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La loüange du mariage

A TRES-VERTVEVSE ET tres-illustre Princesse Henriette de Cleue Duchesse de Niuernois. La loüange du mariage contre Des-portes

VOus estes le miroir de la vraye amitié,
Vn Dieu ne peut avoir plus parfaite moitié,
Aussi i’ay desiré vous dedier, Madame,
Du mariage sainct le bon heur & l’honneur,
Pour monstrer que Des-portes estoit plein de fureur
Lors qu’il vituperoit vne si saincte flame.

La loüange du mariage

De toutes les douceurs que l’on peut desirer,
De toutes les faueurs que l’on peut esperer
Du grand maistre les dieux c’est un sainct mariage,
Quand de la vertu seule il prend son fondement,
Et d’vn commun accord. S’il se fait autrement
Je confesse que c’est vne cruelle rage.
Dure n’est point sa loy, & d’elle ne vient pas
Vn hydre de chagrins & de mille debas:
Car sur tout elle hait le discord & l’enuie,
La loy de mariage & la loy d’amitié
Chacun de l’vn de l’autre, & par elle moitié
Le mariage est seul iuste autheur de la vie.
On dit que le premier & plus beau des espris
Ayant son createur & son Dieu à mespris,
En mesme qualité & pouuoir voulut estre.
Mais d’autant qu’il auoit lourdement offensé,
Il fut avec les siens aussi tost abaissé,
Et fut fait aux enfers des tenebres le maistre.
A ceste occasion de Dieu l'home fut fait.
Et à fin que son heur fust de tous points parfait,
Il fit la femme aussi pour estre sa compaigne.
Pour tous deux employer les plus beaux de leurs ans,
Pour le monde remplir à faire des enfans,
Pour remultiplier la celeste compagne,
Il enuoya la femme aux mortels pour auoir
Mil amoureux plaisirs & pour en receuoir
Mille commoditez. S’il a quelque tristesse
Elle le resiouist, & ne veut estimer,
Que ce qu’elle verroit à son mary aymer,
Malade elle en a soing, le soulage en vieillesse.
Venus dessus son front mille beautez a painct.
Ses yeux sont deux flambeaux & de lys est son tainct:
Mais c’est pour tesmoigner la beauté de son ame.
A vne belle espee il faut vn beau fourreau,
Et vne belle cage à vn gentil oyseau.
La beauté seulement l’homme sage n’enflamme.
De la seule beauté n’a son commencement
Le mariage sainct: qui ayme chasstement
Il faut que son amour de l’ame prenne essence,
C’est pourquoy l’on ne peut estre d’un chaste amour
Espris en nous voyant l’espace d’vn seul iour:
Telle amour ne se fait sans grande cognoissance.
Vne saincte amitié est la chaste vnion
D’esprits, de volontez, de mœurs, d’affection,
Et c’est pourquoy la femme est dite autre soy-mesme:
Car Dieu a ordonné qu’ils seroient deux en vn,
Que le mal & le bien tout leur seroit commun:
Le mariage vient de ceste amour extresme.
Il n’a dessouz ses pieds le repos abbatu,
Il ne travaille point que pour estre vestu,
D’honneur & de vertu pour fuyr la paresse.
Travailler par vertu & servir nostre Dieu,
C’est repos, c’est regner, & pour venir au lieu,
Du repos eternel du temple de liesse.
Le dueil & le courroux luy est vne poison,
Vn repos ocieux1 luy est vne prison,
Amour le fuit tousiours comme son adversaire.
Amour fuit la vertu, comme larron d’honneur,
L’autre l’ayme du tout, de vertu vient son heur,
Et de tout ce qu’il veut amour veut le contraire.
Helas Dieu tout puissant qui pourroit raconter
Les forfaits, les pechez, dont & se peut vanter,
Tant de femmes d’honneur, tant de vierges sacrees
Par ses propos miellez, par ses pleurs, par ses cris,
Qui seulement sont feints & par ses ords2 escris,
Lesquelles ont esté par luy deshonorees.
On parle des enfers, de ses tourmens cruels,
Mais ie ne pense point s’ils n’estoient eternels,
Que ce fust rien au pris du tourment qu’on endure,
Lors que l’on ayt commis quelque horrible peché,
Dont nostre pauure esprit se resent entaché,
Duquel souuent l’ennuy iusque à la mort nous dure.
Languir toute sa vie est la gaige d’amour,
Se plaignant ne dormir ny la nuict ny le iour,
Esmeu de desespoir commettre vn homicide.
De son proper parent, & de soy-mesme aussi,
Vne femme abuser, se gesner de soucy,
Vn pere en murmurant commettre vn parricide.
Ietter tant de regrets, se mouiller si souuent,
Aller de nuict aux champs à la pluye & au vent,
Tant de iours ennuyeux & tant de nuicts fascheuses,
Tant de pleurs respandus, tant de propos menteurs,
Et tant d’occasion que l’on donne aux mocqueurs,
Les ames aux enfers sont beaucoup plus heureuses.
He donc par tous ces maux que ne cognoissons nous,
Qu’vn heureux mariage est mille fois plus doux,
Euitant sagement nostre perte asseuree,
Si souz les loix d’amour, nous nous voulons ranger?
Mais qui voudra d’amour euiter le danger,
Il faut suyure les loix de la chaste Anteree3.
Si d’vn chaste conseil nous nous voulons armer,
Vne fille bien sage il nous conuient aymer,
Les nopces seulement nous peuuent assez apprendre,
Le bien qui en aduient, les flambeaux allumez,
Le son des tabourins, les bruits accoustumez,
C’est montrer qu’vn tel iour, bienheureux nous doit rendre.
Le flambeau allumé monstre par sa splendeur,
Que nous deuons reluire en vertu, en honneur:
La cire vierge aussi monstre qu’il nous faut viure,
Sans vice unis ensemble, ayant la chasteté
Entre nous pour flambeau: des bruis la quantité,
Monstre que par travail la vertu faut ensuyure.
Et comme le flambeau nous donne la clarté,
Ainsi nostre amour doit à la posterité
Seruir en tout honneur d’eternelle lumiere,
La constance & la foy inuiolable en nous
Seruira de flambeau donnant exemple à tous,
En son espece estant par vertu la premiere.
La cire qui est nette & que l'on offre aux dieux,
Monstre qu’il faut auoir le cœur net & les yeux,
Libres de vains desirs des regards impudiques.
De l’amour affronteur oysif & plein d’erreur.
Ennemy de vertu, impudent & menteur.
Qui contre l’amitié soustient ses heretiques.
Les tabourins, la dance est marque du plaisir,
D’auoir attaint le but de nostre sainct desir,
Que nous auions auant que la nopce fust faite.
La trouppe des parens est pour monstrer comment,
Nous sommes mariez & unis iustement,
Et qu’en toute equité nostre nopce est parfaite.
Le tout-puissant estant auecques les humanins,
Il n’a point assisté à ces banquets mondains,
Où estoit le trouppeau du fils de Cytheree:
Mais il a bien esté aux nopces qui se font
Selon ses sainctes loix, & où ses filles sont,
La vertu & l’honneur & la chaste Anteree4.
Escoutez ma parole, ô mortels genereux,
Ne suyuez le conseil de ces fols amoureux,
Ne vous aueuglez point d’vne fausse richesse,
Celle qu’en mariage il nous faut souhaitter.
C’est celle de l’esprit, l’honneur & la bonté.
Vn amour mutuel la vertu de Lucresse.
Si vous espousez femme ayant beaucoup de biens,
Ses richesses, moyens, sont vostre comme siens,
Si le mary n’est sot, il sera tousiours maisstre:
L’homme est chef de la femme, & Dieu la ordonné,
Et la femme & ses biens, à l’homme il a donné,
Et l’homme quel qu’il soit le chef tousiours doit estre.
Si vous l’espousez pauure, il se faut efforcer
De travailler ensemble, & de ne se lasser,
D’acquerir des moyens par travail & par peine,
Qui travaille il ne peut commettre oysiueté,
Mere de tous malehurs: heureux est reputé,
Qui acquiert par trauail vne gloire certaine.
Si belle l’espousez, faite qu’elle aye aussi
Contentement de vous: chassez loing le soucy
De ces hommes cornus, faites tousiours cas d’elle,
N’allez point à son sceu autre qu’elle cercher,
Monstrez que vous n’auez rien plus qu’elle de cher,
Cueillez souuent le fruit d’vne amour mutuelle.
Si vous l’espousez laide, au moins qu’elle aura soing
De vous seruir, cherir, sçachant qu’il est besoing,
Qu’il faut que la beauté par vertu recompence:
Bref en toutes il y a quelque contentement,
Pourueu que l’amitié aye pour fondement,
La vertu & l’honneur, & sur tout la constance.
Qui dit que contre amour nul secours n’est trouué,
Vn mariage sainct n’a encore esprouué.
Qui veut guarir d’amour s’en est la medecine,
Qui veut fuir le vice & suyure la vertu,
D’vn si sacré manteau il doit estre vestu,
Et detester l’amour des malheurs la racine.
O supplice infernal qui gesnez les amans,
Naurez de Cupidon, de ces cruels tourmens,
Gesnez mes ennemis & de ta viue flamme
Brusle à iamais leur cœur: mais qu’Enteree5 en moy,
Allume son sainct feu, & que dessouz sa loy,
Ie viue accompagné d’vne pudique femme.

Noms propres

Cythère

Ile de la Méditerranée, célèbre par le culte de Vénus. Jeux de Cythère, jeux, agaceries des amants. [...] L'enfant de Cythère, l'Amour. Voyager à Cythère, faire un voyage à Cythère, se livrer aux plaisirs de l'amour.
  • Cythère, Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

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Hydre de Lerne (en lat. Lernaia Hudra)

Monstre fabuleux à multiples têtes qui aurait été tué par Héraclès parce que celui-là ravageait l'Argolide. À chaque fois que Héraclès essaya de lui trancher une tête, la tête repoussait. Héraclès dut alors utiliser des flèches enflammées afin de tuer la créature. Par la suite, le héros enterra la tête centrale, qui était immortelle, sous un grand rocher. Enfin, Héraclés trempa ses flèches dans le sang venimeux du cadavre pour que tous ceux qui fussent blessés d'elles subissent une mort définitive.
C'est ainsi qu'on employait le mot hydre pour signifier proverbialement [t]oute sorte de mal, qui multiplie quand on pense le destruire.
  • Heraclés / Hercule, Le grenier de Clio (2001-2008), Mythologica.fr, Internet, 29 avril 2010. http://mythologica.fr/grec/heracles0.htm
  • Hydre, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 27 juillet 2011.
  • Hydre de Lerne en lat. Lernaia Hudra, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Lucrèce (en lat. Lucretia)

Femme de l'homme politique romain Tarquin Collatin réputée pour sa beauté et, surtout, sa vertu. Selon la tradition, après avoir été violée par Sextus, fils du roi de Rome Tarquin le Superbe, elle se donna la mort (-509 av. J.-C.). L'affaire déclencha la révolution qui renversa la monarchie tarquine à Rome et fonda la République romaine.
  • Lucrèce en lat. Lucretia, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

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Philippe Desportes

Poète français né à Chartre (1546 – Bonport, Normandie 1606), Desportes exerça ses fonctions d'abbé courtisan et de poète officiel auprès d'Henri III, duc d'Anjou et futur roi de France. Les vers élégants et aisés de Desportes, inspirés par des poètes italiens, principalement Pétrarque, Ludovico Ariosto et Pietro Bembo, firent évoluer le ton de la poèsie française à partir de la fin du XVIe siècle. Écrivain des sonnets et des élégies, ses poèmes sont publiés, parmi d'autres, dans ses Premières œuvres (1573) et ses Dernières amours (1583). Il fit également une traduction des Psaumes (1591, 1598, 1603) beaucoup critiquée par Malherbe.
Veuillez consulter notre table des matières pour accéder aux Stances du mariage de Desportes.
  • Desportes (Philippe), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Philippe Desportes, Wikipédia, L'encyclopédie libre (11 juin 2016), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 20 juin 2016.https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Desportes.

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Vénus

Déesse romaine de la végétation et des jardins. À partir du -IIe siècle, elle fut assimilée à Aphrodite grecque acquérant ses attributs de la beauté, de l'amour et des plaisirs. C'est ainsi que la déesse attira plusieurs amants, parmi lesquels Vulcain, Mars et Jupiter. Comme déesse grecque, Vénus est parfois appelée Cythérée, surnom accordé à Aphrodite alors qu'elle fut portée à l'île de Cythère après sa naissance.

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Notes

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