Le mariage sous L'Ancien Régime

Le poème « Sur la premiere nuict d'une espousee » fait partie du recueil Les satyres bastardes.

SVR LA PREMIE-
RE NVICT D'VNE
Eſpouſee.

  • VOus voicy arriuez au iour,
  • De la grande feſte d’amour ,
  • Où vous immolerez tous deux,
  • Vos cœurs épris de meſmes feux.
  • L’un deſſus ſon autel ſacré,
  • Se couchera de ſon bon gré,
  • L’autre oubliant les maux receus,
  • Montera promptement deſſus.
  • Et puis en remuant bien fort,
  • Vne agreable & douce mort,
  • Plus douce que n’eſt pas le miel,
  • Rauira l’vn & l’autre au Cial.
  • Que de doux baiſers ſeront pris,
  • En ce doux combat de Cipris :
  • En fin en vn si doux deſduit,
  • Tout ſera ſucre ceſte nuict.
  • Quoy vous tremblez deſia de peur !
  • Non, non, pucelle, ayez bon cœur :
  • Par voſtre foy voudriez vous bien,
  • Ceſte nuict qu’on ne vous fiſt rien?
  • Vous auez beau pour l’empeſcher,
  • Plus fort contre luy vous faſcher,
  • Et crier, ma mere, au ſecours :
  • Ceſte nuict nous ſerons tous ſours.
  • Hymen en rit dedans le cœur,
  • Et ce petit archer vainqueur,
  • Vous attend deſia ſur le lict,
  • Pour vous animer au conflit,
  • O couple choiſy tout expres,
  • Ioignez-vous tous deux de ſi pres ,
  • Qu’il ſemble à vous voir ainſi pris,
  • Que ce ſoit Mars auec Cypris.
  • Allez le faire tant de fois,
  • Qu’au bout iuſtement de neuf mois,
  • Nous voyons de voſtre façon ,
  • Vne fille ou bien vn garçon.