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Satyre Menippée
1
2 3


SATYRE,
MENIPPEE:
OV
DISCOVRS SVR LES POI-
GNANTES TRAVERSES
& incommoditez du Mariage.

Auquel les humeurs & complexions des Femmes ſont
viuement repreſentées.

Par Thomas Sonnet, Docteur en Medecine, Gentil-
homme Virois.



Seconde Edition.
Reueuë par l'Autheur , & augmentée
De La Timethelie.
OV
Cenſure des Femmes.
ET
D'vne deffence Apologetiqve,
Contre,
Les Cenſeurs de ſa Satyre. Vignette. L'empreinte de la Bilbliotheque de l'Arsenal A PARIS,
Chez Iean Millot, ſur les degrez de la
grand' ſalle du Palais.
Filet simple.
1609.
Auec priuilege du Roy.
( Réserve )4


2

Bandeau décoré de feuilles et d'animaux. TRES-NOBLE ET VER-
TVEVX GENTIL-HOMME
Gilles de Gouuets , Sieur de
Meſnil-Robert , & de
Clinchamp.

Lettrine "M". MONSIEVR,

Apres auoir alambiqué mon
cerueau , iuſques au dernier
Mercure5, penſé & repenſé,
soubs la faueur & ſauuegarde de quel
Neptun ou Dieu Tutelaire , ie pourrois
[...]re cingler en aſſeurance vers le port
François , ce mien petit Eſquif ou Satyre
Menippée
: Ie me ſuis en fin reſolu, voyant
luire & briller en vous tant d'excellentes
& genereuſes vertus,de vous choiſir par-
ticulierement pour ce ſubiect, & vous di-
re auec ma Muſe :
A ij

Epistre.
Vous eſtes digne ſeul de receuoir mes vœux,
Mex vœux, ſans voſtre Nom, ne peuuent auoir d'eſtre
Leur eſtre eſſentiel deſpend de vos Adueux,
Sans vos adueux, mes vers n'oſent au iour paroiſtre
Quel Phare plus lumineux ? quelle
brillante Cynozure euſt peu ſeruir de gar-
de à ma Barque Satyrique, que l'eſclat &
le luſtre de vos merites, & la reputation
de voſtre Nom ? Car s'il s'eſt iamais ren-
contré gentil-homme en Normandie plus
amoureuſement paſsionné , & paſsionné-
ment amoureux de la ſcience , c'eſt vous
Monſieur , comme les effects l'ont fait
paroiſtre , ayant eu l'ame touchée d'vn
tant curieuſe recherche, & d'vne curiosi-
té tant recerchée, que d'auoir faict dreſser
à voſtre maiſon & Terre de Clinchamp
( vray ſeiour & retraicte des Muſes ) vn
magazin ou Bibliotheque des liures les plus
rares qui ſe ſoient point imprimez de ce ſie-
cle. Acte vrayement digne d'vn gentil-
homme, digne d'vn cœur genereux , digne
d'vn ſeul Mesnil-Robert. A qui
donc mieux qu'à vous euſſe ie peu dedié

3
Epistre.
& conſacrer ceſte Satyre , qui eſtes l'vn
des Mignons des neuf ſœurs, le cœur de
Mars & l'ame de Minerue : Qui che-
rchez & careſſez les hommes doctes , &
particulierement ceux qui font profeſsion
de cueillir ſur le Parnaſſe les lauriers de
Phœbus. Il me ſemble neantmoins que i'en-
tens quelque ſourcilleux & Critique cen-
ſeur, lequel me voudra peut eſtre repren-
dre de ce que i'oſe addreſſer ceſte poincte
[...]ique, Antagoniſte du Dieu Nopcier6
à vn gentilhomme, qui a eſté long temps
engagé à ſa ſolde, & porté les armes ſoubs
ſon Enſeigne. Mais ie le prieray de conſi-
ſiderer que voſtre mariage eſtoit d'vne au-
autre trempe , & portoit d'autres marques
que les alliances vicieuſes de ce temps,
n'ayant point choiſi pour eſpouſe , feu
Madamoiſelle voſtre femme, pouſſé par
par une ambition , auarice , ou volupté
mais ſeulement pour les rares vertus &
vertueuſes raretez que le ciel luy auoit
A iij

Epistre.
departies; vertus (dy-ie) leſquelles, comme
à vne ſeconde Ariadne, luy auoient [...]
durant le cours de ſa vie , le fil de la [...]
dence, duquel elle s'eſtoit heureuſement ser-
uie pour vous faire eſquiuer, ainſi qu'un
autre Theſee les Dedalles & labyrinthes
du Nopcier7 Hymen, & vous affranchi
des eſpineuſes trauerſes dépeintes par ma
Satyre, que i'oſe mettre au iour, ſoubs le fa-
uorable appuy de vos merites , l'aide de
voſtre renom, & le pauois de vos diverses
vertus: Eſperant ſoubs les heureux auſpi-
ces d'vn ſi digne & vertueux Gentilhom-
me , & le benin aſpect d'vn Aſtre lu-
mineux, deſtourner les mauuaiſes influen-
ces & les malignes oppoſitions de ſon ho-
roſcope aſcendant ſur l'Orizon François.
Receuez donc, s'il vous plaiſt, ces premiers
deuoirs de ma deuotion à voſtre ſervice
d'auſsi bon viſage que ie deſire demeurer
toute ma vie,
Voſtre plus affectionné ſeruiteur
Covrval medecin


Bandeau décoratif. AVDIT SIEVR DE MES-
nil Roeert.

STANCES.

Lettrine.
A Vous mon Mœcenas , mon eſtoille Pollaire,
Mon Phare, mon Neptun, ma Tramontane claire
( Ie conſacre ces vœus : ) A vous qui dans le Port
Ma fregate guidés , mes Vers , & ma Satyre ,
Qui ſans vous ſon Patron, n'euſt point party de Vire,
Redoutant des François le perilleux abbort8.
Mais ayant pour appuy vn ſi puiſſant Neptune,
Quel orage greſleux , ou Boraſque9 importune,
Quels Syrtes , quels eſcueils , luy feront reculer
Le riuage François : ayant pour claire eſtoille
Vos diuines vertus, & voſtre Nom pour voille,
Vers le Port hardiment elle pourra cingler.
A iiij


Bandeau. AVDIT SIEVR.

Sonnet.

Lettrine.
HEureux, Mesnil-Robert, heureuſe l'influence
Et l'Aſtre fortuné, qui dominoit aux Cieux
Lors que tu vois le iour , Mars te feiſt genereux,
Et Mercure t'offrit ſa plus douce Eloquence.
Pallas tu feiſt preſent, de ceſte grand' Prudence
Qui en tes actions te rend ſi vertueux:
Minerue te donna le deſir curieux
D'auoir de tous les arts parfaite intelligence.
O fauorable Aſpect ! ô Bening Aſcendant!
Qui lors que tu naiſſois , alloit comme influant
Meſmes perfections à ta noble famille :
Tu vois ton docte Fils ce genereux Clinchant,
Lequel à tes valeurs heureux va ſuccedant,
Faiſant renaiſtre en luy ta doctrine fertille.

Qvatrain a lvy-mesme.

Lettrine.
HEureux,Mesnil-Robert, qui ſans te conſommer
Fais naiſtre vn Phœniceau ſans te changer en cendre,
Le Phœnix ſe perdant taſche à s'eterniſer:
Toy tu peux immortel, ſans te perdre te rendre.


Bandeau. AV SIEVR DE COVR-VAL.
Contre vn Cocu , lequel faſché de ſe voir peint
en cette Satyre, à meſdit de ces Vers.


Lettrine.
SI c'eſt l'humeur d'vn vray Satyre
De bien reprendre & de bien rire,
Celui qui reprend tes écris,
N'a point gaigné d'eſtre repris;
Pour ce qu'il eſt depuis naguere
Cogneu Satyre du Vulgaire.
Le different eſt qu'en ce faict
La Muſe Satyre t'a fait ;
Mais cetui-ci qui te diffame
L'eſtant à cauſe de ſa femme ,
Sa femme , Covr-val , que ie croi,
La mieux fait Satyre que toi:
Car lui faiſant deſſus la teſte
Porter la corne à double creſte ,
Doit-il pas donc eſtre tenu
Pour vn vray Satyre cornu ?
Angot L'Epr'onniere


Bandeau. A MONSIEVR DE COVRVAL
svr la Satyre dv
Mariage.
STANCES.

Lettrine.
N'Ouurez plus deſormais vos portes amoureuſes,
Femmes qui deceuez les ames malheureuſes
De ceux que vous rendez trop laſchement vaincus:
Puis qu'on trouue en ces vers vn docte apprentiſſage
D'euiter le malheur qui rend en Mariage,
Et la femme impudique, & les hommes cocus.
Vous ne nous ferez plus porter comme les beſtes
Le ioug deſſus le col, des cornes ſur les teſtes.
Noſtre cœur maintenant autre part eſt porté:
Vos beaux yeux qui trompoient nos ames inſenſées,
Sont ceux qui pour iamais remenent nos penſees
Dans l'aſſeuré ſeiour de noſtre liberté.
Cyrces de nos eſprits, Syrenes de nos ames,
Qui ſous l'appas trompeur de vos ſorcieres flames
Allumez tout le feu qui eſteint nos eſprits,
Vos charmes autresfois ont tenté mon ẽnuie:
Mais voyant en ces vers l'humeur de voſtre vie,
I'ay vos glaçons en hayne, & vos feus à meſpris.
Covrval dépeint ſi bien ſous ſa diuine plume
Voſtre amere douceur, voſtre douce amertume,
Vos plaiſirs malheureux, & vos plaiſans malheurs,
Vos Syrtes, vos deſtroits, vos deuoyantes voyes:
Que ce qui nous eſtoit vn Paradis de ioyes

5
Nous ſemble maintenant vn enfer de douleurs.
Pour perdre tous les Grecs qui gaignerent l'Aſie
Nauple planta de nuict vne torche ennemie
Sur le haut d'vn rocher d'eſcueils enuironné,
Voſtre œil pipant ainſi noſtre raiſon volage
Nous attire en la mer du faſcheux Mariage
Qui rend la femme heureuſe, & l'homme infortuné.
Pour l'extreme beauté de celle que i'adore
Qui luit ſur voſtre ſexe, ainſi comme l' Aurore
Parmy l'obſcurité des flambeaux de la nuict:
Ie tairay vos humeurs, & vos mœurs tout enſemble,
Pour dire en vn beau mot qu'vn homme eſt ce me ſemble,
Bien ſage qui vous laiſſe, & bien fol qui vous ſuit.
L'Eperonniere
Angot.


Bandeau. A THOMAS SONNET, DOCTEVR
en Medecine svr sa Satyre.

SONNET.

Lettrine.
CEluy eſt ignorant qui meſdit de tes Vers,
Docte Covrval Sonnet , c'eſt faute de ſcience,
Faute d'vn bel eſprit , faute d'experience,
Et pour n'auoir gouſté des Poëtes diſers
La diuine liqueur , & les carmes diuers,
Le ſtyle doucereux , & la braue cadence :
Mais cil qui d'Helicon enſeigné dés enfance ,
Et chery d'Apollon , à ſceu par l'Vniuers
Admirer les beaux traicts d'vne haute Poëſie:
Te fera de reſpect , honorera ta vie.
A iamais , vantera ta Satyre & ton los,
Conſacrera ton nom au temple de Memoire,
Dira qu'au bord Virois,Covrval eſt vne gloire,
Qui chante ce qu'il veut , & fort bien à propos.

AV MESME.

Qvatrain.

Lettrine.
QViconque ce Satyre ennemy des beautez
Lira ſans paſsion , ſans haine , ſans enuie,
Pourra bien remarquer qu'on peut paſſer ſa vie,
Sans encourir d'Hymen les douces cruautez.
Iean Sonnet, Aduocat,
frere de l'Autheur.

7

Bandeau. AV SIEVR DE COVRVAL, SVR SA
Satyre Menippee.
SIZAIN.

Lettrine.
M Etz hardiment au iour, ta Satyre & tes Vers
Sans craindre des Virois, les iugemens diuers:
Pẽſe, Docte Covrval, qu'au regard de la Frãce,
Vire n'eſt rien,qu'vn Poinct, qu'vn Atome leger,
Laiſſe les donc, Covrval, leur venin deſgorger,
Car l'Atome,& le Poinct, n'ont pas grande puiſſance.
De Cerizoles , Gentil-
homme Normant.

Filet simple.
AV SIEVR DE COVRVAL.
Sizain.

Lettrine.
M On frere , qui vous meut de blaſmer tant Hymen
Le remede aſſeuré , l'vnique Dictamen,
Qui peut guarir les coups de l'enfant de Cyprine:
Ha!ie voy bien que c'eſt ; voſtre eſprit trop hautain!
Lequel veut deſpiter , l'Archerot inhumain
Eſchauffé des rayons d'vne flame diuine.

Damoiſelle Esther Sonnet,
ſœur de l'Autheur,


Bandeau. AV LECTEVR.

A My Lecteur , tout ainſi que
les ſages & bien aduiſez Pilo-
tes,faiſants voile ſur le dos eſ-
cumeux de Thetis , apres a-
uoir eſté long temps battus
des orages & des tempeſtes ; & fatigués des con-
tinuels trauaux de la marine , ont accouſtu-
mé lors qu'ils ont deſcouuert quelque coſte
ou poincte de terre où ils deſirent aborder
& baigner l'ancre , de faire deſcendre quel-
ques mariniers dans l'Eſquif , pour aller deſ-
couurir & recognoiſtre l'aſſiette , ſituation,
& commodité du lieu , la nation , la langue,
& l'humeur des habitans , pour ſçauoir s'ils
y pourront trouuer quelque rafraiſchiſſe-
ment ou commodité de viures , & s'ils au-
ront permiſſion & licence deſdits habitans
d'y pouuoir aborder , leur ayant premiere-
ment fait entendre par leur truchement , de
quel pays , climat & nation ils ſont , & quel-
les marchandiſes ils portent , afin que par la
reſponce de l'Eſquif s'il ſe trouue quelque
commodité iointe à la permiſſion , ils puiſ-
ſent en toute aſſeurance faire cingler & ad-

uancer leur flotte pour y prẽdre terre. Tout
de meſme ( Lecteur ) ayant depuis trois ou
quatre ans en ça fait voile ſur le vaſte Ocean
de la Poëſie , auec vne petite flotte de ſept
nauires ſeulement , dont les quatre premie-
res ſont chargées de quatre Satyres : la pre-
miere contre les Vsvriers , la ſeconde
contre les Chicanevrs , la troiſieme
cõtre les Charlatans et psevdo-
medecins
Paracelſiſtes , la quatrieſme &
derniere contre La vanite' , svper-
flvite' et inconstance des habits:
Les trois autres vaiſſeaux ſont chargez de
pluſieurs & diuerſes ſortes de marchãdiſes:
dans le premier ſont mes Amours de Fran-
cine10; au ſecond mes Meſlanges Poëtiques,
tiſſuës de pluſieurs eſpeces de Poëſies,com-
me Sonnets , Stances , Odes, Diſcours , Ele-
gies , Epigrammes , Anagrammes , Epitha-
lames , Chants Royaux, Cartels & Maſca-
rades. Le troiſieſme & dernier a pour char-
ge ſeize Epitaphes ou Tombeaux, deſquels
ie t'en ay voulu attacher ſix ſeulement à la
queue ce cet Eſquif , afin que tu puiſſes iu-
ger par ces deux petits eſchantillõs du com-
mencement & de la fin de mes œuures.Ayãt
donc , dj-ie, nauigé ſur ceſte poetique mer,
agité des boraſques & tempeſtes , de mille

trauerſes , qui arriuẽt le plus ſouuent à ceux
qui font profeſſion de toucher la lyre d'A-
pollon
. Et deſcouurant de loing la coſte
Françoiſe , où ie deſire moüiller l'ancre &
me rafraiſchir,i'ay bien voulu auant que d'y
aborder enuoyer deuant ceſte petite frega-
te ou Satyre Menippée du Mariage pour re-
cognoiſtre le port, deſcouurir les humeurs,
tẽter les opinions,ſonder les volõtez , &taſ-
ter le pouls des eſprits François , pour ſça-
uoir s'ils auront cet abord aggreable , & ſi
i'auray permiſſion & licence de pouuoir an-
crer dans leur Haure:leur ayant faict enten-
dre par cet Eſquif quel eſt mon Pays , mon
humeur , mon langage , mon ſtyle , ma vei-
ne, & ma boutade poëtique, ſans oubliera
les aduertir de quelles marchãdiſes ma flot-
te eſt chargée, & de quelles banieres i'arbo-
re le mail de mes Nauires,afin que ſi deſcou-
ure que l'on ait rudement traicté cet Eſquif,
i'aye pour le moins ce bon heur , & ce con-
tentement en l'ame , d'auoir garenty & ſau-
ué ma flotte entiere d'vn perilleux danger,
aymant beaucoup mieux la laiſſer en pleine
mer à la mercy des ondes , & à la diſcretion
des Aquillons,que temerairement l'expoſer
en vn port mal aſſeuré à la fureur de quel-
ques cerueaux mal tymbrez & langues ſer-
pentines,


9

pentines , qui peut eſtre du bord de leur ri-
uage pourroient decocher tant de fleches
& laſcher tant de canons de mocquerie &
de meſdiſance qu'ils la pourroient ſaccager
& mettre à fonds.Contente toy donc à pre-
ſent de cet Eſquif , Amy Lecteur , auquel ſi
tu fais bon viſage & monſtres vn doux &
gratieux acueil, tu te peux aſſeurer que ie ne
differeray point long tẽps à cingler,à rames
& voilles tenduës vers ton Haure François:
Sinon ie prendray port ailleurs ou le vent,le
deſtin , l'orage & la fortune me guideront.
Au reſte ie deſire que tu ſois aduerty qu'en
toute ceſte preſente Satyre , mon deſſain
ny mon but n'ont point eſté de ſyndiquer
ou cenſurer le Mariage ſacré , & inſtitué du
grand Diev. C'eſt ſeulement contre les
Mariages de ce temps, que i'ay dreſſé ceſte
pointe Satyrique , voyant qu'auiourd'huy
la pluſpart, ou ſe font pour l'ãbitiõ , ou pour
les richeſſes , ou pour la volupté comme les
malheurs & trauerſes qui en naiſſent don-
nent teſmoignages: Auſſi ont ils auſſi mau-
uaiſe fin , que leur principe eſt depraué &
corrompu. A-Dieu.
B


Bandeau. A MA SATYRE.
STANCES.

Lettrine.
V A ma Satyre, va, & te monſtre en lumiere,
Le cœur braue & hautain,& la deſmarche fiere,
Le viſage aſſeuré, pour conſtant ſupporter
De tous les meſdiſans la tempeſte & l'orage:
Sois ainſi qu'vn rocher expoſé au riuage:
Qui deſpite les flots qui le veinnent heurter.
Ne crains des meſdiſans les langues enuieuſes,
Ne crains de leur carquois les fleſches venimeuſes:
Leur trempe,que ie croy,n'eſt d'vn acier baſtant
Pour fauſſer l'eſpaiſſeur de ta forte cuiraſſe:
Ne crain donc point les traicts de ceſte populaſſe,
Et laiſſe mal parler l'enuieux ignorant.
C'eſt aſſez, c'eſt aſſez, ſi tu plais à la France
C'eſt d'elle qu'il te faut attendre la ſentence,
Pour iuger ſi tes vers,ſont bien ou mal limés,
Non de ces enuieux de l'ingrate patrie,
Qui pour te cenſurer,diſent par mocquerie
Que ton ſtille eſt laſcif,& tes vers mal rimés.
Marche donc hardiment ô ma chere Satyre!
Et ne crains les abbois,de ce peuple de vire
Quoy?ma fille as tu peur,des meſdiſans virois?
Sçais tu pas qu'a leur gouſt,iamais ie n'ay ſçeu plaire
Ta ſeule ambition ſera de leur deſplaire,
Pour plaire ſi tu peux, au reſte des François.

C ij

Portrait de l'auteur avec légende. THOMAS SONNET SIEUR DE COURVAL DOCTEUR EN MEDECINE AAGÉ DÉ 31 ANS
C'est icy de Courual le vif et vray pourtraict
Son néz, ſon front, ſes yeux, et ſa leure pourprine,
Icy tu voidz le corps figuré par ce traict
Et ſon eſprit paroist en l'art de Medecine.
L.Gauhier Sculp. 1608.

11
Bandeau, cupidon au jardin. SATYRE
MENIPPEE.
Lettrine.
MVses , qui habitez dans l’Antre Pieride,
Rendés libres mes ſens & ma veine fluïde
Serenez mes Eſpris, agitez d’vn procez,
Qui de voſtre Helicon m’a fait perdre l’accez.
Diuin Apollon, faites moy ceſte grace
e du Pinde ſacré ie reprenne la trace,
e i’ombrage mon chef d’vn laurier immortel,
que ie ſacrifie à voſtre ſainct Autel :
e ie hume à longs traicts de voſtre eau Cabaline,
Qui des Poëtes ſaincts eſchauffe la poictrine :
O Phœbus donne moy que ie chante en ces Vers
malheurs , les ennuys , les accidens diuers,
ſquels vont trauerſant ceux qui par mariage
ubs les loix d’vn Hymen ſe mettent en ſeruage !
rigoureuſe loy ! loy dont la cruauté
A rauy des humains la douce liberté:
Liberté qui nous faict expoſer noſtre vie
A cent mille perils , crainte d’eſtre aſſeruie !
Liberté qui nous met le fer dedans la main,
ous arme de courroux , quand vn Prince inhumain
efforce l’opprimer , ſi que pour la deffendre
C iij

SATYRE
On a veu des citez, & des villes en cendre:
Et maint Empire encor on a veu malheureux
Pour ceſte liberté , qu’on tient fille des dieux.
SI donc la liberté du Ciel nous eſt donnée,
Pourquoy l’engageons-nous ſoubs les loix d’Hymenee:
Pourquoy fols incenſez voulons-nous ſans raiſon
Nous rendre malheureux de nous meſme en priſon ?
Pourquoy pleins de fureur, ainſi que Frenetiques,
De nos mains voulons nous nous enferrer de piques ?
He ! pourquoy voulons nous , ſtupides indiſcrets,
Nous-meſmes nous ietter captifs dedans les rets ?
Nous forgeons les chainons qui captiuent noſtre ame,
Nous allumons le feu qui noſtre cœur enflame,
Nous preparons la glus qui nous vient empeſtrer,
Et le rets nous tiſſons qui nous vient enrether :
Nous beuuons l’Aconit & le Napelle bleſme
Que nous auons pillé , & deſtrempé nous-meſme:
Nous-meſmes nous dreſſons , les charmes Cyrceans,
Qui charment nos eſprits , & enchantent nos ſens,
Cyclopes malheureux , nous martelons le foudre,
Qui brize nos plaiſirs , & les reduit en poudre.
Bref nous ſommes autheurs de nos propres malheurs,
Quand ſoubs le ioug d’Hymen , nous engageons nos cœurs!
O ioug , ſeruile ioug , ô ioug plus miſerable!
Ioug cent fois plus faſcheux , & plus inſupportable
Que celuy des Forçats , qui de crime entachez
Languiſſent ſans repos , à la rame attachez:
Ioug qui va ſurpaſſant les peines iournalieres
Qu’endurent auiourd’huy dans les creuſes minieres
Les pauures Indiens , vendans leur liberté
Au Marane Eſpagnol , qui plein de cruauté
Les contraint iour & nuict , en extreme miſere,
De tirer l’or du creux d’vne ſombre carriere:

12
MENIPPEE.
Si quelqu’vn d’eux ſe plaint ſoudain au cheualet,
Ses os ſont diſloquez couplet apres couplet,
Ou bien ils ſont contraints d’endurer l’eſtrapade,
Qui leur deſtord les bras d’vne rude tyrade.
Ces tourments ne ſont rien , ce ſont roſes & fleurs
Balancez au niueau des ſeueres rigueurs,
Qui du nopcier11 Chaos ont prins eſtre & naiſſance ;
Les foudroyans eſclairs ne font tant de nuiſance
Aux moiſſons de Cerés : Les vents plus orageux ,
Les Autans empeſtez ne ſont ſi dangereux ,
Et les froids Aquillons ne font tant de dommage
Au fleurs du gay Printemps , comme le Mariage
Faict de mal aux humains ; Nous comblant de malheurs,
Faniſſant tout ſoudain l’eſmail des belles fleurs
De nos ans Printaniers ; changeant par mainte eſcorne
Noſtre doux Gemini , en vn froid Capricorne ,
Nos plaiſirs en douleurs , en triſteſſe nos ris ,
Il vient changer fatal , noſtre heureux Paradis,
En vn horrible Enfer , vn gouffre de miſeres,
Vn deluge d’ennuys , vn foudre de coleres,
Vn torrent de malheurs , vn Ocean de maux,
Arſenal de chagrins, magazin de trauaux,
Le Poinct , le Racourcy , l’Epitome & le Centre ,
Où les lignes d ennuis ſe viennent toutes rendre.
Vn Montgibel fumeux de bouillonnans ſouſpirs,
Dont les chaudes vapeurs chaſſent les doux Zephirs
De nos contentements , pour former vn orage
Lequel va diſsipant les plaiſirs de noſtre aage,
Vn menteur Charlatan qui nous va deceuant
Souz le maſque trompeur de quelque beau ſemblant.
Vn cauteleux Aſpic , dont la douce piqueure
Nous endort plaiſamment du ſommeil d’Epicure12.
Sommeil voluptueux , dont le triſte réueil

SATYRE
Nous conduit en douleur au funeſte cercueil
C’eſt l’amer gobelet du fin Apoticaire,
Lequel pour deſguiſer vne Rubarbe amaire,
Ou le rude Agaric , couure d’vn ſuccre doux
Le breuuage appreſté , craignant à tous les coux
Que la fiere rigueur de ce faſcheux breuuage,
Ne face au languiſſant bien-toſt perdre courage.
Mais il n’a pas ſi toſt aualé la liqueur,
Qu’il ſent dans l’eſtomach vn friſſonnant horreur.
C’eſt le trompeur flageol du cauteleux Mercure
Qui endort les Argus , plus ſubtils de nature
Par les apas trompeurs d’vn ſon melodieux
Qui charme leurs eſprits, & leur ſille les yeux.
Vn vray Faux-monnoyeur , qui baille pour monnoye
Vn or adulteré , que pour bon il employe,
Sçachant ſon faux alloy deſguiſer dextrement,
D’vne eſclatant metail le couurant finement:
Mais ce n’eſt que billon & pure piperie:
A la touche on cognoiſt quelle eſt la tromperie
A la couppe , au cizeau on deſcouure ce mal,
Et que ſon or n’eſt rien qu’vn billonné metal;
De meſme les attraits , que l’Hymen nous preſente,
N’eſt que pour deceuoir d’vn eſpoir noſtre attente.
Les fifres & tambours , & les gays violons,
La Muſique , le Luth , le Bal , & les Chanſons,
Les flambeaux allumez , les Ieux , les Maſcarades,
Les folaſtres Bouffons , les ris , & les aubades:
Tous ces vents de plaiſirs , ſont les auant-couriers
De nos triſtes malheurs , & de nos deſtourbiers.
Tout ce grand bruit nopcier13 pronoſtique vn orage
Qui nous va menaſſant d’vn eſtrange rauage ;
Ainſi que nous voyons , lorsque l’Auſtre moiteux,
Bourdonne parmy l’air, preſager tempeſteux,

13
MENIPPEE.
Vn orage prochain,vne future pluye,
De foudres, & d’eſclairs,le plus ſouuent ſuyuie
De meſme ce grand bruit, & murmurant caquet,
Des Parens aſſemblés, au nuptial banquet,
Sont les ſignes certains, & aſſeurés augures
Des orages ſuyuans, & tempeſtes futures:
Preſtes à ſaccager ces pauures amoureux
Engagez aux filets, de ce Dieu captieux14,
Qui les va repaiſſant, de ſouſpirs, & de larmes,
Et leur braſſe à la fin, de cruelles alarmes,
CEt Hymen neantmoins, ſemble vn plaiſant iardin,
Plain de roſes,d’œillets, d’odorant Romarin,
Tout bigarré de fleurs, de cent couleurs diuerſes,
D’incarnat,pourpre, vert, iaunes,griſes & perſes,
Bordé d’vn paſſement, de criſtalin ruiſſeaux
Dont le murmure doux, endort les animaux,
Ou les mignards Zephirs de leur ſuaue haleine
Parfument tout le lieu, d’vne odeur ſouueraine,
Plus douce mille fois, que le musc Indien
L’odoreux ambre-gris, le Baulme Ægyptien;
En vn mot ce iardin, ſemble proprement eſtre
Vn petit r’accourcy, du Paradis terreſtre
Mais tout incontinent, qu’on s’aduance au milieu,
Pour contempler de prés la beauté de ce lieu:
On ne s’apperçoit point qu’entre ces vers fueillages
Ces beaux compartimens, & allignés bordages,
Ses ruiſſeaux argentés, ſes roſes,& ſes lis .
Entre l’odeur des fleurs, de ce doux Paradis ,
Parmy tous ces attraicts, & mignardes blandices,
Sont cachez au deſſous d’eſtranges precipices
Pleins de chardons picquans, & d’eſpineux haliers,

SATYRE
Ou ſe perdent d’Hymen : les plus fins Eſcolliers;
Leſquels ſe promenans , dans ces ſalles plaiſantes
Couuertes à l’entour , de fueilles verdoyantes,
Tombent tout auſsi toſt , dans ces abyſmes creux
Penſant cueillir des fleurs, de ce parterre heureux:
Lors ils ont beau crier , ſecours , miſericorde,
Ils ſont prins tout ainſi , que Renard à la corde.
Ses mignons friſottés , qui font tant les matois ,
A ce piege eſtant pris , ſont aux derniers abois
Fuſſent-ils r’afinés , iuſqu’au dernier Mercure,
Ils ſont contrains en fin , baſtir leur ſepulture
Dans ces antres obſcurs , où ils ſont priſonniers
Et mis entre les mains , de tres-rudes Geoliers.
C’eſt pour fin vn marché,qui n’a que le front libre
Portant en ſon abord ; pour marques & pour tymbre
Vn Dedalle Cretois , plain d’obliques deſtours,
De Meandreux replis , qui font perdre le cours
Du chemin , qui ſembloit à l’abord ſi facile,
Se monſtrant au ſortir , faſcheux & difficile
On ne s’en peut tirer , ô trop rigoureux ſort !
Que par le dard cruel , de l’indomptable Mort ;
C’eſt le ſeul peloton , le fil & la cordelle
Qui de ce Labirinth15, nous paſſe en la nacelle
Du nautonnier Charon , ſeul vnique ſecours
Des pauures Mariez , qui languiroient touſiours
Dans le Dedalle obſcur du faſcheux Mariage,
Qu’on peut pluſtoſt nommer , gouffre de male-rage.
C’eſt pourquoy à bon droit, Hyponacte, diſoit
Que deux iours bien-heureux ſeulement il trouuoit
Soubs ce ioug eſpineux : Le iour des Eſpouzailles
Et le iour qu’on faiſoit les triſtes funerailles16.
Ces deux fleurs vont naiſſant , entre mille chardons,

14
MENIPPEE
Qui nous vont trauerſant de picquans eſguillons
Ces roſes nous cueillons à trauers tant d’eſpines,
Que leur plaiſante odeur,ne les peut rendre dignes
De tant ſe trauailler pour en vouloir iouir,
Puiſqu’auec tant de mal s’en acquiert le plaiſir:
Et comme a bien chanté quelque docte Poëte17,
Mariage n’eſt rien qu’vne horrible tempeſte.
La Grotte A Eolienne, Orque des tourbillons.
Occean de douleurs,grains aux vagueux ſillons,
Forge de tous ennuis,fuſil de toute rage,
Dont s’allume le feu qui nous brusle & ſaccage.
Non,ce n’eſt rien qu’vn feu, ſous la cendre voillé
Sous l’aigneau courtiſan vn Renard recelé,
Vn borgne-clair-voyant, vn goſſeur Harpocrate,
Vn charme deſpitant tous les ius d’Hypocrate,
Vne neige poiſſarde, vn ſuccre Abſinthien,
Vray courrier d’Atropos, poſtillon de vieilleſſe,
Boutique de Pluton, abyſme de triſteſſe,
Canal d’affliction , alambic de malheurs,
Source d’aduerſité, fontaine de douleurs,
MAis quelqu’vn me dira que dans ceſte Satyre
Je deſcry les tourments,& le cruel martyre,
La tempeſte, l’horreur, le perilleux danger,
Qu’encourent les humains,qui ſous le ioug nopcier18,
Captifs ſont aſſeruis, ſans prouuer par hiſtoires
Les iournaliers effects de toutes ces miſeres.
Ie reſpondray ſoudain au Lecteur curieux,
Que s’il falloit nombrer les amans malheureux,
Qui ſous les loix d’Hymen ſe ſont mis en ſeruage,
I’eſpuiſerois pluſtoſt le Pactole, ou le Tage,

SATYRE
Pluſtoſt ie nombrerois les peuples eſcaillez,
Tous les hoſtes de l’air aux habits eſmaillez,
Et pluſtoſt, & pluſtoſt, ie deſcrirois le nombre
Des celeſtes flambeaux,qui durant la nuict ſombre
Brillent au firmament, lors que le grand flambeau
Sa carriere bornant, ſe plonge dedans l’eau;
Bref ce ſeroit courir apres vn impoſsible,
Et rendre par ces vers l’impoſsible poſsible.
I’oſeray neantmoins,afin de contenter
Le Lecteur curieux, au vif repreſenter ,
Cinq ou ſix grands Heros aux armes indomptables,
Que le nopcier19 Hymen a rendus miſerables.
Ce puiſſant Hercules,cet indompté guerrier,
Ce Tu-geant20 Thebain21, qui oſa le premier
Attaquer au combat, les Monſtres de la terre,
Qu’il terraſſa, vaincueur, comme vn foudre de guerre,
Enuironnant ſon chef de mille lauriers vers,
Teſmoins de ſa valeur par ce large vniuers:
Cepedant ô deſtin, Hymen ce Dieu folaſtre
Aidé de l’Archerot, rendit ſon cœur molaſtre:
Soudain, qu’il fut captif dans les rets amoureux,
Il n’entrepriſt iamais vn acte genereux:
Soudain qu’il fut atteint des brandons de Cyprine,
Sa guerriere valeur tomba comme en ruïne,
La laurier de ſon front deuint ſec & fleſtry,
Son cœur effeminé fut tout allangoury:
Si toſt qu’il eſpouſa la belle Deianire
On veit au meſme temps fleſtrir ſon vert Empire.
Il deuint mal-heureux, & le ialoux cerueau
De ſa femme le mit dedans l’obſcur tombeau:
Car ayant imprimé en ſa teſte friuolle,

15
MENIPPEE.
Que ſon Hercule aymoit,& careſſoit Iolle.
Deianire en fureur recherche les moyens
De s’en pouuoir venger,ayant l’ame ſaiſie,
Et le cœur enflammé d’ardante ialouſie.
Or aduint-il qu’vn iour le Centaure Neſſus
Ayant voulu forcer, pres le fleuue Euenus,
L’eſpouze du Thebain22, dont eſpris de colere
Deſcocha ſur Neſſus vne fleſche legere
Teinte au ſang du dragon, dont le venin cruel
Par la playe eſpanché,rendoit le coup mortel.
Ce Neſſus donc atteint d’incurable bleſſure
Voulut auant qu’entrer dedans la ſepulture
Se venger s’il pouuoit du grand Alcmenien,
Eſtant s’il en fut onc expert Magicien.
Or ayant deſcouuert qu’vne ialouſe rage
De Deianire auoit enflammé le courage
Craſſe ſubtilement vne feinte trahiſon
Pour tirer du Thebain23 promptement ſa raiſon
Il faict ſecrettement appeller Deianire,
Luy diſant qu’il ſçauoit qu’vn eſtrange martyre,
Et qu’vn ialoux chagrin, luy bourreloit le cœur:
Voyant que ſon mary plein d’ardante fureur,
Trop ingrat auoit faict n’aguere amour nouuelle,
Careſſant iour & nuict Iolle la pucelle,
L’aſſeure s’elle veut, enſuyure ſon conſeil,
Luy donner vn ſecret, qui n’a point ſon pareil,
Pour eſteindre le feu, & l’impudique flame
Qui alloit conſommant Hercule iuſqu’à l’ame.
Deianire entendant ſes gracieux diſcours,
Deſireuſe de voir arracher ces amours
Du cœur de ſon mary, conſent à l’entrepriſe:

SATYRE
Il luy monſtre en ſecret la fatale chemiſe
Qui auoit tel pouuoir, ainſi qu’il aſſeuroit:
Qui cil qui plein d’amour ſur ſoy la porteroit
Ne ſeroit deſormais inconſtant & rebelle
A ſa chere moitié: Mais conſtant & fidelle:
Que ſi ſon cher eſpoux auoit d’autres amours,
Ce ſeul ſecret pourroit en arreſter le cours.
Or voyons quel malheur, ceſte promeſſe enfante,
Neſſus luy donne alors la chemiſe charmante
Dont le fil venimeux, & le magique ſort ,
Precipitoient ſoudain les amans à la mort.
Deianire en ſon cœur,qui trop ialouſe bruſle
Ceſte chemiſe enuoye à ſon mary Hercule:
Si toſt que le Thebain24 l’eut miſe ſur ſon dos,
Il deuint inſenſé, n’ayant aucun repos:
Il couroit iour & nuict ainſi qu’vn frenetique,
Ou comme vn fier Taureau, que le Tan mord & picque:
Il ſe iette en fureur dans vn bucher ardant.
Ceſte ialouſe ainſi priua ſon cher amant
Et de vie & d'eſprit, ô fatal mariage!
Cil qui auoit dompté d’vn genereux courage
Les Monſtres plus cruels de ce grand Vniuers,
Par ce fatal Hymen, giſt ores à l’enuers!
Cil qui auoit vaincu le pourceau d’Erimante,
Le Monſtre Lernean à teſte renaiſſante:
Bref celuy qui auoit par deux fois ſix labeurs
Eſleué ſon renom entre tous les vainqueurs,
Eſt maintenant dompté par les mains d’vne femme!
O Hymen trop peruers.ô rigoureuſe flame!
IE mets au ſecond rang ce grand Agamemnon,
Qui par armes auoit eterniſé ſon nom

16
MENIPPEE
En mille lieux diuers. Ce vaillant Capitaine,
Ce grand prince Gregeois, ſentiſt bien toſt la peine,
Et les cruels aſſauts de ce ioug eſpineux,
Pour s’eſtre empriſonné dans les lacs amoureux,
Pour auoir trop aymé ſa chere Clytemneſtre,
Et s’eſtre captiué dans le nopcier25 cheueſtre,
Il ſentit les effects de ſa temerité
Pour auoir ſous Hymen lié ſa liberté:
Il ne peut euiter qu’à ſon retour de Troye,
Au royaume noircy ſa dame ne l’enuoye,
De ſa femme il ſentit la trop bourrelle main,
Luy ouurant l’eſthomach d’vn poignard inhumain:
Aidee à ceſte fin de ſon paillard Ægiſte,
Qui pour la ſecourir vint vers elle bien viſte.
Dieux quelle cruauté, qu’elle eſtrange rigueur
De voir Clytemneſtra poignarder ſon ſeigneur,
Son eſpoux, ſon mignon, ô ſiniſtre Hymenee!
O ioug par trop cruel, ô fiere deſtinee!
ET que diray-ie plus de ce faſcheux lien?
Tairay-ie le malheur du grand Roy Thracien,
Du laſcif Tereus, dont le cœur plein de flamme
Bruſloit par la Progné, qu’il choiſit pour ſa femme,
Eſpris de ſes beautez, charmé de ſes beaux yeux,
Qui le rendit en fin chetif & malheureux:
Car ſoudain que Progné entendit la nouuelle
Du tort qu’on auoit faict à ſa ſoeur Philommelle,
Sçachant que Tereus plein d’ardante fureur,
Auoit violemment rauy la tendre fleur
De ſa virginité : Ceſte fiere Lyonne,
Plus cruelle cent fois que n’eſt vne Gelonne,
Egorge ſon Ithis, ſon tendrelet enfant,

SATYRE
Et par menus lambeaux ſes membres va couppant,
Les fait mettre à bouillir, & ſeruir ſur la table
A ſon Maiſtre d’hoſtel, comme vn mets delectable,
Ayant ſceu dextrement ceſte chair appreſter,
Afin que ſon mary euſt deſir d’en gouſter,
Il mange, ô ſort cruel, ô ſiniſtre aduenture,
Son pauure enfant Ithis, ſa chere geniture:
Il demande ſon fils ſur la fin du diſner,
Commande à ſes valets qu’on euſt à l’amener:
Progné dans vn grand plat en apporte la teſte,
En luy diſant: Meſchant,tu as mangé le reſte,
Va cruel ruffien, perfide, rauiſſeur,
Noſtre Enfant a payé le tort faict à ma Sœur.
Tereus à l’inſtant, plein de fureur & d’ire,
Mettant l’eſpee au poing commence à la pourſuyure
Par les bois plus eſpais, & les herbus paſtis,
Pour punir ce forfaict & venger ſon Ithis.
Mais ainſi que l’on feint changee eſt Philomelle
Ainſi vſa Medée à ſon Eſpoux Iaſon,
Apres qu’il eut conquis la Colchide Toiſon,
Elle occit ſes enfans deuant les yeux du pere.
Eſt-il rien plus cruel que de voir vne mere
Teindre au ſang de ſes fils ſes maternelles mains?
Peut-on iamais ouïr actes plus inhumains
Qui cauſe ces effects, ſinon le Mariage,
Qui nous enfle le cœur,d’vne bouillante rage?
QVel malheur arriua à Claude l’Empereur ,
Pour auoir ia vieillard denué de chaleur,
Eſpouſé follement la belle Meſſalaine?

17
MENIPPEE.
Ceſte inſigne Putain ſe monſtra ſi vilaine
Que d’aller iour & nuict courir par le bordeau,
Pour, laſciue, chercher quelque plaiſir nouueau;
Eſtant en ſes amours ſi ardante & lubrique
Qu’elle fut eſtimee vne Putain publique?
Ceſte Louue effrontee en ſa lubricité
Propoſa certain prix, & gage limité,
A qui plus le feroit, ſe ventant, glorieuſe,
D’auoir en ce meſtier eſté victorieuſe
Sur les autres putains: ayant en vne nuict
Receu vingt Courtiſans en ce plaiſant deduit?
Quel plus aſpre tourment, quel plus cruel martyre
Auroit peu affliger ce Prince en ſon Empire?
Quel plus grand deshonneur luy euſt peu arriuer?
Hé, quel plus grand malheur euſt il peu eſprouuer?
Les trois plus rudes fleaux, famine, peſte & guerre
N’euſſent tant affligé, ſon Royaume & ſa terre:
D’Où viennent ces malheurs, ſinon du Dieu Nopcier26:
Hé! qu’il faict dangereux voguer ſur ceſte Mer,
Il vaudroit mieux rocher deuenir pres Sypille,
Que fiſt à ſon eſpoux , l’infidelle Erifille
Son mary entendant l’ambitieux deſſein,
[Q]ui le vouloit mener à la guerre Thebaine:
[M]ais ſçachant des Deuins, pour choſe bien certaine
[Q]ue s’il alloit au Champ, ſon deſtin l’aſſeuroit,
[Q]ue dedans ſa maiſon iamais ne reuiendroit:
[Pa]rquoy pour euiter du fier deſtin la trame,
[S]e cache dans vn bois deffendant à ſa femme
[D]e ne point deſcouurir le lieu où il eſtoit,
[L]e fin Polinicez, qui peut eſtre doubtoit
C

SATYRE
Qu’il ne ſe fuſt caché,demande à Erifille
Où eſtoit ſon mary , l’aſſeurant qu’à la fille
Tous ces gens s’aſſembloient pour ſe trouuer au Camp,
Et qu’il falloit trouuer ſon mary ſur le champ:
La perfide en riant diſt, qu’eſtoit ignorante
Du lieu où il eſtoit Polinice la tante,
Luy offre pour preſent vn riche colier d’or,
La priant inſtamment, & ſuppliant encor
Luy faire tant de bien,de faueur , & de grace,
Que de luy declarer & le lieu & la place,
Où ſon craintif mary s’eſtoit allé cacher,
Afin que ſes ſoldats euſſent à le chercher:
La perfide à ce coup,ſans d’auantage attendre
Luy dit , qu’au prochain bois il y auoit vn antre
Taillé dans vn rocher, de mouſſe tout couuert,
Bordé de grands Palmiers, dont le fueillage vert
Donnoit ombre à ce lieu ſecret & ſolitaire,
Seruant à ſon eſpoux de cachette ordinaire:
Il eſt prins & mené en guerre, ou il mourut
Par ſa femme , ô deſtin, la mort il encourut.!
Hé quoy? voudrois-ie bien en ce papier deſcrire
Les ſiniſtres malheurs qu’vn Hymen peut produire
C’eſt vn large Ocean, ſans fonds, riue, ny bort,
Il vaut mieux le laiſſer, & r’entrer dans le port.
I’aurois pluſtoſt trouué au ſein de la Nature,
Du Cercle rondiſſant l’egalle quadrature;
Secret tant recherché des Geometriens,
Où l’Elixir caché de tous les Elemens:
Pluſtoſt ie trouuerois par vn art tout Chimique,
Des metaux trans-muez la parfaicte practique,
Que de pouuoir, Lecteur, en ces vers raconter

18
MENIPPEE.
Tous ceux qu’vn fier Hymen a faict precipiter,
Aux pieges de la mort: Quittons donc ces exẽples
Debonnaire Lecteur, afin que tu contemples
Plus curieuſement les labeurs infinis,
Les tourmens, les trauaux, la peine,les ennuis,
Qui trauerſent ceux-là, qui comblez de miſere
Ont conſacré leurs vœux, à Iunon la Nopciere27.

mvse.
MVſe pour ſuyuons donc par les temperamens,
Qui pour eſtre diuers cauſent mille tourmẽs
Aux Amans aſſeruis au ioug de Mariage,
De contraires humeurs formant vn grand orage
De la diuerſité de leurs complexions,
Naiſſent le plus ſouuent mille diſſentions,
Leurs humeurs rarement ont meſme ſympathie,
Entre eux on void ſouuent ſemblable antipathie,
Qu’entre le Loup cruel, & le paiſible Aigneau,
Entre le Leurier, & le craintif Lapreau,
Les ſifflans Scorpions, & larmeux Crocodilles,
Les rauiſſans Faulcons, & plongeantes bourilles,
Les pepians Poullets, & rapineux Millans,
Les charongneux Vautours & delicats Faiſans:
Entre les Chats-huants28, & iaſardes Corneilles:
Les gourmands Eſpreuiers, & chaſtes Tourterelles:
Entre les Chardonnets, & griuelez Mauuis,
La meſme antipathie eſt aux Amans rauis,
Et portez dans le ſein du fatal Hymenee,
Où ils ſont tourmentez comme vne ame damnee
Pour la diuerſité des contraires humeurs ,
Qui des deux mariez des-vniſſent les cœurs:
C ij

SATYRE
le san-
gvin.
PEut eſtre le mary ſera chaud & humide,
D’humide radical, aërien & fluïde
Qui le rend abondant en ſpermatic humeur,
De nos digeſtions quinte-eſſence & liqueur,
Laquelle rempliſſant les proſtates glandules,
Où eſtant reſſerrée,ainſi que des cellules,
L’efforce de ſortir pour careſſer Cypris,
Spumeuſe regorgeant,de fretillans eſpris,
Eſprits, qui ſont portez du cœur par les arteres,
Du foye ſanguinolent par les veines portieres,
Du cerueau,par les nerfs,au muſcle cremaſter,
Qui ioignant aux vaiſſeaux ſpermatics va porter
Ses bouillonants eſprits aux feconds teſticules,
Pour eſtre conſeruez dedans les veſsicules,
Comme au vray magazin des plaiſirs amoureux,
Arſenal qui fourniſt de matiere & de feux.
la fleg-
mati-
qve.
LA femme d’autre part ſera fort flegmatique,
Froide mal tẽperee, & d’humeur cacexique,
N’aura rien deſplaiſant, que ce plaiſant deduit ,
Luy tournera le dos tout au long de la nuict,
L’appellera vilain,lubrique, des-honneſte,
Refroignera ſon front, en luy tournant la teſte:
Le mary amoureux,faſché de ce refus
Careſſe la ſeruante, & veut monter deſſus.
De là mille debats, de là mille querelles,
Si la femme oit le vent ſes amours nouuelles;
Le mary eſt contrainct bien ſouuent de quitter
Sa maiſon pour vn temps,taſchant à euiter
La tempeſte, & le bruit de ſa ialouze femme,
Laquelle eſt toute glace, & luy n’eſt rien que flãme.
Quel plaiſir peut auoir l’infortuné mary,
Sa femme hait l’amour, & a le cœur marry!

19
MENIPPEE.
S’il en recherche vne autre aux esbats de Cyprine,
Luy qui eſt amoureux & d’vne humeur ſanguine.
la san-
gvine.
le fleg-
mati-
qve.
CE n’eſt rien que cela,c’eſt biẽ autre malheur,
Quãd la femme au cõtraire eſt d’vne chaude29
Et lors que ſon mari eſt froid: & flegmatique (hu-
De l’incarnation,n’entendant la rubrique,(meur,
Ny les accouplemens du laſcif Aretin,
S’amuſant ſeulement à taſter le tetin,
Où s’il paſſe plus outre,il ne faict rien qui vaille:
Car ſon ſang froidureux à grand peine deualle
Des vaiſſeaux ſpermatics où il eſt enfermé,
Sa femme d’autre-part a le cœur conſommé
D’vne extreme chaleur, cherchãt vn doux clyſtere,
Clyſtere ſpermatic, qui ſon ardeur tempere.
Que fera le mary ethique & ſans humeur,
Pourra-il de ſa femme eſteindre la chaleur,
Qui rampe dans ſes os, & boult en ſa moüelle,
Luy conſomme le cœur, le foye, & la ceruelle;
Il a beau s’efforcer, ſi peu qu’il a d’humeur
R’enflamme encore plus ſon amoureuſe ardeur,
Tout ainſi qu’vn peu d’eau,va redoublant la fieure
Du malade alteré, & bien ſouuent l’Orfebure
Pour accroiſtre l’ardeur de ſon cuiſant fourneau,
Y eſpand dextrement des goutelettes d’eau;
Bref le laſche mary pour ſa froide impuiſſance,
Ne peut pas aſſouuir ce gouffre de ſemence.
DE ce Lerne renaiſt vn Hydre de malheurs,
Comblans le lict Nopcier30 de tragiques horreurs:
La femme à qui l’amour eſchauffe la poictrine,
Et dont le ſang boüillant iaillit de veine en veine,
C iij

SATYRE
Ne peut plus longuement ceſte ardeur ſupporter,
Et de ſi peu d’humeur ſes deſirs contenter ,
Voyant que ſon mary plus ſouuent la chatouille
Du bec,que de la queue, & que point il ne fouille
Au fonds de ſa garenne auecques ſon Furet,
Eſt contrainte choiſir quelque amoureux ſecret
Pour amortir ce feu,eſteindre ceſte flame,
Qui gangrene ſes os, & conſomme ſon ame.
Il faut, il faut , chercher quelque nouuel Amant,
Ieune, frais & gaillard, roide de ſon deuant,
Iouial, vigoureux, d’humeur vrayment ſanguine,
Pour eſtre deſormais ſon mignon de courtine:
Quel malheur au mary, quel plus vilain affront
Que de luy voir germer des cornes ſur le front,
Peut eſtre les Demons le prenant pour leur frere
Le voudront emmener dans l’Infernal repaire:
Les Satyres bouquins, au front haue & chenu,
Les Faunes & Syluains voyant ſon front cornu,
Eſtimeront qu’il eſt comme eux quelque Satyre:
S’approcheront de luy pour gauſſer & pour rire,
Comme vn Monſtre de tous, au doigt ſera montré,
Eſtant par le chemin d’vn chacun rencontré:
Sa femme d’autre-part , l’abhorre & le deteſte,
Le meſpriſe, le hait, le fuyt comme la peſte,
N’ayant point d’autre ſoin que de bien s’atiffer,
Se frizer, ſe farder, en habits piaffer,
Pour plaire à ſon mignon : ſans ſoucy du meſnage,
O cruelle rigueur! ô eſtrange ſeruage!
Que l’homme eſt aueuglé, qui ſe laiſſe tromper
A ce maudit Hymen qui nous vient appiper,
Le pauure mary meurt en extreme martyre,
Il languiſt peu à peu, & ſi n’oſe le dire:

20
MENIPPEE
Il deteſte en ſon cœur, & le iour & l’Hymen,
Qui premier l’arreſta dans ce faſcheux lien,
Ie croy que ſon tourment eſt aſſez meritoire,
Pour l’empeſcher mourant, d’aller en Purgatoire.
Tout droit en Paradis, il ira vray martir,
Où comme vn Penitent pour bien ſe repentir,
Peut-on excogiter plus dure penitence
A vn pauure mary, que voir en ſa preſence
Sa femme effrontément careſſer ſes mignons:
Diſsiper tous ſes biens pour leur faire des dons,
Et qui plus eſt n’oſer murmurer ou ſe plaindre,
Ains ce mal en ſon cœur, receler & contraindre,
Son cœur eſt tout enflé, de ſouſpirs & regrets,
Qu’au fonds de l’eſtomach il cache & tient ſecrets,
Il n’oſe de trauers ietter la moindre œillade,
Il contrefaict le ſain, & a le cœur malade,
Vne geſne,vn ennuy, luy bourrelle le cœur: (gueur 31,
Il ne vit qu’en mourant , & ne meurt qu’en lan-
Ne ſçait de ſes enfans, ceux qui ſont legitimes
Pour heriter ſes biens, ô deteſtables crimes!
Somme il eſt ſi comblé de triſteſſe & d’ennuy,
Qu’il inuoque la mort pour ſon dernier appuy,
Voyez en quel danger Hymen nous precipite:
Voyez combien de maux aux humains il excite,
Les gages dont il paye au ſoir ſes ſeruiteurs,
Ne ſont rien que tourmens que peines, & labeurs.
Malheureux qui luy ſert d’eſcorte & de conduite,
Malheureux ſes vaſſaux,malheureuſe ſa ſuitte,
Symboliſant l’humeur à ce Magicien.
Ce ſuperbe Pharon,Monarque Ægyptien,
Qui pour gages donnoit au ſoir les eſtriuieres
A ſes valets, recreus des peines iournalieres.
C iiij

SATYRE
Ainſi en faict Hymen en ce maudit Amour,
Que pour auoir ſeruis tant de nuict que de iour,
Ne donnent à la fin pour toute recompence,
Que mille vains trauaux,ſans aucune eſperance,
D’y pouuoir obtenir vn moment de repos:
Mais vn ſoing eternel,qui ronge iuſqu’aux os,
S’il y a pour trois iours de calme en Mariage,
Il y aura trois mois de tempeſte & d’orage.
Muſe, laiſſons icy toutes diſgreſsions.
Et pourſuyuons le fil de nos complexions.
la col-
erique.
SI la femme eſt d’humeur purement bilieuſe
Elle aura le cœur haut & l’ame ambitieuſe,
Bruſque,prompte,ſoudaine en toutes actions,
Inconſtante,legere,en ſes opinions:
Vanteuſe en ſes diſcours,babillarde,mocqueuſe,
Aſpre à ſes ennemis,prodigue & courageuſe,
L’eſprit vif,prompt, ſubtil,faſtueux,arrogant,
Fier,hautain,eſleué,quinteux,& remuant,

le me-
lanco-
liqve.
LE mary de ſa part ſera melancolique,
Humeur directement contraire au colerique:
Ceſte diuerſité de contraires humeurs
Fera naiſtre entre eux deux vn Mõſtre de douleurs:
Sa femme qui aura l’humeur preſomptueuſe,
Voudra eſtre en habits magnifique & pompeuſe,
Epriſe d’vn orgueil,qui luy boufiſt le cœur,
Luy enfle les poulmons du vent d’vne grandeur,
Voudra pour piaffer par ſus toutes paroiſtre,
Combien que de bas lieu elle ayt ſorti,peut eſtre,
Voudra pour ſes habits entrer effrontement
En toute compagnie,& parler hautement:

20 32
MENIPPEE.
Contraindra ſon mary d’vne façon rebelle,
A luy fournir habits à la mode nouuelle,
Sans preuoir ſi premier il aura le moyen
De ſouſtenir long temps vn ſi grand entretien,
Sans ſçauoir ſi ſes biens, ſa terre, ou ſon vilage ,
Pourront entretenir ce ſuperbe equipage :
Voudra des cotillons d’vn tafetas changeant,
De velours, de Damas ; ou ſatin eſclatant,
Qu’il conuient enrichir de tant de broderie ,
De bandes de ſatin pour la piafferie.
Ce n’eſt encore rien, il faut mille affiquets ,
Bagues, chaines, carquans, ceintures & bouquets,
Des bourſes au meſtier, de belles pecadilles,
D’vn relief eſclatant, de brodures gentilles ;
Les beaux gands parfumez, les eſmaillez coutteaux:
Et d’vn azur bruny, les damaſquez ciſeaux:
Les miroirs façonnez de glace de Veniſe,
L’eſuentail dentelé, les rabats à la Guyſe:
Tant de chaiſnes de geë, & tant de bracelets ,
De perles, de grenats, & de riches collets :
Tant de manteaux pliſſez d’vne eſtoffe bien teinte,
Quand la dame eſt aux champs, ou lors qu’elle eſt enceinte.
Tant de moulles friſez, de perruquez cheueux
Retors, & annelez en mille & mille neux,
Les toilettes de nuict & les coiffes de couche,
Braſsieres de ſatin, quand Madame eſt en couche:
Sans oublier encor les coëffes de velours ,
La robe de damas, auec tous ces atours :
Mais ce qui plus la met en ceruelle & en peine,
C’eſt qu’il luy faut auoir des rabats à la Reyne,
Rabats à poinct-couppé, ouuragez, dentelez ,
Empeſez, rayonnez, canelez, houppelez :

SATYRE
Des rabats à la neige, & à la franfreluche,
De beaux manchons doublez de Martre ou de peluche.
Il faut en outre auoir de ſuperbes patins
D’vn velours cramoiſi, ou de mignards multins,
D’vn marroquin violet, couleur iaune, ou pourprine,
Et en teſte porter coeffe à la lacobine.
Et mille inuentions & autres nouueautez,
Mille façons d’habits d’heure en heure inuentez,
Qui pour naiſtre à la Cour , ſource de l’inconſtance,
Ont plus de changement qu’Eurippe en apparence
N’a de flus & reflus, qui ſept fois tous les iours
Flotant & reflotant, à ſon cours & decours;
Ainſi la nouueauté des habits de la France,
A ſon flus & reflus ſans aucune aſſeurance.
LE mary qui n’eſt point bouffi d’ambition
Contrariant du tout à ſa complexion,
Auare ne voudra à ſa femme permettre
Ses ſumptueux habits , ains taſche à la remettre
Par ſes prudens diſcours , au ſein de la raiſon,
Luy diſant qu’elle veut ruiner ſa maiſon :
Luy remonſtre en douceur qu’il ne peut ſatisfaire
A luy fournir habits ſi pompeux d’ordinaire,
De la naiſt le diſcord & la diuiſion:
Car ſa femme eſtant nee à la preſomption,
Fera la ſourde oreille à toutes remonſtrances,
Continuant touſiours en ſes folles deſpences,
Sans reſpect du mary , ſans crainte de charger
De debtes ſa maiſon , ou ſa terre engager,
Ayant l’eſprit enflé d’vne vaine arrogance,
Où ſon humeur hautain la pouſſe de naiſſance.
Si le mary ne veut fournir or ou argent,

22
MENIPPEE.
Sur qu'il ſoit vſurier , auare, ou indigent,
Soit qu'il vueille empeſcher ſes fumeuſes boutades,
Ou retrancher du tout ſes ſuperbes brauades,
Soit qu'il vueille abaiſſer ſon arrogant caquet:
C'eſt alors,c'eſt alors qu'il eſt mis au roüet ,
C'eſt alors qu'on l'aſſaut de piquantes reproches:
Vilain ie ne veux plus que de moy tu approches,
Pourquoy es tu venu infidele trompeur,
Pour eſpouſe choiſir, vne fille d'honneur,
Si tu ne veux d'habits l'entretenir honneſte,
Vilain auare on deuſt te fracaſſer la teſte,
Ou deuroit en tous lieux par meſpris te ſiffler:
Si tu permets encor ma colere s'enfler,
Ie te feray ſentir ce que peut vne femme
Extraicte de bon lieu ; Ferois-tu bien ce blaſme
Ames nobles parens,par ta grand' chicheté,
Que d'abaiſſer l'eſtat deu à ma qualité?
D'y moy double vilain, ſuis-ie point auſsi digne
D'auoir de beaux habits comme noſtre voiſine,
Qui braue tous les iours en habits fort pompeux,
Bien qu'elle n'ait ſorty de ſi nobles ayeux
Comme eſtoient mes parẽs, qui d'vne race antique
Ont tins les premiers rangs dedans la Republique?
[U]n mary neantmoins luy faict iournellement
[Po]rter ſans qualité vn riche veſtement?
[Ie] dois à meilleur droict brauer autant comme elle,
[Q]ui porte ſur le front le nom de Damoiſelle:
[Tu] voudrois cependant, auare malheureux,
[R]etrancher en vilain mes habits ſomptueux.
[Q]uoy ? penſerois-tu bien, pour ta villaquerie,
[M]'empeſcher de brauer, c'eſt vne mocquerie ,
[S]i tu l'auois ſongé ie te ferois ſentir

SATYRE
De ta ſale auarice , vn faſcheux repentir.
C'Eſt au pauure mary à porter la cuiraſſe
Et le pauois de Iob, à ſi rude menaſſe,
Comme le ſeul obiect, où les traicts plus poignans
D'vne femme en fureur, ſe vont tous décochans :
C'eſt la butte & l'eſcueil ou les plus grands orages,
Les foudres d'vn deſdain, & les boüillantes rages
Des flots d'vne rigueur, viennent à ſe heurter.
On le void iour & nuict malheureux ſupporter
Mille & mille tourments, des trauaux mille & mille,
Pour accroiſtre si'l peut ſa race & ſa famille
En plus grands reuenus, mais il trauaille en vain ;
Car l'orgueil de ſa femme, & ſon humeur hautain,
Ses habits ſomptueux, & ſa deſpence folle,
Rendent de ſes labeurs l'eſperance friuolle.
O malheureux aſpect ! ô Aſtre trop fatal !
Qui dominoit alors qu'au lien coniugal
Ce mary fut conioint à ceſte ame rebelle,
Qui pour eſtre d'humeur cholerique & cruelle,
Voudra ſuperbement au logis commander,
Maſtiner ſon mary , de pres le gourmander,
Si bien qu'il n'oſera eſleuer la paupiere ,
Ou haulſer le ſourcy à ſi rude guerriere,
Qu'il ne ſoit à l'inſtant d'iniures galoppé,
Et en ſes actions iuſqu'au filet drappé :
Combien que ſon humeur arrogante & mutine
Vueille mettre à brauer ſa maiſon en ruine.
O Deſaſtré mary ! ton trop bouillant deſir
Te faict plein de douleur , repentir à loiſir!
Quoy? penſerois-tu bien à ſon humeur complaire?

23
MENIPPEE.
D'entrepriſe ſeroit trop vaine & temeraire ,
C'eſt vn ennuy ſans bout, ſans limite, vn tourment ,
Sans meſure vn labeur, ſans fin,commencement,
Qui va renouuelant, ainſi comme la roche
D'vn Ziſiphe aux enfers, ou la rouë qui tout proche,
Tourmente vn Ixion ; ou le foye renaiſſant,
Du voleur Promethé qu'vn Vautour rauiſſant
Becquette iour & nuict, ou des ſœurs Danaïdes
Le labeur infiny, des tonneaux touſiours vuides,
Ou les trop vains ſouhaits d'vn Tantale alteré,
Qui de ſoif dans les eaux ſans ceſſe eſt martiré.
AInſi vont renaiſſant les tourments & les peines,
De ceux qui ſous Hymen vont eſpuiſant leurs veines,
Et de ſang & d'eſprit, pour complaire,ô deſtin,
A l'humeur imparfaict du ſexe fœminin!
Mais laiſſons ces diſcours, ô Muſe curieuſe,
Et pourſuiuons le fil de l'humeur bilieuſe:
Acheuons en deux mots de conter au Lecteur
Le reſte des effects de ceſte fiere humeur.
Humeur comme i'ay dict , qui trop prompte & actiue
Rend la femme ſur tout aſpre & vindicatiue,
Ne reſpirant rien tant que ſe pouuoir venger,
[...]quelque meſdiſant a voulu l'outrager,
[Et] cenſurer ſes mœurs, ou ſoit que ſa voiſine
[Ne] l'ait point viſitée en faiſant ſa geſine.
[...]it qu'eſtant à l'Egliſe au ſeruice de Dieu,
[..] ayt baiſſé ſon banc , ou changé de ſon lieu,
[...]it que par vn Paſquin ou mordante Satyre
[...] elle , ou de ſes parens , on ayt oſé meſdire:
[...]it qu'on l'ait attaquée ou picquée à l'honneur,
[Ce]la la met ſoudain en eſtrange fureur,

SATYRE
Forçant ſon cher eſpoux d'vne douce nature
A venger ce meſpris & punir ceſte iniure:
Quelquefois le Mary, qui peſe ſagement
Au poids de la raiſon, ce ſoudain mouuement
Taſchera d'appaiſer ce foudre de colere
Qui bruſle à petit feu le cœur de ſa Geoliere.
Il penſe par le temps ceſte rage dompter
Luy laiſſant remaſcher ſon frain , pour luy oſter
Ceſte humeur qui la met, en fougue & en ceruelle,
Luy remonſtre en douceur, puis qu'elle eſt Damoyſelle,
Qu'vn eſprit releué, qu'vn cœur tres genereux,
Panche mille fois plus au pardon qu'vn peureux,
Que les craintifs qui ont vne ame roturiere,
Sont cent fois plus cruels qu'vne noble & guerriere.
Teſmoin ce grand Ceſar , ce Romain Empereur,
Plus enclin au pardon qu'à vengeance ou rigueur.
MAis il remonſtre en l'air,il baſtit deſſus l'onde,
Il raiſonne vn rocher,car ſa femme feconde
En humeur coleric , ſoit à droict , ſoit à tort,
Veut venger cet affront, qui la tourmente fort,
Si ſon eſpoux ne veut embraſſer ſa querelle,
Et à ſes paſsions preſter ſoudain l'aureille,
Vn diſcord tout nouueau renaiſt en la maiſon,
Ceſte femme en courroux iettera ſans raiſon,
Mille & mille brocards d'vne langue cruelle
A ſon pauure Mary, l'appellant infidelle,
Craintif, laſche, poltron, & ſans reſentiment,
Ladre, qui ne reſent ceux qui cruellement,
L'offenſent ſans reſpect, & ſon antique race.
C'eſt dommage, craintif cent fois, qu'on ne te paſſe
Les pieds ſur l'eſtomach, d'endurer en coyon

24
MENIPPEE.
De ſi laſches affrons, ſans en tirer raiſon.
Serois-tu bien, helas, ſi ladre de nature
D'endurer ſans reuenche vne telle impoſture;
Dieux ! quelle laſcheté,quelle poltronne humeur
S'empare maintenant du centre de ton cœur:
O ame de Connil, ô courage de Lieure!
Touſiours accompagné d'vne peureuſe fieure,
Qui peut peindre en ton front tant de timidité,
Qui cauſe dans ton ſang tant de ſtupidité?
Veux-tu laſche à la peur ſacrifier ta vie
Comme iadis faiſoient les peuples de Libie:
Veux-tu laiſſer fanir ta gloire & ton renom,
Engager ton honneur comme vn craintif poltrõ?
Hé quoy, voudrois-tu bien, miſerable,permettre
Qu'on nous viẽne offenſer, & l'iniure remettre?
Auras-tu bien le cœur de me voir gourmander
A mille meſdiſans, ſans ſiller ny gronder?
Ie priray mes parens qui de cent baſtonnades
Me vengeront de ceux qui me font des brauades.
LEcteur,voicy vn mal qui vient renouueler
La peine au pauure Iob,& bas luy fait caler
La voille en ce deſtroit,imitant le Pilotte 33,
Qui voyant ſur Thetis ſes vaiſſeaux & ſa flotte,
Battus cruellement des Aquillons venteux,
Baiſſe ſes voilles bas, s'expoſant hazardeux,
Au courroux de Neptun, tout enflé de l'orage,
Pluſtoſt que reſiſter à ſa bouillante rage:
Ainſi faict ce mary treſprudent & accort,
Qui pour ſage euiter vn funeſte diſcort,
Sçait baiſſer à propos les voiles du ſilence,
Sans vouloir repartir à ſi rude arrogance.

SATYRE
A ſa femme il permet de vomir ſa fureur,
Et desbonder les flots de ſa fiere rigueur ;
Mais il combat en vain auec ſa patience,
Il eſt dompté du flus de ſa perſeuerance,
Il eſt contraint, vaincu par importunité,
D'acquieſcer craintif , contre ſa volonté,
Au fougoux appetit d'vne femme en colere.
Qui en fin le conduit au gouffre de miſere,
Le pouſſe, ô fier deſtin ! par ſes ambitions
Au centre de malheurs, ou les afflictions
Viennent directement terminer & ſe rendre :
Il faut bon gré, mal gré ſa querelle entreprendre,
Soit à droit, ſoit à tort, par force, ou par trahiſon,
En duel, par appel, par mort, ou par priſon,
Il faut ſe reuencher de l'iniure mordante,
Et que ſans plus tarder ſon mary s'en reſſente,
Il faut battre ou tuer ſes faiſeurs de Paſquins,
Leſquels ont blaſonné ſes ſœurs ou ſes couſins,
Offenſé ſon honneur d'vne langue indiſcrete ;

INfortuné mary , il faut que tu t'apreſte
Contre ton naturel doux, courtois, & humain,
A mettre promptement les armes à la main
Pour vanger ceſt affront : Si c'eſt vn Gentil-homme
Faut ſe batre en duel hazardeux,d'homme à homme,
S'il arriue ( ô rigueur ) qu'en ce combat douteux
Il tuë ou ſoit tué, quel malheur à tous deux !
Si ſa partie à droit, d'vne Eſpagnolle lame,
Aux ombres Stygieux, faict deſcendre ſon ame,
Quel deſaſtre hé bons Dieux ! quel plus grand deſeſpoir,
Quel plus grand creue-cœur pourra ſa Dame auoir,
Ayant par ſon orgueil & ſuperbe nature,
Mis ſon

25
MENIPPEE.
Mis ſon fidelle eſpoux dedans la ſepulture,
Qui peut eſtre à laiſſé pluſieurs petis Enfans.
Dont le plus grand d'entre-eux n'aura attaint ſix ans.
Orphelins ſans ſupport priuez de leur cher Pere,
Par l'humeur arrogant de leur cruelle Mere:
Si d'auenture auſsi il tuë & ſoit vaincœur,
Il ne peut euiter vn funeſte malheur,
S'il eſt prins il perdra honteuſement la vie,
Eſtant par vn Bourreau ſur l'eſchafaut rauie,
Ou bien il donnera comme Eueſque des chans,
La benediction de ſon pied aux paſſans,
En hazard de garder les trouppeaux à la Lune
Comme vn Berger de nuict , choſe bien importune:
S'il franchiſt ce deſtroit,il perdra ſes moyens,
Laiſſant pour appoincter ſes enfans indigens.
Contemplez donc,Lecteur,en combien d'infortunes
Tombe vn pauure mary pour les quinteuſes Lunes
D'vne femme enragee & pleine de fureur:
Quel deſaſtré malheur,quelle tragique horreur
Produit ce fier Hymen , ce cruel mariage,
Vray Tyran des humains , le bourreau de noſtre aage!
MVse ceſt trop tardé ſur ce tableau d'humeurs,
Il faut ailleurs mes-huy employer tes couleurs,
Si quelque place au blanc reſte dedans la toille,
Tire pour abreger par deſſus vn grand voille:
Car qui voudroit du tout ce grand tableau remplir,
Pinceaux, huyle, & couleurs viendroient à deffaillir,
Netoy' donc tes pinceaux,pour derechef pourtraire
Vn tableau tout nouueau, qui puiſſe ſatisfaire
Au Lecteur curieux, & ſon œil contenter.
Il faut premierement Muſe repreſenter.
D

SATYRE
D'vn traict bien adoucy, le plan & les ombrages,
Les racourciſſemens, le relief, les paiſages
De ce ioug eſpineux,de ce fatal lien,
Plus eſtroit mille fois que le nœud Gordien34.
Nous auons ia depeint les humeurs qui diuerſes,
Cauſent aux mariez mille & mille trauerſes.
Figurons donc le choix par les affections,
Si femme vous prenez pour ſes poſſeſsions,
Ou ſi vous l'eſpouſez Pauure & Neceſsiteuſe,
Ou Laide en cramoiſi, difforme, & deſdaigneuſe,
Ou ſi vous recherchez vne exquiſe beauté,
De toutes vous aurez mainte incommodité,
Vne rare beauté la rendra ſoupçonneuſe,
Superbe les moyens,la laideur odieuſe;
La pauure vous contrainct d'endurer mille maux,
Peines, ennuis, ſoucis, & angoiſſeux trauaux.
Commençons aux malheurs qui tyranniſent l'ame
Du pauure marié eſpouſant belle femme:
La
belle.
Il n'a aucun repos,vne ialouze peur
Le bourrelle ſans fin & luy glace le cœur:
Il tremble,il ſuë,il craint,il friſſonne ſans ceſſe,
S'il void vn Courtiſan parler à ſa Maiſtreſſe,
Nuict & iour il l'eſpie,il eſt touſiours au guet,
Il l'œillade,il la ſuit,ſoupçonnant qu'vn Muguet
Ne luy face l'amour,la voyant ſi tres-belle,
Ce qui le rend ſongeard & le met en ceruelle,
Car comme Iuuenal a doctement chanté,
Tres-grand eſt le debat entre la chaſteté,
Et l'extreme beauté, & rarement on trouue
Vn viſage accomply,qu'auſsi toſt on n'eſprouue
Qu'il cache dans le ſein vn impudique amour,
Se voyant careſſé tant de nuict que de iour,

26
MENIPPEE.
le & mille amans,qui d'vn pipeur langage
t rompre le nœud du Nopcier35 Mariage,
[...]cher laſchement ſa gloire & ſon honneur,
[...]expoſer en proye aux deſirs du vaincœur.
[...]remede à ce mal, Beauté eſt vne ruche,
[...]de toutes parts les mouſches & bourdons,
[...] chariuary des poëſles & chaudrons.
[...]diray-ie encor eſt vne autre Panthere,
[...]la plaiſante odeur attire d'ordinaire
[...]tres animaux,qui tous la vont ſuiuant
[...]ez de l'odeur qui d'elle va ſortant:
[...] meſme vne beauté eſt aux yeux tant aimable,
[...] amoureuſe odeur nous eſt ſi agreable
[...] chacun court apres, eſchauffé d'vn deſir
[...]ueillir par amour le ſouhaité plaiſir.
[...]n'eſt rien ſi fort, rien ſi ſainct,ou ſi ſage,
[...]ſoit attiré par vn mignard viſage,
[...]ct homme Dauid , le Sage Salomon,
[...]rt des plus forts l'inuincible Sanſon,
[...]s eſté domptez d'vne beauté exquiſe,
[...]re eſt le ſubiect dauantage on le priſe.
[...[...]] eſt vn Aymant qui attire le fer,
[...]rs plus endurcis s'en veulent approcher:
[...]n brillant Soleil qui bruſle les courages,
[...]e deceuant tout remply de cordages,
[...]z & l'hameçon des plus ſubtils eſpris,
[...]ſont engluez, amorcez & ſurpris:
[...] vne beauté qui d'aimer nous conuie,
[...] homme ſi mort qui ne reuienne en vie,
[...] cœur ſi glacé qui n'en ſoit enflammé,
[...]u ſi aceré qui n'en ſoit entamé,
D ij

SATYRE
Hermite ſi deuot, voyant ſes beautez ores,
Qui n'en perde ſoudain ſes groſſes patenoſtres :
C'eſt la Lyre d'Orphee, & le Luth d'Amphion,
Qui trainent les rochers aux airs de leur chanſon,
Ainſi les durs rochers & les ames marbrines,
Les cœurs plus empierrez, & les dures poictrines,
Sont attirez en fin de l'air delicieux,
D'vn viſage mignard qui enchante nos yeux,
Et nous tire apres ſoy par les larges campagnes.
Par les bois plus touffus , & les aſpres montagnes:
Meſme ce grand Iupin36 deuenu amoureux
Des beautez d'icy bas , en a quitté les Cieux:
Pluton laiſſe l'Enfer, pour rauir Proſerpine,
Mars mis ces armes bas pour careſſer Cyprine,
Et ſa Lyre Apollon , pourſuyuant ſa Daphné,
Neptune ſon Trident en mer abandonné,
Pour aller courtiſer ſa mignonne Amphitrite,
Mercure ſon flageol, pour ſa Nymphe Carite.
Tous de ceſte beauté regardent l'Orient
L'aiguille de nos cœurs, touchee à ceſt Aymant,
Vers ce Pole luyſant leue touſiours ſa pointe,
A vn ſi beau ſubiect chacun donne vne atteinte:
Bref l'importunité de tant de coups diuers ,
Mettent à la parfin37 vne femme à l'enuers;
Qui de ſa part eſtant d'autre chaleur touchee
Que celle de Phœbus, ſe voyant recherchee
De tant de ſeruiteurs,de mignons perruquez,
De ieunes Adonis, poudrez, frizez, muſquez,
Propres, leſtes, gaillards, en habits magnifiques,
Et qui ſçauent d'Amour les ruſes & pratiques,
Les paſſages, les traicts, & les doctes leçons
Du liure Paphien,les vns vſent de dons

27
MENIPPEE
[...] riches preſens:les autres par priere,
[...]ez d'vne beauté ſi rare & ſinguliere,
[...]ont de gaigner vne place en ſon cœur,
[...] faict la reueſche,& vſe de rigueur:
[...] la longueur du temps,& la perſeuerance,
[...]erſent en fin ce rocher de conſtance,
[...]ont ſuccomber au plaiſir amoureux,
[...] de l'Archerot les brandons & les feux,
[...] touſiours au cul,& la puce à l'oreille,
[...]la pique ſouuent & ſon ame reſueille,
[...] luy faire gouſter les gratieux diſcours,
[...]ignards baiſers,de ces mignons d'amours
[...] l'eſcueillir plus prõpte & plus ſoudaine,
[...]t vne iument oyant cribler l'auoine,
[...]eune Eſcollier au ſon de ſon quartier,
[...]ns la bourſe bruit és mains du meſſager:
[...]de force en nous la viue batterie,
[...]ons du diſcours vers vne ame cherie,
[...]s d'vne beauté qui pleine de douceurs,
[...]egard de ſes yeux captiue tous les cœurs,
[...] forge d'Amour ou s'acerent les fleſches,
[...]t dedans nos cœurs mille cruelles breſches:
[...]ui cachent le feu, capable d'enflammer
[...]rs plus englacez les conuiant d'aymer,
[...]ui chargez de traicts vont à la picoree,
[...]es & des cœurs pour en faire curee
[...] diſcretion; & vouloir l'empeſcher,
[...]ouloir vn grand Pin des ongles arracher:
[...]x ſourds enſeigner, la nombreuſe Muſique
[...]ueugles monſtrer des peintres la pratique.
[...]ſtoſt on verra, les celeſtes flambeaux
[...] dõner leurs cœurs: Pluſtoſt dedans les eaux

D iij

SATYRE
Se nourrira le feu contraire à ſa nature:
Pluſtoſt le corps viura priué de nourriture:
Pluſtoſt le chaud Eſté ſe verra ſans moiſſons,
Le Printemps ſans ſes fleurs,l'Hyuer ſans ſes glaçõs:
Que d'empeſcher iamais vne meſchante femme
D'accomplir ſes deſſeins ſentant d'Amour la flame,
Depuis qu'elle a laſché la bride à ſes deſirs,
S'abandonnant du tout en ſes laſcifs plaiſirs:
Il n'eſt mary ſi fin,que fine elle n'affine,
S'il a quelque ſoupçon;elle eſuente la mine
Lors qu'elle a prins plaiſir auec ſon ſeruiteur:
Ce iour meſme au mary elle vſe de douceur,
Luy taſte le menton,lui frize les cheueux,
Lui baizotte le front , & la bouche & les yeux,
D'vn ſouſpir addoucy contre faict la ſucree,
La pudique,la chaſte,& femme reſſerree;
Feignant d'auoir l'Amour & ſes ieux â meſpris,
Et deteſtant ſur tout les esbats de Cypris:
Alors le ſot mary s'eſtime vn vray Helie,
Rauy dedans les Cieux,ayant femme accomplie
Et parfaicte en beauté ; Mais le Faulcon niais,
Le Tiercelet de ſot,ne ſçait de quelque biais,
Ny de quelle façon les femmes ſe gouuernent,
Et de quels vains appas leurs maris enſorcelent,
Charmans ſubtilement d'vn Philtre mielleux
Les eſprits plus ialoux,& les plus ſoupçonneux.
Si le mary ruzé,par ſes ſubtiles ruzes,
Deſcouure ſes amours,elle aura mille excuſes,
Capables de tromper le mary plus ruzé,
Plus madré,plus accort,plus fin,& aduiſé,
Tant ce ſexe peruers apporte d'artifice,
Pour bien couurir ſon ieu,& maſquer ſa malice,

28
MENIPPEE.
Se ſeruant à propos de mille inuentions,
Mille traicts deſguiſez , mille deceptions,
Du depuis que l'Amour,en ſon cœur a prins place
Il n'eſt plus de beſoin de fueilletter Boccace,
Bouquiner l'Amadis,conſulter l'Aretin,
Rechercher les ſecrets,compoſez par Courtin,
Pour ſçauoir du meſtier,les ruzes & fineſſes,
L'Amour enſeigne aſſez ſes ſubtiles adreſſes,
Il rafine l'eſprit pour vſer finement,
Du preſſement du pied,du ſecret maniment,
De la main de l'Amant,il enſeigne les formes
Des caracteres peints ſelon les Aſtronomes,
Il donne les aduis des habits de Faquin,
De poullier l'Amant dedans vne manequin
En habit deſguiſé,& ſi cela n'accorde,
Se ſeruir à propos des eſchelles de corde:
Prendre aſſignation au dictame amoureux,
Sans encre,ſans papier,d'vn ſeul traict de ſes yeux.
Et ſi l'on eſt contrainct d'enuoyer d'auenture
Le poullet à l'Amant, bien couurir l'eſcriture,
De ſel Ammoniac,deſtrempé dedans l'eau,
D'ambre-gris,& Mercur,ou du ſecret nouueau,
De l'alun emplumé,ioinct au ſang de Rubettes,
Pour du Poullet eſclos couurir les aiſlerettes;
L'enuoyer bien taché dedans vn baſton creux,
Ou bien dans des paſtez fort artificieux:
Tantoſt les enuoyer dedans de confitures ,
Tantoſt dans vn drageoir, ou aux entrelaſſeures
D'vn beau bouquet de fleurs,ſecret aſſez caché,
Eſtant du ſeul amant a la Dame arraché;
Tantoſt les enuoyer dans des pommes de cire,
Tantoſt dans vn œillet,quelquefois ſans eſcrire:
D iiij

SATYRE
Faire entendre à l'Amant par diſcours bien cou- 38
Repris tout à rebours & couſus à l'enuers, (uers,
Le temps, l'heure,& lieu,pour en toute franchiſe
Iouyr de leurs amours ſans crainte de ſurpriſe,
Meſnager à propos l'abſence de l'eſpoux,
Pour l'employer du tout en leurs esbats plus doux.
Les yeux vrais meſſagers & truchemens de l'ame,
Sont les fins maquereaux pour exprimer la flame,
De nos conceptions deſsignants ſans ſoupçon,
D'vn traict bien decoché, vne aſsignation.
C'eſt le cadrã des cœurs,dont l'aiguille & la mõtre
Marquent fidellement l'heure d'vne rencontre:
Bref les yeux ſont d'Amour les Poullets les plus fins
Oeilladez dextrement non pas à toutes fins,
Et mille inuentions que l'Amour leur ſuggere,
Que crainte d'enſeigner,ie ſuis contrainct de taire,
De peur que quelque iour par les charmes vaincu,
De ce fatal Hymen on ne me fiſt cocu:
Ie ne me donc icy que les ruſes groſsieres,
Dont vſent auiourd'huy les Dames boſcageres:
Non Muſe,tu ne dois deſcouurir les façons
Plus ſubtiles de l'art,quitte donc ces leçons
Des charmes de l'Amour & pourſuy ta carriere,
Pour du mary cocu figurer miſere:
Le Co-
cv ia-
lovx.
Si le mary ialoux la tient comme en priſon,
Luy deffendant expres ſortir de la maiſon,
C'eſt alors,c'eſt alors qu'vne bruſlante enuie
L'inuite de ſortir pour chercher compagnie,
Voyant que ſon mary,ſans ſubiect ny raiſon,
La retient au logis par vn ialoux ſoupçon,
Et cognoiſſant qu'il eſt de ce ialoux plumage,
Cela renflamme encor ſon amoureuſe rage,

29
MENIPPEE
Et luy faict rechercher des moyens tous les iours
De tromper ſon ialoux par nouuelles amours.
Il a beau eſpier toutes les ſentinelles,
Tous les cent yeux d'Argus, toutes les citadelles,
Tous les plus forts dongeons ne pourroyent empeſcher
Que le diable ſubtil n'entre dans ſon Enfer,
Pour hardy luy tailler de la beſongne entiere,
Qu'on nomme à cul leué, & à ſerre croupiere.
C'eſt donc vrayment en vain que le mary ialoux
Veut retenir ſa femme, & empeſcher ſes coups,
Tant plus il luy tiendra les reſnes vn peu hautes,
Luy preſſant trop le mords,plus il commet de fautes,
Semblable à l'Eſcuyer, lequel pour trop ſerrer
La bride à ſon cheual, le contraint de cabrer:
Qui bien ſagement veut vne femme conduire,
Doit imiter ſur tout vn Patron de nauire,
Lequel oyant les vents de toutes parts ſouffler,
Eſcumer l'Ocean ne ſçachant où ſingler,
Faict deſcendre aduiſé du nauire les voilles,
Laiſſant rame & tymon aux ondes plus cruelles,
Pour ceder pour vn temps au courroux de Neptune.
[P]luſtoſt que reſiſter à ce vent importun;
[S]on vaiſſeau va flottant à la mercy des vagues.
Au hazard d'encourir les venteuſes boraſques:
De meſme le mary doit ſagement laiſſer
[S]a femme en liberté ſans tant la haraſſer,
[E]xpoſant ſon vaiſſeau aux vents de cocuage,
[P]uis qu'il deſpend du tout des loix de Mariage:
[C]ocu & marié ſe ſuyuent de ſi pres,
[Q]ue lors qu'on parle d'vn l'autre s'entend apres.
[J]e les mets donc tous deux en la Cathegorie
[D]e la relation; faiſant allegorie;

SATYRE
Et rapport principal aux traicts d'vne beauté,
Qui ſous le ioug Nopcier39 remply de cruauté,
Nous tient comme forçats attachez à la rame,
Voyez donc quel malheur d'eſpouſer belle femme,
Il penſe s'eſiouyr dans le lict coniugal
Auec ceſte beauté,cependant vn Riual,
Vn galuret friſé, vn mignon de couchette,
Luy plante finement des cornes ſur la teſte,
Le faict vray Marguillier de ſainct Pierre aux Bœux40,
Où de ſainct Innocent Confraire bien-heureux41:
Sa femme d'autre part comme vne autre Diane
En faict vn Acteon, tandis qu'elle ſe baigne
Et ſe plonge dans l'eau de ſes contentemens,
Luy met changé en Cerf, vne meute de chiens,
De meſdiſans mocqueurs pour luy faire la chaſſe,
Et le faire abayer à vne populaſſe.
Qui a veu quelquefois vn malheureux Renard
Dans le piege attrapé,tout honteux & couard,
Agaſsé,piaillé,de Guays, & de Corneilles.
Il void noſtre Cocu, eſtonné à merueilles
De ſe voir agaſsé, & mocqué en tous lieux,
Baffoué, maſtiné, ſiflé, iuſques aux Gueux:
Il eſt plus deſcrié que la vieille monnoye,
Chacun le mlaceenſtre au doigt en paſſant par la voye.
La honte & le deſdain luy faict baiſſer le front,
Voyant de toutes parts chacun luy faire affront.
On luy demande bas s'il n'entre point en fiebure,
Que dommage ſeroit qu'il fuſt changé en Lieure,
Que les cornes au front luy conuiennent ſi bien,
Qu'Idole il ſeruira au temple Delien
A l'autel Ceraton, tout façonné de Cornes
A l'honneur des Cocus, qui receuoient eſcornes:

30
MENIPPEE.
Et mille autres brocards, que l'on luy iette au nez,
Qui luy font endurer les peines des damnez,
Le rendent tout penſif, triſte & melancolique,
Le front tout bazané, iaunaſtre, & Icterique,
Paſle,morne,plombé, cacochime,mal faict,
Cueilly, fené, ridé, hideux & contrefaict,
Viſage d'Appellant, vne mine baſtarde,
Plus baueux & craſſeux qu'vn vray pot à mouſtarde.
D'vn beau Ganimedes,& Narcis qu'il eſtoit
Il ſemble vn Therſites,en ce faſcheux deſtroit
Plus ſale, refrongné,qu'vn Vſurier auare,
Terreux, affreux, hideux comme vn ſecond Lazare
Reſſuſcité des morts, tant a de force en nous
La triſteſſe qui vient, d'eſtre Cocu ialoux:
Bref il ſemble à le voir vn Nocturne Fantoſme,
Haue, maigre, & deffaict ainſi qu'vn ſainct Hieroſme.
D'vn Paradis heureux de douce liberté,
Il entre en vn enfer remply d'obfcurité
Et des ennuis ſans fin, en des iours ſans lumiere,
En des nuicts ſans ſommeil, au comble de miſere,
Le pourtraict racourcy, des plus aſpres tourmens
Qu'vne ialouze peur donne à nos ſentimens,
N'y ayant rien çà bas qui tant nos ſens bourrelle,
Tiraſſe nos eſprits d'vne geſne cruelle.
Que lors que nous perdons & les biens & l'honneur,
Cruelle cruauté, rigoureuſe rigueur:
Qui rend noſtre Cocu matagrabolizé,
L'entendement perclus, l'eſt rit deualizé,
Plus eſtonné cent fois que les fondeurs de cloches,
Ou les Loups attrapez aux pieges & amorches:
C'eſt vn vray ſainct Mary,le patron de ſainct Pris,
Qu'vne fiere beauté à laſchement ſurpris.

SATYRE
S'il ſçait bien qu'il eſt ſot,& malheureux l'endure,
Il eſt vn vray Martyr; s'il ne ſçait l'encloueure
Vn Iobez tres-parfaict, vn pur ſainct Innocent42,
Vn Buſard,vn niais,priué d'entendement,
Mais on tient les Martyrs eſtre plus ordinaires
Sous le nopcier43 Hymen; C'eſt pourquoy nos prieres
S'adreſſeront à eux pluſtoſt qu'aux Innocens,
Qui pour eſtre priuez de ceruelle & de ſens
Ne ſouffrent les ennuis,& la peine cruelle
Qu'endurent les Cocus qui ont plus de ceruelle,
Ils ſont plus ſenſitifs aux traicts d'vne douleur
Que ces pauures niais, qui viuent ſans honneur.
Laiſſons donc ces Buſards pour parler du martire
D'vn auiſé cocu , qui ſans ceſſe ſouſpire,
Comme tout eſperdu, il ne ſçait que penſer,
De quel coſté tourner,ny ſur quel pied danſer,
A qui auoir recours, de quel bois faire fleſches:
Quel Baulme recouurer pour guarir tant de breches
Et de coups acerez qui luy naurent le cœur:
Bref il en eſt logé chez Guillot le ſongeur,
Il tient,comme l'on dit,le Loup par les aureilles44,
Et ne ſçait à quel ſainct preſenter ſes chandelles,
Il n'a recours en fin qu'aux larmes & aux pleurs,
Afin d'eſuentiller ſes cuiſantes douleurs.
Il deplore attriſté la faute qu'il a faicte,
D'auoir choiſi pour femme vne Putain parfaicte,
Inuoquant,coniurant ſix genres principaux
De ces Cacodemons qui ſont dedans les eaux,
Qui habitent les airs , dans le feu,ſous la terre,
Incubes,Feu volans, poſtillons du tonnerre,
Pour eſtre les teſmoins de ſa calamité,
Criant,deſeſperé, en ceſte extremité.

31
MENIPPEE.
Deſaſtre infortuné, deſaſtree infortune,
O Aſtre trop peruers ! ô quatrieſme Lune
Qui dominoit au Ciel alors que ie fus né,
O Tetrigone aſpect, ô poinct infortuné,
O Ciel,ô Terre,ô Mer, eſclairs, tonnerre,foudre,
Couurez, engloutiſſez, noyez, mettez en poudre
Ce pauure malheureux : venez Tygres felons,
Lyons,Ours,Leopards,& vous affreux Dragons
Vous paiſtre de mon corps, de mon ſang qu'on s'en yure,
Puis que ceſte beauté , en qui ie ſoulois viure,
N'eſt plus qu'vne putain; non, non, ie veux mourir.
Pluſtoſt que voir l'honneur de ma maiſon perir!
O dure cruauté! ô deſtin deplorable,
O eſpoux affligé, ô amant miſerable!
La fable & le Zany du populaire vain,
La butte,le ſubiect,& le Paſquin Romain,
Ou les traicts plus poignans de toute calomnie
Se viennent deſcocher en toute compagnie.
Quel pauois aceré,rondache ou fort bouclier
Pourroit parer ſes traicts? puis qu'il trouue en l'eſcler
Des brillantes beautez de ſa perfide Dame,
Le foudre rougiſſant qui ſaccage ſon ame:
S'il a quelques enfans il void qu'à toutes mains
On leur va reprochant qu'ils ſont fils de Putains,
Peut eſtre ſont ils faicts de dix ou quinze Peres
Comme ceux d'Harlequin,eſtranges vituperes.
En fin,cil qui s'allie à vne grand beauté
Court riſque d'eſtre ſot,cela eſt arreſté,
Il peut bien s'aſſeurer ſi ſa femme on ſuborne
Qu'il entre de Libra dedans le Capricorne,
De libre qu'il eſtoit il ſe rend priſonnier,
Et ſe figure au front vne Lune en quartier:

SATYRE
S'en garde qui voudra, quiconque la prent belle
Eſt en hazard d'auoir vne corne en ceruelle
C'eſt l'aduertiſſement des Bouchers bien appris,
Qui conduiſant leurs bœufs par les ruës de Paris,
Craignans bleſſer quelqu'vn ſi quelque bœuf s'eſgare,
Vont crians aux paſſans , Gare la corne, gare.
la lai-
de.
SI vovs la prenez laide, en passe
cramoisy,
Vous aurez au logis touſiours vn pain moiſy,
Vn pain ſans appetit, vn pain qui vous deſgouſte,
Faſcheux à digerer, dont la noiraſtre crouſte
Cauſe à voſtre eſtomach vn deſir de vomir,
Vn laſche deſuoyment, vn eſtrange dormir
Plein de ſonges hideux, repreſentans à l'ame
Le difforme pourtraict d'vne ſi laide femme.
Quel plaiſir aurez-vous pres de ce laideron,
Qui de ſon ſeul regard rebouchera l'eſpron
De vos plus chauds deſirs, & fera que la poincte
De vos affections n'aura plus nulle atteincte;
Si voſtre naturel vous met trop en humeur,
Il faut bon gré, mal-gré, attendre l'eſpeſſeur
De la prochaine nuict,crainte que ſon viſage
Si difforme & ſi laid l'affoibliſt le courage,
Et n'amortiſt le feu de voſtre chaude ardeur,
Penſant prendre plaiſir vous mourrez en langueur
Pres de ce noir charbon : ceſte femme hideuſe
Qui enroche les cœurs comme vne autre Meduſe:
Quel tourment au mary, bien preſsé de la fain,
N'auoir peu s'aſſouuir que ce rigoureux pain
Plein de paille,areneux, ſi rude & ſi eſtrange,
Qu'en fin il eſt contraint d'auoir recours au change,

32
MENIPPEE.
Et chercher autre part vn pain pour r'agouſter
Ses appetits perdus,& ſa fin contenter:
S'il eſt tres-deſireux des esbats de Cythere
Il ne peut s'aſſouuir de ſi maigre ordinaire,
L'Amour le force donc à laiſſer le pourtraict
De ſa femme,qui n'a ny grace ny attraict
Pour aller courtiſer vne plus belle face,
Dont les attraicts mignards,le maintien & la grace,
Et les trompeurs apas,l'ont ſoudain alleché,
S'eſtant venduë à luy, peut eſtre,à bon marché,
Pour n'auoir acheté que le cul de la beſte,
Qui vaut en ce meſtier,beaucoup mieux que le reſte;
Si bien qu'il eſt content d'auoir à ſi bas pris
Vne ieune beauté, qui faict honte à Cypris,
Deſirant à iamais ſacrifier ſa vie
A l'autel des beautez d'vne ſi belle amie,
S'eſclauer dans les rets de ſes diuins cheueux,
Et captiuer ſon ame aux cachots de ſes yeux:
Toute nuict en ſes bras auec elle il folaſtre,
S'eſtant de ſes beautez rendu comme idolaſtre.
Il ſe mire au criſtal d'vn viſage ſi beau,
Qui ſemble vn Cygne doux pres de ſon noir Corbeau
Sa femme d'autrepart, comme Lune eclypſee,
Des rais de ſon Phœbus, ſe voyant meſpriſee,
Et deſcheuë en ſes droicts, rempliſt l'air de ſes cris
Et de larmes ſes yeux, ſçachant qu'vne autre a pris
Sa place, & maintenant iouïſt des ambaſſades
Des amoureux baiſers,des douces accollades
De ſon pariure eſpoux, qui la faict ſouſpirer,
S'arracher les cheueux, & ſe deſeſperer,
Voyant que ſon Mary Adultere,infidelle,
Trop laſcif entretient vne ieune pucelle,

SATYRE
Relique du conuent de dame du Moulin,
Qui deſtorne le cours de l'eau de ſon moulin,
Qui chome plus ſouuent, ſi bien que ſa tremie
N'a receu de long temps ſemence ny demie.
Laiſſant auſsi tomber en friche ſon terroüer
Tout aride & tout ſec, pour aller cultiuer
Celuy de ſon voiſin,beaucoup plus aggreable,
Plus plaiſant au labeur, plus gras & delectable,
Arriuant rarement ſans miracle nouueau,
Qu'on voye aucun s'yurer du vin de ſon tonneau,
Qui n'eſt iamais ſi doux ; allegeant pour excuſe
Qu'il eſt trop vieil perſé, ô la plaiſante ruze!
En ſomme l'Eſcuyer eſt du tout deſgouſté
De monter la caualle, ayant d'autre coſté
De ſuperbes Courſiers, de bons genets d'Eſpagne,
Qui faict que de picquer ſa Mazette il deſdaigne,
Propre tant ſeulement pour vn vil Palfrenier ,
Non pas pour vn galant & adextre Eſcuyer:
En fin il eſt contrainct laiſſer ſon haridelle,
Qui ne dort comme on dit, touſiours en ſentinelle,
Ou bien ſi le roſty: Mais monſtre aux actions
D'auoir touſiours aymé la folie aux garçons,
Et le ieu de Millan, ſemblable à la pierre
D'Abeſt en Arcadois, qui à iamais enſerre,
La chaleur qu'vne fois elle a pris en naiſſant,
Ainſi ce noir charbon conſerue vn feu cuiſant
Au profond de ſon cœur, allumé de naiſſance:
Et puis le vermiſſeau de la concupiſcence,
Et le Demon charnel ſoufflant dedans ces feux,
R'enflamme en vn inſtant ce braſier amoureux:
la laide
ialovze.
Ne faut donc s'eſtonner,ſi vne humeur ialouze
Conſomme plein d'ardeur le cœur de ceſte eſpouze,
Et

33
MENIPPEE.
Et luy faict eſuenter mille ſouſpirs ardens,
Souuent rage du cul paſſe le mal des dens.
Ce n'eſt donc ſans ſubiect ſi on l'entend ſe plaindre,
Ores par mille attraits inuiter & contraindre
Son deſgouſté mary aux esbats amoureux,
Mais en vain; car il eſt vne glace à ſes feux,
Elle a beau deſguiſer en ſaulce delicate
Sa mal plaiſante chair ſi ſon mary en taſte,
Elle a beau l'exciter pour le mettre en humeur,
Ayant ailleurs verſé ſa cinquieſme liqueur,
Iuſqu'au fonds de la lie, & ioue de ſon reſte:
Si bien qu'au conquerant il ne peut faire feſte.
Ce qui l'a faict mourir,mille fois ſans mourir,
Viuoter languiſſant, & viuante languir,
Lanceant à tous momens vn foudre de colere
Contre ſon fier mary, l'appellant Adultere,
Ores l'adouciſſant de mielleux diſcours
Penſant le deſtourner de ſes folles amours,
Qui la rendent ſans fruict, ſterile, ſeiche & maigre,
Et qui le plus souuent en humeur luy font perdre
Mainte bonne eſcluſee à faute de Muſnier,
Et les ſaulſes qu'ailleurs verſe ſon Cuiſinier.
Mais ſes ſucrez diſcours, ſes paroles de crime,
[F]ont des coups au mary fourrez de vieille eſcrime:
Des Chimeres en l'air, des Cocſigruës en mer,
[C]ar il ne peut iamais ſon laid viſage aymer,
[C]harmé ailleurs des traicts d'vne beauté exquiſe,
[Q]ui faict qu'il ne veut plus auec elle auoir priſe,
Aſſouuir ſes deſirs , contenter ſes deſſeins,
[C]ommuniquer ſon droict, produire ſes teſmoins,
[E]lle a beau appeller ou preſenter requeſte,
[S]on Arreſt aura lieu, qu'il ira à l'enqueſte
E

SATYRE
Ailleurs ou il voudra, qui met en ceſt endroit
La Dame au deſeſpoir, ayant perdu ſon droict.
C'eſt alors qu'Erimis la mere de diſcorde,
Chaſſe de leur maïſon la paiſible concorde,
Pour allumer le feu de la diuiſion,
Et ſouffler les Autans de la ſedition,
Leſquels germent entr'eux vne ialouze rage,
Peſte de vrays Amans conioints par Mariage,
Gangrene de l'Amour, chancre de l'amitié,
Fontaine de malheurs, ſource d'inimitié:
Inimitié qui rend vne femme infidelle,
Taſchant par tous moyens de rendre la pareille
A ſon friand mary, lequel tout deſgouſté
Ailleurs qu'en ſon endroict cherche ſa volupté,
Luy faiſant volontiers le reproche ſemblable,
Que fit vn certain Loup,trouuant dans vn eſtable
Quelques frippons Bergers qui mangeoient vn Aigneau,
Quand il leur dit Meſsieurs, qui pillez le troupeau.
Hé!quel bruit feriez-vous, ſi parmy les cachettes
Ie faiſois maintenant ce que hardis vous faictes;
Ainſi diroit la Dame à ſon pariure eſpous,
Qui feroit neantmoins comme luy de bons coups,
Si elle auoit moyen pour ſon change luy rendre,
S'il achete la chair, il l'a contrainct d'en vendre,
Mais difficilement; malheur eſt que beauté
Deffaut ſouuent à cul de bonne volonté:
Quel remede à couurir ce deffaut de nature,
Noſtre Laide à recours à l'art de la peinture,
Compoſant quelque fard pour ſe plaſtrer le front,
Sa face deſguiſer comme les Garces font,
Alambiquant des eaux pour lauer ſon viſage
De Lys, de Nenufar, de Concombre ſauuage,

34
MENIPPEE.
De Febues, de bouillon, & de ius de Limons,
Graine de Pſyllium, ſemence de Melons,
Pour effacer du teint les taches apparentes,
Ores dreſſant vn fard de drogues differentes
De poudre de Boras, de Camfre & de Ceruſe,
D'huille de Talc, de Ben, & Myrrhe dont on vſe,
D'vn peu de blanc de Plomb, & d'Alum emplumé.
Puis pour donner aux iouës vne couleur vermeille,
Repreſentant au vif la couleur naturelle,
Noſtre laide ſçait bien de Santal rouge vſer,
D'orcanette & Breſil pour la bien deſguiſer:
D'eſpagnol Vermillon en eau alumineuſe
Pour rendre vne couleur vermeille & gracieuſe.
Noſtre Laide en apres pour rendre ſes cheueux
Groſsiers,gras,morcuirez,noiraſtres & lenteux,
A mille inuentions ſe monſtre tres-actiue,
Se ſeruant dextrement de certaine lexiue
De la fleur de Geneſt, Capilli-veneris,
De la cendre qui vient des racines d'Hyerre;
Des razures de Boüis & de fiel de terre45,
Meliſſe, Cetherac, eſcorce de Lupins
Pour rendre ſes cheueux plus deliez, plus fins,
Iaunaſtres, chaſtenez,ou de couleur Citrine,
Semblables aux cheueux de la douce Cyprine:
Frizez, creſpillonnez, frizottez, creſpillez,
Ondelez, perruquez, retors & annelez,
Cendrez, poudrez, muſquez de poudre de violette:
Beniouin & Storax, Ambre-gris & Ciuette,
E ij

SATYRE
Si qu'allant par la ruë elle laiſſe en paſſant
De ſon chef parfumé vn odeur doux-flairant:
En ſomme il fait bon voir l'Idole reuernie,
Et replaſtree à neuf la face bien garnie,
D'artifice & de fard de ſubtiles façons,
Et d'attraicts deſguiſez pour gaigner des mignons:
Mais en vain tous ſes fards: ce ſubtil artifice
Ne peut ſi bien couurir de nature le vice,
Qu'il ne paroiſſe en fin, elle a beau s'atiſſer,
Pinceter ſes ſourcils, ſe farder, piaffer,
Faire bien les doux yeux, aller à l'eſcarmouche,
Des ames & des cœurs, bailler l'eau à la bouche,
Tenter tous les moyens de gaigner vn Amant,
Pour rafraiſchir ce feu qui bruſle ſon deuant,
Exciter l'appetit, marcher à la i'en-cherche,
Pour attirer quelqu'vn qui d'amour la recherche,
Mais perſonne n'en veut; encore que ſon teinct
Iaunaſtre & bazané ſoit ſubtilement peint:
Sa hideuſe laideur luy ſert d'vne deffence,
Aucun n'eſt ſi oſe de prendre l'aſſeurance
Que d'aſſaillir ce fort; C'eſt vn ferme rempart
Qui va deſcourageant le Cyprien ſoldart,
De liurer vn aſſaut à ſi faſcheuſe breſche,
Ou deſcocher dedans ſon amoureuſe fleſche:
C'eſt vn maſche-coulis, le haut garde le bas,
Et empeſcher d'aller aux amoureux combats.
Helas!que fera donc la pauure infortunee,
Qui n'euſt iamais penſé cuire en ceſte fournee:
Quel ayde,quel ſecours, pour appaiſer ce feu
Qui la va conſommant, & bruſle peu à peu
Le centre de ſon cœur d'vne amoureuſe flame,
Qui luy fera bien toſt ſans ſecours rendre l'ame:

35
MENIPPEE.
Courage,il faut trouuer quelque bon pouſſauant,
Quelque faquin valet,ou palfrenier puant,
Flairant,ſentant de loin le parfum de l'eſtable,
Ou l'odeur du bouquin faſcheux & deteſtable,
Quelque gros halfeſsier & lourdaut amoureux,
Muny aſſez d'humeur pour eſteindre ſes feux;
Noſtre laide à la fin trop laſche s'abandonne
A vn pauure valet qui tres-bien la bouchonne
Sous le ventre & par tout: il l'eſtrille à plaiſir,
Aſſouuiſſant ainſi ſon amoureux deſir
Entre les bras puants d'vn garçon d'eſcurie.
Qui ſçait bien appaiſer ſa plus chaude furie,
Et refrener vn peu ceſte amoureuſe ardeur
Qui redouble ſon pouls, & la met en humeur,
L'inuitant deſormais de labourer ſa vigne :
Mais ce garçon voyant ceſte laideur inſigne,
Ne veut plus trauailler en ſi laid attelier,
(S'il n'eſt tres-bien payé) on a beau le prier,
Il ne veut plus iouer ſinon argent ſous corde,
La Dame oyant cela, contrainte luy accorde
Des gages tous les mois , afin d'entretenir
Son cul de volupté, & ce ieu maintenir.
Voyez comme touſiours la laideur on deteſte,
Penſant vendre ſa chair, il faut qu'elle en achette:
Vn malotru valet, vn coquin Palfrenier,
Pour luy donner plaiſir ſe veut faire payer.
Quel malheur hé bon Dieu,quel eſtrange meſnage,
O deſaſtré mary, ô faſcheux Mariage!
Ils ſont contraints tous deux, eſtrange affliction,
D'achetter de la chair pour leur prouiſion,
Eſpoux infortuné ta Meduze hideuſe,
Ta laide en cramoiſi, ta noiraſtre craſſeuſe,
E iij

SATYRE
Te crayonne auſsi bien ſur le front vn Croiſſant,
Qu'vne extreme beauté que l'on va courtiſant:
Ton ame neantmoins n'en eſt point plus ialouze,
N'ayant iamais aymé vne ſi laide eſpouze,
Pour auoir autre part mis tes affections
Source de tant de maux & de diuiſions.
Voyez donc quel danger d'eſpouſer femme laide,
Tous deux ſont à l'emprunt,tous deux cherchent de l'aide,
L'vn ayme vne putain, & l'autre vn palfrenier,
L'vn le faict au bordeau,l'autre pres d'vn fumier:
L'vn le faict hardiment, l'autre le faict en crainte:
L'vn le faict librement, & l'autre par contrainte:
L'vn le faict en ſecret, & l'autre ouuertement,
Tous deux prennent plaiſir au prix de leur argent,
Tous deux ſont en hazard,aux bordeaux & eſtables,
De gaigner par argent le Royaume de Naples,
La Duché de Surie,au coin des refondus,
L'Iſle de Claquedant,au climat des perdus,
Sans oublier encor la Compté de Bauiere,
Marquiſat de Tremblé,Pelade, & Boutonniere.
Conſiderez Lecteur,qu'elles ſucceſsions,
Royaumes,Marquiſats,Duchez,poſſeſsions
Heritent ſes Amans, vrays ſoldats de Cyprine;
Leſquels vont s'abyſmans au gouffre de ruyne,
Qui cauſe ces malheurs au deſaſtré mary,
Qui peut eſtre mourra de verolle pourry,
Sinon d'auoir choiſi vne ſi laide femme.
Qui la contrainct bruſler aux rais d'vne autre flamme,
Pour auoir espouſé vn viſage hideux
Il ſe void à la fin chetif & malheureux,
Priué de tout plaiſir, veuf de toute lieſſe,
Captif dans les liens d'vne laide maiſtreſſe,

36
MENIPPEE
Qui ſous le ioug Nopcier46 le tient encheueſtré,
Ne pouuant que par mort en eſtre deſpetré:
Et croy que ſi encor la couſtume eſtoit telle
Qu'entre les Chaldeens , dont l'eſpouze nouuelle
Eſtant conduite au ſoir au logis de l'Amant,
Le Preſtre deuant tous alloit lors allumant
Le feu Nopcier47 ſacré,qui ne deuoit eſteindre
Qu'on ne veiſt à l'inſtant leur mariage enfreindre,
Si que les mariez auoyent la liberté
De ſe remarier en tout ſeureté,
Ailleurs ou ils voudroient,la flamme eſtant eſteinte,
Noſtre ennuyé mary ſans aucune contrainte,
Euſt-toſt ietté de l'eau pour ce feu amortir,
Et diſſoudre ce nœud qui le faict repentir,
Ayant laſche eſpouſé vne ſi laide Cheure ,
Dont les noires vapeurs luy cauſent vne fieure
Qui le faict horribler & friſſonner de peur,
Conſiderant de pres ſa difforme laideur:
Laideur,iuges combien luy doit eſtre odieuſe,
Puis qu'vne grand' beauté en trois iours eſt facheuſe:
Mais le gros buffle eſt prins, comme on dit par le nez,
Le ſort en eſt ietté à chanſe & dez tournez
Ce n'eſt pas ieu d'enfant,chapitre de repriſe,
Depuis que ſous ce ioug noſtre ame ſe void priſe,
Elle peut s'aſſeurer que ceſt engagement
Nous doit accompagner iuſques au monument:
Le repentir eſt vain,toutes belles excuſes
Ont les paſles couleurs, pour neant mille ruſes,
S'imaginent apres, il faut franchir le pas
Sans dire en ſouſpirant, las ie ny penſois pas:
Mais laiſſons ces Amans deſplorer leur ſeruage,
Pour conter au Lecteur vn autre mariage.
E iiij


SATYRE
la ri-
che.
SI vovs l'espovsez riche et pleine
de moyens.
Extraicte de haut lieu & de nobles parens,
Vous vous perdez du tout,vous tõbez en vn Scylle,
En vn Carybde affreux, vn Syrte difficile,
Vous penſez l'eſpouſant auoir bien du plaiſir,
Et vous n'eſpouſez rien qu'vn faſcheux deſplaiſir,
Vous penſez l'eſpouſant viure en toute lieſſe,
Et vous mourrez viuant accablé de triſteſſe,
Vous penſez l'eſpouſant comme vn autre Ixion,
Embraſſer plein d'eſpoir vne riche Iunon,
Et vous n'eſpouſez rien qu'vne venteuſe nuë,
Qui brouille vos eſprits, & ſille voſtre veuë,
Ne pouuant rien ſortir d'vn tel accouplement
Que Centaures d'ennuis,que Monſtres de tourmẽt:
L'eſpouſant vous penſez eſpouſer vne femme,
Et vous n'eſpouſez rien qu'vne ſuperbe Dame.
Qui vous gourmandera comme vn vil ſeruiteur,
Et vous fera mourir en extreme langueur:
De libre vous voila tombé en eſclauage,
Et voſtre liberté court vn piteux naufrage,
Sur l'Ocean enflé de vents de ſa grandeur,
Qui vous abyſmeront au gouffre de malheur.
Vous penſez comme on dit, brauer en pleine foire
Chargé d'or & d'argent, comme on vous faict ac-48
Vous pẽſez l'eſpouſant auoir tout à ſouhait, (croire
Vous errez au calcul,voſtre compte eſt mal faict:
Amy vous vous trompez, vous cõptez ſans voſtre49
Vous conterez deux fois: vogãt ſur ceſte coſte(hoſte,
Vous penſez butiner les threſors du Leuant,
Pippé d'vn vain eſpoir qui vous va deceuant:
Mais vous ne gaignez rien que reproches picquãtes

37
MENIPPEE.
Dont on va repaiſſant vos trop folles attentes.
Vous verrez quelquefois ceſte femme en fureur
Vſer en voſtre endroit d'vne eſtrange rigueur:
S'il aduient par hazard qu'vn important affaire
Où elle ait intereſt, vous ayez voulu faire,
Soit ou pour receuoir l'aquit & payement
D'vne rente amortie, à elle appartenant,
Ou ſoit que ce rembours à brauer le deſpence,
Lors elle vous repart d'vne fiere arrogance:
Quoy,maraut, penſe-tu de mon bien diſpoſer?
Eſt-ce le ſeul ſubiect qui t'a faict m'eſpouſer?
Hé quoy,voudrois-tu bien, gueux à platte beſace,
Qui faquin, és ſorty d'vne ſi baſſe race,
Selon tes appetis diſpoſer maintenant
De mes commoditez, & trencher du Rolant,
Portant habits pompeux de ſoye à chiquetades,
Ie t'empeſcheray bien de faire ces brauades
Aux deſpens de mon bien,te ſerrant de ſi pres
Le mords, que tu n'auras moyen de mordre apres.
Va t'en en Canada peſcher aux Eſcreuiſſes,
Et ne viens point icy reprocher tes ſeruices,
Tu es vn gentil ſot, ie t'ay faict trop d'honneur
De t'auoir eſpouſé, & donné ma faueur,
Tu n'auois,mal-heureux,que la cappe & l'eſpee
Comme vn Aduenturier,lors que tu m'eus trompee,
Sans moy, pauure maraut, viure tu ne pourrois:
Tu es donc trop heureux de me ſeruir cent fois,
Pour toy i'ay refuſé cinquante Gentils-hommes
[I]ſſus de fort bon lieu, qu'a preſent ie ne nommes.
Leſquels me recherchoient pour mes nobles parens,
Mon exquiſe beauté, ma richeſſe, & mes biens;
Tu deurois donc baiſer à toute heure la place

SATYRE
Ou ie poſe mes pas , t'ayant faict tant de grace
De t'auoir ſeul choiſi entre tant d'amoureux,
Eſpriſe follement d'vn amour malheureux,
Et pippee aux attraicts de tes douces blandices,
Tes appas deceueurs, tes ſubtils artifices,
Dont, fin, tu t'es ſeruy,pour gaigner ſoubs l'Hymen
Ma grace , mon amour, & iouïr de mon bien:
C'eſtoit à mes moyens qu'on vſoit de careſſe,
On courtiſoit mon corps pour auoir ma richeſſe,
Ce n'eſtoit point à moy que s'adreſſoit l'amour,
C'eſtoit à mes eſcus que l'on faiſoit la cour:
Mais las, pauure abuzé.tu n'es pas ou tu penſes,
Ie t'empeſcheray bien de faire des deſpences,
Et tourner ſi ſouuent les dez à mes deſpens,
Banqueter tes amis ainſi que tu pretens,
Trencher du liberal en toute compagnie,
Ayant de mes eſcus la bourſe bien garnie,
Iouër,boire d'autant, folaſtrer en tous lieux,
Piaffer tous les iours en habits ſomptueux,
I'auray toſt arraché ceſte folle eſperance,
Te tenant de ſi prez l'argent & la finance,
Que tu n'auras moyen d'accomplir tes deſſains,
Si tu m'y veux forcer tes efforts ſeront vains:
Ie ſçauray bien dompter ceſte fougue Eſpagnolle
T'oſtans auec l'argent le cœur & la parolle;
Qui demeure eſperdu,immobile eſtonné,
C'eſt le pauure mary,plus que s'il euſt tonné,
Eſtourdy du batteau, & camus à merueilles:
Ceſte tempeſte oyant, ſi pres de ſes aureilles,
Il eſt tout hors de luy, ſon eſprit trauaillé,
Demeure tout confus ſe voyant rauallé
Du haut du firmament d'vne belle eſperance,

38
MENIPPEE.
Au centre plus profond de toute defaillance:
a deſia il penſoit eſtre aux quatre Elements,
Et au Cube carré de ſes contentemens,
Soubs l'Equinoctial foiſonnant d'abondance,
Au cercle Apogean d'vne riche puiſſance,
Au Solſtice eſleué de toute volupté,
Et au poinct vertical d'heur & felicité.
Ia il penſoit auoir gaigné la riche flotte
De l'Inde ou du Peru, comme vn expert Pilotte,
Vn ſubtil eſcumeur, vn Pyrate ruzé,
Mais il ſe trouue en fin ſottement abuzé,
[P]enſant auoir trouué la pierre aux Alchimiſtes,
Et les riches lingots des fins Paracelſiſtes,
[P]our s'eſtre marié pour les biens richement,
[I]l ne remporte rien qu'vn grand contemnement.
[S]es fourneaux,ſon metail, ſont tournez en fumee,
[S]a ieuneſſe à ſouffler en vain s'eſt conſommee
A ſouffler, plein d'amour, mille ſouſpirs ardens,
[P]our de ſa riche femme obtenir les moyens,
[P]enſant en bon argent tranſmuer ſon Mercure,
[I]l le void transformé en meſpris & iniure,
[V]oyant à coups de bec ſa femme l'outrager,
[V]oudroit bien, s'il pouuoit, d'elle ſe reuenger,
Mais il n'oſe gronder ny dire vne parolle
Qu'il n'ait tout auſsi toſt le retour de ſon rolle,
[S']il paſſe plus auant & la vueille offenſer,
Et en ſes actions trop prompt la trauerſer,
[O]ù de colere eſmeu il vſe de main miſe,
[L]ors il eſt menaſſé d'eſtre mis en chemiſe,
[L'] enuoye au biſſac en chauſſes & pourpoint,
[P]uis ſes parens ſont là, leſquels ne manquent point
De Rolans, fierabras, & des trenche-montagne,

SATYRE
Qui luy feront bien toſt meſurer la campagne,
Ou bien luy tailleront des iartiers d'incarnat:
Ainſi ſera payé le brauache ſoldat
Pour merite loyer & digne recompence,
D'auoir pour l'eſpouſer conſommé ſa ſubſtance.
Mal-encontré mary, qui penſoit auoir pris
Vne femme en ſes laqs, & elle l'a ſurpris,
Luy tenant de ſi pres le pied deſſus la gorge
Qu'a peine il peut vſer des ſoufflets de ſa forge :
Le renge ſoubs ſes loix la baguette à la main,
Luy faiſant bien ronger & remaſcher ſon frain ,
Ores le maniant à diuerſes paſſades
A courbettes, à bonds,voltes, & ballotades:
Sa dame eſt l'eſcuyer, il n'eſt que le Poulain
Bridé, ſanglé, piqué comme vn retif vilain,
Le caueſſon au nez, le mords touſiours en bouche,
De crainte qu'il ne ſoit trop fougoux,ou farouche,
Le rendant à la main plus ſoupple & obeiſſant
Que n'eſt à ſon Regent le plus craintif enfant.
Il eſt plus malheureux mille fois qu'vn Corſaire,
Priſonnier ſur la mer en extreme miſere
A la rame attaché, pour luy faire ſentir
De tous ſes larrecins vn triſte repentir,
Eſtant contraint ſouffrir les rudes eſcourgees
D'vn Comite cruel aux humeurs enragees;
Si dans le Galiot quelque faute il commet
Au profond de la mer tout ſoudain on le met.
De meſme eſt ce mary attaché à la rame
Des fougueuſes humeurs de ſa ſuperbe Dame
Qui le force obeyr à ſes complexions,
Et ployer ſoubs le ioug de ſes affections,
Luy faiſant aualer en vn iour plus d'iniures

39
MENIPPEE.
Qu'vne Truye en vn an ne boiroit de laueures;
Ce ſont les nerfs de bœuf de ce Comite fier,
Dont la femme ſouuent pratique le meſtier
A l'endroit du mary, tombé en eſclauage
Dans les creuſes priſons de ſon hautain courage,
Luy tenant des propos beaucoup plus rigoureux
Qu'vn Comite inhumain au Forçat malheureux.
Impudent oſe tu eſleuer la paupiere
De ta preſomption contre ta nourriciere,
Dira ceſte ſuperbe à ſon mary captif,
S'il faict trop le faſcheux, le rebelle, ou retif,
Il eſt contraint d'obeir, d'endurer, & ſe taire,
Enchainé aux cachots de ſi rude Geoliere,
Qui luy tiendra ces mots: Ha petit Auorton,
Potiron d'vne nuict, trop foible reietton:
Ha petit Vermiſſeau, qui rampes de nature,
Qui au monde t'ay mis comme ma creature,
Oze-tu maintenant contre moy t'eſleuer,
Toy qui comme Vaſſal dois de moy releuer?
Tu as le nez trop court pour auoir l'aſſeurance
De m'ozer attaquer ou me faire nuiſance?
Autrement ie ferois ſur ta teſte orager
Vne greſle de coups, ſi tu l'oſois ſonger:
Retire toy Coquin hors de deuant ma face,
[J]e le dis, ie le veux, & me plaiſt qu'on le face:
[J]e ne veux plus t'ouyr tempeſter ſi ſouuent,
[P]enſant par ce moyen tirer de mon argent?
Tu as donc beau fouguer & vſer de menaſſe,
Car ce n'eſt pas pour toy que ces œufs on fricaſſe,
Mon argent & mon bien ſont voüez autre part
Que pour entretenir vn eſuenté ſoldart;
Tu as pauure eſtourdy fort mal pris tes meſures,

SATYRE
Tu peux bien autre part chercher tes aduentures.
Quoy ? ce pauure mary pourra il ſupporter
Ce foudroyant eſclat,& ferme y reſiſter.
Non,non,il ne pourroit non plus que la roſee
De l'Aurore eſtiual,aux rayons expoſee
Du Delien flambeau,lequel va diſsipant
Cet humeur matinal,au Midy s'eſleuant:
Ou bien diray ie encor non plus qu'aux monts d'Indie
Les petits Pigmeens à la rude bondie
Des Gruës & Vautours,leſquels tout à la fois
Les enleuent en l'air,deux à deux,trois à trois,
De meſme le mary n'a non plus de puiſſance
De ſouſtenir l'effort & la fiere arrogance
De ſa femme en courroux,qu'vn meſchant petit Nain,
Ou la Caille à l'endroit du Faucon inhumain:
C'eſt contre les Geans entreprendre l'eſcrime,
C'eſt vouloir oppoſer la poincte d'vn Freſlon
Pour arreſter le choc d'vn ferme bataillon:
C'eſt vn pierreux rocher contre le tendre verre
De vouloir reſiſter à ce foudre de guerre.
La nature a donné à tous les animaux
Moyen de ſe deffendre encontre tous aſſaux,
Elle a voulu doüer d'vne prompte viteſſe
Les Lieures trop craintifs, ſi quelqu'ũ les oppreſſe
Elle a voulu donner des crochets au Sanglier,
Des cornes au Taureau, au Cerf, & au Belier,
Aux Serpents vne queuë, & aux Pigeons des aiſles:
Aux Herons vn grand bec,aux Vautours & aux Aigles,
Aux Mouſches l'aiguillon pour nous eſguillonner.
Aux femmes tout ainſi elle a voulu donner
Trop foiblettes de corps,la langue pour deffence,

40
MENIPPEE.
Leur rempart aſſeuré,& leur ferme aſſeurance,
Leur grand Palladiũ, leur dongeon & leur fort,
Leur refuge dernier,leur vnique ſupport.
Leur langue eſt leur carcois,leur fureur,leurs ſagettes,
Pires cent mille fois que ceux des Meſſagettes.
Dont les coups acerez ne donnent que la mort,
Et les leur tuent l'honneur,ou le bleſſent bien fort
Le mary laiſſe donc ſiffler ceſte Couleuure
Sçachant que ſon venin tant ſeulement demeure
A la gorge & aux dents,ainſi le noir venin
Et le poiſon mortel du ſexe feminin,
Ne giſt tant ſeulemẽt qu'en leur lãgue meſchãte,
Laquelle eſt mille fois plus aiguë & trenchante
Qu'vne lame d'acier,qu'vn poignard aceré,
N'eſtant homme ſi fort,conſtant & aſſeuré,
Qui frappé de ſes traicts ne perde la conſtance,
Se voyant gourmandé par ceſte fiere engeance.
Vergongné, maſtiné d'vn ſi vil animal,
Animal imparfaict, qui n'eſt né qu'à tout mal,
Animal importun, ſuperbe,plein de rage,
Effronté, meſdiſant,inconſtant & volage:
Animal ſimulé,tout confit en trahiſon,
Hypocrite fardé, ſans eſprit ny raiſon.
O ſexe lunatic ! ô femme trop fantaſque! ( que50,
Plus cruelle aux humains que l'inhumaine Par-
Que la fiere Atropos,tant ſeulement couppant
Le filet de nos iours. Et toy tu vas trenchant
De ton fatal cizeau, ta langue enuenimee
Auſsi bien que le corps l'heureuſe renommee.
Contemplez donc Lecteur,& deux fois contemplez
Combien ſont malheureux ceux qui ſont enrolez
Aux priſons de l'Hymen, ſoubs Dame ſi puiſſante

SATYRE
Extraicte de haut lieu , en richeſſe abondante:
Vous pauure d'autre part,d'vn lieu vil & abiect,
Vous rendant ſon vaſſal, & obeiſſant ſubiect,
Son valet,ſon garçon,ſon laquais, & ſon page,
Detenu priſonnier en Turqueſque ſeruage51,
Ayant pour l'eſpouſer vendu la liberté
Pour vn petit de bien ſeruement acheté.
Quiconque voudra donc qu'eſclaue on le maſtine,
Fera bien d'eſpouſer femme riche & mutine.
La pav-
vre.
SI vovs l'espovsez pavvre
en tovte pavvrete',
Vous tramez vn filet qui vous tiẽt enreté ( souffre52,
Aux priſons,où touſiours voſtre ame endure &
Vous-meſme vous creuſez & l'abiſme & le gouf-53
Lequel doit engloutir vos plaiſirs plus plaisãs, (fre,
Pour vous laiſſer apres mille ſoucis cuiſans,
Qui vſent vos eſprits d'vne lime rongearde,
Et rendent voſtre humeur fantaſtique & sõgearde
S'alambiquant du tout à chercher le moyen,
Fuyant la pauureté d'amaſſer quelque bien
Pour nourrir vos enfans, voſtre train & famille,
Qui vous faict ſupporter, des geſnes mille & mille,
Arriuant bien ſouuent contre toute raiſon,
Qu'on verra plus d'enfans en moyenne maiſon,
Qu'aux maiſons de ces grands,riches & opulentes,
Qui manquent d'heritiers pour poſſeder leurs ren-54
Si pauure vous auez des enfans à foiſon,     (tes.
Cela redoublera le trop cuiſant friſſon
De leur gaigner du bien, voſtre femme eſtant pau-55
N'ayãt d'or,ny d'argẽt,enrichy voſtre coffre, (ure,
Pour n'auoir apporté que le cul & les dens,
Qui

41
MENIPPEE.
Qui requierẽt tous deux de tres-grands entretiens:
Il faut de volupté que ſon cul on nourriſſe,
Et que la fain des dens de pain on aſſouuiſſe,
Qui eſt au pauure eſpoux vn os dur à ronger,
Et le faict de deſpit à tout heure enrager,
La teſte ſecouant aupres de ſa compagne,
Comme vn Barbet mouillé ayant peſché la Cane:
Et n'eſt que de ſa part il a quelques moyens,
Il ne pourroit nourrir ſa famille & ſes gens
Pour auoir follement,plein de flamme amoureuſe
Eſpouſé ſans argent vne neceſsiteuſe,
Pipé par les attraicts d'vne freſle beauté
Qui le tient maintenant en grand captiuité:
Car combien qu'elle fuſt pauurette & diſetteuſe,
Ne laiſſe neantmoins d'eſtre fort glorieuſe,
Faut-il helas! faut-il qu'vn peu de volupté
Ait faict a ſi bas prix vendre la liberté
De ce pauure mary,ayant pris alliance
En lieu vil & abiect,ſans aucune eſperance
D'auoir quelque ſecours en ſes neceſsitez
De ſi pauures parens,ſans bien ny qualitez,
Tous gens de bas alloy,d'vne chetiue race;
Faut-il qu'vne beauté qui tout ſoudain s'efface,
L'ait tant faict oublier, & eſgarrer de ſens,
D'auoir ainſi foullé l'honneur de ſes parens ,
Sa race,ſa maiſon,laſchement profanee
ous les ruſtiques loix d'vn ſi pauure Hymenee:
Hé,quoy? Diray-ie encor,faut-il que ſes eſpris
Par les rais d'vn bel œil ayent tant eſté ſurpris,
Charmez, & amorcez ,enſorcelez encore,
D'vn œil vrayement d'Aſpict , qui ſes plaiſirs deuore,
Pour luy faire adorer ſous le Nopcier56 lien,
F

SATYRE
Vne ſeule beauté, vefue de tout moyen,
D'amis, & de parens, vne bien pauure fille,
Qui raualle ſi bas l'honneur de ſa famille.
Ses plus proches parens le quittent d'amitié,
Ayant prins ſans conſeil pour ſa chere moitié,
Vne fille qui n'a,qu'vn viſage agreable,
Pauurete,ſans parens,ſans moyens peu ſortable,
A ſon antique race & à ſes qualitez,
Ce qui rend ſes parens contre luy deſpitez,
Ayant retrogradé de la dixieſme Sphere,
Et du hault Cercle Aſtré brillonnant de lumiere,
Où ſes nobles parens auoient hauſſé ſon nom,
Et graué la ſplendeur de ſon fameux renom,
Pour laſche s'abaiſſer iuſqu'au Cercle Lunaire,
Qui par vn pauure Hymen viẽt obſcurcir ſa gloire
Voyant donc ſes parens ainſi le contemner,
Cela luy faict auſsi de ſa part deſdaigner
Sa femme ia content de ſon mignard viſage,
Deſdain , qui germe entre-eux vn tres-mauuais meſnage
Si la pauurette veut au logis commander,
Son mary tout ſoudain,la voudra gourmander,
Luy diſant penſe-tu eſtre Dame & Maiſtreſſe,
Et commander ceans ainſi qu'vne Princeſſe ?
Ie te r'enuoyeray bien au champs à tes Moutons,
Nous n'auons pas eſté, toy & moy compagnons:
Tu n'eſtois rien ſans moy qu'vne ſimple hardelle,
Et ie t'ay faict porter l'habit de Damoiſelle,
Tu n'as rien apporté que le cul ſeulement,
Tu n'auois quand tu vins qu'vn pauure veſtement,
La robbe de blanchet comme vne villageoiſe,
En teſte vn couure-chef,à la mode Viroiſe:
Et enflee auiourd'huy du leuain de mon bien,

42
MENIPPEE.
Te voyant ſur le dos ce ſuperbe entretien,
Tu me veux commander, combien qu'on t'ait faict naiſtre
D'vn Atome leger, & preſque d'vn non eſtre
Ta memoire, & ton nom, giſoient comme au Tombeau:
[N]aiſtre & reſſuſciter, ie l'ay faict de nouueau,
Eſclorre ie t'ay faict, de la pouſsiere & cendre
D'vne grand' pauureté, pour heureuſe te rendre,
Comme vn nouueau Phœnix, renaiſſant peu à peu
Des cendres de ſon corps conſommé par le feu:
Neantmoins comme vn Pan tu eſtalles tes aiſles,
Tu veux trencher du pair auec les Damoiſelles;
Croy, que i'abaiſſeray ton arrogant caquet,
Te faiſant mettre bas la coiffe & l'affiquer:
Lors la femme repart, eſpriſe de colere,
Penſe-tu que ie ſois comme vne chambriere?
Tu as beau deteſter tous les quatre Elemens,
[T]on eſpouſe ie ſuis, en deſpit de tes dens
[Il]faut doux comme laict aualler ce breuuage,
[Pu]iſque l'Hymẽ Nopcier57 nous ioinct par mariage:
[Bi]en que ie fuſſe pauure & ſans commodité,
Chacun me recherchoit pour ma rare beauté:
Vn regard de mes yeux, vn ſeul traict de ma face,
D'vn Scythe le plus fier euſt peu gaigner la grace,
[Je] ne pouuois manquer de trouuer bon party,
[A]yant de cent beautez le viſage aſſorty.
[Q]uoy ? penſerois-tu bien que i'euſſe eſté perduë,
[Si] eſpouſe chez toy ie n'euſſe eſté renduë ?
[M]on visage parloit pour moy inceſſament,
[Et] pouuoit m'acquerir des Maris ſans argent,
[N]e me reproche point par colere ou menace,
[Q]ue mon eſtre i'ay pris d'vne trop baſſe race,
[Po]ur oſer contre toy faire comparaiſon,
F ij

SATYRE
Femme tu ne deuois me prendre en ta maiſon,
Si tu ne deſirois m'auoir pour ta compagne:
Pauure ie ne veux point qu'vn Mary me deſdaigne,
Pourquoy m'eſpouſois-tu pour ainſi m'outrager,
Qu'heureuſe i'euſſe eſté d'eſpouſer vn Berger,
Pluſtoſt qu'vn tel Tyran, de nature cruelle,
Qui me tient en priſon comme vne criminelle;
Me gourmande, me bat, ainſi qu'vn chien maſtin:
O trop barbare eſpoux, ô cœur diamatin.
Infortuné Mary, qui euſt dit qu'vne gueuſe,
Qui n'auoit que le cul euſt eſté ſi faſcheuſe,
Qui euſt iamais penſé, qu'vne qui n'auoit rien
Que la ſeule beauté, le ruſtique maintien,
De diſcours arrogans euſt voulu te rebatre,
Et iouër la Medee ainſi qu'en vn theatre,
Tu penſois l'eſpouſant eſtre mieux respecté ,
Mieux ſeruy,mieux obey, pour ſa grand' pauureté,
Tu ſçais ou tu en és, tu en as belle lettre,
Tu ne deuois iamais pour ton eſpouſe admettre,
Vne fille ſi pauure, alleché d'vn deſir
Qui te faict acheter vn trop cher deſplaiſir:
Touſiours ſa pauureté te faict baiſſer la teſte,
Et ſon faſcheux caquet te tourmente & moleſte,
Sous ſilence ie tais tant de ſoucis cuiſans,
Tant de ſoin d'amaſſer du bien à ſes enfans,
Tant de nuicts ſans repos, & tant d'inquietudes,
Tant de iours en trauail. faſcheuſes ſeruitudes,
Tant d'ennuis, de chagrins,fruicts de la pauureté
Qui tiennent ſes eſprits aux priſons arreſté,
N'eſtant point aduancé du coſté de ſa femme,
D'argent, ny de moyens, cela luy geſne l'ame:
Il eſt plus tourmenté qu'vn Siſiphe aux Enfers,

43
MENIPPEE.
[S]entant de pauureté les plus rigoureux fers,
[L]e ſoin le va rongeant, ſa femme le trauaille;
[S]es parens deſpitez, luy liurent la bataille:
Voila le foudre aigu, auſsi les triples fleaux
Qui luy font endurer de tres-rudes aſſaux:
Mais ce qui plus de trois de geſne & le bourrelle,
C'eſt de voir commander ſa femme en Damoiſelle,
Superbe aller par haut,brauer effrontement,
S'enfler pleine d'orgueil, reſpondre arrogamment,
N'eſtant rien ſi ſaſcheux ,ny tant inſupportable,
Qu'vne pauure enrichie,ô choſe deteſtable!
Eſtrange changement,que de voir vn Serpent
Qui n'aguere trainoit ſur le ventre rampant:
S'eſleuer haut en pieds, & d'vne humeur hautaine
Brauer les animaux qu'il rencontre en la plaine
O Monſtre contrefaict, ô changement diuers!
Nature que ie croy, opere de trauers,
En metamorphoſant vn cœur d'humble Bergere,
Nourrie entre les champs, le chaume & la fougere
En vn courage enflé plein de preſomption,
Pour morguer ſon mary à la moindre action.
Hé Dieu, quel changement, quel eſtrãge couſtume,
Quel amer gobelet, quelle horrible amertume,
De voir ceux qui n'ont rien aporté au logis,
Commander plein d'orgueil, de honte i'en rougis,
Ie friſſonne d'horreur,de voir vne Coquine
Gourmander ſon mary d'vne façon mutine:
Si bien qu'il eſt contrainct par vn baſton noüeux
D'arreſter quelquefois ſon caquet ennuyeux,
Et rabaiſſer vn peu ſon audace effrenee,
Puis eſtant comme elle eſt de pauures parens nee,
Cela le rend encor plus prompt à la ranger,
F iij

SATYRE
N'ayant aucuns parens qui la puiſſent venger:
L'vn pleure, & l'autre bat,l'vn fougue, & l'autre crie;
Voyez qu'vn pauure Hymen donne de faſcherie,
Quels doux predicamens: l'vn eſt en action,
Qui tempeſte, qui bat: & l'autre en paſsion
A receuoir les coups en extreme agonie.
Quel Disdiapaſſon, quelle rude harmonie,
Quelle Muſique, hé dieux, quel diſcordant diſcort
Entre ces mariez ; quelle mourante mort ?
L'vn ſe plaignant des coups,qu'à grand tort il endure:
L'autre de pauureté,tres-rigoureuſe & dure,
Qui la reduit ſi bas qu'il eſt preſque indigent ,
Pour auoir eſpouſé ſa femme ſans argent,
Et voyant bien quelle eſt cauſe de ſa miſere,
Cela luy faict laſcher ſur elle ſa colere,
Deſgorger ſa fureur, chargé de tant de ſoin,
Tant d'enfans: & l'argent luy faillir au beſoin,
Puis meſnage eſt peſant ( comme on dit ) en diable,
Ayant l'appetit grand, le foye inſatiable,
Auide l'eſtomach, ſi tres-longues les dens,
Qu'il ſeroit bien requis pour tous ſes entretiens
Saouler ſes appetis, à ſa fin ſatisfaire,
D'auoir de l'Eſpagnol la bourſe pecuniere,
Dans laquelle l'on void ſouuent reuerberer
Les rayons iauniſſans de l'Aſtre iournalier,
De l'Inde, ou du Peru, des Iſles Philippines,
Mexique & Calicut,où ſont les riches mines;
Sous l'Atome duquel la forme & les rayons ,
Le grand Iupin58 voulut deſcendre en ſes cantons:
Sans lequel nos amours ſe tournent en furie,
Sans lequel on nous fuit,attains de ladrerie:
Depuis que nous voyons ce donne vie argent,

44
MENIPPEE.
Prendre congé de nous,tout ſe tourne en tourment,
Nos plaiſirs en douleurs, & nos ris en triſteſſe;
Et bref la pauureté eſt vne rude hoſteſſe;
C'eſt vne maladie où tous les Medecins
N'entendent rien du tout,bien que ruſez & fins,
Non,pauureté n'eſt rien qu'vne paraliſie,
Vn dormir lethargic, qui tient l'ame tranſie,
Tous les nerfs engourdis, oſtant le mouuement
Des actions du corps, priué de ceſt argent:
Ce metal eſt l'eſprit, qui donne à nos arteres
Le vital mouuement, & appaiſe ſes fieures.
C'eſt ce qui donne aux nerfs vn eſprit animal,
Enuoyé du cerueau par l'argenté canal
De l'eſpine du dos: C'eſt ce qui donne aux veines
La chaleur & le ſang ſont ces viues fontaines,
C'eſt le cerueau,le foye, & le cœur des humains,
C'eſt la vie & le ſang de nos plaiſirs mondains,
C'eſt le premier mobile, & la dixieſme Sphere,
Qui donne à nos plaiſirs la roüante carriere,
C'eſt ce qui faict mouuoir la roüe & les reſſors,
Le ſecret des ſecrets, & l'accord des accors:
Argent eſt le Piuot,l'Arcboutant & le Pole,
C'eſt ce puiſſant Atlas, qui de ſa forte eſpaule
Va ſouſtenant le Ciel de nos contentemens,
L'Elixir reſultant de tous les Elemens
Des plaiſirs d'icy bas: Ciel dont les influences
Departent à nos cœurs mille reſiouyſſances:
Vray Soleil des humains, qui eſclaire nos yeux,
Sainct Ange Raphaël, qui nous guide en tous lieux,
Diuin charme-ſoucy,oſte-ſoin,chaſſe-peine,
De toutes voluptez, la ſource & la fontaine.
C'eſt pourquoy nous liſons qu'vn certain iour les dieux,
F iiij

SATYRE
Pour monſtrer leur grandeur, ſortirent orgueilleux
Des planchers azurez, portans dedans leur dextre
Les armes & trophee,ou chacun eſt à dextre:
Le Dieu Tonnant Jupin59 ſon clair foudre monſtroit,
Et l'inuincible Mars ſa lance en main branloit:
Ce deuoreur d'enfans,ce vieil ſongeard Saturne,
Fiſt monſtre d'vne Faux, & d'vn Trident Neptune:
Mercure vn Caducee , vne Lyre Apollon,
L'Arc,la Trouſſe, & les Traicts,l'Archerot Cupidõ;
Son Vignoble Bacchus, & Ceres ſes Campaignes,
Le Dieu Pan ſe foreſts,les Muſes leurs Montaignes,
Hercule ſa Maſſuë, & Pallas ſon Pauois,
Sa Coquille Venus,Diane ſon carquois:
Mais tout incontinent qu'ils eurent veu la terre
Ouurir ſes larges flans,dans leſquels elle enſerre
Tant de riches treſors, ils furent tous eſpris
D'vn deſir de iouyr de ce metail de pris:
De cet or iauniſſant chacun veut qu'on luy donne,
Le puiſſant Iupiter en dore ſa couronne,
Son troſne & ſon Palais, & ſa cuiraſſe Mars,
Sa picque & ſon eſpee, & Cupidon ſes dars,
Neptune ſon trident,ſon caducé Mercure,
Apollon en dora ſa blonde cheuelure,
Pallas ſa forte lance, & Ceres ſes moiſſons,
Et le reſte des Dieux s'en ſert en cent façons.
Voyez combien pour l'or Berecinthe on honore,
Pour ce riche metal chacun des dieux l'adore.
Il eſt donc plus puiſſant que ne ſont tous les dieux?
Il dompte les humains, il penetre les Cieux,
Il braue les Enfers, il charme le Cocyte,
Le Styx, le Phlegeton, le Cerbere il deſpite.
Quiconque eſt donc priué de ce puiſſant agens,

45
MENIPPEE.
Avec les Quinze-vingts peut dire aſſeurémens
Qu'il a perdu chetif, toute ioye en ce monde,
Et qu'il tombe aueuglé en la foſſe profonde
De toute pauureté, s'il n'eſt illuminé
De ce brillant metal aux mines affiné,
Dont la priuation eſt vne Eſtiomene ,
Vn chancre à nos eſprits, & au corps la gangrene.
Voyez donc quel malheur au mary malheureux
D'espouſer aueuglé, femme pour ſes beaux yeux,
Sans amis, ſans argent, pauurette & diſetteuſe:
Et n'eſt-ce pas creuſer la foſſe malheureuſe,
Laquelle doit en fin ſes plaiſirs engloutir,
Pour luy laiſſer apres vn tardif repentir?
Que reſte à cet espoux ſinon ſoucy pour page,
Chagrin continuel pour vallet de bagage,
Peines, ennuis, ſoucis, pour Hommes & Vaſſaux:
Pour Laquais & Goujats mille espineux trauaux,
Et pour Maiſtre d'hoſtel touſiours nette cuiſine,
Voila comme le train d'vn pauure Hymen chemine.
C'eſt peu que tout cela,ce ne ſoit rien que ieux,
C'eſt bien autre malheur s'ils ſont pauures tous deux.
Mais, Lecteur, ie ne veux prophaner ma Satyre,
Pour laſche, m'amuſer à pourtraire & deſcrire
Les malheurs d'vn Hymen populaire & abiect:
Sous ſilence ie tais vn ſi ample ſubiect,
Ie ne veux point chanter en ces vers Satyriques
L'hymen infortuné des eſtats michaniques :
Car ce ſeroit la ſoye au fleuret meſlanger,
Le chanure auec le lin, & l'or au fer ranger.
Ie laiſſe les malheurs de ceſte populaſſe,
Qui de maux ſous ce iour ſouffre vne milliaſſe
Pour t'aduertir, Lecteur,des perilleux dangers,

SATYRE
Des bancs & des eſcueils de ces nopcieres60 mers,
De ces vents orageux, ces tempeſtes grondantes,
Ces boraſques, ces flots, ces vagues eſcumantes,
Preſtes à ſubmerger, abyſmer & noyer
Ceux qui vont nauigeant cet Ocean nopcier61,
A grand peine l'on peut euiter le naufrage,
Faiſant voile en la mer du faſcheux Mariage:
On court tant de perils, de riſques & hazards,
Des vents, de flots, d'ſcueils, & Corſaires pillards,
Qu'à grand' peine l'on peut flotter en aſſeurance
Entre tant de dangers , rangez en ordonnance,
Pour taſcher à tous coups de perdre & abyſmer
Noſtre flottante Nef au profond de la mer,
Hé quelle eſt ceſte mer ? ſinon le Mariage,
Quels ſont ces Aquillons qui excitent l'orage,
Que la diuerſité de nos complexions?
Qui ſur cet Ocean meuuent cent tourbillons.
Hé quels ſont ces eſcueils qui briſent le Nauire
Par vn choc perilleux, que le cruel martyre
D'vne extreme beauté, qui nous plante a plaiſir
Des cornes ſur le front en ſoulant ſon deſir?
Quels ſont ces flots cruels,ces ondes bouillonnantes,
Que l'humeur coleric des femmes arrogantes?
Quel eſt ce gros brouillas , & la ſombre noirceur
Qui obſcurciſt les airs, que l'inſigne laideur
D'vn front tout bazané d'vne horrible Meduſe,
Qui d'vn charmeur diſcours voſtre ieuneſſe amuſe ?
Quels ſont ces eſcumeurs, Corſaires rigoureux
Que l'on va rencontrant ſur ces flots eſcumeux,
Que le courage enflé d'vne femme opulente
Qui dedans ces priſons cruelle vous regente?
La baguette à la main, vous faiſant endurer

46
MENIPPEE.
Les tourments que feroit vn corſaire ſur mer.
Quel eſt le chaud, le froid, & la faim importune,
Que l'on ſouffre voguant ſur ce vaſte Neptune,
Loin de terre eſcartez, ſinon la pauureté,
Eſpouſant ſans moyens femme pour ſa beauté.
Contemplez donc, Lecteur,combien la deſtinee
Nous trame de dangers ſur la mer d'Hymenee,
Quel Pilote aſſeuré; quel expert Nautonnier,
Quel hardy Matelot, quel ruzé Marinier
Se voudra embarquer en mer ſi orageuſe
Pleine de tant d'eſcueils? Quelle ame hazardeuſe,
Quel eſprit aueuglé, plein de temerité,
Voudra faire flotter ſa chere liberté
Sur vn tel Ocean, tout eſcumant de rage
S'il ne veut s'expoſer au peril de l'orage.
Et bref, tous les deſtroicts de l'Ocean du Nord,
Ou ceux qui vers le Sud ont vn funeſte abord,
Celuy de Magellan vers le Pole Antarctique,
Ou cil de Gilbatar, deſſous noſtre Ourſe Arctique
Ne ſont point aux Nochers ſi faſcheux à paſſer,
Comme il eſt dangereux vne femme eſpouſer.
FIN.



THIMETHELIE
OV
CENSVRE DES FEMMES.

Satyre seconde.

En laquelle ſont amplement deſcrites les Maladies
qui arriuent ordinairement à ceux,qui vont
trop ſouuent à l'eſcarmouche ſoubs
la Cornettte de Venus.



Par Thomas Sonnet, Sievr
De Covrval
, Gentil-homme
Virois.


Vignette.
A PARIS,
Chez Iean Millot, ſur les degrez de
la grand' ſalle du Palais.
Filet simple.
1609.
Auec Priuilege du Roy.


48

Bandeau, feuilles et animaux. A MONSIEVR DV
Criout le jeune , mon Confrere
Docteur en Medecine.

Lettrine. MOnsievr,
L'amitié que nous auons
contractee enſemble , de-
puis le temps , que i'ay
eu l'heur de vous co-
gnoiſtre , & les deuis familiers , que
nous auons eus, l'vn auec l'autre, tou-
chant les maladies , qui arriuent ordi-
nairement à ceux , qui font trop ſou-
uent voile en Cypre , pour ſacri-
fier à la Paphienne : M'ont incité
de vous dedier ce petit eſchantillon
deſdites maladies , & vous ſupplier
comme mignon d'Apollon , & nour-
riſſon d'Eſculape, luy ſeruir d'antido-
te, de Theriaque & preſeruatif, con-

tre le venin des meſdiſans, deſquels
vous ponuez arreſter les fureurs , &
fumeuſes boutades,leur dõnant pour
contrepoiſon vne purgation d'Hele-
bore
, pour deſcharger leur cerueau
lunatique & deſpraué , qui les pouſſe
comme inſenſés Maniaques,à deſgor-
ger vne Iliade 62de calomnies, contre
ceux qui ſe meſlent d'eſtaller leurs eſ-
toffes Poëtiques , au plain marché de
la France: L'eſperance que i'ay , que
vous appaiſerez tous ces faſcheux
Symptomes , & preſeruerez ce petit
Poëme , du noiriciſſant venin de la
calomnie , me diſpenſera de vous te-
nir plus long diſcours , pour vous aſ-
ſeurer que ie ſuis
MONSIEVR
Voſtre ſeruiteur tres-affectionné
Covrval Medecin,
AVDICT

49

Bandeau. AVDIT SIEVR DV
Criovlt.
STANCES.

Lettrine.
DOcte fils d'Apollon,Nourriſſon d'Eſculape,
Qui fais par ton ſçauoir qu'vn malade reſchape,
Et ſe ſauue des traicts, de la cruelle Mort,
Deffends ainſi Criovlt,des fleches de l'enuie
Ces vers, auſquels on veut par force oſter la vie
S'ils ne ſont ſecourus, de ton ayde & ſupport,
u pourras ordonner,vn bon Electuere,
Pour ſeruir d'Antidote,à la poiſon amere
Et au fiel eſcumeux, des meſdiſans peruers,
Auſquels tu donneras, quelque fort Cathartique
Pour purger leur cerueau, perclus, & Lunatique
Qui leur fait tant vomir , de venin ſur mes vers.
AΘANATΩN ΣTEΦANOΣ, MOϒΣΩ̃̃̃̃̃˜N
AMAPANΘINOΣ ATEI.


Bandeau. AV SIEVR DE COVRVA
Doctevr en medecine.
SVR LA TIMETHELIE.
STANCES.

Lettrine
C Ovrval excuſe moy ſi ie n'oſe en ces vers
Me ietter comme toy,ſur ce ſexe peruers
Craignant l'ardant courroux,du bel œil qui me tue,
Car ſi toſt qu'il me void oppreſſé de douleur,
Il s'oppoſe à ma flamme & retient ma fureur
Lors qu'à le deteſter ma Muſe s'eſuertue.
Parle moy d'attaquer vn monde d'ennemis,
De me rendre au procez obſtinément ſoubmis,
De ſouffrir les trauaux de l'enfer effroyable,
L'ennemy , les procez,les infernaux debats,
Ne me ſont point, Covrval, tant à craindre icy bas
Que la fiere beauté,qui me rend miſerable.
Mais toy qui l'an dernier,m'as ſauué du treſpas,
Lors que ie languiſſois malade entre tes bras,
Loin des douces beautés de ma pauure Maiſtreſſe
Si tu peus me guarir de la fiebure d'Amour
Ie feis contre ce ſexe vn poëme l'autre iour
Qu'à l'inſtant ie ferois mettre deſſoubs la preſſe.
Angot L'esperonnier

50

Bandeau. SVR LES OEVVRES
Poetiqves dv Sievr
Sonnet Docteur en
Medecine.

ODE.

Lettrine.
O Douce Muſe de ces vers,
Qui faictes voir à l'Vniuers
Les trauerſes du Mariage!
Vous monſtrez bien à toutes mains,
Qu'Hymenee eſt vn chariage
De tous les ennuis des humains!
Le trauail , l'incommodité,
Et des ſoings la fecondité,
Qui ſuyuent le train d'Hymenee,
Sont ſi bien figurez en vous,
Que pour n'eſtre en eux enchainee:
L'ame y treuue vn ſubject fort dous.
G ij

Car en y voyant les ennuis,
Qui durant les iours & les nuicts
Les maris trauaillent ſans ceſſe:
On apprehende tant ces fers,
Qu'eſpouſer meſme vne Princeſſe,
On croit d'eſpouſer les enfers.
Car vn ſi grand nombre d'erreurs
D'abus, d'arrogance & d'horreurs,
Logent au courage des femmes
Que ſouuent les pauures maris
En deuiennent à doubles trames
Vn Atride63 aupres d'vn Paris.
Ainſi pour le dire en deux mots,
Deuenus caillettes,& ſots
Les maris viuent aupres d'elles:
D'vn ſort vuide de tout bon-heur,
Tant par ces femmes infidelles
Ils ont perdu l'aiſe & l'honneur.
Mais il eſt bien vray que parfois
Hymenee aſſemble en ſes lois
Le ſort de quelques bonnes femmes:
Auſsi tous n'en ſont pas fournis,
Ains ie penſe que telles Dames
Sont de la race du Phœnis.

48 64
O vous! qui charmez des appas,
Dont Alcine guide au treſpas
Les fous amoureux de ſes charmes:
Venez icy lire en ces vers
Le fard,le malheur & les armes,
Dont vos eſprits vont de trauers.
Vous y verrez l'aſpre douleur,
L'erreur, la perte & le malheur,
Qui ſuiuent les ames immondes:
De qui les terreſtres deſirs
Volans à troupes vagabondes,
Forment leurs maux en leurs plaiſirs.
Sonnet, Oracle de vertu,
Qui de gloires tout reueſtu
Combats les erreurs,& le vice:
Quel beaux triomphe, & quel bon-heur
Ne ſont deubs comme vn ſacrifice
A tes vers ſi remplis d'honneur?
DE DEIMIER.
G iij


Bandeau. TIMETHELIE
ov
CENSVRE DES FEMMES.
Satyre seconde.

Lettrine.
SVs ma Muſe au trauail, c'eſt trop pris de relaſche
Il faut recommencer, où finiſſoit ta taſche,
Repren donc ton pinceau, pour peindre bruſquement
Sur ton Nopcier65 tableau, vn racourciſſement
Des malheurs, maladies, & trauerſes faſcheuſes,
Qui procedent du haut, des Putains Amoureuſes;
Car des femmes de bien, ie n'entends point parler
Leur pudique maintien, les faict touſiours briller
Parmy l'obſcurité, ainſi qu'vne lumiere
Qui eſclatte par l'air, quand deſſous l'Hemiſphere,
Le flambeau Delien, va ſon tour commencer:
Ie priray ſeulement, les Chaſtes m'excuſer,
Si blaſmant les Putains, tout leur ſexe ie blaſme,
Bien que le tout s'adreſſe, à l'impudique femme;
Ie ſçay qu'on me dira, que ſans exception,
Ie blaſme en general, & ſans diſtinction
Le ſexe fœmenin : A quoy pour repartie,
Ie dis que nous voyons la plus grande partie
Des femmes d'esbauchees, en emporter le tout,
Qui faict qu'au general, ie me renge du tout.
Que tu cauſes de mal, malheureux Promethee,
Ta main eſt a bon droict, ſur Caucaſe attachee.

52
MENIPPEE.
[P]our auoir effronté rauy le feu Diuin
[L]es Dieux pour te punir, d'vn ſi grand larrecin
[T]'enuoyerent çà bas, pour tourmenter ton ame
Maladies & trauaux, & l'engeance de femme,
Mais de tous ces trois fleaux, celuy qui plus nous nuit
[C]'eſt la femme, animal des grands Dieux introduit
[P]our punir les humains,icy bas ſur la terre,
Et leur faire à iamais, vne cruelle guerre:
[C]e ſexe ſont les fers, les geſnes, & cordeaux
[L]es cachots, la priſon, & les cruels Bourreaux,
Qui des Dieux irrités, exercent la Iuſtice
[P]our punir les mortels addonnez à tout vice;
[C]e ſont les inſtrumens, les foudres puniſſeurs
Qui vengent des grands Dieux les bouillantes fureurs.
Il ſemble toutes-fois, que c'eſt la bonté meſme
[L]a Chaſteté, l'honneur, la ſageſſe ſupreſme
[L]a gloire, & l'ornement de tout le genre humain,
[L]e comble des ſouhaits, & le bien ſouuerain,
Le plaiſir des plaiſirs, delice des delices,
La douceur des douceurs, blandice des blandices, 66
[L]a craime & l'Elixir, de toute volupté,
Et le centre parfaict, d'heur & felicité:
Mais ce ne ſont ( Lecteur ) que pipeuſes Syrenes,
Qui ont moitié du corps, comme formes humaines,
Et tout le reſte n'eſt, qu'vn Poiſſon monſtrueux,
Qui nous vient decepuoir,ſous vn front gracieux;
Leur cœur n'eſt rien que fiel, rien que miel leur viſage,
Qui ſoubs vn calme doux,preſage vn grand orage,
[S]oubs la vermeille fleur, de leur teinct amoureux,
Se traine bien ſouuent, le Serpent cauteleux,
Soubs la viue clarté, de leurs femmes iumelles,
G iiij

SATYRE
Et dans l'eſclair brillant, de leurs chaudes prunelles,
Se cache la fureur, du foudre rougiſſant,
Qui d'vn malheur prochain, va l'homme menaſſant,
Et comme on void l'eſclair, preceder le Tonnerre,
Qui ſur nous quelquesfois, ſa cholere deſerre,
De meſme apres l'eſclair, eſlancé de leurs yeux,
Tombe ſoudain ſur nous, vn foudre impetueux
De malheurs infinis; comme Verolles, Chancres,
Qui briſent nos Amours, & les mettent en cendres:
Et bref ſous la beauté, la grace, & les attraicts
Des femmes; ſont cachez, ſerpens, foudres, & traicts ,
Elles ſont à bon droict comparees à ces Temples
Des noirs Ægyptiens, leſquels ſi tu contemples
Seulement par dehors, rien n'eſt ſi ſomptueux
Mais dedans on n'y void, qu'vn Cocodril affreux,
Rien qu'vn Bouc, ou vn Chat, vn Singe, vne Cicoigne,
De meſme on eſt trompé, au nez, & à la troigne,
A l'extreme beauté, du ſexe fœmenin
Qui porte ſoubs vn front mignard, & Adonin,
Vn Idolle de Bouc, puant de paillardiſe,
Vn larmeux Cocodril, tout remply de feintiſe;
Vn Chat reuant de Mars, dont l'ongle rauiſſeur
Grifferoit vn Amant, en ſa chaude fureur;
Et vn Singe inconſtant patron de l'inconſtance
De ce ſexe inconſtant, ſans foy ny aſſeurance.
Ie dis encore vn coup, ce ſexe malheureux
Eſtre bien comparé,au Crocodril larmeux,
S'il veut pipper quelqu'vn, lors il iette des larmes
Pour donner puis apres de cruelles alarmes
A ceux là qui deceus, par ces larmoyans yeux
Se laiſſent engloutir à ce Serpent hideux,
Tout de meſme les pleurs, & le ſouſpirs des femmes

53
MENIPPEE.
Ne s'eſpandent ſinon, que pour tromper nos ames
Leurs ſouſpirs ſimulez, leurs hypocrites pleurs,
Sont les vrais inſtrumens, & les foudres vengeurs
De leur ardent courroux; ſont les rudes machines
Les miniſtres certains,de leurs cruelles haynes,
Sont les ruſes, les traicts, dont la femme ſe ſer
Pour mettre ſa traiſon & ſa haine à couuert,
Si que par tel moyen il n'eſt ny Dieu , ny diable
Qui ne ſoit appipé, & rendu miſerable.
Lettrine.
LA femme eſt vn venin gaſtant les facultés,
Engourdiſſant les ſens, changeant les qualités
De nos temperamens ſi qu'vn Melancholique
En deuient furieux, fougueux, & Cholerique,
Et l'amoureux ſanguin, tout fantaſque,& penſif,
Palle, morne, plombé, triſte & contemplatif;
Le Phlegmatiq changé, en humeur bilieuſe.
Voyez donc ſi la femme eſt pas vne charmeuſe.
De Methamorphoſer, nos quattre Qualités
Pour les renger du tout ſelon ſes volontés,
Elle corrompt nos ſens, tant Internes,qu'Externes,
Amuſant la Raiſon, de mille baliuernes,
L'imagination, & la Memoire aprés,
Puis aux autres venant, ainſi que par degrés,
Elle obſcurciſt les yeux, elle gaſte l'ouye,
Corrompt noſtre Odorat, & choſe non ouye
Elle oſte l'appetit, le gouſt elle amoindrit,
La vieilleſſe aduanceant, elle faict qu'il s'aigrit,
Elle oſte le plaiſir du Toucher delectable,
Engourdiſſant les nerfs, qui la rendent palpable;
Somme l'homme exceſsif, aux esbats de Cypris
Encourt tous ſes malheurs: mais ce n'eſt riẽ áu pris,
De cent afflictions, de mille maladies,

SATYRE
Que Nature aux Amans, à tramees & ourdies
Comme les Cruditez, palpitement de cœur,
Debilité de Nerfs, des iointures douleur,
Syncope, mal-caduc67, qu'on nomme Epylepſie,
La Vertige, l'Incube, & la Paraliſie,
Le Catherre fluant, le Spaſme conuulſif,
La Letharge; & Caros des nerfs ſtupefactif,
L'Aimoragie du nez: la froide Apoplexie ,
La Migraine, Schynance, & iaune Cachexie,
Foibleſſe d'Eſtomach, Cholique, Inflation,
Le Scyrrhe bilieux ioinct à l'obſtruction
Du foye; Et des polmons, la crachante Pthyſie,
La fiebure lente, Ethique, & paſle Hydropiſie,
L'extreme puanteur, de la bouche, & des dens,
Le viſage abatu, les yeux cauez dedans,
La Podagre cruelle, & goutte Schiatique,
Le mal Melancholic, la douleur Nephritique,
Le Chancre cauerneux, liuide,noirciſſant,
La laſche Gonorrhee, au venin blanchiſſant
Qui ſans ceſſe coulant, des vaiſſeaux ſpermatiques,
Debilite nos corps, & les rend tous Ethiques,
D'où n'aiſt l'Alopetie, ou cheute de cheueux,
Le tintement d'Ouye, & la foibleſſe d'Yeux,
Le Satyriaſis ou tendu Priapiſme,
Et la Verolle encor de tous malheurs l'abyſme.
Lettrine.
BRef la femme faniſt,les fleurs de la ſanté,
Enfarine le front, rend l'Eſprit hebeté,
Le corps laſche, peſant, terreſtre & Cacochyme,
Pour auoir effleuré, l'Elixir, & la crayme
De l'humeur radical, le ſang, & les Eſpris
Au ſperme contenus, Threſor de ſi grand pris,
Qu'il eſt de noſtre corps, comme la Quinteeſſence,

54
MENIPPEE.
[...]de nos quatre humeurs, reſulte & prent naiſſance
[Sp]erme blanchiſſant, eſt donc le vray cyment
[...]en bonne ſanté, noſtre corps entretient,
[Con]ſerue la chaleur humide, & radicalle,
[Don]ne aux nerfs la vigueur, & la force totalle.
[...]la femme nous faict, diſsiper cet humeur
Qui ſeul retient du tout noſtre vie en langueur,
[..]eut dire à bon droict, quelle accourciſt la vie,
[...]qu'au ieu de Cypris, la ſubſtance eſt rauie,
[Qui] la tient en vigueur, changeant noſtre Printemps
[E]n neigeux hyuer, par ſes vains paſſetemps,
[Et] gaſte la fleur, de la verte ieuneſſe,
[...]ore la beauté, aduance la vieilleſſe,
[...]ride la peau, rend le front farineux,
[Ra]iſt noſtre beau teint, le plombe & rend ſcameux,
[...]ends quand par excez, ſe meſtier on prattique
[...]vn Bordeau laſcif, auec femme publique,
[...]pas quand on l'exerce,en toute volupté
[...] le lict coniugal auec vne beauté
[...]e à ſon Amant, pudique, honneſte, & ſage
[...]einct aux yeux, l'honneur, & la crainte au viſage,
[Ave]c laquelle on peut vſer moderement
[E]bats de Cypris, ſans aucun deſtriment:
[...]les femmes qui ſont, par trop libidineuſes,
[...]aux hommes cent fois, pires, & dangereuſes
[L]e cheual Seian, qui rendoit en tous lieux
[...]la qui le montoient, chetifs, & malheureux.
Viconque à trop monté, ce ſexe plein d'encombre
Encourt tous ces malheurs, dont i'ay deduit le nombre
[...]lle, & mil encor, que s'il faloit conter,
[...]eprendrois pluſtoſt de pouuoir arreſter,
[...]rſe des torrens, que les pouuoir comprendre,

SATYRE
Pluſtoſt ie conterois, les Cygnes de Meandre,
D'Athenes les Hybouts, & tous les eſcadrons
Des Mouſches de L'Ægypte, ou bien les Mouſcherons
De Pize,ou des Lucquois, les Scargots de Sardaigne,
Les Sautereaux de Cypre, & les Genetz d'Eſpaigne:
Lettrine.
LAiſſons donc ce diſcours, à nos vieils Medecins
Et pourſuiuons le fil, de nos premiers deſſains,
Que de tous les malheurs, la femme eſt l'epitome,
Quelle eſt de l'amitié, naufrage perilleux
Domeſtique danger, tourment ſolatieux,
Vn mal tres-neceſſaire, & peine ineuitable,
Plaiſante affliction, & malheur ſouhaitable,
L'enfer de nos Eſprits, le Paradis des yeux,
Lymbe de tous ennuis, Tombeau des Amoureux,
Purgatoire aſſeuré, des bourſes plus peſantes,
Repurgeés & nettes, aux flammes plus ardantes,
Et aux cuiſans fourneaux, de ce ſexe amoureux,
Qui droict à l'Hoſpital, rend l'homme comme vn gueux.
Lettrine.
EScoutez, Salomon, qui vous dict & aſſeure,
Qu'il aime beaucoup mieux eſlire ſa demeure
Au milieu des foreſts, entre les fiers Lyons,
Les Serpens venimeux, les Ours, & les Dragons,
Pluſtoſt qu'en la maiſon d'vne femme meſchante,
Qui de ſon noir venin, la plus chaſte ame enchante,
On ne peut de ſes retz, non plus ſe retirer
Que l'oyſeau pris au glu, ſe penſant despeſtrer:
Toute meſchanceté, toute ruze & malice
Eſt petite, au regard du ſubtil artifice,
De la feinte traiſon, du ſexe fœminin,

55
MENIPPEE.
[...] Nappelle n'eſt point vn ſi cruel venin,
[...] Smilax ſommeilleux, la froide Mandragore,
[...]eſtoufante Cyguë, & le Toxique encore,
[Q]ui rend par ſes effaicts, l'homme tout furieux,
[...]e ſont pour leurs venins, ſi tres pernitieux
[...] nos chetifs humains, qu'vne meſchante femme,
[...]aquelle auec le corps, faict ſouuent perdre l'ame.
Lettrine.
EVripide diſoit que ce ſexe imparfaict
Pour la neceſsité, ſeulement eſtoit faict,
[A]ffin d'entretenir noſtre humaine nature,
[...] de luy nous ſeruir, ainſi que de monture,
[...]u comme à paſſer l'eau; de Barques nous vſons,
[...]es femmes au beſoin, ainſi nous nous ſeruons,
[M]ais du torrent d'Amour,ayant paſſé la rage
[N]ous renuoyons bien loin la Nacelle au riuage
[...]ns la priſer en rien, que par neceſsité :
[...]e meſme nous vſons par importunité
[...]es femmes, pour paſſer le torrent de ce monde,
[R]emply de tant de flotz de volupté immonde,
[Q]u'à grand peine l'on peut,paſſer ſans naufrager
[...] le vaiſſeau ſouuent,faict l'homme ſubmerger.
Lettrine.
L'Homme eſt donc à bon droict, accort, prudent & ſage,
Qui peut paſſer à nu, ce fleuue tout â nage,
[S]ans ſe ſeruir s'il peut du feminin bateau,
[Q]ui peut au moindre vent, nous renuerſer dans l'eau,
[Ô]vaiſſeaux dangereux ! ô Barque perilleuſe !
[H]eureux qui peut paſſer la riuiere orageuſe
[D]e l'Empire mondain, ſans s'embarquer ſur vous,
[E]t monter voſtre Eſquif, qui nous haſarde tous
[N]ous y ſommes contrains, neceſsité nous force

SATYRE
Car tous de bien nager,n'ont l'adreſſe & la force,
Il faut bon gré,mal-gré,ſur ce ſexe monter
Qui nous faict bien ſouuent perdre & precipiter,
Lettrine.
ENcore ſi l'Eſquif,Barquerot, ou Nacelle
Ne ſeruoit qu'à vn ſeul ; Mais ce ſexe infidelle
Inconſtant, & leger, s'abandonne ſouuent
Au premier, qui demande à paſſer le Torrent
Des Amoureux plaiſirs: Ainſi qu'au bord de Seine,
Nous voyons à Paris vne flotte certaine
De vaiſſeaux attendans, auec leur Batelier,
Si quelque Courtiſan, Marchand, ou Eſcollier,
Conſeiller, Preſident, ou tel qu'on voudra prendre
Viendra pour paſſer l'eau, dans leur Barque deſcendre,
Afin de le guider ſoudain à l'autre bort
Et luy faire payer, argent du paſſeport;
De meſme nous voyons tant de bonnes Commeres
En ſeruant de Bateau, ſe rendre Mercenaires
Et mettre leur honneur ( comme on dict ) à l'encan
Pour gaigner vne Cotte, ou vn riche Carcan
Vne Bourſe au Meſtier, des gands en broderie
Vne bague, vn collet, ou autre brauerie
Ainſi pour piaffer, & s'aſſouuir d'Amour
Le Bateau femenin faict maint tour, & retour,
Tantoſt de ça de là, de riuage en riuage
Pour ſeruir aux Amans, en l'Amoureux paſſage;
Et ſoit que par Hymen quelqu'vn ait acheté
Vn vaiſſeau pour luy ſeul, à ſa neceſsité
Pour trauerſer d'Amour, la riuiere eſcumeuſe
Si eſt-ce quelquefois, que ſa Barque amoureuſe,
Se rend commune à tous, guidant iournellement
Cil qui s'offre à paſſer, en baillant de l'argent.

56
MENIPPEE.
Lettrine.
A Bon droict donc diſoit, le Pere de famille
Auquel on reprochoit d'auoir donné ſa fille
A vn ſien ennemy, qu'il n'euſt ſceu faire mieux,
Pour ſe pouuoir venger de ſon plus grand hayneux,
Que luy auoir donné ſa fille en Mariage
Afin de l'engager en vn cruel ſeruage,
Tourmenter ſon eſprit en tout genre dexcez,
Car on tient qu'vne Mulle, vne Femme,vn Procez,
Ont eſté de tout temps, trois dangereuſes beſtes,
Qui ioinctes en vn corps, font vn hydre à trois teſtes,
Dont l'vne eſtant coupee, auſsi toſt renaiſtront
Deux ou trois en ſon lieu, qui touſiours reuiendront ,
Deſracinés lerreur, d'vne femme obſtinee
Cent, & cent, renaiſtront dans ſon ame adonnee
A la meſchanceté, c'eſt ſans fin vn labeur,
Auez-vous vn Arreſt,qui vous ſemble bien ſeur
Vous eſtes eſtonné, que vous voyez renaiſtre
Mille nouueaux procez, prenans Eſſence & eſtre
De voſtre Arreſt donné; Bref procez n'a fin nulle,
Aués-vous pour monture,vne fantaſque Mulle,
Que vous ayes forcee à paſſer vn deſtroict,
C'eſt à recommencer des le premier endroict,
C'eſt vn trauail ſans fin, ſans limite vne peine,
Qu'vne Mulle, vn procez, vne femme mondaine,
C'eſt vn Hydre teſtu,qui meriteroit bien
Pour le veincre trouuer,le Prince Alcmenien.68
Lettrine.
ENcore d'vn Procez, d'vne Mulle ombrageuſe,
On peut tirer raiſon, mais de femme amoureuſe
Nul homme , euſt-il des dieux la force, & la faueur
Ne ſe peut pas vanter, d'en eſtre le veincœur.

SATYRE
Le Feu.
L'eau.
L'aer.
Lettrine.
LEs Charbons allumés donnent des eſtincelles,
L'impureté de l'eau,les lentes Eſcrouëlles,
L'infection de l'aer,la Peſte & les Bubons,
La Terre.
La terre les Aſpicz, & ſifflans Scorpions,
Mais ce ſexe peruers,cete amoureuſe engeance
Ne produit rien que feu de la concupiſcence,
Qu'vn Torrent putre-faict d'impudiques deſirs,
Qu'vn aër tout corrompu,de lubriques ſouſpirs,
Qu'vn corps plain de Serpẽs de voluptés mõdaines
Regorgeant du poiſon,de meſdiſances vaines;
Circes qui vont charmant les eſprits des humains,
Acherontides ſœurs qui portent en leurs mains
Les Couleuureaux retorts, & les torches flambantes
De la diuiſion; qui comme Corybantes,
Courrent eſcerueleés, apres la volupté
Sans ſe ſaouller iamais, de la laſciueté.
Pluſtoſt laſſes,cent fois qu'aſſouuies de Cyprine
Qui eſpuize le ſang, & nos eſprits ruïne.
Lettrine.
MAis quelqu'vn me dira que la femme en-
tretient
De noſtre indiuidu, l'Eſpece & la ſouſtient,
Qu'elles nous ont conceus, & mis tous en lumiere,
Fourniſſans de leur part le ſang, & la matiere ,
Dont nous ſommes nourris, dans leur ventre neuf
mois,
Partant que c'eſt mal-faict, de ietter tant d'abois
Contre ce ſexe heureux, qui nous a mis au monde,
Mais Lecteur c'eſt en vain, que la femme ſe fonde
Sur ces vaines raiſons, pour deffendre ſon droict,
Car nous voyõs ſouuẽt, en maint & maint endroict
De l'Eſpine pointuë vne fleur belle eſclore
Et du

57
MENIPPEE.
[Et]du roſier picquant la roſe qui decore,
[De]s iardins eſmaillez: Et des herbiers puans
[L]aiſſent iournellement les beaux Lis blanchiſſans,
[Co]mme ne ſoyez donc pour cela glorieuſe,
[...] Nappelle puant herbe forte venimeuſe,
[...]ſa tige produit, vne agreable fleur,
[Vo]us ne deuez donc point tant enfler voſtre cœur,
[...]r de vous nous naiſſons, comme fleurs odorantes
[...]e l'Eſpine produit, & les herbes puantes,
[Sa]ns tirer rien de vous, que le nourriſſement
[...]i vous ſert puis apres, pour le contentement:
[...]e ſeriez vous ſans nous, ſinon arbres ſterilles
[...]aiſles ioncz inutils, fougeres infertilles,
[...]s nous vous ne pourriez iamais produire fruit,
[No]us vous cauſons ce bien, qui ſouuent nous deſtruit,
[...] en vous fœcundant la vitalle ſemence
[E]ſcoullant de nos corps, les met en decadence,
[C]omme en ſe conſommant ſoy-meſme ſe produict,
[...]mme ie ne ſçay donc, quelle erreur vous conduict
[...]dire que de vous, nous empruntons noſtre eſtre
[...] contraire c'eſt nous, qui vous donnons le naiſtre,
[...]s que par le moyen des Esprits Animaux,
[...]aux, & Naturelz,conduis par ſix vaiſſeaux
[...]t à ſçauoir deux Nerfs, deux Arteres,deux vaines,
[...] tous remplis d'Eſprits, puiſez de leurs fontaines
[...]verſez au coït dans le champ fœmenin
[...] meſlez en apres, auec le ſang benin,
[A]giſſent pour former la matiere confuſe
[...]nt eſt faict l'Embrion, duquel l'ame eſt infuſe,
[...]ée en vn moment, des mains du Tout-puiſſant ,
[...]que donc les Eſprits de l'homme vont formant,
H

SATYRE
Ne s'entend point icy, de forme eſſentielle
Laquelle vient du Ciel, mais bien materielle,
Ie ne veux pas pourtant nier comme menteur
Qu'en ſoy la femme n'ait vne humide chaleur
Qui excite l'Agent, à tirer vne forme
De la maſſe confuſe, & la matiere informe;
Mais l'Agent eſt touſiours, plus que le Patient,
Femmes vous ne preſtés que l'Ouuroir ſeullement
Où trauaille l'Agent, à former ſes ouurages
Vous fourniſſés le lieu, & nous les perſonnages
De cet Acte diuin, de la formation
Qui ſeul à l'homme eſt deub pour ſa perfection,
Qu'il puize entierement de la diuine Eſſence,
Femmes rabaiſſez donc voſtre fiere arrogance
Car nous ſeuls poſſedons, l'heur que tant vous vantés
Et rien vous ne formez que des meſchancetez,
Semblables en humeur à l'Aſtre de Saturne
Dont l'Aſpect ne produit que Monſtres d'infortune.
Salomon meſme à dict que l'homme mal-faiſant
Meritoit beaucoup mieux que femme bien-faiſant,
Qui monſtre aſſes combien leur puiſſance eſt petite
Puis que l'homme au mal faict, gaigne plus de merite
Qu'vne femme n'en peut, obtenir au bien-faict
Car de mauuaiſe cauſe, il ne ſort bon effaict;
Rien que meſchanceté ne ſort de leur boutique,
Et rare eſt le bien-faict qu'vne putain pratique,
C'eſt miracle nouueau, que de l'impureté
Puiſſe naiſtre & ſortir, la nette pureté:
Iob ce par-faict miroër de toute patience
Ne peut eſtre vaincu en ſa ferme conſtance
Par ce ruzé Sathan, pour le perſecuter,
Sa ſeulle femme en fin, le ſçeut vaincre & dompter,

58
MENIPPEE.
[...]feiſt preſque offenſer, murmurer & ſe plaindre
[...]que Sathan ſur luy, ne peut iamais atteindre,
[...]femme eſt pire donc,que Sathan l'impoſteur,
[...]i pour tourmenter Iob n'en peut eſtre vaincœur,
[...] Ar la femme peché, fut introduit au monde ,
Par elle, nous tombons en la foſſe profonde
[...] pieges de la mort ; peut-on imaginer
[...] mal plus dangereux, que la mort nous donner?
[...] bref ſi ie voulois raconter par hiſtoires
[...] guerres, les debats, les meurtres les miſeres,
[...] deſaſtres ſanglans, les Tragiques horreurs,
[...] cruels aſſazins les traihiſons, les malheurs
[...] la femme excités : Tantoſt en l'Amerique,
[En] Europe, en Aſie, & par toute l'Afrique,
[...]me en tous les climatz de ce large Vniuers,
[...] meſme iuſqu'aux lieux nagueres deſcouuers;
[...] diſcours ſembleroit pluſtoſt vne Iliade,
[...] longue Æneide, ou vne Franciade
[...]vn petit abregé, vn racourciſſement,
[...]el i'auois promis tout au commencement,
[...]rois pluſtoſt nombré tout le ſable d'Aulonne,
[...]s fueilles des bois, qui tombent en Autonne,
[...]de pouuoir conter tous les malheurs diuers
[...]s maux qu'à produit vn ſexe ſi peruers,
[...]apharez rochers, le chant des Amyclides,
[...] Syrtes ſablonneux, & les gloutons Caribdes,
[...]ont pour leurs perilz, ſi fort à redouter
[...]les femmes nous ſont à craindre & euiter.
[...]E n'entends point pourtant parler des Vertueuſes,
Ce diſcours ſeullement s'adreſſe aux Vitieuſes,
H ij

SATYRE
Aux laſciues Putains, qui pour iouër du cu
Gaignent le plus ſouuent le teſton, ou l'eſcu,
Afin de piaffer, & ſe faire paroiſtre
Aux lieux plus frequentez,ou l'on ſe fait cognoiſtre,
Comme à l'Egliſe, au Bal, & Banquetz ſomptueux,
Tournois, courſe de Bague, & Theatriques ieux,
Aux Marchez, aſſemblees, & feſtes de Village,
Ou libres on les void, iouër leur perſonnage,
Le front couuert de fard, pour gaigner des Mignons
Et prendre dans leurs retz touſiours nouueaux poiſſon
Ou bien à ſes Putains, tant hors qu'en Mariages,
Qui riches de moyens, entretiennent à gages
Quelque bel Adonis, ieune mignon de Cour
( Pour leur donner plaiſir, & les ſaouller d'amour )
Qui quelque fois ſera caché,dans la ruelle
D'vn lict ; touſiours au guet, en crainte,& en ceruell
Sans touſsir,ny cracher, peur d'eſtre deſcouuert
Soit du Mary ialoux, ou de l'Amant couuert:
Ainſi la riche Dame, ou bien Madamoiſelle
Aura pour ſes plaiſirs, ſon Amant plus fidelle
Qui durant les iours gras, la conduit aux Baletz
Ayant expres deuant enuoyé ſes Valetz,
Pour aller deſcouurir le lieu & la feneſtre
Ou bruſle le fallot pour aduertir leur maiſtre,
Qui ſoubs le bras conduit ſa dame dans le bal,
Ou ſe trouue à propos,le ialoux Coriual,
Qui luy fera danſer la courante, ou la volte,
Et au ſortir du bal, luy ſeruira d'eſcorte,
Et ſur elle exerceant, les pourtraicts d'Aretin,
Gaigne le bas de ſoye, ou l'habit de ſatin,
Les iartiers dentelez, l'eſcharpe en broderie,
Pour contenter d'Amour, le cul de ſa cherie

59
MENIPPEE
[...]le moyen duquel il braue & s'entretient
[...]bitz fort pompeux,ſans desbourcer argent.
CE n'eſt donc, Cher Lecteur, qu'a ſes femmes publiques
Et ſecrettes Putains, non aux Dames pudiques
[Que] s'adreſſent mes Vers, car pour rien leur honneur
[Je ne]voudrois toucher, comme effronté menteur,
[...]ay bien quel honneur on doit porter aux femmes
[...] n'ont le cœur attainct, des impudiques flammes,
[...]ay qu'on ne ſçauroit aſſez les reſpecter,
[...] pourquoy dans mes Vers, ie les veux exempter
[...] garantir du tout, du Satyrique orage,
[...] viſage eſt femelle, & maſle leur courage,
[...] bref leur naturel ne ſymboliſe point,
[...]c l'humeur de ceux qu'en ſes vers i'ay deſpeins
[...] Muſe que fais-tu, tu gaſtes ton ouurage,
[...] voulois ſeullement peindre vn petit Payſage
[...] à plan racourcy, ſur ton Nopcier69 Tableau
[...]luy ſeruir de champ, & tu veux de nouueau
[...]lieu d'vn racourcy peindre vne piece entiere
[...] le naturel; ie ſçay que la matiere
[...]ſtant en quantité te donne du regret,
[...] en lieu ſi contraint, ſur le champ d'vn pourtret,
[...] peintre induſtrieux pourroit toute l'eſtendre
[...] que tout l'vniuers, ne la pourroit comprendre,
[...]ſe donc ce ſubiect, pour t'employer ailleurs
[...]tre les vſuriers, & ruzés Chicaneurs ,
[...]tre les Charlatans, trompeurs Paracelſiſtes,
[...] Pſeudomedecins, & enfumés Chimiſtes,
[...]tre la nouueauté, des habitz des François,
[...] changent tous les iours, de façon plus de fois
H iij

SATYRE
Qu'vn Prothee inconſtant de formes, & figures,
Ou le Chameleon de diuerſes peintures
I'eſpere mettre au iour tous ces Tableaux diuers
Deſpeinctz au naturel,du pinceau de mes Vers,

FIN.




Cul de lampe.

60

Bandeau. A
MADAMOISELLE .ƆC.
ma Maistresse.

STANCES.

Lettrine.
MA chere ame, mon tout, ie me vien excuſer
Si i'ay ozé blaſmer, tout le ſexe des femmes,
Non, non mon cœur, ce n'eſt qu'aux impudiques
Dames,
[Que] mes Cyniques Vers ſe doiuent adreſſer.
I'ay touſiours reſpecté, les chaſtes Damoiſelles,
[...]ſſé de ton Amour, & de la verité,
[...]'ay donc par ces Vers, nullement merité
[...]ncourir ta diſgrace, & des autres Pucelles.
Pluſtoſt mon cœur tu dois, m'aymer plus ardemment
[A]uoir choiſi pour but vne telle matiere,
[...] faict ta chaſteté, briller par ſon contraire,
[Com]me en l'obſcurité, brille le Diamant.
Plus le ſubiect eſt beau, & rare en ſon Eſſence,
[Plus]i'en ſuis deſireux : Ainſi ta Chaſteté,
[Com]me vn rare ſubiect, me retient enreté,
[Dan]s les retz amoureux de ton obeiſſance.
Sans toy chere beauté ie ne veux ny puis viure,
[...] toy dedans mon corps, ne peut batre mon cœur,
[...]s l'eſprit vital, qui le tient en vigueur,
[...] doux air qui faict, que mon poulmon respire.
H iiij



SIX
EPITAPHES
OV
TOMBEAVX.

Vignette fleurie.Empreinte de la bibliothèque, illisible.



62

Bandeau. EPITAPHE.

DE NOBLE ET PVISSANT
seignevr Loys de Bordeavx
Sieur du Lieu , & d'Eſtouuy, Baron de
Coullonces : Cheualier de l'Ordre du
Roy , & Capitaine de cinquante hom-
mes d'armes de ſes Ordonnances.
STANCES.

Lettrine.
CY gist, ô fier destin, ſous ce Tom-
beau poudreux
Le plus digne Seigneur qu'on ayt veu
ſous les Cieux:
C'eſt ce grand de Bordeaux, l'abregé & le
centre
Où toutes les vertus ſe venoyent terminer,
Vertus qu'on doit pluſtoſt admirer que loüer,
Plus loüer que chercher, mediter que comprendre.
[J]e ſeray neantmoins d'vn Artiſte ciſeau
Grauer en lettres d'or ſur ſon marbin Tombeau
Les deux rares vertus, la valeur, la prudence
De ce ſage Neſtor, lequel ſçauoit ſi bien
Ioindre Minerue à Mars, qu'il n'entreprenoit rien
Qu'il n'obtint par valeur ou par ſa bien-diſance.

La France en veit l'effect au ſeruice des Rois,
Charles ayant ſeruy, & Henry maintefois,
Sous Charles il monſtra ſa guerriere vaillance,
Aux champs de Moncontour; ſous Henry puis apres:
Il fut iuſqu en Beard en Ambaſſade expres
Vers le Roy Nauarrois pour ſa grande eloquence.
Non, non, il n'eſt point mort,ſes vertus le font viure,
La France a ſon renom, le Beard ſon bien dire,
Moncontour ſa valeur, ſes ſubiects ſa bonté,
Les Virois ſes bien-faicts, ſon amitié,ſa Dame,
Coullonces à ſon corps,le Ciel à prins ſon ame,
Et le marbre ſes faicts garde à l'eternité.


Cul de lampe.

63

Bandeau. TOMBEAV.
SVR LE TRESPAS DE M. THOMAS
Anffrie escvybr, sievr de
Clermont mon Oncle, Lieutenant General
du Vicomté de Vire, en faueur du
ſieur de Gaillon ſon fils.

Lettrine. ACcovrez mignons d'Aſtree,
apportez des Cyprez au Tom-
beau de celuy qui portoit les Lauriers
dans voſtre Barreau : C'eſt ce docte
de Clermont,l'Oracle des Aduocats,
le Phœnix des Iuriſconſultes, & l'Aſi-
le des affligez, lequel giſt en ce Tom-
beau. La mort a bien des perfections,
puis qu'elle a vaincu la perfection
meſme : & les perfections ont bien
peu de vie, puis qu'elles ſe dõnent à la
mort. Que dis-ie? la mort ne l'a peu
vaincre, ſon eſprit vit au Ciel =, & ſa
gloire ſur la terre, ſon renom de meu-
re eſpandu par l'Vniuers,ſon eloquẽ-

ce au Barreau, & ſa doctrine en ſes eſ-
crits. Il n'y a rien de mort en luy, que
l'enuie de ceux qui le vouloient imi-
ter ſans le ſuyure, & qui le ſuyuoyent
ſans l'imiter : ſa bonne vie nous doit
eſiouyr de ſa mort, & ſa mort nous
doit faire regreter ſa vie.Paſſãt n'ẽuiez
point ſon bon-heur, il ne vous porte
point d'enuie s'eſtant contenté de
mourir apres auoir borné la carriere
de ſa vie d'vn aage ſeptuagenaire, tout
comblé d'honneurs, & chargé de be-
dictions
. Bref la pureté de ſes merites
l'a rẽdu à ſa perfectiõ à la vie eternel-
le: Adieu dõc Paſſant, ne pleure point
auec les yeux mortels ſon ame im-
mortelle,& honore en ta vie les meri-
tes de Thomas Anffrie sievr de
Clermont.



Bandeau. SVR LE MESME,
Stances.

Lettrine.
Clermont repoſe icy:Ce Clermont dont la gloi-70
S'eterniſe à iamais au Temple de Memoire,   (re
Memoire qui d'oubly conſerue ſes vertus,
Memoire qui luy ſert de Marbre & de Porphyre,
Où ſes faicts engrauez on verra touſiours luire,
Ne pouuant par le temps iamais eſtre abatus.
Il a plaidé trente ans dans le Barreau Virois,
Tant qu'vn malheur fatal le priua de la vois,
Alors on recogneut qu'vn Soleil d'eloquence
S'en eſtoit eclypſé: Car ſoudain la ſplendeur
Du Barreau s'obſcurcit, ainſi comme la fleur
Qui faniſt, n'ayant plus de Phœbus la preſence:
Ce Phœnix en ſon lieu nous laiſſe vn Phœniceau,
Qui decore auiourd'huy le virien Barreau,
Non Clermont n'eſt point mort, car il vit en ſa cen- 71
Non il ne peut mourir, cependant que Gaillon   ( dre
Conſerue ſes vertus, ſa memoire & ſon nom,
Que tous les marbres vains ne pourroient pas cõprendre,


Bandeau. TOMBEAV
SVR LA MORT DE Me. FRANCOI
Hvillard sievr de Lavmonderie,
treſ-excellent Medecin.

Lettrine.
LA mort qui le croira,a donc vaincu la vie?
Mettant dans le tombeau le ſieur Lavmonderie
Ce docte Medecin qui combattoit la mort,
Luy meſmes à la mort en fin c'eſt laiſſé poïndre,
Celuy qui empeſchoit ſes traicts de nous atteindre,
A ſubi la rigueur de ſon cruel effort.
Ceſte traiſtreſſe Mort pour mieux nous attraper,
A voulu de ſon dard cruellement frapper,
Celuy qui par ſon art maintenoit noſtre vie,
Malades languiſſans eſperez-vous guarir,
Puis que la Mort a faict ce Medecin mourir
Qui vous garantiſſoit des traicts de ſon enuie,
Le Nautonnier Charon par vn fatal deſtin,
Faſché de voir ſouuent ce ſçauant Medecin
Empeſcher les humains d'entrer en ſa Nacelle,
A la Parque ſe plaint, inuoque ſon ſecours,
La ſuppliant coupper des ans le freſle cours,
A ce fils d'Apollon pour venger ſa querelle.
La Parque ayant ouy de Charon la clameur,
Luy promet auſsi toſt ſon ayde & ſa faueur
Contre ce Medecin, qui par ſa Theorique,
Non ſeulement vouloit les humains exempter
De paſſer l'Acheron;mais luy vouloit oſter
Auſsi bien qu'à Charon le droict de ſa practique
El

95 72
[...]e eſt donc reſoluë auec ſon noir cizeau,
D'enuoyer promptement dedans l'obſcur tombeau
Ce docte Medecin,qui gardoit noſtre vie,
O cruelle AtroposCharon rigoureux !
Helas! vous auez mis ſous ce tombeau poudreux,
L'appuy & le ſecours de toute ſa patrie.
oy?penſerois tu bien,ô inhumaine Parque,
De vie auoir priué ce ſçauant Medecin:
Non,vos efforts ſont vains; car touſiours la ſcience
Qu'il laiſſe apres ſa mort, & ſon experience,
Le font viure à iamais, en deſpit du deſtin.
vit donc maintenant dans le Ciel bien-heureux,
En terre il vit auſsi par ſes faicts vertueux,
Il eſt mort ſans mourir, ſa gloire eſt immortelle:
Car tandis que le monde en ſon eſtre ſera,
Touſiours de ſon ſçauoir vn chacun parlera,
Malgré le fier Charon,& la Parque cruelle.







I


Bandeau. TVMVLVS
IN OBITVM M. IOANNIS SONN
tii,pinsonnerii, patris mei, vrbis
Viriensis Clariſſimi Patroni.

Obyt ergo ſanctæ Recordationis

Lettrine. Ille, ille Iohannes Sonnetius Pinſonnerius,
aureis, nõ ſegnioris venæ dignus temporibu
Is abſque Titulo, Eulogio, Lapide, noteſcet vſqu
poſteris ipſis, & quia vitam meruit, eius perennab
memoria. Quidni hoc? hominis os,hominis me
& illud terſum, & hæc conſulta, dum aduiuit ann
ſeptuaginta , multùm ſanè, & et multis præſtò Patr
nuſque adeſt apud Viriam ; nempe , vbi Norm
nicæ Themidis red duntur quotidie Oracla:Terti
Cato è cælo lapſus, dum tot annos non exorbitat
vià recti, dum potentes;dum tenues pari iure liga
dum neutris oneri,dum Neuſtriæ ſuę honori eſt, e
ce in cæleſtem Hieruſalé,cum ſanctis, æternùm v
cturus ſublimari meruit.Id optantibus,ac deprec
tibus, qui vndequaque, vel ex ſeno Milliario,ad ei
Funus,& inſepultam ſepulturam cateruatim accu
rerunt,tanti viri, tãti Patroni, tàm bene de cunct
merentis Sonnetii obitu celeriter exaudito.

66

Bandeau. [SV]R LE MESME TRESPAS DVDIT
sievr de la pinsonniere mon pere.

SONNETS.

[A]Rreſte-toy paſſant, comtemple ie te prie
L'honneur des Aduocats, giſant droit en ce lieu,
Des vefues le ſouſtien: Ayant l'honneur de Dieu,
Touſiours deuant ſes yeux, durant toute ſa vie.
[E]ſtoit l'ornement de toute la patrie,
[P]aroiſſant en vertu, ainſi qu'vn luiſant feu,
Qui brille parmy l'air, quand la nuict peu à peu
A de ſon noir manteau, l'hemiſphere obſcurcie:
[Ne t']'eſtonne donc point, ſi le peuple Virois
Reſpand vn Ocean de larmes ceſte fois,
[S]i la vefue ſe plainct; ſi le Barreau ſouſpire,
[Si] Iuſtice en dueil deſplore ſon ſupport,
[S]on Phare & ſon flambeau qui la ſouloit conduire?
[P]aſſant ſçay-tu pourquoy ? la Pinsonniere eſt mort.

Filet simple. AVTRE SONNET SVR LE MESME.

E n'eſt pas ſans ſubiect, puis que ſous ce carreau
Giſt ce docte Aduocat, ce torrent d'eloquence:
[...]n ſageſſe vn Caton, vn Sceuole en prudence,
[L]a gloire & l'ornement du Virien Barreau.
[...]ore donc Paſſant, de fleurs ce ſien Tombeau:
[T]u luy feras honneur, ionchant en abondance
Des roſes & de lis, pour marque & ſouuenance,
[Q]u'il eſtoit de vertus vn flairant renouueau.
I ij

Va t'en donc ( cher Paſſant ) les yeux remplis de larmes,
Et le cœur des ſouſpirs:raconter les alarmes,
Les funebres regrets, la triſteſſe & le dueil,
De ce peuple Virois:voyant que ſa lumiere,
Son Aſtre, ſon Soleil, ſon cher la Pinſonniere,
S'eſtant eclypſé d'eux,giſoit dans le cercueil.

Ligne droite foncée AVTRE SONNET PLAINTIF SV
ladite mort de mon pere.

Lettrine.
PLeurez mes triſtes yeux,verſez vne riuiere,
De larmes,& de pleurs,puis que mon pere eſt mort:
Celuy-là qui eſtoit mon plus ferme ſupport,
Eſt maintenant enclos dans vne obſcure biere.
Qui euſt iamais penſé que ceſte Parque fiere,
Ceſte noire Atropos,qui par vn cruel ſort,
Couppe auſsi toſt le fil du foible que du fort,
Euſt ia de ſes vieils ans,limité la carriere.
Va Parque,c'eſt tout vn;puis qu'il vit bien-heureux,
D'vn eternel repos en la voute des Cieux,
Tariſſez-vous mes yeux,ſerenez-vous ma face:
Mon pere n'eſt point mort,bien que ſans mouuement
Il repoſe endormi dans ce creux monument,
Et ſon ame eſt au Ciel,qui iouyſt de la grace.

Filet simple. SVR LE MESME.

Oὐδέ ποτε κλέος ἐσθλὸν ἀπόλλυται ὁυδούδε αυοῦ,
Aλλ’ ὔπὸ γὴς περ εὼν γίγνεται ἀθανατος.
Son los & ſon renom ne tient rien du mortel,
Sous terre il eſt couché,mais il eſt immortel.

67

Filet simple. EPITAPHE.
DE VERTVEVSE DAME
Magdalaine le Chevalier
d'Aigneaux ma Mere.

STANCES.

Lettrine.
QV'on ne s'efforce point d'vn marbre Parien,
D'eſleuer vn tombeau à ceſte honneſte Dame,
Non non, il ne faut point que le cuiure on entame,
Elle eſt aſſez grauee au cœur des gens de bien.
[...]ë elle n'eſt point de quelque race vile,
Mais du ſang genereux des braues Cheualiers,
De ces doctes Aigneaux qui furent les premiers,
Qui par leur beaux eſcrits illuſtrerent la ville.
[Qu]el tige, quel eſtoc, tant ſoit-il anobly,
Pourroit de ſes Aigneaux paſſer la renommee?
Leur gloire en l'Vniuers eſt tellement ſemee,
Que le long cours des ans ne l'a met en oubly.
[La] deffuncte eſtoit donc de ceſte noble race,
Race noble en vertu, imitant ſes ayeulx.
Ayeulx,qui ont planté leur renom dans les Cieux,
Cieux, qui l'ont conſerué dedans leur vague eſpace.
[Qu]e pouuoit-il ſortir d'vne ſi belle plante?
Sinon d'en voir germer vn admirable fruict,
Fruict aſſez recogneu par ſon diuin eſprit,
Eſprit, qui rien que beau ne produit & n'enfante.
[Vo]yons donc maintenant reüſsir les effaits,
Les effaits reüſsir d'vne ſi belle cauſe,
Cauſe qui ne produit que des effaits parfaits,
Parfaits vrayment effaits, parfaicte eſtant leur cauſe.
I iij

On void les Elements ſubtils, purs & legers,
Du centre s'eſleuer à la Circonference:
Ceſte Dame guindoit en haut tous ſes penſers,
N'aſpirant qu'à l'honneur qui vient de la ſcience.
On l'a veu par effect conſacrant ſes enfans
Dés l'inſtant du berceau à la docte Minerue,
Iugeant tres-ſagement que le ſçauoir conſerue
Noſtre nom immortel malgré le cours des ans.
Ceſte Dame iamais ne fut ambitieuſe
De voir aux dignitez ſes enfans les premiers:
Mais mille fois pluſtoſt elle eſtoit deſireuſe
De voir deſſus leur front d'Apollon les lauriers.
Elle aymoit la vertu, elle abhorroit le vice,
Cheriſſoit ſon Mary, reſpectoit ſes parens,
Honoroit ſes amis, aidoit aux indigens,
Seruoit aux orphelins de fidelle tutrice.
S'il faut bruſler ſon cœur du feu de charité,
Ceſte Dame ſur tout en eſtoit enflammee,
Les pauures ſçauent bien qu'au temps de la Cherté
Elle appaiſoit l'aigreur de leur den affamee.
S'il faut ſon ame orner de toute pieté,
Seruir Dieu, l'honorer,auoir touſiours ſa crainte,
Ceſte Dame en ſon cœur l'auoit ſi bien emprainte,
Que ſes plus chers deſirs n'eſtoient que ſaincteté.
Hé! qui pourroit nombrer mille perfections,
Et mille autres vertus qui honoroyent ſa vie,
Pluſtoſt on conteroit de l'Eſté les moiſſons,
Et les fleurs qu'au printemps decorent la prairie.
Mvse arreſte toy donc,tu ſerois temeraire,
Ton luth ſeroit trop bas, & trop foïble ton chant:
Apprenez donc tous deux Muſe & Luth, à vous taire,
Car la penſant louer vous l'irez meſpriſant.

68

Bandeau. SONNET PLAINTIF SVR LA
mort & maladie de ladite Dame.

Lettrine.
IE n'euſſe pas penſé,docte Epidaurien,
Qu'ayant par grand labeur penetré ta ſcience,
Tu m'ays au grand beſoin laiſſé ſans aſsiſtance,
Permettant qu'au tombeau ſoit enclos tout mon bien.
e n'euſſe pas penſé , ô fameux Galien,
Qu'ayant de tes ſecrets ſçeu quelque cognoiſſance,
La Parque euſt neantmoins malgré la reſiſtance,
De cent remedes vains coupé le fort lien.
Dont l'eſtre maintenoit de ma mere la vie,
L'ayant ô ſort cruel de ce monde rauie:
Que me ſert Hipocrate & ſon diuin cerueau,
Que me ſert-il d'auoir ſa ſcience choiſie,
Puis que ie n'ay pas peu guarir l'hydropiſie,
Qui en fin a conduit ma mere en ce Tombeau.

QVATRAIN SVR LA MESME.

La Mort ayant deſpit que ie ſauuois la vie,
Par mon art , à ceux-lâ leſquels alloient mourant,
Voulut pour ſe venger enclorre au monument
Celle qui en naiſſant me l'auoit departie.
I iiij


Bandeau. REGRETS FVNEBRES SVR
la mort de Thomas Meſguet ſieur de
Vaubeſnard, lequel s'eſtant embarqué ſur
l'Ocean pour aller aux terres Neufues, fut
par l'enuie des Mariniers ietté au profon-
de ſes ondes.

STANCES.

Lettrine.
VAgabonde Thetis, faut-il que tu enſerres,
Enſerrez dans tes flots le corps de Vavbesnard,
Vavbesnard, qui eſtoit vn courageux ſoldart,
Soldart?non,mais vn Mars le foudre de nos guerres.
Las Parque , falloit-il en l'Auril de ſes ans,
Ans tous pleins de vigueur, luy accourſir la vie,
Vie,helas!qu'il euſt miſe en ſeruant ſa patrie,
Patrie ayant beſoin de tels hommes vaillans?
Neptune, falloit-il dans tes humides flots
Eſteïndre ce flambeau au poinct de ſon Aurore,
Ce bel Aſtre Virois qui commençoit encore
A ietter ſes rayons & reſpandre ſon los?
Il auoit l'eſprit vif, & le cœur genereux,
Genereux plein d'honneur,deſireux de la gloire,
Gloire où vont aſpirant les hommes courageux,
Courageux meſpriſans le laſche populaire.

69
Lettrine.
Il eſtoit treſpuiſſant & robuſte de corps,
Corps agile, diſpos, & d'vne belle taille,
Taille pour reſiſter aux Martiaux effors,
Efforts qu'il euſt monſtrez quelque iour en bataille.
Bref, tant plus Vavbesnard à de perfections,
Tant plus apres ſa mort y a de ialouſie
A qui aura ſon corps;Thetis s'en eſt ſaiſie,
Craignant qu'vn iour Tellus n'en ornaſt ſes ſillons.
Sans ſes perfections il ne ſeroit point mort,
Sa valeur feiſt germer vne ialouſe enuie
Au cœur des Nautonniers, d'attenter à ſa vie,
Trop laſches redoutans de ſes vertus l'effort.
Perfides Matelots,ô deſloyalle engeance!
Quel tort vous auoit faict ce ieune Vaubeſnard ?
Quel crime auoit commis ce genereux ſoldard
Pour le ietter en mer ? vous craigniez ſa puiſſance.
O Nauire fatal, où s'embarqua ſur mer
Ce valeureux Meſguet, ô fatal equipage,
Rames,voiles,& Mail, antennes & cordage,
Nochers, prouë, & tillac, puiſsiez vous abyſmer.
Paſſant, pri' Dieu pour luy, combien que ſon tombeau,
Son Tombeau ſoit baſty au profond de la mer,
Mer qui garde ſes os pour le reſuſciter,
Reſuſciter vn iour plus parfaict & plus beau.
FIN.



Bandeau. DEFFENCE
APOLOGETIQVE

dv Sievr de Covrval
Docteur en Medecine Gen-
til-homme Virois.




Contre,

LES CENSEVRS DE SA
Satyre du Mariage.
Bandeau.Empreinte décolorée. A PARIS,

Chez Iean Millot,ſur les degrez de la
grand' ſalle du Palais.

1609.
Auec priuilege du Roy.


71

Bandeau. A NOBLE HOMME
Gvillavme Anefrie,
ſieur de Chaulieu , Conſeiller du
Roy en ſa Cour de Parlement à
Rouën , & Commiſſaire aux Re-
queſtes dudit lieu
.

MONSIEVR,


Voyant tant d'Ariſtar-
ques
Cenſeurs , & de
Zoilles enuieux,s'effor-
cer,par l'eſclair & le foudre de leur meſ-
diſance,deſcrazer , & eſtouffer dés le ber-
ceau,ſi peu d'enfans que ma Muſe peut
produire & mettre au iour:i'ay eſté con-
traint,pour arreſter le foudre, & les ora-
ges de leurs furieuſes calomnies,de dreſſer

ceſte deffence Apologetique,pour l'expoſer
au public;Et ne ſçachant de quel pauois la
couurir, contre l'effort , la violence,& la
rage de ces Sycophantes calomniateurs ,
I'ay pris la hardieſſe de mendier voſtre
ſecours , tanquam βωμος, φευξιμος, pour
vous ſupplier luy ſeruir de bouclier , &
rempart aſſeuré , contre les traicts empoi-
ſonnés de la meſdiſance, & luy faire voir
le iour ſoubs voſtre adueu & authorité,
vous diſ-ie que ie recognois eſleué , en ce
hault Solſtice d'honneur , comme l'vn
des principaux miniſtres, de ce ſacré Tem-
ple de Themis,ce grand & Auguſte Par-
lement de Normandie,dans lequel vous
faites iournellement paroiſtre , en l'admi-
niſtration de la Iuſtice , la grandeur de
voſtre eſprit , l'excellence de voſtre me-
moire,la ſolidité de voſtre iugement, & la
grauité de voſtre maintien. Quel plus fer-
me bouclier , & aſſeuré rempart, euſſe-ie
peu choiſir pour garantir & deffendre ce-

72
ſte Apologie,de la dent venimeuſe de l'en-
uie , & de fleſches acerées de la calomnie,
que l'eſclat , & le luſtre , de vos vertus,
la puiſſance de vostre authoriré,& la re-
putation de voſtre nom ? que chacun ad-
uouë , & confeſſe eſtre le flambeau de no-
ſtre Viroiſe Patrie, ce que ma Muſe pu-
blie en ſes vers.
Ainſi que nous voyons les petis fœux celeſtes,
Venus , Mars,Iuppiter & les autres Planettes,
Mendier leur clarté, du Soleil lumineux,
Noſtre Patrie ainſi, tire de vous ſa gloire,
Vous eſtes le flambeau, & l'Aſtre qui l'eſclaire
Grauant par vos vertus,ſon los en mille lieux.
Quel temeraire & effronté meſdiſant,
ozera donc leuer la paupiere de ſa preſum-
ption , pour morguer ou cenſurer ce petit
diſcours,eſtant en la protection & ſauue-
garde de voſtre Nom? Nul que ie croy
ne ſera ſi ozé , s'il ne deſire rencontrer dans
le brillant eſclair de vos vertus, le foudre
de ſa ruine. Iettés donc s'il vous plaiſt vn
rayon de voſtre bienueillance , ſur ceſte
deffence,autrement ſon principe ſeroit ſa

fin, & feroit les funerailles de ſa naiſſan-
ce; du contraire ſi vous la daignés regar-
der d'vn bon œil , & l'aduouër pour vo-
ſtre , ceſte ſeulle faueur luy ſeruira de gloi-
re, & ceſte gloire excitera ma Muſe , &
hauſſera mon courage , à produire des ef-
fects capables de vos deſirs, & dignes de
vos merites , ſur ceſte esperance ie de-
meureray,

Monsievr,

Voſtre affectionné ſeruiteur, Covrval Medecin.






AVDIT

73

Motif décoratif AVDICT SIEVR
de Chavliev.

STANCES.

SAns treue,& ſans repos,quelque faſcheux orage,
Sur ma Poëtique Mer ſa fureur va greſlant
Et mon fraiſle vaiſſeau,dans ce peril flotant,
N'atend qu'vn prõpt ſecours, ou qu'vn prochain Naufrage.
Beau Soleil rayonneux diſsipe ces nuages,
Chaſſe docte CHAVLIEV cet orageux mechef:
Haſte toy bon Neptun pour ſecourir ma Nef,
Et ie te dediray,le Mail & les cordages.





K


74

Bandeau. DEFFENCE APO-
LOGETIQVE.

Lettrine. AYant eſté aduerty en-
virõ le temps que les feb-
ues eſtoyent en fleur, que
quelques Cerueaux deſ-
montez;& iugemens mal
tymbrez , ſaiſis d'acriſie 73,
& de terreurs Paniques
mme autrefois Aiax , faute d'auoir eſté en
cire chercher de l'Elebore,pour guarir
r cerueau lunatique & perclus, & pouſſés
vn enthouſiaſme , qui accompagne les ge-
tz d'Arcadie,& d'vne maudite enuie qui
r plombe & iauniſt le front, s'eſtoyent iet-
comme à la deſeſperade, & à corps per-
, ſur ma Satyre Menippee du Mariage
guere miſe en lumiere , & vomy contre
elle le noir venin de leurs Cenſures , faict
uër tous les reſſors de leur eſprit pour taſ-
er d'y trouuer quelque occaſion de repri-
K ij

Deffence
ſe, les vns blaſmans le ſtylle, les autres mor
guans le ſens, qui les rimes, qui le ſubject d i
celle , & tous enſemble ioinctz,ſe ſont effor-
cez par toutes ſortes de ruades , & cruelles
morſures de la dechirer & terraſſer , ne ſa-
chant en quelle coquille tremper, ni quelles
couleurs broyer pour la deſpeindre & grif-
fonner à leur fantaſie,ſelon que les bouillan-
tes vagues de leur eſprit bouffy d'orgueil,
d'enuie & de rage les tranſporte.
Hos mſeré cœcos veſana φιλαυτια reddit
Inſani credunt cuncta licere ſibi;
Improba cum ſtolidas vexat veſania mentes
Vndique ſe primas obtinuiſſe putant.
Atq Theonino corrodunt omnia dente,
Clamoſo infeſtant turpiter ore probos.
Tum frontem caperant , liuore vorante medullas
Oſsibus illœſis , ah dolor iſte grauis,
Deblaterant rabidé quidqiud mens ſuggerit atra,
Effudit virus lingua proterua ſuum ;
I'ay penſé qu'il eſtoit neceſſaire de dreſſe
ceſte deffence, pour arreſter les fougues ef-
frenees de ces Sycophantes calomniateurs,
leſquels plus armez d'ignorance , & d'enuie,
que de doctrine,dechirent trop effrontemẽt
ma Satyre.Seroit-il bien poſſible de demeu-
rer ferme & inſenſible parmy ces brauaches
& effrõtez Cenſeurs, & faiſãt de la Cane74 ad-

75
Apologetiqve.
uouër par vn ſillence le cours de leurs ſottes
& ridicules Cenſures. Non , non, il n'en ſera
pas ainſi. Ie ſuis cet Atys qui voyant Cre-
ſus au haſard de ſa vie , tira de la violence de
ſon affectiõ ces quatre parolles. Ne le tues pas,
c'eſt mon Pere
. Ie ſuis encore cet Æglés Sa-
mien,qui muet ſe voyant priué du prix qu'il
auoit merité à certain ieu recouura la parol-
le. Il faut que ie parle pour repouſſer l'iniure
calomnieuſe, & la calomnie iniurieuſe faicte
à mõ liure. Οὐδεν ἠ τοῦ δικαιότερον ἀλλ’ ἐξάαστε.
Nihil enim eſt iuſtius,quam propulſare iniuriam. Il
faut que ie parle diſ-je pour tenir la bride
haulte , à ſes cheuaux eſchappez , & empeſ-
cher que ſes oyſeaux importuns ne vollent
plus hault que la filiere ; & que ie face com-
me le Cerf auant que ces ſerpens me piquẽt
en plus outre, que ie les tire de leur creux,les
expoſes au iour, & les ecrazes de pied à la
face du Soleil; Il faut en vn mot que ie tire
ces limaçons de leur coquille pour les eſcar-
boüiller plus librement, ſans les permettre
plus lõg temps ſe trainer ſur mes fleurs Poë-
tiques , de peur que l'impunité, & la licence
de ces auortons Cenſeurs,n'authoriſe dauã-
tage leurs enuieuſes reprehenſions ; ἠ πραότη
ἅυξει καὶ τρέφει κακαίν.
Lenitas improbitatem
alit
. Conforme à ce que dit l'Italien. El Me-
K iij  Deffence dico pietoſo faciendo la piraga venenoſa
. Ce ſiecl
eſt tellement depraué,que pluſieurs ſe trou
uent tant iniques Cenſeurs des Oeuur
d'autruy que de premier abord , ſelon la pa
ſion,& l'enuie qui les excite,ils les condam
nent, Acutus naribus & caperata fronte. On
void d'autres en ſegret & à couuert , qui ſ'e
criment contre l'ouurage de ceux , dont i
n'oſeroient regarder le front ſans rougir
neantmoins ne ſe peuuent tenir de vomi
ſegrettement la cholere , & la paſſion do
leur Cyſtis fellis regorge. Que ſi les ennemi
deſcouuers ne ſont tant à craindre & redou
ter que les ſegrets & coniurés , car de ceu
cy on ſe peut deffendre, des autres on ne
donne garde.Auſſi eſt l'offence faicte ouuer
tement & à deſcouuert , plus aiſee à ſuppor
ter à vne ame genereuſe,que la detraction &
la meſdiſance de celuy qui l'eſcorche & l
dechire en ſon abſence ; & voyant ſon en-
nemy en teſte il peut ſur le champ tirer ſa rai-
ſon de l'affront qui luy a eſté faict , & ne l
congnoiſſant ſe luy eſt vne geſne qui l'affli-
ge , & le bourelle,Nam infeſtiores inſidiœ ſunt,
cum neſcimus cum quo nobis res eſt
.Le pere ſe re-
ſent de l'iniure faicte à ſon enfant, l'Autheu
ne peut ſouffrir le tort faict à ſon liure,qui eſt
ſa creature & ſon ouurage , il l'eſtime & la

76
Apologetiqve.
heriſt comme le peintre, faict ſa peinture.
C'eſt pourquoy voyant vn affront inſigne
uoir eſté faict à ma fille aiſnee ( qui eſt ma
atyre ) I'ay eſté contrainct de recourir
ncontinent aux armes & à la plume, pour
ntreprendre ſa deffence, contre ces ſeueres
Ariſtarques,ces effeminés Chaſtrés Qui ne-
ue facultatem , neque vim generatricem habent,

our auoir eſté nais ſoubs l'horoſcope infor-
uné, & la peruerſe conſtellation du tiltre
e frigidis & malefaciatis quibus θλαδιαν καὶ
ἐκτλιμμένον καὶ ἐκτομιαν καὶ ἀπεσσασμένον
. deſ-
quels dict le Poëte
...ſterilles moriuntur & illis
Turgida non prodeſt condita in pixide Ledæ.
faſchés extremement de ne pouuoir pour
leur incapacité & impuiſſance , engendrer
aucuns enfans , remarquent auec des yeux
d'Aſpic, & de Tauppe,les deffaux naturelz
qu'ils penſent eſtre en ceux , que les peres
fecunds peuuent produire , & blaſonnent
impudemment ma Satyre qu'ils trouuent
deffectueſe, tanquam octomeſtri partu nata.
Vincere ſe credunt Lynces, viſu peracutos
Luſtrantes occulis,ſcripta aliena malis.


K iiij

Deffence
Vincunt heu vincunt , maculoſo tegmine Linc
Cor ( cutis vt nœuis ) improbitate ſcatet.

S I bien que ſi telz enuieux bauards,
auoyent autant à commandement
les ſources de l'eloquence, comme
ils ont les torrens de paſſion , ne feroyent
ils pas tomber tout ſoudain des delu-
ges de Cenſures pour ſubmerger ma Satyre.
Et que feroient-ils s'ils eſtoient doctes, puiſ-
que remplis d'ignorance ils aboyent , & cla-
baudent auec tant de violence d'enuie , &
d'animoſité, contre mes eſcris & me veul-
lent noyer dans vn verre d'eau, ou me fou-
droyer aux eſtincelles d'vn fuſil. Freſlons pi-
quans, qui bourdonnés inceſſamment au-
tour de ma ruche, & ne faites point de miel.
Meſchantes cantharides , qui vous attachez
ordinairement aux fleurs, & aux roſes plus
eſpanyës. Venimeuſes araignes, qui conuer-
tiſſés le ſuc des plus delitieuſes fleurs, en ve-
nin ; Eſtomachz desbauchés,qui chãgés les
viandes plus delicates,en bile aduſte, corru-
ption & cacochimie. Quel Tan vous excite,
quelle Gueſpe vous pique le cerueau ? Quel
demõ poſſede voſtre ame, & vous ſouffle en
la poctrine? pour vouloir abyſmer & mettre
à fonds par les bruyãs orages, & furieuſes tẽ-
peſtes de voſtre meſdiſãce, ma Barque Saty-
rique nouuellemẽt ancre eau riuage Frãçois

77
Apologetiqve.
Non,nõ il n'eſt pas en voſtre puiſſance, vo-
ſtre entrepriſe eſt vaine & temeraire.A tanta
rabie ſeruat Apollo ſuos.
Arriere donc pauures
ignorans , procul eſte profani. Retirez-vous
chetifs Mirmydons,malheureux Therſites,
vous n'eſtes point baſtans pour ſouſtenir le
foudre de ma cholere , i'ay le courage trop
grand & trop eſleué pour vous ; puiſque i'ay
les Muſes de mon party , leſquelles pour
m'exciter à pourſuyure ma pointe me chan-
tent ſes vers.
Perge audacter tumidum blaterorum ſpernere
virus,
Liuorem creſcens , gloria ferre ſolet.

Α’ μήχανεν ἐν ὑπο ῥαγίασ φθὸνον διαφεύγειν
O damnable enuie, engeance des Demons,
ſouffle de Belſebut , priſon de l'ame , gan-
grene des eſcrits, chancre des Republiques,
peſte de la verité , Ceſt toy maudite qui as
tant excité tant de Grenouilles, du fangeux
bourbier de l'ignorance , pour crouaſſer a-
pres mes eſpris. C'eſt toy,diſ-ie, qui as tiré
tant de Hybous des noirs cachots de leur
enuie , pour de griffe, & de bec , offenſer ma
Satyre.
Vſquequo liuor edax probitate verendos
Rodere,conſpicuáque , integritate viros ?

Deffence
Quid dirum tentas , in eos diffundere virus
Mergere quos nunquam nulla procella valet?
Chenilles rampantes, qui vous efforcez de
la dent venimeuſe de voſtre meſdiſance , de
ronger & gaſter les printannieres fleurs,que
les bruſques & chaudes vapeurs de ma Mu-
ſe
ont n'aguere faict eſclorre , dans le iardin
de la France. Oyſeaux importuns & ſalles
harpyes qui de voſtre bec empoiſonné vou-
lés ſoüiller , & gouſpiller , la netteté &
pureté de ma moiſſon poëtique. Chauues-
ſouris qui ne vollés que de nuict & à cou-
uert, & n'ozés paroiſtre au iour qui ne met-
tez riẽ en lumiere. Sortes à ce coup que l'on
vous voye Lazare veni foras , ne parlez plus
par la feneſtre meſchans rimailleurs , ſortés
Cherilles ignorans, Rodomons de l'Arioſte,
Trazons de Terence, ſortez en campagne
que l'on vous voye , la lice eſt preparee , les
barrieres ſont dreſſees , les armes d'encre &
de papier ſont facilles à trouuer. Mais il
m'eſt impoſſible de ſyndiquer ou cenſurer
vos eſcrits , pour tirer ma reuenche de vous,
car vous n'en faites point, comme i'ay deſia
remarqué: Ie n'ay garde de vous aſſaillir &
eſprouuer mes forces contre vous , car vous
faites la Cane75 & n'oſez ſortir , voſtre poëſie

78
Apologetiqve.
eſt ἁωράτος ἁπειγραπτός ἀτοπος. Et voſtre
Muſe eſt tanquam vous ne portez
non plus de fueilles que le ionc , & ne pro-
duiſés non plus de fruict que les Cyprez , &
neantmoins vous faites gloire de reprendre
tout le monde : Mais auant que de reſpon-
à ſes bauards Ariſtogitons & examiner les
poincts principaux de leurs Cenſures , ie
vous atteſte tous hommes doctes , car c'eſt
à vous que ces Ariſtarques en veulẽt,ils s'at-
taquent finement à vous, & vous menaſſent
des meſmes traicts , qu'ils deſcochent ſur
mõ petit poëme, ils eſpient vos eſcrits pour
les torturer,& tourmenter,de meſme façon
qu'ils bourrellent ma Satyre , La querelle
vous touche, ſi l'iniure faicte à vn du ligna-
ge ſe rapporte aux autres , & ſe faict re-
ſentir à tous les parens , comme diſent
doctement les Iuriſconſultes en la loy : vt
vim. ff. de Iuſtitia & iure
, vous qui eſtes liez
auec moy , par le ferme & indiſſoluble
lien des Muſes , & dont le parentage s'ac-
corde ſi bien & à vne telle Sympathie, man-
querez-vous maintenant de fauoriſer le
party de voſtre parent ? Que ſi vous
doubtez de mon droict , ie le rendray ſi
cler & apparent , & en donneray vn

Deffence
fil ſi certain que i'eſpere qu'il vous conduira
à la verité. Ce fil ſera comme l'eau d'Eſope,
qui monſtrera celuy qui a mangé la figue
,
ou bien pluſtoſt comme le miroër de Ma-
themaciens qui fait voir les choſes occultes 76
ou la poudre du Secretaire Picolomini , qui
faict paroiſtre ſur le papier les lettres ſecret-
tes , qu'on y a eſcrites , en vn mot vous fera
cognoiſtre de qu'elle animoſité mes en-
uieux ont procedé à la Cenſure de mon pe-
tit liuret. Ils ont dõc commencé ſi toſt que
le Soleil de ceſte nouuelle Impreſſion de Sa-
tyre a rayonné , à leuer leur nez de Rhino-
ceros , monſtrer les fueilles de leur paſſion,
& pouſſer hors la puante fleur de leur enuie.
Adreſſans les premiers traicts de leurs Cen-
ſures,au front & à la teſte de ma Satyre,s'eſ-
crians comme Maniaques que i'auois erré
& bronché au premier pas, & que la faute
eſtoit inſigne & remarquable d'auoir ioinct
vn nombre ſingulier auec pluriel , ô effron-
terie , ô ignorance trop inſupportable de
gents peu verſez en la poëſie Françoiſe. O
trop ſeueres Cẽſeurs, qui d'vn ſuperbe ſour-
cil, & d'vne boutade de Charlatan enflez du
leuain de voſtre authorité , voulez oſter &
abolir la liberté ordinaire aux Poëtes entre
tous eſcriuains de retrencher quelquefois

79
Apologetiqve.
vne lettre ſoit pour la cezure contrainte , ou
la rime forcee, Ce que tous les Nourriſſons
des Muſes qui font profeſſion de toucher la
Lyre Phœbeenne 77 confeſſent:Comme meſ-
me l'Autheur de nos Vaux de Vire: L'au-
theur de nos vaux de Vire) homme docte
& extremement bien verſé en la Poëſie La-
tine & Françoiſe a recogneu aſſeurant en
bonne compagnie que ceſtoit vne licence
poëtique : En vn mot pour effacer de leur
ceruelle , toute eſtiomenee de paſſion , &
gangrenee d'enuie , ceſte opinion ridicule,
Que diront-ils , ſi ie leur monſtre en quatre
ou cinq endroits des œuures poëtiques de
ce grand Archipoëte , l'Homere & le Pin-
dare
François Ronſard, vn nombre plurier
auec vn ſingulier par ſyncope de lettre, à la
fin d'vn vers. Ils demeureront eſtonnez
comme fondeurs de cloches ou bien Reſtan-
dos ſtupefatos,come li peſci cauato fuor de l'aqua.

S'ils me diſent qu'il ne m'eſt pas loiſible,d'v-
ſer de telle licence, & que nobis non licet tanta
vti licentia, qui Muſas non colimus tam ſeuerio-
res
, Ie leur reſpondray que malo cum Ronſardo
errare quam cũ Sycophantis ipſis recté dicere.
Et
qu'il m'eſt permis à plus iuſte occaſion de
l'imiter, & de l'enſuyure en ſa licẽce,pluſtoſt
qu'vn tas de petis poëtaſtres & poëtillons

Deffence
rimaſſeurs qui ne font rien qui vaille , &
troublent du fangeux lymon de leur igno-
rance les clairs ruiſſeaux d'Hypocrene.
Voyla le ſuc & le vif argent, de leur premie-
re Cenſure, qui monſtre euidemment com-
bien la paſſion de ces meſdiſans eſt affamee
de faire Curée de ſi peu de choſe : Au ſe-
cond eſcadron de tels Poëtaſtres Cenſeurs
s'eſt trouué vn certain Momus , lequel
s'eſtant venu ioindre à la meſlee , a affuſté
& poincté les Canons de ſa reprehenſion,
pour battre à fleur de terre , & en courti-
ne les rimes de mon petit Poëme , leſquel-
les luy ont ſemblé ( à ce qu'il dit ) vn peu
maigres & mal-aſſaiſonnees , pour n'eſtre
toutes à quatre lettres , ainſi qu'il les de-
ſire , aſſeurant impudemment qu'elles
eſtoyent incapables pour leur pauureté,
de tenir rang en vn poëme imprimé , va
pauure & miſerable rimailleur , auec tes ri-
mes à quatre lettres tu n'as garde d'en fai-
re a moins , car tu ne compoſes que de
vieilles rapſodies , ferrailles, & trudainnes
pour entretenir les vielleurs au fonds
d'vn Cabaret. Il t'eſt ayſé ſur quelque
chetif ſixain d'en faire à quatre , mais s'il
y a de la rime , il n'y aura point de raiſon,
point de ſuc n'y de ſubſtance. Les rimes

90 78
Apologetiqve.
ſeules ſont ayſees , il n'y a maintenant ſi pe-
tit lacquais où Goiat à la Court qui ne ſe
meſle de rimailler. Et neantmoins quoy
qu'on veille dire , le Cenſeur a double re-
bras , & à fer eſmoulu , il ne ſe trouuera
peut eſtre point ſur deux mille vers qui
ſont en ma Satyre quinze ou vingt vers
tout au plus , dont les rimes ne ſoyent a trois
ou quatre lettres ſelon l'ordinaire. Tu es dõc
par trop delicat en rime,auſſi ne feras-tu rien
qui vaille en proze , ie te conſeille de rimer
deſormais, car ta proze eſt ſi mal faicte,qu'õ
ne trouue en la tiſſure & pourfilleure de quel
ques eſcrits en cayer que tu as dictés ( dont
tu ne te meſle pas ſouuent , car tu es vn Ad-
uocat de Pillate & a ſimple ſemelle) riẽ qu'v-
ne confuſion de raiſons , importunité de
redites , & vne preſſe de pieces mal lyees,
& attachees comme ſerres de Galeace a
gros cloux de fer,par force, non ioinctes par
le glutineux , & ferme cyment d'vne do-
ctrine ſolide, & ſi en outre ce ne ſont que
fripperies & deſpouilles d'autruy dont tu
braues comme la Corneille d'Eſope, leſ-
quelles s'il faloit rendre tu demeurerois
tout nud , Mouerit Cornicula riſum , ſuis nuda-
ta coloribus.

Deffense
En ſomme tes eſcrits monſtrent aſſez qu'el-
le eſt ton inſuffiſance & incapacité.
Rité docere alios pulchrum eſt,neo carpere quen-
quam
Ne arguat Actorem culpa reflexa ſuum;
Nam quis labe carei?
Mercure ne ſe faict pas de tout bois 79, tout le
le monde n'eſt pas capable de reprendre vn
œuure , il faut que ce ſoyent de grands eſ-
prits & qui ayent bonne prouiſion de ſciẽ-
ce dans leur ceruelle,tu es donc encore trop
ignorant pour vouloir reprendre & contro-
ler oeux , leſquels malgré ta mordante en-
uie , ombragent leur front de lauriers de
Phœbus : Adreſſe toy ſeulement aux Ri-
meurs;& faiſeurs de ballades tes ſemblables,
de peur qu'en reprenant autruy , tu ne deſ-
couures d'auantage ton ignorance , & indi-
cio tuo tanquam ſorex pereas.

Namque ( dit vn Ancien ) alios lacerans,lace-
randum ſe ipſe propinat
Vexat enim Authorem , lingua proterus ſuum.
Ne deurois-tu pas donc rougir de honte,
d'auoir ſi mal à propos, & ſans ſubiect , cen-
ſuré mes rimes , & qu'elle excuſe , pourras-
tu prendre ſinon que qui ſemel verecunaiœ fi-
nes tranſieret , oportet eum bené & nauiter eſſe

impuden

81
Apologetiqve.
impudentem. τοῦ ἀπαξ ἵπαρτο μέτρον ὄρος οὖδειου
εσιν
. Ils ne ſe ſont point contentez d'abayer
le ſens , & mordre les rimes de mon petit
poëme : Mais pour monſtrer que leur paſ-
ſion eſt vn Labyrinthe ſans iſſuë , & ſans
fin , Ces Cenſeurs ont faict vne autre ſaillie
pour s'attaquer à l'eſtoffe & au ſubiect qu'ils
diſent eſtre trop laſcif & effeminé , voila le
gibier de leur chaſſe , le cor & le cry,de leur
derniere cenſure. Or pour renuerſer ceſte
forte machine baſtie & affuſtée à la ruine
toute euidente de ma Satyre , ie fais iuges
tous hommes doctes, qui ont l'eſprit releué,
le iugement ſolide, & non preoccuppé
d'aucune paſſion , s'il eſt poſſible de blaſmer
la laſciueté ſans vſer de termes propres & eſ-
ſentiels pour vn tel ſubiect. Ce grand Prin-
ce des Poëtes Latins Virgile qui pour ſa
chaſteté a obtenu le nom de παρθένος C'eſt
licentié neãtmoins, & à vſé de mots autant
laſcifs,qu'aucũ autre Poëte Latin en la bra-
ue & galante deſcription qu'il faict de l'ac-
couplement de Vulcain auec Venus au hui-
ctieſme liure de ſes Aeneides en ſes ter-
mes.
...Ea verba loquutus
Optatos dedit amplexus placidumque petiuit
Coniugis infuſus gremio per membra ſoporem.
L

Deffence
N'eſt-ce pas exprimer tout ouuertement ce
que la Chaſte fille n'oſeroit lire ſans rougir ſi
elle entendoit la langue Latine. De meſme
laſciueté ſont remarqués les vers d'vn des
premiers Poëtes François de ce temps
( homme chaſte s'il en fut iamais ) en ſes œu-
ures Poëtiques , deſquelles i'ay tiré pour
exemple le commencement d'vn. 80Sonnet
qui chante ces mots,


SONNET. 12.


Ie prens au mois de Maycelle que i'ayme tant
Puis le bout de ſon ventre eſperant ie manie
Et remuant du cul de rendre à telle enuie
Que preſque ſans toucher ſon cas va degoutant,
Quand l'inſtrument eſt plain alors tout chaude-
ment.
&c.
Le reſte dudit Sonnet eſt encore plus laſ-
cif, comme l'eſchantillon vous peut donner
à cognoiſtre.
Et ſur la fin des Poëmes du meſme Au-
theur ſe lit ce Quatrain.

82
Apologetiqve.

QVATRAIN.


Madame le veid rouge,eſtant en grand chaleur,
Le prend à plaine main pour le mettre en ſa fen-
te
Puis ayant d'vn bon coup receu ceſte liqueur,
Soufflant ſouspire d'aiſe, & n'eſt plus ſi arden-
te.
[J]e veux qu'il parle Enigmatiquement, ſi eſt-
[c]e neantmoins que les termes ſont extreme-
ment laſcifs, mais ce n'eſt encore riẽ au prix
[d]e la laſciueté des Epigrãmes de la Priapee,
[q]ue l'on attribue à ce παρθένος Virgile. Ie
[p]aſſe ſoubs ſillence pluſieurs autres Poëtes
[l]atins, comme Tibulle, Ouide, Properce,
[...] Catulle laſciuement des-meſurez, & de-
[m]eſurement laſcifs, en leurs eſcris. Deſquels
[je]n'ay voulu mettre aucun exemple en ad-
[v]ant, pour donner couleur à ma liberté, ne
[p]ouuant excuſer leur trop grande laſciueté
[d']eſcrire. Me contentant ſeullement de vous
[a]uoir rapporté vn exemple de ce chaſte Vir-
[gi]le
, pour mõſtrer que les plus chaſtes meſ-
[m]e ſe licentient quelquefois ſelon la matie-
[re] qu'ils touchent.
Nam decet caſtum eſſe pium Poëtam
Verſiculos autem nihil neceſſe eſt,
Qui tunc ſalem habent, ac læporem

L ij

Deffence
Si ſint molliculi, ac parum pudici
Et quod pruriat incitare poſsint.
Ie ne doibs donc point eſtre accuſé ny re-
pris d'impudicité, ſi pour deteſter telles laſ-
ciuetez, Ie donne carriere à ma plume,
laſche les reſnes à ma Muſe pour la laiſſer
poſtillonner quelquefois dans le champ de
Cypris.
... ...Pictoribus atque Poëtis
Quidlibet audendi ſemper fuit æqua poteſtas.

Et comme dict noſtre Poëte François,
Ie dy le mot pour rire & à la verité
Ie ne loge chez moy trop de ſeuerité.
Laſciua noſtra Muſa eſt.
Attamen vita proba.
Reſte à reſpondre à ceux , qui liſans ma Sa-
tyre auec plus de paſſion & d'ignorance que
de iugement, diſent que ie fais tort aux Da-
mes & Damoiſelles, ô groffes beſtes d'A-
cadie qui n'auez pas l'eſprit de conſiderer
Que la paquet s'adreſſe aux Putains amoureuſe
Non aux Dames, qui ſont Chaſtes & Vertueuſe
Leſquelles oppoſees aux laſciues & desbau-
cheés, paroiſſent ainſi que le Soleil entre les
petits feux celeſtes, ou comme vn clair dia-
mant entre les hapelourdes. Ma Satyre eſt
donc pluſtoſt à l'honneur & à la gloire des

83
Apologetiqve.
chaſtes, qu'à leur blaſme & confuſion, puiſ-
que la blancheur de leur Chaſteté, brille, &
eſclate d'auantage par ſon contraire, ſuyuant
le dire du Philoſophe. Contraria inter ſe oppo-
[...]ta magis eluceſcunt.
C'eſt dõc en vain que ces
ignorans enuieux leur perſuadent le contrai-
re. Mais s'il ſe trouue quelque Brebis galeu-
ſe, parmy le trouppeau qui en vueille former
[...]laincte, au bureau des Dames, pour en te-
nir procez, ie luy conſeille de ſe faire decla-
rer putain publique,auant que d'intenter au-
cune action contre moy, qui pour rien du
monde ne voudrois offenſer l'honneur des
pudiques & chaſtes Dames , ma veine Saty-
rique eſtant vne drogue cauſtique, laquelle
s'opere principalemẽt que ſur les chãcres &
parties vlcereés; & lors que ie deſpeins chaſ-
que humeur ou temperamẽt en ma Satyre,
[...]en eſcri ſelon ma profeſſion, cõme en la de-
ſcription de la ſanguine, j'entendz la femme
impudique qui participe de cet humeur, &
ainſi conſequemment des autres humeurs.
N'adiouſtés donc point de foy, s'il vous
plaiſt, à ces langardz enuieux, mes Dames &
Damoiſelles, car ie vous honore trop, &
vous porte trop de reſpect, pour vouloir
ruyner ma reputation, d'vn acte
L iij

Deffence
tant indigne ; Ains au contraire ie deſirerois
s'il eſtoit poſſible, ſacrifier mes vers & ma
plume, à l'Autel ſacré,de vos diuines vertus,
& entreprendre de tout mon pouuoir voſtre
querelle ſi quelque eſuenté ou impudent
poëtaſtre, s'efforçoit en rimaſſant de vous
offenſer & ternir le luſtre & l'eſmail de voſtre
brillante pudicité. Comme n'aguere i'ay
faict paroiſtre contre ce monſtre , eſceruelé,
ce Cerbere deſchainé , ce deſeſperé faiſeur
de Paſquins , lequel fut tellement rembarré
par le foudre de mon Apologie n'aguere im-
primée à Caen,que onc depuis n'a oſé
paroiſtre , & eſt demeuré enſeuely dans les
abyſmes de ſa confuſion. Voyla donc Le-
cteur les ſottes & ridiculles Cenſures , fon-
dees ſur le ſablon mouuant, la paſſion, & de
l'enuie de ces Rodomons, leſquels apres a-
uoir rodé comme chiens au rouët, faict plu-
ſieurs paſſades tours & retours à l'entour de
ma Satyre , ne ſçauent plus dequoy s'ayder,
ils ont tiré iuſques à la derniere fleſche , &
vuidé tout leur Carquois,ils ne ſçauent plus
ou ils en ſont, ni quel ſubiect imaginer, pour
m'attaquer, leur Cerueau leur à faict ban-
queroute, le baſſin de ceſte deffence à eſuen-
té leur ſappe, deſcouuert leur mine, & mis

84
Apologetiqve.
au iour leurs impoſtures. Ils ne ſçauent ſur
quel pied danſer, de quel bois faire fleſches,
ny à quel ſainct ſe vouër : Ils me font ſou-
uenir les voyant ainſi eſtonnez de ce que dit
l'Arioſte.
Come naue , che vento de la riua
O qual'ch a'ltro accidente habia diſciolta
Va di Noechiero , & di gouerno priua
Oue la porti , ô meni il fiume in volta.
Leur iugement eſt eſtropiat , leur eſprit ſe
porte en eſcharpe , & croyés que Il ſegnor
Dotour de la Paleſtrina , ſupremo rinouatore di
tutte le ſcientie , dottrine é lettere
ne feiſt onc en
ſa vie tant rire d'auditeurs,à l'hoſtel de Bour-
gongne à Paris , que ces Charlatans Cen-
ſeurs , donnent ſubiect de rire , par leurs ſot-
tes & ridicules reprehenſions : Si bien que
nous n'auons plus de beſoin en ſes quartiers,
d'attendre le retour du ſieur du Mortier,
Comique bouffon , pour deſcharger noſtre
ratte , & chaſſer noſtre melancholie à force
de rire , ſes Zanis Cornuto 81, ſes ignorans re-
preneurs , me ſeruiront d'Apozeme pour
ce ſubiect. Mais à quoy faiſ-je vn ſi long
diſcours pour me deffendre , & fermer
L iiij

Deffence
la bouche à ſes Sycophantes , veu qu'il eſt
impoſſible de pouuoir plaire à tous , & con-
tenter tout le monde , & qu'il n y a celuy ſur
lequel ces Ariſtarques ne drappent.
Πολλῖς μεν ἀντιλέγιν μέν εθος περι παντος
ομοιως
Ορθῶς δ’ αντιλεγξιν οὑκετὶ τοῦ τεύ εθει:
Kαι προς μεν τούτους αρκεῖ λόγος ώς
Οπαλαιός σοί μεν ταῦτα δοκοῦντ’ εστίν ἕμοὶ
δε τα ταδε.
De contredire en tout vn chacun s'acouſtume,
De contredire à droict, on ne ſçait la couſtume,
En cecy me ſuffiſt le Prouerbe ancien
Là tu prens ton plaiſir , icy ie prens le mien.
La preuue en eſt authoriſee chez vn autre
ancien Poëte Grec ( parlant en la perſonne
d'vn Capitaine ) dont ie ne citeray que la
traduction en François de peur d'eſtre trop
long,
Il n'eſt ſi braue chef, ou prudent Capitaine,
Qui puiſſe plaire à tous, ceux qu'il guide en la
plaine,
Veu que le grand Iuppin 82, qui eſt plus fort que
moy
Soit qu'il pleuue ſur nous , ou nous monſtre
l'effroy,
D'vne grand'ſechereſse;à peine peut cõplaire
En eſgal à chaſcun,s'il vouloit ainſi faire
Que l'homme diſputaſt par raiſon contre luy.
&c

85
Apologetiqve.
Ce ſeroit donc en vain que l'homme s'effor-
ceroit d'y vouloir paruenir;puiſque le grand
Olympien porte-fouldre ne le peut faire,
τό γὰρ, πολλοῖς αρεκαιν τοῖς σοφοις ἔστιν απαρ ἑσκαιν
volontiers qui veut plaire à pluſieurs , deſ-
plaiſt aux Doctes & aux ſages. Rõſard meſ-
me qui à eſté le plus grand Poëte qui ait ia-
mais eſcrit en François, preuoyãt bien quel-
le difficulté il y auoit de pouuoir plaire à
tous,deſiroit que ſes doctes eſcris ne veiſſent
point le iour,lorſque par vne Proſopopee, il
parle à ſon liure qu'il nomme ſon fils,en l'E-
legie liminaire du ſecond liure de ſes amours
en ſes mots.
Mon fils ſi tu ſçauois ce qu'on dira de toy
Tu ne voudrois iamais deſloger de chez moy
Enclos en mõ eſtude ; & ne voudrois te faire
Salir,ne fueïlleter,des mains du populaire,
Et vn peu au deſſoubs,
Tu ſeras tous les iours des meſdiſans moqué
D'yeux & de hauſſebecz, & d'vn branſler
de teſte.
&c
Ce n'eſt donc pas choſe nouuelle , que de
voir tant d'Ariſtarques,choquer & Cenſurer
tout le monde par leurs enuieuſes reprehen-
tions,non plus que de voir les meſmes Cen-
ſeurs , eſtre eux-meſme repris & auoir beau-
coup d'Antagoniſtes. Petrus Nannius à de-

Deffense
praué quelques lieux de Tite Liue & de Ci-
ceron
, Properce eſt controllé d'Angelus
Politianus
. Ciceron de Petrus Victor:Pline
de Turnebe, de Hieroſme Mercurial & de
Luiſinus:Lycophron , Lactance Firmian &
Calimachus,de Cantherus: Martial de Cal-
derinus
:Iules Ceſar Dotoman:Sigonus don-
ne la torture & la geſne à Plutarque & à
Quintilien. Voyez ſi Lilius Gregorius Gi-
raldus
en ſon Dialogue des Poëtes Latins,
& Iules Scaliger en ſon Critique , ont eſpar-
gné vn ſeul Poëte tant ancien,que moderne
ſans le Cenſurer ou luy donner quelque at-
taque.Ce grand Rõſard ( duquel ie viens de
parler ) prince des Poëtes François , l'orne-
ment non ſeullement de la France, mais de
tout l'vniuers n'a peu luy-meſme euiter les
ſagettes de la Cenſure. Car ſoudain qu'il eut
faict imprimer ſes Amours, & le quatrieſme
liure de ſes Odes, on veit au meſme temps
vne brigade de petis muguetz frizez , & ri-
meurs de Cour, qui pour faire vne Ballade
& vn rondeau auec le refrain mal a apropos,
s'imaginent auoir ſeuls merité les lauriers de
Parnaſſe. Le chef de ceſte bande eſtoit Mel-
lin de S. Helais
, qui pour ſçauoir quelque
choſe plus que les autres auoit acquis beau-
coup de reputatiõ enuers les grands, & prin-

86
Apologetiqve.
cipalement aupres du Roy , s'efforçoit par
enuie de troubler l'eau Pegazine 83à ce nouuel
Apollon, ayant l'ame touchée de tant d'en-
uie & de preſumption, que d'oſer blaſonner
& reprendre les Oeuures dudit Ronſard,aux
yeux de ſa Majeſté pour le rendre odieux.
Mais quoy ? vn grand Poëte comme luy ne
deuoit pas auoir moins de Zoilles qu'Ho-
mere
, & Virgile ,puis qu'il deuoit ſucceder,
à pareille gloire: Oyons ce qu'il en dict en
quelcune de ſes Odes.
Eſcarte loin de mon chef,
Tout malheur & tout mechef ,
Preſerue moy d'infamie
De toute langue ennemie,
Et de tout acte malin,
Et fay que deuant mon Prince
Dor-nauant plus ne me pince
La tenaille de Mellin.
Ses enuieux diſoyent que ſes eſcris eſtoient
tous farcis de vanterie,d'obſcurité, de nou-
ueauté & de Rodomontades , le renuoyans
bien loin auec ſes œuures Pindariques,tour-
nans le tout en rizee & mocquerie, dont eſt
venu le prouerbe , il veut Pindariſer 84; mais
oyons le ſe plaindre luy-meſme il aura
bien meilleure grace:

Deffence
Mais que feray-ie , à ce ſot Populaire
A qui iamais ie n'ay ſceu plaire
Ny ne plais , ny plaire ne veux.
Et puis,
L'vn crie que trop ie me vante,
L'autre que le vers que ie chante,
N'eſt poinct bien ioinct , ny bien rimé.
Eſcoutons-le encor adreſſer ſes plaintes à
Pontus de Tyard excellent Poëte de ſon
temps , au premier Sonnet de ſes amours de
Marye.
... ... Dy moy que dois-ie faire
Dy moy,car tu ſçais tout, cõmẽt dois ie cõplai- 85
A ce Monſtre teſtu,diuers en iugement,  ( re.
Quand ie tõne en mes vers, il a peur de me lire
Quand ma voix ſe rabaiſſe , il ne fait qu'en
meſdire,
Dy moy de quel lien,force,tenaille, ou cloux
Tiendray-ie ce Prothé, qui ſe change à tous
coups.
Tyard ie t'entends bien il le faut laiſſer dire
Et nous rire de luy,comme il ſe rid de nous.
Si cet Oracle, & ce Soleil de Poëſie , a eſté
repris & blaſonné, que ſera ce que de nous
autres, qui comparés auec luy , n'auons non
plus de proportion & d'analogie qu'il y a en-
tre le Ciel & la terre. Il ne faut donc poinct
s'eſtonner,ſi i'ay eſté repris apres ces grandes
lumieres de Poëſie.Mais tout ce qui me faſ-

87
Apologetiqve.
che dauantage c'eſt de me voir cenſuré & re-
pris par des gens du tout ignorans,qui com-
me les faucilles de Beauſſe n'ont que le bec.
Literaſque primoribus tantum labris deguſtarunt.
Belles happelourdes,Aſnes d'Apulee,veaux
dorés 86à ſimple fueille , deſquels ſi vous deſ-
chargez l'eſclat, & la ſuperficie, vous ne trou-
uerez que du bois. Semblables encor à l'eſ-
cume , qui flotte ſur les ondes de l'Ocean,
laquelle ſemble de loin, & à l'œil,de l'ambre
grix
, mais ſi on s'approche de pres, & qu'on
la touche de la main on ne trouue qu'vn ex-
crement. Vous diriez neantmoins à les ouyr
cajoller, que ce ſoyent des ſainctz Thomas
en Theologie , des Fernelz en Medecine,
des Cujas en Iuriſprudence, des Euclides en
Mathematique,des Turnebes,des Lambins
en humanité : Encore que ce ne ſoyent que
Charlatans & faiſeurs de Rodomontades,
deſquels la plus haute, & ſublime ſcience,n'a
point paſſé ny penetré plus auant, que la Re-
thorique, ou à tout rompre, les Cathegories
d'Ariſtote, encore bien maigrement , & ce-
pendant ils ſe meſlent effrontement de ſcin-
diquer & cenſurer tout le monde. Triuiales
iſti ſcire ſe omnia putant , & Authorum ſcripte
acerrimè, ac inſolenter reprehendunt : ac ut videã-
tur docti coram ignaris atque adeò mulierculis ipſis

Deffence
Latinum aliquod verbum paſsim eructant. Tant
y a que ces Rollans ont bien trouué leur Ro-
ger
, qui leur donnera le Cartel de deffy ,
quand ils voudront auec telles armes & en
tel genre d'eſcrire qui leur plaira choiſir , ſoit
en vers ou en proze,en langage Grec,Latin,
Italien, ou François. Inſurgat igitur audaciſsi-
ma reprehenſorum & inuidorum turba, & tanquã
fortiſsimi Athletœ in arenam paleſtricam mecum
deſcendant ,
Alors ie pourray dire auec vne
belle aſſeurance,
Tῶ μοῖ δούρατα ἐστὶ καὶ ασπίδες ὀμφαλοέσθαι,
Kαὶ κορυθὲς καὶ θωρήκες λάμπραν γανοῶντες,
ideſt,
Et mihi ſunt haſtœ,teretes , clypeique rotundi
Tum Galeœ,tum thoraces procul igne micantes.
Mon pauois eſt aſſez fort pour ſouſtenir &
faire reboucher, toutes les ſagettes acerees
que ces nouueaux Parthes Cenſeurs me
voudoient deſcocher à couuert & en fuyãt
comme eſt leur couſtume. Et s'il eſt beſoin
d'Arbitres ie prẽdray la hardieſſe de choiſir
pour parrains de la lice & iuges du cõbat les
ſieurs des Iueteaux,Malerbe, & Bertaut, leſ-
quels ſont autant de Soleils d'Oracles & de
lumieres de doctrine & de ſcience pour l'or-
nement de noſtre Normandie, ou bien
telz autres que ces enuieux Zoiles voudrõt

88
Apologetiqve.
choiſir,eſtant tout preſt de porter l'eſponge,
ſur tous les traictz que l'on trouuera diſfor-
mes en mon tableau , ( qui eſt ma Satyre )
que i'ay expoſé , à la veuë du public ne deſi-
rant rien auec plus d'affection que de voir
donner la touche,mettre le ciſeau en ma pe-
tite piece pour ſçauoir ſi elle eſt de bonne al-
loy , & s'il l'a faut point enuoyer au billon
pour la refondre de nouueau ; pourueu que
ce ſoit par de bons orfebures, ou Alchemi-
ſtes
experimentez , non par des Charlatans
ignorans, enuieuſement paſſionnés, & paſ-
ſionnement enuieux,leſquels ie ne voudrois
pour rien recognoiſtre pour iuges de mon
Poëme,ny encores moins entrer en lice, ou
me preſenter à la barriere auec eux pour
m'eſtre totallement inferieurs , veu meſ-
me que la vengeance qui ſe prent d'vn
ennemy laſche , & qui n'eſt point eſgal
en forces , ny baſtant pour ſouſtenir
l'effort de ſon puiſſant aduerſaire eſt touſ-
jours iniuſte & indigne d'vn cœur genereux
γεναιον δε ἐστι τῆς ομοίους ἀπὸ τοῦ ἰσου τημερέσται.
Generoſum eſt pares à paribus expetere vltionem.
Ie me ferois donc tort, & aurois l'ame trop
baſſe & rauallee , d'entrer en conteſtation
auec ſes ignorans , leſquels ſont trop bas en
couleur , & taincture des bonnes lettres,

Deffence
pour me tenir teſte, & iuger d'vn œuure s'il
eſt bien ou mal faict. Mais s'il ſe trouue d'a-
uenture quelque Antagoniſte , plus docte,
plus courageux,& ſuffiſant qu'eux,qui vueil-
le entreprendre leur querelle , & maintenir
leur ignorance;ie le priray de ſe renger au
Cõbat, & ſe mettre en deſmarche , & lors ie
m'apreſteray auec vne belle & gallante reſo-
lution pour le ſouſtenir , & ſoubs-ſcriray li-
brement au Cartel de deffy ou appel,qui me
ſera faict pour ce ſubiect , ſans poltronniſer,
ou ſeigner du nez. Pour le moins ie m'ay de
bien de l'arc,ayant eu pour Maiſtre & Peda-
gogue des mon ieune age l'Archer Pythien.
Qui me fait eſperer de tirer ſi droit en ce cõ-
bat literal,que comme Alcon i'occiray tous
ſes ſerpens ſifflans , entortillez à l'entour de
mon enfant ( qui eſt ma Satyre ) voire ſi
dextrement & auec des traictz ſi ſubtils,
qu'ils bleſſeront droict à la gueule toutes ces
groſſes beſtes,qui s'efforcent d'engloutir &
deuorer mon fruict. Mais il eſt temps de-
ſormais de ſonner la retraicte , & faire fin à
ceſte deffence , puiſque i'ay ſuffiſamment
reſpondu aux principaux poinctz , ſur leſ-
quels mes Zoiles enuieux , auoyent forme
leurs ridicules & Chymeriques Cenſeures.
Il faut minuter mon congé, & prendre ma
vollée

89
Apologetiqve.
ollee ailleurs , pour ne plus ſeruir de pin-
eau à couleurs ſi deſagreables,ny de trom-
ette à publier l'effronterie; l'impudence,&
ſottiſe de ces Critiques Cenſeurs. C'eſt
op prodiguer d'encre & de papier pour reſ-
ondre à des ignorans , C'eſt faict ils ſont
aincus, ils noſent parroiſtre ny regarder les
ys eſtincellans de ceſte deffence , qu'en li-
ne oblique, tout autre regard leur ſeroit
erilleux. La honte, la crainte, & le deſdain,
ur faict baiſſer le front Tὸ αισχρον ψυχιν τε-
έτοσ υπεση. Leur fuitte les condamne;fatetur
cinus is qui iudicium fugit
, Ie les voy mainte-
ant hors deux-meſme, tombez comme en
eſeſpoir, & furieuſe Manie, Ceſte Apologie
ce que ie croy, leur ſera plus difficille à ſup-
orter, qu'à Bupale les vers d'Hypoponax,
les vers Iãbyques d'Archiloch à Lycãbe,
nt elle leur ſemblera faſcheuſe , & de dure
igeſtion , inuidé ergo.

Si cupis vt prœſens tibi ſit Medicina dolori
Liuori diſcas ponere frœna tuo.

t pour toute concluſion, ie ietteray cet os
la gueule de ceux qui voudront abayer
eſte Deffence.
M

Deffence Apologetiqve.
Zoile qui tetro , fœdans aliena veneno
Omnia mordaci rodere dente ſoles,
Si tua liuor edit prœcordia, nec tibi quidquam
Hic valeas hircus carpere, ringe canis.

FIN.



Cul de lampe.


Bandeau. AVX ENVIEVX
desesperez.

Lettrine.
SI la cholere vous enflambe,
Ne vous pendez pas Enuieux ,
Ie vous remetz deuant les yeux,
Le mal-heur du pauure Lycambe.
Mais ſi le mal tant vous oppreſſe,
Qu'il ne reçoiue guariſon,
Deſſoubz le figuier de Tymon
Allés finir voſtre triſteſſe.








M ij


Bandeau. AV ZOILE.

ZOil remply de mediſance,
Parle de tous mal, en tout lieu;
Et mediroit encor de Dieu
S'il en auoit la connoiſſance.

A LVY.

Zoil tu dis que ie profane
Les neuf Pucelles, ie le croy ,
Mais c'eſt quand ie parle d'vn Aſne ,
Ou d'vn treſ-meſchant, comme toy.

A LVY.

On iugeroit homme ſage
Zoil, quand il ne dit mot :
Mais s'il tient quelque langage
On dira que c'eſt vn ſot,

AV MESME.

Tu dis que tu ſçais plus que moy ,
Tu dis vray, mais c'eſt en malice:
Si ie ſçauois autant que toy,
Ie ſerois tout remply de vice.
I.D.R.


Bandeau. AV SIEVR DE COVRVAL,
svr son Livre.

Quatrains.

1

Lettrine.
CE Liure eſt le tombeau de ce pauure Hymenée,
Qu'Aſculape , & Phœbus ont icy mis à mort
Par les mains de Covrval,dont i'honore l'effort
Puis qu'il à ſur vn dieu la victoire gaignée,
2

Ce Liure nous gardant de femme , & de tempeſte,
Nous ſauue quant & quant de l'impudique affront,
Qui nous faict germer droict les Cornes ſur la teſte,
Et porter comme Cerfs , nos armes ſur le front.
3

Si ces Vers vont blaſmant en leurs pointes nouuelles
La Nopce , & les Eſpoux : ne t'en trouue marri,
Car Covrval leur Autheur n'eſt Fils que des Pucelles
Des Muſes d'Helicon qui viuent ſans mari.
H.N.


Extraict du priuilege du Roy.

PAr grace & priuilege du Roy , il eſt permis à
M. Thomas Sonnet, ſieur de Courual,
Docteur en Medecine , de faire imprimer vn Liure
intitulé : Satyre Menippee , ou diſcours ſur les poignantes
trauerſes & incommoditez du Mariage
, par luy faict &
compoſé. Et defenſes ſont faictes à tous Libraires
& Imprimeurs de ce Royaume de les imprimer ou
faire imprimer durant le temps & terme de dix ans,
ſans le congé & permiſſion dudit Sonnet , à peine de
confiſcation des exemplaires & amende arbitraire,
ainſi qu'il eſt plus amplement contenu & declaré auſ-
dites lettres dudit priuilege. Donné à Paris le 14.iour
de Iuin, 1608.
Signé par le Conſeil,

Dv Lis.





Et ledit Sonnet ſuyuant ſa permiſſion a don-
né pouuoir à Iean Millot, Marchand Li-
braire, tenant ſa boutique au Palais , d'imprimer ou
faire imprimer ladite Satyre tant de fois que bon luy
ſemblera ſuiuant l'accord conuenu enſemble , paſſé
pardeuant les Notaires , le 12. de Iuillet , 1608.




RESPONCE
A
LA CONTRE-SATYRE.

PAR

'AVTHEVR DES SATYRES
DV MARIAGE, ET
THIMETHELIE.



Vignette.L'empreinte de la Bilbliothèque de l'Arsenal Imprime' a Paris,
Filet simple. M. DC. IX.


3

Bandeau. AVX MVSES.

Lettrine. C'est à vous cheres
Sœurs , qui preſidés
ſur le Parnaſſe , &
à voz ſacrés Autelz,
que i'immole pour vi-
ctime la peau d'vn ſecond Marſye
nouuellement eſcorché , pour auoir
d'vne plume calomnieuſe , d'vn ancre
venimeux & ſanglant , & d'vn ſtile
boufonneſque, autant malicieuſement,
que temerairement offensé l'vn de voz
ſacrés Poëtes, & cenſuré ſes eſcris,par
vne picquante contre-ſatyre , ſur la-
quelle & ſur cet impudent Marſye
ſon Autheur , ie viens de remporter
A ij

4
vne belle Victoire, dont ie vous of-
fre le trophee & les deſpouilles , que
ie vous prie receuoir d'auſsi bon vi-
ſage que ie ſuis.

Cheres Mvses.

L'vn de voz plus humbles
& affectionnés Poëtes

Covrval.

5

Bandeau.
RESPONCE A LA
CONTRE-SATYRE

Lettrine. M'estant tombé ces iours
paſſés entre les mains , par
le moyen de l'vn de mes
amys , deux meſchantes
fueilles de Contre-ſatyre,
dreſſees à la ruyne & cõfuſiõ d'vne Satyre
que i'auois puis deux mois en ça miſe en
lumiere, Ie me ſuis aduiſé d'y reſpondre
en deux mots ſans me rõpre la teſte , m'a-
lambiquer le cerueau, emploier ma plu-
me, prodiguer mon encre, & brouïller
le papier pour vn ſi maigre ſubjet,ſachant
meſme que ie n'ay en teſte qu'vn pauure
ignorant pour aduerſaire, lequel pour eſ-
tre Anonime, & tapy dans ſa taſniere, où
il ne faict ſeulement que glappir, & iet-
ter des abbois , ma preſque faict perdre
l'enuye & oſté le courage de luy faire la
Chaſſe n'eſtant au vray informé de l'eſpe-
A iij

6
ce & du naturel de la beſte, ie ſoupçonne
neantmoins par les erres de ſon langage,
& le train de ſon ſtille ſuperficiel, denué
de ſuc , & priué de ſubſtance, que c'eſt
quelque petit Carabin ou ſoldat deſuali-
ſé, qui effrontement s'atribuë la qualité
de Gentil-homme, mais il deſment tout
incontinent le tiltre. Car il a l'ame auſſi
laſche & raualee, que ſon diſcours eſt foi-
ble & effeminé. Il s'eforce neantmoins
de trencher du Rolant , du fendeur de
nazeaux, du coupe iaret, du mengeur de
Charettes ferrees, il ſe vante que ſa plu-
me n'eſt qu'vne Eſpee, que ſon encre n'eſt
que ſang, qu'il eſt la merueille de Mars,
& le Mars des merueilles, Che a teſta baſ-
ſiata andaria a caſa del Diauolo
. Et cependant
ce pauure caſſé-morte paie monſtre par ſa
laſcheté , qu'il a eſté nourry de laict de
Brebis, & qu'il à humé la poltronnerye
iuſques à la lyc; car ie vous prie qui ouyt
iamais dire qu'vn Gentil-homme , qui
doibt auoir le cœur Martial, & l'ame ge-
nereuſe, vueille enuoyer le cartel de guer-
re pour atirer ſon ennemy au combat,
ſans luy declarer ſon nom? Eſt il poſſible
d'imaginer vne plus grande couardiſes
que de brauer & faire des rodomontade,

7
à l'ombre, & au couuert d'vne courtine
de muraille, ſans ozer ſortir ou ſe mõſtrer
à la campagne ? Quelle humeur puſilani-
me & poltronne , qu'elle trenchee de
Sainct Laſche, t'a arraché du front la re-
ſolution , & bany du ſein le courage, pour
vouloir cacher ton nom dans les epaiſſes
tenebres d'vn ſilence? Dy moy ie te prie
craintif Argolet 87, qu'eſt deuenu ceſte au-
dace, & ceſte fougue Eſpagnolle, dont
tu faiſois naguere auec ta plume eſpadaſ-
ſine, & ton encre ſanglante , blemir le
Ciel, trembler l'Enfer, & eſtonner l'V-
niuers?As tu peur d'vn petit Docteur frais
eſmoulu & nouuellement imprimé? ( ain-
ſi m'apelles-tu par mocquerie ) mon cha-
perõ te dõne il l'epouuente, mon Roquet
fourré eſt il capable d'alarmer ton ame,
& grauer au fõd de ta poictrine vne timide
crainte? he quoy! vn petit Docteur ſera-il
baſtant de te faire tourner le dos, pour te
cacher ſoubz la grande rondache d'vn til-
tre emprunté , affin d'euiter le foudre & la
greſle d'vne furieuſe repartye, laquelle in-
falliblemẽt t'euſt ruyné & perdu de repu-
tation? A ce que ie voy tu és de bas or, tu
crains la touche , tu as peur de perdre l'eſ-
crime pauure ſoldat cazematé. Que diſ-

8
ie ſoldat , ie me trompe, c'eſt pluſtot quel-
que Macreau nouuellement eſclos d'vn
bordeau , qui faſché & indigné de voir les
putains blazonnées & deſcriees par ma
derniere Satyre, s'eſt efforcé pour les def-
fendre de produire & enfanter cet auor-
ton de Contre-ſatyre,ce Monſtre hideux,
cet enfant trouué , & exposé à l'aduentu-
re, ſans teſte, ſans adueu, ſans pere, & ſans
nom. Il n'y a rien qui ayt tant trauerſé l'a-
me & bouclé le cœur de ce Dariolet que
de voir les ruzes & ſubtilités des femmes
impudiques, deſcouuertes par ma Satyre
& les malheurs infinis, & facheuſes mala-
dies qui prennent leur course du hant des
putains, & du ieu trop frequent des Da-
mes rabatuës , nayuement repreſentées
en icelle. Cela luy a faict gand mal au
cœur & luy a ſemblé de dure digeſtion.
D'autant que ce deſcry luy oſte ſon cre-
dit, diminuë ſa practique , amoindrit ſon
reuenu , & retrenche ſon ordinaire ; Et
ſans mentir ma derniere Satyre, eſt extre-
mement nuyſible & preiudiciable à ſon
eſtat de Macreau. Il ne faut dont point
trouuer eſtrange, s'il a voſmi tant de men-
ſonges d'impoſtures, & de bouffonneries
contre moy en ſon Anti-ſatyre,il ſe ſentoit
piqué

9
icqué viuement , le ſubiet luy touchoit,
luy importoit merueilleuſement , car
on delaiſſe à hanter le Bordeau & les
emmes desbauchees , que deuiendront
es pauures regratiers d'Amour , à quel
ainct ſe vouront-ils;Ils n'auront plus de-
uoy viure, & eſt force qu'ils gaignent
romptement l'hoſpital; qui ſeroit bien
e plus grand heur qui pourroit iamais ar-
iuer à la France : Car les Macreaux ſont
utãt preiudiciables en vne Republique;
u'vne touffe de Chenilles en vn Iardin,
es Tauppes en vn pré , des Rats en vne
maiſon , des vers dans du boys , & des
Mouches ſur des Cõfitures, & n y a rien
e beau que ceſte vermine ne ronge,n'in-
ecte & ne gaſte , où elle n'apporte de la
orruptiõ. Mais pourquoy cet Eſcriuain,
rent-il donc la qualité de Gentil-hom-
me, il à imité en cela les Comiques plu-
toſt que les Tragiques , & Terence, plu-
toſt qu'Euripide,car Cherea ne pouuant
orrompre vne vierge ſoubs l'habit de
Cherea , la corrompit & viola ſoubs l'ha-
it diſſimulé de Dorus, de meſme cet ef-
ronté diſcoureur , n'oſant cenſurer ma
atyre ſoubs l'habit de Macreau, s'effor-
e de la Blaſonner ſoubs l'habit de Gen-
B

10
til homme . On lit d'Epaminonda
grand Capitaine , qu'il caſſa à la montr
vn Soldat de ces trouppes pour eſtre trop
gras : car dit-il trois rondaches ne luy
ſçauroient couurir le ventre, mais ie croy
que cent Boucliers de Gentil-homme n
ſçauroient couurir la fainte ſimulation, &
la ſimulée feintiſe de ce Macreau. Mai
cõme il n'y a Renard ſi biẽ caché que le
chiens ne deſcouurent, & comme la ſou
ris ſe cognoiſt au ronge, le Cerf au train
& le Sanglier au fouilleures , auſſi n'y a
Autheur ſi bien caché , qu'vne meute d
coniectures, & d'indices,comme de bon
Limiers , n'eſlancent & ne deſcouuren
quelquesfois iuſques à ſon r'embuſch
ment.Mais ie m'enfonce trop auant en
diſcours, & m'eſgare par trop de ma pr
miere route: Il eſt temps de reſpondre
cet auorton couué par l'ignorance, & e
clos par la paſſion, il faut faire cõme La
con
dans Virgille , donner vn coup d
lance dans le ventre creux de ce Cheu
Troyen,pour voir & deſcouurir, ce qu'
a de caché au dedans,il faut ſonder & ana
tomiſer le corps de ce monſtre ſans teſt
pour ſçauoir ce qu'il enſerre dans ſe
flancs. Ouurons premierement le Tho

11
rax ou eſtomach ſiege des parties vital-
les, regardõs le tiltre qu'il porte graué ſur
ſes polmons, pour voir ſi nous le trouue-
rons deffectueux. Ie trouue en premier
lieu qu'il a mal intitulé ſon liuret Contre-
Satyre,pour la deffence des Dames
: Il a oublié
au bec de ſa plume ce mot d'Impudiques,
qui deuoit eſtre attaché à la queuë , Car
c'eſtoit contre elles que i'auois laſché en
ma Satyre les traicts acerés & les poignã-
es fleches de ma Cenſure. Il adiouſte
aicte par des Gentils-hommes , c'eſt vne fein-
e ſuppoſition, car il a eſté compoſé par
n ſeul Autheur, auſſi ay-ie touſiours ad-
dreſſé les pointes de ceſte reſponce par-
ant en ſingulier; Il ſe trompe , la qualité
le Gentil-homme ne conuient nullemẽt
uec le tiltre,la queuë n'eſt pas de ce veau,
ar puis qu'il tient le party des putains, &
effend leur cauſe , il deuoit mettre par
vn des plus renommés Macreaux de
rance. Pourſuyuons les mots de ſon til-
re, Des plus affidez a ce ſexe, parolles qui
onuiennent nayfuement auec le tiltre,
inſi que ie l'ay poſé: Parce qu'il y à vne
rande Sympathie , liaiſon , & affidence,
ntre les femmes desbauchees, & les co-
tiers d'Amour, ce ſont eux qui ameinẽt
B ij

12
l'eau à la rouë qui fait ioüer le moulin
Deſcendons plus bas, & donnõs vn cou
de raſoir dans le pericarde , pour voir l
mouuement de ſon cœur , & quel ſang &
eſprit vital,loge dans ſes ventricules, ve
nõs au tiltre de ſon epiſtre, par laquelle i
dedie ſes deux chetiues feuilles de deffen
ce aux deux plus belles Dames de la Cour, Tiltr
auſſi ridicule que les precedens , & qu
vient autant à propos qu'vn Chaperon
vne Cheure,vne ſoutane à vn Pourceau
tout beau la faute eſt aiſée à reparer, ſi o
met aux deux plus renommées & Impu
diques garſes de la Cour, & puis qu'il e
leur grand arcboutant & leur protecteu
la piece de leur deffence ſe deuoit addre
ſer & dedier à la plus renommée d'ent
elles. Iuge dõc le lecteur,du reſte du corp
de cet auorton, ſi les parties vitalles , q
giſent au tiltre , ſont manques & def
ctueuſes : Et quel ſera le baſtiment ſi
frontiſpice eſt imparfaict : Mais paſſo
outre ſans nous tant arreſter ſur le ſueil d
la porte.
Il cõmence l'eſplanade de ſon diſcour
par vne admiration plaine d'enthouſia
me. Nous ſommes eſtonnez dit il comme i
à des gens ſi temeraires que d'ozer offencer


13
femmes, &c.
Et moy ie meſtonne ; comme il eſt poſ-
ſible qu'il y ayt des gens ſi ſots, & perclus
de iugement , de ſe laiſſer deceuoit à leur
paſſion , & vaines impreſſions que
leur imagination deprauée ; leur preſen-
te deuant les yeux; Tu te picques mal à
propos pauure Soldat eſceruele ſans qu'õ
t'aye donné ſubiect de t'offencer ; Tu ab-
boyes aux ombres de la Lune,comme ſes
Chiens timides & craintifs. Mais en bon-
ne foy à qui parle tu, a quels but viſent les
traicts de ton diſcours, quel eſt dy, moy,
ce mal heureux Autheur qui à tãt eſcrit &
offensé les Dames, quel eſt cet impudent
qui à voulu breſcher ſa reputation, d'vn
acte tant indigne ? Si c'eſt de moy & de
ma Satyre que tu entends parler , tu te
trompes . Car ie n'ay iamais eſcrit que
contre les filles de ioye, qui ſe font ſeruir
à couuert par les Bordeaux, ou à ces fem-
mes impudiques qui methamorphoſẽt la
teſte de leurs maris en Acteon, & les font
naiſtre ſoubs les ſignes infortunés de
Taurus, ou de Capricorne ; Quelle ter-
reur Panique te brouïlle dõc le cerueau!
quel Demon t'eſmeut ; qu'el Taon ima-
ginaire te picque les flancs, pour te faire
B iij

14
courir , comme vn Thoreau eſchauffé,
contre ma Satyre , quelle humeur Luna-
tique te trouble la teſte, & deſmonte tous
le reſſors de ta ceruelle, & te trauaille des
meſmes ſimptomes , dont ſont tourmen-
tés & agités les melãcoliques maniaques,
deſquels la faculté imaginatiue eſt telle-
ment deprauée , qu'ils penſent voir ce
qu'ils ne voyent pas, ils ſe paiſſent d'om-
brages, & ſe figurent dans les brouïllas &
eſpais nuages de leur imagination , mille
chimeres & fantaſques Idées.
Ie viens à la ſeconde deſmarche de ton
diſcours, ou tu dis pour raualler ma repu-
tation, que mon ſtille eſt pedanteſque, tu
dis vray il ſemble tel à des ignorans in fo-
lio, Aſnes gradués , & de haute-fuſtaye
comme toy , ce que tu ne peus compren-
dre & où ton iugement groſſier & ſtupide
ne peut attaindre, tu l'appelles pedente-
rye: Ton ſtille de Contre-ſatyre, n'a gar-
de d'auoir l'air pedenteſque, car tu ne fus
iamais à l'Eſcolle, ayant eſté toute ta vie
nourry dãs vn Bordeau, ou tu n'as appris
qu'a desbaucher en dariolet quelque Da-
me ou Damoiſelle, chaſſer de haut nez
( en limier maquereliſte ) quelque pucel-
le, ou façonner & dreſſer quelque garſe

15
au meſtier de Cypris, & à pratiquer les ru-
ſes & ſubtilitez dont ſe ſeruent auiour-
d'huy les plus fines en cet art,ou bien à at-
traper dans tes rhets,quelque ieune Hau-
breau
nouuellement ſorty de l'aëre, pour
tirer la quinte eſſence de ſa bourſe, Ce ſont
tes plus ſublymes leçons, & plus ordinai-
res eſtudes,ou tu és paſſé docteur , dés il y
à long temps. Tu iuges donc de mon ſty-
le en ignorant bouffon , ou comme vn
homme qui a l'entendemẽt renuerſé,ſens
deſſus deſſoubs. Ie me contente que les
plus galans , & releuez eſprits de la Cour,
trouuent mon ſtille autant mignard que
docte, & à la verité i'ay l'humeur trop ga-
lante , la boutade trop prompte, & la vei-
ne trop bruſque, pour ſentir le ſtille graue
& ſongeard de la pedanterie. Tu dis en a-
pres que ie fais du citeur,& que ie rappor-
te des exemples pour auctoriſer mõ dire;
les vns mal appliqués , les autres mal en-
tendus; qui te la dict; tu en iuge comme
les Iuifz de la loy , les ſourds de la muſi-
que,& les aueugles des couleurs; mais eſt
e pas vne choſe ridicule,de voir vn Saue-
ier, dnnoer ſon iugement ſur l'ouurage
d'vn peintre : Toy qui nas point eſtudié,
& qui confeſſes par les rimes que tu as in-

16
ſerees, au troiſieſme feuillet de ton Impri-
mé, que ta profeſſion eſt de manier pluſ-
tot l'eſpée que la plume, comment es-tu
donc ſi effronté de iuger ſi les exemples
que i'ay mis en aduant en ma Satyre ſont
bien ou mal citez, meſle toy donc deſor-
mais, chetif mortepaye, puiſque tu tren-
ches tant du guerrier, de diſcourir d'vn
champ de bataille, du moyen de dreſſer
embuſches,tramer ſurpriſes,donner eſca-
lades,eſcarmouches, camiſades & autres
ruzes & ſubtilitez de guerre, ou bien pluſ-
tot en maquignon d'amour; ( qui eſt ton
vray meſtier) parler du modelle de la che-
uelure à treis eſtages, parſemee de poudre
de Cypre ou de violette , de fards , d'vn-
guens,de baings,de parfuns,d'eaux alam-
biquees & autres telles danrees & mar-
chandiſes,ou iettãt ſur les habits, cajoller
des grands vertugadins ( autrement ditz
cachebaſtardz. ( de culz branſlans , culz
fraizés, culz releués, d'eſtomacz ouuers;
& tetins deſcouuers , qui ſomment les
galans à conquerir & à combatre, & mille
autres droſleryes qui ſont des appanna-
ges ordinaires du Bordeau.
Examinons les autres poincts ſur leſ-
quels ce macreau ſ'eſt fondé pour perſua-
der

17
er que i'ay offenſé les Dames, il ſe flate
our ſe faire rire , & laſche la bride à ſon
magination troublée, il ſe figure vn blãc
our y deſcocher les fleſches de ſa paſſiõ;
s'eſcrime auec les ombres de ſon igno-
ance, & pour faire du bon valet, & ſe
onſtrer zelé à la deffence des Dames, il
et en auant vne longue enfilée d'exem-
les les femmes vertueuſes,qu'il a frippées
regratées dans vn liure intitulé,La loüã-
des femmes vertueuſes
, compoſé par vn
duocat du Parlement de Paris: Mais à
uel ſubiet tant d'exemples, à qu'elle fin
nt de preuues , pour authoriſer leur def-
nce?& n'eſt-ce pas ſe fantaſier des ſub-
ts à plaiſir pour y faire apres ioüer ſa plu-
e, veu comme i'ay deſia predit : que ie
ay iamais blaſmé en mes eſcrits, les Da-
es & Damoiſelles qui ont l'honneur &
pudicité grauez ſur le front?eſt-ce donc
s m'impoſer auſſi fauſſement,que teme-
irement,ſans raiſon,ſans preuue, & ſans
onte?Ie ſuis tout eſtonné de la haute reſ-
rie de cet Eſcriuain , & qui ſongea ia-
ais à eſcrire contre les chaſtes Dames,
t ce le fait d'vn Gentil-homme comme
ſe titre, de forger telles impoſtures, &
nner telles impreſſions? non, c'eſt l'hu-
C

18
meur d'vn cœur laſche, poltron, & effe
miné,tel que celuy d'vn Macreau. Effac
donc pauure incenſé,ces fantaſques opi
nions: Reprens vn peu tes eſprits , duran
les tréues,& la relaſche des facheux accé
de ta melancholie.R'entre vn peu en toy
meſme, ouure les yeux , que ta paſſion &
ton ignorance ont ſillez,pour voir ce qu
chante ma Muſe,tout au commencemen
de ma ſeconde Satyre, & lors tu cogno
ſtras le tort que tu m'as fait, de m'auoir au
tant indiſcretement que faucement acc
ſé au parquet des chaſtes Dames.
Conſidere ie te prie pauure miſerab
Pagnote en quel abyſme d'erreurs tu t'
plongé,par les exemples que tu as prop
ſés pour authoriſer leur deffence, car
les offenſes, & leur fais vne grande iniu
ayant eſté ſi oſé & temeraire, que de m
tre au rang des Dames vertueuſes, v
Flore, l'vne des plus renõmées putains
Rome , & vne Rodope la plus inſig
garſe & la plus desbauchee qui ayt poi
eſté en toute l'Ægypte , eſt-ce citer fid
lement & en grand clerc ( comme tu
vante ) des exemples propres, pour d
fendre l'honneur des chaſtes Dames?
t'en donc à l'eſcolle pauure Aſne d'Ar

19
die 88, pour y apprendre l'art des Topiques,
affin de trouuer des matieres propres à
dreſſer des deffences. Il faut que ie die
franchement pour reprimer vn peu ton
audace & ta temerité, que tu deſhonore
grandement les Dames chaſtes, feignãt
d'entreprendre leur querelle, les prenant
pour pretexte de tes paſſions , & en les
deffendant ſi laſchement comme tu fais;
Il ſeroit neceſſaire deſormais, de t'impo-
ſer ſillence , & te deffendre expreſſement
comme on feiſt à l'ignorant Cherille, de
mettre la main à la ſtatue d'Alexandre:
Ce n'eſt pas ton meſtier que d'entrepren-
dre la deffence des chaſtes Dames , ou
dreſſer des panegeryques à leur loüange,
il faut vn Orateur qui ayt plus de merite,
de ſuffiſance, & de doctrine que toy, c'eſt
vne mariere qui ſurpaſſe la haulteur de ta
teſte, & la capacité de ta ſoldade plume;
Voyla de quoy i'auois a t'aduertir en paſ-
ſant, affin que tu n'ayes par cy apres à
meſler l'or auec le cuiure, le chanure auec
lin , le fleuret auec la ſoye, & les femmes
pudiques & vertueuſes, auec les laſciues
& deſbauchees. Et ſi i'auois autant offen-
ſé les Dames comme tu as faict , quel ſu-
plice euſt baſté pour me punir ? quelz li-
C ij

20
ures pour dechirer ma reputation? i'eſtois
trouſſé en malle, cinglé de mauuais vent,
& fricaſſé au beurre noir.
Apres auoir mis ces exemples en ad-
uant, il faict de l'eſtonné, & m'interroge
de bruade: Qui vous m'eut donc beau ſire,
quelle mouche vous point & cæ ?
Et ie reſ-
pondz qui te meut pauure inſenſé, quel-
le trenchée de ſainct Mathurin te faict
crier ſans ſubiet, & monter ſur le traque-
nal de tes enthouſiaſmes, qui te meut diſ-
ie par vne ſaillye boufonneſque , à for-
mer des preſumptions ſur la curieuſe re-
cherche que tu fais, des occaſions qui
m'ont peu exciter a eſcrire contre les
femmes. C'eſt ſans doute ta melan-
cholie
qui renouuelle ſes furieux accez,
ou quelque furie infernalle qui te poſ-
ſede. Mais oyons les plaiſantes & ridicu-
les preſomptions que ce Maniaque tire
des creux cachots de ſa ceruelle , il faut
(dit-il) que vous ſoyez vn rocher inſenſible , ou
bien vn ioly petit Eunuque , ou que voſtre mau-
uaiſe mine vous ait occaſionné quelque affront,
ou croire qu'elles vous ont enuoyé en Cornuaille 89
ſans le cheual de Pacolet 90ou par dela la Surie pro-
che de Bauieres
. Auſquelles coniectures &
friuolles preſumptions,ie reſpõdray d'or-

21
dre & le plus ſuccinctemẽt que ie pourray.
A la premiere ie dis que ie n'ay point
ſacrifié auec du fiel à Iunon , & à Cypris,
ne m'eſtimant point d'vn humeur ſi farou-
che & reueſche aux femmes, que pour ce
ſubiect i'aye beſoin de ſacrifier aux gra-
ces, leſquelles ſe ſont touſiours monſtrées
fauorables en mon endroit , & à la verité
l'homme ſeroit du tout inſenſible,ou quel-
que Monſtre en nature qui n'obeïroit aux
loix de l'amour , & penſeroit euiter ſes
traicts : car comme dit le Poëte François,
... ... Il n'y à que les marbres
Les pillers , les cailloux , les roches & les
arbres,
Priuez de ſentiment qui ſe puiſſent garder
D'aymer quand vn bel œil les daigne re-
garder,
Nous qui ſommes veſtus d'affections hu-
maines,
De muſcles & de nerfs, de tendons & de
vaines
Il eſt bien mal-ayſé de ne ſentir la flame
Que le gentil Amour nous verſe dedans
l'Ame.
En vn mot, ie ne ſuis point du nombre de
ceux que l'on confinoit anciennemẽt par
C iij

22
ignominie dans la Sacriſtie d'Hercule My
ſogine. 91
A la ſeconde ie reſpond,que ſi tu auoi
bien regardé mon portraict repreſenté
taille douce au quatrieme feuillet de m
Satyre , tu n'aurois effrontement laſch
ceſte coniecture boufonneſque, ma barb
foiſonne trop abondammẽt a l'entour d
mon menton & de mes iouës,& ma mou
ſtache eſt trop mignonnement releuee
pour eſtre nay ſoubz l'horoſcope infortu
de Enuchis participer au titre de frigides &
maleficiatis. Eunuchi namque & ſpadones qu
bus
θλάδιαν καὶ ἐκτθλιμμενον καὶ εκτομιαι και
ᾶπεσσασμένον
vel contriti , vel tuſi , vel ſect
ablatique ſunt teſticuli , barba carent in ment

Marque tres euidente de leur impuiſſanc
& imperfection naturelle ſelon le dire d
Poëte.
Quod illis genœ molles & deſperatio barbœ.
Mon pourtraict dement donc apertem
ceſte chimerique preſomption, & me pa
du foudre de ceſte calomnieuſe coniect
re,laquelle ne peut porter coup au preiu
dice de ma reputation.
A la troiſieſme ou tu reiectes la cauſe d
l'affront que les femmes m'auroient p
faire ſur ma mauuaiſe mine, Ie te renuoy

23
derechef a la viſite de mõ pourtraict, dont
la poſture eſt plus guerriere que Docto-
ralle, plus martiale que pedenteſque , plus
Iouiale que Saturnienne , plus amoureuſe
que Melancholique.
A la quatrieſme ie reſponds que tu de-
uois t'enquerir premierement ſi i'eſtois aſ-
ſubiety ſoubs les loix d'Hymen,auant que
de m'enuoyer indiſcretemẽt en Cornuail-
le
92, & mettre en aduant vne tant friuolle
coniecture, car eſtant libre & exempt de
ſon ſeruage , ie ſuis Dieu mercy hors du
danger d'encourir le nom de Cocu,& por-
ter ſur le front les rayons de Moyſe. Ceſte
preſomption eſt donc vne colomne ſans
baze ny pie-d'eſtat , ſans fermeté de natu-
re,ny proportion de figure pour ſe ſouſte-
nir.
A la cinquieſme & derniere ie dis que
c'eſt choſe rare de voir vn Docteur Mede-
cin attaint de la maladie Venerienne, par
ce qu'eſtant ( comme il eſt à ſuppoſer ) ex-
tremement bien verſé en la Phyſionomie,
il iuge incontinent a l'œil & au viſage , qui
eſt le cadran, ſi vne femme cache au dedãs
ceſte deteſtable, & pernicieuſe maladie, &
non cõtent de l'inſpection du viſage , ayãt
(comme il à) la congnoiſſance de l'Anato-

24
mie,il ſ'ayde du miroer Matrical 93, pour luy
ſeruir de Sybile 94, & deſcẽd iuſques aux En-
fers de la deuote Alibec de Bocace, ou le
bon hermite Ruſtic mettoit ſon Diable,
pour en auoir plus certaine cognoiſſance.
C'eſt bien pluſtot a vn macreau ſoldatizé,
& ſoldat maquerelizé , comme toy a gai-
gner la maladie Neapolitaine 95, qu'a vn do-
cteur en Medecine. Ceſt le butin , & les
gaiges ordinaires des ſoldats desbauchez
& deſeſperez cõme toy, leſquels ſont plus
en fureur durãt leur ribaudes Amours, que
les Corybantes de Cybelle pendant leurs
ſacrifices.Auſſi dit-on que Mars ne ſ'eſloi-
gne iamais de Venus.
Toutes tes preſomptions imaginaires
ſont donc adulterées , corrompuës & de
mauuais alloy , ce ſont pieces faulces qu'il
faut enuoyer au billon.
Apres auoir laſché deux ou trois traicts
de bouffonnerie & remply deux pages de
ſes coniectures, il ſe remet ſur les exem-
ples, & me cite à pied racourcy , & à viſa-
ge tourné, l'exemple de Tyreſias qui fut
aueuglé pour auoir eſcrit contre la Deeſſe
Iunon, voulant de la tirer a conſequen-
ce que ie me repentiray & receuray quel-
que chaſtiment pour auoir eſcrit contre
les

25
es chaſtes femmes , mais a quel blanc viſe
et exemple ? a quelle fin ceſte allegation?
Iunon eſtoit elle vne putain ? eſtoit ce vne
femme desbauchée ? c'eſtoit vne chaſte
Deeſſe, qu'on diſoit preſider aux nopces 96,
quelle occaſion me remet-il deuant les
eux cet exemple puis que c'eſt ſeulement
ux putains que ſ'adreſſe ma Satyre ? il
monſtre donc bien qu'il eſt tombé en vne
horrible & deplorable Manie plus digne
d'eſtre renuoyé à la diette entre les mains
e quelque Chirurgien pour eſtre ſecouru
de la maladie, que d'aucune reſpõce pour
efuter ſa reſuerie,
Bruſquet 97n'y faict plus rien , Chicot 98ny Maiſtre
Allain,
Mais que ſort-il du ſac que ce dont il eſt plain?

Et pourſuyant ſa poincte auec plus de
uque que de preuoyance, il donne l'eſ-
r a ſa plume & fait iouer tous les reſſors
e ſa ceruelle,pour deſpeindre les ſingulie-
es beautez des femmes , par-ce que ſon
inceau rencontroit bien a la couche de
eſte peinture. Mais deuant qui eſtalles-tu
s eſtoffes regratees ? & qui doubte que
urs beautez ne ſoiẽt admirables , & ado-
bles comme autant de Soleils,de lumie-
D

26
res, & de diuinitez? I'eſpere en bref mett
au iour mes Amours de Francine 99, où
verras les beautez d'vne belle & galan
maiſtreſſe autant mignardement, que d
ctement deſpeintes : Alors la France iug
ra ſi mon ſtylle eſt autant pedenteſqu
qu'effrontemẽt tu le publie, Mais pour v
ignorant & eſt autant pedenteſqu
qu'effrontement tu le publie, Mais pour v
ignorant & eſceruelé Macreau cõme to
qui le raualle, il ſe trouuera mille beaux
prits qui l'honoreront, & en feront eſtat.
Venons maintenant à ſa concluſion
laquelle il roidiſt tous les nerfs de ſa foib
Rethorique, en tire les plus empenné
flaiches, & les mieux appointées qui'l pe
trouuer en ſa trouſſe , pour me perſuad
que le naturel des femmes eſt doux, cou
tois & humain , & que ſi touché d'vne
ue repentance ie me iette entre les br
de leur fœminine douceur,il s'aſſeure q
ie pourray obtenir pardon , & que ma r
queſte ſera interinée : voyez vn peu com
me il s'eſcarmouche, & ſe flate en ſes vai
nes imaginations!il s'y plaiſt comme Py
malion
en ſa Statue , & Narciſſe en ſ
ombre. Et qui ne ſçait que la ou il n'y
point de faute, il n'eſt point requis de pa
don ? pourquoy eſt-il donc ſi effronté

27
me perſuader de leur cryer mercy: Com-
ment oze-il remettre en Theatre ceſte
Idolle de calomnie , par cy deuant brizée,
& trõçonnee,en mille pieces? Et puis que
ie n'ay point eſcrit generallement contre
le ſexe, ains ſeulement contre les femmes
debordées, & laſciues, pourquoy eſt-ce
que i'mploreray leur miſericorde? ce ſeroit
aux putains ſeulement qu'il failleroit de-
mander pardon, qui ſeroit vne choſe ri-
dicule : Ce pauure inſenſé monſtre donc
qu'il à l'eſprit merueilleuſement eſgaré,
& la ceruelle plus eſuentée que les feſſes
d'vn couureur; non ſeulemẽt en ce point,
mais en toute la ſuytte de ſon diſcours,
tramé & ourdy de mille contradictions,
menſonges , impoſtures, & abſurditez;
Auſquelles i'ay voulu reſpõdre de poinct
en poinct, pour faire paroiſtre parmy les
eſpeſſes tenebres de ſes faulſes accuſations
& chimeriques imaginations le clair flam-
beau de mon innocence:& monſtrer à ce
Dariolet ſoldatizé , ſoldat Darioletizé,
qu'il eſt meilleur de tenir ſa langue , &
ſa plume en repos , que de mal parler
& de mal eſcrire , & que pour ſon hon-
neur il euſt mieux faict de preſter le ſi-
D ij

28
lence ſans donner mal à propos du b
& de l'aiſle contre la reputation d'a
truy.

Zoilus hœc , credo , lacerabit dente malign
Concedo,hunc rabies, me iuuat alma quies.


FIN.
L'empreinte de la Bilbliotheque de l'Arsenal

Noms propres et Terminologie médicale

Absinthe (en lat. artemisia absinthium L)

Plante de la famille des Astéracées qui peut faire 1 m de hauteur. Les feuilles de cette plante sont couvertes de poils blancs et de glandes oléifères. Elle sert de vermifuge et peut provoquer des règles. L'on s'en sert également pour combattre le mal de mer la nausée.
  • Absinthe (plante), Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Absinthe_(plante).
  • Lieutaghi, Pierre, Absinthe, Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 20 mai 2009.

Achéron ou Achérontides (en gr. Akherôn)

Fleuve des Enfers grecs que les morts traversaient sur la barque de Charon, qui leur fit payer une obole. Charon refusait tout mort qui n’avait pas de monnaie, ni de sépulture ; de ce fait, ceux-ci ne pouvaient jamais entrer au royaume d’Hadès, dieu des morts.
  • Achéron en gr Akherôn, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Charon [ka-], Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Aconit

s. m. Espece de plante veneneuse.
  • Aconit, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

Actéon (en gr. Aktaiôn)

Chasseur mythique de Thèbes. Ayant surpris Artémis nue au bain, il fut métamorphosé en cerf par la déesse et dévoré par ses propres chiens, au Cithéron.
Pour apprendre plus sur le mythe de Actéon, veuillez consulter http://fr.wikipedia.org/wiki/Actéon.
  • Actéon en gr. Aktaiôn, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Actéon, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 janvier 2010.

Adonis (en phénicien Adoni mon seigneur)

Jeune homme d'une beauté hors de commun qui naquit de l'union incestueuse de Cynéras roi de Chypre et sa fille Smyrna, Adonis était symbole de la reproduction mâle dans la mythologie grecque. Il assimila également les symboles de la vie et de la nature lorsque, sous la supplication d'Aphrodite, Zeus le ressuscita après qu'il fut tué par un sanglier. Ainsi transformé en divinité, Zeus permit à Adonis de séjourner avec ses deux amantes, Aphrodite et Perséphone, pour une partie de l'année sur la terre avec la première et une autre partie aux Enfers avec la séconde.
  • Adonis, Le grenier de Clio (2001-2011), Mythologica.fr, Internet, 20 avril 2011. http://mythologica.fr/grec/adonis.htm
  • Adonis en phénicien Adoni mon seigneur, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Aegles

Aegles, un athlète de l’ile grecque Samos, était muet. Il redécouvrit sa voix pour exprimer sa colère face à une injustice promulguée contre lui lors d’un concours sportif.

Agamemnon

Roi légendaire d'Argos et de Mycènes et frère de Ménélas, Agamemnon servit de chef suprême des Grecs pendant la guerre de Troie. Il épousa Clytemnestre qui lui donna trois enfants : Électre, Iphigénie et Oreste. Lorsqu'Agamemnon sacrifia leur fille Iphigénie à Aulis (un port grec en Béotie) Clytemnestre prit Égisthe pour amant. Les deux assassinèrent Agamemnon et Cassandre (l’amante d’Agamemnon) de retour de Troie, après lequel Égisthe prit le trône. Sept ans plus tard, Oreste et Électre, souhaitant venger leur père Agamemnon, assassinèrent Clytemnestre.
  • Agamemnon, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Agaric

ſ. m. Terme de Pharmacie. C'eſt une excroiſſance qui naiſt comme un potiron ſur le tronc & ſur les grosses branches de divers arbres quand ils ſont vieux. Il y en a de maſle qui eſt jaunaſtre , aſſez peſant , & aſſez compacte , & plus propre pour les Teinturiers que pour la Medecine. Le femelle eſt plus recherché , & ſe trouve ſur le melaiſe , ou larix. Ses bonnes marques ſont la blancheur , la legereté , la grandeur , la friabilité , l'odeur penetrante , & la grande amertume. Il en vient des Alpes & du Levant , & c'eſt un medicament qui purge avec violence. L'agaric noir, ou boule noire pris en breuvage , cauſe des vomiſſemens & flux de ventre dangereux.
  • Furetière, Antoine. Agaric, Dictionnaire universel, La Haye, A. et R. Leers, 1690, t. 1. Bibliothèque nationale de France, Internet, 24 septembre 2009.

Ajax (en gr. Aias

Ajax fut un des plus vaillants héros grecs de la guerre de Troie, dépeinte dans le poème épique l'Iliade par Homère. Après la mort d', il se disputa avec Ulysse pour l'honneur de recevoir les armes du héros décédé. Lorsque les chefs choisirent Ulysse pour son ingenuité et ses ruses au lieu de Ajax pour son courage, il devint fou et, enfin, se tua.

Alchimiste

ALCHIMISTE. s. m. Celui qui s'occupe d'alchimie. Les alchimistes passaient leur vie à chercher ce qu'ils appelaient la Pierre philosophale ou le Grand oeuvre, c'est-à-dire, un moyen d'opérer la transmutation des métaux.
  • Alchimiste, Dictionnaire de l'Académie française (1835), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 8 février 2010.

Alcine

Alcine est un personnage de l’Orlando Furioso (Roland furieux), poème épique de Ludovico Ariosto (l’Arioste en français), publié en 1516. Magicienne, elle tombe amoureuse de l’ami de Roland, Astolphe, qui lui reste indifférente.

Alcmène (en gr. Alcmênê)

Selon la mythologie grecque, Alcmène aurait été une princesse de Mycènes et la femme d’Amphitryon, roi de Tirynthe. Elle fut séduite par Zeus, qui s’était métamorphosé en son mari absent. Ainsi la princesse devint enceinte du demi-dieu Héraclès. Jalouse d'Alcmène, l’épouse de Zeus Héra différa la naissance d'Héraclès pour se venger.
  • Alcmène en gr. Alcmênê, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Alcon

Représenté comme archer habile dans la mythologie grecque, Alcon tira sur un serpent qui avait enlacé son fils, sans blesser son enfant.

Alexandre le Grand

Né en 356 av. J.-C. à Pella, Alexandre le Grand fut le fils du roi Philippe II et d’Olympias devenant en -336 roi de Macédoine ainsi que le chef de la Confédération hellénique. Considéré comme un des plus grands conquérants de l'histoire, Alexandre le Grand créa un empire s'étendant de la mer Ionienne à l'Himalaya. Il fonda Alexandrie en Égypte (-332- -331) et choisit Babylone comme la capitale de son empire (-331). Il mourut à Babylone en -323 après quoi ses généraux, les Diadoques, partagèrent son empire et se mirent à combattre par la suite, assassinant sa mère Olympias, son épouse, Roxane, et son fils, Alexandre IV.
  • Alexander the Great, Wikipédia l'encyclopédie libre (6 février 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 février 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_the_Great.
  • Alexandre le Grand (~356-~323), Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • Alexandre le Grand ou Alexandre III, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Alexandrie en ar. al-Iskandarīyah, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Alibec et Rustic

Du Décaméron de Boccace, IIIe Journée, Nouvelle X: La jeune et innocente Alibec désire servir Dieu; pour apprendre à le faire, elle demande l’instruction à un ermite, Rustic. Succombant à la tentation représentée par la belle, il lui explique qu’il faut remettre le diable dans l’enfer, autrement dit faire l’amour.
  • Boccace, Décaméron, Paris, G. Charpentier, 1884, trad. F. Reynard. Bibliothèque numérique Gallica, Internet, 26 juillet 2010.http://gallica.bnf.fr/.

Alun

Sulfate double formé d'un sulfate de métal trivalent et d'un sulfate de métal monovalent, utilisé en médecine, en teinturerie, peausserie, etc..
  • Alun, subst. masc., Trésor de la Langue Française Informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 2 février 2010.

Alun emplumé

On appelle Alun de plume, Une espèce de Talc qui est par petits filamens, & qui s'appelle autrement Pierre d'Amiante.
  • Alun, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 4 février 2010.

Amadis de Gaule (en esp. Amadís de Gaula

Roman de chevalerie espagnol dont le texte original remonte au début du XIVe s. mais qui fut refondu et publié en 1508 par Montalvo. Amadis est le type du chevalier accompli qui, après de multiples aventures, réussit à épouser sa dame, Oriane. Ce roman connut un succès considérable, en particulier en France dans la traduction de Nicolas d'Herberay des Essarts (1540). Don Quichotte prend Amadis comme modèle du beau chevalier errant et amant fidèle.
  • Amadis de Gaule en esp. Amadís de Gaula, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ambre-gris

Matiere spongieuse, inflammable & fort odoriferante, qu'on trouve sur les bords de la mer.
  • Ambre-gris, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

Amiclides

Voir Sirènes.

Amphion

Fils de Zeus et d'Antiope dans la mythologie grecque. À l'aide de Zéthos, son frère jumeau, il parvint à tuer Dircé qui a maltraité leur mère. Par la suite, il construit les remparts de Thèbes, aidé uniquement des sons de sa flûte et de sa lyre.
  • Amphion, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Amphion, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Amphion.

Amphitrite (en grec Amphitritê)

Mère de Triton et épouse de Poséidon. Déesse et Néréide.
  • Amphitrite en gr. Amphitritê, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ange Politien (Agnolo Ambrogini, dit en it. il Poliziano et en fr. Le)

Poète et humaniste italien (1454-1494) célèbre pour ses œuvres en latin et en italien. En latin, il fit une traduction de l'Iliade et composa plusieurs commentaires et essais, notamment les Prolusioni et les Miscellanea. En italien, il était le compositeur de poésies lyriques qui mêlent différents thèmes tels que la nature printanière, l'amour (Stances pour le tournoi), le pastoral et la mythologie (La Fable d'Orphée).
  • Politien ou Ange Politien (Agnolo Ambrogini, dit en it. il Poliziano) et en fr. Le), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ange Raphaël

Raphaël (de l'hébreu : refa- : guérir et -El : Dieu ; c'est-à-dire Dieu guérit) est le troisième archange reconnu par l'Église catholique. C'es un personnage biblique du Livre de Tobie où il apparaît comme le bon ange de Tobie.
  • Raphaël (archange), Wikipédia l'encyclopédie libre (8 août 2012), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 septembre 2012. http://fr.wikipedia.org/wiki/Raphaël_(archange).
  • Raphaël , Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Antre Piéride

Piérie, en Thrace près de l’Olympe, est une région montagneuse, une des résidences des neuf Muses. L’antre piéride représente donc un site où le poète puisse trouver son inspiration.

Apollon appelé aussi Phébus (en gr. Phoibus le Brillant)

Fils de Léto et de Zeus et frère jumeau d’Artémis, il est dieu grec de la lumière, du chant, de la raison, de la musique et de la poésie. Décrit aussi comme dieu à l'arc et flèche, il punit et détruit le méchant. Une légende notoire raconte que quatre jours après sa naissance, Apollon tue au tir à l'arc le dragon, Python, qui avait poursuivi sa mère en route pour Délos.

Apozème

s.m. Terme de Médecine. Potion médicinale faite d'une décoction d'herbes. Faire un apozème. Donner un apozème. Prendre un apozème.
  • Apozème, Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 18 juin 2010.

Apulée (en lat. Lucius Apuleius Theseus

Avocat, rhéteur et écrivain latin (v.125 - ap. 170) dont l'œuvre le plus illustre est son roman en prose Les Métamorphoses (appelé aussi L'Âne d'or). Une parodie mystique en onze livres, il s'agit d'un héros dont la curiosité pour la magie, le transforme en âne.
  • Apulée, Wikipédia l'encyclopédie libre (25 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 juin 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Apulée.
  • Apulée en lat. Lucius Apuleius Theseus, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Aquillon

Le dieu des vents violents septentrionaux. Il est souvent représenté comme un vieil homme aux cheveux blancs en désordre.

Archiloque (en gr. Arkhilokhos)

Poète grec (v.-712 – après -648) considéré comme l'un des initiateurs de la lyrique monodique et inventeur de l'ïambe. Il est connu pour ses satires mordantes, sa poésie qui chanta la dureté de sa vie guerrière comme mercenaire et ses Élégies qui encouragèrent l'individu à se libérer du joug de la tradition.
  • Archiloque, Wikipédia l'encyclopédie libre (10 avril 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 5 juillet 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Archiloque.
  • Archiloque en gr. Arkhilokhos, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Argos

  • Argos. Fils de Zeus et de Niobé qui a fondé la ville du même nom.
  • Argos (Panoptès). L’épithète Panoptès qui voit tout témoigne de l’apparence physique de ce personnage : Argos est un géant à cent yeux, cinquante ouverts et cinquante fermés. Lorsqu’Héra lui demande de surveiller Io, Argos s’endort en entendant la musique de la flûte d’Hermès. Ensuite, celui-ci lui tranche la tête, et Héra sème les yeux du mort à la queue de son paon.
  • Le chien d’Ulysse dans l’Odyssée.
  • Argos, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Argos.
  • Argus ou Argos (chien), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Argus ou Argos (prince), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ariane

  • Ariane (en gr. Ariadnê) : fille de Minos, roi de Cnossos, et de Pasiphaé, sœur de Phèdre. Séduite par Thésée, héros venu en Crète pour combattre le Minotaure, elle aide celui-là à fuir le Labyrinthe. Ariane donne à son amoureux un fil qu'il dévide derrière lui afin de trouver la sortie du Labyrinthe après avoir tué le Minotaure. Par la suite, les deux s'enfuient mais Thésée abandonne Ariane à Naxos. Séduit par la beauté d'Ariane, le dieu Dionysos l'épouse.
  • Ariane : tragédie écrite par Thomas Corneille en 1672.
  • Ariane : en musique, plusieurs compositeurs ont produit des œuvres qui racontent cette histoire ; notamment, Arianna, œuvre dramatique de Monteverdi ; Arianna à Naxos, cantate d'Haydn ; Bacchus et Ariane, ballet d'Albert Roussel et Ariane auf Naxos, opéra de Richard Strauss.
  • Ariane, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Arioste (Ludovico Ariosto, dit en fr. L')

Poète italien (1474-1533) dont l'œuvre plus célèbre fut Roland furieux. Cet ouvrage, souvent cité aux XVIe et XVIIe siècles, crée un genre poétique nouveau en combinant deux matières, épique et amoureuse.
  • Arioste (Ludovico ARIOSTO dit en fr. L') , Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Aristarque

s. m. C'est le nom d'un des Commentateurs d'Homère, critique fort estimé. Il est devenu un nom commun pour signifier un critique sévère, mais équitable.
  • Aristarque, Jean-François Féraud: Dictionaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 31 mai 2010.

Aristogiton (en gr. Aristogeitôn)

Jeune Athénien exécuté en 514 pour l’assassinat du tyran Hipparque, devenu la figure même de l’assassin.
  • Aristogiton (en gr. Aristogeitôn), Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Tyrannoctones, Wikipédia l'encyclopédie libre (12 avril 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 9 juin 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tyrannoctones.

Aristote (en gr. Aristotelês, dit le Stagirite)

Né à Stagire (Stavro), Macédoine en 384 av. J.-C. et mort à Chalcis, Eubée en 322, le philosophe grec Aristote était l'étudiant de Platon et le tuteur d’Alexandre le Grand. À Athènes, Aristote fonda le Lycée (335) où il enseigna pendant douze ans. La philosophie, selon Aristote, serait la totalité du savoir. Il gagna la réputation du père de la logique grâce à ses analyses des divers genres et parties de discours. Son recueil à ce sujet, l’Organon, parle de la logique comme un instrument du savoir. Aristote étudia également des espèces naturelles (La Physique ; Histoire des animaux), la morale (Éthique à Nicomaque ; Éthique à Eudème) ainsi que la politique (Politique ; Constitution d’Athènes). De plus, il fit une étude sur la création des genres littéraires, d’où La Poétique et La Rhétorique.
  • Aristote en gr. Aristotelês, dit le Stagirite, Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Arlequin

Personnage comique du théâtre italien que l'on reconnaît grâce à son costume qui a des pièces triangulaires. En outre, ce personnage tient d'habitude un sabre et porte un masque noir. Dans la Comédie italienne, l'arlequin fait ordinairement les rôles de valet, mais de valet bouffon (Féraud).
  • Arlequin, Jean-François Féraud : Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 21 octobre 2009.
  • Arlequin, Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 21 octobre 2009.

Arétin

Écrivain italien (Arezzo 1492 - Venise 1556). Au cours d'une vie mouvementée, il fut protégé par Jean des Bandes Noires et Clément VII, lié à l'Arioste et à Titien, admiré et redouté par les souverains les plus puissants d'Europe. Il se fit tant d'ennemis par ses intrigues et ses Pasquinades, poèmes satiriques, qu'il dut se réfugier à Venise (1527) où il mena une vie fastueuse et licencieuse. Il se montra un observateur cocasse de la société et un esprit plein d'invention dans ses comédies : La Courtisane (1525), Le Maréchal (1527), L'Hypocrite (1542), source probable du Tartuffe