Le mariage sous L'Ancien Régime

Ce poème fait partie du recueil du Labyrinthe de Récréation, publié en 1602 par Claude le Vilain Ce poème fait partie du recueil des Passetemps de l'écrivain Jean-Antoine de Baïf, publié en 1573.

DE SILE.


  • SIle me veut pour ſon mari,
  • Et n'y a rien qu'elle ne face:
  • Mais moy i'en ſeroy bien marri,
  • Quelque contract qu'elle me paſſe.
  • Ainſi qu'elle m'en preſse tant,
  • Tu me donneras, celuy di-ie,
  • Cinquante mille eſcus1 contant
  • Sans qu'à les rendre ie m'oblige.
  • Et pour le premiere nuitee
  • Ne gouſteras point le deduit:
  • Mais tu t'en paſseras couchee
  • Seule à part dans vn autre lit.
  • A ton nés, ſi ie le demande
  • I'auray ma garce entre mes bras:
  • Sans gronder, ſi ie le commande,
  • Ta ſervante m'enuoyeras.
  • Et le plus ſouuent à ta veuë
  • Pour careſser me ietteray,
  • Deſsus la premiere venüe,
  • Et haut & bas la taſteray.
  • Quand nous irons en compagnie
  • Si loin l'vn de l'autre ſerons,
  • (Tant ſois-tu paree & iolie,)
  • Que iamais ne nous toucherons.
  • De me baiſer point de nouuelle
  • Garde toy de t'y preſenter:
  • Si d'auenture ie t'appelle
  • Ta leçon ie te veux chanter.
  • Garde toy d'y eſtre ſi oſee,
  • Si ma femme vne fois tu es,
  • Me baiſer en femme épouſee:
  • Car ie le trouueray mauuais.
  • Ne me baiſe comme ton frere
  • Il y auroit trop d'appetit:
  • Mais comme quelque bonne mere
  • Baiſeroit ſon fils par acquit.
  • Si tu peux ſupporter en ſomme
  • Tout ceci ſans rien refuſer,
  • Touche là, tu as trouué l'homme
  • Qui eſt content de t'expoſer.
1. 
Pièce de monnaie.