Le mariage sous L'Ancien Régime

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Ce texte de 1619 reprend plusieurs topoi typiques du genre polémique.
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[Même motif que Fantastique repentir et Brief discours] Le Purgatoire des Hommes mariez, avec les peines et les tourmentz qu'ils endurent incessamment au subject de la malice et mechanceté des femmes, quy le plus souvent leur sont données pour penitence en ce monde. Traicté non encore imprimé jusqu'à présent, et addressé à ceux et celles quy ne se comportent en leur mesnage selon les loix de la raison.


A Paris, jouxte la coppie imprimée à Lyon, par François Paget, imprimeur.

M. DC. XIX.
Les anciens payens, bien qu'ilz ne recognoissent le mariage pour un grand mistère, comme nous, estoient neantmoing en ce subject plus religieux que nous : car ils estimoient que les mariz estoient les maistres du corps et de la substance des femmes, pour en disposer à leurs plaisirs.
Et maintenant l'on voit ordinairement que quelques hommes pensent prendre des femmes pour en 82 tirer de la compagnie, de l'amitié, de la consolation en leurs adversitez, et neantmoing, quand ils ménent leurs femmes en leurs maisons, ils mettent le plus souvent un enfer pour les tourmenter incessamment et pour combler leur vie de toutes les misères et tribulations, et ce quy est la cause du raccourcissement de leurs jours.
1 Car souventefois il se trouve des femmes quy font honte à des furies infernales, nées en ce monde pour tourmenter leurs maris; et encore en ces ames molles d'hommes, quy, trop uxorieux 2 et attendriz de ce sexe, trouvent estrange que des maris usent quelques fois de main mise, les quelles à tout le moins doivent recognoistre que les maris ont autant de puissance sur les femmes que l'esprit sur le corps en servitude, pour ne perdre la dignité que Dieu luy a donnée, ce qui occasionne les maris de chastier les femmes quand, au lieu de fidelles compagnes, elles veulent estre le gêne, la torture et la croix des maris; que les femmes ostent le ver quy leur ronge les esprits 3 , incessamment plus pernicieux pour elles que ne sont des lions ou serpens, estant les feux quy leur rongent et devorent journellement les veines.
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Les femmes doivent estre tellement conjointes et obtemperées à la volonté des maris que, quant bien ils les battroient, les affligeant de paroles fastidieuses et grossières, elles sont toutefois tenues de fleschir à leurs maris. Sont-ils subjects au vin? La nature les a conjoinct ensemble. Sont-ils sevères, cruels, fascheux et implacables? Ce sont neantmoings leurs membres, voire leur chef, les plus exellent de leurs membres, comme disoit elegamment sainct Basile (Homel. 7, Exameron).
Les esclaves pouvoient entierement changer de maistre, mesme auparavant le decès des leurs; mais, quant à la femme, elle est serve pendant que son mary est en vie, et liée à la loy et volonté de son mary, ce dit sainct Chrysostome (Inferm., de lib. Repud.), et les humeurs fascheuses des maris ne peuvent excuser les femmes de se separer d'avec eux. Nous voyons qu'en nostre corps nous avons plusieurs vices et imperfections : l'un est boiteux, l'autre est tortu, l'autre a la main sèche, et ainsy des autres defaux, et neantmoing il ne se treuve personne si imparfait qui prenne en haine sa propre chair; mais un chacun la nourrit et l'entretient. Il ne se plaint point, il ne coupe point la partie vitieuse, mais la prefère le plus souvent à celle quy est la meilleure : car elle est à luy. Aussy ne faut-il pas que les fem- 84 mes, quy sont mesme chair avec leurs maris, et quy sont faictes leurs membres par le mariage, se separent d'avec eux pour quelques causes et imperfections que ce puisse estre; tant s'en faut qu'elles les puissent trainer en justice comme une personne estrangère.
Premierement, la loy de Dieu, qui veut que les femmes laissent pères et mères pour suivre leurs maris (Genes., chap. 1), et donne puissance au mary des vœux de sa femme (Numer., chap. 30), qui luy est subject comme les membres sont à leur chef (Ester., cap. 1, 1; Corint., 2 et 1; Petr., 3 chap.); c'est pourquoy que la langue saincte, qui a nommé toute chose selon la vraye nature et proprieté, appelle le mary Basal, c'est le seigneur et maistre, pour monstrer que c'est aux maris à commander, et de chastier les femmes quand elles leur desplaisent et sont desobeissantes à leurs commandemens.
Mais, pour abreger les descriptions des femmes, usant des termes de ce que dit un certain poète, sans toutesfois y mettre au nombre d'ycelles celles quy ont la prudence et la sagesse en recommandation, comme estant chose très contraire,
Le premier père Adam, prestre, par l'Eternel,
Dès sa creation fut rendu immortel.

Tout le temps qu'il fut seul, sa vie fut heureuse;

Mais lorsque de sa chair la femme s'anima

Elle ravit son cœur, et luy si fort l'aima

Qu'il mourust pour l'amour de sa faim malheureuse.
Ouy, femme, ô que ton cœur est faux et enragé!
Les plus sainctz et devotz tu as trop outragé;

85 Tu as remply les cœurs de rage et de furie.

Ce grand poète, grand roy, ce grand prophète sainct,

De la crainte de Dieu ne fut jamais attenct

Quand il perdit pour toy son capitaine Urie.
L'on ne voit animaux soubz la voute des cieux
Plus cruels et felons et tant pernicieux

Qu'est ce genre maudit, o très maudites femmes!

Les dieux, nous punissant, vous logèrent ça bas

Pour cizailler nos cœurs d'un eternel trepas.

Des damnez malheureux plus saintes sont les ames.
Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruit,
Ny les affreux demons quy volent jour & nuit,

Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère,

Ny du Cocyte creux la rage et le tourment,

Ny du Père eternel le sainct commandement,

Ne sçauroit empescher la femme de mal faire.
FIN
1. 
La « furie » dans la gravure Présage malheureux attaque son époux tout en lui disputant la culotte; celle dans La femme battant son mari emploie comme arme les clés, symbole de son devoir domestique.
2. 
C’est-à-dire trop amoureux de leur femme. C’est le mot latin uxorius, employé par Horace, liv. 1er, ode 2, v. 18 ; par Virgile, Eneide, liv. 4, v. 266, etc. Il se prenoit, comme ici, presque toujours en mauvaise part, en façon de blâme contre les maris trop foibles.
3. 
On croyait que certaines maladies cérébrales venoient d'un ver logé dans la tête. C'est ce qu'on appeloit l'« avertin » (voy. Des Perriers, Contes et joyeux devis, nouv. 105 et 12 et ce qu'on nomme encore aujourd'hui dans les campagnes le ver coquin. On attribuoit la même cause et l'on donnoit le même nom à la maladie des bêtes à laine que l'on appelle à présent le « tournis ». V. Olivier de Serres, Théâtre d'agriculture, in-4, t. 2, p. 768, 838.