Le mariage sous L'Ancien Régime

Ce poème fait partie du recueil du Labyrinthe de récré, publié par Claude le Vilain, Libraire & Relieur du Roy. Ce poème fait partie du recueil du Œuvres poétiques de l'écrivain Gilles Durant, publié en 1594.

Epithalame.


  • LE iour eſt caché ſous l'onde,
  • La nuit ſe monſtre à ſon tour:
  • Deſia les flambeaux du monde,
  • Font au Ciel leur demy-tour:
  • Le Bouuier voiſin de l'Ourſe
  • S'en va preſque tout panché,
  • Veſper eſt tantoſt couché,
  • Las d'auoir fini ſa courbe.
  • Mary, ton heure eſt venuë,
  • Qu'atten-tu, que tu ne vas
  • Trouuer ton eſpouſe nuë
  • Qui de loin te tend les bras:
  • Elle t'attend langoureuſe,
  • Et ta pareſſe blaſmant
  • T'appelle trop la laſche Amant,
  • A ſon ardeur amoureuſe.
  • Pour donq' la rendre contente,
  • Vien de mille doux plaiſirs,
  • Recompenſer ſon attente
  • Et deçoiuer ſes deſirs:
  • Ie voy que la meſme envie
  • Qui la poind, te poind auſsi,
  • Vien doncq' avec elle icy
  • Mourir, ſans perdre la vie.
  • Sus! iette toy ſur la couche,
  • Et d'un maintien languiſſant
  • Va ta bouche ſur ſa bouche
  • Mignardement ageançant,
  • A ce coup baiſe & rebaiſe
  • Ces beaux couraulx vermeillets,
  • A ce coup, ſur ces œillets
  • Meurs & remeurs à ton aiſe.
  • Lors modeſtement folaſtre,
  • Laiſſe allers ta main deſſus
  • Ces petits tetins d'albaſtre,
  • Tetins de neige conçeus,
  • Dont les pommes nouuellettes,
  • Filles d'vn Auril naiſſant,
  • Vont en fin aboutiſſant
  • De deux rouges fraizelettes.
  • Puis deſireux de pourſuivre,
  • Ta victoire de haut prix,
  • Deſcend plus bas, & t'enyure,
  • Du doux nectar de Cypris 1,
  • Là paſſes en ton enuie,
  • Là contente ton deſir,
  • Là gouſte, heureux, le plaiſir
  • Le plus doux de noſtre vie.
  • Qu'en cent folaſtres meſlees
  • Vos deux corps ſoient embraſſez,
  • Vos deux ames accolees,
  • Et vos deux cœurs enlaſſez,
  • De mille morts immortelles
  • Vivez, mourez, renaiſſez,
  • Et toute la nuit paſſez
  • En mignotiſes nouuelles.
  • Que demain, la belle Aurore
  • Qui desbrunira les Cieux,
  • Vous trouue éueillez encore
  • Sans auoir fermé les yeux:
  • Ainſi ſoit voſtre exercice,
  • Continu iuſqu'au matin,
  • Et ainſi le Dieu Mutin,
  • Au trauail vous endurciſſe.
1. 
L'un des noms pour la déesse romaine Vénus

Vénus

Déesse romaine de la végétation et des jardins. À partir du -IIe siècle, elle fut assimilée à Aphrodite grecque acquérant ses attributs de la beauté, de l'amour et des plaisirs. C'est ainsi que la déesse attira plusieurs amants, parmi lesquels Vulcain, Mars et Jupiter. Comme déesse grecque, Vénus est parfois appelée « Cythérée », surnom accordé à Aphrodite alors qu'elle fut portée à l'île de Cythère après sa naissance.

Aurore

La déesse romaine correspondant à l’Éos grecque, personnification de l’aurore. Lorsqu’elle s’unit avec Astraeos, le dieu des vents, les deux donnèrent naissance aux vents (Zéphyr, Borée, Notos), les astres, et Eosphoros, l’étoie du matin. Elle prit aussi de nombreux amants ; par exemple, le Troyen Tithnos, Céphale et le Géant Orion. Éos eut pour sœurs Hélios (le Soleil) et Séléné (la lune), et ce fut elle qui ouvrit les portes au char d’Hélios, ainsi engendrant le jour.
  • « Éos », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Aurore », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.