Le mariage sous L'Ancien Régime

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Ce recueil d’observations et de pratiques nuptiales et conjugales à travers le temps et l’espace fait partie de ce que nous appelons la nouvelle polémique humaniste : le ton narquois et la misogynie de La Forest nuptiale se laissent voiler, mais à peine, par un discours pseudo-savant.
1
LA FOREST
NVPTIALE,

Où eſt repreſentee vne varieté bigarree , non
moins eſmerueillable que plaiſante , de diuers
mariages , ſelon qu’ils ſont obſerueZ & pra-
tiqueZ par pluſieurs peuples & nations eſtran-
ges : Auec la maniere de policer , regir , gou-
uerner & adminiſtrer leur famille.
[Vignette : Image d'une étoile brillant sous une couronne. Cadre de forme ovale avec une inscription. Feuilles qui entourent le cadre pour former un rectangle.]
[Sceau de la bibliotheque de l'Arsenal]
A PARIS,

Chez Pierre Bertavlt au Mont
S. Hilaire à l’Eſtoille Couronnee.
[Ligne droite foncée]

1600.
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
2

[Bordure décorative en haut de l'en-tête] Auant-diſcours de
l’Autheur.3

IA’y honte,qu’il fail-
le maintenant, que
ceux qui font mar-
cher en public quel-
ques œuures ſoyent ſujets de
dreſſer la premiere aiſle de
leur baſtillon alencontre des
baſtardes meſdiſances des ini-
ques & mal-aduiſés contrero-
leurs. Mais, puis que l’enuie
( comme diſoit l’autre ) n’eſt
poinct morte , il eſt trop plus
que neceſſaire,qu’õ s’arme &
muniſſe pour la rembarrer, &
rabatre les coups , d’vn tas de
regratteurs de deſſeins, d’au-
ã ij Avant-Propos
truy.Pour iuſtifier de mon di-
re ie n’ay que faire de ſortir
hors de noſtre part-terre , bi-
garé d’vne diuerſité de maria-
ge.Il me ſemble entẽdre mar-
monner, & deſia ie vois des
yeux de l’eſprit, nos preſte-
charités, fureteurs des labeurs
entrepris par autres, & ſaty-
riques valemedire 4, qui des
pieds iusques à la teſte eſplu-
cherõt toutes les parties, voi-
re les moindres par celles des
bigareures entrelaſſées au par-
terre de noſtre Foreſt nuptiale
pour y trouuer qu’à redire: Ce
la eſt cauſe, que ie les ay voulu
barriquer de cet auant propos
deſtiné pour faire entẽdre aux
eſprits, biẽ nés, le but de mõ in
tẽtiõ,l’occaſiõ de mõ entrepri-
ſe l’vtilité & profit,qui en reuiẽ
dra au public( Dieu aydant) &
finalemẽnt les prier de prẽdre
Avant-Propos
les raisõs,que ie deduirai pour
ma deſcharge & iuſtification
en payement & s’il y defailloit
quelque choſe , me gratifier,
tant de leurs humanitez & be-
nignes faueurs , que la verité,
ie propoſe, ne ſoit rebrouee.
Il n’y a celuy , auquel nature
n’apprẽne,que le mariage eſt
vn eſtat le plus anciẽ , qui ſoit
en tout le monde , par lequel
nos deux tiges de l’humain li-
gnage, Adam & Eue,ont eſté
vnis , conioincts & incorpo-
rez par enſemble , ſi bien que
c’eſt à tort, ſi & Iuſtinien en
en ſa Nouelle des nopces & le
Docteur Balde tiennent,que
le mariage eſt le commence-
ment, baſe & fondement du
gẽre humain. Quand tout eſt
dict , quelle plus ſaincte, cha-
ſte , aſſeuree & agreable
ã iij Avant-Propos
ſocieté pourroit aduenir, que
celle du mary & de la femme;
quand l’vn eſt ce que l’autre?
deux corps en vn eſprit,d’vne
meſme volonté , & vn eſprit,
& mutuel conſentement en
deux corps. Les ſeuls mariez
homme & fẽme ne ſe portẽt
point d’enuie,ſeuls ils s’aimẽt
infiniment,chaſcun d’eux de
pend tout l’vn de l’autre,& ſe
repoſe en luy, ce n’eſt qu’vne
meſmes chair, vne meſme cõ-
corde, vne meſme ioye, vne
meſme triſteſſe, vne meſme
richeſſe, vne meſme pauure-
té , vn meſme gain, vne meſ-
me perte, vne meſme digni-
té. Ils ſont touſiours compai-
gnõs d’vn meſme lit , & d’vne
meſme table, tellemẽt accou-
plés par enſẽble,que l’amour,
du mary à la femme, & de la
Avant-Propos
femme au mary ſurpaſſe cel-
le du pere & de la mere aux en
fans, des enfãs au pere,& cel-
le que les freres & ſœurs doy-
uent auoir enſemble. Voyla
pourquoy l’amour coniugale
doit ſurpaſſer toutes les au-
tres,& doit demeurer perpe-
tuelle,attendu que le pere, la
mere,les enfans,les freres, les
ſœurs,les couſins,les amys sõt
acceſſoires,au lieu que l’hõme
a eu ſa femme & la femme sõ
mary premier qu’on n’a ouy
parler de pere,mere, & enfãs.
Voire mais qu’ay ie de beſoin
de m’eſtendre d’auantage ſur
la louange des mariages,le ſu-
iet en eſt ſi beau,pour diſcou-
rir,qu’apres auoir enflé beau-
coup de Tomes , de ce qui la
cõcerne encores n’auroit-on
pas attainct le tiers de la car-
ã iiij Avant-Propos
riere. Il y a plus, qu’au choc
des maſles, & femelles i’ay em
ployé ce que le Poete Sceuo-
le de Saincte Marthe
,a en par-
tie tourné & imité du cinqui
eſme liure de Marcel Palinge-
nie
en ſon zodiaque de la vie 5:
Encores ie remploie ce que
là l’ay deduict & conſecutiue-
ment, puis que le mariage eſt
tant à priſer i’infereray , qu’il
m’eſt loiſible, voire honneſte
d’entamer propos, qui quoy
que diametralement ne paſſe
par la ligne du milieu , par re-
flexion neant-moins ſe r’ap-
porte au centre nuptial. En-
cores dõques que le mariage,
ſoit party du cabinet celeſte,
eſtably par l’Eternel,honoré,
de la preſence du fils de Dieu,
ſi eſt-ce que,comme diſoit vn
bon Docteur ancien, Ieſus-
Avant-Propos Chriſt fut pendu entre deux
larrons attéints de pluſieurs,
& enormes meffaicts. Vous
voiés, que le mariage eſt fon-
dé ſur vne ſi ſacree inſtitutiõ,
le voyla coſtoyé & de ceux,
qui le foulent aux pieds, & de
ceux,qui l’aians receu, ont in-
troduict vne pluralité de fem-
mes ont adioint au mary des
Lieutenans de couche : Bref,
qui ont retenu le maſque de
mariage & l’ont affeublé du
mãteau de paillardiſe. A ceux
là ie liure la guerre,& verrés,ſi
en vn ſeul poinct ie fauoriſe
à leur Poligamie & impudi-
que lubricité. Et par-ce que ce
ſiecle ne nous a enfanté que
trop de maquignõs , ſuppoſts
& parriſans Antigamiens 6,i’ay
bien voulu dreſſer dans ceſte
Foreſt Nuptiale vne bigareu-
ã v Avant-Propos
re des mariages,pour eſtaler,
en veue d’vn chaſcun ce qui
peut eſtre louable ou à meſ-
priſer de telles & ſi illicites cõ-
ionctions. Poſſible que ceux
qui faiſoyent leur compte de
buſquer d’auantage fortune,
voyans leur mine deſcouuer-
te & eſuentee,pouſſés de hõ-
te,ſe retirerõt du mauuais ſen
tier,qui les menoit à la vallee
de miſere.Les autres,qui ont
bons yeux dans la teſte , con-
tre-balançans les legitimes,
mariages auec les illegitimes
pourront tenir mon party &
croir feermement en premier
lieu,que ceux, qui ſont ſortis
hors du rond orbiculaire de
mariage( cecy toutesfois doit
eſtre ſainement pris & ainſi
que ie l’entends)ne ſçauroiẽt
mieux ſe manifeſter eſtre de
Avant-Propos
naturés , deſ-raiſonnables , &
ennemis de toute honneſte-
té, comme qui pour ſe veau-
trer en paillardiſes, & autres
accouplemens leſquels , pour
horreur,ie n’oſe nõmer, ont
meſpriſé le mariage. En apres
que ceux,qui à leur ſotte diſ-
cretion ont voulu à tors & à
trauers donner dans le cercle
Nuptial,& ne s’aſſubiettir à la
ligne diametrale,ſi bien mar-
quee & deſignee par l’inſtitu-
teur du mariage,ont faict des
ſurſaillies merueilleuſement
eſtranges : les vns Poligamiẽt
les autres proſtituent ou leur
pucellage , ou leur pudicité à
des Bramins, Brachmãs, paſ-
ſans & autres, les autres fina-
lement( par le conſentement
de leurs maris)gaignent leur
vie impudiquement, & à la
ã vj Avant-Propos
ſueur de leur corps. Quoy pl9?
vous voirez qu’ẽtre ceux meſ-
mes,qui ſe rangent du party,
du mariage,le mariage eſt tel-
lement defiguré,en pluſieurs
endroicts,que l’on peut dire,
qu’il ne ſert que de lodier de
cornardiſe.Le cœur me ſaigne
quãd ie lis ce que les autheurs
no9 en rapporte, & ay eſté en
voie par pluſieurs fois de deſ-
chirer ce que i’en auoie bro-
ché , n’eut eſté que quelques
miens amis m’en ont diſſua-
dé,me remonſtrans,qu’enco-
res,qu’il y eut plus à redire à
ces mariages,qu’il n’y a,ſi fail-
loit il les faire ſortir en pu-
blic,pour faire prẽdre en hor-
reur à ceux qui auroyent en-
uie de s’y fourrer, l’infamie,
qui accompaignoit ceux, leſ-
quels s’emancipoyent au de-
Avant-Propos
ſus , de leur deu. Tout ne pl9
ne moins , qu’encores que la
paillardiſe l’adultere, le pecu-
culat,le larcin , le parricide, la
trahiſon,& autres plus grands
crimes , formellement s’ad-
dreſſans à la maieſté diuine &
humaine, facent mal au cœur
à tous gens de bien, pour-ce,
la iuſtice ne laiſſe poinct à iu-
ſticier & publier les meffaicts
de ceux qui sõt attaints d’au-
cuns de ces crimes:de meſmes
voyõs nous qu’aucũs peuples,
pour deſtourner leurs enfans
d’yurongnerie,des qu’en rue,
ils deſcouuroyent vn perſon-
nage ſurpris de vin , ils en re-
paiſſoiẽt les yeux de leurs en-
fãs,non point pour le ſemõ-
dre à s’enyurer,ains pour leur
faire prendre en execratiõ la
vilanie des yuroignes. Ces
Avant-Propos
cõſideratiõs & remonſtrãces
m’ont fait reprẽdre cœur, de
telle ſorte i’oſe biẽ dire, que
mes amis m’õt oſté des mains
ce labeur,à peine auant que ie
l’euſſe reueu à mon plaiſir. Or
puis qu’il eſt queſtion de me
hazarder au iugemẽt d’autruy
ie ſuis contrainct,pour ne me
monſtrer trop failli de coura-
ge d’icy rẽdre raiſon au moins
mal qu’il me ſera poſſible des
poincts, qui me ſemblent les
plus chatouilleux. Premiere-
mẽt on me battra,pource ie
parle des mœurs des peuples,
qu’õques ie ne vis. Argumẽt
couſtumier à ceux, qui pour
auoir voyagé quelque peu ſe
font accroire, qu’ils tiennent
dans vne boite tout l’vniuers.
Ie priſe grademẽt ceux, qui
de leurs yeux, ont peu deſcou
Avant-Propos
urir beaucoup de choſes &
nous les rapportẽt fidellemẽt
mais que de cela on doiue in-
ferer qu’il ſoit interdit à ceux,
qui n’ont peregriné , de pui-
ſer de leurs diſcours ce qu’ils
en r’apportẽt, c’eſt rẽdre leur
labeur infructueux. Ma raiſon
eſt que de deux choſes l’vne il
faut ou qu’ils dient vray , ou
qu’ils mentent : s’ils rapportẽt
la verité, il m’eſt auſſi loiſible,
de la dire, qu’à eux moyennãt
que ie ne ſoie point ingrat de
recognoiſtre la tenir d’eux.
S’ils bourdent,he!la dois ie fai
re bonne pour eux? ceux qui
auront intereſt en ceſt affaire
qu’ils ſe prennent à eux , &
puis à eux le debat. Cependãt
s’il leur plaiſoit de iamais ne
s’accorder par enſemble , ſe-
roit il à dire,qu’il nous fut de-
Avant-Propos
ffendu de n’entendre parler
l’vn ou l’autre. Et afin que ie
deſ-charge tout d’vn coup,
mon cœur, comment eſt-il,
poſſible , qu’vn perſonnage,
puiſſe entaſſer en ſon cerueau
tant de particularités de tant
& de ſi diuers pays,qu’a peine
vn homme peut-il deſcouurir
en vn fort long temps les ſin-
gularités de la prouince, ou il
aura eſté eſclos: A plus forte
raiſon vn eſtranger , pourra
fureter tous les ſecrets de di-
uers pays lointains,pour pou-
uoir donner en payement,
quelque raiſon diſtincte,par-
ticuliere & qui ſoit vraye.
D’ailleurs l’ignorãce ou la ma-
lignité des eſtrãgers eſt telle,
qu’ils ſe plaiſent à abbreuuer
ceux,qui ne ſont du pays, de
bayes , pour auoir occaſiõ de
Avant-Propos
les deſmẽtir,quãd il leur plai-
ra:D’où aduiẽt que les deſcri-
ptions des pays eſtranges, ſe
contrarient de telle ſorte: Et
voyla pourquoy , cy apres ie
dreſſe vn denombremẽt des
Autheurs , deſquels i’ay re-
cueilly les plançons qui m’õt
ſeruy a attiffer ceſte Foreſt, &
la diuerſifier de ces bigarreu-
res. Pour cela ne lairray-ie,
point encores à eſtre recerché
de ce que particulierement ie
n’ay dõné icy nouueaux cha-
pitres à noſtre France,Angle-
terre,Eſcoçe , & autres con-
trees de noſtre Hemiſphere.
Ie ne veu point nier que ie
n’en aye bien bõne enuie,voi
re que i’en ai dreſſé vn deſſein
lequel ſi ie cognois,qu’il puiſ-
ſe eſtre le biẽ venu,enuers les
gens de bien,ie ne ferai point
Avant-Propos
difficulté d’acheminer à per-
fection. Toutefois i’ay mieux
aimé ſurſeoir que d’appreſter
matiere aux meſdiſans, de di-
re,que ie vouloie embloquer
auec la Polygamie des malad-
uiſez les mariages,que ie ſçay
en pluſieurs endroits eſtre ſin
ceremẽt gardeés & obſeruez.
Ordre
& ſuite
de ce trai
té.
Ne me reſte plus,pour mener
à chef ceſt auãt diſcours,ſinon
qu’à dõner l’adreſſe qu’il faut
tenir pour ne s’eſgarer parmy
noſtre Foreſt Nuptiale.Ie ne
la vous feray autre que celle,à
laquelle ie me ſuis moy-meſ-
mes reiglé. A l’entrée vous
trouuerez le 3. chapitre deſti-
né aux Romains,Babyloniẽs
& Perſans , leſquels ont eſté
mis en frõt de la Foreſt, pour
autãt que ces peuples ont au-
tresfois eſté les premiers,plus Avant-Propos
puiſſans & floriſſans d’entre
les autres.apres fil à fil ſuiurõt
les nations eſtranges, que no9
viſiterons iuſques aux Pata-
goneens
& Yucateens. a la
fin & auant que ſortir de no-
ſtreForeſt faudra broſſer,non
vne cõtree particuliere, mais
refaire preſque la vireuolle de
toute la courſe qu’aupirs deſ-
ia fait,pour eſclarcir quelques
ombrages, qui euſſent peu rẽ-
dre noſtre Foreſt moins paſ-
ſagere. Ie n’y ay pas fait ce qui
eut eſté bien requis , & que
moi meſmes i’euſſe biẽ deſiré:
d’vn point ſuis aſſeuré y auoir
mis la peine & deuoir que i’ay
peu. S’il y a quelcun plus en-
tendu,mieux aduiſé que ie ne
ſuis , pour es-brancher & ap-
proprier mieux l’entour , le
milieu & allees de ceſte Fo-
Avant-Propos
reſt , il ne ſera que ſingulier
plaiſir de ſeconder mes deſ-
ſeins. Qu’il ayt bon courage,
il trouuera aſſez de beſoigne
taillee.

A. DIANE ou ANGE.
[Vignette à feuilles et fruits ]
[Bordure décorative en haut de l'en-tête ]

AV LISEVR.
Sonnet De L'Avtevr.

T E faſches tu,Liſeur,pour veoir des mariages
Icy tout bigareZ ? quoy ? la diuerſité

Te deuroit reſiouïr ? voir de mainte Cité

Et de peuples diuers,les nuptiaux vſages.
Tu veois le bien,le mal,quicte les badinages,
Des Polygamies: ſuis la pudicité,

Où te guide le train, que ceux ont limité, (ges. 7

Qui,a droit,sõt tenus pour prudẽs & pour ſa-
Ioignant le blanc au noir,tu peux apperceuoir
La naïfue blancheur : hé ! pour te faire voir,

Le lustre nuptial,ie t’ay des bigareures
Dreſſé,comme i’ay peu , ſi quelque traict deffaut,
Sãs trop t’effaroucher,Liſeur,il ne le faut,(res 8.

Qu’abaiſſer sãs rigueur,les trop hautes coutu-
A. Diane ou Ange.

[Ligne droite foncée] CATALOGVE DES AVTHEVRS
deſquels on a tiré ce diſcours.

  • AGathie.
  • Albert le Grand.
  • André Theuet.
  • Antoine du Verdier.
  • Antoine Geuffroy.
  • Antoine Pighaſete.
  • Aule Gelle.
  • Beda.
  • Claude Galien.
  • Denis d’Halicarnaſſe.
  • Diodore le Sicilien.
  • Dominique Marie.
  • Edouard Barboſſe.
  • Egnace.
  • Esteuan de Garibay.
  • Euſebe Ceſareen.
  • Fenestelle.
  • Flaue Ioſephe.
  • François Aluarez.
  • François de Belle-foreſt.
  • François Sanſouin.
  • François Vaſques
  • George Pachimere.
  • Giorgenitz.
  • Goncal d’Ouiede.
  • Guillaume Poſtel.
  • Herodote.
  • Hieroſme Benzoni.
  • Hieroſme Cardan.
  • Hippocrates.
  • Iaques Cartier.
  • Iean de Barros.
  • Iean de Lery.
  • Iean Leon.
  • Iean Verazzan.
  • Iustin.
  • Laurens Surius.
  • Louys Bartheme.
  • Louys Cadamoste.
  • Marc Paul Venitien.
  • Nicephore.
  • Nicolas Boyer.
  • Olaus le grand.
  • Paul Diacre.
  • Paul Oroſe.
  • Pauſanias.
  • Philostrate.
  • Pierre Abbé Cluny.
  • Pierre Belon.
  • Pomponie Mele.
  • Pline.
  • Plutarque.
  • Sebastien Munster.
  • Sex Pompée.
  • Solin.
  • Strabon.
  • Tite Liue.

[Dessin géométrique pour décorer le haut de la page] TABLES DES CHAPITRES.

  • Romains.
  • Babyloniens.
  • Perſans.
  • Tartares.
  • Chiots.
  • Turcs.
  • Thraciens.
  • Moſcouites.
  • Gots & Sueſſes.
  • Laponiens.
  • Arabes.
  • Senegheens 9.
  • Æthiopiens.
  • Calecutiens.
  • Malabariens.
  • Narſingueens.
  • Campioniens.
  • Camuliens.
  • Tarnaſſariens.
  • Thebethiens 10.
  • Fezeens.
  • Cubeens & Haitiẽs.
  • Sauuages,
  • Patagoneens & Yu-
    cateens.
  • Preſtres.
  • Bramins.
  • Brachmans.

[ Dessin géométrique pour décorer le haut de la page ] Approbation des Docteurs.

Nous ſoubſignez , Docteurs,
Regéts,en la faculté de Theo
logie, à Paris. Certifions auoir veu,
& viſité le liure intitulé, La Foreſt nup-
tiale
: compoſé par le Sieur de Co-
lieres
, auquel n’auons trouué ny
aperceu choſe qui puiſſe empeſ-
cher qu’il ne ſoit imprimé & mis en
lumiere. En teſmoing de ce,auons
appoſé nos ſignes manuels,ce hui-
ctieſme de may 1595.

L. Ardier.
1

[Vignette à feuilles et fruits] LA FOREST
NVPTIALE,

Où eſt repreſentee vne varieté bigarree,
non moins eſmerueillable que plaiſan-
te,de diuers mariages,ſelon qu’ils ſont
obſerueZ & pratiqueZ par pluſieurs
peuples & nations eſtranges. Auec
la maniere de policer , regir , gouuer-
ner & adminiſtrer leur famille.

Les Romains.   Chapitre I.


ENcores que ie ne
veuïlle me formali-
ſer contre le droict
Romain, neãtmoins
puis que le forma-
litez,qui eſtoient an-
ciennement gardees au nopces
Romaines , ſont maintenant miſes
hors d’vſage & pratique, ie ne fe-
A La Forest ray point de difficulté d’emprunter
des anciens autheurs ce qui appar-
tient à ces mariages. Les anciens
Romains auoient accouſtumé d’e-
quipper la femme, quant elle pre-
Equipa-
ge de la
nouuelle
mariee
Romai-
ne & la
ſignifica
tion de
chacune
de ces
particu-
laritez.
noit mary en ceſte maniere. Pre-
mierement ils luy bailloiẽt vne clef
en main entrãt en la maiſon de l’eſ-
poux,pour teſmoigner ( dit Sextus
Pompee
) la facilité de l’enfante-
ment, ou qui mieux vaut,pour luy
donner à entendre, que la garde &
ſoin de toutes les choſes domeſti-
ques,qui ſe ſerrent & fermẽt à clef,
voire toute la maiſon & ce qui ap-
partient au ſoin du meſnage luy e-
ſtoit baillé en garde. Sur la teſte ils
luy mettoiẽt vne lance , qui eut ou-
tre-perce le corps d’vn gladiateur,
pour aduertir la femme de la grief-
ue punition, dont elle eſtoit mena-
cee,ſi elle venoit a faire vn faux bõ a
ſon mariage. On la ceignoit d’vne
ceinture , tiſſue de la laine d’vne
brebis , laquelle le mary luy oſtoit
apres ſur le lict,pour luy apprendre
que deſlors elle eſtoit rangee ſous
2 Nvptiale. le commandemẽt marital. En teſte
elle portoit au deſſous du voile
(qu’ils appelloient flammee ) vne
guirlande de Veruaine & d’autres
herbes entre-meſlees, & la faiſoit-
on aſſoir ſur vne peau d’oüaille.Sur
ce dernier chef n’eſt pas mal-aisé à
deuiner, pourquoy on luy faiſoit
prendre tel ſiege, d’autant que cela
n’eſtoit que pour la ſemondre 11&
faire reſſouuenir d’eſtre bõne meſ-
nagere , & d’auoir touſiours de la
laine deuant elle, pour filer:mais la
guirlande de Veruaine a appreſté
matiere à pluſieurs de gaſouïller à
credit , comme s’il eſtoit croyable,
que ces anciẽs euſſent voulu ſyco-
phantiſer vne ſi ſacree conionctiõ,
des abus & impietez , qu’on phan-
taſie ſous la Veruaine. Feſte Pom-
Par qui
l’eſpou-
ſee Ro-
maine e-
ſtoit ac-
compa-
gnee.
pee eſcrit que quãd la nouuelle ma-
riee alloit eſpouſer,trois enfans,qui
auoient pere & mere l’accompa-
gnoient,dõt l’vn portoit deuãt vne
torche allumee,faite de l’herbe ap-
pellee Alba Spina 12, vulgairement
charbon noſtre Dame ( car on ſe
A ij La Forest marioit de nuict , dit Plutarque en
ſes Problemes , & les autres deux
marchoient auec elle vn de chaſ-
que coſté,le flambeau alloit deuant
en l’honneur de Ceres: car comme
ceſte Deeſſe ( qu’on tiẽt mere de la
terre & qu’elle a creé tous les fruits)
nourrit les humains,ainſi la nouuel-
le mariee , deuenue en apres mere
de famille,nourriroit ſes enfans. Ce
qu’on tient encores à preſent eſtre
obſerué ailleurs,pincipalement en
Angleterre,que deux ieunes enfans
conduiſent l’eſpouſee au temple,
de là deux hommes la rameinent
à la maiſon : & le troiſieſme enfant
au lieu du flambeau porte vn vaſe
d’or ou d’argẽt.Outre-plus les Ro-
Thalaſ-
ſe
pour-
quoy e-
ſtoit crié
nux no-
ces.
mains crioient ſouuẽt en leurs nop-
ces ce nom Thalaſſe , comme de-
fenſeur de la virginité. Aucuns di-
ſent que c’eſt le carme & chant nu-
ptial, ou biẽ le Dieu Hymenee, qui
preſide aux nopces. Tite Liue au
premier de ſes Decades , & Plutar-
que
en la vie de Romule diſent,que
entre ceux qui rauiſſoient les filles
3Nvptiale. des Sabins ſe trouuerent quelques
vns de petite qualité, leſquels en a-
menoiẽt vne, qui ſurpaſſoit en mer-
ueilleuſe beauté les autres. Ceux-cy
rencontrerent d’auenture en leur
chemin aucuns des principaux de
la ville, qui la leur vouloyent oſter
par force,ce qu’ils euſſent fait, n’eut
eſté qu’ils ſe mirent à crier, qu’ils la
menoient à Thalaſſie ou Thalaſſe,
qui eſtoit vn ieune homme , qu’vn
chaſcun priſoit & aymoit,& quand
les autres eurent ſceu , que c’eſtoit
pour luy,ils en furent fort ioyeux,
& les priſerent d’vn tel exploict,tel-
lement qu’il y en eut quelques vns,
qui les accompaignerent , rebrouſ-
ſans chemin pour l’amour de Tha-
laſſe, en criant & repentant ſouuent
ſon nom,dont eſt venue la couſtu-
me , que les Romains chantent à
leurs nopces Thalaſſe, tout ainſi que
les Grecs chantent Hymenee , pour-
autãt qu’il fut heureux ( comme on
dit) d’auoir rencontré ceſte femme.
Toutesfois il y en a d’autres , deſ-
quels eſt Varron, qui tiennent, que
A iij La Forest ce nõ n’a eſté introduict aux nop-
ces à autre effect,ſinon pour aduer-
tir les nouuelles mariees de penſer
à trauailler & faire leur beſongne,
qui eſt de filer : car ils appelloient
le panier d’oſier a tenir les laines
Talaſſe, que les Latins d’vn autre nõ
appellẽt Calathus & Quaſillus: mais
à ſçauoir s’il ya vray ſemblance,que
les Latins ayent voulu caymander
ce mot de Talaſſe des Grecs , puis
qu’ils pouuoient exprimer le meſ-
mes en leur langage. Toutesfois
Plutarque en ſes Problemes faict
deſcendre ce vocable des Grecs
qui appelloiẽt la laine Tαλάσιον.D’a-
uãtage l’eſpouſee portoit trois pie-
ces de mõnoye, qu’ils nõmoiẽt Aſ-
ſes
dõt elle tenoit l’vne à la main, &
comme ſi elle achapta le mary la
donnoit à l’homme,d’où vient que
Euripide en ſa Medée en forme tel-
le plainte.
De tout ce que la terre produit, & qui a
ame,

Vegetatiue & ſenſible, il n’eſt rien , que

la femme
4Nvptiale.
Ne ſurpaſſe en mal-heur:il luy faut grãds

biens mettre,

En l’achapt d’vn mary , qui ſoit de ſon

corps maiſtre.
Entre a-
chapts des
maris &
femmes.
Par les anciennes loix des Can-
diots 13au contraire les hommes do-
toiẽt les femmes & ſe les achetoyẽt
comme encores il s’obſerue és ma-
riages de Turquie:voire que les In-
diens acheptent les femmes, moy-
ennant vne paire de bœufs , qu’ils
offrent aux parens de l’eſpouſée,de
meſmes qu’Homere au deuxieſme
de ſon Iliade feind,qu’Iphydames,
fils d’Antenor,donna cent bœufs à
ſon beau-pere , pour le doüaire de
celle qu’il deuoit eſpouſer, moyen-
nant leſquels il luy donna en maria-
ge ſa fille. Les anciens Alemans dict
P. crinit. li. 12. chap. 8. apportoyent
doüaire aux femmes, & non les fẽ-
mes à eux. Il y a des femmes entre
nous & trop plus qu’il ne ſeroit à
ſouhaiter,qui encores qu’elles por-
tent doüaire à leurs marys , ſe ſont
bien achepter:car ſans tirer hors li-
gne de cõpte le temps,qu’elles font
A iiij La Forest perdre à leurs mignons , pour eſtre
courtiſées, deuant que leurs fiãcées
puiſſent iouïr de l’ayſe le plus ſou-
uent frauduleux,que l’on ſe promet
deuoir eſtre apporté la premiere
nuict des nopces , faut deſpendre
en ioyaux,aſſiquets,habits & feſtins
plus que ne mõte la dore, & en cas
que reſtitution ait lieu par la mort
du mary, il faut augmenter quel-
quesfois la ſomme de la moytié du
doüaire (qu’õ appelle tiercer) pour
le droict de ſeure vie de la femme.
Ie vous demande ſi la femme n’eſt
pas bien acheptée.Or pour reuenir
Oigne-
ment
que fai-
ſoit la
nouuelle
mariee
à l’huis
de ſon eſ
poux a-
uant qu’
entrer
en la
maiſon.
à noſtre eſpouſée Romaine elle
portoit l’autre de ces pieces de mõ-
noye en ſes chauſſes Feſte Pompée
dit en ſon pied, la mettãt au fouyer
les Lares ou Dieux familiers, & la
troiſieſme dans vne grande bourſe
pendante , la deliant & ouurant
quelquesfois par les carrefours pro-
chains. Et en ceſte ſorte le mary &
la femme s’entr’acheptoient:de fait
l’homme demandoit à la femme, ſi
elle luy vouloit eſtre mere de famil-
5Nvptiale. le:à quoy elle faiſoit reſponcé, que
ouy:la femme pareillement diſoit à
l’homme,me voulez vous eſtre pe-
re de famille? il reſpõdoit,ie le veux.
Anneau
dõné par
le mary à
la femme.
Cela-fait, mettãs leurs mains droites
enſemble ſe baiſoyẽt , puis le mary
dõnoit à ſa nouuelle femme vn an-
neau d’or,en lieu d’arres & en ſigne
de mutuelle dilection, ou bien,afin
que par ce gage leurs cœurs fuſſent
conioincts, lequel anneau Tertul-
lien
au liure de l’ornement des fem-
mes appelle Pronube , & luy eſtoit
par le mary mis dans le quatrieſme
doigt, voiſin au petit de la main gau
che pour autant ( dit Iſidore au deu-
xieſme liure chapitre quinzieſme
des diuins offices ) qu’en iceluy y a
vne veine de ſang ou nerf fort ten-
dre, qui va & s’eſtend droit au cœur
meſme raiſon baillent Aule Gelle &
Macrobe ſuyuans l’opinion d’Ap-
pion
, & Atteie Capiton pourquoy
les anciens Grecs & les Romains
portoient l’aneau en ce doigt de la
main gauche, appellé medicinal.
Pline auſſi raconte, que de ſon tẽps
A v La Forest on auoit accouſtumé d’enuoyer à
l’eſpouſée vn anneau de fer où n’e-
ſtoit aucune pierre enchaſſée. Auãt
qu’entrer en la maiſon du mary elle
oignoit la porte d’icelle auec vne
eſpee ointe de lard. Pline neãtmoins
au vingt-huictieſme liure de ſon hi-
ſtoire naturelle chap. neufieſme ne
fait point mẽtion d’eſpée,ains r’ap-
porte que l’eſpouſée graiſſoit ſeu-
lement les poſteaux de l’huis de la
maiſon de sõ mary auec de la graiſ-
ſe de porceau ou de loup, & ſeruie
d’huyle, pour ſignifier, qu’ainſi tous
les maux ſeroyent chaſſés de là &
qu’elle apportoit l’abondance à la
maiſon. De faict le ſein de porceau
Oigne-
ment
que fai-
ſoit la
nouuelle
mariee
à l’huis
de ſon eſ
poux a-
uant qu’
entrer
en la
maiſon.
eſt mollitif, chaud, reſolutif & mõdi
ficatif, & a de grandes vertus. Quãd
à la graiſſe de loup Pline meſmes
au lieu ſus allegué deſcouure à quel
le fin les nouuelles eſpouſées en
frottoyent le iour des nopces les
poſteaux de l’huis de leurs maris, à
ſçauoir pour rompre tous charmes
& toutes les ſorceleries, qui y pour-
royẽt auoir eſté faites. Ce n’eſt dõc
de ces temps , que commencent à
6Nvptiale. courir les nœuds d’aiguillette, & au-
tres tels preſtigieux & diaboliques
enſorcellemẽs, dont quelques gar-
nemẽs font eſtat, meſtier & marchã-
diſe de corrõpre les œuures naturel-
les qui bouclẽt & cõsõment les ma-
riages. Si trouué-ie bien eſtrãge ce
dit Pline touchant ce ſein de Porc,
d’autãt s’il auoit telle vertu & puiſ-
ſance, c’eſt ſans doute que mainte-
nant on s’en ſeruiroit pour preue-
nir ou rõpre ces charmes nuptiaux.
La richeſſe, fecondité & abondãce
eſt manifeſtement teſmoignée par
l’huyle. Ioinct que, come l’huile ne
peut eſtre meſlé qu’à fine force a-
uec matiere humide, auſſi la femme
doit demeurer ferme & arreſté, &
nager touſiours au deſſus, ſans ſe
laiſſer atterrer par les efforts & alle-
chemens qu’on pourroit luy dõner.
A cauſe de ces oignemẽs quelques
Grammairiens, & entre autres Do-
nat
, ont dit, que le nom Vxor eſt ve-
nu ab vngendis poſtibus, & Polydore
Virgile
vnde ab vngendo dicta quaſi
voxor
. En apres on preſentoit à l’eſ-
A vj La Forest pouſée à la porte, de l’eau & du feu,
qu’on luy faiſoit toucher , dequoy
fait mention le Iuriſconſulte Sceuo-
uole
l. penult. ff. don. int. virum & vx.

L'eau &
le feu pre
ſenté à l'e
pouſée à
la porte.
Sexte Pompée en baille la raiſon:la
nouuelle mariée (dit-il) eſtoit arrou-
ſée d’eau, pour dire quelle vint cha-
ſte & pure vers le mary, ou qu’elle
participa auec lui de l’eau & du feu,
elemens principaux
, ſans leſquels la
creation de l’homme ne peut cõſi-
ſter. D’où il plaiſt à aucuns d’infe-
rer , que la fẽme porte le feu & l’e-
au. A la Panurgique 14il y a icy beau
moyen de pantagruëliſer 15, toutes-
fois ils modifient leur dire que la
femme ait le feu pour eſmouuoir
l’appetit charnel au mary , & l’eau
pour l’eſtaindre. Voila pourquoy
Varrõ dit, qu’il y a deux cauſes de la
naiſſance de l’hõme, l’eau & le feu,
partãt elles eſtoient oppoſées aux
nopces ſur le ſueuil, qui accouple.
De faict l’homme eſt le feu, par-ce
que Venus prend de luy la ſemen-
ce & la femme eſt l’eau, par-ce que
Venus prẽd de ſon humeur, & leur
6 16Nvptiale. conionction l’enfant. Quant tout
eſt dict lors que l’humeur & la cha-
leur ſont enſemble temperez, tou-
tes choſes prennent commence-
ment d’iceluy : Car quoy que le feu
ſoit repugnant à l’eau , ſi eſt-ce que
la vapeur humide cree toutes cho-
ſes, & eſt leur accord meſ-accordãt
propre à toute generatiõ : l’vn d’eux
eſt comme elemẽt maſculin, l’autre
comme feminin, l’vn eſt actif, l’au-
tre paſſif. C’eſt pourquoy ancien-
nemẽt fut ordõné, que les alliances
nuptiales fuſſent bouclées, ratifiées
& aſſeurées par ſermens, faits ſolen-
nellement ſur le feu & l’eau, pource
que tous animaux reçoyuent corps
& ame par chaleur & humeur en
leur generation, & que par eux ils
viuent: car comme tout animal eſt
compoſé de corps & d’ame la ma-
tiere du corps conſiſte en humeur,
& celle de l’ame en chaleur. Ce qui
appert par les œufs des oyſeaux, leſ-
quels pour cauſe des groſſes hu-
meurs
dont ils ſont pleins ne peuuẽt
eſtre reduicts en corps, & les corps
La Forest ne peuuent auoir ame , ſi la cha-
leur ne fait ſon operation. De ma
part i’eſtimerois, qu’il n’y auroit pas
grand inconuenient de faire rap-
port de l’interdit de l’eau & du feu
auec la ſolemnité matrimoniale,
d’autant que le mariage eſt celuy,
qui rend immortelle l’eſpece hu-
maine, & l’interdict met hors du
rang des hommes celuy, ſur lequel
il eſt deſchargé. Outre plus l’eſpou-
ſée n’entroit point de ſes pieds à la
maiſon du mary, mais y eſtoit portee
comme ſi elle eut voulu teſmoigner
qu’elle n’alloit de ſon gré , mais par
force au lieu, où elle deuoit perdre
ſa virginité. L’eſpouſée entrant à la
maiſon ſur le ſeuil du premier huis
appelloit Caie Cecilie ou Tanaquil,
femme de Tarquin Priſcus, Roy des
Romains, pour mõſtrer qu’elle ſça-
uoit qu’elle entroit en vn train , ou
il falloit qu’elle ſuiuit la piſte de ce-
ſte ſage & vertueuſe Princeſſe. Puis
on la vous deſpoüilloit de ſes au-
tres paremẽs, & luy mettoit-on à co-
ſté ſa quenouïlle & ſon fuſeau. Sur
8 Nvptiale. Les Ro-
mains ne
ſe mari-
oient au
mois de May.
tout les Romains eſtoyent fort ſcru-
puleux de ne ſe marier au moys de
May, le reputans infortuné pour les
nopces, d’où eſt venu ce prouerbe
Ancien, eſpluché par le docte Eraſ-
me
en la premiere Chiliade de ſa
centurie quatrieſme Menſe maio nu-
bunt malæ
. Au mois de May les mau-
uaiſes ſe marient. Il y en a encores
pour le iourd’huy, qui ſuperſtitieu-
ſement & à la Payenne font ſcrupu-
le de ſe marier à tel moys & ce (diẽt-
ils) pour eſtre exempts de ialouſie,
& n’entrer en mauuais & mal-heu-
ré meſnage. Or des que le conſente-
ment des parties y eſt le mariage eſt
arreſté, quoy que de faict il ne ſoit
Puiſſan-
ce mari-
tale en-
tre les
Romains.
conſommé. Depuis la conſomma-
tion du mariage la femme eſt ſoubs
la puiſſance du mary, s’il n’eſt eſcla-
ue ou enfant de famille : car en ce
cas, la femme, qui a eſpouſé vn en-
fant de famille, eſt ſous la puiſſance
du beau-pere,auſſi bien, que l’hom-
me libre ſe mariant eſt en la puiſſan-
ce d’autruy , s’il va demeurer en la
maiſon du beaupere, bien qu’ẽ tou-
La Forest tes autres choſes il iouyſſe de ſes
droicts & libertés. Et encores que la
loy de nature veuïlle, que chaſcun
ſoit maiſtre en ſa maiſon, comme dit
Homere, afin qu’il puiſſe dõner loy
à ſa famille, toutes-fois les loix Ro-
maines veulent, que la fille mariée,
& menée en la maiſon du mary , ſi
elle n’eſt emancipée du Pere, ne ſoit
point ſubiette au mary, ains au Pere,
la puiſſance du mary ſur la femme
par la loy de Romule eſtoit telle,
que non ſeulement le mary auoit
tout commandement ſur la femme,
ains auſſi pouuoir de la faire mourir
ſans forme ny figure de proces, en
quatre cas, c’eſt à ſçauoir pour adul-
teres, pour auoir ſuppoſé vn enfant,
pour auoir des fauſſes clefs & pour
auoir beu du vin, qui n’eſtoit point
ſeulemẽt la couſtume des Romains,
ains auſſi Theophraſte eſcrit, que les
anciens habitans de Marſeille en
Prouence 17& les Mileſiens vſoyent
de meſmes loy contre les femmes,
qui auoyẽt beu du vin : iugeãs,que
les appetits deſreiglés de la fem-
8 18Nvptiale. me ſubjette au vin, la feroyent auſſi
toſt yurongne & puis adultere. Auſ-
ſi trouuons nous que la puiſſance
donnée au mary par la loy de Ro-
mule
de faire mourir ſa fẽme, pour
cauſe d’adultere ſans authorité du
magiſtrat, eſtoit toute commune à
la Grece,auſſi bien comme aux Ro-
mains, car la loy Iulia , qui permet
ſeulement au pere de tuer ſa fille a-
uec l’adultere, trouués ſur le faict,
& non autrement, a eſté faicte par
Auguſte ſept cens ans apres la loy
de Romule. Depuis l’Emperiere
Theodora,aiant toute puiſſance ſur
l’Empereur Iuſtinien , fit toutes les
loix , qu’elle peut à l’auantage des
femmes,& entre autres mua la pei-
ne, de mort en vne peine d’infa-
mie , comme auſſi anciennement
les Atheniens , excommunians les
adulteres, auec note d’infamie. Et
autres crimes, qui touchent plus le
mary, que le public , & qui ne me-
ritent point la mort tous ſont d’ac-
cord , que le mary a puiſſance de
chaſtier moderement ſa femme. Et
La Forest afin que les maris n’abuſaſſent de la
puiſſance que la loy leur donnoit
ſur les femmes, elles auoyent con-
tre le mary action en cas de mau-
uais traictement ou de mauuaiſes
mœurs: Ie pouſſerois plus outre ce
diſcours, enſemble ſur les diuorces
& infractions de mariages, comme
auſſi ſoit l’authorité & puiſſance pa-
ternelle , s’il n’y auoit vn aſſez bon
nombre de plumes delicattes , qui
ont paſſé ſur ce ſujet, & peuuent me
releuer d’vne prolixité, ou ie pour-
roix à mon biẽ grand regret entrer.
Suffira ſi ſur la fin de ce chapit. i’ad-
uertis le liſeur que n’a pas tenu à ce
ſale Bouc de paillardiſes Helioga-
Touchãt
la com-
munion
des fem-
mes.
bale que la cõmunion des femmes
n’ait eſté introduicte entre les Ro-
mains . De faict nous voyons en la
harangue qu’on luy faict tenir à ſes
putains la promeſſe qu’il ſe faict de
faire vne loy par laquelle il rendroit
les femmes communes, ſe donnãt à
entẽdre par ces deſraisõnées raisõs
il feroit vn grãd biẽ,profit & plai-
ſir tant à la Republique laquelle par
10Nvptiale. ce moyẽ s’accroiſtroit qu’aux parti-
culiers qui en receuroient vn ſingu-
lier contentement : car ( diſoit-il) ne
ſera ce pas vn grand gain pour vn
eſtalon qui ſera laiſſé ou tenu en re-
lais qu’on en reçoiue cent mil.Quel
plus grãd plaiſir pourroit auoir que
n’eſtre ſubjet à la rigueur à la loy &
pouuoir viure à diſcretion & au gré
de nos affections? On n’entendra
plus les plaintes des riottes, noiſes,
faſcheries, groins & mauuais meſna-
ge dont à tout propos les familles
Romaines eſtoyent troublees par
faute qu’encores que les humeurs
du mary & de la femme ſimboliſaſ-
ſent d’vne harmonieuſe ſympathie,
ſi failloit il que les mariages demou-
raſſent fermes. La communiõ & meſ-
lange des femmes coupera broche
à tout cela d’autant que le lien de
conionction ne tiendra qu’entant
que tous deux s’agreeront par en-
ſemble. N’eſtoit-ce pas bien diſcou-
ru? comme ſi la multiplication ne
deuoit eſtre reiglee au niueau des
loix. Ie laiſſe l’impudique ſalacité de
La Forest ce vilain que meſuroit vn chaſcun[...]
ſon aulne. Mais ce qu’il allegue ſur[...]
les incommoditez du mariage pour[...]
les diſcordes des maris & femmes[...]
a d’abordee quelque apparence : (Et[...]
pleuſt à Dieu,que l’eſpreuue n’é fu[...]
en ces temps par trop couſtumiere)
toutesfois au fonds eſt fort freſle &
mince,attendu que pour le mal qui
eſt perpetré au preiudice du bien,
n’eſt la raiſon que l’on retranche le
bien.En apres la meſlange des fem-
mes ne diſſiperoit pas le brouïllis de
ces quereles. Icy n’eſt à oublier, que
au rebours de noſtre practique les
Romains permettoient les nopces
des vefues aux iours chommables,
& vouloient, que celles des filles ſe
fiſſent ſeulemẽt aux iours ouuriers,
pour monſtrer que c’eſtoit vne ta-
che, de laquelle on ne ſe pouuoit ac
quitter aux feſtes, l’effort du depu-
celement eſtoit par trop grand.
Nopces
de pucel-
les & de
vefues.
Ioint qu’il eſtoit bien,permis de rẽ-
plir les foſſes anciennes és iours de
feſtes, mais non pas en faire de nou-
uelles.
10 19Nvptiale.

Les Babyloniens.
Chap. II.

SI oncques y eut peuple qui ſe
baigna en delices,çà eſté le Ba-
bylonien , dont l’Eſcriture Saincte
dreſſe plainte fort ſouuent. Ie laiſſe
les exces des Roys , qui y ont com-
mandé , aymant mieux renuoyer le
liſeur,à ce qu’en a eſcrit le prophete
Daniel , que de rafraiſchir de nou-
ueau la plaie de l’outrecuidé Baltha-
ſar
.La delicateſſe & effemination
de ce peuple eſtoit ſi grande, que ia-
mais vn Babylonien ne ſortoit en
ruë qu’il ne fut paré,attiſſé & parfu-
mé, comme vne courtiſanne, & qu’õ
ne ſentit le muſc tout le long de la
ruë par laquelle il paſſoit, & afin de
ſe monſtrer plus gentil, chaſcun de
Mignar-
diſe &
ſomptuo-
ſité des
Babilo-
niens
.
eux portoit vn anneau au doigt,au-
quel eſtoit ou ſon nom ou ſes ar-
moiries , d’autant qu’il leur ſeruoit
de cachet, ainſi que le temps paſſé
en vſoient toutes nations : chaſcun
La Forest encor auoit en main vn ſceptre ou
maſſe Royale,elabouree gentiment
& auec induſtrie , à la creſte de la-
quelle faloit, que fiſſent mettre ou
quelque põme ou vne fleur de lys,
ou vne roſe ou vne Aigle, ou quel-
que autre deuiſe. Bref c’eſtoit la na-
Filles
Babilo-
niennes

expoſées,
à l’encãt.
tion la plus mignarde & popine,
qu’on eut ſceu penſer. Pour leurs
loix on les a quelques-fois priſé, &
ſur tout pour vne, qui viſoit aux ma-
riages, laquelle on tient eſtre ores
practiquee ou bien peu s’en faut
(ainſi qu’on me fait entẽdre) à Veni-
ſe
, portans que les filles pucelles e-
ſtãs en aage & preſtes à eſtre mariées
ou parti ſeroit offert, eſtoient aſſem-
blées & conduites en plein marché,
ou entourées d’vne grande troupe
d’hommes, le crieur public les met-
toit à l’encant & dernier encheriſ-
ſeur. Or les premieres eſtoyent les
plus belles , leſquelles eſtoyent a-
chetées par les plus riches , mais le
ſimple peuple,n’aiant dequoy four-
nir à ceſt appointemẽt,eſpouſoit les
plus laides, qui eſtoient neceſſitées
12Nvptiale. d’acheter leurs maris, & falloit que
l’argent tiré de l'achapt des belles
ſeruit pour trouuer party à celles
qui eſtoient laides, & les achepteurs
eſtoyent obligez d’auoir des plei-
ges auant qu’on leur deliura la mar-
chandiſe. Et d’autant qu’il y auoit eu
de la part des femmes plainte dreſ-
ſée de mauuais traictement, & de ce
qu’on les emmenoit hors de Ba-
bylone, fut faite loy , qu’il ne ſeroit
plus loiſible à homme de mal-me-
ner ou tourmenter ſa femme, ny de
la tirer hors de la cité , à cauſe que
pluſieurs, eſtãs appauuris, ne faiſoiẽt
conſcience de vẽdre leurs filles aux
eſtrangers, & les leur donner, pour
en abuſer à leur fantaiſie de tant que
ceſte loi eſtoit hõneſte, charitable &
à reputer, il y en auoit vne autre qui
Proſtitu
tion exe-
crable de
femmes
Babylo-
niennes
.
eſtoit horriblemẽt abominable, par
laquelle toutes les Dames de Baby-
lone
furent iadis obligées comme
nous apprennent Strabon au liure
ſeiſieſme de ſa Geographie & Celie
Rhodigin
au liure huict chap. vnze
de s’aller offrir au temple de Venus
La Forest vne fois en leur vie & là s’expoſer &
proſtituer à toute ſorte d’eſtrangers,
qui viẽdroyent les prier d’amouret-
tes,leſquels les retiroyent à l’eſcart
du temple, puis leurs deſcouurans
leur cuiſſes mettoiẽt ſur leur genoux
l’argent qu’il auoyent deliberé leur
donner pour le gain de leur corps,
apres entroyent en beſongne , ou
bien apres auoir abuſé d’elles, leur
mettoyent dãs le ſein, ce qu’ils vou-
loyent pour le ſalaire de leur turpi-
tude, & ny auoit pas vne d’entre el-
les qui oſaſt auoir refuſé celuy qui la
requerroit & moins le preſent, qu'il
luy dõnoit, à cauſe que le proffit en
reuenoit non à elle, ains au temple
de la Deeſſe: & ne pouuoit s’en re-
tourner en ſa maiſon ſans coup ferir
& ſans receuoir quelque cas de ce-
luy à qui elle auoit affaire. De meſ-
Proſtitu
tion des
Dames
Cypriot-
tes & au
tres.
mes aueuglement eſtoyent frapées
les Dames Cypriotes, qui s’eſtoyent
laiſſé manier fort à l’aiſe à leur com-
patriote Venus, laquelle pour cou-
urir ſes lubricitez, ouurit la premiere
l’eſcole de paillardiſe, & permit aux
femmes 13Nvptiale. femmes & à ſes ſubiects de ſe veau-
trer ſans punition à tout plaiſir de
paillardiſe. Ce fut des ordonuances
de ceſte courtisãne, que ſortit la loy
abominable, par laquelle il failloit,
que les filles à marier ſe proſtituaſsẽt
aux eſtrangers, & que du prix de leur
chaſteté elles achepteſſent celuy qui
les viendroit à prendre pour eſpou-
ſes. Telle lubricité a eſté ( cõme i’ay
touché au chapitre deſtiné au Ca-
nadeens) auſſi practiquée en Canada
& Saguen, & à zele en Capadoce:
ou en l’hõneur de la Deeſſe Anaili-
lide 20on dedioit les filles vierges , &
les plus belles & excellentes, qu’ils
pouuoyent choiſir, pour les proſti-
tuer au temple voüé à ceſte infame
Deeſſe, & apres que lõguemẽt elles
y auoyent couru l'eſguillette on les
marioit, ſi bien que ceux, qui les eſ-
pouſoyent, les prenoyent ioyeuſe-
ment & s’eſtimoyent bien-heureux
d’auoir des femmes ſacrees à vne ſi
puiſſante Deeſſe . En France , Italie,
Eſpaigne & ailleurs, par la grace de
Dieu les noms de ces Deeſſes impu-
B La Forest diques ſont effaces , au moins l’I-
dolatrie en eſt retranchée, mais, he-
las!& combien de milliers de filles,
& femmes pourroit on y compter,
qui tiennent maiſon ouuerte à tous
allans & tous venans, moyennant
que la bourſe treſelle. Pour retour-
ner en Aſſirie vers nos Dames Baby-
loniennes
, l’idolatrie les auoit telle-
ment ſurfantés, que nous trouuons
qu’en la huictieſme & derniere tour
du temple on voyoit vne chappelle
où eſtoit appreſté vn beau lict fort
magnifiquemẽt paré, & deuant ice-
luy vne table d’or, ſans que la dedãs
y eut ny ſtatuë ny ſimulachre quel-
cõque & que pas vn homme y cou-
cha:ſeulement y demeuroit vne fẽ-
me telle qu’il plaiſoit à ce Dieu de
choiſir d’entre les citoyennes de la
ville, car ainſi le faiſoyent accroire
les Chaldéens, qui auoient charge
de ce temple , à cauſe que le Dieu,
venoit de nuict, & s’alloit repoſer
en ceſte belle couche. Ie vous laiſſe
à penſer quel Dieu, c’eſtoit & ſi la
femme ne le ſentoit pas autre que
de condition ſpirituelle. 21
14Nvptiale.

Les Perſans.   Chapitre. III.

ON priſe les Perſans, pour vne
generoſité, vaillance, gaillar-
diſe, bonté & courtoiſie, dont ils e-
ſtoyẽt accompagnés, meſmes pour
pluſieurs belles loix, qui eſtoyent e-
ſtablies entre eux , ſi ont ils eſté eſ-
clopés en beaucoup de leurs ma-
nieres de viure: ce que ie puis veri-
fier ſur le champ,ſans ietter ma veuë
autre part que ſur leurs mariages. De
Pluralité
de fem-
mes, & le
réglemẽt
entre el-
les.
faict ils eſpouſoyent pluſieurs fem-
mes, & outre icelles auoyent enco-
res vn grand haraz de concubine, à
cauſe que les plus honorées d’entre
eux eſtoiẽt ceux, qui auoyẽt le plus
d’ẽfans & tãt pl9 vn hõme en eſtoit
chargé, & pouuoit fournir des ſiẽs à
la guerre de tãt eſtoit il reconeu par
le Roy, qui tous les ans luy enuoioit
des presens , en ſigne de faueur, &
pour la recompẽſe du ſeruice faict à
la Republique: Les fẽmes, pour n’a-
uoir ialouſie auoyẽt leur rang, pour
aller coucher auec leur mary, de ſor-
B ij La Forest te que preſque ils ne pouuoiẽt leur
oſter ce priuilege, quand bien il eut
aimé l’vne plus que l’autre de ſorte
que les Perſans entre-my ces fem-
mes eſtoyent comme vn coq auec
ſes poulles. En quoy nous deuons
recognoiſtre l’aſtuce de Sathan, qui
ſous le mãteau de proffiter au public
faict gliſſer la polygamie, & plurali-
té de femmes, comme auſſi le cõcu-
binage. Pourtant ne ſont excuſables
les Perſans, qui pouuoyent produi-
re vne belle engeance, ſans entrer
en telles alteres. Les Romains ont
Romains
quoy que
ſoigneux
de multi-
plier li-
gnee,n’õt
entẽdu à
la plura-
lité des
femmes.
eſté beaucoup plus aduiſés, qui n’õt
point voulu faire voye à ce flot de
pluralité de femmes & neantmoins
on ſçait, qu’ils ont eſté autant amou-
reux de repeupler leur Empire de
citoyens, que ſçauroyent auoir eſté
les Perſans. De faict les loix Iulies,
qu’on nomme caducaires, eſtoyent
expreſſément bandées alencontre
de ceux leſquels ou meſpriſoyent
le mariage ou ne produiſoyent li-
gnée à la Republique: en aprés quels
beaux priuileges , quelles immuni-
15Nvptiale. tés & prerogatiues ont eu les peres
fecõds en lignées? Voyre que main-
tes fois on a fait breſche à la rigueur
du droict pour ſoulager ceux qui
accroiſſoyent le peuple Romain.
Et y a biẽ plus, que tout ce qui pou-
uoit nuire ou preiudicier à la propa
gation des enfans, ils l’ont tetran-
ché, iuſques à là, qu’encores que les
maiſtres & Seigneurs euſſent puiſ-
ſance de vie & de mort ſur leurs eſ-
claues, ſi leur a eſté faite expreſſe in-
hibition & defence de les chaſtrer
ou faire chaſtrer quoy que verita-
blemẽt on ſceut qu’vn eſclaue hõ-
gre & deſchargé des boulets peri-
ſomatiques eſtoit d’auantage priſé
que celuy qui eſtoit entier. On a biẽ
paſſé plus outre, d’autant , qu’ẽcore
que le veufuage fut fort à recõman-
der, pour n’encourir aux peines im-
poſées à celles, qui ſe remariroyent,
ſi eſt-ce que les Empereurs ont bri-
ſé les liens, par leſquels le deffunct
mary pourroit auoir obligé ſa vefue
n’aſpirer à ſecondes nopçes. Ie ſçay
biẽ que l’Empereur en allegue vne
B ij La Forest autre raiſon,à ſçauoir la fragilité du
ſexe feminin, qui eſt bien telle, que
il eſt fort mal-ayſé à la femme , qui
aura faict vne telle promeſſe de ne
franchir le ſault de ce ſermẽt. Quãt
Touchãt
le concu-
binage.
au concubinage on ne peut dire,
qu’il n’ait auſſi biẽ lieu entre les Ro-
mains , voire qu’il a eſté ſéparé d’a-
uec la paillardiſe : mais ſur la fin il a
eſté reietté, ou pluſtoſt permis par
contraincte, mais non point à gens
mariés , & par le droict Canon de-
fendu au Preſtres. Or encores que
ceſte pluralité de femmes & con-
cubinage ſoit à condamner,eſt bien
plus deteſtable l’impieté, de laquel-
le Agathie liure ſecond les attache :
Inceſte
des Per-
ſans
.
car non ſeulement ils ne font aucu-
ne conſcience de s’accoupler char-
nellement auec leurs couſines ger-
maines & propres ſœurs,ains,ô for-
fait execrable!les peres ſe meſloyẽt
impudiquement auec leurs filles, &
ce qui eſt le plus abominable, ô na-
ture violée, & vous ô loix aneanties
les enfans ne ſe ſoucioyent de cou-
cher laſciuement auec leurs meres.
16Nvptiale. Toutes-fois le meſme autheur dict,
que les Anciens Perſans n’auoyent
point ceſte maudite couſtume, ains
qu’Artaxerxe fils de Darie, ſen-
tant que ſa mere Pariſatide ( imitant
Semiramis) qui ſolicita ſon fils Ni-
ne
de l’accoler, l’aiguillonnoit à ſe
ioindre auec elle ſeulement la re-
pouſſa auec vn grand deſdaing , &
extreme colere à cauſe ( dictil ) que
c’eſtoit contre la loy & couſtumes
du pays, & que ceſte façon de faire
n’eſtoit receuë entre les hommes.
Encores ſont biẽ plus brutaux & dé-
naturés les gentils-hommes Circaſ-
Inceſtes
deteſta-
bles des
Circaſſes
ſes peuple Aſiatique en la Sarmatie,
qui quand quelcun a meſſaict n’ont
d’autres bourreaux que les payens
meſmes , & le plus ſouuent le frere
iuſticie ſon propre frere , apres ceſt
inhumain maſſacre il s’en va la nuit,
apres coucher auec la fẽme du de-
funct,ſa belle ſœur. Quant tout eſt
dit,il ſemble que ces Circaſſiẽs ſoiẽt
pluſtoſt beſtes qu’hommes & de ma
part ie les iugerois tels, ſi ie ne trou-
uois qu’ils ſont fort religieux à gar-
B iiij La Forest Circaſ-
ſiens
trop
courtois
enuers
leurs
hoſtes.
der l’hoſpitalité, & tellement cour-
tois enuers leurs hoſtes, que de leur
laiſſer leurs filles auec eux , & ſouf-
frir, qu’ils les manient de la teſte iuſ-
ques aux pieds ,ſauf toutes-fois iuſ-
qu’à preiudice de la pudicité,telle-
ment que lors que l’hoſte eſt cou-
ché ces filles le nettoyent , à cauſe
que ce païs eſt fort ſubiet aux puces
& à telle vermine. Au reſte ils ſont ſi
Eſtrange
depucel-
lemẽt des
filles Cir-
caſienes
.
barbares qu’aux obſeques de grãds
Seigneurs ils prennent vne fille de
douze à quatorze ans,qu’ils font aſ-
ſeoir ſur la peau d’vn bœuf nouuel-
lemẽt occis, & l’eſtendẽt ſur le poil
de ceſte peau par terre, en preſence
de tous les hommes & les femmes:
lors le plus hardy & gaillard des ieu-
nes gentils-hommes, là preſens , ſe
couurant de ſon manteau de feutre
ſe met en effort de depuceler ceſte
fille, & aduient ſouuent qu’auant
qu’elle ſoit depucellée, faiſant reſi-
ſtence,elle aura rendu recrus trois,
quatre ou d’auantage des plus gail-
lards de la trouppe s’eſſayans à telle
luite ſi deshonneſte, & à la fin on la
17Nvptiale. gaigne & ſurmonte, auec promeſſe
de la prẽdre pour eſpouſe. Ayãt ga-
gné le pris,celuy qui la violée ſe le-
ue & fait parade de sõ outil tout ſai-
gneux des deſpouilles de la fille &
les femmes tournent la face ailleurs
quoy que non ſans rire, prenãt plai-
ſir au deduit infame d’vne pire que
payenne ſepulture.

Les Tartares.
Chap. IIII.

COmme le naturel des Tarta-
res
eſt bruſque , eſtrãge & ſau-
uage, leurs façons de faire barbares,
& hors d’humanité , ils ſont auſſi
mal ordonnez & deſreiglez pour le
faict de leurs mariages. Sur tout ſe
baignent-ils à la cruauté , & ſe don-
nent licence de ſauuer celles des
femmes,qui leur ſemblerõt les plus
belles & les plus ieunes , deſquelles
Tartares
vilains à
leur pail-
lardiſe.
ils abuſent à leur fantaiſie, & les cõ-
traignent de ſeruir à leur vilaine &
deteſtable paillardiſe , auec le plus
B v La Forest grande miſere qu’homme ſçauroit
imaginer : auſſi ce peuple eſt le plus
infect & ſale, en matiere de paillar-
der, qu’autre que la terre porte, d’au
tant que, jaçoit qu’il luy ſoit loiſible
d’eſpouſer tout autant de femmes
que bon luy ſemble, & cõme il peut
nourrir , & ſans aucun reſpect des
degrez de conſanguinité , ſauf que
de la mere, de la fille, & de la ſœur: ſi
eſt-ce, qu’ẽcore il s’accouple & aux
maſles, & aux beſtes meſmes. Au re-
ſte eſpousãs vne femme, elle ne ſera
tenuë pour leur eſpouſe, iuſqu’à tãt
qu’elle leur ait porté des enfans , à
ceſte cauſe, ils repudient celles , qui
ſont brehaignes & ſteriles, & en prẽ-
nẽt d’autres, ſans qu’õ voye aucune
partialité ny querelle entre tant de
femmes, encor’ que le mary careſſe
& fauoriſe pluſtoſt vne que les au-
tres : mais cela aduient pour-ce que
chaſcune a ſon meſnage à part, & vit
en fort grande & merueilleuſe cha-
ſteté, & eſtãs auſſi hõneſtes que leur
marys, ſont debordez en toutes ſor-
tes de vilainies : Et cecy nõ que na-
18Nvptiale. turellement elles ne paillardaſſent
d’auſſi bõ cœur que les hõmes, ains
pource que par la loy , il y va de la
mort,s’il eſt prouué, que ſoit hõme
ou femme, ſoit attainct d’adultere,
neãtmoins les hõmes y ont pl9 grãd
priuilege,ſe mariãs à tãt de femmes
qu’il leur plaiſt, là où il n’eſt ainſi des
femmes, qui faut que demeurẽt là à
la diſcretiõ du mary,fauoriſee ou re-
jettee. Entre autres deuoirs de leur
charge, eſt ceſtuy-cy , qu’elles s’en-
tremettẽt à la purgatiõ des familles,
par le feu,à ſçauoir,quãd par neceſſi-
té quelqu'vn a eſté cõtraint d’y paſ-
ſer, car de guet à pend, il n’y a que la
mort pour recõpenſe. Or voicy cõ-
Femmes
Tartares
emploiees
à la pur-
gatiõ des
familles.
me les Tartares purifient leur loges.
Ils font du feu en deux lieux eſloi-
gnez trois pas l’vn de l'autre , entre
leſquels dreſsent deux lances , prés
chaque feu vne, & attachẽt vne cor-
delette , qui va de l’vne à l’autre &
eſt attacheé aux deux : ce qui doit
eſtre purgé , faut qu’il paſſe ſous ce-
ſte corde: & cepẽdãt il a deux fem-
mes, à chacun coſté de ce feu arrou-
B vj La Forest ſans d’eau ce qui paſſe ſous la corde
& marmonans ne ſçay quels ſuffra-
ges ſortis de leurs Necromãtiẽs, &
Bachſi 22,leſquels elles pẽsẽt pouuoir
ſeruir à ceſt effet. Les dames,qui sõt
Accou-
ſtremens
des Da-
mesTar-
tares
.
mariees , ont vne certaine coiffure,
faite tout ainſi qu’vn panier tout rõd
ayãt pied & demy de haut,& appla-
ny comme le cul d’vn muyd ſus le
bout : ceſte coiffure eſt de ſoie de di-
uerſes couleurs,& embellie de plu-
ſieurs plumages, & encor’ enrichie
de pierrerie & ioyaux d’or, ſelon la
richeſſe de la Dame:auſſi les grãdes
& les riches ſe veſtent d’eſcarlat-
te, & de ſoye , & de meſme parure
que font leurs marys:leurs robes sõt
faictes d’vne eſtrãge façon : car elles
ſont fendues au coſté gauche, & par
là, & les hõmes & femmes les veſtẽt &
deſpouillẽt,& les attachẽt auec cinq
ou ſix boutons. En eſté ils ſe veſtent
ordinairement de noir, en hiuer &
lors qu’il pleut, de blãc:leurs habits
ne leur deſcẽdẽt point plus bas que
les genous,auſſi ne ſçauroit-on diſ-
cerner les hommes d’auec les fem-
19Nvptiale. mes, que de la coiffure , ny les filles
des femmes mariees ,car leur veſte-
ment eſt ſemblable , & tous portẽt
des hauts de chauſſes, & gregeſque 23
bien bordees & paſſementees cha-
cun ſelõ ſa portee. Ie lairay leurs ce-
remonies , qu’ils obſeruent au ſacre
de leur Roy, & à deduire comment
ils donnẽt à leur Roy, celle des fem-
mes qu’il aime le mieux , & to9 deux
enſemble ſont hauſſez dedans vn
feutte, & proclamez Roy & Royne
des Tartares : il vaut mieux que ie
vous propoſe leur ſotte couſtume,
dõt nous aduertit Marc Paul Veni-
tiẽ
,laquelle touche à nos mariages.
Sots ma-
riages des
morts,
que font
les Tar-
tares
.
Quãt il y a deux hommes,l’vn deſ-
quels a vn fils , l’autre vne fille , &
qu’ils les ont fiancez enſemble, &
qu’il aduient que fils & fille viẽnent
à mourir, ne laiſſant point d’en faire
les nopçes, car ils donnent la fille
morte, au garſon decedé, & cecy en
telle maniere. Ils font peindre des
eſclaues, des cheuaux & des beſtes:
de toutes ſortes d’habits, de deniers,
ioyaux, bagues & toutes eſpeces de
La Forest meubles puis font paſſer le cõtrac[...]
de mariage,lequel approuué par le[...]
parens de tous les deux coſtez , on[...]
faict bruſler tout ce que deſſus , di-
sãs que la fumee, qu’ils font, eſt por-
tee à leurs enfans , en l’autre mõde,
leſquels s’eſpouſent là par effet,ain-
ſi que ça bas ils en ont faict la cere-
monie:& les parẽs des morts ſe tien-
nent plus vrayement aliez, & s’en-
tre-aiment & frequentent tout ainſ[...]
que ſi leurs enfans fuſſent en vie, &
le mariage euſt eſté accõply: Icy n[...]
Courti-
ſannes
Tartares
faut oublier que le Cham de Tarta-
rie
24retire grands deniers des courti-
ſanes, qui ſont à la ſuitte de ſa cour,
mais il y a vne loy telle , que le Roy
eſtant en quelque Ville que ce ſoit
il n’eſt permis à femme, telle qui fa-
ce l’amour ( ſi ce n’eſt ſecrettemẽt)
de ſe tenir dedãs les Villes, ains on[...]
leurs logis aux faux-bourgs , & là
les va viſiter qui veut. Aux faux-
bourgs de Cambalu ( qui eſt l’vne
des principalles Villes du pays Ca-
thaien
) il y en a vn beau eſcadron,
tel qu’aucuns en font compte de
20Nvptiale. vingt-cinq mil, qui s’expoſent au
plus offrant , & vendẽt leur paillar-
de chair, à ceux qui mieux les payẽt.
Or ces femmes ont vn Capitaine
general , puis des chefs ſur chacun
millier, & ſur chacune cẽtaine leſ-
quels tous faut que dependent de
ce General. La cauſe pour laquelle
il eſt dit,qu’il faut que ces femmes
ayent ainſi vn chef, eſt , d’autãt que
toutes les fois que quelques Am-
baſſadeurs ſont enuoyez au grand
Cham 25, pour les affaires d’iceluy Sei-
gneur, & qu’ils ſont là à ſes deſpens
on les traicte fort ſomptueuſemẽt,
& faut que le Capitaine leur face
chete entiere, & leur donne , & ta-
ble & lict garny , en donnant tou-
tes les nuicts , vne de ces Dames , à
ceſt Ambaſſadeur, & autãt à chacun
de ſa ſuitte , ſans que ceux-cy ſoyẽt
tenus de rien leur donner : car c’eſt
tribut que ces femmes doiuent à
leur Priuce. Aucuns aſſez hardimẽt
ſe ſont eſſayez tirer la ſource & l’e-
ſtabliſſemẽt de tels bourdeaux d’v-
ne couſtume qui eſt ramentuë par
La Forest
Punition
d’adulte-
re entre
les Rom.
& autres
peuples.
Socrates , en ſon hiſtoire Eccleſia-
ſtique
, liure cinquiſme,Chapitre
dix-huictieſme,où il nous apprend
que les Romains , ſi vne femme e-
ſtoit ſurpriſe en adultere , ne corri-
geoyent point le forfaict , mais par
vn adiouſtement & accroiſt de pe-
ché puniſſoyẽt celle qui auoit mef-
faict. De faict ils la contraignoyent
de paillarder effrontément , en vn
eſtroict bourdeau, & cepẽdant que
s’exploitoit ceſte ſale & deshonne-
ſte execution , on faiſoit ſonner les
cloches à double carillon, à fin que
ceux qui eſtoyent là, fuſſent aduer-
tis des coups , qui ſe donnoyent, &
que par le retentiſſemẽt de ces clo-
ches,ce vergongneux chaſtimẽt fut
deſcouuert & manifeſté à vn cha-
cun. On appelloit ces lieux deſti-
nez à telles operations , Siſtra , leſ-
quels,ainſi que la remarque le meſ-
me Hiſtorien, furẽt deſtruits & ab-
batus par l’Empereur Theodoſe.
Quoy que ſoit, il y a bien à dire des
vns aux autres , ainſi que le liſans
pourrez bien aiſémẽt apperceuoir.
21Nvptiale. Or puis qu’icy nous ſommes entrés
ſur le propos touchãt les peines de
l’adultere, ie ſuis bien contant de
m’y eſtendre vn peu au long. Au-
cuns peuples l’ont puny de mort.
Par la loy de Moyſe on lapidoit l’a-
dultere, & auparauãt icelle il eſtoit
bruſlé,comme il eſt aiſé à recueillir
du 38. chap. de Geneſe. Heraclides
en ſon liure des polices , faict men-
tiõ d’vn Roy nõmé Tennes,lequel
ordõna aux tenediẽs 26, les adultere
ſeroient departis en deux auec vne
hache & fit eſpreuue d’vne telle &
ſi ſeuere ordonnãce ſur ſon propre
fils. Pource en ſa monnoye il fiſt en-
grauer vne hache d’vn coſté, & de
l’autre deux viſages penchans d’vn
meſme chef. Les Ægyptiens bail-
loient mil coups ſur celuy, qui eſtoit
ſurpris en adultere, on couppoit le
nez à la femme. Diodore le Sicilien
adiouſte bien d’auãtage au premier
liure de ſa Bibliotheque que le plus
ſouuent on chaſtioit l’homme adul-
tere. Les Siciliens ont practiqué la
meſme rigueur alendroit des fem-
La Forest mes adulteres,qu’ont fait les Ægyp-
tiens, & quant aux hommes Valere
le grand nous apprend au premier
chapitre du ſixieſme liure que les
Romains ont eſté auſſi ſeueres que
les Ægyptiens , de faict, que Bibie-
nus trancha les genitoires à Carbo,
Actienus & Puble Ceruius à Põtius. 27
Zaleucus 28tint forte bride contre les
adulteres de Locres, auſquels, pour
punition , il ordonna,qu’on creuat
les deux yeux:ſupplice duquel luy-
meſme ne ſceut ſe garantir, car cõ-
me ſon fils eut eſté ſurpris en adul-
tere, & qu’il vit, que pour le reſpect
de luy,toute la cité n’en fit autremẽt
inſtance, luy meſmes inſiſta, à ce que
ce meſſait ne demeuraſt impuny. En
fin gaigné par les prieres du peuple,
luy meſmes ſe fit creuer vn œil & vn
autre à ſon fils ainſi que Valere re-
marque en ſon diſcours touchant
la iuſtice & Ælian au trezieſme
liure var. hiſtor. Les Lepreens me-
noient liés & garottez a l’entour de
la cité ceux leſquels ils auoient ſur-
pris en adultere, puis le reſte de leur
22Nvptiale. vie les tenoient pour infames &
contemptibles. Et quant aux fem-
mes adulteres on les contraignoit
de demourer vnze iour entiers tou-
tes découuertes en public, ſeulemẽt
eſtoyent affublees d’vn ſimple &
fort delié veſtement. Entre les Athe-
niens
il eſtoit interdit aux femmes
adulteres d’entrer aux temples, que
ſi aucune s’eſtoit hazardée d’y auan-
cer le pas, il eſtoit loiſible à vn chaſ-
cun de luy faire tel affront qu’il eut
voulu, ſur tout luy eſtoit defẽdu de
la tuer de peur que (comme teſmoi-
gne Demoſthene en l’oraiſon con-
tre Neera ) la peine de ſon ignomi-
nie ne print ſi toſt fin. L’hõme adul-
tere ſurpris ſur le faict pouuoir eſtre
occis par le mari sãs recerche. Voire
que par la loi de Solõ (au rapport de
Plut. en la vie d’iceluy 29) il y auoit pei-
ne de dix ou vingt drachmes ſur ce-
luy qui honiſſoit la pudicité d’vne
femme. A ce propos eſt fort remar-
quable le chaſtimẽt que, ſelon Sui-
das
, fit Hippomenes, Prince d’Athe
nes
, de Limone ſa fille, laquelle il a-
La Forest uoit eu d’Athalẽte. L’ayãt trouué en
adultere l’enferma auec vn cheual,
lequel n’ayant aucune paſture prit
ſa repeuë, & ſe rua ſur elle. L’adulte-
re fut trainé par des cheuaux par le
pays Attique iuſques à ce que ſon
corps fut deſmembré & eſcartelé.
Les Laciades ou Placiades (qui ſont
peuples de l’Attique) prenoient des
raifforts du pays , gros au poſſibles,
où , à faute d’iceux , des gros coins
de bois, & les mettoient deuant les
parties honteuſes des adulteres. Ce
que Lucian en la vie du philoſophe
Peregrin veut auoir auſſi eſté obſer-
ué en Armenie. L’hiſtorien Tacite
recite, que les Alemans raſoient les
cheueux de leurs femmes adulteres
deuant leurs voiſins , puis les chaſ-
ſoient toutes nuës & les menoient
par la ruë à grands coups de verges.
Les Cumeãs faiſoiẽt monter ſur vne
haute pierre la fẽme adultere, d’où,
apres qu’elle y auoit demeuré quel-
que tẽps,non ſans grande riſée d’vn
chaſcun , on la deſcendoit , puis on
lui faiſoit cheuaucher l’aſne par tou-
23Nvptiale. te la bourgade: de meſmes qu’au
rapport de Stobee ſerm. 42. les Piſi-
des
promenoiẽt par quelques iours
les deux adulteres ſur vn aſne. Sale-
the
Seigneur des Crotoniates fit vne
ordonnance contre les adulteres
qu’õ les bruſleroit tous vifs. Et par-
tant, ayant pollué la couche de ſon
frere, comme il vit que les citoyens
vouloyent rabatre & addoucire ce-
ſte peine & les cõdamner ſeulemẽt
au banniſſement, luy meſmes s’eſlã-
ça dãs vn feu, comme eſcrit Lucian
en vne apologie. Ie ne pourſuiuray
point plus outre les autres peines
de l’adultere, crainte que i’ay, qu’on
ne die, que ie me play à dreſſer icy
vne contremire des punitions auec
l’impunité receuë en noſtre France,
où ceſt enorme forfait, tant s’en faut
qu’il ſoit reprimé ou puny qu’au cõ-
traire (& de ce le Docteur Io. Faber.
§. Item lex Iulia.Iuſtit, de pub. iud.
nous
en fait reproche) il eſt mis au nom-
bre des actes ingenieux.
La Forest

Les Chiots.
Chap. V.

LA maluoiſie qui fertiliſe le los
de l’Iſle de Chiots, voire qu’ẽ
ce elle ne luy permet rien quitter
à celle de Candie, eſchauffe pareil-
lement les humeurs des habitans,
ſur tout pour l’exploit qui ſe rap-
porte à noſtre diſcours. Il y en a qui
paſſent bien plus outre & maintiẽ-
nent qu’encores que la maluoi-
ſie Chioiſe ne ſoit point ſi furibon-
de que la Cãdiotte 30, ce neantmoins
elle eſceruelle les pauures Chiots,
de ſorte qu’ils n’ont point le cœur
viril & courageux , voire qu’il ſe
baiſſe au deſſous de celuy des fem-
mes, qui, ſi nous croyons à certains
eſcriuains, tiennẽt le rang des coqs.
Femmes
de Chios
courageu
ſes.
Outre l’experience ordinaire ils
employent ce qui eſt couché par
Plutarque que traicté qu’il a fait des
vertueux faicts des Dames en ceſte
ſorte. Ceux de Chio fonderent ia-
24Nvptiale. dis la ville de Leuconie par vne tel-
le occaſion. Vn ieune gentil hõme
des meilleures maiſons de Chio s’e-
ſtoit marié & comme on luy me-
noit ſa femme en ſa maiſon ſur vn
chariot, le Roy Hipoclus, qui eſtoit
amy & famillier du marié & auoit
aſſiſté aux eſpouſailles comme les
autres, où l’on auoit bien beu, bien
ry & fait encores meilleure chere,
ſauta ſur le chariot, où eſtoit la ma-
riée non pour y faire aucune vio-
lence ny villainie, mais ſeulement
pour ſe ioüer, comme la couſtume
eſtoit en telle Feſte : Toutes-fois les
amis du marié, ne le prenans pas de
ceſte façon le tuërent ſur la place :
A raiſon duquel homicide s’eſtans
monſtrés à ceux de Chio pluſieurs
ſignes manifeſtes de l’ire & cour-
roux des Dieux & ayant l’oracle
d’apollon reſpondu,que pour l’ap-
paiſer il failloit qu’ils tuaſſent ceux
qui auoiẽt occis Hippoclus : Ils reſ-
pondirent que c’eſtoient tous ceux
de la ville qui l’auoiẽt tué. Dieu leur
commanda qu’ils euſſent donques
La Forest tous a ſortir de la ville de Chio , ſi
tous eſtoient participãs de ce meur-
tre : ainſi meirẽt ils hors de leur vil-
le ceux , qui eſtoient Autheurs ou
aucunement participans de ce cri-
me, qui n’eſtoient pas en petit nõ-
bre ny gens de petite qualité, & les
enuoierẽt habiter en la ville de leu-
conie qu’ils auoient auparauant o-
ſtee & conquiſe ſur les Coroniens
à l’aide des Erythreiẽs:mais depuis
guerre s’eſtant eſmeuë entre eux &
les Erythreiẽs, qui eſtoiẽt pour lors
le pl9 puiſãt peuple de tout le pays
d’Ionie, & les Erythreiens les eſtans
venus aſſaillir auec armee,ils firent
compoſition par laquelle il leur e-
ſtoit permis de ſortir auec vne ro-
be & vn ſaye tant ſeulement & nõ
autre choſe. Les femmes n’eurent
pas pluſtoſt entendu ce beau ap-
pointement qu’à belles iniures ſe
mirent à leur faire reproche s’ils
auoient le cœur ſi laſche que qui-
cter leurs armes & de s’en aller tous
nuds au trauers de leurs ennemis.
Et comme les maris leurs alleguaſ-
ſent 25Nvptiale. ſent qu’ils auoyent iuré, elles les re-
leuerent & diſpenſerent ayſément
de ce ſerment: ſi leur conſeillerent,
comment que ce fut n’abandõner
point leurs armes, & leur dire , que
la jaueline eſtoit la robe & le bou-
clier le ſaye à tout homme de bon
cœur. Les Chiots les creurẽt & par-
lerent audacieuſement aux Ery-
threiens
en leur monſtrant leurs ar-
mes, ſi bien que par leur audace ils
les effrayerent & ny eut perſonne
d’eux qui s’en oſa approcher pour
cuider les empeſcher , ains furent
tous contans qu’ils ſe retiraſſent en
tout tel equipage qu’ils voudroiẽt,
moyennant qu’ils luy quittaſſent la
place. Voyla doncques ces femmes
qui ont remis la virilité au cœur de
leurs maris & par meſmes moyen
leur on ſauué leur honneur qui s’ẽ
alloit eclypſé par tout fetardiſe. Ne
penſez pas que ce ſoit eſté pour vne
bouffée , car le meſme Hiſtorien
nous apprẽd que long temps apres
les femmes de Chio firent vn autre
acte qui n’a cedé de rien, en vertu
C La Forest à celuy là lors que Philippus fils de
Demetrïus tenant leur ville aſſie-
gée fit proclamer vn mandemẽt par
ſes heraus & vn cry merueilleuſe-
ment hautain & barbare. Que les
eſclaues de la ville ſe rebellaſſent
contre leurs maiſtres & ſe vinſſent
rendre à luy & qu’il leur donneroit
liberté & ſi leur feroit eſpouſer à
chaſcun leurs maiſtreſſes femmes
de leurs maiſtres. Que firent la deſ-
ſus les femmes! Elles montent ſur les
murailles de la ville , & y porterent
des pierres & des traits en priãt leurs
hommes qui combattoient, d’auoir
bon courage, & les admoneſtans de
ne ſe laſſer point de faire bien leur
deuoir: Si bien qu’en faiſant de faict
& de parole ce qu’elles pouuoyent
pour repouſſer l’ennemy, à la fin el-
les contraignirent Philippus de ſe
leuer de deuant la ville ſans rien fai-
re. Telles conſiderations auec d’au-
tres me font croire que les femmes
à Chios tiennent le haut bout &
que les bons Chios tout doucemẽt
trainẽt le Balay. Pour cela ne laiſsẽt
ils maintesfois a auoir la puce à l’au-
26Nvptiale. Chiots
ialoux.
reille & à tous coups les trouués
frappez du mal de ialouſie, tellemẽt
craignent ils que la mer Ionique ſoit
transformee en Ægee, & que mal-
gré eux on les fit charger cornes. Ce
la fait que le plus ſouuent elles ſont
mal menees d’autant que comme
elles ont le cœur haut , elles dedai-
gnent le commandément de leurs
barons,ſur tout quand il tend à bri-
der ce qu’elles veulent eſtre remis à
la diſcretion de leur bail, garde &
gouuernement. Les pauures filles
meſmes, ſont tenuës fort ſubietes &
n’oſeroyent clinotter la veuë ſur vn
perſonnage quoy qu’elles luy fuſ-
ſent fort affectiõnees. Toutesfois le
braiſier qu’elles portẽt au dedãs d’el
les fait de telles & ſi eſtrãges opera-
tions , qu’à tout coup on n’entend
que d’embraſemens ou embraſſe-
mens faits par ſurpriſe volontaire
pour raiſon des deux acouplez,mais
inopinees & contre gré à ceux qui
ont ſi grand peur que la breſche ſoit
enfoncee. Ie me ſouuiens auoir leu
en vn diſcours Italien dreſſé tou-
C ij La Forest chant l’Iſle de Chio qu’a la racine
du mont Pethodes(lequel les Latins
nomment du nõ d’anciẽne aſſiette)
vo9 auez vne riuiere qui fait moudre
pluſieurs moulins : Au long duquel
on voit vne tour anciẽne garnie de
treſ-eſpeſſes murailles , laquelle on
nõme Tiſichoris opirgos, qui eſt à dire la
tour de la fille. D’icelle ceux du pays
racõtẽt choſes nõ pareilles:entre au-
tres qu’autres fois il y eut vn Roy a
Chio, lequel faiſoit eſtat de faire vn
voiage loingtain, auquel il ne pou-
uoit mener ſa fille vnique dont il e-
ſtoit en merueilleux eſmoy , car ſi
toſt qu’il l’auoit perdu de veuë il ſe
faiſoit entendre qu’il y auoit quel-
cun aupres d’elle à crocheter ſa ſer-
rure. De fait ſa beauté eſtoit biẽ tel-
le qu’elle ne pouuoit moins qu’elle
ne dõnaſt vifue impreſſiõ à ceux qui
euſſent eſté les plus refroidis,de l’ai-
mer. Ce pauure pere, pour ſceller
& cadenacer ce qu’il tenoit ſi tres-
tant cher & pretieux en ſa fille , fit
baſtir ceſte forte tour dans laquelle
il la confina iuſques à ſon retour.
27Nvptiale. Faloit bien que la ialouſie transpor-
ta bien ce pere aſſotté, que de faire
languir ſi fort long temps ceſte pau-
ure fille. Mais quoy : c’eſt vn mal-
heur du pays, que , cõme les femel-
les ſont dangereuſes au poſſible de
la deſſerre, auſſi ceux qui ont inte-
reſt ou part à la medieté chargẽt in-
continant martel inteſte. L’habit &
Habit
& veſte-
ment de
Chios.
veſtement des Dames de Chios eſt
tel. Celles qui ſont mariees portent
en la teſte vne coiffure faite en for-
me de Pyramide. Et entortillee au
bout de la pointe,auec diuerſes en-
trelaſſeures de rubans de taffetas ou
autre telle ou plus pretieuſe eſtoffe,
attiffez de telle ſorte qu’ils font vne
couronne. Elles couurent leur vi-
ſage d’vn voile,faict de la plus fine
& ſubtile toile, qu’elles peuuent
trouuer. le port de leur teſte eſt gra-
ue autant que faire ſe peut. Leurs
robbes ne ſont gueres longues tout
expres, à celle fin qu’elles puiſſent
faire monſtre de leurs iambes bien
chauſſees & qu’elles ſont tirees &
guindees proprement , des eſcar-
C iij La Forest pins blancs, dechiquetez & popins
de tout ce qui ſe peut deſirer. Les
robbes ſont de couleurs, & n’y a
que les vefues qui chargent le noir.
Elles ſont bandées de velours fort
large, leur deuantier d’vne toile
fort deliée empeſée & enrichie du
plus exquis ouurage qui ſe peut a-
uoir. Sur leurs coiffures elles portẽt
des perles groſſes , leur col eſt enri-
chyde pluſieurs belles chaines d’or.
Les filles & femmes non mariees
au lieu de ce portent des ſcofions
tiſſus & elabourés d’or & de ſoye,
auec infinis fleurs par la teſte: les
vefues comme i’ay defia touché cy
deſſus, portent le noir & couurent
leur teſte d’vn gros voile de toile
cruë. La celles qui portent le dueil
de leur pere , mere, & parens , ſont
parées de blancs , mais leurs rob-
bes ſont comme les manteaux des
nonnains Grecques. Ie ne veux
pas icy particulariſer toutes les
ſingularitez qui s'obſeruent aux
nopçages de Chios , d’autant que
ce ne ſeroit que redire ce que
28Nvptiale. deſia i’ay icy propoſé touchant les
ceremonies Latines, Grecques, &
Turques attendu que dans Chios
il y a exercice de diuerſitez de reli-
gions. Suffira de remarquer que
les filles le iour de leurs nopces, au
lieu qu’en France les eſpouſees
ont accouſtumé marcher en poil,
pendent certains filets fort deliés
d’or ou d’argent, comme lõgs che-
ueux , iuſques a leur ceinture. Et
en tel equipage ſont conduites au
mouſtier par la meilleure compa-
gnie de Dames que faire ſe peut. Au
retour du ſeruice on rameine l’eſ-
pouſee au logis , là où toutes ſortes
de bonne chere ſont practiquées ,
pour teſmoignage de reſiouyſſan-
ce. La bonne maluoiſie eſt alors
reſueillee d’vne fort gentile façon,
ſi bien qu’ils ſe monſtrent vrays &
legitimes heritiers de ceux qui par
leur bien boire ont donné lieu au
mot de greciſer. Icy ie ne veux
oublier que ie treuue qu’en ceſte
Iſle autresfois y a eu vne loy contre
les vefues laquelle on appelloit Ar-
C iiij La Forest Ancien-
ne loy de
Chios
contre
les vef-
ues.
gomuniatico par laquelle eſtoit por
té que tons ceux qui ſe plairoiẽt trop
au vefuage & ne penſeroiẽt à ſe re-
marier paieroient pendant le temps
qu’ils demeureroiẽt en tel eſtat vne
certaine ſomme de deniers, laquelle
ils ceſſoyent de foncer lors qu’ils
venoient à ſe remarier. Cela me fait
ſouuenir des peines, qu’autres-fois
ont eſté impoſées ſous la charge de
viduité, qui ſont de ſi peu de valeur,
qu’encores que la viduité ſoit gran-
dement à priſer , par-ce qu’elle ne
s’eſloigne aucunement de la pudi-
cité,toutesfois elle eſt peu vtile à la
Republique & par tãt telle rigueur a
eſté fauſſee. Peut eſtre que de la les
Romains ont puiſé l’honneur lequel
ils faiſoient à leur pudicité matro-
nale à laquelle dans Rome y auoiẽt
deux chappelles conſacrées l’vne
pour les Dames patriciennes & l’au-
tre depuis dediée par Virginie Pa-
tricienne
, mais mariee à L. Volum-
ne Conſul. plebeien
pour les plebe-
iennes eſquelles n’eſtoit permis a
aucunes femmes de ſacrifier , ſinon
29Nvptiale. qu’elles fuſſent d’vne extreme cha-
ſteté & n’euſſent eſté mariees qu’à
vn ſeul mary.

Les Turcs.
Chap. VI.

A Cauſe de l’impieté de Maho-
met
, i’auois deliberé de cou-
ler les mariages des turcs,mais puis
que tãt d’habiles hommes ont paſ-
ſé leur burin ſur ce ſubject , m’a
ſemblé que ie ne pouuois , sãs oſter
le luſtre de mes bigareures, paſſer
par oubly ou meſpris ce qui appar-
tient au mariage des Turcs. Or
pour autant que le ſubject eſt fort
ample & ſpacieux, ie ſeray cõtraint
premieremẽt propoſer ce que Ma-
homet
par ces Azoar, a eſtably tou-
chant les mariages : en apres dedui-
re quel ordre ſes ſuppoſts tiennent
à leurs nopçes , auec quelles cere-
monies ils y entrent, & finalement
deſcouurir les aduenuës & iſſuës
Ordon-
nãces de
Maho-
met
pour
les maria-
ges.
des mariages des Turcs. Au hui-
ctieſme Azoar de ſon Alcoran il li-
mite le nombre de eſpouſees , que
ſes ſectareurs peuuent auoir à ſça-
C v La Forest uoir trois ou quatre , ſelon le mo-
yen qu’ils auront de les entretenir:
Pluralité
de fem-
mes.
mais quant à luy,ayãt faict vne loy
pour ſoy-meſmes , il ſe donna per-
miſſion de ſe marier auec autant de
femmes qu’il luy plairoit en auoir,
meſmes on trouue qu’il ſe maria à
quinze femmes tout à la fois:fal-
loit que ce fuſt vn terrible bouc &
qui ne deuſt rien à Hercules, lequel
en vne nuict ſeule depucela les fil-
les de Theſpius , qui eſtoyent en
nombre de cinquãte, dont il en eut
autant d’ẽfans. Deuinez s’il n’y a -a
uoit pas bien de l’ancre au cornet,
& s’il n’eſt pas à preſumer qu’il eut
de l’herbe ou racine , dont Theo-
phraſte
fait mention , laquelle ſe
trouuoit en Scythie , ſuffiſante
pour faire paſſer ſoixante dix car-
rieres,ainſi qu’auoit fait vn Indien,
que ramentoit Theophraſte : Flauie
Vopiſque
raconte bien que Procule
Empereur Romain, ſe vantoit d’a-
uoir engroſſé, en quinze iours, cent
vierges de Sarmatie, qui auoiẽt eſté
faites priſonnieres à la guerre:mais
30Nvptiale. cela n’eſtoit pour continuer le meſ-
me train, ainſi que Mahemet , &
ceux qui ſe plaiſent à ceſte pluralité
de femmes. Si ie trouuois qu’eux
tous tinſſent la reigle de noz ſauua-
ges, qui ne touchent iamais à leurs
femmes pendant leur groſſeſſe , ie
dirois, que les Turcs, pour ſe couper
voye à paillardiſe, adultere, inceſte,
& au peché contre nature ( duquel
ils ſont horriblement entaché) ſe li-
centieroyent à vn ſi démeſuré nom-
bre de femmes. Toutesfois encores
qu’ils ne ſe reſtraignent à vne telle
abſtinẽce, ſi ne laiſſent-ils a ſe veau-
trer parmy leurs eſſains de femmes.
Aſçauoir
s’il de-
uroit
eſtre plu-
ſtoſt per-
mis aux
femmes
auoir plu-
ſieurs ma
rys, qu’-
aux hom-
mes plu-
ſieurs
femmes.
Autres-fois ie me ſuis eſbahy pour-
quoy le plus ſouuẽt on faiſoit voye
à la Poligamie pour les maſles que
pour les femmes : car encores que la
choſe de ſoy-meſmes ſoit du tout
des-honneſte & déraiſonnable , ſi
faut-il qu’elle ſoit maſquée de quel-
que telle quelle apparence de rai-
ſon, qui (à mon aduis) ſembloit mã-
quer en ceſt endroict , attendu que
nature nous apprend, & l’experien-
C vj La Forest ce meſmes le faict veoir aux plus
meſcreãs, qu’vne femme laſſera plu-
ſieurs maſles, dont (à fin que ie n’of-
fenſe pluſieurs, en France, Italie, Eſ-
paigne, Angleterre, & ailleurs , qui
ne ſe meſlans que trop du meſtier,
ne veulent eſtre nommez, ne dõne
que trop de preuue. Meſſaline, la
prodigieuſe luxure de laquelle eſt
decrire par Iuuenal. En apres Salo-
mon
dit aux prouerbes chapitre 30,
qu’il y a trois choſes, qui ne ſe ſaou-
lent point , meſmes les quatres ne
dient point c’eſt aſſez , à ſçauoir le
gouffre, la matrice de la femme ſte-
rile, la terre, qui n’eſt point raſſaſiée
d’eau, & le feu qui ne dit point c’eſt
aſſez. Cela eſt bien veritable : mais
les ſuppoſts Poligamiques, pour
leurs deffences alleguẽt que le ma-
ry, à l’endroict des femmes, eſt cõ-
me le coq,pour l’eſgard des poules:
en outre, employent le cas que Ni-
colas Boyer
, en ſa deciſion , 17. du
Parlement de Bordeaux, recite , qui
eſt autant prodigieux, comme il eſt
peu croyable, d’vn homme de Cata-
31Nvptiale. loigne
, qui eſtoit ſi puiſſant en l’acte
venerien, qu’il l’accompliſſoit auec
ſa femme, dix fois par chacun iour:
dequoy elle s’alla plaindre à la Roy
ne d’Arragon 31,laquelle , ayant faict
appeller le mary, qui confeſſa le cas
eſtre vray, luy commanda de ne co-
gnoiſtre ſa femme, à l’aduenir, plus
que de ſix fois le iour, à peine de la
vie, à fin qu’elle n’encourut danger
de mort, par la continuation de tant
d’embraſſemẽs , en peu de temps ſi
ſouuẽt reiterez. Quelqu’vn eſtime-
ra que ie me ſuis extrauagué ſans rai-
ſon & hors de propos, attendu qu’il
ſe treuue qu’il y en a qui paſſent biẽ
les quinze femmes:pource faut ſça-
uoir qu’outre ces quatre femmes,
les Turcs peuuent auoir des trou-
peaux d’eſclaues, auec leſquelles ils
ſe meſlent indifferément, ſans auoir
eſgard, ſi elles ſont Iuifues, ou Chre-
ſtiennes, ou idolatres , & les enfans
qui en ſortent, ſont auſſi bien legiti-
mes que ceux de celle qui eſt mere
de famille : voire qu’aucuns tiennẽt
qu’elle eſt faicte libre. Ce qui leur
La Forest fut permis du viuãt meſmes de Ma-
hemet
: lequel ayant pluſieurs fem-
mes, qui s’eſtoiẽt laiſſees emplaſtrer
de ſa loy, receut preſens du Roy des
Iacobites
, entre autres , d’vne fort
belle eſclaue, pucelle Iuifue , de la-
quelle Mahemet s’enamoura extre-
mement , & ne peut dompter ſes
paſſions autrement qu’il ne la co-
gneut. Ses femmes s’en eſtans ap-
perceuës , n’arreſterent à charger
martel in teſte ,ſi luy feirent enten-
dre (tant eſtoient-elles ſcrupuleuſes
où pluſtoſt ialouſes ) que s’il conti-
nuoit à faire tels coups , qu’elles e-
ſtoyent deliberées de le quitter , &
trouuer moyen de ſe ſeparer de luy.
Si fut faict, il fut dict , car cõme Ma-
hemet
pour toutes ces remonſtran-
ces ne daigna faire trefue ,deux de
ſes femmes ſe ſentirent tellement
outrées,que de deſpit elles placque
rent là Mahemet : de meſmes qu’au-
iourd’huy celles de Quicama qui a-
uoiſinent la prouince de Ceuoli , à
preſent dicte Grenade : là les hõmes
n’ont veritablemẽt qu’vne femme,
32Nvptiale. laquelle ils repudient quand bon
leur ſemble : & les femmes auſſi laiſ-
ſent leurs marys , ſi toſt qu’elles dé-
couurent, qu’ils s’accoſtẽt d’autres.
Ceſte ſeparation donna bien de la
peine à Mahemet, car ces deux fem
mes commencerent à publier la vie
de ce pauure Mahemet, le vous de-
lauent de telle ſorte, qu’il ſembloit,
qu’il eut perdu le credit. A dire la
verité, il eſtoit bien en brãſle de fai-
re le ſoubre-ſaut, & eut paſſé le pas,
s’il ne ſe fut aduiſé d’adiouſter vn
chapitre à ſon Alcoran , faiſant loy
nouuelle, pour ſes ſuppoſts, ſçauoir,
qu’il fut permis à tous ceux, qui tiẽ-
droyent ſon party , ſe meſler tout
ainſi auec leurs eſclaues femelles,
cõme auec leurs propres femmes:
laquelle loy il meit au commence-
ment du quatrieſme liure de ſon Al-
coran, lequel encores pour le iour-
d’huy, a nom le chapitre de la def-
fenſe. Mahemet, au meſme chapi-
Inceſte
prohibé
entré les
Turcs.
tre , deffend d’eſpouſer celles de
ſon ſang , telles que ſont les meres,
filles, ſœurs, tãtes, & niepces , ſoit du
La Forest coſté du pere, où venant de la part
de leurs filles , ayans touché leurs
femmes, leurs nourrices, & la mere,
les meres des femmes qu’ils eſpou-
ſoyent , & leurs ſœurs de laict , les
belles ſœurs , & encores ne leur
eſtoit loiſible d'eſpouſer les deux
ſœurs, quoy que Mahemet n’en ait
pas tant fait le renchery. Le neufieſ-
me Azoar eſt , ſur le poinct de l’a-
chapt des femmes : car les Maheme-
tans
, faut qu’ils dotent leurs eſpou-
ſes , & non pas qu’elles leur appor-
tent rien que leurs corps en maria-
ge : defend qu’ils n’en eſpouſent
point qui ſoyent paillardes, ains bel-
les, bonnes, chaſtes, & genereuſes:
& les pauures, qui n’auront moyen
d’en choiſir de telles , qu’ils ſe con-
tantent de prendre des eſclaues, cõ-
uerties à l’Alcoraniſme : & ſi ces eſ-
claues s’oublient, iuſques à faire tort
à leurs marys, il veut qu’elles ſoyent
punies à moitié prés,auſſi rigoureu-
ſement que les Dames, qui ſont de
bon lieu, luy ſemblant aduis que les
eſclaues ne meritoyent tant de pu-
33Nvptiale. nition que les autres. Ordonne que
les hommes ayent commandement
ſur les femmes, & que celles ſoyent
punies , leſquelles s’emancipent de
l’obeyſſance, qu’elles doiuẽt à leurs
eſpoux. Du reſte de l’Alcoran ie ne
veux plus adiouſter que les paroles,
qui ſont addreſſées à Mahemet , en
ſon Alcorã, par ce qu’elles font foy
de la continence de ce bouc , & de
ſa modeſtie, & ſont telles. A toy ſeul
(ô Prophete ) eſt permis de te ioin-
dre & accoupler auec toutes fem-
mes, auſquelles tu auras dõné quel-
que choſe, ou qui te ſeront ſujettes,
pour les auoir achetees : & encores
à tes couſines , filles des ſœurs de
ton pere, où de ta mere, & à toutes
les honneſtes femmes, qui de gré à
gré voudront conſentir à te faire
plaiſir, car ie penſe, que tu ſois aſſez
informé comme eſt-ce que toy , &
les bons, ſe doiuẽt gouuerner à l’en-
droit de vos femmes , & de celles
qui ſont ſous voſtre puiſſance. Chaſ-
ſe celles que tu voudras , & appelle
celles qui plus t’agreeront, car elles
La Forest doiuent ſe gouuerner ſelon que [...]
leur comãderas. Quant aux vefues
& punition des crimes bandez alẽ-
contre du mariage, nous verrons ce
qui en eſt, apres qu’aurons veu cõ-
Commẽt
le Turc
courtiſe
ſa mignõ
ne.
ment c’eſt que les Turcs courtiſent,
& ſe comportent en leurs mariages.
Le Turc quant il veut faire entẽdre
à quelque Dame le deſir qu’il a d’e-
ſtre ſon ſeruiteur, il fait tant qu’il ſe
trouue en lieu, où de loing il la peut
veoir. Les femmes de Turquie ſe
tiennent communémẽt ſur les mai-
ſons, qui ſont couuertes en terraſſes.
De parler à elles , eſt fort mal-aiſé,
par ce qu’allans par la ville elles ont
le viſage couuert , ainſi qu’il leur eſt
expreſſemẽt enioinct, par le trente-
quatrieſme Azoar, ſi ce n’eſt qu’elles
parlent à leurs marys , ou parens, &
autres , leſquels on ne peut point
ſouſpeçonner. Toutesfois, de loing
on peut en auoir la veuë. Parquoy
le Turc , ayant apperçeu celle, la-
quelle il affectiõne, il hauſſe ſa teſte,
& met la main à la gorge, ſe pinçant
la peau du goſier, en l’eſtendant vn
34Nvptiale. peu, luy donnant à entendre par tel-
le ſimagrée, qu’il eſt ſon eſclaue en-
chaiſné, & luy eſt ſeruiteur, d’extre-
me ſeruitude. Si la Dame ſe tient à
recoy, ou qu’elle baiſe la main, il en
prend bonne eſperance. Les maria-
ges de ceſte nation , ſont fort eſtrã-
ges, deſquels Hyorgenits parle ainſi.
Maniere
des maria
ges entre
les turcs.
Le mariage en leur langue, s’appelle
Eulenmech, & ſe fait en ceſte manie-
re. Ils ſe fiancent ſans nul ſerment,
& le mary les prend (cõme i’ay deſia
dit) ſans dot quelconque , ains , qui
pis eſt, il faut, que preſqu’il achepte
celle, qu’il veut eſpouſer , de ſorte
que la mariée n’a rien, que le marié
ne ſoit contrainct d’achepter , de
ſon beau-pere, & pource le diuorce
Diuorce
entre les
Turcs.
leur eſt fort aiſément permis , où
pour l’eſgard des mœurs , ou pour
eſtre la femme ſterile: c’eſt au Cady 32
à cognoiſtre de cecy, deuant lequel
le mary fait venir les parens de ſa
femme, pour luy donner reprimen-
de. Ils ſouffrent que leurs eſclaues
ſe mariẽt,mais les enfans qui en ſor-
tẽt, ſont du reuenu, & proye de leur
La Forest maiſtre. C’eſt vn grand cas(dit San-
ſonin
33) que le grand Turc ne ſe ſou-
cie d’eſpouſer la fille de quelque
grand Roy ou Prince, comme auſſi
il ne fait difficulté de donner ſes fil-
les à quelqu’vn, qui ſoit de race illu-
ſtre , & ſang remarqué , de quelque
nobleſſe : veu que Ruſtan Baſſa eſ-
pouſa la fille vnique de Sultan So-
liman
encor qu’il fut de bas lieu,
ayãt ſes parens elimann la Boſſine , qui la-
bouroyent ordinairement la terre
& a Lutfi, eſtant ſorty de ſang vil [...]
donna ſa propre ſœur. Il eſt vray
qu’il les ennobliſt, & leur donne til-
tres de Baſſa, comme à ce Lutfi, qu’il
fit Vuiſir Baſſa,c’eſt à dire, premier
& grand Baſſa, & celuy qui a les
ſceaux, & tient le plus haut rang à la
Porte. Le Seigneur a pluſieurs ſe-
rails en diuers lieux , où il met cel-
les des eſclaues , qu’on luy donne
de preſent, qui luy ſont le plus à gré
& s’il luy vient en fantaiſie, il les fait
Sultanes, & puis s’en-amourãt d’v-
ne autre, il quitte la premiere , ſans
vſer d’aucune ceremonie, en ce ſien[...]
35Mvptiale. [...]opçage. Bien eſt vray, que le Roy
& les Seigneurs, donnent vn breuet
entre les mains du Cady 34, dedans le-
quel eſt contenu le doüaire , qu’ils
donnent à leurs femmes. Là où en-
tre les petits, dés incontinent qu’ils
ſont d’accord, de ce que le mary dõ-
ne a la femme, à ſçauoir du doüaire,
qu’ils appellent Chebin, il l’a conduit
à ſa maiſon, ſans autre ceremonie: Si
le logis ne plaiſt à la femme , il luy
eſt loiſible de chercher vn autre ma-
ry , ſans qu’elle puiſſe emporter ſon
doüaire, ſi ce n’eſt qu’elle peut prou
uer, que le mary euſt voulu abuſer
d’elle cõtre nature , ou qu’il ait por-
té du vin en la maiſon , duquel la
En Tur-
quie, vn
Turc
peut eſ-
pouſer v-
ne Chre-
ſtienne :
mais le
Chre-
ſtien ne
peut eſ-
pouſer v-
ne Tur-
que.
femme en ait peu boire. Il eſt per-
mis au Turc d’eſpouſer vne Chre-
ſtienne, & la laiſſer viure (l’ayãs ain-
ſi arreſté en leur accord) en liberté
de conſcience, & ſelon la loy Chre
ſtienne , là où l’homme Chreſtien
ne peut eſpouſer vne Turque , ſans
ſe circoncir , autrement on luy fe-
roit perdre la vie: comme auſſi n’eſt
permis aux Chreſtiens de tenir vne
La Forest cõcubine Chreſtiẽne, ny autre, ains
les cõtrainct-on les eſpouſer, auec
doüaire, & fut ce leur propre eſcla-
ue. Lors que les Turcs prenẽt fem-
me ils ne font point autre feſte de
nopçes, fors qu’ils ballent en leurs
maiſons, les hõmes chãtãs d’vn cõ-
ſté & les femmes d’vn autre, come
auſſi ils mangent ſeparez les hõmes
d'auec les femmes. L'eſpouſé faict
quelque petit preſent à ſon eſpouſe,
& elle sẽblablemẽt, & y ſonne-on
d’vne fleute, auec vn petit tabourin,
sãs autre muſique. Icy ie ne me veux
amuſer à deuider la difficulté qui ſe
preſente ſur ce que nous auõs dict
que les Turcs peuuẽt eſpouſer trois
ou quatre femmes attẽdu que Guil-
laume Poſtel
, en ſa Republique des
Turcs ſouſtiẽt, qu’outre les eſclaues
ils n’ont qu’vne femme en chacun
lieu, & ainſi marchãs par beaucoup
de pays, ils en auront pluſieurs , s’ils
ne vouloyent faire comme les Ara-
bes, qui tranſ-marchẽt auec eux par
tout où ils vont, voire en la guerre,
leurs fẽmes. Il vaut mieux que nous
36Nvptiale. remariõs les vefues, & celles qui sõt
Maria-
ges des
repudiees.
rejettees. Quant aux repudiees, l’A-
zoar
troiſieſme y eſt formel, où Ma-
hemet
ne veut que les repudiees ſe
remariẽt que quatre moys apres le
[...]epude & diuorce, ſi ce n’eſt que les
marys le leur permettẽt : & que les
autres delaiſſées, ne ſe mariẽt, qu’el-
les n’ayent eſté gueries trois fois de
leurs mẽſtrues. Ne veut qu’on leur
oſte rien de ce qu'on leur aura dõné
aux nopçes: & ſi les femmes taſchẽt
de s'enfuir, que les marys les r'acha-
ptẽt, mais nõ pour les mal traicter,
à fin qu’ils n’écourẽt l’ire diuin : def-
fend d’vſer de violẽce, & d’eſpou-
ſer vne femme contre ſon gré. Fait
expreſſes inhibitiõs aux vefues, de ſe
marier que quatre moys dix iours a-
pres le treſpas de leur eſpoux, durãt
lequel temps elles ayent moyen de
ſe pouuoir parer & attiffer , ſans
que ceux , qui les amourachent
leur parlent n'y facent aucun ſi-
gne de les vouloir , iuſques à tant
que leur temps & terme prefix
de quatre moys dix iours ſoit
La Forest eſcoulé: les ayant eſpouſé il deffend
qu’on ne les contraigne point de ſe
tenir enfermées tout le lõg de l’an-
née (car il faut, que ſelon la couſtu-
me, elles ſoient autant recluſes veu
qu’autrement Dieu prendroit leur
querele) & que le mary repudiant
ſa femme luy rende la moitié de ſon
Touchãt
les ſuc-
ceſsions
entre les
enfans
Turcs.
doüaire afin de n’oublier l’alliance,
qui auoit eſté entr’eux deux iuree. la
loy de leur hoiries eſt au huitieſme
Azoar, ou il veut, que les fils & filles
partiſſent les biens de leurs peres,
par l’aduis & conſeil de leurs parẽs,
& que ce ne ſoit sãs diſtribuer quel-
que choſe aux pauures. Les deux fil-
les au partage egalent vn fils, & s’il
y en a trois le fils aura les deux parts
& les filles la troiſieſme, mais n’y ay-
ant point de fils lors les pl9 proches
parens partiſſans enſemble laiſſerõt
vne ſixieſme partie à la mere du de-
ffunct. Et pour monſtrer ſa gratieu-
ſeté alendroit des femmes il veut,
Punition
des fem-
mes adul
teres.
que celle, qui ſera accuſée d’adulte-
re ſoit conuaincuë pour telle par
quatre femmes & attainte du cri-
me 37Nvptiale. crime, qu’elle ſoit encloſe en ſa mai-
ſon, iuſqu’à ce que Dieu luy mon-
ſtre ſa voye , ou qu’elle paſſe de ce
monde, & que ceux qui l’accoſerõt
ſoyent punis ſeurement. Bien eſt
vray, qu’il adiouſte , que s’ils y vont
ignorammẽt , & non penſans auoir
ce rencontre , & que ſoudain apres
auoir faict, ils ſe retirent, il dict, qu’il
leur faut pardonner, veu que Dieu
ſouffre les offenſes legeres. Voyez
l’occaſion , que ce paillard offre de
paillarder, à chacũ, ſous couleur d’i-
gnorance, & l’excuſe qu’il donne à
ceux, qui ſont diligens à la beſoigne,
& ſe depeſchent toſt , & s’en vont
ayant fait leur coup. Deffend de ra-
uir, violer, & deceuoir les femmes.
En charge que les meres alaitent &
nourriſſent leurs enfans, l’eſpace de
deux ans, auſquelles faut que les pe-
res, ou autres, ayans le bien d’iceluy
donnent & fourniſſent toutes cho-
ſes neceſſaires , & pour la vie, &
pour le veſtement , bien leur per-
met-il d’auoir des nourrices, ſi elles
ne peuuent nourrir leur lignée. Ie
D La Forest ne deduiray point icy cõme les en-
fans ſont nourris en Turquie , puis
que Pierre Belon, au chapit. vnzieſ-
me du troiſieſme liure de ſes ſingu-
laritez , a aſſez au long eſclairci ce
poinct : cõme auſſi ie ne chargeray
point ce diſcours de ceremonies
qu’ils obſeruent en leurs obſeques,
au lieu de ce , ie n’ay qu’à adiouſter
ce mot pour aduertir le liſeur, qu’il
n’y a pas ſi grand lignage de paren-
té en Turquie, qu’en Europe, & qu’il
ne ſoit vray , les Turcs n’ont point
de ſurnom , qu’on puiſſe aduoüer
venir d’ancienneté , & par conſe-
quent, n’ont aucun tiltre de maiſon
& famille ancienne. Les femmes
Turques ſont belles par ſingulari-
té, & nettes comme perles. Elles ne
portent poil en aucune partie du
corps , fors leur cheuelure : ſous les
Depila-
toire des
Turques
aiſſelles, & celuy qu’vn certain per-
ſonnage nõme amatoire, ou amou-
reux, ils le font tõber, par le moyen
d’vn depilatoire , qu’ils appellent
Ruſina , ainſi que le meſmes Belon
deſcrit, au trente-troiſieſme Chapi-
38Nvptiale. tre d’iceluy liure , qui eſt vn metail
duquel faut qu’on employe grande
Punition
de l’hom
me adul-
tere.
quantité , puis que Belõ couche par
eſtat dix-huict mil ducats, de dace
que le Turc en retire. Icy ne faut
oublier que les adulteres ſont punis
aſſez rigoureuſement en Turquie,
de faict, en l’Azoar trente-quatrieſ-
me, la peine de l’adultere eſt propo-
ſee de cent coups de verges ou de
baſton, deuant tout le monde , à fin
que la honte & reproche le facent
retirer de ſa vilainie:auec inhibitiõs
& defenſes , faictes à vn chacun de
n’auoir pitié & compaſſiõ de celuy,
qui ſera iuſticié en ceſte ſorte. Et
pour la punition des calomniateurs
conuaincus d’auoir à tort accuſé
quelque femme d’hõneur, d’adul-
tere, il ordõne quatre-vingt coups,
s’ils ne ſe veulent deſdire , & repen-
tir:& ne veut que le mary meſmes,
accuſant ſa femme, ſoit creu, à ſa ſim-
ple parole, ains faut que quatre fois
liure , & que la cinquieſme il ſe
maudiſſe , s’il dit menſonge & les
femmes, pour s’exempter & garen-
D ij La Forest tir du ſupplice , ſont receuës quatre
fois à ſerment, dementans ceux qui
les ont accuſé, & la cinquieſme fois
elles doiuent prier Dieu qu’il les cõ-
fonde , ſi ce qu’on leur impoſe eſt
veritable. Les adulteres de Cefala
ne paſſent point à ſi bõ marché : car
là il ſuffit, pour faire condamner vn
homme, pour le faict d’adultere, de
le veoir aſſis ſur le lict, ou nacte où
s’aſſeera la femme d’vn autre, & faut
que l’homme & la femme meurent
enſemble, ſans eſpoir quel cõque de
grace ou de remiſſion. Ancienne-
ment les Atheniens excõmunioyẽt
l’adultere, auec note d’infamie, ainſi
que nous liſons aux plaidoyers de
Demoſthene : qui ſemble choſe ri-
dicule , attendu que l’infamie ne
peut oſter l’honneur à celle, qui l[...]
perdu, & qui eſt du tout deshontée
tellemẽt qu’elle demeure quaſi ſans
peine, d’vn crime que la loy de dieu
punit de la plus rigoureuſe mo[...]
qui fut lors , c’eſt à ſçauoir, de lapi-
dation , & que du moins les Ægyp-
tiens ( comme nous apprend Dio-
39Nvptiale. dore le Siciliẽ) puniſſoyent en cou-
pant le nés à les femme, & les parties
honteuſes à l’homme. En Alemai-
gne, s’il y auoit quelque femme cõ-
uaincuë d’adultere, les cheueux luy
eſtoyent coupés, ſon mary apres l’a-
uoir chaſſée, hors de ſa maiſon , l’a
menoit toute nuë deuant ſes pro-
chains parẽs, & la fouëttoit par tout
le village, & ſi on auoit vne fois pro-
ſtitué ſa pudicité , il n’en falloit at-
tendre aucune miſericorde ne ny par-
dõ, car il ny auoit ny aage, ny beau-
té,ny richeſſes, qui ſceuſſent appai-
ſer le mary, ny faire r’entrer la fem-
me corrompuë en mariage. C’eſt
choſe gaillarde,de ce qu’on racom-
pte de l’adultere , entre les Turcs,
pour la punition, qui eſt diuerſe, ſe-
lon la diuerſité des religions. C’eſt
vne couſtume entre eux , que tous
Chreſtiens, ſoyent Grecs, Latins, ou
autres, peuuent nourrir , pour leur
ſeruice , outre leurs femmes & en-
fans, des ſeruans & ſeruantes, quoy
que d’eſtrange religion,mais s’il y a
accouplement , la perte de la vie y
D iij La Forest pend, où faut que la bourſe ſouffre
vne terrible phlebotomie , ou le
Chreſtiẽ eſt cõtrainct ſe faire Turc.
I’ay leu d’vn Seigneur Venitien, qui
pour s’eſtre accroché à vne ieune
femme Turcque , outre les preſens
qu’il fallut ietter en la gueule des
Cadis 35, & officiers du Turc, fut con-
damné à faire l’vne des tours mo-
dernes, de Tripoly , qui luy couſta
plus de quarante mil ducats. Au cõ-
traire, ſi quelque Turc eſt ſurpris en
adultere auec vne Chreſtienne,
pour punition, on le conduit ſur vn
aſne, monté à rebours , le contrai-
gnant quelquesfois tenir de ſa main
la queuë de ceſte gẽtile beſte pour
luy faire plus grande infamie , en
luy faire plus grande infamie, en
luy mettant ſur ſon chef quelques
tripailles de bœuf ou de mouton.
Que ſi vn Chreſtiẽ accuſe vn Turc,
de s’eſtre accointé d’vne Chreſtien-
ne, s’il ne peut le prouuer, il eſt con-
damné à cent baſtonnades , au lieu
que celuy qui accuſe le Chreſtien
n’eſt iamais puny.
40Nvptiale.

Les Thraciens.
Chap. VII.

S’Il y a eu ſoubs la chappe du ciel
nation barbare, cruelle & farou-
che, celle des Thraciens merite d’ẽ-
porter le prix , ainſi qu’il me ſeroit
bien ayſé verifier, ſi ie vouloye e-
ſtaler icy leurs mœurs , façons &
manieres de viure. Pour preuue ie
ne daignerois ſortir hors du chãp,
où le deſſein que i’ay prins en ceſte
œuure me retient. Strabon au li-
ure ſeptieſme de ſa Geographie r’ap-
porte qu’aucuns tiennent qu’en
Ctiſtes
& Auies
ſe paſ-
ſoient de
femmes
Thrace il y a vne ſorte de gens, qui
viuent ſans compaignie quelcon-
que de femmes , & leſquels on ap-
pelle Ctiſtes , c’eſt à dire baſtiſſeurs,
& leſquels, pour les honorer, on e-
ſtime eſtre ſacrés & ne paient aucũ
tribut. Poſsidonius les appelloit A-
uies
, pour ce qu’ils ſe paſſoient de
l’accointance des femmes comme
s’il eut voulu teſmoigner qu’ils ne
D iiij
[Sceau de la Bibliothèque de l'Arsenal]
La Forest viuoient qu’à demy rampans ſoubs
la rigueur & ſequeſtre du cœlibat
de meſmes qu’on tenoit, que la mai-
ſon de Proteſilas n’eſtoit qu’à demy
parfaite, pour-autant qu’elle n’eſtoit
accompagnee d’vne fẽme & meſ-
nagere. Neantmoins Strabon ne
peut accorder, qu’entre les Thraces
ſe ſoient peu trouuer tels perſonna-
ges & ſi modeſtes & continens at-
tendu qu’ils eſtoient fort addonnés
aux femmes , comme ceux, qui, nõ
contens d’vne en eſpouſoient dix,
onze & douze, & celuy qui n’en a-
uoit que quatre ou cinq eſtoit repu-
té pour enerué , failly & du tout
miſerable, voire que celuy qui s’ab-
ſtenoit du tout des nopces , eſtoit,
comme deſ-naturé, digne de mort:
qui croira à Ceſar & à d’autres Hiſto-
riens, qui ont haut loüé la pudicité
& chaſteté des Scythes & autres
peuples Septentrionaux , la conti-
nence de ces Auies deura bien e-
ſtre receuë. Ie ſçay bien qu’il y en a
qui ont trãché iuſques là que de di-
re que les Scythes & Alemans ſe
41Nvptiale. trouuoient fort empeſchez d’vne
femme, voire qu’encores la pluſpart
d’eux vit en perpetuelle virginité.
Pour preuue de leur dire ils font
targue de ce qu’Henry ſecond Em-
pereur
, & Caſimir, premier Roy de
Poloigne & Lancelo , Roy de Bo-
heſme ne voulurent onques ſe ma-
rier: ce n’eſtoit pas par chaſteté mais
pluſtoſt par impuiſſance naturelle:
car meſmes Iean II. grand Duc de
Moſcouie auoit les femmes en ſi
grand’horreur qu’il s’eſuanouïſſoit
au ſeul regard des femmes, ainſi que
eſcrit le Baron d’Herbeſtein parlant
des Moſcouites , qui ne voyent ia-
mais (dit il) leurs femmes que le iour
des nopçes: mais à ſçauoir ſi vne a-
rondelle ſeule faict le printemps,
on pourroit dire & meſmes il y en
a, qui pour accrocher le cœlibat à
ces Auies dient, qu’ils ſe chaſtroient
en couppant les veines parotides
ſous les aureilles, cõme dit Hippo-
crate
, lequel, cherchant la cauſe de
ceſte impuiſſance, conclud, que ceſt
pour la froideur du ventre & pour
D v La Forest eſtre ordinairement à cheual. Si ce-
ſte recepte eſtoit ſi ſinguliere ie
ſçay pluſieurs a qui elle feroit bon
meſtier, & n’eut eſté mis en arriere
par les Thraciẽs pour faire phlebo-
tomier leurs Roys, à celle fin qu’ils
ne produiſiſſent aucune engeance,
d’autãt qu’entre eux vn perſonnage
auoit beau eſtre adroit , courtois &
courageux , que s’ils le ſçauoient
hoir pour luy ſucceder ils n’auoiẽt
garde de luy donner la charge du
Royaume , & s’il en engendroit a-
pres eſtre couronné ils ne failloient
de le depoſer & en mettre vn autre
en ſon lieu tant apprehendoient ils
que leur Royauté ne tomba en ſuc-
ceſſion. Ceux qui voudroiẽt refroi-
dir de telle ſorte les Thraces ie les
renuoye à Strabon, qui dict, que les
Dames Thraciennes eſtoient gran-
des enchantereſſes , & que par leur
art elles attiroient les hommes à les
aymer, & à diuerſes ſuperſtitions, &
par ainſi ne ſe pouuoient qu’ils s’ab-
ſtinſſent de celles qui auoyent telle
puiſſance ſur eux, & leſquelles es
42Nvptiale. contraignoient à ſuiure telles cere-
monies. Or ces Auies ne furẽt bap-
tiſés de ce nom pour ce qu’ils vi-
uoient ſans femmes & en cœlibat,
ains à cauſe qu’ils n’auoyent point
de maiſons, & que comme les Scy-
thes
, ils paſſoyent leur vie ſur des
chariots , qui leur ſeruoyent de do-
micile, comme s’ils euſſent eſté pri-
ués de la compagnie & du reſte des
hommes. Au reſte Solin au chapitre
quinzieſme approuuant ceſte opi-
nion de Strabon dit , que les Thra-
ciens
ſe glorifient d’eſpouſer plu-
ſieurs femmes, & penſent , que ce
leur ſoit vn grand honneur s’ils en
prennent grand nombre en maria-
ge d’auantage ils eſtoient peu ſoi-
gneux de la chaſteté de leurs filles,
leſquelles ils proſtituoient ou ſouf-
froient qu’elles s’accointaſſent de
qui bon leur ſembloit, mais eſtans
mariées on prenoit vn grãd eſgard
ſur elles, & fort enuy pouuoyent
ils endurer qu’on leur enroola auec
les confreres de la Lune 36. Ils n’auoiẽt
rien de leurs femmes, ains faloit que
D vj La Forest les acheptaſſent a grande ſomme
de deniers qu’ils faiſoient d’ærain:
& les ayant vne fois acheptees les
marquoyent d’vn fer chaud au frõt,
ce qui eſtoit pour vne marque de
nobleſſe, & celles qui ne l’eſtoient
point, eſtoient reputées pour viles,
abiectes, de peu d’effect, de ſang vil,
roturieres, & vilaines, leur ſemblant
bien aduis , qu’vn mariage , qui ſe
faiſoit pour de l’argẽt & des richeſ-
ſes, eſtoit ſeruil, & pource en l’Aſi-
naire
de Plaute on lit des vers de ce-
ſte ſubſtance.
I’ay pour le dot beaucoup d’argent receu,
Et mon pouuoir ce faiſant i’ay vendu.
C’eſt achapt ne ſe rapportoit au-
cunement à la coemption Romai-
ne, ains ſe faiſoit publiquement , &
non au gré des parens mais pluſtoſt
des filles, auſquelles la choſe tou-
choit de plus prés qu’aux peres ny
meres. Par ainſi les plus belles s’en
alloient au marché, où elles ſe parãs
& attiffans , ſe faiſoyent vendre au
plus offrant & dernier encheriſ-
ſeur , ayans plus d’eſgard au pris
43Nvptiale. qu’elles receuoient de tel marché,
qu’à la vertu & preud-hommie de
celuy qu’elles deuoient eſpouſer.
Faute (helas! y pleut à Dieu que ie
n’euſſe matiere de me plaindre des
folies d’autruy, à laquelle trop ſou-
uent choppent pluſieurs de noſtre
ſiecle ſous noſtre hemiſphere fleur-
deliſé, qui ſe laiſsẽt pocher les yeux
& eberlüer par les eſcus & richeſſe,
quant à la vertu ce ſont parties ex-
traordinaires, & qui ne ſont paſſées
& alloüees que d’auenture; voire &
en ce ie ſuis contrainct de deteſter
l’execrable auarice de ces harpies
en ſage mondain: encores deuroit
on aſſortir les parties de pareil à
pareil , autrement le bois verd,
pourroit affadir & alentir la for-
ce chenuë & vermouliſée de quel-
ques vieux radouteurs , qui par le
cliquetis de leurs eſcus penſent e-
ſtourdir la vertu & vigueur d’vne
fleur de ieuneſſe. Ie laiſſe les meſ-
contentements , les regrets & au-
tres inconueniens que de iour à au-
tre on voit ſurgir ſur le bord eſcu-
La Forest meux de tels haures , qui pour la
plus part ſeruent à faire des capes à
Moyſe. Voyla donc la beauté des
belles qui eſtoyent venduë à l’in-
quant: les laides , falloit que payaſ-
ſent vne bonne ſomme de mõnoie
pour trouuer mary , & eſtoient cõ-
trainctes d’achepter celuy, qu’elles
auoient deſir auoir pour mary. Les
Taxilles ( comme teſmoigne Stra-
bon
au quinzieſme liure de ſa Geo-
graphie) s’y portoient de toute au-
tre façon, d’autant que ſi la pauure-
té empeſchoit les filles de pouuoir
trouuer mary, on les menoit en la
fleur de leur aage en plein marché,
comme les cheuaux à la foire: là a-
uec trompettes & clerons le peuple
aſſemblé la pucelle deſcouuroit les
parties de derriere iuſques aux eſ-
paules & en apres celles de deuant
& celle qui ſe voyoit entiere, adroi-
te & qui agreoit ne tardoit à trou-
uer mary. Ainſi faloit qu’elles iouaſ-
ſent à l’hazard & vinſſent detaler &
mettre en veuë à tout le monde la
beauté de leur corſage, en danger,
44Nvptiale. d’eſtre eſconduites & s’en retourner
( comme l’on dict) du marché ſans
beſte vendre d’autãt que quoy que
la beauté ſeruit de merueilleux ai-
guillons pour faire buſquer fortune
à pluſieurs , ſi eſt-ce que faute de
moyens les empeſchoit de ſe ſous-
mettre à telle charge. Mais les pau-
ure laides recreuës de moyens de-
meuroient la plantées pour reuer-
dir, d’autant que la bourſe eſtoit mal
garnie , & les traicts de viſage de-
gouſtoient les plus enuiſez , enco-
res qu’elles ſe fuſſent deuergoignés
d’vne façon ſi tres-farouche. Hera-
clide
en ſes polytiques racompte
qu’en Thrace les maris ſe ſeruoient
tout ainſi de leurs femmes que de
leurs chambrieres. Voyre que s’il y
Maria-
ges en
Thraces
de peu
d’arreſt.
auoit quelcun d’entre eux qui fut
agoué 37de ſa femme & n’en vou-
lut plus ou ſe courrouça contre el-
le, les parens d’icelle eſtoyent ne-
ceſſités de la reprendre auec eux,
en rendant au mary l’argent , qu’il
auroit nanty & deliuré , pour l’a-
uoir en mariage.Pour monſtrer leur
La Forest Enfans
vendus
par les
peres,en
Thrace.
grande & deſreiglée beſtiſe, & le
peu de compte qu’ils faiſoyent de
leur reputation , ne faut employer
que ce qu’ils vendoyent leurs en-
fans en public , tout ainſi que nous
vendons nos beſtes au marché.
Couſtume qui eſt à preſumer eſtre
venuë de l’ordonnance de leur Le-
giſlateur Zamolxis, lequel, ayant e-
ſté eſclaue, en l’Iſle de Samos vou-
lut que les citoyens, experimentãs
vne pareille fortune, taſchaſſent
auſſi de paruenir aux richeſſes , qui
l’auoyent faict le premier & de ſa
robe & de ſon pays. Ie m’esba-
his d’aucuns , qui ſe formaliſent de
ce que les peres n’auoient aucun
creue cœur de debiter à prix d’argẽt
la chair de leurs filles. Encores e-
ſtoit ce (à mon aduis) plus honeſte-
ment qu’aux Romains , qui pou-
uoient vendre & eſclauer leurs en-
fans pour le prix qui leur tomboit
és mains. Les Thraces auoyent les
rideaux de mariage, qui cachoient
toute l’indignité de telle vente.
En apres dequoy ſe fuſſent ils gui-
45Nvptiale. ſés. Leur condition eſtoit ſi bonne
qu’apres la mort des marys celles
qui reſtoient en vie leur demeu-
roient auec l’argent, qu’ils auoyent
receu de la vente, comme leur pro-
pre heritage : & ainſi les filles n’a-
uoient que miſere ayans à ſeruir
leur mary & à retomber en la puiſ-
ſance de leurs peres , ſans que ny
de leur corps ny l’argẽt dõné pour
elles redonda à leur profit. Et en
ce l’vs Thracien eſtoit par trop ri-
goureux, pour raiſon des filles les
rendant vefues & de leurs marys &
de tout gain matrimonial. Et cepẽ-
dãt s’eſtoient ces vefues, qui eſtoiẽt
les mieux parties car d’entre toutes
les eſpouſes du deffunct la plus che
re & fidele, falloit, qu’elle l’accom-
paigna au cercueil & fut auec luy
enterrée toute vifue, comme en-
core à preſent ce pratique en plu-
ſieurs endroits des Prouinces de
Leuant: où les peuples ſont idola-
tres. Cecy tournant à grãd honneur
à celle, qui emportoit ceſt aduãtage
auſſi y auoit il vn grand debat entre
La Forest les eſpouſes, à qui ſeroit iugee la pl9
chere d’iceluy, & telle, qui meritaſt
de l’accompaigner & faloit que les
parens du deffunct vuidaſſent ce
different auec leur ſentence diffini-
tiue. Celle qui gaignoit ſa cauſe ſe
paroit & attiffoit tout ainſi que ſi on
l’eut conduite à des nopces, & auec
tout telle grace, qu’entre les Breſi-
liẽs on dit que võt ceux, qui sõt de-
ſtinés au maſsacre, le iour ordonné
pour telle boucherie : & eſt con-
duicte par ſes parens hommes &
femmes iuſqu’au tombeau où elle
conſacre ſa vie aux Ombres de ſon
mary, auec lequel elle eſt ſoudaine-
ment miſe en terre. Cependant les
Pleurs
des Thra
ciens

à la naiſ
ſance des
enfans,
ris à leur
morts.
autres , qui ont perdu leur cauſe
ſçachans à quel & combien grand
des-honneur , blaſme & reproche
cela leur peut redonder, pleurent &
deteſtent leur vie, pour auoir eſté
priuees d’vn ſi grand aduantage &
d’vne gloire & memoire (qu’ils pẽ-
ſent) immortelle. A la naiſſance de
leurs enfans ils ſe mettoient à lamẽ-
ter, comme au cõtraire ils s’eſiouïſ-
46Nvptiale. ſoient quand on portoit quelcun
en terre, à cauſe que l’vn naiſſant ve-
noit gouſter les miſeres & trauaux,
auſquels naturellement les hom-
mes ſont aſſubiettis, là où s’en allant
mourir il eſtoit allegé de toutes
telles angoiſſes, ſans qu’ils euſſent
eſgard à ce qui ſuit la mort , ou
bien qu’ils ſe ſouciaſſent du bien
& proffit, que portoyent au public
ceux qu’ils laiſoiẽt en vie: ſur quoy
le Poëte Archie a faict quelques
vers, allegués par Camers, deſquels
voicy la ſubſstance.
Les Thraciens ie loue & accepte leurs mœurs,
Leſquéls ſont tout-cõfits en larmes et en pleurs

Lors que de leurs enfans ils voient la naiſsãce:

Au cõtraire on les voit tout pleins d’eſiouiſsãce

Lors que quelcũ d’ẽtr’eux au treſpas eſt cõduit

D’autant que des viuans l’action & eſprit

Ne tẽd qu’à malheurté, & ceux qui sõt sãs vie

De mal faire n’ont plus ny deſir ny enuie.
Si ces pleurs qu’ils iettent pou-
uoient amollir leurs cœurs, pour les
appriuoiſer à l’humanité, & les deſ-
mouuoir de la cruauté, qui predo-
mine en eux , encores ſeroient ils
à ſupporter , ou bien s’ils degour-
La Forest diſſoient leurs bras & membres,
pour gaigner leur vie, ſans les laiſſer
croupir en fetardiſe & oiſiueté , au-
cunement les excuſeroyent les fan-
taſquees idées de leurs patrons He-
raclides
& Democrite , mais quoy
ils ne font loüange que d’auoir les
bras croiſés, & eſtoit ce peuple ſi a-
Oiſiueté
trop pri-
ſée entre
les Tra-
ces.
neanty qu’il eſtimoit que ce fut vn
ſigne de generoſité & nobleſſe que
de viure en oiſiuetez & que ceux
qui labouroient la terre fuſſent vi-
lains & comme eſclaues du reſte des
hommes. Et pleut à mon Dieu que
la race en fut releguee ſeulement
en Thrace, & qu’en noſtre Fran-
ce nous ne viſſions tant de trai-
neurs d’eſpee ſe bour-ſouſlans la
pluſpart du vent de nobleſſe & aui-
liſſans voire taſchans de fouler
& mettre les pieds ſur le ventre
de ceux qui s’entre-mettent à tra-
uailler & faire quelque choſe, ie
ne taxe poinct icy les gens de bien
by ceux qui meritent d’eſtre pri-
ſés & honorés ſi oſeray ie bien di-
re que de cinq cents que ie cognois
47Nvptiale. en France ,friſans l’eſpee , s’il en re-
ſtoit ſeize les Prouinces Françoi-
ſes ne ſeroient encores que trop ſur
chargées. Voire mais retournons
vers nos Thraciens , qui ſe reco-
gnoiſſans eſtre naturelement frap-
pés au faux coin de Barbareſque
cruauté , pour addoucir le natu-
rel farouche de leurs ieunes en-
fans, leur faiſoyent apprendre la
muſique & à iouër des inſtrumens
des leur tendre aage , iuſques à
ce qu’ils fuſſent paruenus à l’an
trentieſme. De faict la muſique a
Grands
profits
de la
Muſi-
que.
telle vertu que par les inſtrumens
de muſique on guerit le mal qui
s’appelle en Allemaigne de Sainct
Vitus
, de ceux qui ne font que
danſer , rire & ſauter en leur folie,
ſoit par ce que la cadence har-
monieuſe & meſurée range & re-
met la raiſon eſgaree à ſon principe
ſoit que la muſique guerit les ma-
ladies du corps par le moiẽ de l’ame
ainſi que la medecine guerit les ma-
ladies de l’ame par le moyen du
corps, ſoit que les malins eſprits qui
La Forest s’aboulent quelques-fois auſſi bien
les vns que les autres , ont en hor-
reur l’harmonie diuine prenant
plaiſir aux diſcords , comme il ſe lit
que le malin eſprit, oyant le ſon de
la Harpe , s’enfuyoit , & laiſſoit le
Roy Saül en repos , qui ſemble
auoir eſté la cauſe , qu’Eliſee, quand
il voulut Prophetiſer , fit entonner
vn inſtrument de muſique , en la
preſence des Roys de Iudée , & de
Sarmathie , & ſi toſt que Saül eut
rencontré la troupe ſacrée, des Pro-
phetes ioüans des inſtruments de
muſique , auſſi-toſt l’eſprit de Dieu
le ſaiſit 38. En apres nous auons vn
exemple memorable, de la Repu-
blique des Cynetheens en Arcadie,
laquelle ayant laiſſé le plaiſir de la
muſique, bien-toſt apres tomba en
ſeditions, & guerres ciuiles , auſ-
quelles on n’oublia aucune ſorte
de cruauté. Et comme vn chacun
ioüoit à l’eſtonné, pouquoy ce peu
ple-là deuint ſi reueſche & ſi bar-
bare, veu que tous les autres peu-
ples d’Arcadie eſtoyent doux,trai-
48Nvptiale. tables & courtois à merueilles : Po-
lybe
apperçeut le premier, que c’e-
ſtoit, pour auoir laiſſé la muſique,
laquelle de toute ancienneté auoit
eſté honorée & priſée , en Arcadie
plus qu’en lieu du monde : de ſorte
que par les ordonnances & cou-
ſtumes du pays , chacun deuoit s’e-
xercer en icelle, iuſques à l’aage de
trente ans, ſur grandes peines. Qui
fut le moyen, dict Polybe, au liure
quatrieſme , que les premiers Le-
giſlateurs de ce peuple-là la trou-
uerent pour l’addoucir & appriuoi-
ſer, eſtant de ſon naturel , barba-
re comme tous habitans de monta-
gnes & pays froids. Nous pou-
uons , peut eſtre , faire ſemblable
iugement des Gaulois, que l’Empe-
reur Iulien appelloit Barbares , de
ſon temps , & qu’on a veu depuis
les plus courtois & traittables qui
ſoyent en l’Europe , dequoy les
eſtrangers meſmes s’eſmerueillent:
car chacun ſçait , qu’il n’y a peuple,
qui plus s’exerce à la muſique &
qui chante plus doucement : & qui
La Forest plus eſt , il n’y a preſque branſle, en
France, qui ne ſoit Ionique ou Ly-
dien
, c’eſt à dire du cinq & ſep-
tieſme ton, que Platon en ſes loix
& Ariſtote en ſes Politiques , de-
fendent à la ieuneſſe , par ce qu’ils
ont grande force d’amollir & laſ-
cher les cœurs des hõmes : & vou-
loyent exercer les enfans au Do-
rien
, qui eſt le premier ton , à fin
de les maintenir en vne certaine
douçeur, accompagnée de grauité,
qui eſt propre au Dorien. La def-
fenſe ſeroit meilleure en l’Aſie, mi-
neur , qui n’auoit autres branſles
que du cinq & ſeptieſme ton, meſ-
mes au pays de Lydie & Ionie
mais les peuples Septentrionnaux,
froids , ou montaignars , qui ſont
ordinairement plus ſauuages , ou
moins courtois que les Meridion-
naux , & habitans és plaines , ne
peuuent ſe mieux appriuoiſer &
addoucir , qu’en vſant de l’harmo-
nie Lydienne & Ionique , qui eſtoit
auſſi deffenduë en la primitiue
Egliſe. Et tout ainſi que les hõmes
d’eſar- 49Nvptiale. deſarment les beſtes ſauuages, pour
en venir à bout : auſſi l’harmonie
Lydienne & Ionique, deſarme les
plus farouches & barbares nations
du naturel ſauuage & cruel , & les
rend doux & ployables , comme
il eſt aduenu aux François , qui,
paraduenture n’euſſent pas eſté ſi
domptables & obeiſſans aux loix
& ordonnances de ceſte Monar-
chie , ſi ce naturel , que l’Empe-
reur Iulien dict auoir eſté ſi haut,
& ſi peu ſouffrant la ſeruitude,
n’eut eſté amolly par la muſique:
laquelle toutes fois , n’a peu du
tout déſauuaginer les Thraciens,
quoy qu’ils s’y addonnaſſent ex-
preſſement , à celle fin que les eſ-
prits endurcis en leurs rudeſſes,
pour l’eſgard de l’aſpreté & rudeſſes,
pour l’eſgard de l’aſpreté & rigueur
de l’air , & qui eſtoyent appeſan-
tis & groſſiers à cauſe des grandes
froidures auſquelles leur pays eſt
ſuject , fuſſent moderez, addoucis
& ciuiliſez.
E La Forest

Les Moſcouites.
Chap. VIII.

ENcores que les Moſcouites ſe
ſoyent rangez à l’Egliſe Grec-
que, ſi ne differẽt-ils pas beaucoup
pour les mariages, d’auec les Latins,
fors que ( comme ie touche en paſ-
ſant au chapitre des mariages des
Preſtres ) il eſt permis aux Preſtres
de ſe marier , leſquels ſont choiſis
d’entre ceux qui ont ſeruy longue-
ment de Diacres, en l’Egliſe, & nul
Preſtres
mariés en
Moſcho-
uie
.
n’eſt receu Diacre s’il n’eſt marié,
tellement que ſouuent ils eſpouſent
femme le meſme iour qu’ils vien-
nent receuoir ceſt ordre: & ſi celle
qu’vn Diacre doit eſpouſer, a mau-
uais bruit,il eſt rejetté de ſon office.
Le Preſtre , ſa femme eſtant morte,
eſt ſuſpẽdu de ſa dignité, & ne chã-
te plus Meſſe, ny n’eſt receu à ſeruir
à l’autel: Il eſt vray, que, s’il ſe contiẽt
& vit chaſtement , on luy permet
d’entrer au Chœur, & aſſiſter au ſer-
50Nvptiale. uice, car il n’eſt permis aux veufs de
celebrer , encores que jadis il leur
fut bien loiſible: mais s’il ſe remarie,
ce qu’on ne luy deffend point, lors
il n’oſeroit, non plus qu’vn lay , aſſi-
ſter, ny à l’Autel, ny au Chœur, pour
y pſalmodier. Quant aux Moines,
tout auſſi-bien qu’aux Latins, le ma-
riage leur eſt totalement interdit.
Pour le reſte de ceux qui ſont lays,
Menées
des maria
ges entres
les Moſ-
chouites.

& ſeculiers, leurs façons de maria-
ges ſont telles. Vn ieune homme
n’oſeroit faire l’amour à vne fille,
pour l’auoir en mariage , ains c’eſt
au pere, d’elle de prier l’amoureux,
de l’eſpouſer: & apres y conſentans
les parens, on parle des conuentiõs:
& tout ſoudain iour aſſigné pour
les eſpouſailles, durãt lequel temps,
le fiancé ne parle pas ſeulement à ſa
fiancée, voire ne luy eſt-il pas per-
mis de la veoir: le iour des nopçes,
on fait des dons , que l’eſpouſé eſt
tenu de rembourſer dans l’an à ceux
qui luy en ont faict preſent, ou leur
renuoyer ceux , qui luy ſemblẽt ne
luy eſtre point neceſſaires. Or n’eſ-
E ij La Forest Entre qui
le maria-
ge defen-
du aux
Moſcho-
uites
.
pouſent-ils femme, qui leur attou-
che de ſang , iuſqu’au quatrieſme
degré, & aucun n’oſeroit eſpouſer
la ſœur de ſon allié, voire ne ſouffri-
royent-ils mariage entre ceux , qui
ont tenu vn enfant enſemble au Ba-
pteſme. Il eſt permis de conuoler
aux ſecõdes nopçes, mais non ſans
ſouſpeçon d’incontenẽce : aux troi-
ſieſmes ne l’octroyent, ſans grande
occaſion , mais de ſe marier pour la
quatrieſme fois, tant s’en faut qu’ils
le permettent , qu’encores ils dient,
que c’eſt contre la religion Chre-
ſtienne. La couſtume du pays veut,
que les femmes portent des perles,
& bagues à leurs oreilles, & eſt bien
ſeant aux maſles , mais c’eſt durant
qu’ils ſont en enfance, les filles laiſ-
ſent pendre par derriere leur cheue-
lure, mais les mariées faut que la tiẽ-
nent cachée. La condition des fem-
mes y eſt fort miſerable , d’autant
Moſcho-
uites
ia-
loux.
qu’ils les ſouſpeçonnent toutes peu
pudiques, ſi elles ne ſont tenuës clo-
ſes , & reſerrées dans leur maiſon,
ſans iamais gueres ſortir , que quel-
51Nvptiale. ques feſtes , qu’on leur permet d’al-
ler ſeules , femmes auec femmes ſe
ioüer dans les prés , le reſte de l’an-
née eſtans enfermées pour filer &
coudre, & ſe meſler du meſnage. Ce
ne ſont point dõcques ſeulemẽt les
Italiens, ou Portugais qui ont mar-
tel in teſte , de leurs femmes , ains
auſſi les Moſcouites, leſquels (cõme
le Barõ d’Herbeſtin eſcrit) ne voyẽt
leurs femmes que le iour des nop-
çes. Si Iean Clopinel , dit de Meum,
Iean Clo-
pinel
dict
de Meum.
fut eſté bien aduiſé , il deuoit adreſ-
ſer aux Dames Moſcouites ces deux
pauures couplets, qui peu s’en fal-
lut, que ne luy couſtaſſent vne vifue
eſtrillade, dont on penſa luy cingler
les eſpaules: Mais (poſſible) vouloit
il maintenir , qu’en France il y en a
auſſi-bien qu’en Moſcouie, qui ont
les talõs fort courts. Aſſeurez-vous,
que, s’il n’eut donné vne tortuë aux
Dames, & ne leur eut creué le cœur
d’honeſteté , il eſtoit bien pour en
eſtre quitte en homme de ſon pays,
& ne fut pas ſorty d’entre-my elles,
ſans beſte vendre, car il n’y en auoit
E iij La Forest pas vne de la compagnie, qui ne luy
voüa vne couple de douzaines de
feſſade , ſur ſon pauure diable de
dos. Elles (cela ſoit dit ſans preiudi-
ce du droict d'autruy , & ſans faire
comparaiſon, qui eſt pour la pluſ-
part du temps eſcloppée ) eſtoyent
bien mal gratieuſes, au pris des Da-
mes Moſcouites, qui toutes mal me-
nées qu’elles ſont ,ne laiſſent à por-
ter grande amitié à leurs marys , qui
tant mieux les frottent, ſont de tant
plus aimez d’elles. De fait ay-ie leu,
Moſcho-
uites
, de
tãt mieux
honorez
de leurs
femmes
qu'ils
leurs ſont
rudes.
qu’il y eut vn Aleman, lequel s’alla
marier en ces quartiers, ignorãt, que
pour eſtre bien venu de ſa femme,
failloit bien l’eſpouſſeter, & pource
luy faiſoit tout le meilleur traicte-
ment dont il ſe pouuoit aduiſer,
pour captiuer ſes bonnes graces,
pour s’eſtre donné à entendre, que
les femmes de ce pays-là , vouloyẽt
eſtre maniées , comme les Aleman-
des
, mais tant plus il la careſſoit, d’a-
uantage luy faiſoit-elle le groin , &
ſe monſtroit ſi reueſche, que vaincu
de ſa mine rechinée, luy commence
52Nvptiale. à demander dequoy elle faiſoit la
mouë, veu qu’il prenoit ſi grãd pei-
ne à la mignarder. Ce ne ſont ( dit-
elle) que mines , & puis coupe tout
court. Peu de tẽps, apres quelques
voiſins luy firent entendre, que les
Moſcouites, pour appriuoiſer leurs
femmes, auoient accouſtumé de les
dorder dos & vẽtre, & ſe fondoyẽt
ſur ce que , tout ainſi qu’vn cheual
eſt dit eſtre mal traicté & penſé, voi-
re qu’il ne fera bon ſeruice, s’il n’eſt
bien eſtrillé & eſpouſſeté , auſſi que
les Moſcouites , pour rendre leurs
femmes promptes à l’eſperon , les
grattoyent le plus roidement qu’ils
pouuoyent. Hà! (dit l’Alemand) ne
tient-il qu’à cela? ie luy monſtreray,
que ie l’aime, & de ce pas fait courir
martin baſtõ 39par la maiſon, & apres,
& vous en aurez. Si bien la vous eſ-
pouſſeta, que les puces ne la pin-
çoyent pas: Auſſi-toſt elle s’en va
luy ſauter au collet , & auec dix mil
baiſers le remercie, de la grãde ami-
tié, qu’il luy portoit. Dés qu’il y fut
achaty, & qu’il ne voyoit ſa femme
E iiij La Forest luy preſter vne chere riante, il vous
deſchargeoit ſur elle , voulez-vous
ſçauoir, comme ſur plaſtre , ſi ſou-
uent redoubla-il ceſte nouuelle fe-
ſte , qu’à la parfin 40la mit ſur les car-
reaux, luy rompit bras & jambes &
la tua. Ie ne vous dis point ſon nom,
ne l’ayant trouué dans Laurens Su-
rius
, autheur d’vn tel compte , le-
quel i’appelle à garẽd, ſi aucun vou-
loit m’opreſſer de le maintenir. Ie
reuiendray vers nos Moſcouites,
qui ſeroyent les plus heureux du
monde, s’ils ſçauoient iouïr du bien
qui leur eſt mis entre les poings,
ſans ſe donner parmy la ceruelle ces
faulſes & eſtranges opinions de ja-
louſie, qui rõge iuſques aux os ceux,
qui s’en laiſſent embaboiner. Quils
n’ayent occaſion de ſe meffier de
leurs femmes , ie ne le voudrois pas
nier, d’autant qu’elles ſont fort ten-
dres de la croupiere, & aiſées à eſtre
culebutées à la renuerſe. Les ruptu-
res de mariage ſont pour ceſte oc-
caſion fort frequẽtes, & communes
entr’eux , ils ſe donnent le libelle
53Nvptiale. du repude , mais c’eſt en ſecret , &
cachete,à cauſe qu’ils ſçauent bien
que c’eſt cõtre la religion, & ſtatuts
de l’Egliſe, de tout temps. Si eſt-il
quelques fois deſcouuert, & quand
on voit que le mary a tort , le Ma-
giſtrat interpoſant ſon authorité, les
contrainct de ſe remettre enſem-
ble: d’où quelquesfois aduiennent
de terribles malheurs , comme de
faict il ne peut aduenir autrement,
lors qu’on contrainct les parties de
ſe tenir à vn contract, qui eſt ſi cha-
touilleux, que le mariage , la reue-
rence duquel empeſche maintes-
fois, qu’on ne manifeſte pluſieurs
deffaux , qu’on eſt bien contrainct
de tenir ſous le pied , & ſi ne laiſ-
ſent pourtant à bleſſer bien outra-
geuſement. Ainſi qu’on peut veoir
alors qu’Æmil ( au rapport qu’en
fait Plutarque, en ſa vie ) repudia ſa
femme , laquelle il confeſſoit eſtre
fort ſage & honeſte , & de maiſon
fort noble, & de laquelle il auoit
pluſieurs beaux enfans : & lors que
les parens de la femme s’en plaigni-
E v La Forest rent à luy, voulans ſçauoir la cauſe
qui le demouuoit de l’amitié coniu-
gale, qu’il deuoit porter à ſa femme,
il leur monſtra ſon ſoulier, qui eſtoit
beau & bien fait, mais qu’il n’y auoit
que luy, qui ſentit l’endroit, où il le
bleſſoit. Si n’appellẽt-ils point adul-
tere, ſinon celuy, qui entretiẽt chez
ſoy, la femme d’autruy. Article que
beaucoup deſireroyent eſtre gardé
en noſtre France, pour s’expẽter du
crime, où ils s’engagẽt chez autruy.

Les Goths & les Sueſſes.
Chap. IX.

DE prime abordée ie ſçay, que
pluſieurs m’attacheront de
ce qu’il ſemble , que ie veuille meſ-
ler & cõfondre ces deux nations par
enſemble. Ie ne ſuis pas à apprẽdre,
que jadis ce n’eſtoit qu’vn peuple,
& n’auoyẽt qu’vn Seigneur, enclos
dãs vn meſme royaume: & que cõ-
me ſouuẽt il aduiẽt quelques inimi-
tiez ſe ſont engẽdrées entre'eux, &
54Nvptiale. y a des partialitez quelquesfois, par
ce que chacun de ces deux peuples
vouloit auoir ſon Prince à part. Et ſi
pour cela ie ne laiſſe a demeurer
d’accord que les Sueſſiẽs ont acquis
plus de bruit en leur pays & és lieux
voiſins, au lieu la gloire des Goths
s’eſt eſtẽduë plus loing & a obtenu
plus grand renõ, és guerres lointai-
nes. Mais ſi faudra il qu’õ me paſſe
ceſt article, que depuis ils ſe ſont r’e-
joints en vn, ſi bien qu’ils ſont ſous
l’obeïſsãce d’vn ſeul Seigñr, & quãt
eſt du preſent ſujet, on ne peut nier,
que ces deux peuples ne ſe rappor-
tent tout à vn meſme poinct. Et à fin
que ie n’ẽ parle point en clerc d’ar-
mes, ou qu’õ me rebroüe, parce que
ie n’aurois moy-meſmes veu ce que
ie pretés alleguer, ie ne veux emplo-
yer que ce qu’Olae le grãd nous en
apprend, au 5. chap. du 14. liure de
ſon hiſtoire. Voicy la ſubſtãce de ce
qu’il en a eſcrit. C’eſt la couſtume
du cõmũ populaire, entre les Goths,
& Sueſſes, quant il eſt queſtion de
nopçage , d’vſer de pluſieurs cere-
E vj La Forest monies , rafraiſchies en diuers tẽps,
moyẽs, ordres & teſmoignages, ſur
tout à ce qu'elles demeurẽt fermes
& indiſſolubles, ſans qu'õ face au-
cune voye au diuorce , quoy que
Maria-
ges cõme
ſont me-
nez entre
les Goths
et Sueſſes.
permis par la loy. Car les parẽs de la
fille quõ pourchaſſe à femme, s'en-
quierẽt diligẽmẽt de quelle race eſt
celuy qui aſpire au mariage, que eſt
ſon eſtat, quelle ſa qualité, & renom-
mée , & comme il a accouſtumé ſe
gouuerner, & principalemẽt s'il eſt
extraict de lict honeſte , & de iuſte
& legitime accouplement, d'autant
que cõme nous dirõs par apres, les
baſtards ſont là fort mal venus. A-
pres , s'il le treuuent accõpaigné de
toutes les parties qu'ils recognoiſsẽt
aſſortables, pour celle, pour laquelle
les fers ſont mis au feu, en preſence
de deux teſmoins ,attouchãs à la fil-
le, tant du coſté paternel que du ma-
ternel , le pere preſente ſa fille au
pourſuiuant, qui eſt là preſent, ſous
ces paroles. Ie te dõne ma fille pour
hõneur, & a femme pour la moytié
du lit, pour les portes, pour les clefs
55Nvptiale. & pour poſſeder les tiers de voſtre
cheuãce, tãt en biẽs meubles qu'en
immeubles, & le totage de ce que la
haute Sueſſe tient de S. Ery, & que
S. Ery a donné. Au nom du Pere, du
Fils, & du S. Eſprit Amen. Tels ac-
cords tiennent, & ne chome on pas
lõg temps, qu'on ne viẽne à l'accõ-
pliſſement du mariage, auec telles
ſolẽnitez, que les parẽs d'vn coſté &
d'autre, s'aſſemblent à iour nommé,
pour faire hõneur aux mariés, ſelon
l'vs & couſtume du pays , le plus
magnifiquement que faire ſe peut.
On les vous meine à l'Egliſe, où , les
cierges empraints ; on vous meine
l'eſpouſe couronnée d'vne benedi-
ctiõ Sacerdotale,puis deuãt le grãd
Autel on la met coſté à coſté de ſon
eſpoux, là où derechef on les sõme
de dire, ſi de bõ cœur & frãche vo-
lõté, ils s'allient par enſemble, & s'ils
ont enuie de viure & mourir en vn
tel eſtat , & quãd ils aſſeurent, on ra-
tiſie le tout par l'agneau qu'on met
au doigt de l'eſpouſée & le reſte des
ceremonies de la benediction Nu-
La Forest ptiale. Et alors qu'õ met ceſt aneau
l'esaſſiſtans tournans le dos ſe frap-
pent à coups de poings , à fin de ſe
reſſouuenir d'vn tel & ſe ſolennel
acte, tout ainſi qu'en la creatiõ d'vn
Cheualier. Ceux qui ſe treuuẽt aux
nopçes n'y vont point les bras dé-
garnis, ains y fõt tous les plus beaux
Preſens
faits aux
nopçes des
Goths &
Sueſſes.
preſens qu'ils peuuẽt, comme che-
uaux, bœufs , brebis, licts, draps, &
fruicts , à fin que ces liberalitez ſer-
uent pour dõner entrée à leur meſ-
nage nouueau. Particulierement,
toutesfois vſe-on de ceſte ceremo-
nie, de donner vn cheual, vn bœuf,
& vne coignée , à celle fin que les
nouueaux mariez ſçachent qu'ils
ſont appellez à vn eſtat qui les ſe-
mond à trauailler , & pource leur
ſont donnez les outils & inſtru-
mens , ne reſte qu'à les faire ſeruir.
Olae le grand , ameine bien vne
autre raiſon, & dict, que c'eſt pour
les aduertir , qu'ils s'aſſocient à tous
trauaux & dangers , de ſorte qu'en-
tre eux , doiue demeurer vn meſ-
me vouloir , & non vouloir , iuſ-
56Nvptiale. ques à ce que le diuorce, ſi la Loy
y faict voye, ou la mort , vienne à
couper le fil d'vne telle vnion. Tout
cela eſt bien veritable , mais ſans
tirer les cheueux à la choſe meſme,
eſt impoſſible qu'on puiſſe faire
ſymboliſer à propos , en ce ſens le
ſigne & la choſe ſignifiée. Mais
auant qu'vn ieune homme ( com-
me i'ay dict ) peut cheuir d'vn ma-
riage, il auoit beaucoup a demeſler,
d'autãt qu'outre l'enqueſte ſus mẽ-
tionnée, le beau-pere taſchoit par
tous moyens, à luy dõner ſous main
des trauerſes, pour eſprouuer ſa pa-
tiẽce, ayãs ceſte maxime, que qui ne
ſçait biẽ obeïr, & endurer , ne ſçau-
roit biẽ cõmander. De faict le meſ-
me Autheur au 5. chap. du 15. liure
de la meſme hiſtoire, nous apprend
Gendres
eſprouues
par les
beaux-
peres.
que la couſtume eſt entre ces peu-
ples, que les beau-peres prouoquẽt
au ieu d'eſchets leurs futures gen-
dres, comme ils ſont tres bien ad-
uertis que ceſt vn ieu où la porte eſt
eſbaillée à ceux , qui trop indiſcrets
laſcheront la bride à leurs folles
La Forest La condi
tion des
baſtards
fort miſe-
rable en-
tre les
Goths &
Sueſſes.
paſsions mais la ſcrupuloſité qu'ils
font des baſtards ſemble vn peu
faſcheuſe d'autant qu'encores que
les loix ne les mettent au rang des
legitimes , ſi ne ſont elles poinct ſi,
rigoureuſes que de les forclore
& forbannir de la compagnie des
autres, voire le mariage du legitime
auec le baſtard n'eſt point expreſſé-
ment inhibé & deffẽdu. La raisõ eſt
que le mariage quant à la conſom-
mation tient plus du naturel que du
ciuil. Or que le baſtard doiue quel-
que choſe au legitime pour le natu-
rel on ne me le fera point confeſſer
ſi on ne vouloit luy faire perdre ſa
qualité de naturel qui lui a eſté bail-
lée, maintenuë & gardee par nos
loix. Si bien qu'il n'y a que ceſte diſ-
cretion que le droit ciuil a tres iu-
ſtement introduict des mariages a-
uec les accouplemens defendus re-
prouués & non loiſibles, qui faict
que ceux qui ſont procreés hors
mariage ne participent aux droicts,
priuileges & prerogatiues , dont
les legitimes ont eſté gratifiés.
57Nvptiale. Mais au reſte que nature ſe ſoit en-
tierement deſpitée cõtre les baſtards
qu'elle ne les ait fauoriſé de plu-
ſieurs graces ne pourront dire ſinõ
ceux la qui ou de gayeté de cœur ſe
voudront bander contre la verité
ou qui, pour rabotter leur ignorãce
& beſtiſſe ſeront renuoyés aux Hi-
ſtoires qui leur apprendront qu'il y
a eu pluſieurs baſtards qui maintes-
fois ont fait de choſes bonnes, di-
gnes & louables, voire par fois ont
fait honte aux legitimes. Ie ne vous
mettray point en ieu hercules, d'au-
tãt que le liſeur pourra s'il luy plaiſt
auoir recours au cent trentehuitieſ-
me embleme du Docte Alicat , ny
moins Themiſtocles, Aenée, Theſee
Romulus, Alexandre le grand &
pluſieurs autres celebres par les an-
ciens, en paſſant ie ne vous veux
parler que de quelques vns preſque
de noſtre aage. Vous auez eu ce
Conſtantin le grand fils de l'Empe-
reur Conſtantius & de S. Heleine.
Ne fut il pas, qui trãſporta l'Empire
en Cõſtantinople & remit au deſſus
La Forest pluſieurs belles ordonnãces pour le
Chriſtianiſme? Que dirons nous de
ceſt indomté Guillaume Baſtard de
Normandie, lequel ( comme entre
autres a tresbien remarqué le Coſ-
mographe Theuet, en ſon hiſtoire
des hommes illuſtres ) conquit ſur
Erald & autres qui le voulurẽt trou-
bler, l'eſtat de ſon pays d'Angleter-
re, où il exploicta telles proüeſſes
que ſi ceux qui luy ſont les moins
affectionnés, ne ſe mettoient à le
louanger, ie feroie aucunement cõ-
ſciẽce de croire ce qu'õ cõte de luy.
Il faut bien que l'Angleterre reuere
grandemẽt ſa memoire qu'encores
auiourd'huy elle garde, reuere &
honore les loix qu'il y eſtablit. D'où
eſt ce qu'on extrait ce valeureux ca-
pitaine Caſtruccio Caſtracagne? ie
ne me veux formaliſer ſur la tige des
Antimellenes, d'où on luy veut dõ-
ner racine, ſi ſçais ie bien auoir leu
qu'il fut eſleué premierement &
nourri par vn chanoine de l'Egliſe
S. Michel
à Luques nommé meſſer
Anthoine Caſtracaigne. L'Italie a el-
58Nvptiale. le enfanté Capitaine qui de ſon qua
libre ait fait des choſes plus eſmer-
ueillables qu'a faict Caſtruccio ? Les
Luquois ne peurent empeſcher
qu'il ne les ſeigneuria. Les Piſans pa-
reillemẽt le choiſirẽt pour leur Prin
ce. Bref targué de l'õbre de l'Em-
pereur Frederic deuxieſme, qu'au-
cuns, pour la meureté de l'aage qui
battoit ſur Conſtance , ſa mere, ne
font pas plus legitime que Caſtruc-
cio
, il nagea ſi bien en eau trouble,
que parmy les garbuges 41des Guel-
phes & Gibelins
il trouua moien de
ſe percher aux degrés les plus e-
minens de toute l'Italie. Mettray
ie icy en rang Pierre Lombard &
ſes deux freres Pierre Comeſter
& Gratien, tous trois illegitimes
qui ont reſuſcité pour la plus grand
part la Theologie. Où eſt ce Bapti-
ſte Mantuan
, qui tout Carme qu'il
eſtoit a ſceu ſi haut entonner ſa mu-
ſette que ſes mal-veillans, ſont con-
traints de priſer la dexterité & ex-
cellence d'eſprit cachee ſous les re-
plis d'vne robbe autrement mal-
La Forest veuë pour la legitimation. Voyre
mais, qu'eſt-il de beſoin de m'eſten-
dre d'auantage ſur ce diſcours, puis
que, pour accoſter les Goths ſi de-
licats ie puis leur mettre en teſte vn
des leurs , qui , illegitime à neant-
moins faict eſclater par les principa-
les parties de l'vniuers le bruict &
excellence du nom Gottique? C'eſt
ce Theodoris , lequel eſt tant cele-
bre pour ſes glorieux faits d'armes
principalement pour auoir fait teſte
à ce fleau de l'vniuers Attile.

Les Laponienes.
Chap. X.

COmme ce peuple eſt fort ab-
beſti d'idolatrie,auſſi leurs ma
riages ſont embroüillez d'vne be-
ſtiſe vraymẽt Laponique, à laquel-
le i'entẽds faire alluſion, puis que ie
treuue, que les Germains appellent
Lappons ceux qui ne ſont ou ne di-
ſent rien à propos comme nous di-
ſons gens ſots & niais & qui ſont
59Nvptiale. groſsiers d'entendement. Voici cõ-
ment Olaus le grand nous apprend
Ceremo-
nies des
mariages
des Lapo-
niens
.
qu'ils ſe gouuernent en leurs maria-
ges. Ils font prendre alliance (dit-il)
par mariage à leurs enfans en la pre-
ſence de leurs parens alliés & amis,
& ce par le battement du fer con-
tre vn caillou: car les mariages ſont
plus heureuſement & a propos par
le feu & le caillou que par aucun
autre ſigne. Voire que les Chre-
ſtiens Septentrionaux & qui ſont
tenus pour les mieux ciuiliſés ne
parlent iamais de nopçes ſans feu.
Pour-ce chaſque des eſpouſés &
eſpouſes, ſelon ſon eſtat & qualité
allans eſpouſer à l'Egliſe faict por-
ter deuant ſoy des beaux cièrges
attintés , mirolés & parés de
grands bandeaux de ſoye , leſquels
ils offrent au preſtres auec de fort
riches dons & preſens, mais les por-
teurs de cierges s'entre pillẽt, à qui
pourra emporter ces bandeaux de
ſoye. En apres les femmes apres leur
releuee, vont remercier Dieu, ayant
de meſmes des cierges allumés. Or
La Forest quant au Lappons & leur maniere
defaire il faut encores adiouſter que
outre le feu ainſi porté, comme dict
eſt ſuiuant la couſtume du pays, l'eſ-
pouſee, ſelon la grandeur de ſa mai-
ſon & nobleſſe de ſes parens, eſt re-
ueſtuë de belles martes ſubbellines 42,
& miſe ſur vn Rangifere 43apriuoiſé,
Reſiouiſ
ſance es
noçes des
Commin
gesoiſe
.
entouree de parẽs & amys, leſquels
en chantant & danſant, la condui-
ſent iuſqu'aux tentes de ſon mary
ou iuſqu'au lict. De meſmes que le
S. de Belleforeſt au quarante troi-
ſieſme chapitre du troiſieſme liure
de l'Hiſtoire vniuerſelle eſcrit auoir
obſerué en Comminge ce qui ſe fait
preſque par toute la Gaſcoigne que
vne fille eſtant mariée , le iour des
nopces on aſſemble vne troupe de
filles les mieux chantants qu'ils ap-
pellent Douzelles, leſquelles, com-
me on conduit l'eſpouſee à l'Egliſe,
vont loin deuant elle en cheueux &
auec des guirlandes ſur la teſte deux
à deux, ou trois à trois chantant vn
long Epithalame à la loüange du
Sainct mariage & ſur l'inſtitution
6 44Nvptiale. d'iceluy, le refrein duquel eſt tel en
la langue du pays.
Qui la Nobie benaſsis,
Benaſis à Ieſus Chriſt.
Qui veut dire qui benit l'eſpouſée
donne loüange à Ieſus Chriſt, & en
ceſt equipage la meinent & ramei-
nent au ſacre. Eſtans de retour auant
que l'eſpouſee entre en la maisõ ces
Douzelles chantent ces deux vers.
Geſtas hauez & fourment,
Que la nobie eſt de ſens.
Qui ſignifie, iettes feues & four-
ment, car l'eſpouſée eſt dedans: ce
qui eſt fait par ceux, qui ſont demeu
rés exprés pour ceſte ceremonie:
l'inſtitutiõ de laquelle a eſté des lõg
temps portant ſignification d'abon-
dance & richeſſe par l'eſpanchemẽt
du bled & de fertilité en lignee par
les feues, auſquelles les ſages Grecs
auroient attribué ceſte ſignifiance,
entant que Pythagore pour ce reſ-
pect, deffendoit l'vſage d'icelles à
Habille
mens des
Laponiẽs
ſes diſciples. Mais de ceci no9 ne lair-
rõs diſcourir pour reuenir vers nos
Lapponiens pour les habiller auſſi
La Forest bien que les femmes. Doncques le
mary veſtu de peaux de Loup cer-
uier, va & marche auec vne grauité
& grace, pareille à celle d'vn Sena-
teur ou magnifique de Venize, & re-
ſentant celle modeſtie, qui eſt deuë
en vn myſtere ſi ſaint que celuy, au-
quel eſt permiſe la couche ſans ma-
cule pour l'accroiſſement de l'hu-
Maria-
ges des
Laponiẽs
auec le
feu & le
caillou.
main lignage. Sur telles ceremonies
pluſieurs ont prins plaiſir de ſubtili-
ſer & principalement ſur ce qu'ils
ne repuroient les mariages heu-
reux ſans le feu & le caillou , mais
penſent que ce ſoit vn myſtere pro-
pre à cela. Car tout ainſi que le cail-
lou a le feu caché dedãs ſoy , lequel
eſtincelle quand on le frappe: auſſi
en tous les deux ſexes il y a vne vie
cachée laquelle finalement eſt pro-
duite en auant par mutuelle coniõ-
cition en lignee viuante. Les autres
ont mythologiſé ſur ce que le feu e-
ſtoit tenu pour l'vn des principes de
toutes choſes, mais ils ne regardent
pas premierement que le feu ſans
l'eau n'eſt point tenu pour principe
ayant 61Nvptiale. ayant efficace. En apres les Philo-
ſophes tiennẽt, que le feu et le plus
contraire à la generation, pour-ce
qu'il eſt fort actif & deuore l'hu-
meur. Ce n'eſt pas, que ie n'aye leu,
qu'il produit certains animaux. Car
Mou-
ches vi-
uans par
my le feu
en Chipre és forges & fourneaux de
Bronze, qui y ſont cõmuns on voit
au milieu du feu vne eſpece de groſ
ſes mouches, leſquelles ( ainſi que
Pline a mis pareſcrit au trẽteſixieme
chapitre de l'vnzieſme liure de ſon
Hiſtoire naturel) ont quatre pieds &
volẽt parmy le feu:leſquelles à cau-
ſe de ce ſont appellees Pyrales , Py-
rauſtes ou Pyrotles. Car Pyrauſte en
Ariſtote eſt prins pour vn ver; qui
gaſte les rayons de miel autant que
feroit vne araigne. Qui plus eſt pẽ-
dant que le feu eſt au fourneau &
qu'elles ſont dans le feu elles ſe por-
tent bien, mais ſi d'aduenture elles
ſortent de la fournaiſe, & qu'elles
prennẽt l'air vn peu loin, elles meu-
rent ſoudain. Voions ſi ceux là s'eſ-
loingnẽt point trop de ce qui eſt vray
ſemblable, leſquels rapportent ce-
F La Forest ſte ceremonie du feu à l'Idolatrie,
qui a cicatriſé le cœur des Laponiẽs,
adorans le feu. Qu'il n'y ait de l'ap-
parence on ne ſçauroit le nier , attẽ-
du que, comme ils reueroiẽt le ma-
riage, auſſi ont ils voulu luy aſſigner
ce qui eſtoit entre eux tenu pour le
plus digne & excellent & qu'ils a-
doroient, ainſi que le Chaldeens,
les Perſes , les Senſuz qui ſont les
moynes en Tartarie , dont ils ſont
fort mal voulus par les Bachſi 45, en-
cores que veritablemẽt les Tartares
reſpectent trop ſuperſtitieuſement
le feu,ainſi que nous monſtrons, au
chapitre deſtiné à la Tartarie. Ie ne
ſçay où c'eſt que l'Autheur du badi-
nage Laponique a voulu au lieu de
caillous faire croire, que ces Lapo-
niens
ſe ſeruent d'vn certain bois:
il eſt biẽ le premier qui a voulu im-
poſer cellà a ces ruſtaux, mais c'eſt
qu'il taſche de leur approprier ce
qu'on trouuera que le Seigneur de
Lery
au dixhuitieſme chapitre de sõ
hiſtoire de l'Amerique attribue aux
ſauuages. Et qu'ainſi ne ſoit voicy
62Nvptiale. ces propres mots. Mais puis qu'en
traitant de la police des ſauuages ie
Eſtrange
façon de
faire du
feu.
ſuis tombé à parler du feu,lequel ils
appellent Tata & la fumee Tatalin,
ie veux auſſi declarer l'inuẽtion gẽ-
tile & incogneuë par deça qu'ils ont
d'en faire. D'autãt donques que ay-
mans fort le feu ils ne demeurent
gueres en vn lieu, sãs en auoir, prin-
cipalement la nuict qu'ils craignent
merueilleuſement d'eſtre ſurpris
d'Aygnam, c'eſt à dire du malin eſ-
prit, lequel (comme i'ay dit ailleurs)
les bat & les tourmente ſouuẽt, ſoit
qu'ils ſoyent par les bois à la chaſſe,
ou ſur le bord des eaux à la peſche
ou ailleurs par les champs: au lieu
que nous nous ſeruons à cela de la
pierre & dy fuſil dont ils ignorent
l'vſage , ayans en recõpenſe en leur
pays de deux certaines ſortes de
bois, dont l'vn eſt preſque auſſi ten-
dre que s'il eſtoit pourry , & l'autre
au contraire auſſi dure que celuy,
dont nos cuiſiniers font des lardoi-
res, quand ils veulẽt allumer du feu,
ils les accommodent de ceſte ſorte.
F ij La Forest Premierement apres qu'ils ont ap-
primé & rendu auſſi pointu qu'vn
fuſeau par l'vn des bouts vn baſton
de ce dernier, de la longueur d'en-
uiron vn pied, plãtent ceſte pointe
au milieu d'vne piece de l'autre, que
i'ay dit eſtre fort tendre laquelle ils
couchent tout à plat contre terre,
ou la tiennent ſur vn tronc ou groſ-
ſe buſche en façon de potenſe ren-
uerſée : tournant puis apres ce ba-
ſton ſoudainement entre les deux
paumes de leurs mains , comme
s'ils vouloyent forcer & percer la
piece de deſſoubs de part en part,
il aduient que de ceſte roide agita-
tion de ces deux bois , qui ſont
ainſi comme entrefichez l'vn dans
l'autre , il ſort non ſeulement de
la fumee, mais auſſi vne telle cha-
leur, que ayans du cotton ou des
feuilles d'arbres bien ſeches, toutes
preſtes ( ainſi qu'il faut auoir parde-
ça, le drappeau bruſlé ou amorce
aupres du fuſil ) le feu s'y em-
prend ſi bien , que ceux , qui m'en
voudront croire, en auoir fait moy
63Nvptiale. meſmes de ceſte façõ. De dire que
les Laponiens vſent de ceſte fa-
çon de faire du feu c'eſt prendre
plaiſir de iouër au deuiner. Au re-
ſte ces Laponiens ſont frappés de
la maladie Zelotypique, à laquel-
le ils ne peuuent bonnement re-
medier , eſtans contraincts, s'ils
veulent morfier 46, aller à la chaſſe &
faire leurs beſongnes & cependant
ie me recommande , s'il y a mot
Laponiẽs
ialoux et
non à
tort.
donné, ſi les femmes ne treuuent
pas des furons qui viennent furer
leurs connils en leurs garennes. Et
y a bien d'auantage, que quãd meſ-
mes elles vont aux champs, elles ne
laiſſent point de iouër au branſle à
la renuerſe, d'autant que leurs ma-
ris n'oſeroyent les mener auec eux,
& ſont ſi tres-ſuperſtitieux ſots &
abrutis, qu'ils reputent vn grand
peché entre eux, ſi vne femme ſort
hors du tabernacle ou pauillon par
la porte par laquelle ſon mary ſera
ſorty ce iour là pour aller à la chaſſe.
F iij
La Forest

Les Arabes,
Chap. XI.

CEs peuples, quoy qu'au reſte
ſoyent fort adroicts pour les
Arabes
grands
larrons.
armes, ſont ſi accouſtumez qu lar-
cin, qu'eux-meſmes ne peuuent ſe
garder de piller & voler ceux qu'ils
hebergent, mais c'eſt auec vne gail-
lardiſe telle que naturellement on
les iuges nés à la pinſe. Ils viuoyent
autresfois par familles , & en com-
munauté de biens , entre ceux de la
famille , mais auiourd'huy ils ſont
Plurali-
té de
leurs fẽ-
mes et de
la puni-
tion de
l'adulte-
re.
deparcelez. Ils eſpouſent pluſieurs
femmes , auſſi-bien que les Turcs,
& neantmoins puniſſent pluſtoſt vn
qui commettra adultere contre leur
ſang, que celuy, qui ſera ſi abomina-
ble, que s'accoupler auec les maſles
ou auec les beſtes: veu que ce ſont
leurs vices plus communs, qu'ils ap-
pellent Melea, comme s'ils vouloient
dire choſe plaiſante & delectable.
Aucuns eſcriuent, que les inceſtes
64Nvptiale. parmy eux, ſont hors de ſcrupule,ſi
biẽ que ce peuple Arabe s'accouple
auec leurs meres, & ſœurs. Ce qui
ſemblera eſtrãge à ceux qui ont ap-
prins de Strabon,au ſeizieſme liure,
que les Arabes nabathées ſont con-
tinens,ſobres, & ſans aucune lubri-
cité. Si faut-il, ou que Strabon ait
eſté mal aduerty, ou que les Arabes
ayent changé de mœurs, d'autãt que
ceux, qui nous les ont nouuellemẽt
hiſtoriez, les nous repreſentẽt pour
Habits
des Da-
mes Ara-
beſques.
eſtre beaucoup diſſolus. Leurs fem-
mes vont aſſez bien veſtuës,ſuiuant
la façon & mode du pays,ayãs pour
habit les chemiſes noires,à grandes
& larges manches, ſur leſquelles el-
les ont & portent comme vn drap
& linceul, de meſme couleur, ou de
blued Turquin, & de cecy s'enuelo-
pent elles ſi gentiment, que pliſſé &
repliſſé, elles le viennẽt ioindre ſur
les eſpaules , & l'attachent auec des
agraffes d'argent , faictes fort genti-
ment : aux oreilles ont des bagues
d'argẽt, & aux doigts auſſi, & ſe cei-
gnent les jambes de petits cercles
F iiij La Forest de meſme eſtoffe. Elles portent en-
cores des torets de nez, ou pluſtoſt
des maſques de toile , où n'y a ou-
uerture que pour les yeux, voire
que Tertullian au liure de Virg. Vel.
aſſeure qu'elles ne regardent que
d'vn œil , de peur de ne mettre les
hommes en tentation, tant la pudi-
cite leur eſt agreable : Des que ces
Arabeſques voyent vn homme, qui
ne ſoit de leur parenté, elles ſe cou-
urent le viſage, & ne luy parleroient
pour choſe du mõde:mais ſi ce ſont
leurs parens ou marys , elles tiẽnent
la face deſcouuerte. Les Arabes al-
Arabes
comme
marchent
par païs.
lans de lieu a autre (ſuiuãt qu'ils ſont
vagabonds ) conduiſent honeſte-
ment leurs femmes , aſſiſes ſur des
Chameaux , & en certaines ſelles
couuertes de quelques tapis à fin
que le chaud ne les offenſe , & ſont
ces ſelles faictes de telle ſorte, qu'il
n'y peut rien tenir qu'vne femme:
lors meſme qu'ils vont à la guerre,
où le propre iour de la bataille, ils
ont auec eux leurs femmes, pour les
encourager durant le combat, & les
65Nvptiale. aiguillõner, à ne craindre ſe hazar-
der, pour leur deffenſe, ou pluſtoſt,
parce que leur ſeule preſence les ſe-
mond à faire quelque acte valeu-
reux, pour leur donner impreſſion
de ceſte generoſité , qu'ils veulent
bien que ces femmes croyent eſtre
en leurs marys, de meſmes que vous
voyez, que , pour faire eſuertuer
vn coq, à la iouſte, on a de couſtu-
me de luy mettre aupres ſes pou-
les. Ces femmes , auant que d'aller
vers leurs marys, ou le iour des no-
Arabes
peintes.
pçes , ou en vn autre ſaiſon, pour
coucher auec eux, ſe peignent la fa-
ce, le ſein, les bras & les mains, auec
certaine couleur azuree, leur eſtant
bien aduis que c'eſt choſe bien gẽ-
tile d'eſtre ainſi peintes & enlumi-
nées: & tiennẽt ceſte couſtume des
premiers Arabes, qui jadis entrerent
en Afrique, qui l'apprindrẽt des A-
fricains, bien qu'à preſent les cyto-
yens des villes de Barbarie, qui ſont
naturels du pays , n'imitẽt point ce-
ſte façon de faire , ains leurs Dames
ayment de ſe maintenir en la blan-
F v La Forest cheur, qui leur eſt naturelle. Il eſt
vray qu'elles ont certaine ancre ou
peinture , faicte de fumée de noix
de Galle , & de ſafran , auec laquelle
elles ſe peignent les joües , en ron-
deur , & les ſourcils en forme d'vn
triangle, & ſe mettent ſur le menton
quelque choſe, qui reſſemble vne
feuille d'Oliuier , laquelle eſtant
loüée par les vers des Poëtes Ara-
bes (dont il y a grãde foiſon) en leurs
chanſons amoureuſes, il n'y a grand
perſonnage Africain qui n'en veuil-
le porter, par gallantiſe. Et eſt à no-
ter, que ces femmes n'oſeroyẽt por-
ter, que deux ou trois iours ce fard,
ny paroiſtre deuant leurs parens, en
ceſt équipage , à cauſe que cela ſent
ſa courtiſane, ſeulement en donnẽt
la veuë & le plaiſir à leurs marys,
pour les mettre en ruts, & les reſueil-
ler au meſtier : car ce ſont les fem-
mes du monde, qui deſirent plus le
maſle, & leur eſt bien aduis,que par
ce moyen elles donnent luſtre &
accroiſſement à leur beauté. La mi-
ſere des Arabes eſt ſi grande que
66Nvptiale. pour leur nourriture ſont cõtraints
de donner leur enfans, pour gaiges,
aux Siciliens,à fin d'auoir viures : &
ſi au temps prefix du payement ils
ne ſatisfont aux marchans, faut que
leurs fils demeurent eſclaues toute
leur vie , ſi ce n'eſt que le pere , les
racheptant , paye triple vſure , de la
ſomme premiere.

Les Senegheens 47.
Chap. XII.

I'Euſſe bien pris la generalité des
Nigrites,pour tout d'vn coup &
en vn bloc, emmonceler mais ce cõ-
cerne leurs mariages, mais ce faiſant
ie me mettrois à l'hazard d'eſtre ai-
ſément battu d'vn d'eux , attendu
Terre
des Ne-
gres de
grande
eſtendue.
que la terre des Negres contient
ſous ſoy pluſieurs & diuerſes re-
giõs, telles que ſont Gualata, la Gui-
née, Nelli, Tombuts, Gago, Guber,
Ægadez, Cano, Caſena , Zegzeg,
Zanfara, Guangara, Borno, Gaoga,
Nubie 48. De vouloir faire reueuë de
F vj La Forest chacune de ces contrées , ce ſeroit
s'embaraſſer en vne trop grande
prolixité. D'ailleurs de vouloir ran-
ger tous ces peuples à meſmes loix
& ceremonies,matrimoniales, ſeroit
declarer ; qu'on n'a appris , qu'ils
eſtoyent plus brutaux les vns que
les autres,ſelon qu'ils eſtoyent plus
voiſins des Lybiens. Ioint que nous
trouuõs, qu'aucuns d'ẽtr'eux eſtoiẽt
ſi beſtiaux, qu'ils ne ſçauoyent preſ-
que ſemer du grain, pour leur viure,
viuans ſimplemẽt de chairs & poiſ-
ſons, & vſans des femmes , ſans rei-
gle,ny loy de mariage, chacun s'ac-
couplant auec la premiere, qui luy
venoit en main : car paiſſans leurs
beſtes , ils habitoyent hommes &
femmes, en meſmes logettes , & e-
ſtoit leur giſte par terre , & ſur des
peaux de leurs beſtes. Les Azanag-
Sottiſe
des Aza
naghaz
.
hez ( qui ſe tiennent entre le Pro-
montoire de Cap Blanc & le fleu-
ue de Senega
) ſont ſi nyais, que mã-
geans ils ſe couurent & cachent le
viſage, eſtimans , que ce ſoit vne ſa-
leté, auſſi grande, de mettre la vian-
67Nvptiale. de par deſſus , que la vuider par en-
bas. Leurs femmes ſont eſtimées les
plus belles , comme plus grandes
ſont leurs mãmelles, de ſorte qu'el-
les ont autant de peine à ſe les agrã-
dir, que nos mignonnes par de ça à
ſe les endurcir , & faire ſeparées l'v-
ne de l'autre, pour complaire plus,
que pour neceſſité naturelle. Don-
ques nos Senegheens 49, comme ils
font les principaux du pays , & de
tant plus renommez, que la violen-
ce & roideur du fleuue Senega a
vogue, ont eſté icy choiſis pour pa-
Seneg-
heens 50cõ-
me ve-
ſtus.
rangon du reſte des Negrites. Pour
la pluſpart, ils vont tout nuds , ſauf
qu'ils portẽt vne piece de cuir, faite
comme des brayes , pour couurir
leurs parties honteuſes:mais les ſei-
gneurs , & ceux , qui ont quelque
moyen, portẽt des chemiſes de cot-
ton, lequel croiſt abondamment en
leur terre. Quant aux femmes & fil-
les, elles vont toutes nuës, depuis la
ceinture en ſus , mais au bas elles
ont des pieces de ce cotton , com-
me des linceux, quelles s'entortillẽt
La Forest autour du corps, & qui leur pendẽt
iuſques à demy-jambe, allans & hõ-
mes & femmes , tous pieds-nuds,
ne portans choſe quelconque en
leur teſte, ains treſsẽt leurs cheueux
fort gentiment, & les lient auec des
rubans, & hõmes & femmes. Quãt
aux hommes, ils font pluſieurs cho-,
ſes , qui ſont de l'office des fem-
mes entre nous , comme filer, & la-
uer les drapeaux, & elles cepẽdant,
viuẽt oiſeuſes, ſi ce n'eſt pour le fait
de leur meſnage, & viure ordinaire.
Mais ce n'eſt point (à mon aduis) le
principal lieu , où le bas les bleſſe:
car i'eſtime la ſeruitude de leur ma-
riage plus eſclaue & miſerable. De
fait, fait à noter que le Roy de Sene-
ga
eſt ſi bas percé , que n'ayãt tribut
gabelle, ny taille, qu'il leue ſur ſon
peuple, eſt neceſſité de viure de
voles, & pilleries ſur les voiſins, les
prenant eſclaues , & leur faiſant la-
bourer les terres de ſon domaine,
le reſte il vend aux Azanaghez, &
aux Portugais , depuis qu'ils ont
commencé de traffiquer en ceſte
68Nvptiale. contrée , & aux Arabes , qui leur
donnent des cheuaux en eſchange.
Plura-
lité de
femmes
entre les
Seneg-
heens 51.
Ce Roy neantmoins , tout pauure,
pietre, trupelu 52& recreu de moyens
qu'il eſt , ne laiſſe à ſe vouloir don-
ner du bon temps , ſi tient tant de
femmes que bon luy ſemble , com-
me auſſi & les Seigneurs , & tous
les Senegheens 53, en peuuent auoir
autant que leur puiſſance s'eſtend
pour les nourrir : Le Roy les depart
en diuers Caſats ou villages , qui
ſont deputez pour l'entretenement
de leur train, en chacun y en ayant
huict ou dix , mais ſe tenans cha-
cune en ſon logis ſeparé, & ayans
certains nõbres d'eſclaues & fem-
mes captiues, pour les ſeruir, & la-
bourer les terres , aſſignées par le
Prince , pour la nourriture de ces
femmes , leſquelles , quand le Roy
les va veoir , ſont tenuës de le de-
frayer auec ſa ſuitte, chaſcune de
ces Dames luy enuoyant le matin
au leuer du Soleil , la viande toute
preſte , chair & poiſſon , dequoy
il ſe repaiſt. De ſorte que vous vo-
La Forest yez , que ce Roy ſert d'eſtalon à ſes
femmes, chaſcune à ſon tour , or
qu'il faut, que, pour recognoiſſance
de la peine , qu'il prend a planter
les cornes à leurs bons maris , elles
le deffrayent. Mais la miſere paſſe
bien plus outre, car des qu'vne eſt
enceinte, le Roy ne la touche plus,
& ainſi les pauures Senegheens 54
ſont chargez des enfans , qui ne
ſeront extraicts de leurs reins.
Cela eſt cauſe , que pour la mul-
titude de ces enfans , ils ſont con-
traincts de deſrober , & ſe rendre
eſclaues de leur propre volonté.
Seneg-
heennes 55
ſe dõnent
du bon
temps.
Comme i'ay dict , les Senegheen-
nes 56ont aſſez bon temps, auſſi ſont-
elle ioyeuſes , alegres & gaillar-
des , chantans & danſans fort vo-
lontiers, & ſur toutes celles qui ſont
ieunes , qui engendrent le moins
de melancolie qu'elles peuuent:
Elles ne danſent que la nuict à la
clarté de la Lune , n'ayans autre
ſorte d'inſtrumens que certains ta-
bourins , & des violons , n'ayans
que deux cordes , qu'ils ſonnent
69Nvptiale. des doigts. Ne penſez-pas que
les Senegheens 57 ſoyent ſeuls , qui
participent d'vn des quartiers de
la Lune, ſoubs meſme tragedie
paſſent les Budomeliens leurs voi-
ſins , qui ſont par vſage couſtu-
miers de couler cela plus doux
que laict , encores que ce ſoyent
les plus vilains jaloux de la terre,
voire tellement outrez de ceſte
maladie , qu'ils ne permettront
que perſonne entre au lieu , où
ſe tiennent leurs femmes , le pe-
re meſmes , a deffiance de ſon fils
propre.

Les Æthiopiens.
Chap. XIII.

IAdis les Æthiopiẽs eſtoiẽt ſi bru-
taux, que de ſe meſler indifferé-
mẽt cõme beſtes,auec leurs propres
meres, ſœurs, tantes, niepces, & cou-
ſines, ſans aucun reſpect de la reue-
Icy dõc rence deue à la conſanguinité: tou-
tes-fois , ſelon le r'apport de ceux
La Forest qu'on tient auoir voyagé ces parties
Æthiopiennes) tels inceſtueux & a-
bominables meſlanges ont eſté re-
tranchez d'entr'eux. Icy dõc ie n'ẽ
ay aduerty le liſeur, que celuy qui a
propoſé la deſcription d'Æthiopie,
raporte, qu'il trouua le lieu de Ba-
rua
habité la plus grande partie de
femmes , qui ſont la plus-part fre-
quentez de courtiſannes du Prete-
Ian
& de ceux qui ſont à la ſuitte du
Baruhas. En ces quartiers la poliga-
mie y eſt indifferemment ſuportée,ſi
bien que ceux, qui ſe ſentẽt dequoy
Ceremo-
nies gar-
dez par
les Æ-
thiopiens

en leurs
maria-
ges.
& ſont à leur gogue 58, peuuent en
prendre & entretenir deux ou trois,
ſans qu'il leur ſoit deffendu par le
roy ny la iuſtice, ais trop bien par
la Cour d'Egliſe, tellement que tous
ceux qu'on ſçait en auoir plus d'vne
ne peuuent entrer dans l'Egliſe, qui
les tient pour excommuniés. En
ces pays il y a fort peu de tenuë aux
mariages , car ils ſe ſeparent pour
des occaſions fort legeres. Or les
ceremonies & ſolemnitez de la ce-
lebration du mariage qui ſe fait hors
70Nvptiale. l'Egliſe & de ceux qui poligamient,
ſont telles. On dreſſe vne couche
en vne court deuant la maiſon , &
ſus icelle faict on aſſeoir l'eſpous &
l'eſpouſe: trois Preſtres ſe viennent
ranger aupres d'eux, qui commẽcẽt
à entonner Alleluya, fort bruſque-
ment, & ainſi tournoyent trois fois
autour d'eux, puis coupẽt à l'eſpoux
vn toupon de cheueux ſur le ſom-
met de la teſte, & autant à l'eſpouſe
ſur vn meſme endroit, puis le trem-
pent dans du vin, de miel , mettans
ceux de l'eſpoux ſur le chef de l'eſ-
pouſe & ſur la teſte du mary ceux de
la nouuele mariée au meſme endroit
qui a eſté denué de cheueux. Cela
faict ils vous les arrouſent d'eau be-
nite à leur mode, & lors chaſcũ de-
mene feſte iuſques à la nuict, qu'on
accõpaigne les parties en leur mai-
ſon, où n'eſt permis à perſonne d'ẽ-
trer par l'eſpace d'vn mois , ſinon à
vn homme ſeul , qui eſt leur com-
pere, & s'en part incontinent que le
terme eſt expiré. Que ſi l'eſpouſe eſt
quelque femme de ſorte ou autho-
La Forest rité elle demeure cinq ou ſix moys
ſans ſortir de la maiſon, tenant or-
dinairement vn voile noir ſur le vi-
ſage, lequel elle ne peut laiſſer auãt
le terme de ſix mois, ſinon que plu-
ſtoſt elle ſe trouuaſt enceinte. Quãt
à la façon & ceremonie des eſpou-
ſailles, faites legitimement & en l'E-
gliſe n'y a pas grand difference &
ne s'accordent les ſolemnitez Lati-
nes
& Romaines. On fait ſeoir l'eſ-
poux & l'eſpouſe ſus vne couche
poſee au deuant la porte principa-
le de l'Egliſe , au tour de ceſte cou-
che va l'Abuna 59, qu'ils nomment Pa-
triarche, auec la Croix , & l'encens,
puis s'accoſtant d'eux leur met la
main ſur leur teſte, leur diſant , pre-
nez garde d'obſeruer diligemment
ce que Dieu commande par ſon E-
uangile, & croyés que vous n'eſtes
plus diuiſés,mais vnis conioincts, &
incorporés tous deux en vne chair.
A ceſte raiſon vous deuez eſtre do-
reſnauãt d'vn meſme cœur & vou-
loir. Ce que leur ayant remonſtré,ils
demeurent iuſques à la fin de la
71Nvptiale.
Diſſolu-
tion du
mariage
entre les
Æthio-
piens
.
Meſſe. Or quand cecy ſe fait, les ma
riages ſont ſellees, clos, bouclés &
arreſtez par contracts, qui ſont tels,
que la femme abandonnant le ma-
ry & le mary la femme, ſont obligés
à certaine peine, ordonnee & dont
eſt conuenu entre les parties, qui l'é-
ſloignent ſelon qu'ils cognoiſſent la
qualité & portee des perſonnes, cõ-
me en telle ſomme d'or d'argent, tãt
de mulets vaches, cheures, draps ou
quelque meſure de forment. Et ſi
quelqu'vn ſe veut ſeparer il cerche
tous les moyens de le pouuoir faire
s'exemptant du pache & cõditiõ, en
payant telle amende. A cauſe de ce
ils ſe ſeparẽt pour cauſes fort friuo-
les , meſmes racompte on , que le
Prete-ian, ayant promis d'eſpouſer
la fille du Roy d'Adee , qui eſtoit
Maure, la refuſa, à cauſe qu'il trouua
quelle auoit trop grandes dents,
toutesfois pour cela il ne voulut la
renuoyer à ſon pere, parce qu'il l'a-
uoit deſia faict Chreſtienne , ains la
maria à vn grand Seigneur, de ſa
Cour, qui ne fut point degouſté de
La Forest la prẽdre, & quoy qu'elle eut gran-
des dẽts n'auoit pas peur qu'elle le
mordit. S'il y a d'entre eux aucuns
qui ſe maintiennent enſemble pai-
ſiblement & gardent inuiolablemẽt
l'ordre de mariage , ce ſont les
Preſtres , à cauſe que tout le moyen
d'en pouuoir ainſi vſer , leur eſt
oſté par l'expreſſe inhibition &
deffence de la loy. Les mariages
ſemblablement ſont fort aſſeurés,
fermes & ſtables entre les payſans,
qui ſont plus affectionnés à leurs
femmes , pour-autant que ſans el-
les ils demeureroyent acculees,
pour le plaiſir & contentement de
leur vie ruſticque. De faict el-
les leur aydent à nourrir leurs
enfans, garder le beſtail, recueillir
& nettoyer les grains, tellement que
ils ne les abandonnent iamais tan-
dis qu'ils viuent : & meſmes pour-
autant que, retournans à la maiſon,
ils trouuent tout leur meſnage
bien en ordre & ce qui eſt neceſſai-
re bien appreſté. Et pour-ce que
i'ay dict que par leurs contracts
72Nvptiale. ils eſtabliſſent quelques peines,
pour eſclaircir ce poinct ie vous
en veux amener vn exemple du
Barnagas Dori, lequel ſe ſepara d'a-
uec ſa femme, a raiſon dequoy
il fut contrainct de payer cent on-
ces d'or, qui pourroient reuenir à
trois mil deux cents cinquante li-
ures, puis ſe ioignit auec vne autre,
& la repudiee eſpouſa vn gentil-
homme , appellé Aaron, frere de
ce Barnagas , dont tous deux eu-
rent des enfans. Et ne faut trou-
uer cecy eſtrange , car ils n'en
font que le ſert & meſtier, voire
que telle eſt la couſtume du pays,
auquel on ne trouue pas mal faict
ſi le frere a la compaignie de la
femme de l'autre & l'eſpouſe,
pour autant ( dient-il ) que l'vn
ſuſcite la lignee de l'autre. Or en-
cores que i'aye deſtiné vn chapi-
tre particulier au mariage des
Preſtres , ſi ne ſera il pas meſ-
ſeant pour le deſcharger d'au-
tant de toucher icy vn mot
touchant le mariage des Preſtres,
La Forest Æthiopiens: leſquels ſe marient a-
uec vne ſeule femme obſeruans
trop mieux les loix de mariages que
ne font les gens lais: En quoy faisãt
Maria-
ge des
Preſtres
Æthio-
piens
.
ils viuent iuſques au dernier ſouſpir
de leur vie en leur maiſon auec
leurs fẽmes & enfans. Leurs fẽmes,
mortes, ne leur eſt permis en blanc
ny en noir de conuoler à ſecondes
nopces , comme ſemblablement il
n'eſt loiſible aux femmes ſur-vi-
uantes d'eſpouſer autres marys,
mais bien de ſe rendre nonnains, ſi
bon leur ſemble. Que s'il aduenoit
que le Preſtre marié eut affaire &
compaignie auec vne autre femme,
l'entree de l'Egliſe luy ſeroit defen-
due , auec ce qu'il ne participeroit
au reuenu d'icelle , mais ſeroit tenu
au nombre des gens lais ſeulement.
Qu'ainſi ne ſoit appert parce qu'en
rapporte Dom Franciſque Aluaron
qu'il en a veu conuenir vn, & appel-
ler deuant le Patriarche, pour auoir
eſté trouué couché auec vne fem-
me: ce qu'il ne peut nier, & cõfeſſa
le delict en la preſence d'vn chaſ-
cun: 73Nvptiale. cun : en punition dequoy il fut
condamné à ne porter plus de croix
en main , de n'entrer en l'Egliſe &
reprendre l'eſtat ſeculiere. En outre
aduenant qu'vn preſtre vienne à ſe
coupler auec vne femme par maria-
ge il demeure entre les gens laids
comme il en print à Abuquer fils de
Cabeata, l'vn des grands Seigneurs
qu'on eut ſceu choiſir d'entre tous
les courtiſans, lequel aage de qua-
rante ans , apres de decés de ſa pre-
miere femme , rentra en ſeconde
nopces eſpouſant Romaine , or
que ſœur du Prete-ian , qui pour
quelque mouche , qui luy vint pic-
quer à la teſte , ſe ſepare d'auec vn
ieune. Siegneur qu'elle auoit pris
pour mary. Ceſt Abuquer eſtoit
Preſtre & d'auantage , grand Chap-
pellain du Prete-ian, en grande au-
thorité & reputation ayant laiſſé
eſcouler pluſieurs annees qu'il paſ-
ſa en ſon ſolitaire vefuage print
phantaiſie de ſe remarier. Pour-
ce l'Albuna Mars , le degrada, &
le relegua entre les laids. La plus
G La Forest grand'partie des fils des Preſtres, ſe
rangent de l'ordre paternel, à cauſe
Enfans
des Pre-
ſtres Æ-
thiopiẽs
.
que ce n'eſt la couſtume en ces païs
là de tenir eſcoles, pour enſeigner à
lire ou eſcrire , pour-ce qu'il ne ſe
treuue perſonne, faiſant profeſſion
de telle vacation, ſi que les Preſtres
monſtrent ce peu qu'ils ſçauent à
leurs enfans qui par ce moyen ſe rẽ-
dent capables d'eſtre faicts Preſtres
par l'Abuna 60, qui eſt ſeul en toute
l'Ethiopie, ſans aucun Eueſque ny
autre perſonne qui donne les or-
Punitiõ
de l'adul
tere en-
tre lés Æ
thiopiẽs
.
dres aux Preſtres. Icy ie ne veux ou-
blier ce qui concerne la punition
de l'adultere, d'autant qu'il eſt fort
nouueau & eſtrange: de faict s'il y a
vne femme accuſee d'adultere , &
que le faict en ſoit aueré, cela ne va
deuant les iuges,ains en appartient
la vuidange au mary & aux parens,
qui ſe ſentent intereſſés par telle
faute en leur reputation & hon-
neur. N'eſt loiſible aux Æthiopiens
de s'accointer aux femmes eſtran-
geres, voire qu'il y en a, qui ont laiſſé
par eſcrit , que le Roy meſmes faut
74Nvptiale. qu'il prenne ſa femme du pays tel-
le qu'il luy plaiſt choiſir,lequel n'en
a qu'vne non plus que les Preſtres
ſeculiers. C'eſt aux marys à donner
& eſtablir douaire à leurs femmes,
ſans qu'elles apportent autre cas
que leur corps, & vn bõ deſir de ſer-
Douaire
conſtitué
par les
mar is
aux E-
thiopien
nes.
uir & obeyr à ſon eſpoux : ce-qu'ils
leurs donnent ſont perles, aneaux,
chaiſnes , draps de ſoye & autres
meubles. Et en ce ils practiquent
la loy des Lacedemoniens,laquelle
reiettoit le dot, non ſans treſiuſte
occaſion: Car pour la plus-part ce
dot ſert d'amorce , pour faire ar-
pentir au mariage & par-ce moyen
faudra ou qu'il ſe rende ſerf & eſ-
claue de celle, à laquelle il doit cõ-
mander & comme dit Plaute, qu'il
vende ſa liberté pour vn dot & biẽs
periſſables , ou s'il eſt ſi leger, deſ-
loyal & meſcognoiſſant, que s'eſtãs
emparé des biens de ceſte femme il
la deſdaigne & meſpriſe, Dieu, ſçait
par quelles reproches il eſt pour-
mené.
G ij
La Forest

Les Calecuthiens.
Chap. XIII.

AV chapitre deſtiné aux Bra-
mins
, nous auons deſia tou-
ché du paſſe-droict, que ces vene-
rables ſe ſont acquis ſur les Roys de
Calecuts, tels qu'ils sõt les premiers
imitez, receus & deſtinez pour dõ-
Roynes
de Cale-
cut
, depu
cellées
par les
Bramins
pter & cure-ſaillir les Roynes fraiſ-
chement mariées , & ſe maintien-
nent ſi bien en la poſſeſſion de telle
prerogatiue, que toutes & quantes
fois qu'il plaiſt à ces meſſieurs de
courtiſer les Roynes , elles n'oſe-
royent refuſer de leur preſter ce
que les Roys à fine force de preſens
les contraignent de prendre. En ce
veritablement ſont-ils bien abrutis
d'autãt qu'outre l'outrage du cou-
ardiſme, dont ils ſont impudique-
ment feſtoyez ſçachans, voulans,
& conſentãs à leurs propres couſts,
ſe font eux-meſmes planter les cor-
nes. Si y a il touſiours quelque na-
75Nvptiale. turel, qui deſcouure la des-honne-
ſteté d'vn tel coupaudiſme 61, d'autãt
que les enfans nés & procreés des
Rois , ou de leurs parens , en ligne
maſculine ne ſuccedent au Royau-
me,le Roy eſtant mort , ains les fils
des ſœurs du Roy, ſi elles en ont, &
ſinon ceux qui luy ſont plus pro-
ches du coſté des filles : de maniere
En Cale-
cut
la ſuc
ceſsion à
la Royau
té deuo-
luë à la
quenouil
le.
que la Lieutenance qui eſt donnée
aux Bramins, pour les couches Ro-
yales, recule de la Royauté, l'agna-
tion , pour y faire entrer la cogna-
tion. Autresfois ie m'eſmerueillois
de ceſte ſi eſtrãge couſtume, & fai-
ſoy conſcience de la croire , tou-
tesfois deux poincts m'y ont fait in-
cliner. Le premier eſt que les Cale-
cutiens
ne ſont point ſi ialoux de
l'honeſteté de leur couche maritale
qu'ils ſe formaliſent autrement ſi
par enſemble ils ſe la viennent à en-
tre-brouiller. De faict ie treuue que
cela eſt pratiqué entre les nobles, &
les marchands de Calecuts , que de
gayeté de cœur ils changẽt de fem-
mes, & ſe les entrepreſtent tout ain-
G iij La Forest ſi qu'on feroit vn accouſtrement,
ou autre choſe. L'autre poinct eſt
Les Ca-
lecutien-
nes mai-
ſtreſſes.
que les Dames Calecutiennes ont
mis le pied ſur la gorge de leurs ma-
ris, qui ne leur ſeruẽt que de valets,
car elles ne daignent ſe meſler de la
cuiſine, ains faut que le mary face le
meſnage, & tandis ces gouffres de
paillardiſe s'amuſent à ſe parfumet,
& parer , n'ayans autre ſoin que de
plaire aux hommes , que plus ſou-
uent elles prient que ne ſont priées,
& vont chargées de ioyaux & pier-
reries,aux mains , oreilles ,bras , &
pieds, de ſorte que cela les rend bel-
les, auec ce qu'elles ſont bien for-
mées & non trop noires,ayans cou-
leur telle que les Mores blancs, qui
ſont comme de couleur d'Oliue.
Qui plus eſt, encor les femmes peu
uent auoir auſſi-biẽ pluſieurs & di-
uers maris , cõme les hommes plu-
ſieurs femmes , & en ayant des en-
fans ,c'eſt à elles à dire & iuger des
peres, auſquels elles penſent qu'ils
appartiennnent. N'eſt donc merueil-
le, ſi les Roys ſe laiſſent ainſi a cre-
76Nvptiale. dit incucurbiter 62,puis que la loy cõ-
mune du pays, les oblige à vne telle
ſujection, & ſeroyent touſiours à la
guerre & aux couſteaux, ſi ces ſacrés
eſtafiers ne venoyent tabuter à l'en-
trée. Entre la populace il y en a de
deux ſortes. Les vns s'appellent Po-
liari
, & les autres Hitauà , leſquels
ſont plus beſtiaux , que ſe ſentans
d'aucune gentilleſſe ou courtoiſie.
Les femmes de ceux-cy alaictent
leurs enfans enuiron trois moys,
puis leur donnent du laict de vache
ou chieure, & les ayant ainſi ſaoulés
par force, ſans leur lauer ny corps,
ny face, les mettent ſous le ſablon,
tous couuerts d'iceluy , du matin
iuſqu'au ſoir , de maniere que ces
enfans eſtans tous noirs , vous ne
ſçauriez diſcerner ſi ce ſont Our-
ſeaux, ou autres beſtes tant ils ſont
laids , à les contempler , & ſemble
que le diable les conſerue en ce ſa-
blon , d'où la mere les tirant ſur le
ſoir elle leur donne à manger : &
ainſi nourris, quant ils ſont grands,
ſont auſſi grands voltigeurs , bons
G iiij La Forest courreurs , & adextres faiſeurs de
ſoubre-ſauts , qu'il y en ait en autre
lieu de la terre: Au reſte faut ſça-
Femmes
aduanta
gées.
uoir que de meſmes que les Cale-
cutiẽs
, pluſieurs autres peuples ont
de beaucoup aduantagé les fem-
mes. En Champaigne, les femmes
qni eſpousẽt vn mary roturier, l'en-
nobliſſent. Entre les Lyciens ( au
raport d'Herodote ) les enfans por-
tent le nom de la maiſon de leurs
meres, ſans ſe ſoucier du tiltre des
peres, comme ſi la nobleſſe leur ve-
noit du ventre, & non de celuy qui
eſt la cauſe principale de leur gene-
ration. De ſorte que, ſi on s'enquiert
de quelqu'vn, d'où il eſt, ſoudain il
ira faire vn long diſcours des meres
& anceſtres de ſa mere,ſans faire au-
cune mention des hommes, com-
pris en ceſte race. Et ſi vne Dame
noble & libre de condition,eſpou-
ſoit vn ſerf & eſclaue , les enfans en
ſortans eſtoyent declairez nobles,
& affranchis, par le ſeul moyen de
la mere: Au lieu que ſi vn homme,
tant noble ſoit-il, eſpouſe vne eſtrã-
77Nvptiale. gere , ou de ſeruile contion,les en-
fans qui en ſortiront,ne ſeront point
eſtimez nobles , ny libres aucune-
ment. Ce qui monſtre, ou que les
femmes y eurent l'Empire, du com-
mencement, ou que celuy qui eſta-
blit les loix, eſtoit coiffé de l'amour
de ſa femme, ou bien que ſon pere
eſtant de bas lieu , il voulut par ce-
ſte loy cacher ſa turpitude.

Les Malabariens.
Chap. XV.

MAlabar eſt vn puiſſant Em-
pire,aux Indes,& de grande
eſtenduë , comme ayant en iceluy
pluſieurs Roys,& riches Prouinces,
à ſçauoir, Biſnagar, Cotà , Canonor,
Tanor, Crangonor , Cochin, & au-
Maſles
deboutés
de la ſuc
ceſsion à
la Roau
de Ma
labar
.
tres. Les Roys de Malabar ſont Bra-
mins
de race, & des familles les plus
honorables : leurs enfans maſles ne
ſuccedent point au Royaume, non
plus qu'en Calecut , ains les freres
du Roy, ou sõ nepueu,à cauſe qu'ils
G v La Forest ſont Bramins, d'autant que les Bra-
mins
couchent auec les ſœurs du
Roy,deſquelles ſortent le heritiers,
auſſi que ceux qui viennent des
Roys,ſont fils d'autres Dames que
Bramines , & qu'ils degenerent du
ſang Royal , & par ainſi ils ne ſont
que naires comme les autres , & ne
iouïſſent de choſe quelconque de
l'heritage. Ces Bramins, & autres,
Malaba
riennes

au deſſus
de leurs
maris.
ayans a faire à leurs femmes , ſont
ceux qui portent : car la femme eſt
celle qui monte , & l'homme qui
tient le deſſous , & qui feroit autre-
ment, ils luy acconteroyent à hõte,
tout ainſi que pardeça ceſte façon
de faire ſeroit trouuée vilaine. Les
Maria-
ges des
Rois de
Mala-
bar
.
Roys de Malabar , ſe marient auſſi
ſouuent que bon leur ſemble , &
ayãs tenu leurs femmes pour quel-
que temps , les marient à gens de
qualité : auſſi ſe marians ils pren-
nent leurs femmes à cõdition , bien
que d'aucunes leurs facent com-
paignie iuſques à la mort. S'il leur
prend volonté d'en auoir de mai-
ſons plus illuſtres , qui ſont de ceux
78Nvptiale. qu'ils appellent Caimaez, ils le leur
donnent fort volontiers , & s'eſti-
ment pour tres honorez , que le
Roy ſe plaiſe à tenir leurs filles pour
ſes concubines , & ont la meſme
couſtume qu'en Calecut , à ſçauoir
que les Bramins ſont payez & ſala-
riez , pour depuceler la femme que
Bramins
ont pars
en toutes
couches.
le Roy eſpouſe. Les Bramins ſont
mariez , & leurs enfans heritent
à leurs biens , à cauſe qu'outre la
couſtume du pays leurs femmes
ſont tres-chaſtes , ne ſe meſlans
onc auec autres qu'auec leurs ma-
rys , non plus que iamais vne Bra-
mine
eſt mariée auec autre que ce-
luy qui eſt de ceſte vocation , ne
pouuant eſpouſer vn naire : là où
les femmes naires ont congé de
coucher auec les Bramins , leſquels
ſont chiens à tous coliers , & tels
que toute couche leur eſt permiſe,
à cauſe qu'ils ſont les Meſſagers de
leurs idoles. Quant aux naires , ils
ne ſe marient point, & n'y a pas vn,
qui recognoiſſe ny pere , ny fils : ny
frere, ſe meſlans auec les femmes
G vj La Forest de leur condition , tout ainſi que
des beſtes, & leurs Dames tant plus
ont d'amoureux , tant plus ſont-el-
Depucel
lemẽt de
filles fait
par les
Naires.
les eſtimées : Ayans des filles elles
choiſiſſent autant de ieunes hom-
mes pour leur faire l'honneur de
les depuceler , & durant ce depu-
cellement , l'eſpace de quatre ou
cinq iours , on faict feſte , tout ainſi
que pardeça, aux nopçes, & le de-
puceleur depend ſelon ſes richeſſes
& au bout du terme chacun ſe reti-
re mais l'homme, donne à la fille vn
Queté , qui eſt vn petit colier d'or,
qu'ils mettent au col de leur amye,
en ſigne de ſa defloration, & apres
luy les autres naires viennent & l'e-
ſtreinent, tout ainſi qu'on faict les
dons pardeça aux eſpouſées. Ces
naires ne ſe tiennent gueres auec
ces femmes qu'ils ont deflorées,&
n'y mangent gueres ſouuent : qui
eſt cauſe,que chacune d'elles,ayant
nombre d'hommes qui l'accoſtent,
ceſte race d'hommes , ne ſçachans
auſſi , que c'eſt de conſanguinité,
auſſi auec treſ grande difficulté peu-
79Nvptiale. uent-ils diſcerner qui eſt leur vray
pere. Ils ont vne ſotte couſtume
entr'eux , que ſi vn Polean,qui eſt
la plus baſſe condition qui ſoit en-
tre les Malabariens , rencontrant
vne Naire hors ſa maiſon , la tou-
che de la main, ou auec vne pierre,
elle eſt faicte de la race des Poleaz,
deſquels la peuuent & vendre &
tuer, comme bon leur ſemble, ſi ce
n'eſt qu'il y eut vn Naire auec elle:
& ſi celuy qui faict ceſt attouche-
ment eſt pris ſur le faict, c'eſt vn cas
raclé qu'il faut qu'il en meure. Ce-
cy eſt obſerué , à fin que ces fem-
mes ne s'addonnent auec gens de
plus bas lieu qu'elles , & ne meſ-
lent le ſang noble auec celuy de la
populace. Les femmes en ce pays,
ne ſe meſlent que de faire bonne
chere , & ſont ſi poltronnes, qu'el-
les ne ſçauent ny coudre , ny filer,
ou faire choſe, concernant l'hone-
ſte exercice des femmes, ſeulement
s'addonnent à paſſe-temps & ſe pa-
rer pour plaire aux hommes.
La Forest

Les Narſingueens.
Chap. XVI.

QVoy que le Royaume de Nar-
ſingua
ſoit ſur la coſte du goul
phe de Bengala
, & partant enclauãt
dãs ſon pourpris celuy de Malabar,
ſi eſt-ce que, comme auiourd'huy le
Malabarien ne le recognoiſt en riẽ
Narsin-
gueenes
comment
habillees
auſſi les habitans different beau-
coup en mœurs. En ce s'accordent,
que comme à Malabar, les femmes
ſont icy fort popines. Elles ont vne
robbe de drap blanc & ſubtil , qui
leur va de la ceinture iuſques à ter-
re, & faut encores qu'elle traine:
aucunes d'elles portent ceſt habit
de ſoye & de quelque gaye cou-
leur, & ſe ceignent ceſte piece à l'ẽ-
tour du corps , qui leur va pendant
d'vn coſté iuſqu'à terre, l'autre par-
tie elles ſe la iettent ſur vne eſpaule
demourant l'eſtomac , la gorge
vn bras & eſpaule à deſcouuert, cõ-
me auſſi faict leur cheueleure tres-
80Nvptiale. bien peignee & treſſee ſur le ſom
met de la teſte , & toute ſemee de
fleurs & pierrerie : à l'vn des
trous du nez & en la narine el-
les ſe mettent vne ſubtile vergette
d'or , auec quelque perle ou ruby,
comme choſe gaillarde & donnant
grace,ainſi qu'elles ont aux oreilles
& au col vn fermaillet & collier,
chargé de pierrerie, & pour mon-
ſtrer leur ſuperfluité, outre les cein-
tures & chaiſnes d'or, elles portẽt de
pareils atours aux iambes, ne laiſſans
partie du corps qui ne ſe sẽte de ce-
ſte parure. Ces femmes ſçauent
tres-bien chanter & baſler à leur
mode, & ſonner de diuerſes ſortes
d'inſtrumens , ſçauent faire tout
plein de gallantiſes, ſauter & volti-
ger, ſont belles , de bonne grace
& aduenantes , ſe marient comme
pardeça & ne ſont ainſi deſbordees
qu'en Calecut & aux terres de Ma-
Plurali-
té de fem
mes à
Narſin-
gua.
labar nõ plus que les hommes ſauf,
que les grands Seigneurs peuuent
eſpouſer autant de femmes que bõ
leur ſemble. Auſſi le Roy en tient
La Forest vne grande troupe en ſon palais,
leſquelles ſont filles des plus grands
Seigneurs de ſon Royaume, & ſous
celles cy y en a d'autres, qui leur sõt
ſeruantes, pour ceſt effect on choi-
ſit les plus belles de toutes ſes Pro-
uinces, car le Roy n'eſt ſeruy que
par femmes, leſquelles n'ont autre
ſoin que de luy donner plaiſir: De
ſorte que chaſcun iour elles allãs ſe
lauer l'vne apres l'autre le Roy eſt
le iuge de leurs beautez, choiſiſſant
celle , qui luy agree le mieux & de
la premiere, qui deuient groſſe ſi
c'eſt vn m'aſſe c'eſt l'heritier & ſuc-
Succeſ-
ſeur de
la cou-
ronne
Narſin-
gueenne.
ceſſeur de la couronne. Souuent il
aduient que ces pauures femmes
ſont tellement à briguer le moyen
de ſe rendre chaſcune la plus ag-
greable, que ſe voyans auoir per-
du la peine, y en a qui ſe font mou-
rir par venin,de douleur & ennuyé
de n'auoir eſté les premieres a qui
le leuain ait faict enfler la patte. Icy
donc vous voyez que l'ordre eſt in-
terrompu pour le faict des ſucceſ-
ſions au prix de ce que practiquent
81Nvptiale. les Calecutiens & Malabariens,
d'autant que l'accointance qu'ont
les Bramins auec les Roynes de-
poſſede & rend orpheline la ligne
maſculine attouchant au Roy,pour
l'opinion , qu'on a que les enfans
Royaux tiennent de ces eſtalons
ſacrez. Icy au contraire c'eſt à l'ha-
zard de celle & qui agreera le plus
& qui prendra le mieux. Si ie ne
m'ennuyois de prolixité ie pourrois
icy deduire les ceremonies , que
tiennent les Narſingueennes a cõ-
ſacrer leurs vies ſur le tombeau de
leurs maris , mais puis que ce diſ-
Ceremo-
nies auãt
le nopca-
ge
des
Narcin-
gueen-
nes
.
cours n'eſt funerailler , ie pourſui-
uray ma route, & pour patron ie
prendray Edouard Barboſſe qui
nous apprend que là il y a des filles,
leſquelles, s'enamourans d'vn hõ-
me & ſouhaittans de l'auoir pour
mary, font vœu à quelqu'vne de
leurs Idoles de luy faire quelque
grand ſeruice : & l'homme ſe con-
tentant de l'eſpouſer elle luy faict
entendre , qu'il attende vn peu de
la retirer chez luy, à cauſe qu'elle
La Forest veut faire feſte à vne telle idole
(qu'elle luy nomme ) en luy faiſant
offre & preſent volontaire de ſon
ſang,à laquelle feſte le mary ſe treu-
ue. Au iour donc entre eux ordon-
né ils preparent vn chariot qui eſt
grand & tiré par des bœufs & ſur
iceluy, ils armẽt & dreſsẽt vne gruë
ou cicoigne, auec laquelle on tire
de l'eau du puis,au bout de laquelle
ils mettent vne chaiſne de fer auec
deux grands crocs: apres ce la fille
ſort de la maiſon accompaignee de
tous ſes parens & amis & vne infi-
nité d'hommes & femmes de bail-
ladins & bouffons , qui font mille
folaſteries par le chemin : la fille eſt
ceinte bien eſtroitement ſur ſes ha-
billemens blancs,par deſſus leſquels
elle eſt couuerte d'vn drap de ſoye
qui luy va iuſques aux pieds,là où le
reſte du corps, de la ceinture en
deſſus, eſt deſcouuert. Dés qu'elles
ſort de la maiſon de ſon pere,au de-
uant la porte de laquelle eſt ceſte
charette, on abaiſſe la cicoigne ou
grue, & y met on deſſus ceſte fil-
82Nvptiale. le, aux deux coſtez de laquelle on
met ces deux crocs, qui luy entrent
dedans la chair,luy baillans en main
vne targue toute ronde auec vn ſa-
chet plein de limons & oranges:
& ſoudain auec vne voix haute ils
hauſſent la cicoigne et ſe mettent
à chanter , ſonner & danſer, & la
chairette s'en va droict vers le
temple de l'Idole, ou la fille s'e-
ſtoit vouee: Elle eſtant pendue en
l'air à ces deux crocs , lequels
bien que la pinſent plus que gra-
tieuſement & luy facent ruiſſeler le
ſang iuſques ſur les iambes , ſi ne
ceſſe elle pour autant de chanter &
monſtrer vne face gaye & ioyeuſe,
s'eſcrimant auec ſa targue , & iet-
tant les oranges & limons deuant
ſon futur eſpoux & ſes parens.
Mais eſtans deuant la porte du tem-
ple ils la deſcendent de ceſte ci-
goigne,& luy oſtent ces crocs , qui
luy poignoyent les flancs , où el-
le eſt gouuernee fort doucement
& auec grand diligence, apres on
la met es mains de ſon mary , fai-
La Forest ſans des grands preſens à l'Idole,
& des aumoſnes & prodigalitez
aux Bramins , & vn ſomptueux bã-
quet à ceux qui les accompaignẽt.
Si toutes nos fringuantes , qui
ont ſi grande enuie de ſçauoir aux
deſpens de leur pucellage que c'eſt
de s'acoupler auec le maſle, eſtoiẽt
aſſubietties à la rigueur d'vne tel-
le loy, pour achepter ſi cherement
Punition
des Nar-
ſinguen-
nes
, qui
refuſent
de mou-
rir aux-
obſeques
de leurs
maris.
vn mary , i'en tiens la plus-part ſi
doüillettes qu'elles aimeroiẽt mieux
eſtre filles toute leur vie, qu'auec
vne ſi mal plaiſante ceremonie cõ-
mencer leurs nopçages & peut e-
ſtre auant le bout de l'an eſtre con-
trainctes de s'aller ſacrifier aux om-
bres de ſon mary : lice de laquel-
le elles n'oſeroyent reculer ſur pei-
ne d'eſtre monſtrees au doigt com-
me vilaines, putains, d'autant qu'à
Narſingue celles qui refuſent d'ho-
norer par leur mort les obſeques
de leurs marys, les parens les pren-
nent & leur raſans la teſte, les chaſ-
ſent honteuſement de leur mai-
ſon & de la compagnie de ceux
83Nvptiale. de leur race & ainſi meſpriſees, el-
les paracheuens le cours de leurs
vie: que s'ils en veulẽt fauorir quel-
qu'vne, ils la mettent aux temples
de leurs idoles, où elles prient leurs
Impieté
des Nar
ſingueẽs

proſti-
tuans la
virgini-
té de
leurs fil-
les au
Diable.
Dieux & ſonnent des inſtrumens
deuant eux , & faut que gaignent
leur vie , en ſe proſtituant à qui-
conques les en requiert. Au re-
ſte les Narſingueens ont encor
vne eſtrange & abominable façon
de proſtituer la virginité de leurs
filles au Diable , qui n'eſt pas cho-
ſe nouuelle, veu que le temps paſ-
ſé on en a vſé de meſmes & paſſé les
enfans par le feu, pour les dedier
aux Idoles. Or la façon en eſt tel-
le. Les filletes eſtans de l'aage de
dix à douze ans on les conduict à
ces Monaſteres des Bramins à de
certains Idoles , en la compaignie
de tous leurs parens , auec gran-
de ioye , tout ainſi comme ſi on les
menoit à nopces. A la porte de
ces maiſons d'oraiſon, & hors l'en-
clos du Monaſtere des Bramins , y
a des puids , faicts de pierre noire,
La Forest creux de la hauteur demie d'vn hõ-
me, & enuironnez d'vn petit eſ-
calier de bois , ſur les degrez du-
quel y a pluſieurs chandelles allu-
mées, à cauſe que cecy ſe faict de
nuict. Sur ce puys y a vne pierre
haute d'vne coudée, ayant vn trou
ou milieu , & ſur ce trou vn pieu ai-
gu, pour l'effect qu'étẽdrez mainte-
nant. L'eſcalier eſt tout enclos &
tapiſſé de quelques draps de ſoye,
ſi hauts , que ceux , qui ſont au de-
hors ne ſçauroyent rien veoir de ce
qui ſe faict au dedans : ainſi la mere
de la fille, & quelques autres dames
entrent dedans ce puis , où , apres
pluſieurs ceremonies faictes, & o-
raiſons dictes , font monter la fil-
lette , ſur le pieu aigu, qu'elles luy
fourrent & font entrer en ſon con-
duict naturel , iuſques à effuſion
de ſang, & penſent ainſi l'auoir fait
depuceler , & conſacrer ſa virginité
à ſon idole.
84Nvptiale.

Les Campioniens.
Chap. XVII.

NOn loing de ſuccuir au pays
Cathajen , eſt la cité de Cam-
pion
, laquelle eſt du Royaume de
Tanguts
. Icy vous auez pluſieurs
ſortes de persõnes,les vns ſont ido-
latres, les autres Mehemetiſtes, au
reſte peut y auoir quelque poigneé
de Chreſtiens, ſi tres-fort corrom-
pus, qu'ils ne reſſentent que de bien
loing le Chriſtianiſme. Les Bachſi 63
& Religieux idolatres ſont vn peu
plus ſages, ſobres & modeſtes, s'ab-
ſtenants de quelques fautes, eſquel-
les les autres ſe ſoüillent ordinai-
rement , comme en la paillardiſe,
Aſça-
uoir ſi
l'homme
eſtant re
cerché
par la
femme
ne peche
pas.
laquelle ils n'acomptent point à
peché , au moins duquel on doiue
faire eſtat , ayans opinion que ſi la
femme recherche l'homme , &
qu'elle le mette en rut d'amour,
que l'accointant il ne commet pe-
ché, mais ſi c'eſt l'homme ,qui face
La Forest la pourſuitte , lors eſchoit de la fau-
te. Autrefois , comme i'ay eſté cu-
rieux de ſçauoir pluſieurs choſes,
i'ay prins peine de ſçauoir la cauſe
de ceſte diſtinctiõ. Aucuns, & meſ-
mes ceux qui ſembloyent les mieux
habillez d'entendement , diſoyent
que l'occaſion eſtoit toute euidẽte,
car, puis que l'homme deuoit eſtre
chef de la femme , s'il venoit à cho-
per, de tant plus eſtoit-il reprehen-
ſible, qu'ayant, comme l'on dit , les
yeux à la teſte,il faiſoit vne ſi lourde
demarche, que, quant bien elle ſe-
roit moindre , elle meriteroit vne
griefue reprimẽde. De ma part i'ac-
culpe grandement le maſle , qui ne
ſçait vſer de la prudence, que Dieu
luy a donné,pour ſçauoir ſagement
gouuerner ſon meſnage,& par ain-
ſi deteſte l'impudicité de ceux , qui
ou ſeduiſent, ou forcent les Dames,
mais pourtãt on ne me pourra faire
accroire, que les femmes n'offensẽt
auſſi griefuemẽt la Majeſté du tout-
puiſſant , lors qu'elles ſe mettent à
enjoller les maſles indiſcrets , d'au-
tant 85Nvptiale. tant que le mauuais aduis des vns
n'excuſe point les autres , encores
que ce ſoit à l'homme à maiſtriſer
& tenir bride aux eſſais & deſſeins
de la femme, tout ne plus ne moins
qu'Adã ne demeura hors de coul-
pe encores qu'Eue luy eut cõſeillé
de manger du fruict inhibé & def-
fendu. Donc les Campioniens ſe
meſprenent bien lourdement , en
ce poinct, tout ainſi qu'à ce qui ap-
partient au reſte des ceremonies de
leurs mariages, c'eſt là où ils ſe ſont
monſtrez du tout mal-aduiſez. De
Pluralité
de fem-
mes re-
ceuë en-
tre les
Campio-
niens
.
faict ils ſe ſont tellement deſbordez
que chacun peut auoir iuſqu'à tren-
tes femmes, & plus, ſi tãt ils en pou-
uoyent nourrir, & tant s'en faut,
qu'elles leur portent rien, que plu-
ſtoſt ils les dotent,non d'or ou d'ar-
gent, ains de beſtial , & d'eſclaues,
mais la premiere qu'ils eſpousẽt eſt
reputée la plus grande , & ayant la
ſur-intendance de leurs maiſons. Et
s'ils voyent qu'il y en ait quelqu'vne
de rioteuſe & quereleuſe, de ſorte
qu'on ne la puiſſe ſupporter en ſes
H La Forest crieries ils la deſchaſſent, tant peu
de tenuë a entre eux le ſainct nœud
de mariage. Au reſte ils ſont ſi
brutaux, que ſans reſpect de ſang,ils
s'accouplent à leurs parentes, tant
leur ſoyent elles proches , ſauf à
leurs meres , mais d'eſpouſer & ac-
cointer les vefues de leurs peres ils
n'en font aucune conſcience, com-
me auſſi ne font ils d'autres for-
faicts , qui ſont abominables. En-
cores eſtoyent plus ſobres les Ly-
myrmeis
, dont parle Stobee Ser-
mon
quarante deux és loix, apres
l'Hiſtorien Nicolas touchant les
nations, leſquels auoyent leurs fem-
mes communes, & nourriſſoyent
leurs enfans en commun iuſques à
la cinquieſme annee. Lequel temps
expiré, ils en chargeoient ceux auſ-
quels les enfans , reſſembloyent
le plus.
[Sceau de la Bibliothèque de l'arsenal]
86Nvptiale.

Les Camuliens.
Chap. XVIII.

LA Prouince de Camul eſt dans
le pourpris du pays Cathaien,
ſujette au grand Cham 64, non loing
du deſert de Lop, & du mõt Vſſon-
te où Emai
, poſée au midy de Tan-
guth
. Les habitans d'icelle ſont ido-
latres, mais au reſte non point ſi dé-
courtois que le reſte des Tartares, &
quand tout eſt dict,ſont plus chari-
tables aux eſtrangers, qu'il n'eſt ſeãt
& conuenable, pour maintenir net-
te la chaſteté de leur couche. Ils
ſont plaiſans & addonnez à paſſe-
temps , ne ſe ſoucians que de rire,
chanter, ſonner d'inſtrumens , dan-
ſer , lire & eſcrire à leur mode , en
ſomme à viure en repos, ſans aymer
ny debat , ny guerres quelconques.
Sont au reſte ſi courtois , enuers les
eſtrangers , qu'on ne ſçauroit leur
faire plaiſir plus grand , que le lo-
ger chez eux, & s'eſiouïſſent, voyãt
H ij La Forest vn qui paſſe, s'addreſſer à eux , pour
Camuliẽ
nes
trop
prodigue
de leur
pudicité
enuers
les paſ-
ſans.
heberger en leurs maiſons : & tant
que l'eſtrãger y demeure,ils ſe tien-
nent aux champs, pour ne l'empeſ-
cher de faire quelque bon coup,
voire qu'auant que ſe departir d'a-
uec leurs femmes ,ils leur commã-
dent tres-expres,& fils & filles,d'o-
beïr à leurs hoſtes, & faire tout ce,à
quoy ils les voudront employer, &
des champs auant leur enuoyent
toutes leurs neceſſitez , mais il faut
que l'eſtranger les paye à prix rai-
ſonnable. Il leur eſt permis de ſe
ioüer aux femmes de ceux qui les
reçoiuent, elles s'eſtimãs bien-heu-
reuſes de gratifier leurs hoſtes , de
ce dont ils les requierẽt, comme de
choſe aggreable à leurs Idoles , &
d'obeïr aux cõmandemens de leurs
maris : ioint que par ce moyen elles
penſent que leurs biens ſont aug-
mentez , & leurs enfans maintenus
& conſeruez en ſanté. Eſtans belles
en perfection , ne faut s'eſbahyr ſi
les voyageurs ne ſe dedaignent de
receuoir ces charitez en gré , puis
87Nvptiale. que ſans jalouſie des maris , ils en
peuuẽt iouïr tout à leur aiſe, & ſans
difficulté , peſcher au plat. On dict
que Mangù,Cham 65, ayant entendu
ceſte vilainie & ſotte façon de faire
des Camuliens , ſe plaiſans ainſi au
Coquage,leur fit deffence , ſur pei-
ne de la vie,de ne plus vſer de ceſte
illegitime liberté & abandon de
leurs femmes, leur permettant bien
de loger les paſſans , mais entendoit
qu'on fit des logis publics, où ils ſe
puiſſent retirer. Ils obeïrent pour
quelque temps,à l'Edict du Prince:
mais, voyãs, que leurs terres eſtoyẽt
deuenuës ſteriles & que le ſuccez
de leurs affaires baſtoit à l'Empire
eurent recours à leur Roy ( ainſi
qu'eſcrit Marc-Paul, Venitien , au
chapitre 37. liure 9. ) le ſupplient ne
leur deffendre ce que de toute an-
cienneté ils tenoyent de leurs pre-
deceſſeurs , remonſtrent les incom-
moditez aduenuës depuis que ſon
Edict auoit eſté en vogue , que les
dieux courroucez de leur diſconti-
nuation d'vſer du droict d'hoſpita-
H iij La Forest lité, les auoyent auſſi punis de telle
ſorte , que s'il ne leur permettoit de
viure, cõme au paſſé, leurs maiſons
& biens s'en alloyent en ruine. Mã-
gu, oyant vne requeſte tant inciuile,
& voyant la force de ce peuple ſe
trouua bien entrepris , & dict aux
deputez. Puis que vous ſouhaitez
tãt voſtre vitupere & infamie , qu'il
vous ſoit octroyé , allez & viuez ſe-
lon les couſtumes de vos anceſtres,
& faictes , que vos femmes à leur
plaiſir , ſoyent charitables de leur
corps à tous ceux qui paſſent , car
deſormais ie ne vous y feray aucun
empeſchement. Et ainſi ces bons
Ieans ou bõnes gens ( il faut meſler
les maſles auec les femelles) s'en re-
tournerent gays & ioyeux en leur
pays ,diſpenſez , par priuilege, de
maintenir le coquage en leurs ter-
res. Icy le liſeur doit conſiderer,cõ-
bien grande eſt l'aſtuce du diable,
qui a ſceu faire breſche au mariage,
par le moyen de la charité & hoſpi-
talité. Si l'Autheur que i'ay cy deſ-
ſus cotté,n'eut luy-meſmes eſté ſur
88Nvptiale. les lieux , quelque temps apres que
ceſt octroy fut donné à ce peuple,
où qu'en ces meſmes œuures ie
n'euſſe propoſé des exemples des
Dames , qui ne ſe ſont proſtituées
que trop volontiers , ie cõſeillerois
à qui voudroit , de meſcroire ce cõ-
pte : Mais(helas) nous ne trouuons
que trop d'exemples, de maints au-
tres peuples , qui ont auſſi aiſément
preſté l'eſpaule au coquage comme
les Camuliens. Entre autres vous
Lacede-
moniẽnes

licẽtiées
de rece-
uoir ſub-
ſtituts de
leurs ma
ris.
auez les Lacedemoniens , leſquels
(ſelon le recit qu'en fait Dominique
Marie
,au vnzieſme liure de ſa Geo-
graphie, apres l'Hiſtorien Trogue)
tenans aſſiegée la Cité de Meſſine,
où deſia ils auoyent demeuré dix
ans,ſans y rien profiter , leurs fem-
mes les enuoyerent rappeller, pour
ſe veoir ſeules, & craignãs , qu'elles
ne demeuraſſent ſans lignée. Eux
obſtinez en leur deliberation, de ne
leuer le ſiege , qu'auec la priſe de la
place aſſiegée , choiſirent quelque
troupe de ieunes hommes au camp
pour les enuoyer à Lacedemone , à
H iiij La Forest fin qu'ils ſatisfiſſent au deſir de
leurs femmes, & retranchaſſent ce-
ſte ardeur, qui les prouoquoit à meſ-
contentement, en ſomme qu'ils fuſ-
ſent leurs ſubſtituts en matiere d'ai-
des de couche. Ces ieunes leurons
firent ſi bien & beau leur deuoir,
que les Dames ſe trouuerent gen-
timẽt enceintes , & leurs enfans fu-
rent pour ceſte occaſion nommez
Spartains, où( ſelon Iuſtin ) Parthe-
nies
, qui eſt à dire, virginaux , pour
auec l'honeſteté de ce nom, couurir
le deshonneur de leurs meres. Les
Lithuaniens ont bien donné à leurs
femmes la bride plus laſche , car les
plus honeſtes d'entre elles ont des
concubins, par la permiſſiõ de leurs
Coadiu-
teurs du
mariage
receus en
tre les
Lithua-
niens
.
maris,leſquels elles appellent coad-
juteurs du mariage. En France,Dieu
a permis, que la licence n'eſt point
ainſi deſbordée,au moins la Loy ne
permet point que la cornardiſe y
regne en telle liberté , ſi trouue on
bien moyen d'y faire gliſſer le cou-
paudiſme 66,par deux voyes , du tout
deteſtables. Vous en auez aucuns,
89Nvptiale & trop plus qu'il ne ſeroit à ſouhait-
ter,qui pour s'agrandir en hõneurs,
& biens,& faire bouillir la marmite
ne font conſcience de preſter ce
qu'il deuroyent tenir plus cher en
leurs femmes:mais puis que l'auari-
ce & l'ambition a ſi bien enrumé
ceux-cy , qu'on ne peut leur faire
ſentir la villainie , puanteur & infe-
ction de leur cornardiſe,nous ſom-
mes, malgré nous , contraincts les
laiſſer croupir en leurs ordures. Hé!
que dirons nous de ces maris , qui
pour rompre le charme du neud
d'aiguillette , eux-meſmes ( tant ils
ſont dénaturez)ſont cõtants d'eſtre
maquereaux , pour ſe faire planter
les cornes , à ceux qui y ont autant
de credit , que Magnificat vient à
propos à Matines. Et neantmoins
nous voyons vne ſi grande bande
de coquins de leur honneur , qui ſe
font à cul leué , incucurbiter 67, que
moy-meſmes i'ay honte de croire
ce que ie ne puis entẽndre,qu'au des-
honneur de noſtre France.
H v
La Forest

Les Tarnaſsariens.
Chap. XIX.

LA prouince de Tarnaſſarie eſt
en l'ancienne region des Me-
ſoliens au ſein Gangetique, du coſté
occidental de Gangé. Le Roy de ce
pais eſt fort puiſſant & idolatre,mais
toutesfois n'eſt ſi ſot que celuy de
Calecut à faire depuceler ſes fem-
mes aux Bramins, mais pourtant ne
laiſſe d'vſer de plus grande charité
Tarnaſ
ſariẽnes

depucelés
par des e
ſtrãgers.
& auſſi ſale vilanie que l'autre. De
faict les Tarnaſſariens ne veulent
eſpouſer fille, qui porte ſon pucel-
lage non plus que les Thebetiens,
ains les font eſſayer par des hom-
mes blancs , ſoyent ils mores c'eſt à
dire Alcoraniſtes , ou Chreſtiens,
s'il y en a de ſi malheureux, qui veu-
lent s'accoupler auec les infideles:
car ces Roys ne ſouffrent pas, que
pas vn de leur loy idolatre ait l'ad-
uantage de leur faire le paſſage des
nopçes. Voire les gentils,qui ſont
90Nvptiale. naturels du pays vſent de ceſte fa-
çon de faire, qu'auant que d'eſpou-
ſer, s'ils rencontrent vn blanc , de
quelque langue , eſtat ou nation
qu'il ſoit , ils le meneront en leurs
maiſons exprés , pour faire depuce-
ler leurs accordees. Il eſt bien vray,
Commẽt
les Tar-
naſsariẽs

s'entre-
tiennent
en l'a-
mour de
leurs a-
mies.
que depuis qu'vne femme eſt ma-
riee,il ne faut s'y iouër , à cauſe que
les hommes n'en ſont ſi liberaux
que les Calecutiens. L'amour eſt
en ces quartiers traictee d'vne e-
ſtrange façon , d'autant que ſi vn
ieune homme deuient amoureux
de quelque femme , & il luy veut
faire entendre ſa paſſion, & le deſir
qu'il a d'eſtre à elle, pour luy mon-
ſtrer, que ce ne ſont faintiſes de ſon
affectiõ , mais que c'eſt du profond
du cœur, qu'il parle, & qu'il l'ayme,
& qu'il n'y a peril auquel il ne ſi ha-
zarde pour luy faire ſeruice , tandis
qu'il deuiſera auec ſa Dame , il prẽ-
dra vne piece de drap baignée en
huile,laquelle,bien trampee il allu-
mera au feu , & icelle bruſlant il la
met ſur le bras tout à nud : & tandis
H vj La Forest qu'elle ſe conſume ſur la chair il ne
ceſſe de deuiſer auec ſon amoureuſe
ſans faire le moindre ſigne que ce
ſoit de ſe troubler ou de ſentir dou-
leur quelconque. Que ſi le Tarnaſ-
ſarien
ayme bien ſa partie aſſeurés
vous que la femme n'en eſt poinct
ingratte comme elle faict paroiſtre
par la ſubiection, humilité & obeiſ-
ſance qu'elle luy porte,meſmes par
Tarnaſſa
riennes

ſuiuẽt de
bien pres
leur mary
au tom-
beau.
le dernier deuoir duquel elle hono-
re ſes obſeques. Le ſacrifice mor-
tuaire ſe fait ſous quelque arbre &
là on bruſle le corps auec bois d'a-
loy
, Storax, Sandool & encens, y aſ-
ſiſtans tous les meneſtriers de la vil-
le, & des maſques déguiſés en Dia-
bles,leſquels ſe reſiouyſſent & font
grands ſignes de lieſſe. Cependant
la femme du deffunct fait de gran-
des plaintes , bat les mains , ploure,
ſouſpire & ſe tourmente iuſques à
deux heures de la nuict. Mais quin-
ze iours apres le treſpas du mary el-
le va ſe ſacrifier & bruſler, toutes-
fois auant elle mange tant de Betel-
les & Areca, (qui ſont fort propres
91Nvptiale. pour rauigourer le cœur ) qu'elles
en perdent tout ſentiment & ap-
prehenſion, car autrement il n'y a
perſonne ſi conſtante qui voyant
les maſques repreſentans les Dia-
bles auec du feu, ne s'effrayaſt & ne
perdit la conſtance, de laquelle vſe
ce peuple & ces femmes , qui pen-
ſent s'en aller de tout ce pas au ciel,
s'offrans à la mort ſi volontairemẽt.
Ie ne veux point nier que la femme
ne ſoit neceſſitee à ce faire , d'au-
tant que ſi elle refuſe à ſe ſacrifier
elle eſt miſe à mort, chaſcun la te-
nant pour vne paillarde & adultere,
& ainſi la mort y eſcheant touſiours
les femmes ayment mieux ſe mon-
ſtrer courageuſes en mourant ſans
infamie, que d'encourir blaſme , &
mourir vituperées & infames.

Les Tebethiens.
Chap. XX.

L'Vne des principales Prouinces
du Cathai, eſt celle de Thebeth,
& qui eſtoit autresfois de telle eſtẽ-
La Forst due, qu'elle cõprenoit huict Royau-
mes & pluſieurs grandes cités. Le
peuple y eſt le plus meſchãt de tout
l'Orient,addonné à la Necromancie
ſortileges,arts & impoſtures diabo-
liques. En leurs mariages ſont ils en-
cores plus difformes, car afin que ie
ne faliſſe point ce diſcours de l'im-
pieté , par laquelle ils defigurent
l'entretien de leur conionction
Thebe-
tiennes

depuce-
lees
par les
paſsa-
gers.
maritale , & pareillement que par
la pluralité de femmes qu'on leur
attribue ie ne ſemble me plaire en
redictes , ie ne veux que propoſer
l'entree de leurs mariages , qui eſt
fort eſtrange. De faict les habitans
de ceſte region ont ceſte fole & ſa-
le couſtume introduicte entre eux
par la villaine introduction des ido-
les de long temps en ça , qu'il n'y a
aucun , qui vueille eſpouſer vne fil-
le,qui ſoit pucelle, ains auant que la
prendre à femme il faut qu'vn autre
iouë le fol & face l'entree. Pour
toute raiſon ils ne ſçauent vous al-
leguer ſinon que tel eſt le plaiſir
de leurs Dieux, qui monſtre bien
92Nvptiale. quelle eſt la malice de Sathan , que
de cauſer l'aueuglement ſi grand de
ce peuple , que la ſaleté luy eſt ainſi
agreable. Par ainſi quand la Caroua-
ne 68paſſe par ce pays & qu'on tend
les pauillons,pour y loger , les me-
res, qui ont des filles a marier les
y conduiſent , & prient les mar-
chands de prendre leurs filles, &
s'en ſeruir ( on entend bien chat,
ſans dire minon ) tandis qu'ils s'ar-
reſteront-là, afin qu'elles ayẽt moiẽ
de les pouruoir ainſi que r'appor-
te Marc Paul Venitien au chapi-
tre trente-ſeptieſme du ſecond li-
ure , les marchands choiſiſſent les
plus gayes,gaillardes, diſpoſes,ieu-
nes, belles & qui leur aggreent le
plus , & renuoyent les autres, qui
ſont bien maries de ſe voir de
la façon rebrouees , reiettées
& miſes au rang des oubliees &
delaiſſees. Apres auoir retiré d'el-
les tout ce qu'ils ont en phantaſie
& leur auoir donné le recipé , qui
les rend femmes , & rompu la taye
La Forest de leur pucellage,à leur depart ren-
dent ces petites mignonnes à leurs
meres, mais bien en autre eſtat
qu'ils ne les auoyent receu, car de
pucelles , il n'en faut plus parler,
ains maintes-fois la bedaine leur
deuient enflee & hydropique.
Mais ſçauez-vous auec quels re-
merciemens les meres reçoyuent
leurs filles domtees & façonnees à
l'eſperon , voyre que le Caluaca-
dour
qui aura apprins à la fille à
courir la carriere ne partira iamais
ſans eſtre honoré d'vn preſent fort
honneſte. Quant à eux comme ils
ne ſont vilains , prenans congé de
leurs mignardes ils leur donnent
quelque anneau ou petite bagatelle
qui leur ſert de marque de leur
depucelement , & celle qui en eſt
la mieux fournie & embaguee eſt
auſſi la mieux eſtimee, comme e-
ſtant bonne robbe , & ayant don-
né contentemẽt a plus grand nom-
bre d'hommes: pour ceſte cauſe les
ieunes hommes du pays la pour-
ſuyuent plus volõtiers pour l'auoir
93Nvptiale. en mariage : mais depuis qu'elles
ſont mariees ny a ſi hardy qui oſaſt
toucher la femme d'vn autre,s'il ny
vouloit laiſſer la vie. Ie ne ſçay où
l'autheur des diſcours touchant
les mœurs eſtrangers a trouué que
les hommes Thebethiens, facent
l'office de femmes:il ſe pourroit biẽ
eſtre meſpris ſur ce que Marc Paul
au quarante vnieſme chapitre du ſe-
cond liure r'apporte de ceux de
Cardandan, & que ie ne puis croire,
quoy que Strabon au troiſieſme li-
ure de ſa Geographie afferme que
iadis les Eſpagnols vſoient de pa-
reille maniere de viure, qui eſt que
Sot alli-
tement
d'hõmes.
des que la femme eſt deliuree de
ſon fruict, & qu'elle a geu elle ſe le-
ue du lict , & lauant ſon enfant &
l'emmaillottant , ſon mary vient,
ſe coucher & fait la giſante au lieu
de la pauure femme affligee du tra-
uail : & luy met on l'enfant aupres
duquel il a le ſoin par l'eſpace de
quarante iours, qu'il ſe tient là com-
me vne poule ſur ſes œufs, ſans que
iamais durant ceſt eſpace il en bou-
La Forest ge & tandis il eſt viſité des parens &
amis pour le reſiouïr & conſoler-là
où la femme eſt cependant par la
maiſon , appreſtant à manger & à
boire à ce ſot accouché & ayant la
peine d'eſtre la nourrice & de l'en-
fant & du pere.

Les FeZeens.
Chap. XXI.

PVis que ie ne me ſuis deſtiné à
deſcrire icy tout ce qui eſt des
mœurs & façons de viure des Fe-
zeens
,ains, ſeulement ce qui viſe à
leurs mariages, ie paſſeray par deſ-
ſus ce dont ie pourroie eſtre requis
concernant leurs Moſquees, Colle-
ges, hoſpitaux, eſtuues, accouſtre-
mens , iuſtice , charmes & autres
particularitez qui pourront eſtre
appriſes de Iean Leon. Quelques
vns veulent reigler les Fezeens ,
pour le fait des mariages à ce qui eſt
pratiqué entre les Turcs & autres,
à ſçauoir que les femmes ſont a-
94Nvptiale. chaptees par les maris. Toutes-fois
Quelles
choſes
ſont don
nées en
mariage
aux Fe-
zeens
.
d'autres tiennent, que le pere don-
ne certaine ſomme de deniers ſe-
lon ſa portee , & faict vn banquet,
qui ſouuẽt luy reuiẽt à plus que le
douaire qu'il donne à ſa fille: mais
quant aux habits il n'y eſt pas tenu,
ains faut que le mary face le reſte
des frais , pour-autant qu'il eſt bien
raiſonnable ( diſent-ils) que celuy,
qui veut monter ſur la beſte la fa-
ce ferrer & harnacher. Le pere n'eſt
obligé qu'à fournir l'argent cou-
ché au contract de mariage, lequel
ils vont paſſer en preſence des pa-
rens de tous les deux coſtés dedans
la moſquee: Apres laquelle cere-
monie le fiancé faict le banquet a
toute la compagnie, & donne plu-
ſieurs ioyaux à ſa promiſe. Et
bien que les peres ne donnent à
leurs filles maiſons , borde , ny
heritages ou poſſeſſions en ma-
riage , ſi eſt-ce que la couſtume
plus ordinaire eſt , que , ſi elle
eſt de maiſon , elle aura auſſi de
La Forest ſon pere ( mais c'eſt de grace)trois
robes de drap fin, trois de ſoye ſoit
ſattin , velous , ou damas, bon
nombre de chemiſes & linceux ou-
urés, oreillers elabourés richement,
& gentiment : comme encores le
pere luy dõne huit materas, & neuf
couuertures vn tapis velu long d'en-
uiron dix aunes & noter que des
couuertes, du lict, il y en a trois de
laine , & de toile reueſtuë , trois de
ſoye cottonnee, comme ſont nos
contrepoinctes & trois ſimples de
cotton: & vn tapis de fine laine &
comparty en labeur repreſentant
des flambes de feu , bordé de cuir
doré crenelé , à chaſcun deſquels
creneaux y a des houpes de ſoye &
des boutons de meſmes pour eſten-
dre le tapis contre la muraille. C'eſt
en ſomme le doüaire qu'on donne
ordinairement aux filles en Affri-
que, contre l'argẽt qui ne paſſe onc
Quel
doüaire
eſt cõſti-
tué aux
filles.
cent ducats entre les plus riches:
De meſmes que par l'ancienne cou-
ſtume de Marſeille , il n'eſtoit per-
mis de bailler aux filles plus de
95Nvptiale. cent eſcus en mariage & ainſi que
teſmoigne Strabon au liure de ſa
Geographie ) & plus de cinq eſcus
en veſtemens. Et par les ordon-
nances de Veniſe il eſt defendu de
donner plus de ſeize cent ducats à
à la fille noble : & ſi le gentil-hõme
Venitien eſpouſe vne roturiere il ne
peut prendre que deux mil ducats.
Vray eſt que l'ordõnance y eſt auſ-
ſi mal gardee que celle du Roy
Charles IX. qui deffend de bailler à
la fille en mariage plus de dix mil
liures qui quelques-fois decuplent
en des ſimples mercanti : & neant-
moins l'ordõnance du Roy Charles
V
. Ne donne aux filles de la maiſon
de Frãce que dix mil liures. Toutes-
fois depuis les doüaires ont biẽ en-
flé, tout ainſi qu'à Rome la loy qui
reigloit la deſbordee prodigalité
des peres enuers leurs filles fut ſi biẽ
aneãtie qu'il ſe trouua vne fille d'vn
Procõſul, qui ſe mõſtra vne fois, ayãt
ſur elle en habits & pierreries la va-
leur de trois millions d'eſcus. Mais
laiſſons ces exces, & voyõs, cõmẽt à
La Forest Feez ſe celebrent les nopçes , puis
que nous ſçauõs quel eſt le doüaire.
Ceremo-
nies des
nopçes à
Feez.
L'eſpoux,le iour qu'il prend ſa fem-
me, la fait entrer en vne loge faite à
huict fares, toute baſtie d'ais, & ta-
piſſée de ſoye & de drap d'or, & eſt
portée par des facquins & croche-
teurs , qui la mettent ſur leur teſte,
accompagnée de ſes parens, & de
grand nombre de fiffres, tabours, &
trompettes, & les parẽs du mary luy
vont au deuãt, auec torches, & ceux
de la fille vont apres , & faut qu'ils
aillent paſſer par deuant la grande
Moſquée , & de s'arreſter en la pla-
ce , qui eſt deuant icelle : là où le
mary ſaluë le pere & les parens de
la fille , & ſoudain s'en va en ſa mai-
ſon , où il attend ſa femme dedans
ſa chambre : là le ſuiuent le pere, le
frere & l'oncle de l'eſpouſée ( ſi el-
le en a ) & eſtans à la porte de la
chambre offrent la fille , & la con-
ſignent entre les mains de la mere
de l'eſpoux : dés auſſi toſt que la
nouuelle marieé eſt en la chambre,
l'eſpoux luy marche ſur le pied , &
96Nvptiale. tous deux s'enferment en la cham-
bre ſeuls , & tandis qu'ils deuiſent
enſemble, & font leur beſongne,
(qui s'entend ſans nommer) les au-
tres ſe mettent à appreſter le ban-
quet , ſauf qu'il y a vne femme de-
putée , qui ſe tient aux eſcoutes à
l'huis de la chambre , pour ouyr
quand le nouueau marié aura de-
pucelé la fille : car elle ne peut eſtre
percée ſans qu'il y ait de la colliſion
& du bruit d'of, tel que maintes
ſuccrées 69ſçauent bien faire par de-
ça, qui quoy qu'ébaillées , pour rai-
ſon de leur pucellage , ſçauent ſi
biẽ reſtreſſir leur encouleure, qu'a-
uec les ſimagrées , fuites & feintes,
qu'elles font , les plus habiles ſont
bien ſouuent ſur termes d'eſtre en-
jolez , & pris au trebuſchet. Et ne
leur eſt beſoing de s'aller baigner à
la fontaine Canathe , tout le cas eſt
ſi bien patronné qu'elles ſe font en-
tendre eſtre depucelées. Or pour
reuenir à noſtre depuceleur Fe-
zeen
, ſi ſa femme eſt pucelle elle
luy donne vne toile enſanglantée
La Forest en main , & luy s'en va auec elle
vers les conuiez, criant & leur don-
nant aſſeurance , que la fille eſtoit
entiere , car ſi autre il l'a trouuee,ne
faut auſſi de la rendre aux parens
d'elle, leſquels s'en retournẽt , auec
leur grande confuſion , & les con-
uiez s'en vont auſſi , ſans prendre
leur repas : mais alors qu'elle eſt
pucelle, on faict gode chere , & la
femme, qui a eſté aux eſcoutes, eſt
careſſée , banquetée , & eſtrenée
par les parentes , & du mary & de
la nouuelle eſpouſée. Inſolence &
ſottiſe qui ſemble encores eſtre reſ-
ueillée parmy noſtre France , où les
eſpies du depucelage, le broüet &
autres baguenauderies trottẽt pour
le couronnement du nopçage,deſ-
quelles ie ſuis hõteux d'ouurir pro-
pos , comme des banquets qui ſe
font par trois fois , ores par le pere,
de l'eſpouſée , & d'autres fois par
le nonueau marié : de leurs danſes
& chanſons , des preſens donnez
par les parens à l'eſpouſée. Il vaut
mieux , que , pour le comble du
malheur 97Nvptiale. malheur des Dames Fezeennes , ie
r'amẽroiue 70qu'elles ſont tenuës fort
ſujettes par leurs maris, qui en ſont
jaloux au poſſible,de maniere qu'ils
ne leur permettent de ſortir gueres,
ſi elles ne vont à la Moſquée. Tou-
tesfois,tous jaloux qu'ils ſont,ſi per-
mettent ils aux Sectaires , nommez
par vn de leurs Poëtes Ibnul Farill,
qu'ils leur plantent vn haut cimier
de cornes, ſur la teſte. Ceſte ſecte eſt
Abomi-
nable li-
cence des
Ibnul
Farill
,
apres les
Fezeen-
nes
.
du tout deteſtable , tant pour l'im-
pieté de leur hereſie , que pour leur
vie, qui eſt du tout abominable, &
beſtiale, comme ceux , qui courent
tous nuds par les ruës , & qui ren-
contrans vne femme, qui leur plaiſt,
vous l'empoignent en veuë de cha-
cun, comme chiens, & la cognoiſ-
ſent charnellement , ſans que per-
ſonne leur oſe donner empeſche-
ment , à cauſe que le peuple les tiẽt
pour ſaincts , & que ceux meſmes,
les femmes deſquels ont ainſi eſté
honnies , le treuuent le meilleur du
monde , & ſe reputent pour tres
heureux de telle accointance. Au-
I La Forest cuns dient qu'ils ne croyent point
que ce ſainct homme ait eu co-
gnoiſſance charnelle auec leur eſ-
pouſe , mais que çà eſté vn ſeul
tranſport d'eſprit , qui la luy a faict
coucher deuant tout le peuple. En
coniectures il n'eſt point deffendu
de iuger, parce que nous trouuons
eſtre pratiqué par ce peuple , prin-
cipalement par les hoſteleries , &
brelans de garſes , & filles de ioye,
qui ſont vrayement des bordeaux,
ſans qu'ils ſoyent ſujects à la iuſtice:
car ces hoſtes ont vn iuge pour eux,
& deuant lequel par leur priuilege,
ils vont ſeulement rendre compte
des fautes qu'on leur met à ſus.
Bien eſt vray que ces hoſteliers ſont
tellement infames, qu'il n'y a hom-
mes d'honneur qui vueille leur par-
ler vne ſeule parole , & leur eſt in-
terdict d'entrer és Moſquées pour
eſtre pecheurs publics & d'vne vie
tres-ſale & deshoneſte.
98Nvptiale.

Les Cubeens, & Haytiens.
Chap. XXII.

IE n'employeray grand diſcours
ſur la diuerſité des noms, qu'on a
baillé à l'Iſle de Cuba , comme de
Fernandine 71pour l'amour de Fer-
dinand
Roy d'Aragon, de Sainct
Iaques
à cauſe de ſa ville principa-
le, portant meſme nom : de Guiana 72,
d'Alpha, & Omega, & d'autres:puis
que ce n'eſt le but de mon deſſein,
non plus que vous deſcrire l'aſſiete
& ſingularité du lieu , me ſuffit de
toucher à ce qui regarde les maria-
ge de nos Cubeens , qui ſont fort
eſtranges : veu qu'au nopçage des
Caciques & Roitelets , tous les Sei-
gneurs du ſang Caciqual faut que
Eſtrange
meſlange
des Cu-
beẽs
auec
les nou-
uelles ma
riées.
touchent & abordent l'eſpouſée,
auant que le mary ait moyen de la
cognoiſtre:autant en font les hom-
mes de leur maiſon , ſi vn de leur
rang ſe marie,entre les Plebejens &
populaires tout de meſmes, car tous
I ij La Forest ceux qui ſont appellez à la feſte, faut
qu'eſſayent la portée de la mariée,
& facent l'entrée au mary. Tout le
ſeruice du depucellement finy , &
que la fille a ſouffert le choc de plu-
ſieurs , elle ſort auec grande furie
de ſa chambre, branlant les bras,&
tenant les poings ſerrez & hauſſant
la main , & crie ces mots , Manica-
to
, Manicato , qui ſignifie , qu'elle
a eſté efforcée , & qu'on l'a depu-
celée , & dict cecy ſi haut & auec
telle grace & conſtance,qu'on voit
bien , qu'elle ſe louë & ſe vante
d'auoir vaillamment ſouſtenu l'aſ-
ſaut de tant d'hommes. Et non ſans
cauſe , veu qu'en ce pays ils repu-
toyent à grande gentilleſſe, que de
ſe ſouiller en paillardiſe : qui pis eſt
ils eſtoyent addonnez au peché du
tout abominable. Quelques vns
s'eſcarmouchent de ceſt eſtrange
depucelement , lequel ie ne veux
autrement acertainer, n'eſtant aſſez
idoine , par faute de n'auoir hanté
ſur les lieux,de l'aſſeurer. Si ne vois-
ie point qu'il y ait occaſion de
99Nvptiale. décroire,ce qu'en rapportent Gon-
cal Domede
& autres , qui ſe ſont
meſlé de no9 propoſer l'Histoire des
Indes Occidentales. Ce qui m'em-
peſche de rejetter du tout leur opi-
nion eſt , que nos bigarreures vous
font veoir les depucelements des
Roines Calecutiennes , faictes par
les Bramins, d'autres par les Ibnul,
d'autre par ceux qui ſont blancs &
finalement , aux Iſles CanariesZi-
pangu
ou Iapan, on ſçait , que nul
ne peut marier ſa fille , que premie-
remẽt il ne la preſente au Roy,pour
veoir ( ainſi qu'eſcrit le Coſmogra-
phe Theuet,au vingtieſme chapitre
du douzieſme liure de ſa Coſmo-
graphie vniuerſelle ) ſi elle luy eſt
agreable : laquelle,eſtant belle, ſera
retenuë pour quelque temps en ſa
maiſon : apres on la renuoye en ſa
maiſon vers ſes parens, auec tel pre-
ſent , correſpondant à ſa qualité,
qu'elle a dequoy fournir au dot,
qu'elle voudra porter à celuy, qui la
prendra en mariage , lequel ſe tien-
dra pour bien-heureux, que le Roy
I iij La Forest ait accointé ſa femme. Que ſi elle
eſt groſſe , l'enfant né eſt porté au
Roy , qui le nourrit auec le reſte de
ſes enfans. Et meſmes on me faict
entendre qu'entre les Chreſtiens il
y a des Seigneurs , qui ont ſur leurs
ſujects ce droict de ſeruitude , qu'il
faut que le Seigneur couche auec la
nouuelle mariée. Ce n'eſt pas ( di-
rez-vous ) pour la depuceler, ie le
confeſſe, puis que quelques vns de
ceux, qui ont voulu paſſer outre, y
ont perdu la vie , mais qu'vn coup
en robe ne ſoit bien toſt fait , on ne
ſçauroit me le nier, principalement
s'il y a de l'intelligence entre le Sei-
Maria-
ges peu
aſſeurez
entre les
Cubeens.
gneur & la fraiſche eſpouſée. Or
pour reuenir à nos Cubeẽs, les ma-
riages n'y ſont gueres aſſeurez, d'au-
tant que les hommes , à la moindre
mouſche ,qui venoit leur tarteueel-
ler 73aux oreilles, abandõnoyẽt leurs
femmes, cõme auſſi le plus c'eſtoiẽt
elles, qui laiſſoyẽt leurs maris, com-
me n'y ayans plus de licence, credit
& authorité en l'vn qu'en l'autre:
Bien ſouuent elles le faiſoyẽt à bon
100Nvptiale. droict & a tres-juſte occaſion , eu
eſgard à la vie deteſtable , & cõtre-
naturée de ces hommes. Les Caci-
ques
en prenoyent tant qu'il leur
plaiſoit , & les autres autant qu'ils
auoyent moyen d'en nourrir. Il eſt
vray, qu'il y en auoit vne entre el-
les, qui eſtoit la principale, & les en-
fans de laquelle ſont les plus ad-
Haitiẽ-
nes
pour-
quoy ſe
faiſoyẽt
auorter.
uoüez. Vne choſe trouue-ie horri-
ble & deteſtable en elles , que tout
ainſi que les Haytiẽnes, elles ſe font
auorter, pour s'exempter des tyrã-
nies , forces & concuſſions des Eſ-
paignols. Quant aux Haitiẽs,nous
liſons, que n'eſtans accouſtumez au
trauail,ils n'ont peu auſſi durer de-
puis que leur Iſle a eſté Eſpaigno-
liſée, d'autãt que contraincts d'eſtre
tout le lõg du iour au Soleil, ou par
les monts à cercher l'or, ou le long
des fleuues à cribler des ſablons , il
en eſt mort fort grande quantité af-
faiſſée ſous le trauail , la plus part de
ceux qui reſtoyent ſe ſont fait mou-
rir eux meſmes,aymans mieux ſor-
tir de ce monde , que d'y viure en
I iiij La Forest vne ſi extreme miſere , & ceux qui
ne ſe ſont occis, n'ont voulu ſe ma-
rier, pour n'engendrer & mettre au
mõde , qui ſeruiſſent d'eſclaues aux
Eſpaignols, voire les femmes ſe ſen-
tãs groſſes, ont vſé de ne ſçay quel-
le herbe , auec laquelle elles ſe fai-
ſoyent eſcouler & perdre le fruict
qu'elles auoyent au ventre. En l'Iſle
Eſpaignole , quand quelque Dame
& eſpouſe d'vn Cacique ( car en ce-
ſte Iſle y auoit diuers Roys & Sei-
gneurs , ſelon les contrées d'icelle)
eſtoit accouchée d'vn maſle , tous
Noms
des enfãs
de Haiti.
les voiſins du pays la vont viſiter en
ſa geſine, & entrans en ſa chambre,
chacun dõne vn nom à ſa fantaſie,à
l'enfant , l'vn le nommant , mais en
termes du pays , ou bien torche,
reluiſante , ou fallot plein de flam-
mes , d'autres, vainqueur des enne-
mis , ou plus luiſant que fin or , &
ſi c'eſt vne fille, ils la nomment plus
ſouëfue que quelque fleur, plus
odoriferente que quelque herbe
aromatique , ou plus douce que
certain fruict , qu'ils vous nom-
101Nvptiale. ment , ou l'appellent œil du Soleil,
ou des eſtoiles.

Les Sauuages.
Chap. XXIII.

CEux qui ont frequẽté ces pays
des Sauuages du Cap de Frie,
remarquent, que bien que le lien de
mariage ſoit indignement commẽ-
cé par ces Sauuages , ſi eſt-ce que
chacun eſt content du ſien , ſans
ſouiller la couche de ſon voiſin. Ils
ſe marient ſans diſcretion trop grã-
de pour la conſanguinité , laquelle
Quels de
grés ſont
obſeruez
entre les
Sauua-
ges pour
la prohi-
bitiõ des
nopçes.
ils limitent ſeulement du fils auec la
mere , & du frere auec la ſœur,
pouſſez ſeulement d'vn inſtinct na-
turel ( ſans aucune police ou Loy,
qui les y contraigne ) & parce qu'ils
tiennent pour choſe aſſeurée , que
quiconque coucheroit auec ſa me-
re ou ſa ſœur , ou ſa fille , faudroit
qu'il finiſt malheureuſement , ſoit
que quelque experience le leur ait
appris ou autrement. Pour les au-
I v La Forest tres degrez, ils n'y ont aucun eſgard
ains y voit-on couſtumierement
l'oncle eſpouſer la fille de ſa ſœur,
qu'ils nomment Chéraindit-mébut,
c'eſt à dire la fille de ma ſœur, &
Chérémirekorem, ma femme futu-
re. Sur ce faut noter, que dés qu'el-
les ſont neés , l'oncle maternel les
leue & retient pour femmes , qui
doit eſtre, & par ce moyen le pe-
re de la fille eſt acquité d'vne partie
de la ſeruitude , en quoy il eſtoit
obligé pour ſa femme mere de l'en-
fant enuers les parens d'icelle : mais
pourtant , iamais les meres ne per-
mettent , que les hommes couchẽt
auec leurs filles,auant aage cõpetãt,
& auquel elles puiſſent conceuoir,
En quel
temps les
filles de
ces Sau-
uages
couchent
auec les
hommes.
c'eſt à ſçauoir , alors qu'elles ſont
paruenuës au temps des purgations
feminines , qui leur aduiennent en
la quinzieſme ou ſeizieſme année,
pluſtoſt ou plus tard , ſelon la di-
uerſe nature & complexion d'icel-
les , & ce le plus ſouuent au deffaut
de la Lune. Les Romains (ainſi que
nos Legiſlateurs l'ont teſmoigné)
102Nvptiale. ayans rejetté l'inſpection du corps,
ont limité le temps de marier à la
puberté. Vous voyez, que ces pau-
ures Sauuages ont mieux aimé s'ar-
reſter à la compoſitiõ naturele, ſans
meſurer les complexions de diuer-
ſes perſonnes à vne meſme année:
Par ce moyẽ ſemblẽt-ils auoir ioüé
au plus ſeur, d'autant que l'aage de
douze ans, voire quãd on les tireroit
à quinze , eſt quelquesfois trop
preſſé pour elles , qui par quelque
empeſchement naturel ſont retar-
dées de pouuoir conceuoir. Et puis
qu'icy ces Sauuages font breſche à
noſtre droict , faut veoir quel mo-
Sottes et
rigoureu
ſes cere-
monies
des Sau-
uagss
,
pour ha-
biliter les
filles à la
cõceptiõ.
yen ils ſuiuent , pour habiliter les
ceremonies & ſuperſtitions outra-
geuſes, dõt les meres vſent alors que
leurs filles commencẽt à auoir leur
premier temps, qu'elles nomment
en leur langue , Quioudu-ar ,que
nous pourrions interpreter peur
eſcheuë ou aduenuë , parce que
les filles ſont fort effrayées , quant
elles ſentent approcher le temps
I vj La Forest de ces non accouſtumées decou-
lemens, encor plus quand il eſt ar-
riué : car, outre ce qu'on leur oſte
leur cheueux , auec vne dent de
poiſſon , qui tranche tellement
quellement , le plus prés de la te-
ſte que faire ce peut , & mainte-
nant elles ſe pincettent leur poil
honteux auec des pincettes , qu'el-
les ont recouuré de ceux qui de de-
ça ont frequenté en leur contrée,
on les met debout ſur vne pierre,
platte qui ſert de gray aux gens du
pais, à dreſſer leurs coliers, blancs, &
noirs, & à polir leurs pierres vertes,
que les hommes portent en leurs
leures , en leur decoupant le cuir,
depuis leurs eſpaules , iuſques ſur
leurs feſſes, en leur faiſant vne croix
biaiſe , au long du dos , de telle fa-
çon que le ſang en découle de tou-
tes parts , & ce auec la moytié d'v-
ne dent de beſte , affutée à la ſem-
blance d'vn crochet. Et n'eſtoit la
honte & crainte qu'elles ont , fe-
royent des cris horribles , de faict
elles grinſent les dents, ſerrent leurs
103Nvptiale. poulces & tordent leurs doigts pẽ-
dant qu'on les martiriſe & bourele
de telle façon , & monſtrent bien à
leur minoir, qu'elles ne ſont gueres
contẽtes de paſſer par vne ſi extre-
me douleur. Cela fait, on les frotte
auec de la cendre faicte de courges
ſauuages, qui n'eſt moins coroſiue
que ſalpeſtre ou poudre à Canon:
en ſorte que iamais les marques n'ẽ
effacẽt. Apres on leur lie les bras &
le corps, d'vn fil de cottõ, leur metãt
au col des dẽts d'vne beſte, nõmée
en leur patois Capu-gouare, c'eſt à di-
re herbe mangeant ou viuant d'her-
be, à fin (diſent-elles) que leurs dents
ſoyent plus dures , à maſcher leur
breuuage, qu'ils appellent Chaouim,
maintiennent, ſi elles n'eſtoyẽt ain-
ſi decoupées, que leur ventre ſeroit
gaſté, & leurs enfans ſeroyent con-
trefaits. Apres on les couche en vn
vieil lict pendu par les deux bouts,
ſelon leur couſtume , du quel la fille
ne deſcẽd iuſqu'au bout de 3.iours,
où elle eſt ſerrée & enuelopée,
ſi que persõne ne la voit pẽdãt ceſte
La Forest belle diette faut qu'elle ſe paſſe de
manger, boire ny tire aucunement.
Ces trois iours paſſés elles deſcen-
dent ſur le meſme gray, & ſur tout
prennent garde de ne toucher ter-
re auec leurs pieds. Que ſe elles veu-
lent aller à leurs affaires ſecrettes la
mere ou quelqu'vne de ſes tantes
ou mere grand la portent dehors a-
uec vn charbon de feu ardant & vn
peu de cotton en vn taiz de pot, de
peur ( dient-elles ) que quelque
mauuaiſe choſe ( qu'elles appellent
Mahe) ne les approche ou ne leur
entre au corps par leurs parties ſe-
crettes ou autrement, de là en apres
ſont remiſes en leur lict, & leur don-
ne on ſeulemẽt de la farine & quel-
ques racines cuites , ſans vſer de ſel
ny de quelque ſorte de viande ou
breuuage, fors de l'eau. La pauure
patiente eſt en ceſt eſtat iuſques à ce
que le ſecond ſang ſoit venu, qui eſt
l'eſpace d'vn mois pour le moins
Lequel temps accomply & le ſe-
cond decoulement faict , nommé
en leur language Pororoipok, qu'on
104Nvptiale. interprete faire bruit derechef , elle
n'eſt pas encore deliuree de tour-
mens , d'autant qu'on luy decoupe
la poitrine , & le ventre tout ainſi
que le dos ſans luy laiſſer les feſſes
entieres, qu'elles ne ſoyent deſchi-
rees, comme le dos & le ventre. Le
mois ſuyuant leur abſtinence n'eſt
du tout ſe eſtroite, ſi ne frequentent
elles point encor auec les autres, &
ne vont aux iardins beſoigner, ain-
ſi qu'elles auoient couſtume aupar-
auant, ſeulement, ſe tiennent coyes
& ſans grouiller dans leur lict,aſſiſes
à eſplucher du cotton & filer tant
ſeulement. Le moys d'apres elles
commencent aller aux iardins, a-
pres auoir eſté noircies d'vne cer-
taine peincture noire que font les
gens de ce pays là d'vn fruict d'ar-
bre, qu'ils appellent en leur langua-
ge Ianipap. Pour en auoir le ſuc ils le
maſchent auant qu'il ſoit meur &
eſt quelque peu amer , mais eſtant
en maturité eſt bon à manger : Sa
groſſeur & couleur eſt comme les
tres-groſſes noix de noyer , quand
La Forest elles ſont toutes vertes , mais elles
n'ont point de noyau , ainſi qu'a la
noix , ains eſt comme vne pomme,
Ie laiſſe aux Medecins, à ſonder
pourquoy ces bonnes Dames font
ces ſingeries, & ſi telles detaillades
& meurdriſſeurs ſeruent à rendre
les femmes plus fertiles qu'elles ne
ſont. De dire qu'elles le facent pour
s'exempter du flux menſtrual , c'eſt
à mon aduis prendre la matiere aux
cheueux , d'autant que ( ſelon que
tiennent ceux qu'on tient pour les
mieux habillés d'entendemẽt entre
les Naturaliſtes) les femmes, qui ne
rougiſſent de tels deſcoulemens
ſont brehaignes & ſteriles , attendu
que ce sãg mẽſtrual ſert de matiere
à la generation , & la ſemence de
Maligni
té des de-
fluxions
mẽſtrue-
les.
l'homme y ſert de preſure, ſe meſ-
lãt auec iceluy. Et ne ſert d'alleguer
les imperfections compaignes de
telles emiſſions , leſquelles ie con-
feſſe, & adiouſte , que les Philoſo-
Pl.ch.15
li.7.&
chap.7.
lib.28.
phes naturels tiennent, & ſur tous
autres Pline , que ſi la femme ayant
ſes moys approche d'vn vin nou-
105Nvptiale. ueau, il en aigrira:les bleds auſſi ſei-
chent , ſi elle les touche eſtant en
ceſt eſtat, les hantes en meurent, cõ-
me font les herbes des iardins , où
elle paſſe : meſmes le fruict des ar-
bres, ſous qui elle ſe ſera rafraiſchie,
tombera:les miroirs ſe tachent à ſon
regard, auſſi fait l'acier & l'hyuoire,
meſmes que l'air en eſt infecté : les
chiens auſſi ayans gouſté des fleurs
d'vne femme deuiennent enragés
& ſont les morſures incurables:meſ-
mes que le bitume, qui nage certain
temps ſur le lac de Sodome, ou mer
morte
, & qui à cauſe de ſa viſcoſité
s'attache à tout ce qu'il rencontre
filant touſiours comme glu, n'a gar-
de de prende au fil qui ſera tient de
ce ſang venimeux. Les Formis auſſi
petites beſtes & ſages ſentẽt ce ſang
corrompu & iettent là le bled, qui
en eſt infecté , ſans iamais vouloir
en gouſter: que durant l'eclypſe de
la Lune ou du Soleil, ou bien quand
la Lune eſt en coniõction, les fleurs
de la femme ſont irremediables &
ſeruent de peſte & de poiſon aux
La Forest hõmes, qui alors ont cognoiſſance
à elles: que ſi vne femme, ayant ſes
mois touche ſeulemẽt le ieune bois
de la vigne elle le gaſtera , meſmes
qu'elle fait mourir & la rue & le lier-
re à les toucher ſeulement : qu'ayant
touché vne ruche de mouches à
miel, les mouches s'en irõt: que tou-
chant vne iument preigne, elle la fe-
ra auorter: meſmes que le feu ( qui
neant-moins eſt fort actif, ne peut
corrompre & amortir ce venin. De
fait s'il ſe trouue tant ſoit peu de cẽ-
dres de linges, infectés de ce ſang,
parmy la buée des foulõs & degraiſ-
ſeurs de draps, la pourpre s'ẽ tache-
ra & ſe perdra la fleur & naïueté de
quelque teinture que ce ſoit. Voyre
mais qu'eſt-il de beſoin de nous ar-
reſter d'auãtage ſur ce diſcours, puis
que ie demeure d'accord, que la ma
lignité du ſang menſtrual eſt tres-
pernicieuſe. Mais que pour cela on
doiue cõclure, que les meres veulẽt
deliurer leurs filles de telle ſubiectiõ
qui leur eſt naturelle, ſeroit & s'op-
poſer à leur intention & vouloir de-
106Nvptiale. mẽtir l'experience ordinaire: Puis
que l'õ ſçait pour le ſeur, que ces de-
coupeures ne tẽdẽt qu'à preparer &
habiliter la fille à pouuoir cõceuoir,
qui, le cours de ces decoulemens ſe
tariſſant, deuiendroit ſterile & infe-
cõde. En outre par le raport de ceux
qui ont hanté ces païs eſtrãges nous
apprenons, que veritablement elles
ne ſont point ſi lõgs temps tourmẽ-
tées de ces defluxiõs, mais que pour
ce elles ne laiſſent à en eſtre viſitees
toutes les Lunes, & qu'alors elles ſe
mettoient auec vn baſtõ blãc & vny
ayant enuirõ trois pieds de long &
ſe gardent d'attoucher à choſe qu'õ
puiſſe boire ny manger ſur tout de
coucher auec leurs maris , auſquels
elles font tenir leur eau par ce ſeul
mot Airo-aip , qui veut à dire ie
me treuue mal. Par ainſi, s'il m'eſt
loiſible de iouër à couuerturer,ie di-
ray que penſans ſe deſ-charger de
quelque malignité d'humeur, aidãt
à procréer ce ſang corrompu , elles
ſe fõt inciſer d'vne ſi bruſque & fan-
taſque façon. Ie ſçay bien que ie me
La Forest ſuis beaucoup eſtẽdu ſur ce propos,
mais puis qu'il y auoit vne manife-
ſte immutation & alteration de no-
ſtre Droict a eſté de beſoin d'eſclair-
cir ce point de ceſte ſorte. Donques
pour retourner au mariage de ces
ſauuages les meres ne permettent
que leurs filles prẽnẽt mary iuſques
à ce que leurs cheueux ſoiẽt recreus
& qu'il leur couure preſque toutes
les eſpaules , ce qui ne ſe peut faire
qu'ẽ trois quarts d'an pour le moins
& le plus ſouuent autant de Lunes,
Oncle
maternel
le plus
proche et
habile à
eſpouſer
les filles
ſauua-
ges.
qu'il y a dé doigts aux deux mains,
ainſi que leur couſtume eſt de com-
pter. S'il aduient que les filles refu-
ſent leur oncle maternel, & en prẽ-
nent quelqu'autre à leur plaiſir ou-
tre le gré de leur mere on les tient
pour paillardes. Et ne faict on pas
grand compte d'elles, pour eſtre ia-
mais femmes arreſtees à vn homme
mais font ſouuent maris nouueaux
qu'ils dient Aſſak, c'eſt à dire mary
paſſager, volage & non arreſté meſ-
mes ſont cauſe que leur oncle ma-
ternel oſte leur mere à leur pere, &
107Nvptiale. par ce moyen ſont dictes filles ſans
Exercice
de ces fil
les Sau-
uages.
pere & le plus ſouuent ſans mere,
parce que de deſpit elles ſont tuées.
Cependant leur meres leur mõſtrẽt
à faire des vaiſſeaux de terre, cõme
ſont les pots à cuire la chair, poiſſon
& autres viandes, qu'ils mangent,
plates eſcuelles , & vaiſſeaux mar-
quetés en compartimẽs,aſſez beaux
& verniſſés auec vne certaine gõ-
me blanche, qui croiſt en des arbres
de l'eſcorce deſquels on fait des bar-
ques longues, pour aller en guerre,
portans de trente cinq à quarante
hommes & d'auantage. Auſſi leur
apprẽnẽt elles à faire d'autres grãds
pots à cuire leur breuuage & des au
tres pour le mettre, dont y en a, qui
tiennent plus d'vn muy : meſmes
faut, qu'elles ſçachent tiſtre les licts
de cotton:Et en ſomme ſoyent ou-
urieres en toutes choſes, qui ſoit en
leur meſnage, & ne ſoient en aucu-
cune ſorte pareſſeuſes. Mais quand
les filles ſont ſages & ſuyuent le cõ-
ſeil de leurs meres, ſi elles ſont viuã-
tes, ou bien, ſi elles ſont mortes, de
La Forest leurs tantes ou plus prochaines pa-
rentes(icy le pere ayant bien peu de
pouuoir) elles en ſont bien mieux
priſees & ſur termes de trouuer bon
party & vn mary allant à la guerre,
qu'on appelle Kereombar , pourueu
qu'elles n'ayent d'oncle maternel,
lequel ſuyuant la couſtume , par o-
bligation couſtumiere & moyen-
nant le mariage, pourchaſſe & faict
de bons & grands ſeruices à la mere
& aux freres de la fille & puis au pe-
Moyens
par leſ-
quels les
gendres
s'entre-
tiennent
enuers
leurs
beaux-
peres.
re, qui eſt le dernier, ou bien aux on-
cles,le pere eſtant mort. Car il y a tel
entre ces nouueaux mariez, qui n'a
encore parlé au pere vn demy an
apres qu'il eſt marié, tant ont de hõ-
te l'vn de l'autre, auec quelque crain
te que peut auoir le gendre, s'effor-
çant ſeulement par tous les moiens
qu'il luy eſt poſſible d'auoir l'amitié
& grace de tous les parens de celle,
qu'il veut garder pour fẽme, cõme
& grace de tous les parens de celle,
qu'il veut garder pour fẽme , cõme
de prendre des ennemis priſonniers
à bailler à ſes ieunes beaux-freres, à
tuer, afin qu'ils en changent le nom
de leur enfance, ou bien autrement
pour vengeance de ſon beau-pere,
108Nvptiale. ou de quelcun des oncles dy frere
d'icelle morts à la guerre ou man-
gez par l'ennemy. Pareillement de
les accompaigner à la guerre & s'ils
ſont en danger de l'ennemy ſe met-
tre au deuant, pour les deffendre,
de peur qu'ils ne ſoient pris ny bleſ-
ſéz : auſſi porter la farine ſur le dos
pour viure ſur le chemin , tuer be-
ſtes , oyſeaux , prendre poſſeſſion,
faire les loges des repoſees & plu-
ſieurs autres choſes qu'ils ont de
couſtume de faire , quand il vont
ſoit par mer ou par terre en voyage
Maris
Sauua-
ges ſuiets
a de grã-
des char
ges.
ou contre l'ennemy:Outre ce quãd
ils changent de village ſont ſubiects
d'ayder à faire les maiſons , à cou-
per les arbres , pour faire places &
iardins. Somme, tout le tẽps que les
femmes ſont viuãtes auec leurs ma-
ris, ils ſont obligés à vne infinité de
choſes enuers les parens d'icelle.
Que s'ils faiſoyent autrement les
fẽmes les vous placqueroiẽt là tout
net, fuſſent elles ja toutes vieilles &
ayãs pluſieurs enfãs, qu'elles quicte
roient à leurs maris par la contrainte
La Forest de leurs parens & freres, meſmes les
vont prendre iuſques à leurs mai-
ſons quand ils les ont chez eux, ſans
que nul les oſe empeſcher. Telle
diſſipation de mariage n'aduient
que trop ſouuent, d'autant que le
mary ne peut s'acquitter de toutes
ces charges, principalement ceux
qui en ont pluſieurs,autrement fau-
droit qu'ils eſcartelaſſent leurs corps
en autant de parties qu'ils ont de
femmes. Pour ceſte occaſion au-
cuns ont dict que ceſte ſubiection
deuoit eſtre reſtrainte à celle qui eſt
le mieux aymee entre toutes les au-
tres. Ie ne veux conteſter ſur choſe,
de laquelle ie ſuis incertain : Si veux-
ie bien aſſeurer , que ny le Coſmo-
graphie Theuet , ny ceux , qui ont
deſchiffré les vies , mœurs & façon
de viure de ces Sauuages n'ont faict
mention de telle diſtinction , ains
rapportent,que le plus ſouuent ad-
uient que les hommes, qui ont des
femmes en telle condition n'ont
gueres de parẽs de leur coſté, ſi que
ils ſont cõtraincts de demeurer auec
leurs 109Nvptiale. leurs beaux peres & meres, & ſont
dits Cont-ſamené, c'eſt à dire mary de
femmes. En apres ſi on veut regar-
der vn peu plus prés , on trouuera
que les filles des ſœurs ſont les fem-
mes legitimes , & ceſte ſeruitude
ne s'entend ſinon de ceux qui n'ont
point de ſœur à leur engẽdrer fem-
mes. Parquoy ſont cõtraints, s'ils en
veulẽt auoir, de ſeruir iuſqu'à ce que
leur fẽme ait fait des enfãs, pour ſer-
uir l'õcle maternel, & deſgager leur
pere en partie, ſinon du tout. Bref
c'eſt biẽ en ceſt endroit la plus grã-
de ſeruitude, dont vn pauure hom-
me puiſſe eſtre matté. Auſſi diſent
ils en leur prouerbe , Apuaue taiga-
pu ancoepro romo Yieng
, qui eſt à dire,
les peuples font lignées auec grand
trauail & difficulté, mais pour parler
des premieres approches que font
Quelles
appro-
ches les
ieunes
Sauua-
ges font
vers les
filles.
les hommes vers les filles à marier,
lors qu'où elles refuſent leurs on-
cles , ou qu'elles n'en ont aucun,
ils vont à la chaſſe aux beſtes , ou
aux aiſeaux , ou bien en peſche-
rie , ſelon que la commodité du
K La Forest lieu & la ſaiſon le portent , & prin-
cipalement , quant ils cognoiſſent,
que la mere & autres parens de la
fille les deſirent , apportent vne
charge de venaiſon , ou poiſſon le
plus exquis qu'ils peuuent recou-
urer , le ſoir entre Chien & Loup,
le mettent deuant la mere de la fil-
le , ſans dire mot , puis s'en reuont
le plus ſecrettement qu'ils peuuent,
de peur d'eſtre apperceus des voi-
ſins. Vray eſt, qu'auant toute œu-
ure la fille peut auoir donné aſſeu-
rance au ieune homme, puis la me-
re d'icelle s'en doutant , comme à
demy , & faiſant ſemblant de n'en
rien ſçauoir , luy demande d'où
vient ceſte proye , & à qui elle a
donné telle aſſeurance. La fille luy
en compte la verité, & luy dict,
que c'eſt de la part d'vn tel , qui luy
dict le iour paſſé , qu'il la voudroit
bien pour femme , pourueu qu'el-
le s'y accordaſt, & que ſa mere &
ſes autres parens en fuſſent con-
tens. Alors la mere appelle le pere
de la fille , pour departir le preſent
110Nvptiale. à tous leurs amys , en le mangeant
deuiſent des mœurs & conditions
du jeune homme: vn chacun d'eux
en dict ſa ratelée , en ſorte qu'a-
pres auoir eſté tenu long temps ſur
les rangs , ſi elle cognoiſt qu'il leur
ſoit aggreable , la mere luy dict la
premiere fois qu'il luy eſt loiſible
de parler auec luy , l'aſſeurant a-
uec promeſſes , que s'il luy plaiſt
d'aller coucher auec elle , ſa me-
re ne luy en dira rien. La principa-
Qualité
d'vn ieu-
ne hõme
pour poſ-
ſeder la
grace
d'vne
ſauuage.
le qualité , qui peut rendre admiſ-
ſible vn ieune homme à auoir fem-
me , eſt qu'il ait prins des priſon-
niers en guerre , autrement ne ſe-
roit-il receu. Et y a bien vne cho-
ſe , qui iamais la mere ne permet-
tra , que ſa fille couche auec hom-
me , qu'il n'en ait point pris pour le
moins vn ou deux , & qu'il n'ait
changé nom dés ſon enfance , par-
ce que les enfans qui ſeroyent en-
gendrez d'vn Manem , c'eſt à dire,
qui n'a prins quelque eſclaue , ne
feroyent iamais bon fruict, & ſe-
royent Mebels , c'eſt à dire faillis, & K ij La Forest faineans. Cela conclud entre la fil-
le & ſon amoureux , il s'en va alors
que tous dormẽt, coucher en la vil-
le auec la fille du coſté , où la mere
ſe tient, puis s'en retourne de grand
matin, de peur d'eſtre apperceu. Et
s'il ſont au gré l'vn de l'autre, le ma-
riage eſt fait , & de la en auant il fait
tous les ſeruices, & s'humilie de la
façon que i'ay dit cy deſſus, à ſa bel-
le mere , & à tous les autres parens
d'icelle. Et ſi leurs complexions ſe
rencontrent bien, leur mariage du-
re iuſques à la mort. De là en apres
ſi l'homme eſt de grand lieu, & ap-
partient à perſonnes qui meritent,
il faict tant , qu'auec le temps , il
tranſmarche ſa femme vers ſes pa-
rens , & en ſa maiſon. Dés qu'il l'a
rangée ſous ſon taudy & qu'il luy
faict bon traictement , elle cerche
par tous moyens d'auoir des com-
paignes , pour eſtre auec elle fem-
mes de ſon mary , à fin qu'elle ſoit
aidée d'elles , à ſon meſnage, parce
qu'il eſt bien mal-aiſé , qu'vne ſeu-
le femme puiſſe faire tout , en vne
111Nvptiale. maiſon , ſelon la couſtume de ce
pays-là, car il faut iardiner , accou-
ſtrer les cottonniers , & filler le cot-
ton, tant gros, pour faire licts, que
delié à accouſtrer les fleſches de
leur mary , & de leurs freres , & les
plumaſſeries que font les vieillards:
auſſi faire des pots à appreſter com-
me eſt dict cy deſſus , à manger,fai-
re tous les iours des breuuages,cui-
re le ſel & le mettre en maſſe , &
beaucoup d'autres ouurages,qui ne
ſçauroyent eſtre menez à chef par
Pluralité
de fẽmes
entre les
ſauuages.
vne ſeule femme. Cela eſt cauſe,
qu'ils ont pluſieurs femmes, & au-
tant qu'ils peuuent en auoir & en-
tretenir. Et y a tel , qui en a plus
d'vne douzaine , & plus de quatre
vingts enfans. Leur meſnage , tou-
tesfois, eſt ſi bien reiglé & s'entren-
tendent ſi bien tretous , qu'on n'y
veoit aucunes riottes entr'-elles, ny
moins de jalouſie , au moins qui ſe
mette en euidence. Il y a encores
vne autre occaſion , ſur laquelle ils
fondent ceſte pluralité de femmes,
par ce qu'ils ne hantent auec elles,
K iij La Forest Diſcours
ſur ce que
ces ſauua
ges ne
touchent
a leurs
femmes
dés qu'el
les ſont
groſſes.

pendant qu'elles ſont groſſes , ny a-
pres l'enfantement,iuſques à ce que
l'enfant ſoit nourry & chemine
tout ſeul , terme bien long princi-
palement à ces ruſtres qui ne ſont ſi
ſobres qu'ils puiſſent faire abſtinen-
ce par deux ou trois ans. Ie ſçay
bien auoir leu dans Hippocrate au
traicté qu'il a faict de la ſurfetation,
qu'il y auoit vn extreme danger
d'offenſer l'enfant , ſi pendant la
groſſeſſe on venoit à preſſer vn peu
de prés , le ventre de la mere. Voi-
re que c'eſt là où ſe doit r'apporter
C. orige.
37.q.4.

ce qui eſt tiré de Sainct Hieroſme,
qu'apres l'enflure du ventre , qu'il
faut , que l'on ſe donne garde de
perdre les enfans , d'autant que
( ainſi que là eſt noté par la gloſe)
l'enfant ſe pourroit perdre par la
concuſſion trop frequente. Cela
faict , que nous voyons, que les pu-
tains publiques conçoiuẽt fort peu
ſouuent, ou, ſi elles viennent à con-
ceuoir, qu'elles retiennent bien peu
de temps leur fruict. A ce propos
auſſi trouuons nous, qu'Iſaac Com-
112Nvptiale. mene, Empereur de Conſtantino-
ple
, fut ſi continẽt , qu'il ne vouloit
auoir affaire à ſa femme dés que ſeu-
lemẽt il ſentoit qu'elle auoit eu vne
fois de luy lignée. Il y a bien plus
qu'en vn Concile nommemẽt cela
fut prohibé & defendu, que les ma-
riez ne s'entre-hantaſſent pour l'ac-
couplement charnel , pendant que
la femme ſeroit enceinte, voire dés
que l'enfant auoit commẽcé à bou-
ger , ainſi qu'il eſt remarqué és de-
crets de Burchard, meſmes aupara-
Lib 19.
cap. 175
uant celuy qui auoit touché à ſa
femme apres qu'elle auoit ſenty re-
muer l'enfant , eſtoit condamné à
ieuner au pain & a l'eau , par l'eſpa-
ce de vingt iours, & à dix celuy qui
auoit eſté aſſeuré que ſa femme e-
ſtoit emprainte , & pour cela n'a-
uoit laiſſé de cohabiter auec elle.
Lib. 3.
ſtromat.
Clement Alexandrin aſſeure, qu'on
ne pourra monſtrer qu'aucun des
anciens ſe ſoit meſlé à ſa femme , ſi
toſt qu'elle commençoit à charger,
ains on trouue qu'ils attendoyent
non point ſeulement qu'elle fut
K iiij La Forest deliurée , mais auſſi , que l'enfant
fut ſeuré , & qu'apres ils ne faiſoyẽt
difficulté de les cognoiſtre. Deſia,
(dict-il )trouuerez-vous, que le pe-
re de Moyſe en eſtoit logé là , d'au-
tant qu'il laiſſa eſcouler trois ans en-
tre la generation d'Aaron & de
Moyſe. Par telle abſtinence mon-
ſtroyent-ils , qu'ils n'entendoyent
point aux nopçes , pour aſſouuir
leurs impudiques conuoitiſes , ains
pluſtoſt pour multiplier l'humain li-
nage
. Ariſtote recognoiſſant l'inõti-
nẽce des femmes,au 7. liure de ſon
hiſtoire des animaux, chapitre 4. &
au 4. liure de leur generation cha-
pit. cinquieſme, nous aduertit,qu'il
n'y a que la femme & la iument, qui
deſirent & ſouffrent le maſle, apres
leur cõception. Et pour ceſte occa-
ſion, Plutarque ſouſtiẽt, que les be-
ſtes brutes ſont beaucoup plus rai-
sõnables que les hõmes & femmes.
En l'eſtat de Solon telle diette n'eut
pas eſté receuë, par ce que ce Legiſ-
lateur auoit ordonné que le mary
allaſt voir ſa femme , pour le moins
113Nvptiale. trois fois le moys , non pour la vo-
lupté , mais pour ſe rendre, comme
par obligation , les arres & gages
d'amitié par honneur, grace & loy-
auté mutuelle. Et comme les villes
renouuellent par interualle de tẽps,
les alliances , qu'elles ont les vnes
auec les autres : Auſſi vouloit So-
lon
, que l'on rafraiſchit l'alliance
des nopçes, en maniere de dire par
les propos que l'on s'entretenoit
en telle careſſe & viſitation. Au-
tresfois , par maniere de deuis , i'ay
voulu ſonder de quelques Mede-
cins , occaſion de ce ieuſne au-
quel ces Sauuages s'humilient:pour
le dernier chef , de moy-meſmes
ie me reſoluois aſſez ( ce me ſem-
bloit) ſçachant treſbien, que le laict
d'vne femme , qui ſurcharge , eſt
fort mal ſain , pour la nourriture de
l'enfant, qui tette, mais pour le pre-
mier , ie me trouuois bien entre-
pris ne pouuant prendre en paye-
ment la raiſon, dont ils ont accou-
ſtumé de faire bandeau à leur Poly-
gamie , quand ils diſent que s'ils a-
K v La Forest uoyent affaire à leurs femmes , du
tẽps de leur groſſeſſe, ſi elles eſtoyẽt
enceintes de maſle, ils en feroyent
vn bardache ou bougeron , qu'ils
nomment en leur langue Teuir, & ſi
c'eſtoit vne fille , qu'ils l'inceſtue-
royent, crimes qui leur ſont auſſi
bien que l'adultere , en telle dete-
ſtation , que meſmes ils ne veulent
pas en ouïr parler. Et ne me ſert ce
qu'aucuns alleguoyent de la ſuper-
fœtatiõ
,d'autãt que ie ne veux point
nier , que d'vne meſme portée, vne
femme ne puiſſe auoir pluſieurs en-
fans, voire qu'il y ait vn, deux iours,
plus ou moins entre la generation
du premier & des autres. En outre,
ie paſſeray volontiers ceſt article,
que nos Iuriſconſultes ont borné le
tẽps du deuil,iuſques à vn an , pour
empeſcher le meſlãge de ſemence
du deffunct,& celuy , auquel la
femme pourroit aſpirer : mais que
cela fauoriſe à la beſtiſe de ces Sau-
uages, ie n'y vois aucune apparẽce.
Attendu que le relais & la bride du
vefuage, que les Legiſlateurs ont
114Nvptiale. eſtroitement ordonné , n'eſt que
pour empeſcher , que la vefue ne
porte,ſous le nom de Poſthume, vn
enfant en la maisõ du deffunct , qui
aura toutesfois eſté procreé par le
ſecõd mary. A l'edroit de ces Sauu-
ges cela ne peut auoir lieu , d'autant
que ſi tãt eſtoit qu'au bout de deux
ou trois moys le Sauuage ſur-engẽ-
dra vn fils , outre celuy duquel elle
ſeroit enceinte touſiours le Pere le
deuroit recognoiſtre, cõme ſiẽ. Voi
re,s'il n'y auoit que la multitude des
enfãs, qui boucla leur accointãce,ie
voudrois maintenir, que ces Sauua-
ges, pour accoiſtre leur lignée taſ-
cheroyẽt à ſurgroſſir leurs femmes,
veu que le plus grãd bien qu'ils s'e-
ſtimẽt pouuoir receuoir, eſt d'auoir
vne grande & belle engence. Ceux
qui ont voulu ſubtiliſer d'auantage
en coniectures, ont dit, que ces ſau-
uages ſe ſont reſtraints à telle diette,
pourautãt que la matrice de la fem-
mes enceinte eſtãt cloſe & ſerrée ne
reçoit aucune ſemẽce,ſi bien qu'ils
K vj La Forest ne feroyẽt que perdre leur tẽps & ſi
pource ne lairoiẽt à engẽdrer beau-
coup d'humeurs corrompuẽs , qui
pourroyẽt paraduenture beaucoup
nuire au petit enfant. Soit cõme que
ce ſoit ie m'en rapporte aux mede-
cins, leſquels,s'ils le trouuent bon
pourrõt entrer plus auant en ceſte
matiere & fureter tous les ſecrets
d'où ils cognoiſtrõt, qu'õ pourra ti-
rer la raiſon, ſur laquelle eſt fõdé ce
lõg attermoyemẽt, & ce pendant ie
retourneray vers nos Sauuages,qui
sõt jaloux au poſſible, de l'integrité
qui leur doit eſtre gardée par leurs
femmes. De fait ſi d'auanture quel-
Punition
de la fẽ-
me qui
eſtãt en-
ceinte on
va pail-
lardé.
que femme a paillardé , eſtant en-
ceinte , parce que leur mary faict
la ſurſeance que i'ay cy deſſus re-
marqué , & que cela vienne à eſtre
deſcouuert , comme bien à peine
peut-il eſtre celé , quand l'enfant
Bastard
enterré
tout vif
par les
Sauua-
ges.
eſt né il eſt enterré tout vif, & la fẽ-
me delaiſſée , qui ne ſert apres que
pour les ieunes hommes , qui n'ont
encores le moyẽ d'auoir femme, &
n'eſt iamais en bõne eſtime entr'eux
115Nvptiale. Telle punition ſemble certainemẽt
bien eſtrange & hors de raiſon , de
faire porter la peine à l'enfant qui
eſt hors de coulpe, pluſtoſt la mere
deuroit elle meſme porter le ſup-
plice, puis que c'eſt elle qui a of-
fencé. Ioinct que ( comme tres-
bien diſent nos Docteurs par-
lans des enfans naturels & engen-
dréz hors des mariages) les baſtards
au lieu d'eſtre chargez , rebroueez
& meſpriſés doyuent pluſtoſt eſtre
embraſſés par pieté & compaſſion,
& ne porter ( comme l'on dict) la
patte au four de ce dont ils ne peu-
uent mais : Si eſt-ce qu'autrement
on le practique parmy les ſauuages,
qui appellent tel enfant. Mara-oue-
re
, c'eſt à dire de pluſieurs ſortes,
à ſçauoir de peres , tellement aui-
ly entre eux, qu'on ne ſouffriroit
aller en guerre auec les autres, de
peur qu'il ne leur porta malheur &
mal-encontre:meſmes que perſon-
ne , ne voudroit manger de ce qu'il
auroit touché, fut venaiſon, poiſſon
au autre choſe. Et puis que nous
La Forest ſommes tombés ſur le propos des
enfans, faut ſçauoir , que quand
Commẽt
ces ſau-
uages
ſont deli
urees du
trauail
d'enfant
le temps d'enfanter eſt venu elles
ſe mettent ſur vne buche platte
pres de la couuerture de la maiſon
par dedans , qui touche à terre &
en tiennent les lattes , & iettent
quelques cris aſſez forts & grands
en leur language , & demeureront
en ce trauail le long d'vn demi iour
ſans eſtre aidées ny ſecourues d'au-
cunes femmes que ce ſoit les vnes
plus, les autres moins: puis quand
l'enfant eſt né, ſi le pere eſt viuant,il
le leue de terre, & coupe le nombril
auec les dẽts, ſi c'eſt vn maſle:ſi c'eſt
vne femelle la mere le coupe ou la
plus prochaine parente, pour la de-
bilité de la giſante : que ſi le pere
eſt mort ou abſent, ſon oncle ma-
ternel le leue, comme i'ay dict cy
deſſus. En apres la mere ſe met en
vn vieil lict iuſques à ce qu'elle ſoit
bien purgee & nettoyee. Cela
faict le pere luy met le pied ſur le
ventre tout bellement , affin que,
comme ils dient il ſoit reſſerré, l'en-
116Nvptiale. fant auſſi eſt laué bien net, puis
eſt tout incontinent apres pein-
cturé de couleurs noires & rouges
par le pere lequel au ſurplus ſans
l'emmaillotter , le couchant dans
vn lict de cotton pendu en l'air
entre-deux eſpees de bois ſi c'eſt
vn fils, & luy eſt faict vn Hanongra-
ue
, c'eſt a dire offerte ceremonieu-
ſe de bon preſage , qui eſt d'ongles
d'Once & ſerres d'Aigle auec
ſes plumes des ailles , ou de la
queuë , vn petit arc & des fleſches
le tout pendu au lict de l'enfant.
Et c'eſt affin qu'il ſoit plus ver-
tueux & de grand courage , com-
me ils croyent ſelon leur façon
ſuperſtitieuſe. Si c'eſt vne fille on
luy pend des dents de ceſt animal,
comme on faict aux filles qui ont
leur premier moys , & pour la
cauſe meſmes trois iours durant
le pere ſe tient aupres de ſa femme,
faiſant abſtinence de chair, de toute
ſorte de poiſſon, de ſel , & de meſmes
ne faict aucune beſoigne iuſques à
La Forest ce que le nombril de l'enfant ſoit
ſec & tombé, de peur (dit-il) que luy
ny l'enfant ne ſa mere n'ayent le
ventre tranché, qu'ils appellent Te-
Keaip
, mettant par chaſcun iour au
midy & au ſoir le pied ſur le ventre
de ſa femme auec pluſieurs ſinge-
ries,ſimagrees & ceremonies preſa-
geuſes , comme de petites attrapes
faictes à prendre beſtes auquel il
met le porte-enfant en guiſe d'v-
ne beſte & le faict tõber deſſus en
maniere que ſi vne ſouris ſe prenoit
au tres-buchet. D'autre-part prend
ce petit arc & les fleſches qu'on a
pendu au petit lict de l'enfant & en
tire contre ce porte-enfant & auec
vn petit fillet à peſcher le prend cõ-
me en guiſe d'vn poiſſon , le tout à
celle fin que l'enfant prenne & tuë
beſtes , oiſeaux, & peſche du poiſſon
& vne infinité d'autres choſes que
i'ay honte de publier,tant elles ſont
ridicules, fades & ſuperſtitieuſes.
Que ſi le mary n'y eſt, le frere de la
femme le faict où le plus proche
parent, ſi les hommes en ſont reffu-
117Nvptiale. ſans. Quand le nombril de l'enfant
eſt ſec & tombé, le pere le prend &
en faict des petits morceaux, leſ-
quels il attache aux petits poſteaux
de la maiſon, autant qu'il y en a, a-
fin que l'enfant ſoit grand pere de
famille & qu'il entretienne maiſon
& meſnage. Cependant la femme
ſe leue & s'en va contre les grands
pilliers & poſteaux de la maiſon
s'appuyer le ventre & le ſerrant biẽ
fort , de peur (dit-elle ) qu'il ne luy
pende en bas & qu'il n'y demeure
des rides. Les trois iours paſſés le
mary s'en va à ſes affaires , apres a-
uoir impoſé le nõ à l'enfant, & faict
toutes ces ceremonies de bon pre-
ſage, mais la mere demeure vne lu-
ne entiere en ſon lit nourriſſant ſon
enfant auec l'abſtinence de chair,
de poiſſon & de ſel, que i'ay cy deſ-
ſus ramenteu. Au bout du moys
elles vont à leurs iardins faire leurs
affaires cõme de couſtume. Et ainſi
vous voiez que les hommes ont icy
beaucoup à ſouffrir tant à faire l'a-
mour, que pour s'ẽtretenir des parẽs
La Forest de leur fẽmes, que du tẽps de leur
geſſine, eſtans contraincts de leur
ſeruir de ſages femmes , que pour
la ſubiection qu'ils ont à elles: car ſi
elles ne ſont traitées , comme elles
veulent elles laiſſent leurs marys,
quand ce ne ſeroit que pour deue-
nir pareſſeux. Parquoy tout hom-
me qui veut là auoir beaucoup de
femmes doit eſtre doux, bening, &
amiable , ſans les tancer aucune-
mẽt. Icy ne faut oublier, que les fẽ-
mes nouriſſent leurs enfans ſou-
ëfuement , qu'il ne leur manque
choſe qui ſoit. Pour les appren-
dre à manger leur maſchent de
toutes choſes vſitees en viandes,
ſans iamais les tancer tant s'en faut
de les battre ny en aucune manie-
re les tourmenter. Or c'eſt bien
la plus grande gloire , qu'on puiſſe
auoir en ces pays-là tant hommes
que femmes , ie ne ſuis poinct le
vaiſſeau remply des iniures ny de
mon pere , ny de ma mere , &
tiennent que l'enfant tancé ne
peut iamais proffiter ou faire bien.
118Nvptiale.
Des vef
ues Sau-
uages &
des ſolem
nitez
faictes
aux obſe
ques du
mary.
Reſte maintenant à traicter quand
elles ſont vefues cõme elles ſe gou-
uernent. Faut donc ſçauoir, que leur
mary eſtãt mort en guerre de vieil-
leſſe ou bien d'autre accident , elles
font couper leurs cheueux pres de
la teſte apres en auoir arraché la
plus grande partie , auec des hor-
ribles pleurs & lamentations fort
piteuſes , puis elles courbent le
deffunct en vn bloc & monceau
enſemble dans le lict, où il eſt mort
ainſi que les enfans ſont au ven-
tre de leur mere , puis ainſi enue-
loppé le mettent dans vn grand
pot & le couurent de l'vn de leurs
plats , où il auoit accouſtumé de
ſe lauer. Apres font vne foſſe ron-
de , comme vn puits , & profon-
de enuiron de la hauteur d'vn
homme , & inhument ainſi leurs
morts auec quelque peu de feu,
affin (dient-elles) que le malin eſprit
n'en approche & vn peu de farine,
a ce que ſi l'ame du mort a faim,
elle en mange , couurant le tout
de la terre qui en a eſté tirée.
La Forest Si c'eſt vn pere de famille il eſt
enterré dans la maiſon à l'en-
droit propre ,où il couchoit , & ſi
c'eſt vn enfant il eſt mis hors la mai-
ſon derriere , vis à vis, où il eſtoit.
Les femmes pleurent le mort par
demy an, & apres font vne feſte
pour l'amour du mort ſoit petit ou
grand. Les vefues ne ſe remarient
poinct ſi ce n'eſt aux freres & plus
proches parens de leur deffunct
mary, leſquels faut auant que ce fai-
re, qu'ils vangẽt la mort du deffunct
s'il a eſté prins & mangé de l'enne-
my, ou bien s'il eſt mort de vieilleſ-
ſe ou maladie , faut neant-moins
que celuy, qui doit prendre la vefue
pour femme , prenne & ameine vn
priſonnier , qui nettoye ſur la foſſe
du treſpaſſé, ſoit qu'on ait changé de
village ou autrement : Auſſi que
toutes les pennaſſieres 74, colliers, arcs
& fleſches d'iceluy ſoyent lauees
par le priſonnier, meſmes ſon grand
lict , où il couchoit de ſon viuant,
ainſi que la couſtume le porte. Ia-
mais ces vefues ne ſe remarient à
119Nvptiale. vn qui ſoit moindre , fort & vail-
lant qu'eſtoit leur mary , autrement
on les chuferoit 75& meſpriſeroit,
leurs enfans meſmes en ſeroyent
faſchés & mal-contans. Que ſi elles
ne peuuent auoir telle rencontre
elles aymẽt mieux ſe paſſer ſans ma-
rier & demeurer ainſi vefues le re-
ſte de leur vie auec leurs enfans.
Or encores qu'elles ſe remarient el-
les ne ſe precipitent point ſi fort,
qu'elles ne laiſſent eſcouler vn an
entier , combien que le lendemain
de la mort de leur mary la mort fut
vengee, qui eſt le principal poinct,
qui peut les rẽdre dignes de ſecõ-
des nopces. A ce propos ie me ſou-
uiens auoir ouy raconter d'vne fem-
me de ce pays-là , laquelle apres la
mort de ſon mary , qui auoit eſté
prins & mangé de ces ennemis , ne
ſe voulut remarier , par-ce que nul
des parens de ſon mary ne s'effor-
çoit de venger ſa mort : Prenãt l'arc
& les fleſches elle meſme alla à la
guerre auec les hommes, & fit tant
qu'elle print & amene des priſon-
La Forest niers , leſquels elle bailla à tuer à
ſes enfans, leur diſant , tuez mes
enfans , vengez la mort de voſtre
pere deffunct , puis que le reſte de
ſes parens ont le cœur ſi failly que
ils ne daignent en prendre la ven-
geance : c'eſt poſſible pource que
ie ne ſuis pas ieune & aſſez bel-
le , ſi y a-il vne choſe en moy, dont
ie ne feray poinct de difficulté me
vanter , c'eſt que ie ſuis forte , &
vaillante , pour venger la mort,
de voſtre pere deffunct mon ma-
ry. Ceſte femme fit tant que el-
le print pluſieurs autres ennemis,
leſquels elle faiſoit tuer meſmes
aux ieunes freres , & nepueux de
ſon deffunct mary , ne reſſentant
rien moins que ſa femme , tant el-
le auoit le cœur haut & viril. Voy-
la en ſomme ce qui appartient au
mariage de ces pauures. Sauuages,
ainſi que ie l'ay peu recueillir des
diſcours qui en ont eſté dreſſees
par les Sieurs Theuets , de Lery,
Belle-Foreſt , & autres. Et pour
le regard de ce que nous auons dict
120Nvptiale. de la pluralité des femmes & de la
ſcrupuloſité, que ces Sauuages font
de s'accointer d'elles auant qu'elles
aient eu leurs fleurs, cela n'eſt point
priuatiuement peculier à ces Sau-
uages , d'autant que les Cefaleens,
Preuue
de l'adul
tere en-
tre ces
Sauua-
ges.
vſent de meſmes , & entre eux la
premiere femme eſt la principale, &
faut que les autres luy façent ſerui-
ce & les enfans d'icelle ſont les he-
ritiers. Quant à l'adultere pour
en rendre vn homme, attainct &
ſuffiſamment conuaincu, ſuffit de
le voir aſſis ſur le lict, ou la natte,
où s'aſſeera la femme d'vn autre,
& faut que l'homme , & la fem-
me meurent enſemble, ſans eſ-
poir quelconque de grace, ou re-
miſſion. Or pour autant qu'au com-
mencement de ce chapitre i'ay de-
battu la diuerſité du Droict eſtably
par les Romains, & de celuy, qui eſt
pratiqué par les Sauuages , pour le
temps,auquel les filles peuuẽt eſtre
habiles à engendrer & entendre au
mariage i'eſtime qu'il ne ſera point
meſſeãt, pour eſclaircir de tãt mieux
La Forest l'affaire, icy apprendre aux peres &
meres,que comme il eſt treſ dange-
reux de precipiter trop les mariages
pour l'incapacité, qui ſe manifeſte,
auſſi eſt il trop plus que perilleux de
tenir ſi long temps en abboys ces
pauures filles, qui comme le feu ne
leur manque ,& ſont imbecilles ex-
ceſſiuement laiſſent quelques-fois
Diſcours
trop
ſur le
long re
tardemẽt
qui eſt
fait de
marier
les filles.
enyurees quelles ſont de leurs foles
affections, mettre le feu à la chemi-
nee. Il ne faut pas aller courir au
Peru, en Turquie ou en Perſe, par-
my nous nous n'ẽ voions que trop
d'exemples , qui maintes-fois font
tranſir de deuil & regret les pauures
peres & meres de n'auoir de meil-
leure heure donné ordre à loger
leurs filles , qui filletant , ſans eſtre
mariees, ſe ſont rendues femmes. En
maints endroits on recule en arrie-
re, & cependant on ne ſigne que la
pauure fille rapporte la penſe char-
gee, & embraſee des flammes d'a-
mour & chatouillee des aiguillons
de la chair met à l'abandon ſa pudi-
cité. Voyla que c'eſt le pere, qui re-
garde 121Nvptiale. garde de bien colloquer ſa fille & la
pouruoir de party cõuenable, crain-
te de dégainer d'argent pour la dot,
luy acquiert quelquesfois deshon-
neur & infamie , & conſequemmẽt
à toute ſa maiſon : ce qu'il deuroit
bien craindre aduenir , & taſcher à
le fuir, & penſer que la chaſteté de
la vierge eſt de treſ-difficile garde, à
guetter laquelle tous les yeux d'Ar-
gus
ne ſuffiroyent : tellement que ſi
la fille qui a vingt-cinq ans paſſez,
voyant que ſon pere differe de la
partir, fait folie de ſon corps , ou ſe
marie à ſon plaiſir, par le droict Ro-
main, la fille ne peut eſtre desheri-
tée, ny forcloſe de la ſucceſſion,ains
pour n'auoir tenu cõte ſi long tẽps
du ſoing que nature luy commãde
auoir de ſa poſterité , il perd en ce
cas, l'authorité & preeminẽce, qu'il
auoit ſur ſa fille. Or à fin que celles,
qui de noſtre temps ont eſté ſurpri-
ſes & preoccupées, ne ſe deſeſpe-
rent,pour eſtre remarqueés , & que
d'autre part on ne reuoque en dou-
te l'hiſtoire que ie veux icy propo-
L La Forest ſer, ie mettray en butte l'vn des plus
grands Empereurs qui fut onques:
C'eſt ce Charles le grand , lequel
quoy que bien aduiſé, ſe trouua ce-
pendant pris par la faute que ſe fit,
& à luy auſſi ſa fille aiſnée, qui fit
faux-bon à ſa virginité, il n'en don-
na la coulpe qu'à ſoy-meſmes, & eſ-
ſaya de couurir & reparer au mieux
qu'il peut , la faute aduenuë , où il
voyoit tremper & ſe morfondre la
bonne reputation & l'honneur de
Hiſtoire
memora-
ble de la
fille aiſ-
née de
l'Empe-
reur
Charles
le grand
,
tous les deux, comme Iaques Curio
en ſon 2. liure des choſes Chrono-
logiques,recite auoir autresfois leu
à Olbiopoli 76, ville aſſiſe ſur la ri-
uiere du Meyn en Alemaigne,là où
eſt enterré Eginard principal per-
ſonnage comprins en ceſt affaire.
Faut donques ſçauoir, que l'Empe-
reur Charles le grand eſtoit fort a-
moureux des ſçiences Mathemati-
ques, & meſmes n'auoit petite co-
gnoiſſance des choſes celeſtes ,des
influences & cours des planettes &
de l'Aſtrologie, où il ſe baignoit , a-
uec vne telle affection, que ſouuen-
122Nvptiale. tesfois il ſe releuoit de nuict, pour y
repaiſtre ſon eſprit. Or comme vne
nuict ſeraine & eſtoilée, il obſeruoit
les aſtres par vne feneſtre, il vit d'ad
uenture , Eginard ſon Chancelier,
(aucuns dient ſecretaire de ſa cham-
bre) pendant ſur le dos de ſa fille, la
plus grande d'aage, laquelle le por-
toit ſur ſes eſpaules, & trauerſoit par
vne court, dont le paué eſtoit cou-
uert de neige,à fin que le lẽdemain
matin aucun ne peut remarquer au-
tre trace que de fẽme, qui fut pour
aller au corps d'hoſtel des Dames,
& principalemẽt droit en la cham-
bre ou cabinet de la ieune Princeſ-
ſe : ioint qu'on eut peu recognoi-
ſtre la piſte , forme & marque du
pied d'Eginard, ſur la neige , pour
celle d'vn homme, & poſſible d'E-
ginard meſmes. Deuinez à quelle
fin il eſtoit porté à heure induë , au
quartier des femmes par la fille de
ſon maiſtre , ce n'eſtoit point pour
enfiler des perles , ains ( poſſible) el-
le-meſmes. l'Empereur faſché ou-
tre meſure, & non ſans cauſe , vain-
L ij La Forest cu de douleur , ne ſceut le tenir ſe-
cret , & le diuulga le iour enſuiuãt,
contant tout le faict deuãt les Prin-
ces de ſa Cour, qui trouuerent tous
l'acte fort eſtrange , de ſorte , que
pas vn d'entre eux ne pouuoit, ſans
regret, en ouïr parler, deteſtants
tel forfaict. Apres qu'il leur eut ex-
poſé le cas de point en point , & les
eut enquis de la peine meritée, &
qu'il eut entendu l'opinion de tous,
dont les vns eſtimoyent les delin-
quans dignes de la roüe, aucuns du
gibet , il enuoya querir Eginard , &
ſa fille , leſquels venus deuant ſa fa-
ce il maria enſemble , & les feit eſ-
pouſer ſur le champ , diſant : Ie te
donne, Eginard , ta porteuſe pour
legitime eſpouſe, de l'amour de la-
quelle ie te veois eſpris: & ne fit au-
tre ſigne ny ſemblant de courroux,
ſinon que prendre ſur ſoy toute la
coulpe, de n'auoir marié à temps ſa
fille.
123Nvptiale.

Les Patagoneens , Yucateens , &
autres Indiens.

Chap. XXIIII.

NOus ne ſerons en ce chapitre
ſi long, qu'auons eſté au pre-
cedent, ains employerons pour eſ-
claircir ce qui concerne ces maria-
ges, vne partie de ce que le Sieur de
Belle-Foreſt en a laiſſé par eſcrit au
chapitre ſixieſme du dernier liure
de la Coſmographie de Munſter, a-
pres Goncal Ouiede au dixieſme
chapitre du ſommaire des Indes.
Ces mariages ſont diuers ſelon la
qualité des perſonnes, d'autant que
les Caciques eſpousẽt autãt de fem-
mes qu'il leur plaiſt , & vne telle
qu'ils iugent la plus belle eſt auſſi la
plus eſtimée, leſquelles ils prennent
des filles des principaux de leurs ter
Nopçes
de leurs
Cacique.
res (car pour rien ils n'eſpouſeroyẽt
vne eſtrangere ) auec leſquelles ſe
ioignent par mariage , & font de
grands banquets , & dances ſolen-
L iij La Forest nelles & publiques à la feſte des
nopçes Royales : le premier enfant
maſle , qui ſort de ce mariage , eſt
celuy auſſi , auquel ( le Roy mou-
rant ) eſcheoit l'heritage du Royau-
me. N'y ayant point d'hoir maſ-
le , ſont celles , qui ſuccedent, leſ-
quelles ils marient aux plus riches,
& mieux apparents de leurs vaſ-
ſaux : Mais s'il y auoit des enfans
du fils aiſné decedé, i'entens des fil-
les, elles ne viennent point à la ſuc-
ceſſion , ains ſeront heritiers, ceux
qui ſeront de ſa ſœur,puiſnée,pour
les eſtimer aſſeurément du ſang du
Prince , ce qu'ils n'oſent faire de la
part du frere , à cauſe de la defian-
ce de la femme qu'il aura eſpouſée.
Pluralité
de fẽmes
defendue
au ſimple
peuple.
Quant au ſimple peuple , il n'eſt
loiſible à pas vn , d'eſpouſer qu'v-
ne ſeule femme,laquelle quelques-
fois ils repudient, pour en pren-
dre vne autre : bien que cela n'ad-
uient gueres ſouuent, quoy que la
moindre & legiere occaſion ſuffi-
ſe, pour deſpecer leurs mariages,
& n'y faut que le conſentement de
124Nvptiale. l'vne des parties , ou des deux en-
ſemble , & ſur tout , lors que les
femmes ne peuuent auoir des en-
fans , la plus part deſquelles ſont
aſſez continentes , combien que le
nombre ne ſoit que trop grand, de
celles , qui ne ſont gueres chiches
de leurs perſonnes , ains volontiers
ſe preſtent à ceux , qui les requie-
rent de ce faire, & ſur tout les plus
grandes , leſquelles dient , que ce
n'eſt à vne grande Dame , & qui eſt
de ſang illuſtre , de refuſer choſe
aucune , qu'on luy demande , &
que c'eſt vn traict de vilainie. Il eſt
vray, qu'elles n'ont garde de ſe meſ-
ler auec vn homme, qui ſoit de baſ-
ſe eſtoffe & condition , ſur tout ay-
ment-ils les Chreſtiens & ſi quel-
qu'vn des principaux les ayme , el-
les s'en ſentent fort glorieuſes , &
leur gardẽt loyauté , pourueu qu'ils
ne ſoyent long temps loing d'elles,
d'autant qu'elles n'ont accouſtu-
mé de ſe contenir longuement , &
pource ſont fort promptes d'aller
au change. La plus grande meſ-
L iiij La Forest chanceté qu'on remarque en ces
femmes eſt , qu'ayans opinion que
c'eſt aux vieilles d'auoir des enfans,
& non aux ieunes , qui deuroyent
employer leur ieuneſſe en plaiſir &
allegreſſe , & non à porter ceſte
charge en leur ventre , elles ſçauent
Auorte-
mẽt d'ẽ-
fans.
faire des compoſitions & drogues,
(ſe ſentans groſſes ) pour ſe faire
vuider le germe, & fruict ſans dou-
leur quelconque. Elles doiuent
bien peu à nos ſuccrées mignõnes,
qui ont des eaux & fards, dont elles
ſe ſeruent , pour faire reſerrer leurs
mammelles trop pendantes & eſ-
panduës : ces Indiennes ont des
petits aiguillons à ſenſualité , qui
dérident entierement leurs tetins
fleſtris. Quant aux ſolennitez , qui
ſont gardées en leurs mariages , par
ce qu'elles ne different eſſentielle-
ment , d'auec celles de leurs voi-
ſins , icy n'ay voulu en dreſſer nou-
ueau & particulier diſcours , pour
n'vſer de redites. Seulement ad-
iouſteray-ie ce mot , que les fem-
mes de Cabrâ, qui ſont comme che-
125Nvptiale. ualiers , ou ſimples Gentils-hom-
mes diſtinguez du peuple , & plus
authoriſez que le vulgaire , por-
tent auſſi bien le nom d'Eſpaues,
(qui eſt à dre Madame) que font
les eſpouſes des Cacique.

Des mariages des Prestres.
Chap. XXV.

L'Occaſion qui m'a faict mettre
en lice , le mariage des Preſtres
ſemblera, à pluſieurs, toute autre
que ie n'ay pourpenſé : aucuns,
qui ont ( peut eſtre ) quelque dent
ſur moy , eſtimeront , que ie me
couperay en propos, & me for-
maliſeray pour marier les Preſtres.
Les autres qui auroyent bien en-
uie de rompre ieuſne deſireroyent
auſſi bien, que ie leur preſtaſſe la
main , à fin qu'ils puiſſent faire vne
belle enjambée : les autres finale-
ment , attendront de moy , que ie
rabatte les coups , de ceux qui ſe
ſont bandez contre le Cœlibat.
L v La Forest Vous verrez qu'ils ſe repaiſſent de
vaine eſperance. Il ne faut pas, que
l'on penſe qui ie me vueille topi-
quer d'vne choſe, à laquelle , que
quant bien ie me ſerois rompu la
teſte , ie ne ſçaurois donner ordre.
Parce que la matiere eſt chatouil-
leuſe, ie me contenteray de racon-
ter ſimplement ce qui en eſt , ſans
partiſer pour les vns , & me diſ-
gracier des autres. Ie ſçay treſbien,
qu'à l'encontre du Cœlibat on bra-
que pluſieurs & rudes pieces , meſ-
mes qu'on faict pyuot de ce qu'au
Concile Niceen, Paphnuce s'op-
poſa à l'interdiction du mariage fai-
cte aux Preſtres , & promeus aux
ordres : Que là deſſus on reſpond,
que ce Sainct perſonnage ne vou-
lut conſentir, que les Preſtres ma-
riez fuſſent forcez , & neceſſitez
à quitter leurs femmes : C'eſt vne
queſtion Theologale , que ie lair-
ray , ſi on veut demeſler pour la
tentatiue de quelque gentil cer-
ueau : de ma part il me ſuffira, ſi ie
puis prouuer par authorité , que
126Nvptiale. les Preſtres ont eſté mariez: Au
chapitre du mariages des Æthio-
piens
, i'ay monſtré, que le Pre-
ſtres y ſont mariez , ainſi que nous
apprend Don François Aluarez, &
meſmes au cent quarente-ſeptieſ-
me chapitre de ſa deſcrition d'Æ-
thiopie
, au trente - deux , & tren-
te troiſieſmes articles des deman-
des que luy feit l'Archeueſque de
Braga
, dict , que les Moines ne ſe
peuuent marier : ce qui eſt permis
Preſtres
& Cha-
noines
Æthio-
piens
ma
riez.
aux Prebſtres & Chanoines , leſ-
quels vont manger à part chacun
en ſa maiſon, & le Religieux tous
enſemble , qui comme dict eſt, ne
ſe marient point. Leurs chefs ſe
nomment Licanati, & demeurent
les femmes des Chanoines hors du
Cloiſtre , chacune à part , là où ils
les vont trouuer , quand il leur
plaiſt. Les enfans des Chanoines
demeurent en la meſme dignité
que leurs peres, mais ceux des Pre-
ſtres non , s'ils ne ſont ordonnez
& continuez par l'Abuna 77. Icy ie ra-
menteuroy les demandes , qui fu-
L vj La Forest rent faictes à ce dit , Don Aluarez,
par le commandement du Prete-
jan
, ſur le faict du mariage des
Preſtres , & la reſolution qu'il leur
bailla , ſi ie ne craignois enfler ce
diſcours, de choſe qui ne me ſeroit,
peut eſtre , allouée & que le liſeur
curieux pourra , s'il luy plaiſt, trou-
uer au ſoixante dix-ſeptieſme cha-
pitre de ſa deſcription d'Æthiopie.
Preſtres
autres-
fois ma-
riez en
Flãdres,
Angleter
re & Eſ-
coſſe.
On ſçait que jadis les gens d'Egli-
ſe eſtoyent mariez en Flandre , auſ-
ſi bien qu'en Eſcoſſe , & Angleter-
re pareillement , ce qui leur fut de-
puis deffendu , attendu le ſcanda-
le , joinct , qu'il y auoit grand nom-
bre de Moines, qui ſe ſeculariſoient
& ce faiſoyent Preſtres ſeculiers,
pour ſe marier. Parquoy Euariſte,
Eueſque de Rome , ordonna,
que ceux qui ſe marieroyent, ce fut
publiquement , pour cognoiſtre,
ce qui s'en pourroit enſuiuir , du
depuis on a preſſé de ſi prés les Ec-
cleſiaſtiques , en l'Egliſe Latine,
qu'il eſt bien peu de memoire
d'aucuns, qui ſe marient. Mais en
127Nvptiale. l'Egliſe Grecque ils n'en font point
de difficulté, & entre ceux, qui ſe sõt
rendus Greciſans 78, comme entre les
Moſcouites, leſquels obeiſſent au
Preſtres
Moſco-
uites
ma
riéz &
non les
Moynes.
Patriarche de Conſtãtinople. Quel-
ques vns du Clergé, ſont ſi reformés
& conſcientieux qu'ils ne veulent
vſer de chair, s'il ne ſont ſubiects à
maladies & Pareillement quelques
Moynes, qui viuent auſterement ſe-
lon leur reigle principalement quel-
ques Baſiliens 79. Ils portẽt tout le re-
uenu en commun & pour le profit
& ſouſtiẽ du monaſtere, & ſont ces
Moynes ſi reformés qu'ils ne fre-
quentent que bien peu auec les hõ-
mes, & ne sõt point mariés ainſi que
ſont les Preſtres ſeculiers, voire ne le
peuuent eſtre, & ſont ſuiets au com-
mandement du Prince. Il y a vne
ſecte d'Hermites entre eux, leſquels
ſortans de ces Monaſteres ſe retirẽt
aux foreſts & deſerts, & ſont nõmés
Stolpniki, comme qui diroit habitant
és Colomnes, à cauſe que leurs mai-
ſonnettes & cellules ſont faictes,
ainſi que de Colomnes ou ſouſte-
La Forest nuës de piliers , & viuent d'herbes,
& racines, & des fruicts, qu'ils treu-
uent par les terres , & ceux-cy ſont
fort eſtimez, & honorez par toute
la Moſcouie. Quant aux Preſtres
qu'on appelle Seculiers , ils vien-
nent à telle diguité , à la façon des
anciens , & n'eſt nul faict Diacre,
qu'il ne ſoit marié , toutesfois n'eſt-
il permis ſe remarier, car celuy qui
ſe remarie , tout ainſi qu'entre les
Æthiopiens, demeure entre les lais.
I'ay autresfois parlé auec vn docte
perſonnage de ce pays ,auec lequel
conferant de pluſieurs choſes , en
fin ie luy demandis , pour quelle
occaſion ils licentioyent en l'Egliſe
Diſcours
ſur l'in-
ſtitution
du Celi-
bat ordõ
né en l'E
gliſe La-
tine.
Greciſée 80, les Preſtres de ſe marier,
veu qu'en la Latine le Celibat eſt
treſ-expreſſement enjoinct. Deux
cauſes m'amena il , & qui ſont de
gentille grace. Le premier eſt, di-
ſoit-il puis qu'il n'y a en tout le nou-
ueau teſtament couplet , qui for-
cloſe les Eccleſiaſtiques de maria-
ge c'eſt ſe faire accroire eſtre plus
ſage que Dieu, ou pluſtoſt eſtre ſer-
128Nvptiale. uiteur du Diable , faire plus qu'il
n'eſt commandé. L'autre eſtoit vn
appendix , de la premiere, que les
Latins , auoyent eſté payez de leur
folie , d'autant que le Cœlibat, a-
uoit engendré plus de mal-heurs, &
attiré plus de maledictions , ſur les
Chreſtiens que l'on me ſçauroit e-
ſtimer. Là deſſus me dreſſa vne li-
ſte de baſtards , adultere , violemẽs
de filles, & efforts faicts à leur cha-
ſteté , apres dreſſa front des admi-
nicules accompaignans le borde-
lage, par le moyen deſquels (diſoit
ce venerable) les ſuppoſts du Cœli-
bat auoient eſté miſerablemẽt ener-
ués & eſtropiés.Pẽſez vous ſi ie de-
meuroy muet & manquois de repli-
que, que ie couleray, ſous ſilence,
pour ne ſembler me vouloir moy-
Preſtres
Neſto-
riens
ma
riez.
meſmes enfler de ma propre louan-
ge. De meſmes que les Moſcouites,
vous voyés, que les Preſtres Neſto-
riens
foulent au pied le Cœlibat,
toutes-fois leur premiere femme,
eſtant morte ils ne conuolent point
aux ſecõdes nopces. Que ſi quelcun
La Forest à ſa femme qui ſoit adultere, l'Eueſ-
Punitiõ
d'adul-
tere.
que l'abſout de ſon ſerment, & luy
permet & diſpẽſe d'eſpouſer vne au
tre fẽme. Lors que l'Armenie eſtoit
en plus grãde liberté maintenãt
les femmes adulteres y perdoyẽt le
nez , affin de porter la deformité de
leur face pour teſmoignange de leur
paillardiſe, & l'hõme qui eſtoit trou
ué auec elles y perdoit les genitoi-
res. Le preſtre paillardãt eſtoit degra
dé,ſans eſperance de iamais plus rẽ-
trer en ſon office:& ſi eſtãt marié ſa
fẽme ſe portoit peu honeſtemẽt , il
failloit qu'il ſe cõtint ſans plus habi-
ter auec elle, autrement ainſi qu'en
Æthiopie, il perdoit l'entrée de l'E-
gliſe. La femme du Preſtre, eſtãt vef-
ue, n'euſt oſé ſe remarier ſur peine
d'eſtre bruſlee ſans remiſſion quel-
conque : & toutes-fois ſi elle ſe fut
veautrée, en toute ſaleté de paillar-
diſe, elle n'en eut eu aucune puni-
tion:qui eſt cauſe qu'en Armenie, y
auoit tãt de paillardes, qu'il ſembloit
qu'encor elles proſtituaſsẽt leur cõ-
tinence à celle Deeſſe Anaitide, la-
129Nvptiale. quelle eſtoit adoré & ſeruie en Ar-
menie
. Là donc l'adultere eſtoit pu-
ny plus rigoureuſement qu'en no-
ſtre France, où on n'en tiẽt pas grãd
compte ny qu'en certains païs du la
peine de l'adultere, eſt pecuniaire.
Comme à Peruſe ſi vn homme re-
tint durãt vne heure vne fẽme il y a
alencõtre de luy condamnation de
deux ou trois cẽs liures. Par le ſtatut
de Treuiſe
les biẽs de la fẽme adul-
tere ſont confiſqués. A Nouare ſi
quelcũ à adulteré par force & qu'il
ait violenté la femme, il eſt cõdam-
né en cent liures imperiales, ou biẽ
en cinquante ſi ç'a eſté de gré,à gré,
& ſans effort. Toutes-fois Signorel
remarque que, s'il plaiſt au mary , la
femme ſera bruſlée, ou qu'elle per-
dra ſon dot. Par les loix des Auſtra-
ſiẽs
faites par Theodoric Roy Fran-
çois
, celuy qui auoit pollué la cou-
che d'autruy pour reparation eſt
condãné d'accorder auec ſon mary
auec ſon Vuergil c'eſt à dire en cent
quarante ſols. Mais par les loix des
Ripuariẽs, il amẽde deux cẽs ſols. ne
La Forest forte que la plainte qu'a faict Alcia,
en la loy, probrum ff. de ver. ſig. eſt tres
raiſonnable que le dommage de la
bourſe eſt auiourd'huy plus puny
que celuy de l'honneur & des bon-
nes mœurs. Car on pend les larrons,
mais les adulteres paſſent par le pẽ-
dant de la bourſe.

Les mariages des Bramins.
Chap. XXVI.

STrabon & quelques autres dreſ-
Philoſo-
phes In-
diens
.
ſans la liſte des Philoſophes In-
diens
en font pluſieurs cantons de
Gymnoſophiſtes , Germains 81, que
Porphyre , appelle Samanées, des
Hylobies,des Pramnes, des Brach-
manes des Bramins
, & autres. Le
chapit. ſuyuãt eſt deſtiné aux Brach-
manes
, & le preſent aux Bramins,
deſquels toutes les Indes , ſont far-
cies. A Guzerath , on faict eſtat de
trois ſortes de gentils , des Rebuthi,
qui ſont les Cheualiers, des Bancani,
qui ſont les marchands & des Bra-
130Nvptiale. mins leſquels ſont comme les Pre-
ſtres, & Philoſophes ou Docteurs
des idolatres, d'autant, qu'ils ſeruent
deuant des idoles , & ſont commis
au gouuernement des temples, deſ-
quels ils ont grande quantité, partie
Philoſo-
phes In-
diens
.
deſquels ſont rentés, és autres, il faut
que les Bramins viuent d'aumoſne.
Ils vont tous nuds au deſſus de la
ceinture , mais ſur l'eſpaule ils ont
vn cordon à trois fils, ou bouquets
de ſoye, qui eſt la marque pour les
recognoiſtre des Bancani, & ne mã-
gent ceux cy choſe quelcõque , qui
ait ſang, comme auſſi ils ne tuẽt ani-
mal quel qu'il ſoit en la terre, en l'air
ny es eaux, obſeruent les ablutions,
& lauemens. Ils ſe marient comme
nous faiſons ſans auoir pluralité de
femmes, ainſi que font & les Ma-
hemetans
& les autres idolatres, &
eſtiment peché d'entendre aux ſe-
condes nopces, à celuy, qui a perdu
ſa partie. Ils font grand feſte à leurs
nopçes, & cecy par pluſieurs iours
s'y faiſant grande aſſemblee , chaſ-
cun y eſtant veſtu fort richement,
La Forest pour honorer les mariees:Pour eui-
uiter
paillardiſe ils ſe marient , fort
Solenni
tez au
iour des
nopces
des Bra-
mins
.
ieunes,hommes & femmes: le iour
des nopces les eſpoux ſe tiennent
ſur vn lict richement veſtus, & char-
gés de ioyaux , & pierrerie , deuant
eux vne petite table & deſſus icel-
le vne idole, couuerte de fleurs , &
autour quãtité de lampes allumées
vers laquelle idole le mary, & la fẽ-
me faut que du matin iuſqu'au ſoir,
tiennent les yeux fichés, ſans boire,
ny manger , ny dire vn ſeul mot à
perſonne qui viue. Cependant les
inuitez les feſtoyent & ſe reſiouyſ-
ſent auec leurs chants , bals, dançes
& ieux d'inſtrumens , comme en-
cor'ils font des feux artificiels, pour
le plaiſir & paſſe-temps de la com-
paignie. Aduenãt que le mary meu-
re il n'eſt plus permis à la femme de
ſe remarier , laquelle ſuccede auec
les enfans à l'heritage du deffunct.
Eſt à noter, que les Bramins ne prẽ-
nent femmes d'ailleurs que des Bra-
mins
,afin de ne ſouiller & meſlãger
leurs races & familles: deſquelles y
129 82Nvptiale. en a de deux ſortes , les vns eſtans
Deux ſor
tes de
Bramins
de grande qualité & les plus reſpe-
ctés, qui ſont ceux, qui ont charge
des temples & qui offrent , les
ſacriſices : les autres de plus baſ-
ſe condition, qui ſeruent de meſſa-
gers & courriers pour ceux, qui les
employent , à cauſe que, quelque
part qu'ils aillent il n'y a perſonne,
qui leur face ennuy ny faſcherie,
quoy que la guerre ſoit de tous co-
ſtés allumee, voyre les voleurs , les
rencontrans ſur le chemin les reſpe-
ctent de tant, que de leur faire voye
& les honorer , là où ils deualiſent
Voleurs
n'oſent
meffaire
aux Bra
mins
.
les autres. Pour ce les marchans,
pour leur ſauuegarde ont accouſtu-
mé de mener à quelque prix que ce
ſoit l'vn de ces Bramins , aſſeurés,
qu'ils ſont, qu'en leur compaignie,
il n'y a ſi deteſtable brigand, qui oſa,
leur meffaire. Et s'il y aduient qu'il y
en ait de ſi farouche , que de piller,
ou deualiſer les pauures marchans,
qui ſeront en la cõpaignie d'vn Bra-
min
, ſoudain il ſe tuë, ou ſe naure
d'vn poignard , du ſang duquel les
La Forest autres vont teindre certaines ima-
ges qu'ils trainent par les ruës, iuſ-
ques à tant qu'on leur ait faict iuſti-
ce du tort que les marchans ont re-
ceu, & vẽgeance du ſang eſpãdu de
leur cõpaignõ. A Calicut le Roy fait
tel eſtat de ces Bramins, que lors que
il prend femme,il cerche & choiſit
Bramins
ont la pre
rogatiue
de depu-
celer les
Roynes.
le plus honorable d'entre-eux , le-
quel il fait coucher la premiere nuit
des nopçes auec ſa fẽme , afin qu'il
la depucelle:Et encor ne penſés pas
que ce ſoit gratuitemẽt que ces ca-
phards
vont plãter les cornes à leur
Prince, faut il qu'il les paye , & n'y a
que le Roy, qui ait ce credit, que les
Bramins facẽt les premiers eſſais de
leurs fẽmes. La couſtume a tant gai-
gné là que les Rois pẽſent receuoir
vne grande grace, & faueur , ſi ces
maiſtres caphars ſe iouẽt auec leurs
femmes & les ſurſaillent toutes les
fois que bon leur ſemble. Or tout
ainſi qu'à Cambaià , des-can Goa, &
pays voiſins il y a des Bramins, qu'õ
nomme Patameres,à cauſe qu'õ les
eſtime eſtre deſcendus du ſang roial
132Nvptiale. des princes de Cambaie, auſſi à Co-
chin
le Roy eſt de la famille des Bra-
mins
,de meſmes qu'ẽ Malabar, les
Roys ſont de ceſte race, & pour-ce
les enfãs maſles des Rois, ne ſucce-
dẽt point à la courõne, nõ plus qu'ẽ
Calicut,ains les freres du Roi, ou sõ
neueu, à cauſe qu'ils sõt Bramins, leſ-
Femmes
des Bra-
mins
.
quels couchent auec les ſœurs du
Roy, deſquelles ſortẽt les heritiers,
d'autãt que ceux qui viẽnẽt des Rois
ſont fils d'autres Dames que les Bra-
mines
, & qu'ils degenerẽt du ſang
Royal. Les fẽmes de ces Bramins,
ſont fort chaſtes, outre la couſtume
du païs, & ne ſe meſlẽt onc auec au-
tres qu'auec leurs marys , non plus
que iamais vne Bramine eſt mariee,
auec autre que celuy qui eſt de ce-
ſte vocation ne pouuãt eſpouſer vn
naire,là où les femmes naires ont li-
cence de coucher auec les Bramins,
leſquels ſont chiẽs à tous coliers, &
tels que toute couche leur eſt per-
miſe , à cauſe qu'ils ſont les meſ-
ſagers de leurs idoles. Apres la mort
de ces Bramins , on bruſle leurs
La Forest corps , & auec eux leurs femmes,
leſquelles refuſans de ce faire, ſont
blaſmees au poſſible. Celles qui ſe
ſacrifient auec leurs maris ſont con-
duites en fort grande magnificence
& ſont accompaignees des Ban-
cans & Bracmins,pour les conſoler,
tout ainſi que pardeça on donne
quelque Paſteur aux pauures patiẽs,
qu'on meine au gibbet, pour eſtre
iuſticiés. Ces maiſtres , venerables
les exhortent à patience , & ma-
gnanimité & à meſpriſer la mort eu
eſgard à la briefueté & incertitude
de ceſte vie, la ſermonent ſi bien
qu'il ſemble à ceſte pauure eſgaree,
qu'elle s'en va aux nopces.

Les Brachmans.
Chap. XXVII.

PVis qu'au r'apport de Strabon,
liure quinzieſme de ſa Geogra-
phie, Megaſthenes tenoit, que les
Brachmans eſtoyent les plus excel-
lens entre les Philoſophes qu'il ce-
lebre, 133Nvptiale. lebre, ce ne ſera hors de propos, ſi
nous entrõs au diſcours de leur vie,
mœurs & doctrine , auant qu'enta-
mer leur mariage. Ioinct que i'ay
enuie tout d'vn train de vuider la
queſtion du meſlange & commu-
nion des femmes, qui eſtoit receuë
parmy ces ſolz , auſſi-bien que par-
my les Nicolaites , & autres , ainſi
Vie,
mœurs et
doctrine
des Bra-
chmans
.
que verrons cy apres. Dés que ces
Brachmans ſont conceus (dict Stra-
bon
) ils ont des hommes doctes,
qui ont le ſoin d'eux, & leſquels, ve-
nans vers la mere, vſent de ne ſçay
quels charmes & paroles ſur elle &
ſur le fruict , luy ſouhaitans & pro-
mettans felicité & bon ſuccés,pour
l'aduenir : mais il y en a, qui dient,
qu'ils ne parloyent à la mere que de
choſes bonnes & luy preſchoyent
ſobrieté & continence, eſtimãs cel-
les eſtre heureuſes , qui les eſcou-
toyent de bon cœur , leſquelles , ils
diſoyent , ſeroyent abondantes en
lignée. Les enfans eſtans venus en
lumiere, on leur donnoit des inſtru-
cteurs , ores les vns , tantoſt les au-
M La Forest tres, mais quand ils venoyent à eſtre
grandelets , c'eſtoit alors qu'on leur
donnoit pour maiſtres, les plus do-
ctes & excellents de leur eſcholle.
Ces Philoſophes viuoyẽt dedãs les
bois ( ainſi que nos Gaulois Druy-
des 83) leſquels eſtoyent les plus pro-
chains des villes, & s'y tenoyent aſ-
ſemblez, comme ſont les Religieux
en leurs Monaſteres, viuans fort ſo-
brement, couchans ſur des materats
& peaux de beſtes, ne mangeans
chair quelcõque ( comme encores
ils ne font ) & s'abſtenans des fem-
mes ( ce que maintenant ils n'ont
garde d'obſeruer) ne parlans que de
choſes ſerieuſes, & communiquans
de bon cœur auec ceux qui les ve-
noyent accoſter , comme deſireux
& d'apprendre, & faire cognoiſtre
& entendre leur ſçauoir aux autres:
Les diſciples vſoyent d'vne grande
reuerence & modeſte reſpect, eſtãt
deuant leurs maiſtres, ne leur eſtant
loiſible de parler , touſſer , ny cra-
cher, & s'il aduenoit à pas vn de ce
faire, il eſtoit ſoudain chaſſé, pour ce
134Nvptiale. iour, de la compagnie, & eſtimé hõ-
me peu honeſte, & ſans ſobrieté, &
continence. Il viuoyent par l'eſpa-
ce de trente ſept ans en ceſte diſci-
pline & ſujection , & lors chacun
des diſciples ſe retiroit en ſa maiſon
luy eſtant permis de viure vn peu
plus licentieuſement que de cou-
ſtume: car il ſe pouuoit veſtir de lin
ſubtil & delicat, porter des anneaux
aux doigts , & des bracelets , & des
bagues penduës aux oreilles , mais
le tout auec diſcretion & modeſtie,
& ſans aucun deſbord & ſuperflui-
té : comme auſſi leur eſtoit permis
de manger chair d'animaux , autres
que ceux qui ſont ſecourables à
l'homme , & ce pendant les ſaulſes
& les viandes fort aigres, & mordã-
tes, comme aux, oignons, & eſpice-
rie, leur eſtoyent deffenduës. Ils s'a-
muſoyent ſur tout à la ſcience des
Aſtres , & a vouloir iuger des hom-
mes, par leur Phyſiognomie, dont
les Pramnes, qui eſtoyent leurs en-
nemis mortels, ſe moquoyẽt, à gor-
ge deſployée , & les appelloyent
M ij La Forest fols, & vains, prediſeurs des choſes
incertaines. Quant à leurs maria-
ges , ie ne puis que ie ne les reprou-
ue pour deux principales raiſons.
Pluralité
de fẽmes
receuë
par les
Brach-
mans
, cõ-
damnée.
La premiere eſt par ce qu'ils ſe don-
noient licence d'eſpouſer pluſieurs
femmes , ſous ceſte conſideration,
(diſoient-ils ) que d'vn grand nom-
bre il en ſortiroit pluſieurs enfans,
& en ce faiſoyent-ils double fau-
te , tant pource qu'ils s'affectoyent
peculieremẽt ie ne ſçay quelle ſain-
cteté , qui n'eſtoit communiquée
aux autres , qu'auſſi pour ſe peſle-
meſler ainſi auec tant de femmes.
Et neantmoins ils ſont tenuz pour
la ſaincteté meſme, voire qu'il y
en a qui aiguiſent le fil de leur bien-
diſance à eſleuer l'integrité de vie,
de ces venerables , leſquels ils veu-
lent maintenir en leur degré de pri-
uauté , preeminence & precellen-
ce par deſſus les Bramins, alleguans
pour leurs deffenſes , qu'encores
que les Bramins ne s'accouplent
qu'à vne femme , en mariage , ſi ne
laiſſent-ils d'auoir d'autres eſgouts,
135Nvptiale. pour leur faire paſſer la phantaiſie
de toute charnalité : mais quant aux
Brachmans , ils ne ſont appelez à
deflorer les Roynes , & encorner
les plus habiles du pays , ſi bien que
pour ſuppléer à tel rechãge, il em-
braſſent la pluralité des femmes.
N'eſt-ce pas bien ſyllogiſer ? & les
Bramins & les Brachmans offen-
ſoyent Dieu, mais encores plus les
Brachmans, par ce qu'ils abuſoyent
du mariage lors qu'ils ſe fondoyent
en telle multiplicité de femmes.
L'autre raiſon qui me fait formaliſer
contre les mariages des Brachmãs,
eſt qu'ils eſtoyent ſi charitables en-
tr'eux, qu'ils auoient les femmes cõ-
munes entr'eux , chacun accoſtant
celle de ſon compagnon, tout ainſi
que Platon le requeroit , & que les
Nicolaites le vouloyent introduire,
Nicolai-
tes
here-
tiques.
en l'Egliſe primitiue. Ces Nicolai-
tes
ont ainſi eſté appelez de Nico-
colas Antiocheen
,l'vn des ſept Dia-
cres , qui auec Sainct Eſtienne fu-
rent deputez par les Apoſtres , au
ſeruice des vefues. Ceſtuy , ayant
M iij La Forest eſté repris par iceux Apoſtres , de
la ialouſie qu'il auoit de ſa femme,
laquelle eſtoit fort belle , à fin de ſe
rendre incoulpable deuant eux, de
ce qui luy eſtoit impoſé , il l'ame-
na en public deuant tous , l'aban-
donnant & permettant d'en vſer,
à quiconque la voudroit , contre le
commandemẽt de noſtre Seigneur,
qui deffend à tout homme , de ſe-
parer ceux que Dieu a conjoincts.
Par ceſte acte de Nicolas , pluſieurs
prenans occaſion , creurent qu'il
eſtoit loiſible & permis à vn cha-
cun ſe ſeruir de telle femme , que
bon luy ſembleroit , voulans , ain-
ſi que Platon le permettoit, que
toutes femmes fuſſent communes.
Tellement que telle couſtume fut
entre-eux conuertie en fornica-
tion & paillardiſe ſans aucun reſ-
pect de mariage. A ceſte hereſie,
Satur-
nin
here
tique.
ſe ioingnit l'heretique Saturnin na-
tif d'Antioche, diſciple de Simon
le magicien
, & de Menander, qui
entres autres impietez de ſon here-
ſie , diſoit , auec les Nicolaites, que
136Nvptiale. l'on pouuoit vſer des femmes in-
differemment : ſi bien qu'vn cha-
cun pouuoit ſans offenſe , ne pe-
ché vſer de celle qu'il voudroit.
Or encores que l'Eſcriture Saincte,
auec ſainct Auguſtin , Philaſtrius,
Eueſque de Brixie , en leur liures
des hereſies , Nicephore & autres
ſçauans perſonnages, deteſtent
ceſte hereſie, ſi veux-ie bien en-
cores adiouſter que quand nous
n'aurions autres moyens de defen-
ſe , que ce qu'Ariſtote deduict au
deuxieſme chapitre du ſecond li-
ure de ſes Politiques , ſans doute
faudroit que ceſte confuſion de
femmes fit le ſoubre-ſault. Et par
ce que la matiere ſemble le reque-
rir, ie prieray le liſeur m'excuſer, ſi
ie m'eſtens vn peu au long ſur ce
diſcours. Ceux qui partialiſent pour
la communion que Platon a vou-
Commu-
nion de
femmes
ſur quels
moyens
fondés.
lu forger en ſa republique Socra-
tique
font targue de pluſieurs bou-
cliers tirez de l'Arſenal Anabaptiſ-
tique 84, ou l'on ne ſouffre ces deux
mots de Mien & de Tien, com-
M iiij La Forest me eſtant la ſource de tout mal.
Sur tout ils nous battent de deux
inconueniens. Le premier eſt que
la proprieté des femmes, qu'on a
voulu priuatiuement & excluſiue-
ment attribuer aux marys a engen-
dré la jalouſie , les meurtres , & le
mauuais meſnage , dont on voit
les familles troublées pour l'adul-
tere. L'autre , qu'appropriant de
telle façon les femmes & enfans à
certains particuliers , on degou-
ſtoit les autres d'aymer & porter
affection aux enfans , leſquels ils
euſſent chery, pour la ſeule opinion
qu'ils euſſent peu ſe donner, qu'il
ſe pouuoit faire que les enfans leur
appartenoyent. Voila deux poincts
qui ont quelque apparence , mais
au fonds , ſont de peu de force &
Refuta-
tion d'i-
ceux mo-
yens.
efficace. Ie demeure d'accord qu'à
cauſe des inſolences de quelques
garnemens les maris s'effarouchent
& quelquesfois deſchargent bien
rudement , ou ſur les eſtalons ou
ſur ces deſloyales , qui ſi toſt ſe laiſ-
ſent atterrer. Si la bride eſtoit te-
137Nvptiale. nuë roide à tels forfaicts, ou qu'à
la premiere touche ils peuſſent ve-
nir en euidence à iuſtice, eſtimez-
vous , que nous verrions telles &
ſi frequentes ſur-ſaillies des maris,
qui quelquefois , & trop ſouuent
s'imagineroyent eſtre coqüéz. Ie
veux , que bien d'auantage ils ſe to-
piquent , pourtant faudra-il don-
ner libre entrée à quiconques vou-
dra paſſer ſur le vẽtre des femmes?
De deux maux (dict-on couſtumie-
rement) faut élire le moindre , mais
ſi pour faire du nyais & Nicolai-
ſer
, il eſtoit queſtion de ſe laiſſer
planter les cornes , ah ! combien de
ſurſaillans ſe trouueroyent, qui ſe-
royent bien aiſes , ſans crainte de
reprehenſion, d'y graiſſer leurs bot-
tes. Le danger, certainement, eſt
bien grand de tuer vn ruffien , que
l'on trouue honnir la pudicité de
ſa couche , ou de ſe hazarder à la
modeſtie ou prudence d'vn adul-
tere , mais auſſi de ſe laiſſer encor-
ner , c'eſt vne touche qui pique ſi
vifuement au cœur , qu'encores,
M v La Forest que le Poëte du Belleau euſt encor
mieux ſophiſtiqué ſes cornes, qu'il
n'a pas , ſi ne me ſçauroit-on faire
croire qu'vn homme ayant le cœur
genereux , puiſſe ſouffrir qu'vn e-
ſtrangier
vienne tremper ſon pain
au pot , qui excluſiuement de
tous autres luy eſt deſtiné. En apres
y a-il raiſon de permettre que Dieu
ſoit manifeſtement offenſé? Les
deux mariez ſont deux en vne
chair , s'il y a vn adioinct , faudra
qu'ils ſoyent troys en vne chair, &
ainſi ſera illudée la volonté ſacrée
de l'Eternel. C'eſt donc hors de
propos , qu'on met en jeu les mal-
heurs , qui enſuiuent ceux, qui ne
ſont bien reiglez en leurs maria-
ges. La folie des temeraires , &
indiſcrets , ne doit nuire aux bien-
aduiſez. Encores que pluſieurs
ayent ſouffert pour le nom ſacré
des Chreſtiens , ſera-il à dire, que
l'on ne doiue ſe partialiſer pour le
Chriſtianiſme , ou qu'on ſe doiue
laiſſer aller à toutes heurtes de reli-
gion ? Ie ne parle point des poſſeſ-
138Nvptiale. ſions , & des biens , d'autant que
ces noms Tien & Mien,
ſont auſſi enſeuelis pour ce ſecond
chef. Encores moins de nez y a-il
ſur l'affection que les ſupoſts du
Nicolaiſme penſens eſtre affadie,
pour autant que l'on ne penſera que
l'enfant nous attouche. Puis qu'ils
veulent ne parler qu'en politics
humains , ie veux les arraiſonner
en politiques. Ils ne me pourront
nier , que la diſpoſition de noſtre
corps ne ſe rapporte à la conſtitu-
tion du corps de la Republique,
encores donques que les functions
de la main , du cerueau , des pieds
& de nos cinq ſens different tou-
tes par enſemble , ſe trouuera-il
vn eſprit ſi tres-éceruelé, & manque
de iugemẽt, qu'il vueille deſauoüer
& meſcognoiſtre l'ouurage de ſes
mains,pourautãt qu'il eſtimera que
ce ne ſoit du beſoigné du cerueau.
Partãt tout ainſi que toutes les par-
ties de noſtre corps ſymboliſent à
à leur tout,auſſi faut-il croire , que ſi
quelque malignité ne no9 a arraché
M vj La Forest du cœur, nos parties naturelles nous
reputerons à nous meſmement &
à l'ornement du corps ciuil , tout ce
qui ſera des parties d'iceluy, encor
qu'elles ſoyent poſſible, beaucoup
eſloignées de nous: Voyre mais, à
quel propos fais-ie ſur ce diſcours ſi
longue poſe?il ne faut que la raiſon
meſmes de ces Socratiques ſuppo-
ſés , pour faire ou culbuter ou eſ-
parpiller ce ſale meſlange. Et auſſi
eſt-ce là,ou a viſé Ariſtote,qui pour
replique, met en faict, que ceſte cõ-
fuſion de corps d'amitiés & d'affe-
ctions pratiquee par le meſlange
des Brachmans, Nicolaites & parti-
ſans de Socrates , ne peut qu'elle ne
nous agoue 85, d'autant que tout ainſi
qu'vn peu de douceur, ſi on la de-
laue en vne grande lauaſſe d'eau,
perd toute ſa ſaueur,auſſi les peres,
ſe trampans en vne ſi grande multi-
titude de flots ne pourroyent rete-
nir l'amitié naturelle, que nous voy-
ons eſtre reueree par ceux, qui ſça-
uent drachmer 86le poids, la force &
la vertu de leur virilité, ſans l'eſpan-
139Nvptiale. dre à l'incertain & ietter (comme l'õ
dit) la plume au vent: Qui prendra
de prés garde à la comparaiſon, qu'a
ameiné Ariſtote , s'il n'a le ſens du
tout cacochimé , d'Anabaptiſme,
faudra qu'il confeſſe, que quand la
loy diuine n'auroit lieu, nature,
meſmes ſuffit pour rendre condã-
nez ceux, qui à l'eſgarée ſe fourrent
à telles & ſi volages accointãces, d'an
tãt ce, qui oblige les peres à nour-
rir, les enfãs & aux enfãs à reuerer &
auoir ſoin de leur peres n'eſt cõtre
le commandement de Dieu , que
l'inſtinct naturel, qui nous pouſſe,
ſemond 87, reſueille & induit à cherir
noſtre ſang. Et comment pourra vn
homme recognoiſtre ce qu'il aura
enfourné, ſi pluſieurs ont ( comme
l'on dit) mis leur pain à la fournee.
De dire qu'en la face ou au corps
demeure vne marque & arrhe im-
primee, qui faict qu'vn chaſcun
puiſſe recognoiſtre ſa piece , c'eſt
nous vouloir faire iouer trop au
mal aſſeuré:attendu qu'on lit, qu'en
la race de Lepide y eut veritablemẽt
La Forest La reſsẽ-
blãce du
viſage
nous de-
coit
ſou-
uent.
trois enfans faicts à diuerſes fois,
qui tous auoyẽt vn œil couuert d'v-
ne pellicule , & ſi n'auoyent eſté
faicts les vns apres les autres, car il
y auoit d'autres enfans entre-deux:
auſſi quelques fois il aduient , que
les enfans retirent au pere-grand:
Des iumeaux , par fois l'vn retire au
pere, & l'autre à la mere. Il y a des
femmes,qui font tous leurs enfans
qui les retirent : d'autres les font
ſemblables à leurs maris , & quel-
quesfois les enfans ne retireut ,ny à
pere ny à mere : aucunesfois auſſi,
les filles retirent au pere , & les fils
à la mere. La preuue en eſt grande
en ce que raconte Ariſtote , au ſe-
cond chapitre du ſeptieſme liure
de l'hiſtoire des animaux, & au dix-
huictieſme chapitre du premier li-
ure de la generation des animaux,
touchant Nicee , ce luiteur renom-
mé de Conſtantinople , lequel e-
ſtant ſorty d'vne baſtarde d'Æthio-
pien
, qui eſtoit blanche , comme
les autres femmes , neantmoins il
naſquit noir , comme ſon ayeul. Et
140Nvptiale. certes les fantaiſies,impreſſions , &
diſcours de l'homme & de la fem-
me,eſtans en l'acte de generation,
aidẽt beaucoup aux rapports & ſem
blances : auſſi font pluſieurs cas qui
peuuẽt aduenir fortuitemẽt ſoit par
la veuë, ou par l'oüye, ou par vn ſou
uenir des formes qu'on apprehẽde
en l'acte de generatiõ. L'eſprit auſſi
du pere & de la mere lors vagabõ-
dãt & tracaſſant ça & là, & imprimãt
quelque ſemblãce eſt eſtimée cauſe
de ſemblance ou non-ſemblance,
par ainſi ce n'eſt de merueilles, ſi les
diſſemblances ſont plus grandes,
entre les hommes qu'entre autres
animaux : car le ſoudain mouue-
ment de l'eſprit , & les diſcours de
l'entendement s'imaginent, phan-
taſient , & repreſentent pluſieurs
& diuerſes marques:mais l'imagina-
tiue des autres animaux demeure
touſiours en vn eſtre:auſſi vne beſte
engendrera le plus ſouuẽt ſon ſem-
blable. Artemõ, hõme artiſan, eſtoit
ſi ſemblable à Antioque, que la Roi-
ne Laodicée
, apres qu'Antioque
La Forest fut tué, ſe ſeruit d'Artemon,pour re-
ſigner le Royaume , à qui bon luy
ſembleroit, & pour recommander
au peuple celuy , qu'elle vouloit a-
uancer. Vibius,homme Artiſan , &
Publicius iadis eſclaue, retiroyent ſi
fort à Põpee, qu'à peine les eut on
ſceu diſcerner tous trois les vns d'a-
uec les autres , tant bien repreſen-
toiẽt ceſte preud'hommie, & maje-
ſté, qui reluiſoit en la care, & face
de Pompée. Cela auſſi cauſa à ſon
pere le ſoubriquet de Menogenes,
ſon cuiſinier , encores que deſia on
l'appella Strabo, pour eſtre louſche,
comme vn autre ſien eſclaue. Se-
rapio
, auſſi eſtoit du tout ſembla-
ble à Scipion , & neant-moins c'e-
ſtoit vn malotru eſclaue, Porchier
d'vn marchand de porceaux. Sur
ſecond Scipiõ , qui eſtoit de la meſ-
me maiſon de l'autre Salutio 88, ba-
ſteleur & ioüeur de farces fit tom-
ber ſon nom pour ſoubriquet L'an
du Conſulat de Lentule & Metelle
d'aduenture ſe trouua rent ſur les eſ-
chauffaux deux gladiateurs , tous
141Nvptiale. deux retirans aux deux Conſuls, à
ſçauoir Spinter 89, qui vint en la ſe-
conde pointe,lequel retiroit entie-
rement à Lentulus , & Pamphile 90,
qui vint à la troiſieſme pointe , qui
carioit à Metellus. De meſmes. Ru-
brius
baſteleur fut appellé Plancus,
pource qu'il retiroit à Lucius, Plan-
cus
l'Orateur fort renommé. Bur-
buleius auſſi baſteleur ſeruit de ſou-
briquet au vieil Curion : Menoge-
nes
ioueur de farces à Meſſala, en-
cores qu'il eut eſté Cenſeur. En Si-
cile
ſe trouua vn peſcheur, qui reti-
roit du tout au Proconſul Sura,non
ſeulement au traict de viſage , mais
auſſi à parler bref , à faire la mouë
en parlant & à retirer la langue, cõ-
me faiſoit Sura. A Caſſius Seuere,
Orateur renommé, Mirmillo fut
mis au deuant par reproche, com-
eſtant du tout ſemblable à luy. Et a-
fin que nous ne nous eſgarions par
les Foreſts & de l'antiquité & des
pays eſtranges, voulés vous vn plus
manifeſte argument de deux per-
ſonnes qui ſe retiroyent comme
La Forest deux gouttes d'eau que celuy de
ceſt impoſteur Arnauld , du Thil,
du lieu de Sagar 91qui reſſembloit tel-
lement à Martin Guerre , natif,
d'Andaye, au pays de Baſcous , ou
de Biſcaye, qu'il print le nom de
ce Martin Guerre. Or qu'il luy re-
tira entierement des lineamens de
viſage, de ſon port, maintien & ſta-
ture appert par-ce que Bertrande,
Rolz
, laquelle Martin Guerre , a-
uoit eſpouſé & pris à femme à Ar-
tigat
lieu du Dioceſe de Rieux, en
Gaſcoigne le receut pour tel, com-
me auſſi firent encores quatre ſœurs
vn Oncle, & autre parens d'iceluy,
Martin Guerre, tous les voiſins
luy firent la bien venuë. Auant ceſt
impoſteur Bertrande demeura trois
ans ſans le pouuoir recognoiſtre. En
fin elle print ſoupçon & cõmence a
deſcouurir & cognoiſtre l'impoſtu-
re de ce du Thil, qui fut ſi bien pour-
ſuyuy , qu'apres le retour de ſon
vray mary Martin Guerre ( qui
auoit eſté abſent d'elle enuiron huit
ans il fut condamné par arreſt de
142Nvptiale. la Cour de Parlement de Tholouſe,
prononcé iudiciellement le dou-
zieſme iour de Septembre 1560. à
faire amende honorable au deuant
de l'Egliſe d'Artigat, & illec de ge-
noux, en chemiſe, teſte & pieds nuds
ayant la hard au col & tenant en ſes
mains vne torche de cire ardante,
demãdant pardon à Dieu , au Roy
a Iuſtice, auſdicts Martin Guerre, &
Bertrande , de Rolz, mariées , & ce
fait eſtre deliuré és mains de l'exe-
cuteur de haute iuſtice, pendu & e-
ſtranglé au deuant de la maiſon de
Martin Guerre en vne potẽce qui y
ſeroit dreſſée, à ces fins & apres ſon
corps eſtre bruſlé. A eſté beſoing,
que ie m'exprimaſſe ainſi au long
ſur ceſte reſſemblance , d'autant
que c'eſt le principal eſchaptoi-
re de ceux , qui preſtant l'eſpaule
au meſlange Brachmanien , de di-
re , que touſiours il y a des traicts,
qui nous peuuẽt faire recognoiſtre
ceux qui nous appartiennent. Et ne
faut point reſtraindre ce deſborde-
mẽt de fẽmes cõmunes à certaines
La Forest ſectes de mal-aduiſés, d'autant que
les Taprobaniens, ou Sumatriens,
meſmes ſont remarquez par les an-
ciens, pour auoir eu leurs femmes
communes, ſans qu'aucune forme
de mariage y fut gardée: Si bien que
les enfans y eſtoyent communes &
chaſcun les aymant comme pere.
Commu-
nion de
femmes
prati-
quée,
entre plu
ſieurs
peuples.
Or ceſte communion de femmes
n'a eſté que par trop practiquee par
maints autres peuples. Les Maſſage-
tes
prenoyent chaſcun vne femme
en mariage, & toutesfois vne fem-
me eſtoit commune à tous & toutes
les femmes communes à vn. Euſe-
be
au ſixieſme liure de la preparatiõ
Euangelique recite le contraire des
Serés peuple d'Aſie habitans à l'O-
rient deſ-dicts Maſſagetes. Leſ-
quels , il dict auoir eu des loix, qui
leur deffendoyent de tuer, de pail-
larder,de deſrober & d'adorer des
idoles. Et pour le reſpect d'icelles
ne s'eſtre trouué par-my eux aucuns
temples nulle femme adultere , au-
cun larron , pas vn meurtrier: Con-
143Nvptiale. tinuãt apres sõ diſcours par la vie des
Brachmanes il les loue d'vne gran-
de preud'hommie & pieté en tou-
tes leurs actions , les renomme en-
nemis de l'adoration rendue aux
ſimulachres des faux Dieux & fort
ſobres en leur boire & manger ſi
bien qu'encores qu'il ne touche les
loix de leurs mariages, ſi eſt ce qu'il
les deſcript tels que quand nous ne
lirions autre choſe de leur vie, nous
les deuſſions eſtimer auoir abhor-
ré toute ſaleté de luxure deſor-
donnee & principalement la Poly-
gamie, & communauté de femmes.
Car il les depeinct entierement ad-
donnez à la contẽplation de Dieu
& de ſes œuures & retenus tout le
iour à le ſeruir & adorer. Mais qui a-
il de plus ennemy du culte diuin,
que la luxure ou la multiplicité de
femmes: deſquelles le contentemẽt
eſt le mortel ennemy de la chaſteté
& de ceſte netteté d'Ame neceſſaire
en l'exercice des functiõs ſpirituel-
les? Le ſeruice diuin ne ſe peut ac-
144La Forest complir deuëment ſi les affections
ne ſont ſublimees là-haut, d'où
neant-moins les retire l'eſguillon
charnel, & les attache à la terre, ſur
laquelle elles rãpent tant que la me-
moire ou la pointure d'vne impudi-
cité dure. Ainſi nous pouuons rai-
ſonnablement douter que les Bra-
chmans
, qui de leur franc gré &
ſans y eſtre aſſeruis pour aucunes
loix demeuroyent attentifs, perpe-
tuellement au ſeruice de Dieu, & à
la contemplation des choſes hautes
ayent eu pluſieurs femmes & com-
munes entre eux, ou qu'ils ayent ia-
mais mené vne vie ſi religieuſe. Et
que choſe qu'il en ſoit nous pou-
uons tenir pour treſſeur que l'vn ne
peut compatir auec qu' l'autre non
plus que la terre ſe ioindre au Ciel.
C'eſt pourquoy les hommes vouez
aux choſes ſainctes au miniſtere de
la religion & contemplation des ſa-
crés myſteres d'icelle, ont eſpouſé
le ſainct Cœlibat, & donné le libel-
le de repude à toutes femmes pour
Nvptiale. eſtre eſleuez pluſtoſt en haut par le
feu de chaſteté , qui eſt tout diuin,
que rabbatus en bas par celuy de la
chair qui eſt terreſtre & en l'ap-
probation d'vn ſi ſainct veu nous
finirons ce que nous auions à dire
des Mariages.


FIN.

[ Vignette à feuilles et fruits ]
[ Sceau de la Bibliothèque de l'Arsenal ]
1. 
8e.S.3339
2. 
8°.S.3339
3. 
Mieux connu pour ses Matinées (1585) et ses Après-dinées (1587), Cholières, alias Jean Dagoneau, avocat de famille protestante, se convertit au catholicisme et finit par faire profession à la chartreuse de Mont Dieu en 1589. Les arguments de G.-A. Pérouse sur l’identité de « Cholières » sont plus convaincants que ceux du Dictionnaire des lettres françaises (Le XVIe siècle, dir. Michel Simonin, Paris, Fayard, 2001). D’accord pour l’identifier avec Jean Dagoneau, Pérouse estime que notre auteur meurt en 1623 plutôt qu’en 1580, l’année où décède son parent du même nom, converti au protestantisme (Nouvelles françaises du XVIe siècle, Images de la vie du temps, Genève, Droz, 1977, p. 342-344). Il n’est pas surprenant que celui qui devient le prieur de Mont Dieu en 1593 emploie un nom de plume en publiant La Forest nuptiale.
4. 
« Ve me le dire » : quelqu’un qui croit savoir.
5. 
Veuillez consulter la référence Palingène pour en savoir plus.
6. 
« Antigamien » : qui est contre le mariage ; de la racine grecque gamos, ou mariage.
7. 
L'imprimeur n'a pas eu assez d'espace dans le vers suivant pour écrire le mot « ſages » donc, il a mis la terminaison « ges » dans le vers précédent.
8. 
L'imprimeur n'a pas eu assez d'espace dans le vers suivant pour écrire le mot « coutures » donc, il a mis la terminaison « res » dans le vers précédent.
9. 
Cholières parle des Sénégalais.
10. 
Cholières parle des Tibétains.
11. 
« Sémondre » : inviter, convier à une cérémonie ou à quelque action publique.

Cayrou, Gaston, « Sémondre », Dictionnaire du français classique : la langue du XVIIe sicèle, Paris, Klincksieck, 1924, rééd. Paris, Librairie Générale Française, 2000, Imprimé.
12. 
Alba Spina : terme latin pour aubépine.
13. 
Candiots : autre nom pour les Crétois.
14. 
Panurgique : à la manière du Panurge de Rabelais, le personnage qui se demande sans cesse dans le Tiers livre s’il faut se marier ou non, de peur d’être cocu, battu et volé.
15. 
« Pantagrueliser » : donner des conseils à la manière du personnage de Rabelais, Pantagruel, à son ami Panurge, c’est-à-dire en refusant de fournir une réponse définitive.
16. 
Anomalie de pagination de la part de l'imprimeur ; à la place de « 7 », il a mis 6.
17. 
Cholières fait allusion aux Grecs.
18. 
Anomalie de pagination de la part de l'imprimeur ; à la place de « 9 », il a mis 8.
19. 
Anomalie de pagination de la part de l'imprimeur ; à la place de « 11 », il a mis 10.
20. 
La Déesse Anaililide est Vénus. Cholières évoque le mot « annélide », de annel, forme ancienne de « anneau ». Dans le genre de temple dédié à Vénus dont il est question ici, les prêtresses pratiquaient la venia, où la grâce spirituelle émanait des pratiques sexuelles. La légende demandait aux hommes venant jouir de ces prêtresses de mettre un anneau au doigt de la statue de la déesse, dont il devenait l’époux symbolique.

« Annélide », Larousse.fr (2009), Éditions Larousse, Paris, Internet, 28 août 2010.
Walker, Barbara G., The Woman's Encyclopedia of Myths and Secrets, New York, HarperOne, 1983.
21. 
Le sarcasme de Cholières suggère ou bien que ce n’est pas du tout un dieu dont il est question, mais plutôt d’un amant mortel. Une autre possibilité, vu que le XVIe siècle connaît l’histoire chaldéenne surtout par la médiation des Grecs, est qu’il s’agit de Jupiter, bien connue pour ses incursions chez les mortelles. Pour une analyse des relations entre ces civilisations antiques et leur influence à la Renaissance, voir François Lenormant, Civilisation, religion et monuments de l’Assyrie et de la Chaldée, ch. II, « Les lettres et les sciences », dans François-Dominique Fournier, Histoire antique des pays et des hommes de la Méditerranée, Internet, 28 août 2010. http://www.mediterranee-antique.info/Moyen_Orient/Lenormant/T_5/HAO_52.htm.
22. 
Le mot employé par Cholières est une forme du vocable « bakchich ». À sa signification moderne de pot de vin ou pourboire peut s’ajouter une offrande aux dieux, dieux évoqués par les dames tartares dans le rite décrit par notre auteur.

« BAC(C)HICH, BAK(S)CHICH, subst. masc. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 1er septembre 2010.
« Bakchich », Wikipédia l'encyclopédie libre (23 juin 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bakchich.
23. 
gregeſque : un pantalon large.
24. 
Cham de Tartarie : Cham, en langage Tartaresque, signifie autant que Seigneur: et n'est proprement mot Turquesque, combien que les Turcs en usent, et prononcent Tchaam. Quand donc nous disons le grand Cham, ou Cam de Tartarie, c'est à dire Le grand seigneur.


« Cham », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er septembre 2010.
25. 
« Cham de Tartarie » : Cham, en langage Tartaresque, signifie autant que Seigneur: et n'est proprement mot Turquesque, combien que les Turcs en usent, et prononcent Tchaam. Quand donc nous disons le grand Cham, ou Cam de Tartarie, c'est à dire Le grand seigneur.

« Cham », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er septembre 2010.
26. 
Les « Tenediens » sont le peuple gouverné par Tennès.
27. 
Cholières fait allusion à un passage des Actions et paroles mémorables de Valère Maxime où il est question de châtiments exemplaires pour des crimes d’ordre sexuel. Deux des noms cités (Bibiénus, Carbon Actiénus) sont mal transcrits. Voici le passage de Valère Maxime :
Mais énumérons aussi rapidement ceux qui pour venger la pudeur outragée n'ont écouté que leur indignation sans recourir aux moyens légaux. Sempronius Musca fit mourir sous le fouet C. Gellius qu'il avait surpris en adultère ; C. Memmius assomma à coups de poings L. Octavius, pris aussi en flagrant délit ; d'autres, surpris dans le même crime, comme Carbon Attiénus par Vibiénus, Pontius par P. Cérennius, subirent la castration. [...] Tous ces hommes offenses suivirent l'impulsion de leur colère et on ne leur en fit pas un crime.


Valère Maxime, Actions et paroles mémorables , éd. Constant, Paris, 1836, Livre VI, Ch. 1.13, mis en ligne par Philippe Remacle, L’Antiquité grecque et latine du Moyen Âge, Internet, 15 septembre 2010. http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre6.htm.
28. 
L’historien romain Valère Maxime raconte que Zaleucus, gouverneur de la ville de Locres, avait promulgué une loi qui exigeait qu’on crève les deux yeux aux personnes condamnées pour adultère. Quand son propre fils le fut, le peuple voulait l’excuser de ce châtiment par estime pour Zeleucus, mais celui-ci, voulant respecter la loi, finit par se crever un oeil, en prenant un autre à son fils afin de satisfaire à la loi tout en laissant l’usage de la vue à tous les deux.

Valère Maxime, Actions et paroles mémorables , éd. Constant, Paris, 1836, Livre VI, Ch. 5.3, mis en ligne par Philippe Remacle, L’Antiquité grecque et latine du Moyen Âge, Internet, 15 septembre 2010. http://remacle.org/bloodwolf/historiens/valere/livre6.htm
29. 
Dans ses Vies parallèles, Plutarque raconte la vie de Solon.
30. 
« Candiotte » : autre nom pour les Crétoises.
31. 
« Reine d'Aragon » : on n’a aucune indication de quelle reine il est question.
32. 
Un cadi est un juge musulman qui remplit des fonctions civiles, judiciaires et religieuses.

« Qadi », Wikipédia l'encyclopédie libre (17 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 30 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Qadi.
33. 
Veuillez consulter la référence François Sansouin.
34. 
Un cadi est un juge musulman qui remplit des fonctions civiles, judiciaires et religieuses.

« Qadi », Wikipédia l'encyclopédie libre (17 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 30 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Qadi.
35. 
Un cadi est un juge musulman qui remplit des fonctions civiles, judiciaires et religieuses.

« Qadi », Wikipédia l'encyclopédie libre (17 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 30 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Qadi.
36. 
« Enrôler avec les confrères de la lune » : Enrôler sur la liste des cocus. Voir « Lune », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (2009), CNRTL, Internet, 6 octobre 2010.
37. 
Agouer (s') : s'étouffer, s'étrangler.

« Agouer (s') », Dictionnaire bourbonnais, Projet Babel, Internet, 8 janvier 2011.
38. 
La phrase Saül est parmi les prophètes fait allusion à deux occasions dans le livre de I Samuel de l'Ancien Testament. Ici, il s'agit du chapitre 10, versets 5 à 6 où le prophète Samuel dit à Saül :
Après cela, tu arriveras à Guibéa-Elohim, où se trouve une garnison de Philistins. En entrant dans la ville, tu rencontreras une troupe de prophètes descendant du haut lieu, précédés du luth, du tambourin, de la flûte et de la harpe et prophétisant eux-mêmes. L'Esprit de l'Eternel te saisira, tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme.
« « 1 Samuel 10 » 1 Samuel 10 French : Louis Segond (1910) », Biblos (2004-2010), Biblos.com, Internet, 18 octobre 2010. http://saintebible.com/lsg/1_samuel/10.htm.
« Saul », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 octobre 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Saul.
39. 
« Martin-Bâton » : s. m. Homme armé d'un bâton, et, par extension, le bâton personnifié qui sert à battre les animaux récalcitrants. Il faut ajouter que dans notre corpus, le bâton personnifié qui sert à battre les animaux récalcitrants sert aussi à battre la femme.

« Martin-Bâton », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 26 mai 2011.
40. 
À la parfin, loc. adverb. tombée en désuétude et signifiant : à la fin dernière.

« Parfin », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 28 septembre 2011.
41. 
« Garbuge » : parfois grabuge, signifie querelle, tumulte ou désordre ; du provençal « garboui ».

L. E. Kastner, A Glossary of Colloquial and Popular French for the Use of English Readers, London, Butler & Tanner Ltd., 1929, Google Livres, Internet, 14 novembre 2010.
42. 
Zibeline : s. f. Sorte de martre de Sibérie à poil très-fin. On le dit aussi de La peau de cet animal employée comme fourrure. Une robe de chambre de zibeline. Un manchon de zibeline. Les zibelines les plus noires sont les plus belles. On dit aussi, adjectivement, Martre ou Marte zibeline.

« Zibeline », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1835), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 17 novembre 2010.
43. 
Rangifère : Terme d'histoire naturelle. Cerf rangifère, ou, substantivement, le rangifère, le renne.

« Rangifère », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 17 novembre 2010.
44. 
Anomalie de pagination de la part de l'imprimeur ; à la place de « 60 », il a mis 6.
45. 
Le mot employé par Cholières est une forme du vocable « bakchich ». À sa signification moderne de pot de vin ou pourboire peut s’ajouter une offrande aux dieux, dieux évoqués par les dames tartares dans le rite décrit par notre auteur.

« BAC(C)HICH, BAK(S)CHICH, subst. masc. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 1er septembre 2010.« Bakchich », Wikipédia l'encyclopédie libre (23 juin 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bakchich.
46. 
« Morfier » ou « Morfer » : manger (goulûment).

« Morfer », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 20 novembre 2010.
47. 
Cholières parle des Sénégalais.
48. 
Cholières fait allusion aux noms des quinze royaumes situés en Afrique de l'Ouest à l'époque.

Kalck, Pierre, « Pour une Localisation du Royaume de Gaoga », The Journal of African History, vol. 13, (1972), Cambridge University Press, p. 533.
49. 
Cholières parle des Sénégalais.
50. 
Cholières parle des Sénégalais.
51. 
Cholières parle des Sénégalais.
52. 
« Trupelu » : Individu grossier, mendiant, imbécile.

Philipot, Emmanuel, Trois farces du recueil de Londres : recherches sur l'ancien théâtre français, 1931, rpt. Genève, Slatkine, 1975, p. 69. Google Livres, Internet, 21 novembre 2010.
53. 
Cholières parle des Sénégalais.
54. 
Cholières parle des Sénégalais.
55. 
Cholières parle des Sénégalais.
56. 
Cholières parle des Sénégalais.
57. 
Cholières parle des Sénégalais.
58. 
GOGUE (go-gh') s. f. 1. Terme vieilli. Plaisanterie, divertissement. Être dans les gogues.

« Gogue », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 22 novembre 2010.
59. 
Abuna : Titre en arabe pour l'archevêque éthiopien qui signifie notre pére.

« Ethiopian Orthodox church », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 4 novembre 2010. http://www.britannica.com/topic/Ethiopian-Orthodox-Tewahedo-Church.
60. 
Abuna : Titre en arabe pour l'archevêque éthiopien qui signifie notre pére.

« Ethiopian Orthodox church », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 4 novembre 2010. http://www.britannica.com/topic/Ethiopian-Orthodox-Tewahedo-Church.
61. 
Coup, ou Coupau, Que nous disons Cocu, c'est celuy duquel la femme s'abbandonne à autre, Curuca.

« Coup », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 23 novemebre 2010.
62. 
« Incucurbiter » : Transformer en citrouille.

« Incucurbitation », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 23 novembre 2010.
63. 
Le mot employé par Cholières est une forme du vocable « bakchich ». À sa signification moderne de pot de vin ou pourboire peut s’ajouter une offrande aux dieux, dieux évoqués par les dames tartares dans le rite décrit par notre auteur.

« BAC(C)HICH, BAK(S)CHICH, subst. masc. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 1er septembre 2010.
« Bakchich », Wikipédia l'encyclopédie libre (23 juin 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Bakchich.
64. 
« Cham de Tartarie » : Cham, en langage Tartaresque, signifie autant que Seigneur: et n'est proprement mot Turquesque, combien que les Turcs en usent, et prononcent Tchaam. Quand donc nous disons le grand Cham, ou Cam de Tartarie, c'est à dire Le grand seigneur.

« Cham », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er septembre 2010.
65. 
« Cham de Tartarie » : Cham, en langage Tartaresque, signifie autant que Seigneur: et n'est proprement mot Turquesque, combien que les Turcs en usent, et prononcent Tchaam. Quand donc nous disons le grand Cham, ou Cam de Tartarie, c'est à dire Le grand seigneur.

« Cham », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er septembre 2010.
66. 
Coup, ou Coupau, Que nous disons Cocu, c'est celuy duquel la femme s'abbandonne à autre, Curuca.

« Coup », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 23 novemebre 2010.
67. 
« Incucurbiter » : Transformer en citrouille.

« Incucurbitation », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 23 novembre 2010.
68. 
Carouane : Ancienne orthographe du mot « caravane ».
69. 
« Sucrée » : femme rusée.

« Sucrer », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 3 janvier 2011.
70. 
« r’amẽmoiue » : Du verbe « Rememorer » parfois écrit comme « ramemoirer » qui veut dire remettre en mémoire.

« Rememorer », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 3 janvier 2011.
71. 
Nom utilisé pour le Cuba à l'époque d’après le nom du Roi Ferdinand.
72. 
L’étymologie de « Guyane » est d’origine indigène, et veut dire dans le dialecte guanao, celui de la population indienne du delta de l’Orénoque, sans nom, ce qu’on ne peut nommer. La Guyane serait donc la terre qu’on n’ose nommer, la terre sacrée, la maison de l’Être suprême.

« Guyane », Wiktionnaire (14 novembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 3 janvier.
73. 
« Tarteveller » : Jouer de la tartevelle ; plaisanter, faire le fou.

« Tarteveller », Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (2009), CNRTL, Internet, 2 décembre 2010.
74. 
« Pennasserie » : Ornement formé de plumes. Cholières reprend verbatim la phrase de la Cosmographie universelle d’André Thévet, mais l’orthographe de ce mot est faux dans le texte de La forest nuptiale.

Huguet, Edmond, Dictionnaire de la langue française du seizième siècle, Paris, Didier, 1961, t. 5.
75. 
Chuter : Crier chut ou faire taire quelqu’un.

« Chuter », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 4 janvier 2011.
76. 
Éginhard (Einhard) n’est pas enterré à Olbiopoli (le nom d’une ancienne colonie grecque à l’embouchure de l’actuel fleuve Dniepr en Ukraine), mais à Seligenstadt, ville donnant sur le Main en Allegmagne.

Belin de Ballu, Eugène, Olbia : cité antique du littoral nord de la mer Noire, Leiden, Brill, 1972, p. 21, Google Livres, Internet, 5 janvier 2011.
77. 
Abuna : Titre en arabe pour l'archevêque éthiopien qui signifie notre pére.

« Ethiopian Orthodox church », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 4 novembre 2010. http://www.britannica.com/topic/Ethiopian-Orthodox-Tewahedo-Church.
78. 
Grécisant : Celui qui est attaché aux usages des Grecs en matière de religion.

« Grécisant », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 14 décembre 2010.
79. 
Basilien : Religieux, religieuse de l'ordre de Saint-Basile. Veuillez consulter aussi la référence Basile de Césarée.

« Basilien », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 14 décembre 2010.
80. 
Grécisant : Celui qui est attaché aux usages des Grecs en matière de religion.

« Grécisant », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 14 décembre 2010.
81. 
Veuillez consulter la référence Garmanes.
82. 
Anomalie de pagination de la part de l'imprimeur ; à la place de « 131 », il a mis 129.
83. 
Druyde : s. m. C'est le nom des vieux Prestres Gaulois.

« Druyde », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 20 décembre 2010.
84. 
Anabaptiste : Membre d'une secte protestante, d'abord répandue en Allemagne, et soutenant que, le baptême ne devant être administré qu'aux enfants ayant atteint l'âge de raison, il faut baptiser une deuxième fois les chrétiens baptisés avant cet âge.

« Anabaptiste, subst. masc. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 22 décembre 2010.
85. 
Agouer (s') : s'étouffer, s'étrangler.

« Agouer (s') », Dictionnaire bourbonnais, Projet Babel, Internet, 8 janvier 2011.
86. 
« Drachmer » : du grec, prendre, saisir.

« Drachme », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 8 janvier 2011.
87. 
« Sémondre » : inviter, convier à une cérémonie ou à quelque action publique.

Cayrou, Gaston, « Sémondre », Dictionnaire du français classique: la langue du XVIIe sicèle, Paris, Klincksieck, 1924, rééd. Paris, Librairie Générale Française, 2000, Imprimé.
88. 
Il est impossible de déterminer précisément à quelle branche de la famille Scipion appartient celui-ci, connu par les noms « Sallustio » et « Salvitto » ou « Salutio », qui était peut-être aussi le nom d’un acteur auquel ce Scipio ressemblait.

« The Lost Scipios or How the Scipios Died Out », United Nations of Roma Victrix (9 décembre 2008), UNRV.com, Internet, 8 janvier 2011. http://www.unrv.com/forum/topic/9225-the-lost-scipios-or-how-the/.
89. 
Voir Lentule.
90. 
Voir Metelle.
91. 
Veuillez consulter la référence Sajas.

Adam

Dans les traditions juive, musulmane et chrétienne, Adam fut le premier homme, créé par Dieu et mis dans le Paradis terrestre (Éden). Dieu créa également une femme, Ève, à partir de la côte d'Adam, ainsi représentant le mariage comme l'union de l'homme et de la femme en une seule chair.
Selon la tradition, Ève, tentée par Satan, qui avait pris la forme d’un serpent, encouragea Adam à manger le fruit défendu ; ce « péché originel », qui pèse sur toute l’humanité, provoqua Dieu à chasser les deux du Paradis. Ève et Adam eurent trois fils, Abel, Caïn et Seth. Le premier livre de la Bible, la Genèse, raconte l’histoire du premier homme et de la première femme sur la Terre.
  • « Adam », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ève

Dans les traditions juive, musulmane et chrétienne, Adam fut le premier homme, créé par Dieu et mis dans le Paradis terrestre (Éden). Dieu créa également une femme, Ève, à partir de la côte d'Adam, ainsi représentant le mariage comme l'union de l'homme et de la femme en une seule chair.
Selon la tradition, Ève, tentée par Satan, qui avait pris la forme d’un serpent, encouragea Adam à manger le fruit défendu ; ce « péché originel », qui pèse sur toute l’humanité, provoqua Dieu à chasser les deux du Paradis. Ève et Adam eurent trois fils, Abel, Caïn et Seth. Le premier livre de la Bible, Genèse, raconte l’histoire du premier homme et de la première femme sur la Terre.
  • « Ève », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Justinien Ier ou Justinien le Grand (en lat. Flavius Petrus Sabbatius Justinianus)

(11 mai 482 - 13 novembre 565). Empereur romain d'Orient. Au cours de son règne (527 - 565), il tenta de réunir l'Empire romain par l'expansion de ses frontières; c'était la dernière tentative de reconstituer l'Empire déchu. Il voulait également établir une unité institutionnelle et ecclésiastique à Rome; il était responsable de l'uniformisation du droit romain accordé au christianisme, la base du droit civil dans plusieurs pays de nos jours.
Justinien contribua également à l'épanouissement de l'art byzantin, par exemple en faisant construire la fameuse basilique orthodoxe, Sainte Sophia.
  • « Justinien (en lat. Flavius Petrus Sabbatius Justinianus) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Baldo Angelo Abati (en lat. Baldus Angelus Abbatius)

Médecin, zoologiste et physicien italien qui vécut au XVIe siècle. Abati fut le médecin du duc d'Urbino, François Marie II della Rovere. On a de lui deux livres, De admirabili viperae natura et de mirificis eiusdem facultatibus (1589, Urbino) et Opus discussarum concertationum praeclarum, de rebus, verbis, et sententiis controversis, ex omnibus fere scriptoribus, libri XV (1594, Pesaro). Ce premier fut l'une des premières œuvres ayant pour sujet les serpents.

Scévole de Sainte Marthe

Poète français (1536-1623) qui fut aussi capitaine et maire de Poitiers (1579-1580) puis trésorier de France. Célèbre pour son éloquence, sa poésie fut très estimée par Pierre de Ronsard, Étienne Pasquier et Henry IV de France.

Palingène (en ital. Pier-Angelo Manzolli, ou par anagramme, Marcellus Palingenius Stellatus).

Poète latin qui écrivit Zodiacus Vitae (Le zodiaque de la vie). Peu est connu de la vie de l'auteur ; l'on croit qu'il a été né au village de La Stellata vers la fin du XVe siècle, ce que confirme un acte de baptême du poète. En outre, l'on croit (d'après Facciolati, érudit du XVIIIe siècle), que Palingène avait été prêtre. D'autres pensent qu'il avait été médecin. Dans son poème Zodiacus Vitae, le poète se plaint d'être né sous un mauvais astre ; pourtant, il n'offre pas d'informations astrologiques précises qui portent sur son époque. Le poème consiste en douze chants dont les titres portent les noms des douze signes zodiaques.
  • Palingène, Pier Angelo Manzolli, Le zodiaque de la vie (Zodiacus vitae), texte latin établi, traduit et annoté par Jacques Chomarat, Genève, Droz, 1996.

Christ (Jésus) (en lat. Christus)

Les catholiques disent « le Christ », les protestants souvent « Christ », sans article. Figure centrale de la religion chrétienne, pour laquelle le Christ, c'est-à-dire le Messie, l'Oint du Seigneur, c'est Jésus (Jésus-Christ). Il s'identifie avec le Messie annoncé diversement par les prophètes de l'Ancien Testament (Daniel, VII, 13 ; Isaïe, XI, 1-9 et LII-LIII ; Zacharie, IX, 9), mais le royaume qu'il instaure n'est pas de ce monde (Jean, XVIII, 36). Il est le fils de Dieu annoncé par Jean-Baptiste (Jean, I, 33). Dieu incarné, il possède les deux natures, homme et Dieu (ce point a soulevée plusieurs hérésies), ce qui fait de lui l'intercesseur, le lien entre les hommes et Dieu. Il a souffert sur la croix et il est mort pour le salut des hommes, compromis depuis la faute d'Adam. Il est donc le Rédempteur et le Nouvel Adam.
  • « Christ en lat. Christus, calqué sur le grec khristos qui traduit l'hébreu mashiah (d'ou messie) « oint » », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Bracmane, Bramine ou Bramin

BRACMANE, BRAMINE, ou BRAMIN, s. m. Philosophe ou Prêtre Indien. — L'Académie met les trois mots sans remarque. — Il me semble que le 1er ne se dit que des anciens Philosophes, et les deux aûtres des modernes; et parmi ceux-ci, Bramine est le plus usité.
  • « Bracmane, Bramine ou Bramin », Jean-François Féraud : Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

Babylone (en sémitique Bab-lli la porte du dieu, dans la Bible Babel)

Ancienne ville mésopotamienne qui se trouvait sur l’Euphrate dans le pays contemporain d'Iraq. Existant au moins dès le XXIIIe siècle, Babylone atteignit son apogée comme capitale de l’empire babylonien entre le deuxième et le premier millénaire av. J.-C. La ville de Babylone (Babel) est d’une signifiance religieuse profonde. La Bible, en particulier, représente Babylone comme la personnification de l'orgueil, de la corruption et de la décadence de l'Homme dans le monde temporel, ceux qui menèrent la ville à sa propre ruine.
  • « Babylone », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • « Babylone en sémitique Bab-lli la porte du dieu, dans la Bible Babel », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Babylone (symbole) », Wikipédia l'encyclopédie libre (4 mars 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 avril 2011. http://fr.wikipedia.org/wiki/Babylone_%28symbole%29.

Perse

Nom qui désigne la région historique du sud-ouest de l'Asie associée aujourd'hui à l'Iran moderne.

Patagonie (la)

Région qui se trouve en Argentine, au sud de la Pampa. L'on désigne toute la partie méridionale du continent américain (c'est-à-dire l'Argentine et le Chili) de ce nom.
  • « Patagonie », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Yucatan (le)

État du Mexique qui est une presqu'île. La péninsule du Yucatan comprend trois états : celui du Yucatan, celui du Campeche et celui du Quintana Roo.
  • « Yucatan », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Agathias

Agathie, dit Agathias le Scolastique (c. 530-c. 580), un poète et historien grec, devient juriste dans la petite ville de Sosthénion près de Constantinople. Après la mort de Justinien (565), Agathias entame une histoire du règne de celui-ci, long de cinq livres. Cet ouvrage est une des sources principales sur la période 551-559. Agathias écrivit aussi de petits poèmes d'amour et composa une Anthologie d'épigrammes en sept livres.

Saint Albert le Grand

(Lauingen v. 1193 - Cologne 1280). Albert le Grand fut un philosophe, théologien et scientifique allemand. Il avait une formation dominicaine et fit ses études comme maître de théologie à l'université de Paris. Ensuite, il enseigna à Cologne. D'une érudition encyclopédique, il fit des commentaires sur la Bible (In psalmos ; In matthaeum), sur la théologie (Commentaire des Sentences ; De mystica theologica), sur le corpus aristotélien (Super duos libros Aristotelis Prihermenias ; Commentarium in De generatione et corruptione) et sur les sciences De secretis mulierum ; De vegetalibus et plantis).
  • « Albert le Grand », Wikipédia l'encyclopédie libre (24 novembre 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 29 novembre 2011. http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_le_Grand.
  • « Albert le Grand (saint) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

André Thévet

(Angeloume 1503 ou 1504 - Paris 1592). Moine cordelier et voyageur français qui visita la Palestine, la Grèce, l'Italie, l'Asie Mineure et le Brésil, où il participa à l'expédition de Villegaignon en 1555. Lorsqu'il retourna en France, il fut élu aumônier de Catherine de Médicis. En 1558, il devint le cosmographe et historiographe du roi. Il est l'auteur d'une Cosmographie du Levant (1554) et des Singularités de la France antarctique (1571-1575).
  • « Thévet (André) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Antoine du Verdier

(1544 à Montbrison - 25 septembre 1600). Seigneur de Vauprivast qui fut aussi conseiller du roi, contrôler général de Lyon, et grand bibliographe dans son temps libre. Il a produit la Prosopographie, description des personnages-insignes, avec portraits, publié à Lyon en 1573 ; Antithèses de la paix et de la guerre en 1568 ; la Bibliothèque d'Ant. Duverdier, contenant le catalogue de tous les auteurs qui ont écrit en français en 1585, qui fut réimprimé en 1772 et 1773.
  • « Antoine du Verdier », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Antoine Geuffroy

Antoine Geuffroy fut un auteur du 16ème siècle. Il a écrit l'œuvre intitulée Estat de la court du grant Turc, l’ordre de sa gendarmerie, & de ses finances : avec ung brief discours de leurs conquestes depuis le premier de ceste race (publié à Paris en 1542, C. Wechel).

Antoine Pigasette

Antoine Pigasette fut un grand voyageur italien. D'après Simon Goulart, il aurait vu un géant dans le Pole antarctique.
  • Goulart, Simon, « Antoine Pigasette », Thrésor d'histoires admirables et mémorables de nostre temps, Saint Gervais, P. Marceau, 1610, vol. I. Google livres, Internet, 28 juillet 2010.

Aulu-Gelle (en lat. Aulus Gellius)

(Rome v. 130). Érudit latin qui fut l'un des élèves de Fronton. Il a écrit les Nuits attiques, qui s'organise comme une série d'entretiens entre des amis érudits. Sous cette forme, l'œuvre traite de la grammaire, de l'histoire et de la critique littéraire. Elle fournit des renseignements importants sur les écrivans archaïques.
  • « Aulu-Gelle (en lat. Aulus Gellius) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Bède ou Beda (saint) dit « le Vénérable »

(Wearmouth, Durham 673 - Jarrow Durham 735) Historien et érudit anglo-saxon. Ses ouvrages sont divers : il a écrit une chronologie basée sur des études détaillées astronomiques, une histoire naturelle, un martyrologie, un ouvrage de métrique, un ouvrage sur la vie de saint Cuthbert et son Histoire ecclésiastique des Angles qui traite les événements de la période entre la conquête de Jules César et l'année 597.
  • « Bède ou Beda (saint) dit le Vénérable », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Galien (Claude) (en gr. Klaudios Galênos, en lat. Claudius Galenus)

(Pergame v. 131 - Rome ou Pergame v. 201) Médecin grec. Il commença par étudier la philosophie mais opta pour la médecine, domaine auquel il excelait : il a fait de notables découvertes grâce à ses dissections d'animaux. Comme Hippocrate, Galien croyait aux quatre humeurs (sang, bile, pituite, atrabile et les quatre éléments). Il laissa une forte influence en médecine jusqu'au XVIIe siècle.
  • « Galien (Claude) en gr. Klaudios Galênos, en lat. Claudius Galenus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Denys d'Halicarnasse (en gr. Dionusios, en lat. Claudius Galenus)

(-1er siècle). Historien et critique grec. Il passa sa vie comme professeur de rhétorique à Rome, où il fréquenta un cercle littéraire. On a de lui : les onze premiers livres de son Archéologie romaine ; son Traité de l'arrangement ; son Étude sur les anciens orateurs.
  • « Denys d'Halicarnasse en gr. Dionusios, en lat. Claudius Galenus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Diodore de Sicile (en gr. Diodôros Sikeliôtes)

(Agyrion, Sicile v. -90 - v. -20). Historien grec qui passa la plus grande partie de sa vie à Rome. Son ouvrage magistral en 40 livres, Bibliothèque historique, raconte une histoire universelle qui va des origines jusqu'à la conquête de Gaule par Jules César.
  • « Diodore de Sicile en gr. Diodôros Sikeliôtes », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Dominique Marie (en lat. Domenicus Marius Niger)

Domenicus Marius Niger ou « Le Noir », un Vénitien vivant à la fin du XVe siècle, était l’auteur de 26 Livres de géographie comprenant l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Son œuvre fut publiée en 1557 à Bâle.
  • Moreri, Louis, « Dominique Mario Le Noir ou Domincus Marius Niger », Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Partie 2e, 3e édition, Lyon, J. Gyrin et B. Rivière, 1683, t. 1. Bibliothèque numérique Gallica, Internet, 21 juillet 2010.

Édouard Barbosse (en lat. Duarte Barbosa)

Duarte Barbosa (Lisbonne v.1480 - Cebu 1521), écrivain portugais et officier aux Indes est l’auteur du Livro de Duarte Barbosa, un des premiers exemples d’un récit de voyage, écrit vers 1516. En 1519 il accompagna son beau-frère Ferdinand Magellan dans son voyage autour du monde. Il mourut en 1521 aux Philippines.
  • « Barbosa (Duarte) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Duarte Barbosa », Wikipédia (11 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 27 juillet 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Duarte_Barbosa.

Egnace, Jean-Baptiste (Joannes de Cipellis)

Egnace, Jean-Baptiste (Joannes de Cipellis), était un prêtre qui enseigna les belles lettres à Venise à la fin du XVe siècle et au début du XVIe. Parmi ses ouvrages est un Traité de l’origine des Turcs.
  • Moreri, Louis, Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, 18e édition, Amsterdam, P. Brunel, 1740, t. 3. Google livres, Internet, 21 juillet 2010.

Esteban de Garibay et Zamalloa

Esteban de Garibay et Zamalloa (1533-1600), un historien d'origine basque, fut l'auteur des Quarenta Livres du Compendio Historial (1556-1566) et Écriteaux et des insignes réelles de tous les serenísimos Reyes d'Oviedo, León et Castille (1593); son Origine, discours et illustrations des dignidades seglares de ces reynos fut publiée partiellement en 1596.

Eusèbe de Césarée

Eusèbe de Césarée (265 env. - av. 341), né probablement à Césarée de Palestine, devient évêque de cette ville grâce à son immense érudition. Eusèbe est l'auteur de la première histoire de l'Église, dont le triomphe était selon lui un phénomène historique décisif, préparé depuis des siècles. Dans la Théophanie (333 env.), Eusèbe célèbre la mission providentielle de l'Empire romain. Le panégyriste officiel de Constantin, lorsque celui-ci meurt en 337, Eusèbe écrit un éloge enthousiaste de l'empereur qui a su si bien soutenir de l’Église.
  • « Eusebe de Césarée », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 27 juillet 2010.

Fenestelle (en lat. Fenestella)

Poète et chroniquer latin (-52 ou -35 av. J.-C. à -19 ou -36 ap. J.-C.) dont l’œuvre perdue, les Annales, contenait une réserve de matières précieuses d’antiquités ainsi que le récit historique du dernier siècle de la République romaine.

Flavius Josèphe

(Jérusalem 37 - Rome v. 100). Historien juif. On a de lui : La Guerre juive, Contra Apionem, traité où il fait l'apologie de la conception juive de l'histoire pour l'Apion, et ses Antiquités judaïques, dont un célèbre passage incita plusieurs critiques car il fait un témoignage historique non chrétien concernant Jésus Christ. Il a également écrit une autobiographie dans laquelle il fait son apologie.
  • « Flavius Josèphe », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

François Alvarez (Francisco Álvares)

Auteur d’une Histoire de l’Éthiopie publiée pour la première fois en 1540, Dom Francisco Alvares (1465-1541?), l’aumônier du Roi de Portugal, voyagea en Éthiopie entre 1520 et 1526.

François de Belleforest

François de Belleforest (1530-1583) est un auteur humaniste de la Renaissance, prolifique comme traducteur des textes anciens aussi bien que comme poète, historiographe et cosmographe. Ses Grandes Annales et histoire générale de France furent publiées en 1579.

François Sansouin

Auteur du XVIe siècle de livres en italien au sujet (par exemple) de la République de Ragusie en Dalmatie, de l’histoire de la maison des Ursins, et de la cour pontificale de Rome. Sansouin est aussi cité comme une des sources pour l’Histoire de Georges Castriot, surnommé Scanderbeg, roi d’Albanie : Contenant ses illustres faicts d’armes, & memorables victoires alencontre des Turcs, pour la foy de Jesus Christ, par Jacques Delavardin, Seigneur du Plessis-Bourrot, Paris, Chez Guillaume Chaudiere, 1576.
  • Chopin, René, Trois livres de la police ecclésiastique, Paris, Estienne Richer, 1634. Google livres, Internet, 22 juillet 2010.
  • Pétrovitch, Georges T., Scanderbeg (Georges Castriota) : essai de bibliographie raisonnée : ouvrages sur Scanderbeg écrits en langue française, anglaise, allemande, latine, italienne, espagnole, portugaise, suédoise et grecque, Paris, Ernest Leroux, 1881, p. 31-32. Google livres, Internet, 22 juillet 2010.

Francisco Vasquez de Coronado

Francisco Vasquez de Coronado, explorateur espagnol, explora au début des années 1540 la région de l’actuelle Amérique : l’Arizona, le Nouveau Mexique, le Colorado et le Kansas, ce à partir de sa base au Mexique.

Georges Pachymères

Georgius Pachymeres (1242-c. 1310), historien originaire de la Grèce byzantine, s’établit à Constantinople où il devient l’avocat principal de l’Église orthodoxe et juge de la cour impériale. Son ouvrage le plus important est une histoire de la Byzance en treize livres, publié pour la première fois en 1835 en latin.

Barthelemi Giorgenits ou Georgius de Hungaria (1422?-1502)

L’auteur d’un Tractatus de moribus, condictionibus et nequicia Turcorum, ou traité sur les moeurs des Turcs, publié en 1481. Ce mathématicien Dominicain fut prisonnier et esclave des Turcs entre 1438 et 1458.

Gonçal Hernandes d'Oviedo

La seule trace que nous trouvons de Gonçal Hernandes d'Oviedo est une lettre de 1543 adressée au cardinal italien Bembo, où il est question de la conquête et de l'exploration de l'Amérique du sud par les Espagnols.
  • Ruscelli, Girolamo, Epistres des Princes, lesquelles, ou sont addressées aux Princes, ou traitent les affaires des Princes, ou parlent des Princes. Recueillies d'Italien par Hieronyme Ruscelli, & mises en François par F. de Belle-forest, Commingeois, Paris, Jean Ruelle Libraire, 1572, Abe Books, Internet, 22 juillet 2010.

Guillaume Postel

(Barenton, Normandie 1510 - Paris 1581). Écrivain et orientaliste français. Après une mission diplomatique à Constantinople, il enseigna le grec, l'arabe et l'hébreu au Collège royal de Paris. Postel fut également prêtre qui participa à l'ordre des Jésuites pendant un certain temps. Suite à un séjour au Moyen-Orient et en Italie, Postel fut emprisonné car il était suspecté par l'Inquisition espagnole. Son œuvre De orbis terraie concordia encourage une réconciliation entre musulmans et chrétiens.
  • « Postel (Guillaume) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Hérodote (en gr. Hêrodotos)

(Halicarnasse v. -484 - v. -425) Le premier historien grec nommé par Cicéron « le père de l'Histoire ». Son œuvre porte témoignage de l'émergence d'un nouveau genre. Il est également le premier prosateur dont l'œuvre nous appartient aujourd'hui. Il suit sa famille aristocratique en exil à Samos, puis participe au renversement de la tyrannie à Halicarnasse vers -454. À Athènes, devient l'ami du grand tragédien Sophocle avant de s'installer à Thurium en Italie du sud avec les fondateurs de l'ancienne ville. C'est peut-être à Thurium qu'il meurt. Ses œuvres magistrales sont : les Récits assyriens (perdus) et ses Histoires, qui racontent les guerres récentes, notamment les guerres médiques. Inspiré par ses nombreux voyages, Hérodote y énumère aussi les sept Merveilles du monde.
  • « Hérodote (en gr. Hêrodotos) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Jérôme (Girolami) Benzoni

L’écrivain et voyageur milanois Jérôme ou Girolami Benzoni (1519-c. 1570) s’embarqua pour l’Amérique en 1541; il rentre en Italie après quatorze ans de voyages. Benzoni est l’auteur d’une Histoire du Nouveau Monde, publiée en italien 1565 et traduit en plusieurs langues (éditions en français : Genève, 1579, 1581 et 1600).
  • Moreri, Louis, « Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane », 18e édition, Amsterdam, P. Brunel, 1740, t. 3. Google livres, Internet, 22 juillet 2010.
  • « Girolamo Benzoni », Encyclopédie gratuite Imago Mundi (2007), Serge Jodra, Internet, 27 juillet 2010. http://www.cosmovisions.com/Benzoni.htm.

Cardan (en it. Gerolamo Cardano, en lat. Hieronymus Cardanus), dit en fr. Jérôme Cardan

(Pavie 1501 - Rome 1576) Médecin, physicien, inventeur, philosophe et mathémiticien italien. Cardan enseigna les mathématiques à Milan, et la médecine à Pavie et à Bologne. Comme philosophe, il tentait de constituer un panthéisme sans immortalité de l'âme. En dépit de son érudition, Cardan était néanmoins un personnage naïf : Jean-Claude Margolin de l'université de Tours témoigne, [...] esprit génial, mais personnalité chaotique, [Cardan] pouvait faire preuve de l'esprit critique le plus aigu et de la crédulité la plus enfantine. On a de lui : sa Practica arithmeticè et mensurandi singularis (Milan, 1539) ; son Ars magna ; son Liber de ludo aleae, qui fait le premier calcul des probabilités ; et les ouvrages plutôt philosophiques De subtilitate (Nuremburg, 1550) et De rerum varietate (Bâle, 1557).
  • « Cardan (Gerolamo Cardano), dit en fr. Jérôme », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Hippocrate (en gr. Hippokratês)

(Cos v. 460 - Lárissa, Thessalie, v. 377 av. J.-C.) Médecin grec que l'on considère le « père de la médecine ». Hippocrate était le premier à employer l'observation clinique pour parvenir à un diagnostic. Comme ordonnance, il préférait prescrire des traitements simples afin de céder la guérison du patient à la nature. Sa physiologie était fondée sur la théorie des quatre humeurs (sang, lymphe, bile jaune et bile noir), qui, selon lui, contrôlaient la santé, la maladie et les tempéraments. On lui attribue avec incertitude un ensemble de traités, tels que son Traité du prognostic, des fractures, des luxations, des airs, des eaux et des lieux, ainsi que les Aphorismes. Le serment d'Hippocrate continue à inspirer des pratiques médicales de nos jours dans le sens où les nouveaux médecins généralement doivent réciter une version moderne de ce serment qui leur rappelle leurs obligations morales, éthiques et légales.
  • « Hippocrate (en gr. Hippokratês) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Jacques Cartier

(Saint-Malo 1491 - Saint-Malo v. 1557). Navigateur français que l'on a surnommé le découvreur du Canada. En 1534, à l'ordre du roi François Ier, il part en voyage à la recherche d'une route vers la Chine par le nord du Nouveau Monde, mais à sa place, il atteint Terre-Neuve et la côte du Labrador. Il découvre l'estuaire du Saint-Laurent et déclare la possession du Canada par François Ier. Il voyage au continent deux autres fois (1535 et 1541), au cours desquels il prouve l'insalularité de Terre-Neuve et remote le Saint-Laurent.
  • « Cartier (Jacques) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

João de Barros

(1491 - 1562) Historien portugais qui a fait une grande synthèse géographique et historique qui traite des Grandes Découvertes. Il ne nous reste que quelques Décades de ce premier ouvrage qui traitent des conquêtes portugaises en Asie. Il a produit aussi des traités de langue et de grammaire, un roman de chevalerie et aussi la Marchandise spirituelle (Ropica Pnefma), qui est un dialogue allégorique philosophique.
  • « João de Barros », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 21 juillet 2010.

Jean de Léry (João de Lery)

Jean de Léry (1536-1613) est un voyageur et écrivain protestant français. Son ouvrage le plus célèbre est son Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil de 1578.

Hassan al-Wazzan, dit « Léon l'Africain »

Hassan al-Wazzan (1488-c.1548), dit « Léon l’Africain », est un diplomate et explorateur né à Grenade mais dont la famille musulmane se réfugia au Maroc après la conquête catholique de 1492. Grâce à ses missions politiques et commerciales, il connut tous les pays du Maghreb, de l'Arabie, de l’Afrique saharienne, à Constantinople et en Égypte. Capturé en mer en 1518, il devint le prisonnier du pape Léon X, qui l’adopte comme fils et le fait baptiser Jean Léon de Médicis. Professeur à Bologne, il y écrivit son ouvrage Cosmographia de Affrica, publiée à Venise sous le titre Description de l'Afrique, la seule source de renseignement sur la vie, les mœurs, les us et coutumes dans l'Afrique du XVIe siècle. C’est en particulier grâce à ce livre que Tombouctou devient une ville mythique dans l’imaginaire européen.

Giovanni da Verrazano

Giovanni da Verrazano (c. 1485-1528) est un explorateur originaire de Florence, missionné par François Ier en 1523 pour explorer la côte Atlantique de l’Amérique à la recherche à un accès à l’Océan Pacifique. Lors d’un deuxième voyage en 1526-27 il se rend au Brésil; il meurt pendant son troisième voyage, aux Antilles.

Justin (en lat. Marcus Junianus Justinus)

(IIe siècle). Historien latin et l'auteur d'une Histoire universelle qui comprend 44 livres, résumé par Trogue Pompée dans ses Histoires philippiques.
  • « Justin (en lat. Marcus Junianus Justinus) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Laurentius Surius

Historien d'église et hagiologue allemand de l'ordre des Carthusiens (Lübeck 1522 - Cologne 1578). Il traduisit plusieurs œuvres ascétiques et théologiques en latin mais il est surtout connu pour son œuvre magistrale, Histoire de la vie, mort, passion et miracles des saints reconnus par l'Église Catholique (1570-77).
  • Grudé, François, « Laurens Surius », Les Bibliothèques françoises de La Croix du Maine et de Du Verdier, sieur de Vauprivas, Paris, Saillant & Nyon, 1773, t. 4, p. 577. Google livres, Internet, 20 octobre 2010.
  • « Laurentius Surius », Wikipedia (26 décembre 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21 juillet 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Laurentius_Surius.

Louys Barthème (en ital. Lodovico de Varthema)

Voyageur et aventurier italien (c. 1465-70 – 1517) célèbre pour ses voyages audacieux au Moyen-Orient et en Asie entre 1502 et 1507. En 1510, il publia un récit de ses aventures sous le titre de Itinerario de Ludouico de Varthema Bolognese….

Alvise Cadamosto, ou Alvide da Ca'da Mosto

Alvise Cadamosto, ou Alvide da Ca' da Mosto, également connu en portugais sous le nom de Luís Cadamosto ou Luigi Cada-Mosto (c. 1432 - 1488) est un navigateur vénitien engagé par les Portugais pour explorer les côtes africaines, notamment l’actuel Sénégal. Son journal de voyage édité à Milan en 1507-1508 sous le titre de Navigatio ad terras ignotas fut publié en version latine à Paris en 1532. Ce fut un des best-sellers géographiques de la Renaissance.

Marco Polo

(Venise v. 1254 ou 1255 - Venise 1324) Voyageur italien très connu. Dans l'esprit internationaliste qui caractèrise le XIIIe siècle, Polo entreprit un voyage avec son père Niccolò et son oncle Matteo (ou Maffeo) en Chine, où ils entraient au service de l'empereur mongol. Ils restèrent plusieurs années à la cour du grand khan Kūbilaï. À la demande de l'empereur, qui le chargea de missions importantes, Polo fut envoyé au Tonkin, en Annam, en Inde et en Perse. En 1295, il retourna à Venise et écrit son livre magistral, Le Livre des merveilles du monde (aussi appelé simplement le Livre de Marco Polo), qui fait un témoignage détaillé des merveilles de l'Asie.
  • « Polo (Marco) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Polo Marco », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 21 juillet 2010.

Venise (en ital. Venezia)

Capitale de la région de la Vénétie au nord-est de l'Italie qui fut le plus important port de la Méditerranée pendant le XIVe siècle.

Nicéphore (en gr. Nikephoros Gregoras ; en lat. Nicephorus Gregoras)

Nicéphore Grégoras (v. 1295-1360) est un historien d’origine byzantine. Son ouvrage principal est l'Histoire Romaine en 37 livres portant sur les années 1204 à 1359. C’est un supplément et une continuation de l’oeuvre de George Pachymeres ou Pachimere.

Nicolas Boyer

Humaniste et jurisconsulte lyonnais du XVIe siècle, mort en 1539.

Olaus Magnus (en suéd. Olof Månsson)

Prêtre et diplomate suédois (Linköping 1490 – Rome 1557) connu par ses ouvrages Carta marina (1539), la première carte détaillée de la Scandinavie, et Historia de gentibus septentrionalibus (1555), une histoire des peuples scandinaves.
  • « Olaus Magnus », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 21er octobre 2010. http://www.britannica.com/biography/Olaus-Magnus.
  • « Olaus Magnus (Olof Månsson, latinisé en) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

« Paul (le) Diacre » (Paul Warnefried ou Warnefred, dit) (en lat. Paulus Diaconus ou Paulus Cassinensis ou Barnefridus) (en it. Paolo Diacono ou Varnefrido)

Paul Diacre fut un historien qui vécut au huitième siècle. Parmi ses œuvres figurent sa Chronique des Lombards et son hyme, Ut queant laxis.
  • « Paul Diacre (Paul Warnefried, dit)  », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Paul Diacre », Wikipédia (20 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 juillet 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Diacre.

Paul Orose (en lat. Paulus Orosius)

(Né à Tarragone, v. 390) Prêtre, historien et apologiste chrétien du Ve siècle. Il écrit son œuvre magistrale, Histoire contre les païens (415-417), à Hippone, suivant le conseil de Saint Augustin.
  • « Orose, Paul (en lat. Paulus Orosius) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Paul Orose », Wikipédia (8 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 juillet 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Orose.

Pausanias

(Lydie - Rome IIe siècle) Géographe et voyageur grec qui parcourut l'Orient, toute la Grèce et l'Italie avant de s'installer à Rome vers 174. On a de lui sa Description de la Grèce (Periegêsis), œuvre en 10 livres, qui décrit notamment les sites qu'il a visités et des légendes et récits y associés.
  • « Pausanias », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Philostrate

Philostrate l’Athénien fut un orateur et biographe romain de langue grecque du IIe siècle. Il est l’auteur d’une célèbre Vie d’Apollonius de Tyane, une biographie romancée de ce philosophe.

Pierre de Cluny (dit « Pierre le Vénérable »)

(† 1123) L'abbé de Cluny surnommé « Pierre le Vénérable » naquit en Calabre à Policastro, en Italie. Il se rendit à Cluny pour mener une vie spirituelle à la grande abbaye bénédictine de Bourgogne. À la recherche de la solitude, il retourna en Italie pour s'installer près du couvant de la Cava. Après l'échec de sa tentative de réforme, il s'installa à Policastro comme évêque. Peu de temps après, les religieux qui avaient refusé sa réforme changèrent d'avis et lui demandèrent s'il serait leur abbé. Par la suite, le sud de l'Italie fut frappée par la réforme clunisienne.

Pierre Belon

(Souletière 1517 - 1564) Pierre Belon fut un naturaliste français, ainsi qu'un des plus notables scientifiques du XVIe siècle. Il choisit la profession d'apothicaire et travaillait auprès des archevêques René du Bellay (au Mans) et François II de Tournon (à Lyon). Le statut important dont jouissaient ces ecclésiastiques permit à Belon de se consacrer complètement à ses poursuites scientifiques. Par exemple, il a étudié la botanique avec le botaniste allemand renommé Valerius Cordus. Pendant sa vie, Belon a écrit plusieurs ouvrages, notamment La Chronique de Pierre Belon du Mans, médecin (1562-1565), qui fait l'apologie du catholicisme en s'appuyant contre la relation de voyage de l'auteur.

Pomponius Mela

Écrivain latin né en Espagne au Ier siècle. On a de lui une Géographie en trois livres (en lat. De situ orbis, en gr. De chorographia).
  • « Pomponius Mela », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Pline l’Ancien

Pline l’Ancien (23-79) est l’auteur d’une Histoire naturelle, une sorte de bilan du savoir de la Rome antique. Dans ses écrits, Pline présentait beaucoup d'information factuelle concernant la littérature, les arts, la botanique, et la gastronomie.
  • « Pline l'Ancien (23-79) », Encyclopédie Universalis (2010), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 29 juillet 2010.
  • « Pline l'ancien », Wikipédia, l'encyclopédia libre(26 octobre 2012), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 29 octobre 2012.http://fr.wikipedia.org/wiki/Pline_l'Ancien.

Plutarque (en gr. Ploutarkhos)

Biographe et philosophe grec de moyen-platonisme (v.46/49 – v.125 ap. J.-C.), Plutarque est l’auteur des Vies parallèles et des Oeuvres morales qui traitent la religion, la politique, la pédagogie, l'histoire et la littérature.
  • « Plutarque », Wikipédia l'encyclopédie libre (4 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 23 juin 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Plutarque.
  • « Plutarque en gr. Ploutarkhos) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Sebastien Münster

(Ingelheim 1489 - Bâle 1552). Savant humaniste (théologien, cosmographe et hébraïsant) allemand. On a de lui : une Biblia hebraïca (1534 - 1535) ; un grammaire et un dictionnaire araméens ; un traité d'Horologiographia ; et son ouvrage magistral, la Cosmographia universalis (1544), qui représente l'une des premières descriptions du monde en allemand. Cet ouvrage fut extrêmement populaire et se classait parmi les œuvres magistrales du XVIe siècle, comme la Bible.
  • « Sebastien Münster », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Sebastian Münster », Wikipédia (7 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 juillet 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sebastian_Münster.

Festus Grammaticus, ou Sextus Pompeius Festus

Grammairien latin de la fin du IIe siècle ap. J.-C. Il composa un dictionnaire précieux pour la connaissance des antiquités romaines, de la langue latine et de la mythologie, De Significatione Verborum.

Solin (en lat. Caius Julius Solinus)

Grammairien et compilateur de langue latine qui a écrit soit au IIIe, soit au IVe siècle. On a de lui son ouvrage De mirabilibus mundi (Les Merveilles du monde) que l'on appelle parfois Collectanea rerum memorabilium (Recueil de choses mémorables), ou bien Polyhistor (Celui qui en sait beaucoup). L'ouvrage fut inspiré par l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien.

Strabon (en gr. Strabôn, en lat. Strabo)

Géographe grec (-58? av. J.-C. – entre 21 et 25 ap. J.-C.) et auteur de l’ouvrage perdu Mémoires historiques et de l’ouvrage conservé (sauf que quelques parties du livre VII), Géographie. Ce dernier présente une histoire descriptive des peuples et des pays de différentes régions du monde connus par les Grecs et les Romains à l’époque de Strabon.
  • « Strabo », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 25 août 2010. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/567832/Strabo.
  • « Strabon », Wikipédia l'encyclopédie libre (1er août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 25 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Strabon.
  • « Strabon en gr. Strabôn, en lat. Strabo) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Tite-Live (en lat. Titus Livius)

Historien Romain illustre (Padoue v. -64 ou -59 - Rome v. 10), auteur d’une Histoire de Rome (Ab Urbe condita libri), 142 livres couvrant des origines de la ville jusqu'à l'an 9.
  • « Tite-Live en lat. Titus Livius) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Tartares

Nom donné par l'Occident dès le XIIe siècle aux habitants, en particulier aux Mongols et aux Turcs, de l'Asie centrale.
  • « Tartare.2 (tar-ta-r') s. m. », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 1er septembre 2010.
  • « Tartare, adj. et subst. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 1er septembre 2010.
  • « Tartares n. m. pl. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Chio

CHIO, Île de l'Archipel. On a prononcé ou écrit ce mot de quatre manières: Chio, Scio, Cio, Kio.
  • « Chio », Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 27 juillet 2010.

Thrace en gr. Thráki

Région qui est, de nos jours, partagée entre la Grèce, la Bulgarie et la Turquie. Elle se trouve au Sud-Est de la péninsule des Balcans.
  • « Thrace », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Moscovie (la)

La Moscovie désigne la région autour de Moscou.

Laponie (la)

La Laponie fait référence au pays des Saami, peuple indigène d'une région qui traverse les frontières de la Suède, de la Norvège, de la Russie et de la Finlande.

Éthiopiens

Habitants de l'Éthiopie, un pays d'Afrique oriental. Le terme grec Æthiopia, qui signifie les visages brûlés, désignait les régions africaines de Nubie, de Soudan, d'Abyssinie et du désert de Libye.
  • « Éthiopie n. f. - en amharique Ityopya, off. république d'Éthiopie, anc. Abyssinie », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Calecutiens

Habitants de Calcutta (auj. Kolkata), la capitale de l'État du Bengale-Occidental en Inde.

Malabar

Nom traditionnel de la côte sud-ouest de l’Inde.
  • « Malabar n.m. ou côte de Malabar », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Narsinguéens

Le peuple narsinguén au XVIIe siècle vivaient aux environs d’un des temples les plus importants dédiés au dieu Narsingh ou Narashima, le site de la ville actuelle d’Ahobilam, non loin du Golfe du Bengale.

Campion

Dans La Forest nuptiale, N. Cholières parle de la cité de Campion dans le royaume des Tanguts, non loin du « pays Cathayen », autrement dit la Chine (Cholières, p. 84). Le royaume tangut se trouva dans le nord-ouest de la Chine actuelle, où il s’établit avant le Xe siècle.

Kumul ou Hami

Ville située à l’est de la région du Xinjiang en Chine. Aussi tôt que le 17e siècle, la ville apparut sur les cartes européenes sous le nom de « Camul ».

Tarnassariens

Dans La Forest nuptiale, N. Cholières localise les Tarnassariens en l’ancienne région des Mésoliens au sein Gangétique. La Mésolie est une ville sur la côte orientale de l’Inde, en deça du Gange.
  • Dufau, Pierre-Armand et Joseph Guadet, Dictionnaire universel abrege de geographie ancienne comparee, Paris, Desray, 1820, t. 2, p. 163. Google livres, Internet, 4 août 2010.

Tibétains

Habitants de Tibet, l'actuelle région autonome dans l'ouest de la Chine.
  • « Tibétains », Wikipédia l'encyclopédie libre (19 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 25 novembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tib%C3%A9tains.
  • « Tibet en chin. Xizang », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Fezéens

Habitants de Fez ou Fès, l'actuelle capitale de la province Fès-Boulemane au Maroc.
  • « Fès », Wikipédia l'encyclopédie libre (28 novembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 25 novembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A8s.
  • « Fès ou Fez », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Cubéens

Habitants de Cuba, pays d'Amérique centrale qui comprend l'Île de Cuba, l'Île aux Pins et d'autres petites îles situé dans la Caraïbe au nord des grandes Antilles.
  • « Cuba », Wikipédia l'encyclopédie libre (26 novembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 30 novembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuba.

Haïtiens

Habitants de la Haïti, pays de la Caraïbe appartenant aux Grandes Antilles qui occupe la partie occidentale de l'île d'Hispaniola.

Verveine

VERVEINE. s.f. Plante célèbre chez les Anciens, qui l'employoient dans les cérémonies religieuses, & qui la regardoient comme un préservatif contre les dangers. On l'emploie en Médecine comme vulnéraire & apéritive.
  • « Verveine », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 20 juillet 2010.

Cérès

Fille de Saturne et de Rhéa, Cérès est la déesse romaine de la fécondité, de l’agriculture et des moissons. Elle est l’équivalente romaine de la déesse grecque Déméter.
  • « Cérès », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Cérès », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cérès_(mythologie).

Thalassius

Au moment du rapt des Sabines, une des plus belles filles étaient réservée à Thalassius, sénateur romain. Les jeunes gens qui amenaient la fille par la rue criaient Thalassio (pour Thalassius) pour que la fille ne leur soit pas ravie — d’où la tradition romaine de conduire la mariée à son nouveau domicile en criant Thalassio.
  • Smith, William, éd., « Thala'ssius, Tala'ssius, or Tala'ssio », Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Boston, Little, Brown and Co., 1870, vol. III. The Ancient Library, Internet, 17 August 2010. http://www.ancientlibrary.com/smith-bio/3348.html.

Hyménée (en gr. Humenaios)

  1. Dieu romain, fils de Vénus (Aphrodite) et de Bacchus (Dionysos). Dans l’antiquité, Hyménée présidait au mariage. Les Athéniens en particulier l’invoquèrent souvent, non seulement dans des noces, mais également dans d’autre fêtes.
  2. Le cri poussé lors du banquet de noces.
  • « Hyménée », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Hyménée », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hymen.

Romulus

Selon la légende romaine (de -753 à -715 av. J.-C.), Romulus, fils du dieu Mars et de la vestale Rhéa Silva, fut le fondateur et le premier roi de Rome.
  • « Romulus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Romulus et Rémus », Wikipédia l'encyclopédie libre (18 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 5 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Romulus_et_R%C3%A9mus.

Les Sabines

Selon la légende romaine, par suite de la pénurie de femmes à Rome qui empêcha le développement de la ville, Romulus, le fondateur et le premier roi, fit enlever les filles de la cité voisine, Sabine, et les contraignit à épouser les Romains.
  • « Romulus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Sabins n. m. pl. – en lat. Sabini », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Varron (en lat. Marcus Terentius Varro)

(Réate, auj. Rieti -116 - -27). Écrivain qui était un lieutenant de Pompée le Grand pendant les guerres civiles. Après la victoire de César contre l’armée de Pompée, Varron se réconcilia avec César, qui lui ordonna de faire construire les premières bibliothèques publiques de Rome. Varron fut un des premiers encyclopédistes romains ainsi qu’un auteur de nombreux traités. Il produisit 74 ouvrages sur plusieurs sujets, dont il ne reste que des fragments. Parmi les plus connus :
  • La langue latine, traité de grammaire
  • L’Économie rurale, traité d’agriculture
  • Les Satires Ménippées, traité philosophique
  • Les Antiquités, traité historique
  • « Varron », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Latin

Nom d'un ancien peuple de l'Italie, qui habitait le Latium, contrée située entre l'Étrurie et la Campanie, et que Rome finit par conquérir et s'associer.
Plus tard, Latin est devenu le nom de tous les peuples de l'Italie.
Les Latins, les catholiques de l'Église latine. Les Latins et les Grecs diffèrent de croyance et de pratique en plusieurs points.
Latins s'est dit, au temps des croisades, des peuples de l'Occident. L'armée des Latins.
Empereurs latins, les empereurs français qui ont régné à Constantinople de 1204 à 1261
.
  • « Latin », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 15 décembre 2010.

Euripide (en gr. Euripidês)

Poète tragique grec (Salamine -480 – Macédoine -406 av. J.-C.) qui fut l'auteur de 92 pièces mais ne nous reste que dix-huit. D’habitude, on les répartit en trois groupes :
  1. Classiques : Médée, Hippolyte porte-couronnne, Iphigénie à Aulis, Les Bacchantes
  2. Renouvellement de la tragédie : Alceste, Ion, Électre
  3. Tragedies ayant des allusions contemporaines : Héraclides, Andromaque, Les Troyennes, Hélène
Il écrivit aussi les tragédies Hécube, Les Suppliantes, Héraclès furieux, Iphigénie en Tauride, Les Phéniciennes et Oreste et le drame satirique Le Cyclope.
  • « Euripide en gr. Euripidês », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Euripide », Wikipédia l'encyclopédie libre (10 juin 2016), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21 juin 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Euripide.

Médée

Tragédie grecque composée par Euripide en -431 av. J.-C. qui suit le parcours de la magicienne Médée après son exil à Corinthe avec son mari Jason et leurs deux enfants pour avoir assassiné le roi de Ioclos. La pièce décrit comment la jalouse femme se venge-t-elle lorsque Jason la répudie pour Créüse, la fille du roi Créon. Elle envoie à Créüse une tunique empoisonnée comme cadeau et, ensuite, égorge ses propres enfants. Par la suite, Médée s'énfuit à Athènes dans un char ailé où elle se réfugie chez le roi Égée et devient son épouse. Cependant, Égée la renvoie après l'attentat contre son fils Thésée.
  • « Medea », Encyclopædia Britannica Online (2011), Encyclopædia Britannica, Internet, 9 mars 2011. http://www.britannica.com/topic/Medea-play-by-Euripides.
  • « Médée en gr. Mêdeia », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Homère (en gr. Homêros)

Poète grec très illustre qui aurait écrit l'Iliade, épopée racontant quelques journées de la guerre de Troie et l'Odyssée, suite de la première décrivant les ventures du héros Ulysse après la guerre. Ses œuvres ont eu une grande influence sur la poésie épique, de l’Énéide de Virgile aux autres histoires à travers les âges.
Il existe beaucoup de mystère autour du poète : Homère pourrait être un homme ou même des hommes. Selon l’historien grec Hérodote, qui fut le biographe le plus ancien du poète, Homère serait né aux environs de Smyrne (aujourd’hui la ville d’Ismir) au IXe siècle av. J.-C. Pourtant, plusieurs autres villes, comme Chios, soutinrent avoir donné le jour au poète. Homère aurait voyagé beaucoup dans le monde méditerranéen après avoir mené une école de rhétorique. Il aurait passé les dernières années de sa vie à réciter ses épopées devant un public très grand. Il serait mort à Ios, île de la mer Égée.
  • « Homère », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • « Homère en gr. Homêros », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

L'Iliade

Épopée grecque dont l'auteur prétendu est Homère. L'Iliade exerça une influence importante sur la poésie épique, de l’Énéide de Virgile aux œuvres plus récentes. Cette épopée raconte quelques journées de la guerre de Troie. , le personnage principal, dirige les Achéens contre les Troyens après l’enlèvement d’Hélène par Pâris.
  • « Homère », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • « L'Iliade en gr. Ilias », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Iphydames

Héros de Troie dans la mythologie grecque qui fut le fils d'Anténor et de Théano. Iphydames et son frère, Coon, furent tués par Agamemnon dans la guerre de Troie.

Anténor

Conciliateur et un des plus sages parmi les anciens de Troie dans la mythologie grecque. Anténor fut considéré comme traître de sa patrie car il suscita le sac de Troie en recevant chez lui Ulysse et Ménélas, les ambassadeurs venus pour ramener Hélène en Grèce, et en conseillant les grecs de voler le Palladion et de construire le cheval de bois.

Les Alamans ou Alémans (du germanique all-mann-, tous les hommes)

Ensemble de tribus germaniques mentionnés pour la première fois par l’historien romain Dion Cassius en 213.

Tertullien (en lat. Septimius Florens Tertullianus)

Écrivain latin (v. 155 - v . 225) considéré comme le fondateur de la théologie chrétienne de langue latine. Auteur d’œuvres apologétiques et polémiques, il fut le premier à tenter la synthèse entre le christianisme et la culture païenne. Ayant une morale rigoureuse, particulièrement pour le mariage, il rejoignit le mouvement montaniste vers la fin de sa vie.
  • « Tertullien », Wikipédia l'encyclopédie libre (5 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 18 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tertullien.
  • « Tertullien en lat. Septimius Florens Tertullianus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Isidore de Séville

Évêque de Séville et savant prélat (v. 570-636) qui forma l’Église d’Espagne. Il encouragea le dégagement de la religion chrétienne de la culture et de la philosophie païenne. L’un de ses ouvrages le plus célèbre est Originum sive etymologiarum libri, une encyclopédie classifiant les connaissances en arts libéraux, sciences morales, naturelles, agriculture et arts manuels.
  • « Isidore de Séville (saint) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Macrobe (en lat. Ambrosius Macrobius Theodosius)

Écrivain, philosophe et philologue latin (déb. Ve s.) illustre pour son commentaire mathématique et astronomique, Songe de Scipion et Cicéron et son ouvrage consacré à Virgile, les Saturnales.
  • « Macrobe », Wikipédia l'encyclopédie libre (22 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 18 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Macrobe.
  • «  Macrobe en lat. Ambrosius Macrobius Theodosius  », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Appion

Evêque de Syène à Aswan en Égypte au Ve siècle.

Ateius Capiton

Jurisconsulte romain (v. 30 av. J.-C. – 22 ap. J.-C.) pendant le règne des empereurs Auguste et Tibère devenant consul en l’an 5.

Donat (en lat. Aelius Donatus)

Grammairien latin (IVe s.) et précepteur de saint Jérôme, Donat composa Commentaire de Térence et Commentaire de Virgile.
  • « Donat en lat. Aelius Donatus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Polydore Virgile

Écrivain italien (1470-1555) parfois considéré le premier historien moderne pour son histoire d’Angleterre (Anglica Historia), publiée en 1534. Son ouvrage le plus populaire est le De rerum inventoribus libri VIII, paru en 1499, traduite en français par Les inventeurs des choses en 1521.

Quatre éléments

Un des quatre principes (terre, air, eau, feu) associés à des signes astrologiques considérés par les savants anciens comme les constituants premiers fondamentaux de tous les corps.
  • « Élément, subst. masc. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 10 mai 2010.

François Rabelais

(La Devinière v. 1482 - Paris 1553). Écrivain humaniste et médecin français à qui on doit les romans satiriques Pantagruel (1532), Gargantua (1534), Le Tiers Livre (1546) et Le Quart Livre (1548).
C'est dans Le Tiers Livre où le personnage Panurge discourt longuement sur le mariage, en essayant de décider s'il faut se marier ou non.
  • « François Rabelais », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 4 novembre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Rabelais.
  • Joukovsky, Françoise, « Rabelais François (1483 env.-1553) », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 20 mai 2009.
  • « Rabelais (François) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Vénus

Déesse romaine de la végétation et des jardins. À partir du -IIe siècle, elle fut assimilée à Aphrodite grecque acquérant ses attributs de la beauté, de l'amour et des plaisirs. C'est ainsi que la déesse attira plusieurs amants, parmi lesquels Vulcain, Mars et Jupiter. Comme déesse grecque, Vénus est parfois appelée « Cythérée », surnom accordé à Aphrodite alors qu'elle fut portée à l'île de Cythère après sa naissance.

Humeur

En termes de Medecine , on appelle les quatre humeurs , les quatre ſubſtances liquides qui abreuvent tous les corps des animaux , & qu'on croit eſtre cauſes des divers temperamments , qui ſont le flegme ou la pituite, le ſang, la bile, la melancolie. Il y en a de compoſées qui s'eſpaiſſiſſent & qui ſe corrompent , comme celles qui font le pus, les glaires , & autres qui cauſent les abſés, les obſtructions, & generalement toutes les maladies. On les appelle de divers noms, malignes , aduſtes , acres , mordicantes , cruës , peccantes, &c. [...]

Humeur , ſe dit auſſi du temperamment particulier qui vient du meſlange de ces qualitez. Ainſi on dit , qu'un homme est d'humeur bilieuſe, colerique, emportée; d'humeur flegmatique, douce , poſée , froide ; d'humeur ; ſociable , grave ; d'humeur melancolique, chagrine , inquiete, triſte, noire, ſombre, bizarre, inſupportable , hypocondriaque ; d'humeur ſanguine , gaye , enjoüée , complaiſante , volage , amoureuſe ; de belle humeur ; d'humeur joviale , imperieuſe
.
  • Furetière, Antoine. « Humeur », Dictionnaire universel, La Haye, A. et R. Leers, 1690, t. 2. Bibliothèque nationale de France, Internet, 9 settembre 2009.

Lucius Tarquinius Priscus

Lucius Tarquinius Priscus fut le cinquième roi légendaire de Rome ancienne ; selon la tradition, il aurait régné entre 616 et 578 av. J.-C. Exilé de la Corinthe, il épousa Tanaquil, une femme étrusque. Lorsqu’il se rendit à Rome, il impressionna le roi Ancus Marcius ; ce fut à Rome qu’il changea son nom, qui était Lucumon, et prit le nom de Tarquinius. À la mort d’Ancus il fut élu roi. Après avoir vaincu les Latins et les Sabines, peuples anciens vivant aux environs de l’Italie, il fut tué par les fils de l’ancien roi.
  • « Lucius Tarquinius Priscus », Microsoft Encarta Online Encyclopedia (2009), Microsoft Corporation, Internet, 28 octobre, 2009.

Didier Érasme (en lat. Desiderius Erasmus)

Humaniste et théologien néerlandais né à Rotterdam vers 1469 et mort à Bâle en 1536. Prêtre de l'ordre augustin, il était l'auteur non seulement des œuvres ecclésiastiques comme le Manuel du chevalier chrétien, livre instructif qui avertit des dangers du formalisme dans la vie chrétienne, mais aussi des œuvres de l'intérêt humain en général, telle que les Adages, un recueil des adages et proverbes latins.
  • « Desiderius Erasmus », Wikipédia l'encyclopédie libre (31 mars 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 5 avril 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Desiderius_Erasmus.
  • « Érasme (Didier) en lat. Desiderius Erasmus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des nom propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Margolin, Jean-Claude, « Érasme (1467 env.-1536) », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.

Théophraste

Philosophe grec péripatéticien, naturaliste et alchimiste, Théophraste fut le successeur d'Aristote et le directeur de l'école du Lycée de 322 à 288 av. J.-C.
Né à Erése, dans l'île de Lesbos vers 372 av. J.-C., Théophraste est considéré comme le fondateur de la botanique. Il fut l'auteur de plusieurs traités sur la nature, surtout sur les plantes, dont les plus connus sont Historia de Plantis (Histoire des plantes) et De Causis Plantarums (Causes des plantes). En philosophie il suivit et continua les doctrines d'Aristote. On dit que : Il plaçait la vie spéculative au-dessus de la vie pratique ; il insistait sur la nécessité de joindre les biens extérieurs à la vertu pour vivre heureux. Il maintenait que la vertu mérite d’être recherchée pour elle-même.
Il fut également l'auteur des Caractères, un ouvrage philosophique, scientifique et moraliste sur les mœurs de son époque.

Milesiens

Selon la mythologie celtique irlandaise, les Milesiens, un peuple venant d’Espagne, sont considérés comme les ancêtres des Celtes.

Lex Julia maritandis ordinibus et Lex Julia de adulteriis et de pudicitia

Lois proposées par l'empereur Auguste en 736 av. J.-C. La Lex Julia maritandis ordinibus encouragea le mariage et la procréation des enfants parmi les citoyens romains pour maintenir la pureté de la race tandis que la Lex Julia de adulteriis et de pudicitia chercha à réprimer l'adultère et l'impudicité et à rendre plus difficile le divorce.

Auguste (en lat. Caius Julius Caesar Octavianus Augustus) (aussi : Octave)

(Rome - 63 av. J.-C. - Nole 14 ap. J.-C.). Auguste fut l'empereur de Rome de -27 av. J.-C. à -14 ap. J.-C. En -45, il devint le petit fils adoptif de Jules César (jusqu'alors, il en était le petit-neveu), et à la mort de l'homme d'état, Auguste devint l'héritier de Rome, ce qui lui rendit aussi le rival de Marc Antoine. Après que celui-ci fut vaincu à Modène, Auguste fonda avec Lépide et Antoine le deuxième triumvirat en -43. Les trois divisèrent par la suite l'Empire romain entre eux ; ce fut Auguste qui prit l'Occident. Pendant son règne, Octave fut victorieux contre Sextus Pompée en Sicile (-36) ainsi que contre Cléopâtre (-31), de qui il reçut l'Égypte. En -38, on lui donna le titre d'Imperator et en -28, celui de princeps senatus (le premier ayant le droit de s'exprimer dans des délibérations sénatoriales). Onze ans après, il reçut aussi le titre d'augustus (terme religieux). Pendant ce temps-là, Auguste fit de Rome un principat, ce qui rendit l'ancienne république l'équivalant d'un Empire qui avait pour Empereur le Sénat et le peuple.
  • « Auguste », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste.
  • « Auguste en lat. Caius Julius Caesar Octavianus Augustus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Théodora

(morte en 548). Impératrice romaine d'Orient et l'épouse de l'empereur Justinien Ier. Ambitieuse et intelligente, elle influa sur les décisions législatives de son mari, notamment en ce qui concerne la femme, le mariage et le divorce.
  • « Théodora », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Athènes (en gr. Athinai)

Capitale de la Grèce située sur la plaine d'Attique qui est une des plus anciennes villes du monde. La civilisation athénienne exerça une influence prodigieuse et durable sur de nombreux domaines dans la culture occidentale de l'Antiquité jusqu'à nos jours comprenant la philosophie (Socrate et Platon), le théâtre (Euripide) et la rhétorique (Démosthène).

Héliogabale ou Élagabal (Varius Avitus Bassianus)

Varius Avitus Bassianus (204 - 222) fut le grand-prêtre d’Élagabal, dieu solaire de la cité d’Émèse en Syrie, d’où vint son surnom lorsqu’il monta sur le trône comme empereur romain à l’âge de quatorze ans. Son règne (218 - 222) connut une forte opposition, surtout à cause de son mépris des traditions religieuses romaines et des tabous sexuels. Bassianus fut assassiné en 222 et succédé par son cousin Sévère Alexandre.

Prophètes

L’Ancien Testament de la Bible parle de trois grands prophètes : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel. L’Ancien Testament parle également de douze « petits » prophètes (l’on distingue « grand » de « petit » selon la longueur des livres qui portent leur nom) : Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie et Malachie. Le Nouveau Testament ajoute Daniel aux trois grands prophètes. Daniel était reconnu comme le premier apocalypticien.
  • « Prophètes (Livre des) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Testament (Ancien et Nouveau) », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 12 mai 2009.

Balthasar

Balthasar, le fils aîné du dernier roi de Babylone Nabonide, est dépeint erronément dans le Livre de Daniel de l’Ancien Testament comme un débauché. Au cours de la conquête de Babylone par les Perses vers 539, en pleine fête religieuse et populaire, Balthasar fut surpris et tué dans son palais. Son meurtre piqua les imaginations; l'auteur de Daniel transforma la fête en orgie durant laquelle Balthasar aurait rendu un hommage idolâtrique aux dieux païens.
  • Nikiprowetzky, Valentin, « Balthasar », Encyclopédie Universalis (2010), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 26 août 2010.

Cœlius Rhodigin (Lodovico Ricchieri)

Originaire de Venise, Rhodigin (Rovigo 1469 – 1525) était écrivain et professeur de grecque et de latin. Son ouvrage le plus important est Antiquarium Lectionum (Antiques leçons).

Aurit Saguen

Nom d’une ville située actuellement dans le sud du Maroc.

Cappadoce

Ancien pays de l’Asie mineure situé aujourd’hui à l’est de la Turquie centrale.
  • « Cappadoce », Wikipédia l'encyclopédie libre (13 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 août 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Cappadoce.
  • « Cappadoce n.f. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Assyrie

Royaume en Haute-Mésopotamie qui devint le centre de l'un des grands empires du l’ancien Moyen-Orient, situé dans ce qui est maintenant le nord de l'Irak et le sud-est de la Turquie.
  • « Assyria », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 26 août 2010. http://www.britannica.com/EBchecked/topic/39555/Assyria.
  • « Assyrie n.f. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Chaldéens

Peuple habitant en Chaldée, région de Sumer occidental. Anciennement, le terme fit référence à la Babylonie et à la Mésopotamie (l’on parlait de l’Empire chaldéen, employant l’adjectif comme synonyme de « néobabylonien »).
  • « Chaldée », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Jupiter

D’autres noms : Stator (qui arrête), Elicius (qui fait le foudre) et Feretrius (qui frappe). L’équivalent du dieu grec, Zeus, Jupiter, fils de Saturne, est le roi des dieux considéré comme divinité primordiale faisant partie de la triade capitoline (Jupiter-Junon-Minerve) dans la mythologie romaine-italique. Jupiter gouverne le ciel, les éléments météorologiques (tonnerre, foudre) et la lumière du jour. Ainsi il est souvent représenté avec les emblèmes de l'éclair, du trône et du sceptre.
D'un esprit licentieux, Jupiter prit maintes amantes, cependant, seulement sa sœur jumelle Junon conquit son cœur. Après plusieurs tentatives de la courtiser, il réussit finalement à gagner sa main en se transformant en coucou mouillé pour exciter la sympathie et l'affection de la déesse. Ainsi leurs noces marquèrent le premier mariage du monde.
  • « Hera / Junon », Le grenier de Clio (2001-2008), Mythologica.fr, Internet, 19 juillet 2011. http://mythologica.fr/grec/hera.htm.
  • « Jupiter », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Zeus / Jupiter (3/4) », Le grenier de Clio (2001-2008), Mythologica.fr, Internet, 19 juillet 2011. http://mythologica.fr/grec/zeus3.htm.

Satan (en hébr. ha-sâtân)

Le nom vient du mot hébreu ha-sâtân, qui veut dire « l’Adversaire en justice, l’Accusateur », et correspond au mot grec diabolos (accusateur, calomniateur). Dans les traditions juive et chrétienne, Satan fut le chef des démons. Dans le poème épique Le Paradis perdu (Paradise Lost) de John Milton, le poète décrit l’avènement au pouvoir de ce démon. Celui-ci est mentionné dans les livres Zacharie III, 1 ; Job, I et II ; et Apocalypse II de la Bible.
  • « Satan en hébr. ha-sâtân », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Artaxerxès II

Artaxerxès II Mnémon est roi de Perse de -404 à -358. Il est aussi brièvement pharaon d'Égypte. Son frère cadet Cyrus lui dispute le trône, mais celui-ci connaît la défaite définitive en –401. Fils de Darius II et de Parysatis, il paraît qu’Artaxerxès II fut fortement influencé par sa mère au long de son règne.

Darius II

Fils de l’empereur de Perse Artaxerxès I, Darius II monte sur le trône après avoir assassiné son demi-frère Sogdianos, lui-même assassin du roi légitime, Xerxès II. Il règna de -424 à v. -404. Époux de sa demie soeur Parysatis, il est le père d’Artaxerxès II.

Parysatis

Parysatis est la fille illégitime d’Artaxerxès Ier, empereur de Babylone et de Perse de -465 à -424. Elle épousa son demi frère Darius II. Un de ses quatre fils est Artaxerxès II, sur qui elle exerça une forte influence au long de son règne.

Sémiramis

Reine légendaire d’Assyrie et de Babylonie, elle fut la femme du gouverneur Omnès puis du roi Ninos, montant sur le trône après la mort de celui-ci.

Ninyas « le Ninivien »

Fils de Ninus et Sémiramis qui, selon la légende, conspira contre sa mère, la mettant à mort pour avoir usurpé le trône. Ninyas exerça un règne de 38 ans.

Tcherkesses ou Circassiens

Habitants de la Circassie, située au nord du Caucase, dès le VIe siècle. Elle fait partie actuellement de la région autonome de Karatchaïévo-Tcherkessie.
  • « Tcherkesses ou Circassiens n. m. pl. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Sarmatie

Région occupée par les Sarmates, un peuple nomade indo-iranien venu d’Asie centrale, entre le Ve siècle av. J.-C. et le IVe siècle ap. J.-C. Elle se situe actuellement au nord du Pont-Euxin, de la Baltique à la mer Caspienne.
  • « Sarmates n. m. pl. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Sarmatians », Wikipédia l'encyclopédie libre (24 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 31 août 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Sarmatians.
  • « Sarmatie n. f. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Cambaluc du mongol Qān-baliq ville du khan

Nom donné à la capitale mongole, connue actuellement comme Pékin, par les voyageurs médiévaux de l’Occident à partir de 1267.
  • « Cambaluc du mongol Qān-baliq « ville du khan » », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Cathay, Catay ou Catai

Nom donné au nord de la Chine par les voyageurs et les cartographes médiévaux d’après le nom de Kitai, peuple toungouze qui gouverna cette région du Xe siècle au début du XIIe siècle.
  • « Cathay [katɛ], Catay ou Catai n. m. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Socrate le Scolastique ou Socrate de Constantinopole

(Constantinople -380 – 450 ap. J.-C.). Historiographe de l'Église byzantine célèbre pour son ouvrage Historia ecclesiastica qui fait l'autorité en histoire chrétienne de 305 jusqu'en 439.

Historia ecclesiastica

Ouvrage grec de l'historiographe chrétien Socrate le Scolastique completé en environ 439 ap. J.-C. Divisé en sept livres, Socrate raconte les événements notables dans l'histoire chrétienne du monde byzantin commençant par le règne de Constantin Ier le Grand (305) et finissant par le règne de Théodose II (439).

Théodose Ier le Grand (en lat. Flavius Theodosius)

Empereur romain de l’empire d’Orient (379-392) qui devint le seul souverain d'Orient et d'Occident (392-395). Sous son règne, il lutta avec force contre le paganisme et il établit le christianisme comme la religion d’État.
  • « Théodose Ier le Grand en lat. Flavius Theodosius », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Moïse (en hébr. Mosché)

Prophète et fondateur de la religion juive et de la nation d'Israël (- XIIIe s.), on lui attribue la rédaction des premiers livres de la Bible.
Selon le livre d’Exode, Moïse monta sur le Mont Sinaï pour recevoir La Loi (Décalogue) dicté par Dieu. Pendant ce temps, les Israélites, ne pouvant plus supporter d’avoir affaire à un dieu invisible, persuadèrent Aaron, le frère de Moïse, de leur fabriquer un veau en or, l'acte qui brisa le premier des dix commandements. En conséquence de cette transgression, Moïse dut remonter le Mont Sinaï pour renouveler l’alliance entre le peuple juif et Dieu, après quoi il redescendit de la montagne, la peau toute rayonnante.
Moïse est le descendant direct d'Abrahahm.
  • « Moïse », Wikipédia l'encyclopédie libre (26 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 mai 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Moïse.
  • « Moïse (en hébr. Mosché, nom d'origine égyptienne) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Römer, Thomas, « Les cornes de Moïse », Évangile et liberté (2005), numéro 190, Évangile et Liberté, Internet, 22 juillet 2010. http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/190/article8.html.

Genèse (en gr. genesis, traduisant l’hébr. tôledôth générations, généalogie)

Premier livre dans la Bible en 50 chapitres racontant la Création, la faute d’Adam, le Déluge, la tour de Babel et l’histoire du peuple israélite.
  • « Genèse en gr. genesis, traduisant l’hébr. tôledôth « générations », « généalogie » », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Héraclides

Héraclides est le nom de plusieurs historiens antiques, dont Héraclides du Pont (-388 - -310), Héraclides Lembus (IIe siècle av. J.-C.) et Héraclides Tarsensis (IIIe siècle av. J.-C.).

Tennès

Empéreur de Saïda (Sidon), vieille cité phénicienne située actuellement au Liban.
  • « Saïda », Encyclopédie Universalis (2010), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 7 septembre 2010.

Sicile (en ital. Sicilia)

La plus grande île de la Méditerrannée formant une région autonome d'Italie.

Valère Maxime (en lat. Valerius Maximus)

Historien et moraliste latin (-1er s. av. J.-C. – 1er s. ap. J.-C.) dont les Faits et dits mémorables, recueil d’anecdotes en neuf livres, connut un grand succès dans l’Antiquité et au Moyen Âge.
  • « Valère Maxime en lat. Valerius Maximus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Locres

Ancienne ville fondée par les Grecs vers 680 av. J.-C. située aujourd’hui au sud de l’Italie dans la région de Calabre.

Claude Élien (en gr. Elianos, en lat. Claudius Aelianus)

Historien et orateur romain (IIe – IIIe s.) de langue grecque, surnommé « Élien le Sophiste », qui composa De la nature des animaux et Histoire variée, recueils qui rapportent en anecdotes l’histoire naturelle des animaux et des coutumes culturelles et des événements miraculeux.
  • « Élien en gr. Elianos », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Élien le Sophiste », Wikipédia l'encyclopédie libre (7 mars 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lien_le_Sophiste.

Lepréens

Les Lépréens étaient le peuple de Lépréum (ou Lépréon), une ville de Triphylie, un district de l’Élie, sur les marges de la Grèce Ancienne. La ville était la capitale de la Triphylie pendant les périodes classique et hellénistique (-323 jusqu’en –146 à peu près).

Démosthène (en gr. Dêmosthenês)

Homme d’État et l'un des plus grands orateurs athéniens (Athènes -384 – Calaurie -322 av. J.-C). Sa carrière de chef de parti politique ainsi que d’orateur fut inspirée par son opposition à l’expansion du Macédoine. Il écrivit entre -351 et -341, son œuvre la plus célèbre, trois Philipiques qui avaient pour but d'unifier les Grecs contre Philippe II de Macédoine. Pourtant, sa lutte pour la liberté de son pays s'avéra futile en face des forces grandissantes du fils de ce dernier, Alexandre le Grand. Enfin, Démosthène, accusé d'être impliqué dans le scandale financier d’Harpale, prit la fuite pendant un an. Il regagna Athènes par la suite mais il dut se réfugier de nouveau après l’échec de la révolte contre les Macédoniens. Lorsque l’armée du général macédonien Antipatros le condamna à mourir, Démosthène mit fin à sa vie, s’empoisonnant dans le temple de Poséidon à Calaurie.
  • « Démosthène en gr. Dêmosthenês », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré de noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • Mirhady, David, « Demosthenes », The Oxford Encyclopedia of Ancient Greece and Rome, Oxford University Press, 2010. Oxford Reference Online, Internet, 4 juillet 2011.

Néaïra

Hétaïre (courtisane ou prostituée) vivant en Grèce au IVe siècle av. J-C. rendue réputée par le discours de poursuite contre elle attribué à Démosthène mais qui fut, en fait, écrit par l’orateur Appollodore.

Solon

Législateur et poète athénien (v. -640 – v. -558) connu comme l’un des Sept Sages de la Grèce qui introduisit une série de réformes sociales et politiques à Athènes. Parmi ces réformes, Solon introduisit la démocratie en accordant le droit de vote et l’égalité à toutes les classes dans l’Assemblée du peuple et il passa un nouveau code de droit plus juste.
  • « Solon », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 8 septembre 2010. http://www.britannica.com/biography/Solon.
  • « Solon », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Solon », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 8 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Solon.

La Souda

Lexique byzantine composé entre la fin du Xe siècle et le début du XIe siècle par un auteur inconnu qu’on a longtemps appelé Suidas par erreur. Cette encyclopédie contient des renseignements sur des écrivains, des notices bibliographiques et des fragments d’œuvres perdues.
  • « Souda », Wikipédia l'encyclopédie libre (18 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 8 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Souda.
  • « Souda (la) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Hippomène

Dans la mythologie grecque, Hippomène rattrape la chasseresse rapide, Atalante, en laissant tomber trois pommes d'or que lui donne Aphrodite, afin de la dépasser et de gagner sa main en mariage.

Limone

Selon Ovide dans l’Ibis, Limona, la fille d’Hippomène et d’Atalante, fut séduite par un jeune Athénien. Hippomène condamna le jeune homme à être écartelé par quatre chevaux; il enferma sa fille dans une écurie avec un cheval, sans nourriture, qui finit par la dévorer.
  • Moreri, Louis, Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Bâle, Jean Brandmuller, 1732, t. 4. Google livres, Internet, 16 septembre 2010.

Atalante (en gr. Atalantê)

Chasseresse rapide de la mythologie grecque qui promet d'épouser celui qui la vainc à la course. Hippomène, en laissant tomber trois pommes d'or que lui donne Aphrodite, distrait Atalante, qui s’arrête pour les rammasser, et la dépasse pour enfin gagner sa main en mariage.
  • « Atalante », Wikipédia l'encyclopédie libre (28 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 8 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Atalante.
  • « Atalante en gr. Atalantê », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Attique (en gr. Attikí)

Péninsule située à sud-est de la Grèce centrale qui comprend les régions d’Athènes, de la Mégaride à l’ouest et des îles du Péloponèse oriental.
  • « Attique n. f. – en gr. Attikí », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Lakiades

Le dème Lakiades est une division administrative de l'Athènes antique.
  • « Dème (Athènes antique) », Wikipédia l'encyclopédie libre (14 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 16 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A8me_%28Ath%C3%A8nes_antique%29.
  • Leduc, Claudine, « Miltiade (-550 env. - -489) », Encyclopédie Universalis (2010), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 16 septembre 2010.

Plakiades

Les Plakiades sont des habitants du village de Crète Plakias.

Lucien de Samosate (en gr. Loukianos)

Écrivain satirqiue grec (v. 125 – v. 192 ap. J.-C.) qui fut particulièrement critique de ceux qu’il considéra comme hypocrites. Ses 86 ouvrages comprennent La Mort de Pérégrinos, lettre satirique qui critique le philosophe cynique, Pérégrinos, de son opportunisme et de son exhibitionnisme lorsqu’il se suicida en public en s’incendiant sur un bûcher funéraire aux Jeux olympiques de 165 ap. J.-C.
  • « Lucian », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 9 septembre 2010. http://www.britannica.com/biography/Lucian.
  • « Lucien de Samosate en gr. Loukianos », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Pérégrinos

Philosophe grec cynique (v. 100 – 165 ap. J.-C.) connu pour son suicide public où il s’incendia sur un bûcher funéraire aux Jeux olympiques de 165 ap. J.-C. L’écrivain satirique, Lucien de Samosate, condamna son acte comme opportuniste et exhibitioniste dans son ouvrage La Mort de Pérégrinos.
  • « Lucien de Samosate en gr. Loukianos », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Peregrinus Proteus », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 9 septembre 2010. http://www.britannica.com/biography/Peregrinus-Proteus.

Arménie (en arménien Hayastan)

Région d'Asie occidentale s'étendant entre l'Anatolie et le plateau iranien. Formée par un vaste haut plateau traversé de puissantes chaînes montagneuses (Caucase, Taurus, Kurdistan) où domine le massif volcanique d'Ararat (5 165 m), elle est partagée politiquement entre la république d'Arménie, l'Iran et la Turquie qui en possède la majeure partie (régions du N.-E. et du S.-E.) [...] Au XVIe siècle, Turcs et Perses se partagèrent le pays ; les premiers s'installèrent à l'ouest., les autres à l'est. .
  • « Arménie en arménien Hayastan », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Tacite (Publius Cornelius Tacitus)

Historien latin (v. 55 - v. 120 ap. J.-C.) qui fut également consul (97) et proconsul d’Asie (110-113) sous l’empereur Vespasien. Sa première œuvre, Dialogue des orateurs (-106), est un essai qui visait à chercher la cause du déclin de l’éloquence. En 98, il produisit l’éloge Vie d’Agricole, biographie qui loue la carrière de son beau-père comme général sous l’empereur Domitien. Tacite écrivit aussi la Germanie, traité parlant des coutumes germaines. Ses deux ouvrages les plus connus, pourtant, sont les Histoires (-106), qui examinent l'Empire romain à partir de 69 jusqu'en 96, et les Annales (-110), qui traitent la période de l'empire entre 14 et 68. Tacite avait une façon très particulière d’écrire, qui aurait été inspirée par Thucydide : ses phrases ont une tension nerveuse et sont extrêmement concises. La mention de cette concision pourrait faire de ses écrits historiques des chroniques, mais en effet, il s’agit du contraire : l’Histoire devient, dans un ouvrage de Tacite, un genre littéraire.
  • « Tacite en lat. Publius Cornelius Tacitus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Tacitus », Encyclopædia Britannica Online (2011), Encyclopædia Britannica, Internet, 5 avril 2011. http://www.britannica.com/biography/Tacitus-Roman-historian.

Cumes (en gr. Kumê)

Ancienne cité de la Grande-Grèce fondée par des Ioniens de Chalcis et d’Érétrie au VIIIe siècle av. J.-C., située actuellement dans la region de Campanie en Italie méridionale.
  • « Cumes en gr. Kumê », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Jean de Stobes ou Jean Stobée (en lat. Joannes Stobæus)

Doxographe et compilateur byzantin du Ve siècle ap. J.-C., son Anthologie cite plus de 500 auteurs antiques : poètes, historiens, orateurs, philosophes et médecins. Nous lui devons les seuls fragments connus de certains dramaturges. Il rédigea également plusieurs passages célèbres sur la philosophie stoïque.
  • « Jean de Stobée », Wikipédia l'encyclopédie libre (31 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 9 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Stobée.
  • Stobæus, Joannes, Sententiarum Ioannis Stobaei, Paris, Martinum Juvenem, 1557, t. 2. Google livres, Internet, 21 juin 2011.

Pisidie

Ancienne région de l’Asie Mineure située entre la Phrygie septentrionale et la Pamphylie méridionale qui fut annexée par Rome en -103. Aujourd’hui on trouve Pisidie dans la province d’Antalya en Turquie.
  • « Pisidie », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pisidie.
  • « Pisidie n. f. », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Salethe (le Seigneur des Crotoniates)

Selon un anecdote de Lucien, Saléthus après s'être acquis l'estime des Crotoniates par ses lois rigoureuses contre l'adultère, fut peu de temps après surpris entre les bras de sa belle-sœur. [...] il eut, d'ailleurs, le courage de se précipiter dans le bûcher, quoique les Crotoniates, émus de compassion, lui eussent permis, s'il le voulait, de s'en aller en exil.

Crotone

Fondée par les Achéens (v.-710), Crotone fut une des plus prospères colonies de la Grande-Grèce. Elle se situe actuellement dans la province de Calabre en Italie sur la côte occidentale du golfe de Tarente.
  • « Crotone », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Crotone », Wikipédia l'encyclopédie libre (1er septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Crotone.

Joannes Fabri (Jean Faure), dit « Faber »

Jurisconsulte (Roussines, 1300? - Angoulême, 1340), fut un avocat de grande notoriété à Angoulême.

Candie

CANDIE, Est une Isle de Grece, anciennement nommée Crete, Creta. Elle est sous la seigneurie des Venitiens.
  • « Candie », Jean Nicot : Le Thresor de la langue francoyse (1606), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 13 septembre 2010.

Leuconie

Plutarque, dans les Actions courageuses et vertueuses des femmes dit que Les habitants de Chios ont fondé la colonie de Leuconie. Une note du traducteur Ricard indique que Pausanias parle d'une fontaine de ce nom dans l'Arcadie, dont l'eau était extrêmement limpide, et du lac Leucon, dans la Béotie. Peut-être que Leuconie était bâtie auprès de ce lac.

Hippoclus

Hippoclus fut un des rois de Lampsaque (Lampsacus), une ancienne cité grecque d’Asie mineure au Ve siècle av. J.-C.

Apollon appelé aussi Phébus (en gr. Phoibus le Brillant)

Fils de Léto et de Zeus et frère jumeau d’Artémis, il est dieu grec de la lumière, du chant, de la raison, de la musique et de la poésie. Décrit aussi comme dieu à l'arc et flèche, il punit et détruit le méchant. Une légende notoire raconte que quatre jours après sa naissance, Apollon tue au tir à l'arc le dragon, Python, qui avait poursuivi sa mère en route pour Délos.
  • « Apollo », Greek Myth Index (2007), Myth Index, Internet, 30 juin 2010. http://www.mythindex.com/greek-mythology/A/Apollo.html.
  • « Apollon », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Apollon.
  • « Apollon appelé aussi Phébus, en gr. Phoibus « le Brillant »  », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Coron, Coronée ou Koroni (en gr. Korôneia)

Ancienne ville de la Grèce située actuellement en Messénie au sud du Péloponnèse.
  • « Coronée en gr. Korôneia », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Coron (Grèce) », Wikipédia l'encyclopédie libre (24 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Coron_%28Gr%C3%A8ce%29.

Érétrie (en gr. Eretria)

Ancienne cité située sur l’île d’Eubée qui contribua considérablement à la colonisation de la Grande-Grèce.
  • « Érétrie », Wikipédia l'encyclopédie libre (10 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89r%C3%A9trie.
  • « Érétrie en gr. Eretria », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ionie (en gr. Iônia)

Ancien nom des colonisateurs éponymes venus de l’Attique donné à la partie l’ouest de l’Asie Mineure entre Phocée et Milet et comprenant les îles de Chios et Samos. Elle se situe dans l’actuelle Turquie.
  • « Ionie », Wikipédia l'encyclopédie libre (8 mai 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Ionie.
  • « Ionie n. f. – en gr. Iônia », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Philippe V de Macédoine

Roi de Macédoine (-238 - - 179) qui régna de -221 à -179 av. J.-C. Son entreprise d’expansion le conduisit à une série de guerres avec Rome. Pourtant, sa défaite en 197 initia la chute du royaume macédonien et l’établissement de la domination romaine.

Démétrios II de Macédoine

Roi de Macédoine (-275 - -229) de 239 à 229 av. J.-C. qui, pendant son règne, étendit le royaume macédonien jusqu’à l’Eubée, à la Magnésie et à la Thessalie.

Virginie

Fille du patricien, Aulus Verginus, qui épousa Lucius Volumnius Flamma Violens, premier consul plébéien. En signe de protestation contre les femmes patriciennes qui lui avaient interdit l’accès à la cérémonie au sanctuaire de Pudicitia Patricia, la vertu de la modestie des femmes, du fait de son mariage avec un plébéien, Virginie éleva un autel dans sa propre maison à Plebeia Pudicitia pour que toutes les femmes plébéiennes pussent rendre hommage à l’esprit de chasteté.

Lucius Volumnius Flamma Violens

Homme politique romain qui servit comme premier consul plébéien en 307 et en 296 av. J.-C.

Mahomet

Le nom de Muhammad a suivi la forme Mahom ; on écrivait « Mahomet » aussi bien que « Muhammad ».
  • « Mahomet », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Azoar

Un mot utilisé pour les chapitres du Coran en Europe au XVIe siècle, le mot provient probablement d’une mauvaise transcription de l’arabe du mot « sourate » (une unité du Coran formée d’un ensemble de versets).
  • « Sourate », Wikipédia l'encyclopédie libre (3 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 20 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sourate.
  • Bernard, Yvelise, L'Orient du XVIe siècle à travers les récits des voyageurs français: regards portés sur la société musulmane, Paris, L’Harmattan, 1988, p. 341, Google Livres, Internet, 20 septembre 2010.

Hercule (en lat. Hercules, en gr. Héraclès)

Héros de la mythologie gréco-romaine dont la vie est racontée en plusieurs épisodes héroïques et fabuleux. C’est un demi-dieu, ayant pour père le dieu Zeus et pour mère Alcmène. Héraclès grec a fait plusieurs aventures partout dans la Méditerranée ainsi qu’aux Enfers. Hercule romain semble être moins violent que son alter ego grec.
  • « Héraclès », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hercule_(mythologie).
  • « Hercule en lat. Hercules », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Travaux d'Héraclès », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er octobre 2009. http://fr.wikipedia.org/wiki/Travaux_d'Héraclès.

Thespios

Roi légendaire de Thespies dans la mythologie grecque qui donna comme récompense ses cinquante filles à Héraclès pour la libération des bergers du Cithéron d'un lion menaçant. Héraclès eut d'elles cinquante fils nommés les Thespiades.

Scythie

Région dans l'Eurasie s'étendant de l'Ukraine à l'Altaï inhabitée par les Scythes du VIIIe siècle av. J.-C. au IIe siècle ap. J.-C.

Indien, ienne

Personne qui est née ou vit dans les régions d'Asie anciennement appelées Indes.
Veuillez consulter également la référence Indes orientales.
  • « Indien, ienne », Le Grand Robert de la langue française version électronique (2009), 2e édition, Dictionnaires le Robert, Internet, 22 octobre 2009.

Flavius Vopiscus

L'un des six auteurs présumés des biographies d'empereurs romains contenues dans Histoire Auguste, receuil composé à la fin du IVe siècle.

Titus Aelius Proculus

Usurpateur romain dont la tentative de s'emparer du trône de l'empereur Probus au IIIe siècle finit par l'échec et son exécution.

Messaline (en lat. Valeria Messalina)

(25 av. J.-C. - Rome 48 ap. J.-C.). Fille du consul romain Marcus Valerius Messalla Barbatus, Messaline devint impératrice romaine lorsqu'elle épousa Claude Ier. Connue pour sa conduite despotique, Messaline manipula Claude pour qu'il éliminât les rivaux potentiels à elle et à leurs enfants, Octavie et Britannicus. Messaline était également réputée pour la vie dévergondée qu'elle mena. Selon le poète latin Juvenal, elle se prostituait dans des bordels de Rome et elle aménagea même une partie du palais en lupanar. Cependant, l'empereur mit fin à ses débauches lorsque l'affranchi Narcisse l'avertit du mariage prévu entre Messaline et Silius, son amant secret, et de leur attentat comploté contre lui. Effectivement, Claude fit exécuter sa femme et Silius dans les jardins de Lucullus.
  • « Messaline », Wikipédia l'encyclopédie libre (18 février 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 31 mars 2011. http://fr.wikipedia.org/wiki/Messaline.
  • « Messaline en lat. Valeria Messalina », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Pars, Dictionnaires le Robert, 1994.

Juvénal (en lat. Decimus Junius Juvenalis)

Poète latin, auteur de satires. Il naquit à Aquinum en Campanie vers l’an 55 ap. J.-C. Il produisit seize Satires qui traitent des vices de son époque, contrastant la Rome traditionnelle (pure, exaltée par Cicéron) avec la Rome contemporaine. Juvénal mourut vers 140.
  • « Juvénal en lat. Decimus Junius Juvenalis », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré de noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Salomon

Salomon fut le roi d’Israël de 972 à 932 av. J.-C. et le fils de Bethsabée et de David. Pendant son règne, Israël vît la construction du Temple, d’un palais, d’une flotte, aussi bien qu'une alliance puissante entre Salomon et Hiram 1er de Tyr (ancienne cité phénicienne) et le maintien d’une armée équipée de chars et de cavalerie. Selon la tradition, ce roi aurait écrit le Cantique des cantiques, l’Écclésiaste, les Proverbes, la Sagesse, une partie des Psaumes et certaines Odes. I Rois, III, 16 de la Bible décrit la sagesse de Salomon. Lorsque deux femmes lui rendirent visite, prétendant être la mère d'un enfant, il annonça qu’il fallait le partager en deux dans l’espoir que la vraie mère y renoncerait. Ainsi la femme qui montra de la compassion reçut-elle l’enfant. La locution « jugement de Salomon » se voit associé donc à un jugement équitable.
Malgré sa sagesse, Salomon avait une grande faiblesse – son amour des femmes, qui était témoigné par ses septs cents épouses Princesses et trois cents concubines. Selon I Rois XI, puisque Salomon se maria avec des femmes étrangères (des Moabites, des Hammonites, des Iduméènnes, des Sidoniènnes et des Héthiènes) qui avaient détourné sa dévotion vers leurs dieux, le Dieu d'Israël lui avertit que tout son royaume, à l'exception une tribu, serait perdu pour son fils en faveur de son serviteur.
  • « Salomon », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Catalogne (en esp. Cataluña, en catalan Catalunya)

Communauté autonome d'Espagne qui comprend quatre provinces: Barcelone, Gérone, Lleida et Tarragone. Elle fit partie de la couronne d'Aragon, l'ensemble des territoires sous la règne des rois d'Aragon (XIIe – XVIIIe siècle).
  • « Catalogne », Wikipédia l'encyclopédie libre (8 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Catalogne.
  • « Catalogne n. f. - en esp. Cataluña, en catalan Catalunya », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Couronne d'Aragon », Wikipédia l'encyclopédie libre (10 juin 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 septembre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Couronne_d%27Aragon.

Aragon (en esp. Aragón)

Un des royaumes chrétiens établis en 1035 et qui exista jusqu'en 1833. Depuis 1978, l'Aragon est une communauté autonome comprenant les trois provinces de Huesca, Saragosse et Teruel dans le nord-est de l'Espagne.

Athanase Ier Gammolo

Primat de l’Église syrique orthodoxe (595-631).

Grenade (en esp. Granada)

Ville située au sud de l'Espagne qui fut fondée par les Arabes en 758 et qui devint la capitale du royaume musulman de Grenade au XIIIe siècle.
  • « Grenade en esp. Granada », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Mahométiste

Mahométiste : le nom de Muhammad a suivi la forme Mahom ; on écrivait « Mahomet » aussi bien que « Muhammad ». Arabes mahométistes, c'est-à-dire Arabes musulmans.
  • « Mahomet », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Constantine VII Porphyrogennetos ou Porphyrogenitus

Constantine VII (905-959) écrivit ou commanda le De Ceremoniis Aulæ Byzantinæ (Sur les cérémonies de la cour de Byzance) qui décrit les cérémonies de la cour royal de Constantinople en détail.

Rustan Bassa

Vizier du sultan Soliman.

Soliman le Magnifique

Sultan régnant de 1520 à 1566 qui contribua à l'agrandissement de l'Empire ottoman et au développement des domaines du droit, de la littérature, de l'art et de l'architecture.

Cefalà Diana

Commune italienne qui se situe dans la province de Palerme en Sicile.

Tripoli (Liban)

Ville sur la côte méditerranée du Liban au nord de Beyrouth où se trouvent un port commercial important et des vestiges romains, islamiques et francs.
  • « Tripoli », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Tripoli (Liban) », Wikipédia l'encyclopédie libre (28 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Tripoli_%28Liban%29.

Posidonius (en gr. Poseidônios)

Philosophe grec (Apamée -135 - Rome -51 av. J.-C.), considéré comme l'homme le plus savant de son temps, qui fonda l'école stoïcienne à Rhodes. À part la philosophie, ses traités contribuèrent également aux domaines historique, scientifique et mathématique.
  • « Posidonius », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 5 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Posidonios.
  • « Posidonius en gr. Poseidônios », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Protésilas

Héros de la mythologie grecque qui mena son armée à Troie bien que l'oracle eût prédit sa mort. Ayant pitié de sa femme accablée de douleur, Laodamie, les dieux lui accordèrent la demande de permettre à Protésilas de revenir d'entre les morts pendant trois heures. Pourtant, lors de son retour à la pègre, Laodamie, incapable de supporter la perte de son mari, prit sa propre vie afin de le rejoindre.

Jules César (en lat. Caius Julius Caesar)

(Rome 101 – Ides de Mars 44 av. J.-C.) Illustre homme d'état, général et enfin dictateur romain (46-44 av. J.-C.) qui joua un rôle essentiel dans la transformation de la République romaine à l'Empire romain. Toutefois, ses réformes politiques et sociales furent déjouées lorsque Marcus Junius Brutus, un noble à la Chambre du Sénat, l'assassina en 44 av. J.-C.
Non seulement César fut-il un homme politique célèbre, mais il était un bon orateur et historien. Il écrivit quelques œuvres littéraires : Commentarii de bello gallico (Commentaires de la guerre des Gaules) et Commentarii de bello civili (Commentaires de la guerre civile).
  • « César ou Jules César en lat. Caius Julius Caesar », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Julius Caesar », Encyclopædia Britannica Online (2011), Encyclopædia Britannica, Internet, 2 février 2011. http://www.britannica.com/biography/Julius-Caesar-Roman-ruler.
  • « Julius Caesar », Wikipédia l'encyclopédie libre (27 janvier 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 2 février 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Julius_Caesar.

Scythe

Nom de peuples errants dans le nord de l'Europe et de l'Asie.
Fig. Homme barbare, grossier
.
Veuillez consulter également la référence Scythie.
  • « Scythe », Émile Littré : Dictionnaire de la langue française (1872-77), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.

Henri II du Saint-Empire (973 - 1024)

Henri II, dit « le Boiteux » ou « le Saint », fut roi de Germanie (1002-1024) et le dernier empereur saxon du Saint Empire romain germanique (1014-1024). Il épousa sainte Cunégonde de Luxembourg en 998. Comme les époux laissèrent une réputation de piété et qu'ils n'eurent pas d'enfant, une légende tardive veut qu'ils aient fait vœu de continence au soir de leurs noces. Henri II fut canonisé en 1146.
  • « Henri II le Saint », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Henri II du Saint-Empire », Wikipédia l'encyclopédie libre (20 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_II_du_Saint-Empire.

Casimir « le Grand »

Roi de Pologne régnant de 1333 à 1370 qui réforma la législation polonaise et promut l'expansion commerciale, économique et intellectuelle.
  • « Casimir III de Pologne », Wikipédia l'encyclopédie libre (29 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 6 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Casimir_III_de_Pologne.
  • « Casimir III le Grand », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ladislas de Habsbourg, dit « le Posthume »

(v. 1440 – Prague 1457). Fils posthume d'Albert II de Habsbourg, Ladislas fut roi de Hongrie (1444-1457) sous le nom de László VII et roi de Bohême (1453-1457) sous le nom de Ladislas Ier. Il fut élevé par son oncle, l'empereur Frédéric III du Saint Empire romain germanique.
  • « Ladislas V ou VI le Posthume », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Ladislas Ier de Bohême », Wikipédia l'encyclopédie libre (6 octobre 2013), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 5 novembre 2013. http://fr.wikipedia.org/wiki/Ladislas_Ier_de_Bohême.

Jean (en russe Ivan) II de Moscovie

Ivan II le débonnaire (1353-1359), petit-fils du fondateur de la dynastie de Moscovie.

Siegmund von Herberstein

Diplomate et écrivain autrichien (Vipava, Slovénie 1486 - Vienne 1566) qui servit d'ambassadeur de Maximilien puis de Charles Quint au Danemark, en Pologne et en Russie. Son ouvrage Rerum moscovitarum commentarü (1549) contient des cartes de la Russie qui comptent parmi les plus anciennes.
  • « Herberstein (Siegmund von) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Asinaire ou La Comédie de l’âne

Comédie de Plaute: un père indulgent, Déménète, souhaite aider son fils, Argyrippe, à libérer une prostituée d'une vieille proxénète. Pourtant, il faut d'abord que Déménète trompe sa femme impérieuse, Artémone, qui garde le contrôle de la bourse, en lui volant l’argent de la vente de quelques ânes (d’où le titre de la pièce). Le père et le fils passent la soirée à un banquet avec la prostituée, mais Artémone surprend son mari et le punit.

Plaute (en lat. Titus Maccius Plautus)

(Sarsina v. -254 - Rome -184 av. J.-C.). Poète comique latin, Plaute parvint à assimiler la technique théâtrale des Grecs tels que Ménandre, Philémon et Diphile dans son œuvre, tout en l’adaptant au goût romain. Le public de son temps fut sensible à des personnages plutôt typés qu’à ceux témoignant d’un caractère extrêmement nuancé. Nous n’avons que vingt de ses comédies. Parmi les plus connues sont Amphitryon (Amphitruo), La Comédie de l’âne (Asinaria) et Les Bacchides (Bacchides).
  • « Plaute en lat. Titus Maccius Plautus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Taxilles

Habitants de Taxila, une ancienne cité indienne et centre d'étude bouddhiste antique qui se situe actuellement au Pakistan. La prospérité de Taxila dans l'Antiquité résultait de sa position au carrefour de trois grandes routes commerciales.
  • « Taxila », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Taxila », Wikipédia l'encyclopédie libre (29 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 12 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Taxila.

Zalmoxis ou Zamolxis

Esclave et ancien disciple de Pythagore qui lui enseigna les « sciences du ciel » à Samos. Après avoir été affranchi, Zalmoxis amassa une grande fortune et retourna dans son pays pour instruire son peuple, les Gètes, sur la vie après la mort et en l'immortalité de l'âme. Son influence continua après sa mort et le fit considérer comme un dieu par son peuple.

Samos

Île grecque de la mer Égée qui est la patrie du fabuliste Ésope, du mathématicien et philosophe Pythagore et de l'architecte Rhoikos.

Levant

Terme français donné dès le XVe siècle à l'ensemble de pays bordant la côte orientale de la mer Méditerranée: le Liban, la Syrie, l'Israël, les territoires palestiniens, la Jordanie et l'Égypte.

Aulus Licinius Archias

Poète grec (Antioche, Syrie v.120 – 61 av. J.-C.) qui se rendit à Rome où il chanta les victoires de son patron, Lucullus, contre Mithridate. Il fut accusé en 62 av. J.-C. d'avoir illégalement assumé les droits d'un citoyen romain. Cicéron le défendit avec succès dans son discours Pro Archia. Un certain nombre d'épigrammes dans l'Anthologie grecque sont attribués à Archias.
  • « Archias [-kjas-] (Aulus Licinius) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Aulus Licinius Archias », Wikipédia l'encyclopédie libre (27 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 octobre 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Aulus_Licinius_Archias.

Angelo Rocca ou Camers Camerinus

Angelo Rocca (Rocca 1545 – Rome 1620), docteur en théologie et fondateur de la Bibliothèque angélique à Rome, fut connu également comme Camers Camerinus au monastère augustin à Camerino où il servit de supérieur. Il assuma d'autres postes importants, y compris la direction de l'imprimerie du Vatican, le sacristain dans la chapelle pontificale et l'évêque titulaire du diocèse des Augustins à Thagaste en Numidie (aujourd'hui Souk-Ahras en Algérie).

Démocrite (en gr. Dêmokritos)

Philosophe grec (Abdère, Thrace v.-460 – v.-370) qui précisa et dévéloppa l'atomisme, la théorie que l'Univers est composé d'atomes et de vide d’où il s’ensuit que l’être humain n’a plus à craindre tout ce qui émane du monde matériel, par exemple la nature, les dieux, la mort. La philosophie libératrice de Démocrite insiste sur la responsabilité de vivre une vie utile, sans avoir peur d’interventions divines, ce qui mène en principe à une sagesse joyeuse.
  • « Démocrite », Wikipédia l'encyclopédie libre (5 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 13 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocrite.
  • « Démocrite en gr. Dêmokritos », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Saint Vitus ou Saint Guy

Martyr de Sicile et l'un des quatorze saints auxiliaires de l'Église catholique romaine qui furent persecutés pendant les règnes de Dioclétien et Maximien Hercule (IIIe - IVe siècle). À la fin du Moyen Âge, les Allemands célébraient la fête de Saint Vitus en dansant devant sa statue. Cette danse devint populaire et le nom de la « Danse de Saint Vitus » fut donné à la chorée, une maladie neurologique qui cause des mouvements anormaux et involontaires.

Saül

Premier roi des Israélites (-1020 - -1000) selon la Bible.
Troublé par un esprit maléfique, Saül appelle David, harpiste et soldat habile, pour l'apaiser par sa musique. Gagnant sa faveur, Saül donne sa fille cadette à David en mariage et le fait chef de l'armée. Toutefois, devenant jaloux des succès militaires de David et ayant peur qu'il usurpe son trône, Saül le persécute et tente de l'assassiner. Ses attentats échouent et Saül, enfin, se donne à la mort après sa défaite à Guilboa par les Philistins. David devient finalement roi des Israëlites après la mort du fils de Saül.
  • « Saül », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Saul », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 14 octobre 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Saul.

Élisée

Prophète biblique dans l'Ancien Testament (I Rois, XIX, 16-21 ; II Rois, II-XIII) et disciple du prophète Élie.
Dans II Rois III, 12-19, le roi d'Israël, le roi de Juda et le roi d'Edom, manquant d'eau pour l'armée et pour les animaux qui la suivent, consultent Élisée qui fait appel à un joueur de harpe dont la musique permet de comprendre le message de Dieu. Élisée prophétise que Dieu remplira d'eau la vallée où ils se trouvent et qu'il livrera l'adversaire, Moab, entre les mains des trois rois.
  • « Élisée », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Élisée », Wikipédia l'encyclopédie libre (11er octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 18 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lis%C3%A9e.

Cynéthéens

Habitants de Cynèthe, ville d'Arcadie.
  • Polybe, Histoire générale : Livre IV dans Bibliothèque historique et militaire dediée à l'armée et à la garde nationale, Paris, Liskenne et Sauvan, 1836, t. 2, trad. Thuillier, mis en ligne par Philippe Remacle, L’Antiquité grecque et latine du Moyen Âge, Internet, 18 octobre 2010. http://remacle.org/bloodwolf/historiens/polybe/quatre.htm.

Arcadie (en gr. Arkadía)

Région de l'ancien Grèce au centre de la péninsule du Péloponnèse.
  • « Arcadie n. f. en gr. Arkadía », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Polybe (en gr. Polubios

Général, homme d'état, théoricien politique était surtout le plus grand historien grec de son temps (Megalopolis, Arcadie v.-202 – v. -120). Polybe est l'auteur des Histoires, 40 livres, mais il ne nous en restent que cinq dans leur totalité, qui étudient l'ascension de Rome sur la scène mondiale de -220 à -146.
  • « Polybe », Wikipédia l'encyclopédie libre (19 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Polybe.
  • « Polybe en gr. Polubios », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Polybius », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 19 octobre 2010. http://www.britannica.com/biography/Polybius.

Gaulois

Habitant de la Gaule, qui est l'ancien nom de la France.
  • « Gaulois », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 15 novembre 2010.

Julien dit l'Apostat (en lat. Flavius Claudius Julianus)

Neveu de Constantin Ier le Grand (Constantinople 331 – Mésopotamie 363) qui régna comme empereur romain de 361 à 363. Il fut surnommé « l'Apostat » à cause de sa tentative de renoncer à la religion chrétienne et de restaurer la religion païenne dans l'empire romain.
  • « Julien dit l'Apostat en lat. Flavius Claudius Julianus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Julien (empereur romain) », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Julien_%28empereur_romain%29.

Mode ionique

En 1547, le clerc suisse Glareanus a proposé 14 structures possibles à partir de la théorie des modes musicaux du Moyen Âge, les nommant selon les modes grecs anciens. Le mode ionien en est un, utilisé de nos jours dans la musique celtique et surtout la musique irlandaise. Le mode lydien fait partie du même système.

Mode lydien

Ton aigu (ton des lamentations) dans la musique grecque ancienne; cinquième mode grégorien.
Veuillez consulter également les références Mode dorien et Mode ionique.
  • « Lydien, -enne, adj. et subst. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 19 octobre 2010.

Platon

(Athènes -428 - -348 av. J.-C.). Étudiant de Socrate qui, comme philosophe, prit part à la formation de la pensée du monde occidental. Il était le fondateur de l'école philosophique, l'Académie, à Athènes (387) où Aristote compta parmi ses élèves. Auteur d'au moins 28 dialogues socratiques, Platon créa un genre littéraire qui le permit d’aborder certains problèmes métaphysiques et philosophiques en combinant le discours rationnel et le langage poétique. Parmi ses dialogues comprennent le Timée, La République et Le Banquet.
  • « Platon », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Aristote (en gr. Aristotelês, dit « le Stagirite »)

Né à Stagire (Stavro), Macédoine en 384 av. J.-C. et mort à Chalcis, Eubée en 322, le philosophe grec Aristote était l'étudiant de Platon et le tuteur d’Alexandre le Grand. À Athènes, Aristote fonda le Lycée (335) où il enseigna pendant douze ans. La philosophie, selon Aristote, serait la totalité du savoir. Il gagna la réputation du « père de la logique » grâce à ses analyses des divers genres et parties de discours. Son recueil à ce sujet, l’Organon, parle de la logique comme un instrument du savoir. Aristote étudia également des espèces naturelles (La Physique ; Histoire des animaux), la morale (Éthique à Nicomaque ; Éthique à Eudème) ainsi que la politique (Politique ; Constitution d’Athènes). De plus, il fit une étude sur la création des genres littéraires, d’où La Poétique et La Rhétorique.
  • « Aristote en gr. Aristotelês, dit le Stagirite », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

La Politique (en gr. Hê Politikê)

Traité en huit livres dans lequel Aristote analyse la constitution des gouvernements divers (monarchie, aristocratie, démocratie, etc.) et présente sa théorie de l'État idéal. Une partie du septième livre est dédiée à la discussion sur le mariage, l'enfantement et l'éducation des enfants.
  • Howatson, Margaret, éd., « Politics », The Oxford Companion to Classical Literature, Oxford University Press, 2011. Oxford Reference Online, Internet, 27 septembre 2011.

Mode dorien

Mode principal de la musique grecque ancienne (considéré comme le seul digne de citoyens libres et honnêtes et utilisé pour les hymnes religieux et les chants lents et nobles).
Au centre du système musical grec, s'inscrit le mode dorien, constitué par les huit sons compris entre les deux mi; au-dessous de lui se trouve le mode phrygien, compris entre deux ; le mode lydien entre deux ut; le mode mixolydien entre deux si. Au-dessus du dorien, il y a le mode hypolydien construit sur l'échelle de fa, le mode hypophrygien sur l'échelle de sol, le mode hypodorien sur l'échelle de la.
  • « Dorien, ienne, adj. et subst. », Trésor de la langue française informatisé (2004), Centre national de la recherche scientifique, Analyse et traitement informatique de la langue française, Université Nancy II, Internet, 19 octobre 2010.

Lydie (en lat. Lydia)

Ancien pays de l'Asie Mineure qui se situait sur la mer Égée, bordée au nord par la Mysie, à l'est par la Phrygie et au sud par la Carie. Les Lydiens étaient un peuple d'origine indo-européenne qui fut dominés d'abord par les Phrygiens.
  • « Lydie », Wikipédia l'encyclopédie libre (28 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 19 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Lydie.
  • « Lydie n. f. - en lat. Lydia », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Jean de Meung ou De Meun (Jean Chopinel, dit)

Poète français du XIIIe siècle (Meung-sur-Loire 1250 – Paris v. 1305) célèbre pour sa suite du Roman de la Rose rédigée en près de 20 000 octosyllables qui fait la satire des ordres monastiques, du célibat, de la noblesse, du Saint-Siège, des prétentions excessives de la royauté et, en particulier, des femmes et du mariage.
  • « Jean de Meung », Wikipédia l'encyclopédie libre (12 août 2009), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 20 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Meung.
  • « Jean de Meung ou De Meun (Jean Chopinel, dit) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Paul Émile (en lat. Lucius Aemilius Paullus)

Homme d'état romain qui servit de deux fois consul (-219 et -216) et de général dans la bataille de Cannes lors de la deuxième guerre punique (-216) où il fut vaincu et tué par les Carthaginois. Plutarque raconte la vie de Paul Émile dans ses Vies parallèles.
  • « Lucius Aemilius Paullus (Paul Émile) », Wikipédia l'encyclopédie libre (10 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21er octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Lucius_Aemilius_Paullus_%28Paul_%C3%89mile%29.
  • « Paul Émile en lat. Lucius Aemilius Paullus ou Paulus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Éric IX Jedvardsson, le Saint

Roi de Suède de 1156 à 1160 qui, pendant son règne, christianisa le nord de la Suède et tenta de convertir les Finlandais au christianisme.
  • « Éric IX de Suède », Wikipédia l'encyclopédie libre (28 août 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21er octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ric_IX_de_Su%C3%A8de.
  • « Éric IX Jedvardsson, le Saint », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

André Alciat ou Andreas Alciatus

Andreas Alciatus (1492-1550) était un des plus célèbres juristes humanistes du XVIe siècle. Né près de Milan, il s’installa en France où il était connu pour ses recherches sur les textes légaux antiques. Son ouvrage le plus célèbre est l’Emblemata, un recueil de brefs textes latins illustrés de gravures sur bois, qui connut de nombreuses rééditions dès sa publication en 1531. Alciatus est considéré comme le créateur du genre du livre d’emblèmes, très populaire en Europe pendant les XVIe et XVIIe siècles.

Thémistocle (en gr. Themistokiês)

Homme d'État et stratège athénien (v.-525 – Magnésie du Méandre v.-460) qui établit la puissance maritime d'Athènes et sauva la Grèce de la sujétion à l'Empire perse à la bataille de Salamine en 480 av. J.-C.
  • « Themistocles », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 25 octobre 2010. http://www.britannica.com/biography/Themistocles.
  • « Thémistocle en gr. Themistokiês », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Énée (en gr. Aineias, en lat. Aeneas)

Tout comme Hercule, Énée fut le fils d’un mortel et d’une déesse, ayant pour parents Anchise (cousin du roi Priam) et Vénus. L’épopée romaine l’Énéide raconte l’histoire d’Énée, le décrivant le plus souvent comme pieux. Ainsi ce héros incarne-t-il des valeurs romaines comme la dévotion à son devoir, d’abord et avant tout.
Selon la mythologie gréco-romaine, Énée fut un des plus grands héros de la guerre de Troie, avec Hector. Il luttait avec les héros grecs Dioméde et Idoménée pendant la guerre, et deux fois, les dieux le délivrèrent de situations périlleuses. Éventuellement, les Grecs lui ordonnèrent de fuir la Troie, et ensuite, il se trouva naufragé avec quelques-uns de ses hommes à Carthage. Là, selon l'Énéide, il connut Didon, fondatrice et reine de la ville. Les deux tombèrent vite amoureux. Malheureusement, cet amour menaçait le destin de ce héros : il était censé fonder Lavinium (Rome) en Italie. À cause du départ de son bien-aimé, Didon, inconsolable, se donna la mort. Atteignant l'Italie, Énée rencontra Latinus, le roi du Latium qui désira lui donner sa fille Lavinie en mariage. Cependant, Turnus, roi des Rutules d'Ardée, qui voulait à tout prix prendre Lavinie comme épouse, fit la guerre contre Latium. C'était Énée qui mit fin à la lutte lorsqu'il tua Turnus au combat rapproché. Il épousa, finalement, Lavinie et les deux se donnèrent le jour à Ascagne, futur fondateur d'Albe la Longue.
  • « Aeneas », Greek Mythology Link (1997), Carlos Parada et Maicar Förlag, Internet, 10 août 2011. http://www.maicar.com/GML/Aeneas.html.
  • « Énée (en gr. Aineias, en lat. Aeneas) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Thésée (en gr. Thêseus)

Héros d'Attique. Ses histoires ont beaucoup en commun avec celles d'Hercule. Il était le fils de Poséidon (ou d'Égée, dépendant des origines de la légende) et d'Aethra.
  • « Thésée », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Alexandre le Grand

Né en 356 av. J.-C. à Pella, Alexandre le Grand fut le fils du roi Philippe II et d’Olympias devenant en -336 roi de Macédoine ainsi que le chef de la Confédération hellénique. Considéré comme un des plus grands conquérants de l'histoire, Alexandre le Grand créa un empire s'étendant de la mer Ionienne à l'Himalaya. Il fonda Alexandrie en Égypte (-332- -331) et choisit Babylone comme la capitale de son empire (-331). Il mourut à Babylone en -323 après quoi ses généraux, les Diadoques, partagèrent son empire et se mirent à combattre par la suite, assassinant sa mère Olympias, son épouse, Roxane, et son fils, Alexandre IV.
  • « Alexander the Great », Wikipédia l'encyclopédie libre (6 février 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 7 février 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_the_Great.
  • « Alexandre le Grand (~356-~323) », Encyclopédie Universalis (2009), Paris, Encyclopædia Universalis, Internet, 1er octobre 2009.
  • « Alexandre le Grand ou Alexandre III », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Alexandrie en ar. al-Iskandarīyah », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Constantin Ier le Grand (en lat. Flavius Valerius Aurelius Claudius Constantinus)

(Naissus, auj. Niš, entre 270 et 288 – Ancyrona, près de Nicomédie 337). Empereur romain de l’empire d’Orient (312) et puis le seul souverain d'Orient et d'Occident à partir de 324. Pendant son règne, il proclama le christianisme comme la religion d'État (313) et déplaça la capitale de Rome à Byzance qu'il rebaptisa Constantinople (324).
  • « Constantin Ier le Grand en lat. Flavius Valerius Aurelius Claudius Constantinus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Constantin Ier (empereur romain) », Wikipédia l'encyclopédie libre (22 mai 2016), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 21 juin 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Constantin_Ier_(empereur_romain).

Constance Ier Chlore (en lat. Flavius Valerius Constantinus Chlorus)

(Dacia Ripensis v.250 – Eboracum auj. York 306). César des Gaules, de l'Espagne et de la Bretagne de 293 à 305 qui fut promut à l'auguste en 305 avec Galère. Au cours de son règne (305-306), il fit cesser dans ses États la persécution contre les chrétiens. Il eut de sa concubine Hélène, son fils Constantin Ier le Grand.
  • « Constance Ier Chlore en lat. Flavius Valerius Constantinus Chlorus », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Constantius I », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 25 octobre 2010. http://www.britannica.com/biography/Constantius-I.

Sainte Hélène

Concubine de l'empereur Constance Ier Chlore et mère de l'empereur Constantin Ier le Grand qui fut proclamée Augusta par son fils en 325. On lui attribue la découverte de la Sainte Croix lors de son pèlerinage à Jérusalem et à Bethléem en 326.

Constantinople (en gr. Kônstantinoupolis, auj. Istanbul)

Fondée par l’empereur romain Constantin Ier le Grand en 330, Constantinople fut l'ancienne capitale de l’Empire romain d'Orient, l’Empire byzantin, l’Empire latin et de l’Empire ottoman. Elle fut également la capitale religieuse de l’Orient chrétien au Moyen Âge. En 1453, Constantinople fut occupé par les Turcs, prenant dès lors le nom d’Istanbul, situé actuellement dans le nord-ouest de la Turquie.
  • « Constantinople », Wikipédia l'encyclopédie libre (26 janvier 2011), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 31 janvier 2011. http://en.wikipedia.org/wiki/Constantinople.
  • « Constantinople en gr. Kônstantinoupolis, auj. Instanbul », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Guillaume Ier le Conquérant ou le Bâtard (Falaise 1027 ou 1028 – Rouen 1087)

Duc de Normandie (1035-1087) et roi d'Angleterre (1066-1087) considéré comme l'un des plus grands soldats et rois du Moyen Age. Il gagna son trône en Angleterre lorsqu'il vainquit le roi Harold II, à la bataille d'Hastings (1066). Sous son règne, Guillaume créa une monarchie forte en introduisant le système féodal et une administration efficace.

Harold II d'Angleterre

Dernier roi anglo-saxon d'Angleterre (v. 1022 – Hastings 1066) règnant du 5 janvier jusqu'au 14 octobre 1066 lorsqu'il il fut vaincu et tué à la bataille d'Hastings par Guillaume le Conquérant qui le remplaça sur le trône.
  • « Harold II d'Angleterre », Wikipédia l'encyclopédie libre (3 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Harold_II_d%27Angleterre.
  • « Harold II », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Castracani degli Antelminelli (Castruccio)

Seigneur italien (Lucques 1280–1328) inféodé aux Gibelins. Il servit de condottiere ou chef d'armées de mercenaires en France, en Angleterre et en Lombarde. Il s'allia avec le condottiere puissant de Pise, Uguccione della Faggiuola, et mena les Gibelins à la victoire à Lucques en 1314. En 1316, Castracani renversa Uguccione et se fit élire seigneur de Lucques. Après son triomphe sur les Florentins à la bataille d'Altopascio en 1325, il fut nommé le duc de Lucques par l'empereur germanique Louis de Bavière. Enfin, en 1327, il captura Pise et devint vicaire impérial; pourtant, ses relations avec l'empereur, devenues plus hostiles, conduisirent à son excommunication par le légat du pape Jean XXII, probablement sous l'influence des Guelfes.
  • « Castracani degli Antelminelli (Castruccio) », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Castruccio Castracani », Wikipédia l'encyclopédie libre (25 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 26 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Castruccio_Castracani.

Antelminelli

Famille riche italienne appartenant à la faction gibeline. Vers 1300, Castruccio Castracani degli Antelminelli et son père furent exilés de la ville de Lucques par les Guelfes.

Église Saint Michel

Église située dans le cœur du centre-ville de Lucques dont la construction commença en 1070 sur la commande du Pape Alexandre II.
  • « Lucques – Toscane : Eglise Saint Michel (Chiesa di San Michele) », Lucques.fr (2007), Vortalcitynetwork.com, Internet, 26 octobre 2010. http://www.lucques.fr/visiter.html.

Lucques (en ital. Lucca)

Ville italienne fondée par les Étrusques qui servit de capitale de la province de Toscane jusqu'à ce qu'elle fut remplacée par Florence à la fin du Xe siècle.

Anthoine Castracaigne ou Castracagne

En 1280, la soeur de ce chanoine trouva un enfant abandonné dans le jardin de son frère, qui décida d’élever l’enfant qui deviendra le célèbre capitaine Castruccio Castracani.
  • Gruget, Claude, Les diverses leçons de Pierre Messie [Pedro Mexia], Gentil-homme de Sevile 1556, rpt. Paris, 1643, p. 826, Google livres, Internet, 13 novembre 2010.

Pisans

Habitants de Pise, une ville italienne située à l'ouest de la province de Toscane.

Frédéric II du Saint-Empire romain germanique ou Frédéric Ier Roger

(Iesi près d'Ancône 1194 – Fiorentino, Pouilles 1250). Empereur germanique de 1220 à 1250, Frédéric poursuivit la politique impériale de sa dynastie contre la papauté et les état-villes italiens. Il participa également à la sixième croisade (1228-1229) où il conquit plusieurs régions de la Terre Sainte et se couronna roi de Jérusalem (régnant de 1229 à 1243).

Constance de Sicile (1154-1198)

Fille du roi normand Roger II de Sicile, femme de l'empereur germanique Henri VI et mère de Frédéric II du Saint-Empire. Son mariage avec Henri VI donna la dynastie germanique une prétention au trône de la Sicile. Constance fut impératrice-consort du Saint Empire de 1191 à 1197 et reine de Sicile de 1194 à 1198.

Guelfes et Gibelins

Factions rivales en Italie médiévale. Les Guelfes furent partisans du pouvoir du pape et les Gibelins furent partisans de l'empereur. L'antagonisme entre les deux partis sucita du conflit militaire, politque et culturel en Italie du XIIe siècle jusqu'au début du XIVe siècle.
  • « Guelf and Ghibelline », Encyclopædia Britannica Online (2010), Encyclopædia Britannica, Internet, 27 octobre 2010. http://www.britannica.com/event/Guelf-and-Ghibelline.
  • « Guelfes et gibelins », Wikipédia l'encyclopédie libre (29 juillet 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 27 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Guelfes_et_gibelins.
  • « Guelfes et Gibelins n. m. pl. - en it. parte guelfa et parte ghibellina », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Pierre Lombard

Théologien italien (Novare entre 1100 et 1110 – Paris 1160) qui devint évêque de Paris en 1159. Sa Somme des sentences (1152), ensemble de texte des Pères de l'Église classés par matière, servit de manuel obligatoire des études théologiques au XIIIe siècle.
  • « Pierre Lombard », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Pierre Lombard », Wikipédia l'encyclopédie libre (8 septembre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 27 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Lombard.

Pierre le Mangeur (en lat. Petrus Comestor)

Théologien français du XIIe siècle né à Troyes qui fut étudiant de Pierre Lombard. Son ouvrage le plus célèbre est Historia Scholastica, un résumé de tous les livres de la Bible consacré à la formation du clergé et des prédicateurs.

Gratien (en lat. Gratianus)

Moine camaldule et canoniste à Bologne (Chiusi, Toscane – Bologne v.1160) considéré comme le père de l'étude du droit canonique. Il est l'auteur de la Concordia discordantium canonum ou Décret (v.1140), compilation de 4000 textes sur le droit canonique.

Baptiste Mantuan

Baptista Mantuanus (né Baptista Spagnoli 1447, m. 1516), moine carmélite surnommé le « second Virgile » pour sa prouesse en poésie latine, fut nommé Général de son ordre en 1513, mais son autorité était contestée à cause de l’influence de protecteurs puissants lors de son élection. Il conserva le poste jusqu’à sa mort, malgré les tractations politiques de ses opposants.
  • Zimmerman, Benedict, « Blessed Baptista Mantuanus », The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1907, vol. II. New Advent, Internet, 14 novembre 2010. http://www.newadvent.org/cathen/02276a.htm.

Carmélite

Nom des religieuses de l'Ordre du Carmel. (Les religieux de cet ordre s'appelaient des « Carmes ».) L'Ordre du Carmel fut fondé en 1185 par Berthold de Calabre sur le mont Carmel en Israël.
  • « Carmélite », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 6 novembre 2009.
  • « Carmel (le) ou ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Théodoric Ier

Roi des Wisigoths de 418 à 451 qui tenta d'étendre son royaume en Gaule en combattant les forces romaines. En revanche, il s'allia avec le général romain Aetius pour l'aider à vaincre Attila à la bataille des champs Cataluniques (451).
  • « Thédoric Ier », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Thédoric Ier », Wikipédia l'encyclopédie libre (5 octobre 2010), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 28 octobre 2010. http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odoric_Ier.

Attila (v.395-453)

Roi des Huns (v. 434-453) dont l'invasion de l'empire romain d'Orient étendit l'empire hunnique de l'Allemagne vers la rivière Oural et de la rivière du Danube à la mer Baltique. Par contre, sa tentative de prendre l'empire d'Occident échoua lorsque les forces unies des Romains et des Wisigoths le vaincut à la batai