr/grec/antenor.htm.

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Apollon appelé aussi Phébus (en gr. Phoibus le Brillant)

Fils de Léto et de Zeus et frère jumeau d’Artémis, il est dieu grec de la lumière, du chant, de la raison, de la musique et de la poésie. Décrit aussi comme dieu à l'arc et flèche, il punit et détruit le méchant. Une légende notoire raconte que quatre jours après sa naissance, Apollon tue au tir à l'arc le dragon, Python, qui avait poursuivi sa mère en route pour Délos.
  • Apollon, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Apollon.
  • Apollon appelé aussi Phébus, en gr. Phoibus le Brillant , Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Appion

Evêque de Syène à Aswan en Égypte au Ve siècle.

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Apôtres

Les douze disciples de Jésus : saint André, saint Barthélemy, saint Jacques le Majeur, saint Jacques le Mineur, saint Jean, Judas l’Iscariote (remplacé par saint Matthias), saint Jude, saint Matthieu, saint Philippe, saint Pierre, saint Thomas, saint Simon le Cananéen.
Saint Paul, connu comme l'apôtre des gentils fut aussi disciple de Jésus.
  • Apôtres, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Aragon (en esp. Aragón)

Un des royaumes chrétiens établis en 1035 et qui exista jusqu'en 1833. Depuis 1978, l'Aragon est une communauté autonome comprenant les trois provinces de Huesca, Saragosse et Teruel dans le nord-est de l'Espagne.

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Arcadie (en gr. Arkadía)

Région de l'ancien Grèce au centre de la péninsule du Péloponnèse.
  • Arcadie n. f. en gr. Arkadía, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Arec

s.m. Fruit d'un arbre des Indes que les Sauvages mangent avec la feuille de betel & un peu de chaux.
  • Arec, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 29 novembre 2010.

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Argos

  • Argos. Fils de Zeus et de Niobé qui a fondé la ville du même nom.
  • Argos (Panoptès). L’épithète Panoptès qui voit tout témoigne de l’apparence physique de ce personnage : Argos est un géant à cent yeux, cinquante ouverts et cinquante fermés. Lorsqu’Héra lui demande de surveiller Io, Argos s’endort en entendant la musique de la flûte d’Hermès. Ensuite, celui-ci lui tranche la tête, et Héra sème les yeux du mort à la queue de son paon.
  • Le chien d’Ulysse dans l’Odyssée.
  • Argos, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Argos.
  • Argus ou Argos (chien), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Argus ou Argos (prince), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Aristote (en gr. Aristotelês, dit le Stagirite)

Né à Stagire (Stavro), Macédoine en 384 av. J.-C. et mort à Chalcis, Eubée en 322, le philosophe grec Aristote était l'étudiant de Platon et le tuteur d’Alexandre le Grand. À Athènes, Aristote fonda le Lycée (335) où il enseigna pendant douze ans. La philosophie, selon Aristote, serait la totalité du savoir. Il gagna la réputation du père de la logique grâce à ses analyses des divers genres et parties de discours. Son recueil à ce sujet, l’Organon, parle de la logique comme un instrument du savoir. Aristote étudia également des espèces naturelles (La Physique ; Histoire des animaux), la morale (Éthique à Nicomaque ; Éthique à Eudème) ainsi que la politique (Politique ; Constitution d’Athènes). De plus, il fit une étude sur la création des genres littéraires, d’où La Poétique et La Rhétorique.
  • Aristote en gr. Aristotelês, dit le Stagirite, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Arménie (en arménien Hayastan)

Région d'Asie occidentale s'étendant entre l'Anatolie et le plateau iranien. Formée par un vaste haut plateau traversé de puissantes chaînes montagneuses (Caucase, Taurus, Kurdistan) où domine le massif volcanique d'Ararat (5 165 m), elle est partagée politiquement entre la république d'Arménie, l'Iran et la Turquie qui en possède la majeure partie (régions du N.-E. et du S.-E.) [...] Au XVIe siècle, Turcs et Perses se partagèrent le pays ; les premiers s'installèrent à l'ouest., les autres à l'est. .
  • Arménie en arménien Hayastan, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Arnaud du Thil

Homme français du XVIe siècle qui fut jugé et executé pour avoir pris la place de Martin Guerre, un paysan d'Artigat qui avait quitté sa femme et son fils pendant plusieurs années. Du Thil vécut avec la famille de Guerre pendant trois ans jusqu'à ce qu'il soit découvert comme un faux Martin Guerre.

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Aron

Selon l'Histoire de l’Éthiopie (1540) du prêtre portugais Francisque Alvarez, Aron, le frère de Barnagas Dori, épouse la femme répudiée de celui-ci. Cette histoire sert d’exemple des pratiques matrimoniales éthiopiennes. Alvarez prétend que Barnagas Dori et son frère Aron étaient les oncles du Prêtre Jean.
  • Alvarez, Dom Francisque, Histoire de l’Éthiopie dans Léon l’Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays et, La navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, 1556, trad. Jean Temporal, rpt. Paris, 1830, t. 3, p. 75-77. Google livres, 21 novembre 2010.

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Artaxerxès II

Artaxerxès II Mnémon est roi de Perse de -404 à -358. Il est aussi brièvement pharaon d'Égypte. Son frère cadet Cyrus lui dispute le trône, mais celui-ci connaît la défaite définitive en –401. Fils de Darius II et de Parysatis, il paraît qu’Artaxerxès II fut fortement influencé par sa mère au long de son règne.

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Artigat

Commune française appartenant au département d'Ariège dans la région sud-ouest de Midi-Pyrénées.

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Artémon

En –246, le Roi Antiochus II Théos de Syrie fut empoisonné, apparamment par sa femme Laodice. Selon Pline l’Ancien, celle-ci le remplaça avec Artémon, un homme du peuple qui lui ressemble, afin que ce dernier puisse déclarer hériter du trône Seleucus Callinicus, fils de Laodice.
  • Lendering, Jona, Antiochus II Theos, Livius, Articles on Ancient History (3 janvier 2011), Internet, 8 janvier 2011. http://www.livius.org/articles/person/antiochus-ii-theos/.
  • Moreri, Louis, Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Amsterdam, P. Brunel et al., 1740, t. 5. Google livres, Internet, 8 janvier 2011.

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Asinaire ou La Comédie de l’âne

Comédie de Plaute: un père indulgent, Déménète, souhaite aider son fils, Argyrippe, à libérer une prostituée d'une vieille proxénète. Pourtant, il faut d'abord que Déménète trompe sa femme impérieuse, Artémone, qui garde le contrôle de la bourse, en lui volant l’argent de la vente de quelques ânes (d’où le titre de la pièce). Le père et le fils passent la soirée à un banquet avec la prostituée, mais Artémone surprend son mari et le punit.

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Assyrie

Royaume en Haute-Mésopotamie qui devint le centre de l'un des grands empires du l’ancien Moyen-Orient, situé dans ce qui est maintenant le nord de l'Irak et le sud-est de la Turquie.
  • Assyria, Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 26 août 2010. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/39555/Assyria.
  • Assyrie n.f., Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Atalante (en gr. Atalantê)

Chasseresse rapide de la mythologie grecque qui promet d'épouser celui qui la vainc à la course. Hippomène, en laissant tomber trois pommes d'or que lui donne Aphrodite, distrait Atalante, qui s’arrête pour les rammasser, et la dépasse pour enfin gagner sa main en mariage.
  • Atalante, Wikipédia l'encyclopédie libre (28 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 8 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Atalante.
  • Atalante en gr. Atalantê, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Ateius Capiton

Jurisconsulte romain (v. 30 av. J.-C. – 22 ap. J.-C.) pendant le règne des empereurs Auguste et Tibère devenant consul en l’an 5.

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Athanase Ier Gammolo

Primat de l’Église syrique orthodoxe (595-631).

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Athènes (en gr. Athinai)

Capitale de la Grèce située sur la plaine d'Attique qui est une des plus anciennes villes du monde. La civilisation athénienne exerça une influence prodigieuse et durable sur de nombreux domaines dans la culture occidentale de l'Antiquité jusqu'à nos jours comprenant la philosophie (Socrate et Platon), le théâtre (Euripide) et la rhétorique (Démosthène).

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Attila (v.395-453)

Roi des Huns (v. 434-453) dont l'invasion de l'empire romain d'Orient étendit l'empire hunnique de l'Allemagne vers la rivière Oural et de la rivière du Danube à la mer Baltique. Par contre, sa tentative de prendre l'empire d'Occident échoua lorsque les forces unies des Romains et des Wisigoths le vaincut à la bataille des champs Cataluniques (451). Sa mort inattendue en 453 entraîna l'écroulement de son empire.
  • Attila, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Attila, Wikipédia l'encyclopédie libre (27 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 octobre 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Attila.

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Attique (en gr. Attikí)

Péninsule située à sud-est de la Grèce centrale qui comprend les régions d’Athènes, de la Mégaride à l’ouest et des îles du Péloponèse oriental.
  • Attique n. f. – en gr. Attikí, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Auguste (en lat. Caius Julius Caesar Octavianus Augustus) (aussi : Octave)

(Rome - 63 av. J.-C. - Nole 14 ap. J.-C.). Auguste fut l'empereur de Rome de -27 av. J.-C. à -14 ap. J.-C. En -45, il devint le petit fils adoptif de Jules César (jusqu'alors, il en était le petit-neveu), et à la mort de l'homme d'état, Auguste devint l'héritier de Rome, ce qui lui rendit aussi le rival de Marc Antoine. Après que celui-ci fut vaincu à Modène, Auguste fonda avec Lépide et Antoine le deuxième triumvirat en -43. Les trois divisèrent par la suite l'Empire romain entre eux ; ce fut Auguste qui prit l'Occident. Pendant son règne, Octave fut victorieux contre Sextus Pompée en Sicile (-36) ainsi que contre Cléopâtre (-31), de qui il reçut l'Égypte. En -38, on lui donna le titre d'Imperator et en -28, celui de princeps senatus (le premier ayant le droit de s'exprimer dans des délibérations sénatoriales). Onze ans après, il reçut aussi le titre d'augustus (terme religieux). Pendant ce temps-là, Auguste fit de Rome un principat, ce qui rendit l'ancienne république l'équivalant d'un Empire qui avait pour Empereur le Sénat et le peuple.
  • Auguste, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste.
  • Auguste en lat. Caius Julius Caesar Octavianus Augustus, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Aulu-Gelle (en lat. Aulus Gellius)

(Rome v. 130). Érudit latin qui fut l'un des élèves de Fronton. Il a écrit les Nuits attiques, qui s'organise comme une série d'entretiens entre des amis érudits. Sous cette forme, l'œuvre traite de la grammaire, de l'histoire et de la critique littéraire. Elle fournit des renseignements importants sur les écrivans archaïques.
  • Aulu-Gelle (en lat. Aulus Gellius), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Aulus Licinius Archias

Poète grec (Antioche, Syrie v.120 – 61 av. J.-C.) qui se rendit à Rome où il chanta les victoires de son patron, Lucullus, contre Mithridate. Il fut accusé en 62 av. J.-C. d'avoir illégalement assumé les droits d'un citoyen romain. Cicéron le défendit avec succès dans son discours Pro Archia. Un certain nombre d'épigrammes dans l'Anthologie grecque sont attribués à Archias.
  • Archias [-kjas-] (Aulus Licinius), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Aulus Licinius Archias, Wikipédia l'encyclopédie libre (27 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 octobre 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Aulus_Licinius_Archias.

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Aurit Saguen

Nom d’une ville située actuellement dans le sud du Maroc.

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Austrasiens

Habitants de l'Austrasie, le royaume franc existant à l'époque mérovingienne (VIe au VIIIe siècle) au début de l'Europe médiévale qui se serait situé au nord-est de la France actuelle.

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Azanaghez

Les Azanaghez, ou Zenaga, étaient une tribu maure nomade habitant au XVe siècle dans la région du Cap Blanc. Ils sont décrits dans plusieurs récits de voyage portugais du XVe siècle.
  • Coquery-Vidrovitch, Catherine, La découverte de l'Afrique: l'Afrique noire atlantique des origines au XVIIIe siècle, 1965, rpt. Paris, L’Harmattan, 2003, p. 92-94. Google livres, Internet, 20 novembre 2010.

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Azoar

Un mot utilisé pour les chapitres du Coran en Europe au XVIe siècle, le mot provient probablement d’une mauvaise transcription de l’arabe du mot sourate (une unité du Coran formée d’un ensemble de versets).
  • Sourate, Wikipédia l'encyclopédie libre (3 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 20 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sourate.
  • Bernard, Yvelise, L'Orient du XVIe siècle à travers les récits des voyageurs français: regards portés sur la société musulmane, Paris, L’Harmattan, 1988, p. 341, Google Livres, Internet, 20 septembre 2010.

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Babylone (en sémitique Bab-lli la porte du dieu, dans la Bible Babel)

Ancienne ville mésopotamienne qui se trouvait sur l’Euphrate dans le pays contemporain d'Iraq. Existant au moins dès le XXIIIe siècle, Babylone atteignit son apogée comme capitale de l’empire babylonien entre le deuxième et le premier millénaire av. J.-C. La ville de Babylone (Babel) est d’une signifiance religieuse profonde. La Bible, en particulier, représente Babylone comme la personnification de l'orgueil, de la corruption et de la décadence de l'Homme dans le monde temporel, ceux qui menèrent la ville à sa propre ruine.
  • Babylone, Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • Babylone en sémitique Bab-lli la porte du dieu, dans la Bible Babel, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Babylone (symbole), Wikipédia l'encyclopédie libre (4 mars 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 avril 2011. http://fr.wikipedia.org/wiki/Babylone_%28symbole%29.

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Baldo Angelo Abati (en lat. Baldus Angelus Abbatius)

Médecin, zoologiste et physicien italien qui vécut au XVIe siècle. Abati fut le médecin du duc d'Urbino, François Marie II della Rovere. On a de lui deux livres, De admirabili viperae natura et de mirificis eiusdem facultatibus (1589, Urbino) et Opus discussarum concertationum praeclarum, de rebus, verbis, et sententiis controversis, ex omnibus fere scriptoribus, libri XV (1594, Pesaro). Ce premier fut l'une des premières œuvres ayant pour sujet les serpents.

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Balthasar

Balthasar, le fils aîné du dernier roi de Babylone Nabonide, est dépeint erronément dans le Livre de Daniel de l’Ancien Testament comme un débauché. Au cours de la conquête de Babylone par les Perses vers 539, en pleine fête religieuse et populaire, Balthasar fut surpris et tué dans son palais. Son meurtre piqua les imaginations; l'auteur de Daniel transforma la fête en orgie durant laquelle Balthasar aurait rendu un hommage idolâtrique aux dieux païens.
  • Nikiprowetzky, Valentin, Balthasar, Encyclopédie Universalis (2010), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 26 août 2010.

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Baptiste Mantuan

Baptista Mantuanus (né Baptista Spagnoli 1447, m. 1516), moine carmélite surnommé le second Virgile pour sa prouesse en poésie latine, fut nommé Général de son ordre en 1513, mais son autorité était contestée à cause de l’influence de protecteurs puissants lors de son élection. Il conserva le poste jusqu’à sa mort, malgré les tractations politiques de ses opposants.
  • Zimmerman, Benedict, Blessed Baptista Mantuanus, The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1907, vol. II. New Advent, Internet, 14 novembre 2010. http://www.newadvent.org/cathen/02276a.htm.

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Barnagas Dori

L’histoire de la dissolution du mariage de Barnagas Dori est cité comme un exemple de la répudiation d’une femme éthiopienne par son mari par le prêtre portugais Francisque Alvarez dans son Histoire de l’Éthiopie (1540). Alvarez prétend que Barnagas Dori et son frère Aron étaient les oncles du Prêtre Jean.
  • Alvarez, Dom Francisque, Histoire de l’Éthiopie dans Léon l’Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays et, La navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, 1556, trad. Jean Temporal, rpt. Paris, 1830, t. 3, p. 75-77. Google livres, 21 novembre 2010.

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Barthelemi Giorgenits ou Georgius de Hungaria (1422?-1502)

L’auteur d’un Tractatus de moribus, condictionibus et nequicia Turcorum, ou traité sur les moeurs des Turcs, publié en 1481. Ce mathématicien Dominicain fut prisonnier et esclave des Turcs entre 1438 et 1458.

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Bartolomeu de Braga

Ce prélat et théologien portugais (1514-1590) devient l’évêque de Braga en 1558. Il fut un participant respecté aux dernières sessions (1561-1563) du Concile de Trente, surtout en ce qui concerne les réformes de la vie ecclésiastique.

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Baruyas

Région située dans l’est de la Zambie en Afrique de l’est.

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Bascous

Commune du département du Gers dans le sud-ouest de la France.

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Bertrande de Rols

Femme de Martin Guerre, un paysan français qui fut au centre d'une célèbre affaire d'imposture du XVIe siècle.

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Biscaye

Province dans l'Espagne septentrionale formant la partie nord-ouest de la Communauté autonome du Pays basque.

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Bisnagar

Ville située actuellement dans l'État sud-ouest de Kérala en Inde.
Ancien royaume très vaste et puissant de l'Asie.
  • Bisnagar, Encyclopaedia Britannica: or, A dictionary of arts, sciences, and miscellaneous literature, enlarged and improved, 6e édition, Londres, Archibald Constable, 1823, vol. III. Google livres, Internet, 9 novembre 2010.

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Bois d’aloés

Résine naturelle produite par le bois malade de certains arbres du sous-étage forestier de forêts tropicales d'Asie du Sud-Est; connu aussi sous les noms calambac, bois d'agar, bois d'argile (bois de gélose pour les scientifiques).

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Bracmane, Bramine ou Bramin

BRACMANE, BRAMINE, ou BRAMIN, s. m. Philosophe ou Prêtre Indien. — L'Académie met les trois mots sans remarque. — Il me semble que le 1er ne se dit que des anciens Philosophes, et les deux aûtres des modernes; et parmi ceux-ci, Bramine est le plus usité.
  • Bracmane, Bramine ou Bramin, Jean-François Féraud : Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

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Brixie, en ital. Brescia

Ville italienne dans la région septentrionale de la Lombardie.

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Budomeliens

Ce peuple habitait sur la côte africaine environ huit cent milles au sud du fleuve Sénégal, selon la description laissée par l’explorateur portugais Ca’da Mosto de son voyage en Afrique de 1455, relatée dans sa Relation de voyage à la côte occidentale d’Afrique (1457).
  • L’Histoire générale des voyages ou Nouvelle collection de toutes les relations de voyages par mer et par terre..., Paris, Didot, 1747, t. 6, p. 366-377 et passim. Google livres, Internet, 21 novembre 2010.

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Burchard de Worms

Évêque de Worms (v.965-1025) dans le Saint Empire romain germanique et auteur du Collectarium canonum ou Decretum, un recueil de droit canon en vingt volumes.

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Bède ou Beda (saint) dit le Vénérable

(Wearmouth, Durham 673 - Jarrow Durham 735) Historien et érudit anglo-saxon. Ses ouvrages sont divers : il a écrit une chronologie basée sur des études détaillées astronomiques, une histoire naturelle, un martyrologie, un ouvrage de métrique, un ouvrage sur la vie de saint Cuthbert et son Histoire ecclésiastique des Angles qui traite les événements de la période entre la conquête de Jules César et l'année 597.
  • Bède ou Beda (saint) dit le Vénérable, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cabeata

Selon l'Histoire de l’Éthiopie (1540) de Francisque Alvarez, Cabeata était un grand seigneur éthiopien des années 1520, père d’Abuquer.
  • Alvarez, Dom Francisque, Histoire de l’Éthiopie dans Léon l’Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays et, La navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, 1556, trad. Jean Temporal, rpt. Paris, 1830, t. 3, p.77. Google livres, 21 novembre 2010.

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Cacique

Chef, prince des Indigènes de Haïti, de Cuba et de contrées appartenant au continent d'Amérique.
  • Cacique, Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er décembre 2010.

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Cacochyme

adj. de tout genre. Mal sain, de mauvaise complexion. Cela ne se dit proprement que des corps humains pleins de mauvaises humeurs & tousjours sujets à quelque maladie. Un corps cacochime.
  • Cacochime, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 19 janvier 2010.

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Calecutiens

Habitants de Calcutta (auj. Kolkata), la capitale de l'État du Bengale-Occidental en Inde.

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Cambaluc du mongol Qān-baliq ville du khan

Nom donné à la capitale mongole, connue actuellement comme Pékin, par les voyageurs médiévaux de l’Occident à partir de 1267.
  • Cambaluc du mongol Qān-baliq « ville du khan », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cambay

Cambay (forme francisée) ou Khambhat (forme officielle) est une ville du Gujarat en Inde.

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Campion

Dans La Forest nuptiale, N. Cholières parle de la cité de Campion dans le royaume des Tanguts, non loin du pays Cathayen, autrement dit la Chine (Cholières, p. 84). Le royaume tangut se trouva dans le nord-ouest de la Chine actuelle, où il s’établit avant le Xe siècle.

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Candie

CANDIE, Est une Isle de Grece, anciennement nommée Crete, Creta. Elle est sous la seigneurie des Venitiens.
  • Candie, Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 13 septembre 2010.

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Cannanore (auj. Kannur)

Ville située actuellement dans l'État sud-ouest de Kérala en Inde.

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Cap Blanc

Promontoire situé à la pointe la plus septentrionale de la Tunisie et de l'Afrique.

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Cap de Frie (en portugais Cabo Frio)

Promontoire sur la côte sud-est du Brésil à l'est de la ville de Rio de Janeiro.

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Caphard

Caphard, m. acut. Est celuy qui monstre en l'exterieur apparence d'homme devot et religieux, et ne l'est point en l'interieur. Hypocrita, Simulator. On appelle aussi Caphard, celuy qui faisant profession de prescher, s'amuse plus à ce qui fait pour son profit particulier, ou de son Ordre qu'à l'exposition de son texte. Le mot vient de Caphar, Hebrieu, qui signifie couvrir et tenir caché. Car celuy qui est Caphard, souz un faux semblant couvre et cele sa meschante vie.
  • Caphard, Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 16 décembre 2010.

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Cappadoce

Ancien pays de l’Asie mineure situé aujourd’hui à l’est de la Turquie centrale.
  • Cappadoce, Wikipédia l'encyclopédie libre (13 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cappadoce.
  • Cappadoce n.f., Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cardan (en it. Gerolamo Cardano, en lat. Hieronymus Cardanus), dit en fr. Jérôme Cardan

(Pavie 1501 - Rome 1576) Médecin, physicien, inventeur, philosophe et mathémiticien italien. Cardan enseigna les mathématiques à Milan, et la médecine à Pavie et à Bologne. Comme philosophe, il tentait de constituer un panthéisme sans immortalité de l'âme. En dépit de son érudition, Cardan était néanmoins un personnage naïf : Jean-Claude Margolin de l'université de Tours témoigne, [...] esprit génial, mais personnalité chaotique, [Cardan] pouvait faire preuve de l'esprit critique le plus aigu et de la crédulité la plus enfantine. On a de lui : sa Practica arithmeticè et mensurandi singularis (Milan, 1539) ; son Ars magna ; son Liber de ludo aleae, qui fait le premier calcul des probabilités ; et les ouvrages plutôt philosophiques De subtilitate (Nuremburg, 1550) et De rerum varietate (Bâle, 1557).
  • Cardan (Gerolamo Cardano), dit en fr. Jérôme, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cardanden

Selon le ministre des Affaires étrangères du XIX siècle, H.M. Elliott, Cardanden était l'orthographe erronée par Marco Polo de la Zardadan, un peuple de l'Inde islamique.
  • Elliott, H.M., Bibliographical Index to the Historians of Muhammaden India, The Calcutta Review, 1849, vol. XII, p. 400. Google livres, Internet, 3 janvier 2011.

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Carmélite

Nom des religieuses de l'Ordre du Carmel. (Les religieux de cet ordre s'appelaient des Carmes.) L'Ordre du Carmel fut fondé en 1185 par Berthold de Calabre sur le mont Carmel en Israël.
  • Carmélite, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 6 novembre 2009.
  • Carmel (le) ou ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Casimir le Grand

Roi de Pologne régnant de 1333 à 1370 qui réforma la législation polonaise et promut l'expansion commerciale, économique et intellectuelle.
  • Casimir III de Pologne, Wikipedia l'encyclopédie libre (29 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 6 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Casimir_III_de_Pologne.
  • Casimir III le Grand, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cassius Severus

Orateur romain sous les règnes d'Auguste et Tibère célèbre pour son style dynamique et éloquente et pour sa lutte pour la liberté d'expression.

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Castracani degli Antelminelli (Castruccio)

Seigneur italien (Lucques 1280–1328) inféodé aux Gibelins. Il servit de condottiere ou chef d'armées de mercenaires en France, en Angleterre et en Lombarde. Il s'allia avec le condottiere puissant de Pise, Uguccione della Faggiuola, et mena les Gibelins à la victoire à Lucques en 1314. En 1316, Castracani renversa Uguccione et se fit élire seigneur de Lucques. Après son triomphe sur les Florentins à la bataille d'Altopascio en 1325, il fut nommé le duc de Lucques par l'empereur germanique Louis de Bavière. Enfin, en 1327, il captura Pise et devint vicaire impérial; pourtant, ses relations avec l'empereur, devenues plus hostiles, conduisirent à son excommunication par le légat du pape Jean XXII, probablement sous l'influence des Guelfes.
  • Castracani degli Antelminelli (Castruccio), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Castruccio Castracani, Wikipédia l'encyclopédie libre (25 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Castruccio_Castracani.

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Catalogne (en esp. Cataluña, en catalan Catalunya)

Communauté autonome d'Espagne qui comprend quatre provinces: Barcelone, Gérone, Lleida et Tarragone. Elle fit partie de la couronne d'Aragon, l'ensemble des territoires sous la règne des rois d'Aragon (XIIe – XVIIIe siècle).
  • Catalogne, Wikipédia l'encyclopédie libre (8 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Catalogne.
  • Catalogne n. f. - en esp. Cataluña, en catalan Catalunya, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Couronne d'Aragon, Wikipédia l'encyclopédie libre (10 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_d%27Aragon.

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Cathay, Catay ou Catai

Nom donné au nord de la Chine par les voyageurs et les cartographes médiévaux d’après le nom de Kitai, peuple toungouze qui gouverna cette région du Xe siècle au début du XIIe siècle.
  • Cathay [katɛ], Catay ou Catai n. m., Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cavalcadour

Écuyer qui dresse les chevaux, et qui est soumis à un premier Écuyer dans une grande maison. L’Académicien et homme de lettres Jean D'Ormesson dans Une fête en larmes assimile cavalcadour à un personnage capable de donner beaucoup de plaisir à une femme.
  • Cavalcadour, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 3 janvier 2011.
  • Cavalcadour, Wikipédia l'encyclopédie libre (20 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 3 janvier 2011. http://fr.wiktionary.org/wiki/cavalcadour.

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Cefalà Diana

Commune italienne qui se situe dans la province de Palerme en Sicile.

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Cevoli

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Chaldéens

Peuple habitant en Chaldée, région de Sumer occidental. Anciennement, le terme fit référence à la Babylonie et à la Mésopotamie (l’on parlait de l’Empire chaldéen, employant l’adjectif comme synonyme de néobabylonien).
  • Chaldée, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Champagne

Ancienne province située dans le nord-est de la France qui aujourd'hui fait la majeure partie de la région administrative de la Champagne-Ardenne. Elle est notamment connue pour être la scène de la bataille des champs Cataluniques entre le général romain, Aetius, et le roi des Huns, Attila en 451 et des Foires de Champagne pendant le Haut Moyen Age.

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Charlemagne ou Charles Ier, dit le Grand

(v.742 – Aix-la-Chapelle 814). Roi des Francs (768-814), roi des Lombards (774-814) et l'empereur de l'empire d'occident (800-814). Considéré non seulement comme le fondateur des deux monarchies française et allemande, mais aussi comme le Père de l'Europe, Charlemagne unit une grande partie de l'Europe occidentale et centrale, établit les principes du gouvernement sur lesquels les grands États européens sont fondés et encouragea la formation d'une identité européenne commune en mettant en œuvre la renaissance carolingienne.

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Charles IX

Second fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, il devint roi de France (1560-1574) à l'âge de dix ans sous la régence da sa mère. Son règne fut dominé par les guerres de religion entre les catholiques et les protestants. Ses efforts de réconcilier les deux factions finirent par entraîner plus d'hostilité. En particulier, sous la pression des catholiques et sa mère, Charles IX ordonna le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), dans lequel des milliers de protestants furent tués.
  • Charles IX, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Charles IX de France, Wikipédia l'encyclopédie libre (17 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 mai 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_IX_de_France.
  • Saint-Barthélemy (massacre de la), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Charles V, dit Charles le Sage

(Vincennes 1338 – Nogent-sur-Marne 1380). Roi de France (1364-1380) dont le règne fut marqué par sa réussite dans la récupèration d'une grande partie du territoire français cédée à l'Angleterre au traité de Brétigny (1360) à la fin de la première phase de la guerre de Cent Ans (1337-1543).

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Chio

CHIO, Île de l'Archipel. On a prononcé ou écrit ce mot de quatre manières: Chio, Scio, Cio, Kio.
  • Chio, Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 27 juillet 2010.

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Christ (Jésus) (en lat. Christus)

Les catholiques disent le Christ, les protestants souvent Christ, sans article. Figure centrale de la religion chrétienne, pour laquelle le Christ, c'est-à-dire le Messie, l'Oint du Seigneur, c'est Jésus (Jésus-Christ). Il s'identifie avec le Messie annoncé diversement par les prophètes de l'Ancien Testament (Daniel, VII, 13 ; Isaïe, XI, 1-9 et LII-LIII ; Zacharie, IX, 9), mais le royaume qu'il instaure n'est pas de ce monde (Jean, XVIII, 36). Il est le fils de Dieu annoncé par Jean-Baptiste (Jean, I, 33). Dieu incarné, il possède les deux natures, homme et Dieu (ce point a soulevée plusieurs hérésies), ce qui fait de lui l'intercesseur, le lien entre les hommes et Dieu. Il a souffert sur la croix et il est mort pour le salut des hommes, compromis depuis la faute d'Adam. Il est donc le Rédempteur et le Nouvel Adam.
  • Christ en lat. Christus, calqué sur le grec khristos qui traduit l'hébreu mashiah (d'ou messie) « oint », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cipangu, Cipango ou Cypango

Nom donné au Japon par Marco Polo lors de ses expéditions en Mer de Chine.

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Claude Élien (en gr. Elianos, en lat. Claudius Aelianus)

Historien et orateur romain (IIe – IIIe s.) de langue grecque, surnommé Élien le Sophiste, qui composa De la nature des animaux et Histoire variée, recueils qui rapportent en anecdotes l’histoire naturelle des animaux et des coutumes culturelles et des événements miraculeux.
  • Élien en gr. Elianos, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Élien le Sophiste, Wikipédia l'encyclopédie libre (7 mars 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lien_le_Sophiste.

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Clément d'Alexandrie (en lat. Titus Flavius Clemens)

Écrivain grec (Athènes v.150 – Cappadoce v.215) converti du paganisme au christianisme qui est considéré comme un Père de l'Église.
  • Clément d'Alexandrie, Wikipédia l'encyclopédie libre (4 novembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 décembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_d%27Alexandrie.
  • Clément d'Alexandrie en lat. Titus Flavius Clemens, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cochin (auj. Kochi)

Ville dans l'État du Kérala en Inde qui fut un ancien comptoir portuguais du XVIe siècle au XVIIe siècle.
  • Kochi (Inde) , Wikipédia l'encyclopédie libre (15 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 9 novembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Kochi_%28Inde%29.
  • Kochi anc. (Cochin), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Comminges

Ancien pays de France dans la région des Pyrénées centrales qui récouvrait une partie des départements actuels de la Haute-Garonne, de l'Ariège, du Gers et des Hautes-Pyrénées. Les Comminges furent compris dans le duché d'Aquitaine en 628 et puis annexé à la Couronne en 1454. En plus, sa capitale, Saint-Bertrand-de-Comminges, fut le siège d'un évêché du VIe siècle jusqu'en 1789.
  • Comminges, Wikipédia l'encyclopédie libre (20 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er novembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Comminges.
  • Comminges n. m., Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Constance de Sicile (1154-1198)

Fille du roi normand Roger II de Sicile, femme de l'empereur germanique Henri VI et mère de Frédéric II du Saint-Empire. Son mariage avec Henri VI donna la dynastie germanique une prétention au trône de la Sicile. Constance fut impératrice-consort du Saint Empire de 1191 à 1197 et reine de Sicile de 1194 à 1198.

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Constance Ier Chlore (en lat. Flavius Valerius Constantinus Chlorus)

(Dacia Ripensis v.250 – Eboracum auj. York 306). César des Gaules, de l'Espagne et de la Bretagne de 293 à 305 qui fut promut à l'auguste en 305 avec Galère. Au cours de son règne (305-306), il fit cesser dans ses États la persécution contre les chrétiens. Il eut de sa concubine Hélène, son fils Constantin Ier le Grand.
  • Constance Ier Chlore en lat. Flavius Valerius Constantinus Chlorus, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Constantius I, Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 25 octobre 2010. http://www.britannica.com/biography/Constantius-I.

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Constantin Ier le Grand (en lat. Flavius Valerius Aurelius Claudius Constantinus)

(Naissus, auj. Niš, entre 270 et 288 – Ancyrona, près de Nicomédie 337). Empereur romain de l’empire d’Orient (312) et puis le seul souverain d'Orient et d'Occident à partir de 324. Pendant son règne, il proclama le christianisme comme la religion d'État (313) et déplaça la capitale de Rome à Byzance qu'il rebaptisa Constantinople (324).
  • Constantin Ier le Grand en lat. Flavius Valerius Aurelius Claudius Constantinus, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Constantin Ier (empereur romain), Wikipédia l'encyclopédie libre (22 mai 2016), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21 juin 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Constantin_Ier_(empereur_romain).

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Constantine VII Porphyrogennetos ou Porphyrogenitus

Constantine VII (905-959) écrivit ou commanda le De Ceremoniis Aulæ Byzantinæ (Sur les cérémonies de la cour de Byzance) qui décrit les cérémonies de la cour royal de Constantinople en détail.

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Constantinople (en gr. Kônstantinoupolis, auj. Istanbul)

Fondée par l’empereur romain Constantin Ier le Grand en 330, Constantinople fut l'ancienne capitale de l’Empire romain d'Orient, l’Empire byzantin, l’Empire latin et de l’Empire ottoman. Elle fut également la capitale religieuse de l’Orient chrétien au Moyen Âge. En 1453, Constantinople fut occupé par les Turcs, prenant dès lors le nom d’Istanbul, situé actuellement dans le nord-ouest de la Turquie.
  • Constantinople, Wikipédia l'encyclopédie libre (26 janvier 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 31 janvier 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Constantinople.
  • Constantinople en gr. Kônstantinoupolis, auj. Instanbul, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Coron, Coronée ou Koroni (en gr. Korôneia)

Ancienne ville de la Grèce située actuellement en Messénie au sud du Péloponnèse.
  • Coronée en gr. Korôneia, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Coron (Grèce), Wikipédia l'encyclopédie libre (24 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Coron_%28Gr%C3%A8ce%29.

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Cranganore (auj. Kodungallur)

Ville située actuellement sur la côte de Malabar dans l'État de Kérala en Inde.

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Crotone

Fondée par les Achéens (v.-710), Crotone fut une des plus prospères colonies de la Grande-Grèce. Elle se situe actuellement dans la province de Calabre en Italie sur la côte occidentale du golfe de Tarente.
  • Crotone, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Crotone, Wikipédia l'encyclopédie libre (1er septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Crotone.

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Cubéens

Habitants de Cuba, pays d'Amérique centrale qui comprend l'Île de Cuba, l'Île aux Pins et d'autres petites îles situé dans la Caraïbe au nord des grandes Antilles.

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Cumes (en gr. Kumê)

Ancienne cité de la Grande-Grèce fondée par des Ioniens de Chalcis et d’Érétrie au VIIIe siècle av. J.-C., située actuellement dans la region de Campanie en Italie méridionale.
  • Cumes en gr. Kumê, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Cynéthéens

Habitants de Cynèthe, ville d'Arcadie.
  • Polybe, Histoire générale : Livre IV dans Bibliothèque historique et militaire dediée à l'armée et à la garde nationale, Paris, Liskenne et Sauvan, 1836, t. 2, trad. Thuillier, mis en ligne par Philippe Remacle, L’Antiquité grecque et latine du Moyen Âge, Internet, 18 octobre 2010. http://remacle.org/bloodwolf/historiens/polybe/quatre.htm.

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Cérès

Fille de Saturne et de Rhéa, Cérès est la déesse romaine de la fécondité, de l’agriculture et des moissons. Elle est l’équivalente romaine de la déesse grecque Déméter.
  • Cérès, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Cérès, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cérès_(mythologie).

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Cœlius Rhodigin (Lodovico Ricchieri)

Originaire de Venise, Rhodigin (Rovigo 1469 – 1525) était écrivain et professeur de grecque et de latin. Son ouvrage le plus important est Antiquarium Lectionum (Antiques leçons).

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Darius II

Fils de l’empereur de Perse Artaxerxès I, Darius II monte sur le trône après avoir assassiné son demi-frère Sogdianos, lui-même assassin du roi légitime, Xerxès II. Il règna de -424 à v. -404. Époux de sa demie soeur Parysatis, il est le père d’Artaxerxès II.
  • Darius II, Wikipédia l'encyclopédie libre (30 mars 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 30 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Darius_II.

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Denys d'Halicarnasse (en gr. Dionusios, en lat. Claudius Galenus)

(-1er siècle). Historien et critique grec. Il passa sa vie comme professeur de rhétorique à Rome, où il fréquenta un cercle littéraire. On a de lui : les onze premiers livres de son Archéologie romaine ; son Traité de l'arrangement ; son Étude sur les anciens orateurs.
  • Denys d'Halicarnasse en gr. Dionusios, en lat. Claudius Galenus, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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