Le mariage sous L'Ancien Régime

Ce poème fait partie du recueil du Second livre de la muse folastre, publié 1615 par Claude le Vilain.

A. F. B.

  • Mais qui te fait ainſi curieux
    me reprendre,
  • Que ie ne deuois pas ſi ſoudain femme
    prendre,
  • Ne me fay plus la guerre amy, car ie te
    dis,
  • Que c’eſt le ſeul moyen pour gagner Pa-
    radis:
  • Ie n’euſſe peu iamais faire vn plus ſaint
    ouurage,
  • Pour le propre ſalut que par le maria-
    ge:
  • Voire ce qui rend les maris ſou-
    cieux,
  • Ià deſia me promet vn lieu dedans les
    cieux,
  • Cet extréme hazard d’eſtre cocus les faſ-
    che,
  • Si i’ay le chef cornu, & que ie ne le ſca-
    che,
  • Suis ie pas innocent? or’ tous les innocens
  • Reſteront dans le Ciel l’Eternel beniſ-
    ſant:
  • Si l’on me fait cocu, & n’oſe contredire,
  • Bien que i’y ſois preſent, n’eſt ce pas vn
    martyre?
  • Les patiens martyrs irons là ſus au ciel
  • Donc auecques raiſon n’y fermeray-ie
    pas l’œil,
  • Que ſi i’ay pour compagne vne pucelle
    honneſte,
  • Suis-ie pas bien-heureux de ſi belle
    conqueſte:
  • Or tous les bien-heureux ainſi que
    Dieu l’a dit,
  • Seront mis en ſa gloire, & moy ſans
    contredit,
  • Voy donc ie te ſuppli ſi ie ne ſuis pas
    ſage,
  • D’auoir dedans le Ciel aſsignè mon par-
    tage,
  • Que pour l’heur qu’il y a deſormais fuſ-
    ſes tu,
  • Marié pour iamais, & enſemble cocu.
B.A.