Le mariage sous L'Ancien Régime

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Ce texte constitue les deux derniers livres des AGRÉEMENS.
AVIS
AUX
GENS A MARIER.
CONCLUSION
Des agréemens & des Chagrins
du Mariage.
[Vignette, bouquet de tulipes et de roses.]
A PARIS,
AU PALAIS,
Chez la Veuve de GABRIEL QUINET
dans la Grand'-Salle proche la Chapelle,
vis-à-vis les Requettes de l'Hôtel,
à l'Ange Gabriel.
ET
Chez CHARLES OSMONT du côté de la
Cour des Aydes, à l'Ecu de France
.
[Filet.]

M. DC. XCVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

AUX JEUNES GENS
A MARIER.

MESSIEURS,


COMME J'ay of-
fert aux Femmes
le premier Tôme
des Agréemens & des Cha-
ã MESSIEURS grins du Mariage ; aux
Maris le Second, & aux
Filles le Troiſiéme, je ne puis
me diſpenſer de vous preſen-
ter le Quatriéme, puis que
vous n’y êtes pas moins in-
tereſſez qu’eux. Si vous êtes
ſages & prudens, vous fe-
rez des reflexions tres-ſe-
rieuſes ſur ce que vous y
trouverez, parce que vôtre
honneur & le repos de vô-
tre vie en dependent : vous
verrez dans l’Hiſtoire d’An-
tigame, la difficulté de trou-
ver à Paris, tout grand qu’il
eſt, une femme raiſonnable &
MESSIEURS telle qu’elle doit être; &
dans celle de Philogame le
malheureux changement que
produit le Mariage dans les
cœurs les plus tendres &
les plus paſſionnez ; aprés
quoi vous vous determine-
rez à prendre la condition
qui vous ſera la plus avan-
tageuſe & que vous souhaite,
MESSIEURS,

VOSTRE tres-humble &
tres obeissant serviteur.


J.D.D.C.

[Bandeau fleuri.]--> PHILOGAME
ET
ANTIGAME,
OU
LES AGRÉEMENS
ET
LES CHAGRINS
DU MARIAGE.
Septiéme Partie.

Antigame après
avoir inutile-
ment tenté tou-
VII. Partie.         A 2 Les Agréemens & les tes ſortes de moyens
pour obliger Leſbie à
ſortir du Couvent où
elle étoit entrée, & per-
dant l’eſperance d’y pou-
voir reüſſir, ſe retira dans
une maiſon de Campa-
gne qu’il a prés la Ville
de Baugency, où il avoit
reſolu de reſter, ſi un
de ſes Parens n’étoit ve-
nu lui donner avis que
ſes Creanciers vouloient
faire vendre ſes biens.
Cela obligea Antigame
3 Chagrins du Mariage. à s’en retourner avec
ſon ami à Paris, où
quelques meſsures qu’ils
pûrent prendre, ils ne
trouverent point de plus
ſeur expedient pour dé-
tourner cet orage, que
celui de faire promettre
par Antigame à ſes
creanciers de ſe marier
le pluſtoſt qu’il pouroit,
& de les payer des deniers
qu’il toucheroit de la
femme qu’il épouſeroit.
Pour leur tenir parole
A ij 4 Les Agréemens & les il prit le party de voir
à Paris des Filles de tou-
tes ſortes de manieres &
de conditions ; mais au-
paravant que de rien
conclure, il voulut par-
ler à Philogame, ſça-
voir de luy comment il
ſe trouvoit du mariage,
& prendre ſon party là-
dessus.
Lors qu’il lui rendit
viſite, il le trouva dans
ſon logis ſi triſte & ſi
Abatu qu’il lui fit pitié.
5 Chagrins du Mariage. Fraudeliſe ſa femme étoit
avec lui, mais ſi changée
qu’il eût de la peine à
la reconnoître ; car au
lieu de cette aimable lan-
gueur & de ces agreé-
mens qui paroiſſoient
autrefois ſur ſon viſage,
il n’y vit plus qu’un air
chagrin & bouru, qu’un
teint pâle & livide, &
que des yeux enfoncez
& noyez de chagrin &
de tristeſſe.
Comment vous trou-
A iij 6 Les Agréemens & les vez-vous du mariage ?
leur dit Antigame, (en
ſouriant & aprés les avoir
ſalués.) Ah que j’ay ſou-
vent penſé à vous, re-
partit Philogame en soû-
pirant, & que j’ay réfle-
chy ſur ce que je vous
avois ouy dire contre
cette malheureuſe con-
dition ! Vous aviez rai-
ſon, Antigame, continua
Fraudeliſe d’un ton ma-
licieux & piquant,
quand vous soûteniez
7 Chagrins du Mariage. qu’il y avoit plus de
chagrins & plus de pei-
nes dans le mariage
que d’agréemens & de
plaiſirs ; oüy je ſoûtiens
que le Convent le plus
auſtere est beaucoup
moins fâcheux pour une
fille que le meilleur ma-
riage du monde ; & je
ne puis pardonner à mes
parens de m’avoir em-
pêchée d’être Religieuſe.
C’eſt une étrange choſe
que le cœur de l’hom-
8 Les Agréemens & les me, & si les filles en
connoiſſoient comme
moy les inégalitez &
les déreglemens, elles
auroient un grand mé-
pris pour eux, les regar-
deroient tous comme
leurs plus dangereux &
plus cruels ennemis, &
fuiroient toutes ſortes
d’engagemens avec eux.
Philogame voyant que
Fraudeliſe parloit d’un
air emporté & bilieux,
changea adroitement de
9 Chagrins du Mariage. diſcours, pour éviter les
ſuites d’une converſa-
tion qui ne pouvoit être
que deſagreable & fâ-
cheuſe; & il emmena peu
de temps aprés Antigame
dans ſon cabinet, feignant
d’avoir à luy parler d’af-
faires de conſequence.
Lorſqu’ils y furent ſeuls
& en liberté, Philogame
interrogea Antigame ſur
pluſieurs ſujets, luy de-
manda où il avoit été ſi
long-temps, ce qu’il avoit
10 Les Agréemens & les fait, & les raiſons de
ſon éloignement de Pa-
ris. Antigame lui rendit
un compte fidéle de tout
ce qu’il voulut sçavoir;
il lui dit que comme pour
le bien de ſes affaires il
falloit qu’il penſât à ſe
marier, il avoit voulu
ſçavoir auparavant com-
ment il ſe trouvoit du
mariage, & s’il lui con-
ſeilloit de s’y engager :
& il finit en lui avouant
qu’il étoit vray qu’il de-
11 Chagrins du Mariage. voit avoir quelque con-
noiſſance ſur cette ma-
tiere, puiſqu’il avoit été
marié lui-même ; mais
que comme il étoit alors
fort jeune, il n’étoit pas
capable de juger bien
ſolidement d’une affaire
auſſi ſerieuſe & d’une
auſſi grande conſequen-
ce que celle du mariage.
Philogame ſurpris qu’-
Antigame eût ſitôt chan-
gé de ſentiment, lui re-
partit qu’il étoit trop de
12 Les Agréemens & les ſes amis pour lui rien
cacher de ce qu’il lui
demandoit ; mais qu’au-
paravant il le prioit de
lui faire un recit exact
& fidele de tout ce
qui lui étoit arrivé
depuis qu’il ne l’avoit
veu ; ce que Antigame
fit en ces termes.
13 Chagrins du Mariage.

HISTOIRE
D’ANTIGAME.

APrès que Leſbie
ſe fut retirée
dans un Con-
vent, & qu’elle nous euſt
écrit à Cleante & à
moy les deux lettres que
vous ſçavez ; je tentay
toutes ſortes de moyens
pour la voir & pour lui
faire perdre la reſolution
VII. Partie.         B 14 Les Agréemens & les qu’elle avoit priſe d’être
Religieuſe : je lui écri-
vois tous les jours de la
maniere la plus tendre
& la plus paſſionée que
je pouvois imaginer ; elle
ne voulut jamais voir
mes lettres & me les
renvoya cachetées : je me
preſentay ſouvent au par-
loir ; mais il me fut im-
poſſible de pouvoir ob-
tenir d’elle un moment
de converſation : enfin
deſeſperé je pris la reſo-
14 Chagrins du Mariage. lution d’haſarder le tout
pour le tout, & d’entrer
dans ce Convent à quel-
que prix que ce fût ,
afin de pouvoir parler
à Leſbie, & de déchar-
ger mon cœur de tous
les ſentimens que ſa re-
traite y avoit fait naître.
L’entrée de cette maiſon
étoit comme inacceſſi-
ble, & les moyens de
pouvoir parler à Leſbie
me paroiſſoient impra-
ticables. Aprés avoir ima-
B ij 16 Les Agréemens & les giné mille & mille ex-
pedients fort éloignez du
bon ſens & de la vray-
ſemblance, comme un
ſoir je me promenois au-
tour du clos de ce Con-
vent & que je révois à
la maniere d’y pouvoir
entrer, j’en vis ſortir un
Jardinier : il me parut
d’abord que ſon viſage
ne m’étoit pas inconnu;
& à force de reflexions,
je me ſouvins de l’avoir
eu pour ſoldat dans la
17 Chagrins du Mariage. Compagnie que vous
ſçavez que j’avois il y
a quelques années. Je
renouvellai connoiſſance
avec luy ; je luy décou-
vris mes intentions, &
je l’engageai ſous l’eſpoir
d’une recompence à
me servir dans cette
occaſion. C’étoit un gail-
lard qui en ſçavoit long ;
il étoit jardinier de ce
Convent, & nous con-
vinmes bientoſt de nos
faits.
18 Les Agréemens & les
Le lendemain j’allay
le trouver de grand ma-
tin dans ſa maiſon. La
premiere choſe qu’il fit,
fut de me deshabiller de
pied en cap, de me met-
tre un de ſes habits, &
de me charger d’un biſ-
ſac plein de vivres &
d’une calebace pleine
de vin. En cet équi-
page je m’en allai avec
lui au Convent ; l’on ne
fit point de difficulté de
nous ouvrir les portes
19 Chagrins du Mariage. & de nous laiſſer entrer
dans le Jardin. Mon
Maître Jardinier com-
mencea par me donner
un râteau & par m’em-
ployer à nettoyer les
allées où les Religieuses
avoient coûtume de ſe
promener : aprés avoir
attendu quelque temps,
& en avoir vû paſſer
pluſieurs, je vis enfin
Leſbie. Mon cher
Philogame, que ne ſe
paſſa-t-il point dans le
20 Les Agréemens & les fond de mon cœur ?
une ſueur froide ſe ré-
pandit dans toutes les
parties de mon corps; je
fremis, je tremblai de la
reſolution que j’avois
prise & que j’allois
executer ; vingt fois il
me vint dans la penſée
de me retirer ſans me
faire connoître à Leſbie;
& j’étois ſur le point de
l’executer lorſque jettant
les yeux ſur elle, j’y vis
quelque choſe de ſi lan-
21 Chagrins du Mariage. guiſſant & de ſi doux
que je repris ma premie-
re reſolution, & que je
me determinai à luy par-
ler. Ce voile de Religieuſe
& cet abatement que la
retraite & la penitence
avoient imprimé ſur ſon
visage, luy donnoient un
air de langueur ſi pene-
tré de douleur & ſi tou-
chant en même temps,
qu’il étoit impossible de
la voir en cet état ſans
émotion & ſans ten-
22 Les Agréemens & les dresse. Aprés l’avoir ob-
ſervée quelque temps,
je vis qu’elle pouſſoit
de grands soûpirs, &
qu’elle levoit les yeux
au Ciel ; auſſi-toſt j’allai
me jetter à ſes pieds, &
je lui dis : N’attendez
pas, ingrate, que le Ciel
ſoit ſensible aux ſoûpirs
d’un cœur infidele &
parjure; Ouy, perfide,
continuai-je, il n’eſt
plus en voſtre pouvoir
de diſposer de voſtre
23 Chagrins du Mariage. personne & de voſtre
cœur. Hé pourquoy
me les avoir donnés
aux pieds des Autels
avec voſtre main &
voſtre foy ? dénaturée ,
étoit-ce pour me les
enlever ainſi , que ne
m’arrachiez-vous en
même temps la vie ?
Juste ciel ! reprit Leſbie,
en reculant deux pas ;
est-ce vous, Antigame,
est-ce vous qui êtes
dans cet equipage ? A
24 Les Agréemens & les quoy, grand Dieu, vous
expoſez-vous ? à quoy
m’expoſez-vous ? Quel
ménagement, repartis-je;
voulez-vous que j’aye,
moi qui ne cherche
qu’à mourir ; & vous
que pouvez-vous crain-
dre , puiſque vous êtes
avec voſtre Epoux ? Ah
quel indigne & quel
malheureux mariage ,
répondit Leſbie, &
qu’il me coûtera de pe-
nitence & de larmes !
Quoy, 25 Chagrins du Mariage. Quoy , des promessses ,
repris-je , ſignées de
noſtre ſang ; des ſer-
mens reciproques reï-
terez dans les lieux les
plus ſaints; & ces droits,
ces ſeuls droits reſervez
aux maris, & dont
vous m’avez laissé joüir
ſi long-temps, ne ſont
-ce pas des actes ſuffiſans
pour établir ma qualité
& les droits que j’ay
ſur vostre perſonne ?
Vous n’en avez aucuns,
VII. Partie.         C 26 Les Agréemens & les répondit Leſbie ; ces
ſortes de droits ne ſont
établis & ne ſubſiſtent
qu’autant qu’ils ſont ſoû-
tenus par les loix : vous
n’avez jamais voulu en
ſubir le joug, quoique
je vous en aie prié mille
& mille fois ; vous avez
refuſé le miniſtere des
Notaires & du Curé ; &
par là, vous m’avez con-
ſervé ma liberté, dont j’ai
pû diſposer comme j’ai
fait : mais croyez-moi ,
27 Chagrins du Mariage. Antigame, continua-t-
elle, la perte que vous
faites par ma retraite en
cette ſolitude n’eſt pas
de ſi grande conſequence
pour vous, que vous
pouvez vous imaginer;
toſt ou tard vous vous
ſeriez detaché de moy ,
n’en doutez point ; peut-
eſtre par un dépit ou par
un dégout, & peut-eſtre
par une jalouſie ou par
quelque autre engage-
ment : mais ſupoſé que
C ii 28 Les Agréemens & les cela ne fût point arrivé,
il faut convenir que
nos plus beaux jours
ſont paſſez, ou peu s’en
faut : quoy encore dix,
vingt ans, ſi vous vou-
lez, ce temps fini, que
nous reſtera-t-il? ce qu’il
nous reſte de celui dont
nous avons fait un ſi
mêchant uſage ; un
regret éternel de l’avoir
ſi mal emploié. Profi-
tons donc, mon cher
Antigame, de ce temps
29 Chagrins du Mariage. à venir, qu’il nous ſerve
à regagner celui que
nous avons ſi malheureu-
ſement perdu, & pour
y travailler permettez-
moi, ajouta-t-elle , de
vous dire adieu ; Adieu,
& pour toûjours adieu ,
acheva-t-elle en me quit-
tant , & en ſe retirant
avec tant de precipita-
tion, qu’il me fût impoſ-
ſible de la ſuivre. Dans
ce moment mon Jardi-
nier vint m’avertir qu’il
C iij 30 Les Agréemens & les falloit ſortir de ce Jardin
ſans perdre temps, de
crainte qu’il ne nous y
ſurvînt quelque affaire,
pluſieurs Religieuſes
m’aiant vû aux pieds
de Leſbie pendant la
converſation que j’a-
vois euë avec elle; ce
que nous fimes, & aprés
avoir été reprendre mes
habits, je me retirai
l’eſprit uniquement oc-
cupé de ce qui venoit
de m’arriver.
31 Chagrins du Mariage.
Enfin la maniere avec
laquelle Leſbie avoit
quitté le monde ; la
vie auſtere qu’elle mé-
noit dans ce Convent,
& que j’aprenois tous
les jours; ſon viſage
abbatu & mortifié, que
mon imagination ſe
repreſentoit à tout mo-
ment, & les dernieres
paroles que Leſbie m’a-
voit dites en me quit-
tant, firent un effet ſi
prompt & ſi ſurprenant
32 Les Agréemens & les ſur mon eſprit, que je
devins inſenſible à tous
les plaiſirs de la vie ,
& que je ne regardai
plus toutes les choſes
du monde qu’avec mé-
pris & comme une pure
vanité ; ſi bien que rebut-
té des douceurs de la ſo-
cieté & du ſéjour de
Paris, & privé de l’eſ-
perance de pouvoir ja-
mais parler à Leſbie, je
pris la reſolution de me
retirer avec un ſeul valet,
33 Chagrins du Mariage. qui me ſert depuis
long-temps. Je choiſis
pour cet effet une mai-
ſon de campagne que
j’ai prés d’une Abbaye
de l’Ordre de Ciſteaux,
à quatre lieues de Bau-
gency
, apellée Hautin-
ville
; je m’y rendis peu
de jours après : mon
plaiſir dans ce lieu ſoli-
taire, étoit de me pro-
mener dans la foreſt
qui environne cette Ab-
baye, & de m’entrete-
34 Les Agréemens & les nir ſouvent avec le Pere
Larcher Abbé de ce Con-
vent, de tout ce qui m’é-
toit arrivé & de la vani-
té des choſes du ſiecle :
ah l’excellent homme ſur
cette matiere ! je voiois
encore ſouvent le Pere
Texier Procureur de ce
même Convent, le meil-
leur homme du monde,
& les plus affable pour-
veu qu’il n’y allât pas
du temporel de l’Abbaye.
Ouy, je vous avoüe ,
35 Chagrins du Mariage. mon cher Philogame,
que j’ai gouté dans cette
ſolitude des douceurs
qui m’avoient été in-
connuës juſqu’alors, &
que je ne l’ai abandon-
née qu’avec regret, &
par des raiſons que je vais
vous dire.
Un de mes Parens
vint me trouver dans
ce lieu là, pour me don-
ner avis que mes crean-
ciers alloient faire ven-
dre mes biens, & que
36 Les Agréemens & les je devois revenir promp-
tement à Paris pour y
mettre ordre : je vou-
lus au commencement
me diſpenſer de quitter
ce ſéjour qui me paroiſ-
ſoit ſi doux & ſi agrea-
ble ; mais quoique j’euſſe
deux fois autant de bien
qu’il en falloit pour
m’acquiter, mon parent
me fit comprendre que
ſi j’en ſouffrois la ſaiſie
réelle, les frais de juſti-
ce en conſommeroient
le prix 37 Chagrins du Mariage. le prix par la tromperie
& par l’artifice des Pro-
cureurs, qui n’agiſſoient
dans ces ſortes d’affaires
avec d’autres veües que
celles de ruïner leurs par-
ties en procedures & en
chicanes ; qu’il ne me
reſteroit pas un ſol pour
vivre , que les perſon-
nes qui m’avoient preſté
leur argent de ſi bonne
foy , ne ſeroient pas
payées ; qu’il y avoit
de la foibleſſe dans mes
VII. Partie.         D 38 Les Agréemens & les manieres & dans ma con-
duite ; qu’un des prin-
cipaux points de la Reli-
gion consistoit à ne pas
retenir le bien d’autrui,
& à payer ſes dettes ,
ou à faire ſes derniers
efforts pour y parvenir ;
& que cette regle étoit
ſi conſtante que dans les
Convents bien reglez
l’on ne recevoit point de
Religieux , qu’il n’euſt
payé ce qu’il devoit ,
de peur que ces Maiſons
39 Chagrins du Mariage. ne devinſſent des retrai-
tes de faineans & des
aziles contre les pour-
ſuites de leurs crean-
ciers. Ces raiſons m’o-
bligerent de revenir à
Paris afin de mettre or-
dre à mes affaires, &
de pouvoir payer mes
Creanciers ; mais il m’a
été impoſſible d’y trou-
ver de l’argent à em-
prunter, ni de pouvoir
y vendre une partie de
mes biens, tant l’argent y
D ij 40 Les Agréemens & les est rare. Enfin aprés avoir
veu inutilement tous les
Notaires de Paris ; mes
Creanciers & mes amis
n’ont point trouvé d’au-
tre moyen pour me tirer
d’affaires que de me ma-
rier & d’employer les de-
niers de la dot à payer
mes dettes. Il ſuffit, mon
cher Philogame, con-
tinua Antigame , que
vous ſçachiez l’averſion,
pour ne pas dire l’anti-
pathie que j’ay pour le
41 Chagrins du Mariage. mariage pour juger com-
bien j’ay ſenti d’oppo-
ſition & de repugnance
à écouter cette propo-
ſition : cependant l’on
me fit ſi bien connoître
qu’il falloit eſtre reduit
à la derniere necessité ,
& voir perdre à mes
Creanciers les ſommes
d’argent qu’ils m’avoient
prêtées ſi honneſtement,
ou m’engager dans le
mariage, qu’enfin je m’y
determinay.
D iij 42 Les Agréemens & les
Paris est bien grand,
& il y a bien des filles à
marier ; cependant ſi l’on
veut examiner les choſes
de bien prés , il eſt tres
difficile de n’y eſtre pas
trompé : j’en ay veu de
toutes les façons & de
toutes les conditions ; je
ne ſcay à quoy me dé-
terminer depuis le temps
que je ſuis arrivé, &
je n’ay point voulu pren-
dre de reſolution là-deſ-
ſus qu’auparavant je ne
43 Chagrins du Mariage. ſçeuſſe voſtre ſentiment.
La premiere perſonne
que j’ay veuë eſt la fille
d’un Conſeiller ; ſa mere
eſt morte , & elle a la
conduite de la maiſon
de ſon pere : elle eſt
grande & bien-faite,
elle a de l’eſprit , un
peu trop d’enteſtement
ſur ſa condition , &
ſur le credit de ſa fa-
mille parmy les gens
de Robe1 ; & quoique ſa
grande jeuneſſe ſoit paſ-
44 Les Agréemens & les ſée, elle ne laiſſe pas d’a-
voir de l’agréement &
de plaire. L’on m’avoit
dit que ſon pere lui don-
noit cent-mille-livres
en mariage, le tiers en ar-
gent, l’autre tiers en meu-
bles, & l’autre en heri-
tages : quand j’ay voulu
conclure & voir les cho-
ſes à fonds, j’ay apris que
l’argent étoit aux Con-
ſignations, & qu’aupara-
vant que de le toucher
il falloit faire juger un
45 Chagrins du Mariage. procés qui dure depuis
plus de vingt ans; que les
meubles étoient fort an-
ciens, que c’étoit ceux qui
avoient été trouvez aprés
le deceds de ſa grand-
mere, & qu’ils conſi-
ſtoient en Turquoiſes de
la vieille roche , en Sa-
phirs , en Opales , en
Statues , en buſtes , en
Miroirs , en Tableaux
d’Italie , en Tapis de
Turquie , en Cabinets
de la Chine , en vieilles
46 Les Agréemens & les Tapiſſeries & en d’au-
tres ſemblables choſes,
que l’on vouloit faire
prendre ſuivant l’eſti-
mation qui en avoit été
faite aprés la mort de
cette grand’-mere ; j’ap-
pris auſſi que les heri-
tages étoient ſcituez en
Brie , que les baſti-
mens étoient en ruine,
qu’il n’y avoit point de
Beſtiaux pour faire va-
loir les terres & que le
fermier étoit un malheu-
47 Chagrins du Mariage. reux qui devoit plus de
dix années du prix de
ſa ferme.
Comme j’ay vu que ce
party là n’accommodoit
pas mes affaires, j’ay penſé
à un autre; c’eſt à la fille
d’un Avocat riche &
bien employé au Palais ;
elle ne m’a jamais plû,
elle a l’air rude & le
teint jaune comme de
la cire : mais en l’état
où ſont mes affaires il
faut renoncer à la deli-
48 Les Agréemens & les cateſſe & penſer au bien;
d’ailleurs je m’étois flaté
que l’habileté de mon
pretendu Beau-pere me
ſortiroit aiſément d’af-
faires : mais les choſes
ont tourné tout autre-
ment que je n’avois
penſé ; car cet Avocat
n’eut pas plûtoſt apris
le commerce que j’avois
eu avec Leſbie , & que
j’avois des Creanciers,
qu’il me donna mon
congé.
J'ay 49 Chagrins du Mariage.
J’ay recherché depuis
la fille d’un Marchand
Drapier ; le peu de cre-
dit de cet homme & le
bruit qui couroit qu’il
alloit manquer , m’ont
fait lâcher prise. Enſui-
te la fille unique d’un
gros Marchand de Vin ;
mais la meilleure partie
de ſa Marchandiſe qui
s’eſt tarée à cauſe des cha-
leurs, & un grand nom-
bre de lettres de change
qu’il a laiſſé proteſter ,
VII. Partie.         E 50 Les Agréemens & les m’ont bientoſt dégouté
de cette fille.
Enfin par la neceſſité
de mes affaires & par le
conſeil de mes amis, j’ay
veu des filles d’Artisans
des mêtiers les plus bas
& les plus mecaniques ,
dans la penſée de trou-
ver du bien dans leur al-
liance ; mais rebuté par
les vilaines manieres de
ces gens là, & par les
méchantes éducations
de leur filles, je les ay
51 Chagrins du Mariage. abandonnées , & je me
ſuis adreſſé à une certai-
ne Normande , dont le
mêtier eſt de faire des
mariages. La premiere
fois que je vis cette fem-
me, elle debuta par me
faire entrer dans un Ca-
binet qu’elle a magnifi-
quement meublé ; &
prenant un gros livre re-
lié, en me regardant fi-
xement , elle me dit ,
le droit d’avis ; je ne l’en-
tendois pas , ce qui l’o-
E ij 52 Les Agréemens & les bligea de me dire que
ceux qui m’avoient
envoié chez elle étoient
des mal-aviſez de ne
m’avoir pas appris qu’il
faloit commencer par lui
donner un Louis d’or2
pour le premier avis.
Elle ne l’eût pas ſitoſt
receû qu’elle me deman-
da en ouvrant le livre ,
qu’elle ſomme je vou-
lois que la fille eût en
mariage ? Cent mille
livres ou environ, luy
53 Chagrins du Mariage. repartis-je ; auſſitoſt elle
ferma ſon livre en
me diſant bruſquement
qu’elle ne ſe meſloit
point de ces petites
affaires ; pour qui je la
prenois ; & que je pou-
vois aller chercher de
ces femmes qui font
preſter ſur gages, & qui
font ces ſortes de ma-
riages. Se radouciſſant
neanmoins un moment
aprés, elle me dit que
ma Phiſionomie luy re-
E iij 54 Les Agréemens & les venoit , & qu’elle vou-
loit faire pour moy ce
qu’elle ne feroit pas pour
tout autre. Enſuite elle
commençea par me faire
une exhortation qui ten-
doit à m’inſpirer qu’en
ſe mariant il ne falloit
pas rechercher la vie
qu’avoit mené la fille
que l’on vouloit épou-
ſer , que ce n’eſtoit
point la mode, & que
les gens de la premiere
qualité en uſoient ainſi,
55 Chagrins du Mariage. parce que ce qui s’eſt
paſſé avant noſtre bail,
ne doit eſtre compté
pour rien à noſtre égard.
La premiere fille qu’
elle m’indiqua , fut la
fille d’un Banquier de
la ruë Quinquempois.
Je n’ay jamais veu
tant de vanité & tant
d’ambition qu’en avoit
cette petite creature ;
tout ſon entretien ne
rouloit que ſur la ma-
gnificence des habits
56 Les Agréemens & les & des dentelles , & ſur
la beauté & le prix des
pierreries des nouvelles
mariées ; celle-cy avoit
des habits tout dorés &
des dentelles tres fines &
d’un grand prix ; celle-
là un collier de deux
mille-écus , & cette autre
une croix & des brillans
de mills piſtoles. L’on
voioit dans ſes yeux
quand elle parloit ainſi ,
l’envie qu’elle avoit d’en
avoir de ſemblables :
57 Chagrins du Mariage. tous ces diſcours ne
tendoient qu’à m’enga-
ger à luy faire des pre-
ſens de noces , auſſi
riches & auſſi beaux; &
pour me l’inſpirer plus
adroitement elle me di-
ſoit que les femmes dont
elle me parloit n’avoient
pas eu quatre-vingt
mille livres de bien ; ce
qui étoit une ſomme
moindre que celle que
ſon pere luy promettoit
en mariage. Ces ma-
58 Les Agréemens & les nieres me convenoient
peu ; ce qui acheva de
m’en dégoûter , fut que
Ducheſne qui me ſer-
voit dans ma ſolitude
d’Autinville, & que j’ay
gardé depuis , à cause
de l’attachement qu’il a
pour moy , m’aprit qu’-
elle voloit la Caiſſe de
ſon pere pour aller
jouër toutes les nuits ;
& comme elle n’avoit
plus ſa mere, & qu’elle
ne pouvoit ſorter de ſa
59 Chagrins du Mariage. chambre ſans paſſer dans
celle du bon-homme
qui l’obſervoit de prés,
elle prenoit le temps
pendant qu’il étoit cou-
ché pour le tromper,
ſous l’habit d’un La-
quais, & s’échaper ainſi.
Aprés cette fille j’en ay
veu encore pluſieurs au-
tres qui m’ont été indi-
quées par cette Norman-
de au gros livre : ce qui
eſt fort plaiſant, c’eſt
qu’auſſi-toſt que je com-
60 Les Agréemens & les mençois à voir une fille,
Ducheſne commençoit
auſſi de ſon coſté ſecre-
tement l’information
de ſes vie & mœurs ,
l’obſervoit de fort prés,
& me raportoit tres-
ſoigneusement ce qu’il
en avoit apris : l’une
étoit dans un commerce
de débauche avec un
Abbé , l’autre avec un
Maltotier3, l’autre avec
un Officier , & l’autre
étoit groſſe d’un ſecond
enfant ; 61 Chagrins du Mariage. enfant ; & voilà les filles
que l’on vouloit me
faire donner pour fem-
me, & qui étoient écri-
tes dans le gros livre.
J’en ay recherché
encore pluſieurs autres,
avec qui il m’est arrivé
des avantures ſi ſingu-
lieres & ſi plaiſantes que
je ne puis me diſpenſer
de vous en divertir.
La première eſt la
petite fille d’un Mar-
chand de Vin, c’est une
VII. Partie.         F 62 Les Agréemens & les groſſe gaguye, ſans ſoin,
qui ne demande qu’à
rire , ( qu’en penſes-tu ?
diſois-je un jour à Du-
cheſne ) Si vous l’épou-
ſez, Monſieur, re par-
ti-t-il en riant, vous n’a-
vez qu’à faire bonne pro-
viſion de Vin, car il luy
en faut & du meilleur :
en ſuite il me fit enten-
dre qu’elle avoit été ele-
vée chez ſa grand’-mere
qui avoit été fameuſe
Cabaretiere, où elle avoit
63 Chagrins du Mariage. pris cette inclination, &
que les frequentes mi-
graines dont elle ſe
plaignoit tous les jours
venoient des vapeurs
du Vin qu’elle beuvoit la
nuit : & comme je trai-
tois de médiſances ce
qu’il me diſoit, il m’aſ-
ſura qu’il me convain-
croit de ce qu’il avoit
avancé, & qu’il me feroit
boire des razades avec
elle ſi je voulois. J’avois
trop d’intereſt à cet
F ij 64 Les Agréemens & les éclairciſſement pour y
manquer ; à une heure
aprés minuit il me con-
duiſit à la porte de la
maiſon de la grand’-
mere de cette fille : au
premier coup de mar-
teau , une jeune ſervan-
te qui me parut fort
éveillée & qui ne regar-
doit pas indifferemment
Ducheſne , ouvrit la
porte ; nous montâmes
enſemble à un troi-
ſieme étage où je trou-
65 Chagrins du Mariage. vay ma maîtresse aſſiſe
dans un grand Fauteüil,
les coudes ſur la table ,
les yeux & le viſage
rouge comme du feu ,
tenant un grand verre
de vin & fredonnant
une chanſon Bachique;
à quoy trois commeres
mal-miſes, de méchant
air , d’un viſage rubi-
cond, & dont les yeux
diſtiloient le vin qu’elles
beuvoient , répondoient
avec leurs verres auſſi
F iij 66 Les Agréemens & les pleins de vin : leur ta-
ble n’étoit point gar-
nie de Patiſſerie , de
confitures, ni de fruits
comme celle des autres
femmes ; elle n’étoit
couverte que de Jam-
bons de Mayence , de
Sauciſſons de Boulogne4,
Fromages d’Auvergne ,
& de Brie, bien affinez.
J’apprehendois dedonner
de la confuſion à cet-
te fille , mais elle avoit
bû toute honte : car
67 Chagrins du Mariage. ſans ſe démonter & ſans
ſortir de sa place , elle
me preſenta un grand
verre , & quoy qu’il
y eût tout autour
les impreſſions de plu-
ſieurs bouches, elle ne
laiſſa pas ſans le faire
laver de le remplir de
vin , & de me preſſer
de boire : je le bûs , &
auſſi-toſt, elle & ſes com-
meres commencerent à
ſaluer mes inclinations,
& à me porter des ſan-
68 Les Agréemens & les tez5, auſquelles il falut
malgré moy faire raiſon.
De ma vie je n’ay ouy
dire tant de ſottiſes &
de gueullées qu’elles en
debiterent au ſujet de
noſtre pretendu mariage:
& ſans un expedient
que me fournit Du-
cheſne pour me tirer
de cette compagnie, où
il voioit que je m’en-
nuiois cruellement , je
cois que j’y ſerois mort.
C’eſt la derniere fois
69 Chagrins du Mariage. que j’ay vu cette fille ,
& il faudroit que le
haſard s’en meſlât pour
que nous nous ren-
contraſſions jamais en-
ſemble.
Si cette fille que je
quittay ainſi , aime le
vin & la goinfrerie ,
celle que je vis aprés
n’aime que l’eau , les
tiſanes & les remedes :
elle a un feu dans la
poitrine que des ſeaux
d’eau ne peuvent étein-
70 Les Agréemens & les dre , il ne ſe paſſe point
de jour qu’elle ne pren-
ne des remedes; & ce qui
me déplaît d’avantage ,
c’eſt qu’elle ne rend pas
l’air avec la même pureté
& la même douceur
qu’elle le reçoit.
J’en vis une autre qui
ſe croit le plus bel eſprit
du monde ; elle emploie
le jour & la nuit à la
lecture des Romans &
des Comedies , & ſon
plus grand plaiſir eſt de
71 Chagrins du Mariage. declamer les actes entiers
les plus tendres qu’elle y
peut trouver, & d’y pleu-
rer comme une folle. La
plus forte raiſon qui m’o-
bligea à la quitter , eſt
que dans certain temps
de la Lune, elle a des
intervalles ſi extraordi-
naires qu’elle s’imagine
eſtre l’Heroïne de ces
Romans ou de ces Co-
medies.
Je m’attachay enſuite
à une fauſſe devote qui
72 Les Agréemens & les eſt fille d’un Procureur ;
elle eſt vêtue d’une
maniere singuliere, ex-
traordinaire, & tournée
à faire penſer qu’elle eſt
détachée de toutes les
vanitez du monde ; elle
parle ſi bien de la pieté
& de la devotion que
vous la prendriez pour
une ſainte : cependant
elle n’eſt rien moins que
ce qu’elle paroiſt ; car
au fond du cœur elle
crêve d’ambition & de
vanité, 73 Chagrins du Mariage. & ſon plus grand plai-
ſir eſt de médire des plus
honneſtes gens. Ducheſ-
ne m’aprit qu’elle entre-
tenoit des commerces
ſecrets avec des faux
devots & avec des gens
fort éloignez des ſenti-
mens de pieté qu’ils fei-
gnent d’avoir ; & ce que
j’ay trouvé de plus deſ-
agreable & de plus dan-
gereux à épouſer cette
fille, eſt que ſa paſſion
dominante eſt de pren-
VII. Partie.         G 74 Les Agréemens & les dre & de voler tout ce
qu’elle peut : quand elle
va au Palais , elle n’en
revient gueres ſans avoir
eſcamoté une piece de
ruban , des gands , un
évantail , ou quel-
qu’autre choſe ſembla-
ble, & quoi qu’elle ait
été ſurpriſe pluſieurs
fois dans ces ſortes de
vols, elle ne ſe corrige
point ; & la raiſon qu’-
en donne une vieille
nourrice qu’elle a chez
75 Chagrins du Mariage. elle, & qui l’a élevée ,
c’eſt que cette inclina-
tion lui vient de ce que
ſa mere étant groſſe d’elle,
elle ne pouvoit manger
que de ce qu’elle voloit.
S’il y a du danger à
épouſer une fille de ce
caractere , il y en a bien
plus à épouſer la fille
que je recherchay enſui-
te , à cause de la violence
de ſes paſſions & de ſon
mêchant naturel : il n’y
avoit pas long-temps
G ij 76 Les Agréemens & les que ſa mere étoit mor-
te , & elle eſt ſous la
conduite d’un pere qui
eſt fort riche & le plus
grand uſurier de Paris :
elle a de l’eſprit, les ma-
nieres engageantes, & à
ne point mentir , elle
m’avoit touché ; ce
qui m’obligea à eſtre
plus galand & plus paſ-
ſionné auprés d’elle qu’-
auprés des autres. Elle
de ſon coſté m’aimoit
tres violemment comme
77 Chagrins du Mariage. vous allez voir. Dans le
temps que nous vivions
avec beaucoup d’union
& de tendreſſe , & que
nous attendions avec
impatience la concluſion
de noſtre mariage , ſon
pere vint à ſçavoir la vie
que j’avois menée avec
Leſbie , & que j’avois
nombre de creanciers
qui me preſſoient pour
les payer ; ce qui fit qu’il
ordonna à ſa fille de rom-
pre tout commerce avec
G iij 78 Les Agréemens & les moy : cependant ces def-
fences ne firent que nous
donner plus d’empreſſe-
ment l’un pour l’autre,
& nous exciter à cher-
cher des moyens de
nous voir plus ſouvent.
Ce pere étoit ſi bien ſer-
vy par ſes eſpions qu’il
ſçavoit tous nos rendez-
vous; il en grondoit &
queréloit ſa fille, mais
ny ſes ménaces ny ſes
mauvais traitemens ne
produiſirent aucun effet,
79 Chagrins du Mariage. & n’interrompoient pas
nos frequentes conver-
ſations ; ſi-bien qu’il
ſe détermina à faire en-
fermer ſa fille dans un
Convent. Elle en fut
avertie & prit la reſolu-
tion de ſe meiux mé-
nager avec lui pendant
certain temps , & de
l’empoiſonner. Pendant
nos rendez-vous ſecrets
Ducheſne étoit entré
dans nôtre confidence
par la neceſſité que nous
80 Les Agréemens & les avions de la ménager:
cette fille qui luy avoit
fait pluſieurs preſens &
même des honeſtetez &
des careſſes auſquelles il
avoit répondu en lui
témoignant beaucoup de
zele & d’affection pour
ſes intereſts, crut qu’elle
pouvoit ſe ſervir de lui
plus sûrement que de
tout autre pour l’execu-
tion de ſes deſſeins; elle
lui découvrit donc ſes in-
tentions; & pour le mieux
81 Chagrins du Mariage. engager, elle lui promit
de lui donner tout ce qu’il
lui demanderoit , pour-
veu qu’il voulût lui ache-
ter du poiſon. Ducheſne
me raporta la propoſi-
tion que cette fille luy
avoit faite. Une con-
duite ſi dénaturée & ſi
cruelle me donna tant
de mépris & d’horreur
pour elle, que je me dé-
terminay à ne la plus
voir; ce que je fis aprés
m’en eſtre expliqué avec
82 Les Agréemens & les Ducheſne , aprés luy
avoir ordonné de ſe
donner bien garde de
faire ce que cette fille
deſiroit de luy. Ce qui
eſt de fort plaiſant eſt
que Ducheſne ne quitta
point prise comme moy;
il continua à voir cette
fille , il luy promit de
luy apporter ce qu’elle
demandoit, pourvû que
de ſa part elle voulût
luy accorder ce qu’il de-
ſiroit d’elle, l’aſſurant
83 Chagrins du Mariage. qu’il ſeroit diſcret &
fidele. Enfin la fille
aprés s’eſtre tres long-
temps deffenduë ſe ren-
dit à ſes empreſſemens ;
luy de ſon coſté luy don-
na une certaine doze de
poudre qui pouvoit tout
au plus ſervir à purger,
& luy dit d’en mettre
dans le boüillon de ſon
pere, & qu’elle en verroit
les ſuites. Elle executa
ce que Ducheſne luy
avoit dit ; la poudre ne
84 Les Agréemens & les faiſoit point l’effet que
cette fille attendoit avec
impatience ; elle s’en
plaignit à Ducheſne qui
s’en excuſa ſur la bonté
du temperament du pere,
& qui lui promit d’aug-
menter la doze, en lui
diſant qu’il ne falloit
point aller ſi viſte , &
qu’il valloit mieux laiſ-
ſer agir le poiſon lente-
ment , de peur que la
mort prompte & vio-
lente de ſon pere ne fiſt
de l’éclat 85 Chagrins du Mariage. de l’éclat dans le monde
& ne vînt aux oreilles
des Officiers de Justice ;
& ce qui eſt de plus di-
vertissant, eſt que Du-
cheſne toutes les fois
qu’il aportoit de cette
poudre, ſe faiſoit payer
par la fille de la même
monnoye qu’elle l’avoit
fait dés le commen-
cement : foit qu’elle
prît plaiſir dans ce paye-
ment , ou que la nature
ſe fût attendrie dans ſon
VII. Partie.         H 86 Les Agréemens & les cœur , elle ne ſe plai-
gnoit plus à Ducheſne
de la lenteur du poi-
ſon, & fit durer ce com-
merce juſques à ce que
ſon pere, irrité de ſa con-
duite & des viſites de
Ducheſne, la fit enfermer
dans un Convent.
[Bandeau.]

PHILOGAME
ET
ANTIGAME,
OU
LES AGRÉEMENS
ET
LES CHAGRINS DU MARIAGE.
Huitieme & derniere Partie.


J’Avois réſolu ,
continua Anti-
game , de vous
taire les autres avantures
H ij 88 Les Agréemens & les qui me ſont ſurvenuës
au ſujet des filles que j’ai
veuës dans la penſée de
me marier; mais j’en ay
eu une trop singuliere
& trop divertissante avec
une tres-jolie fille pour
ne vous en pas donner
le plaisir. Ah l’aimable
enfant ! ſi au fond elle
étoit ce qu’elle paroît :
ſon pere eſt Financier ,
il eſt ſeparé d’habitation
d’avec ſa femme , il paſ-
ſe dans le monde pour
89 Chagrins du Mariage. être fort riche ; ſa fille eſt
jeûne, elle a la taille belle
& bien faite, les yeux
bleus, la bouche petite,
le teint vif & brillant,
l’air doux & agreable
& de certaines manieres
ingenuës & enfantines
qui touchent & qui la
font prendre pour une
novice dans le monde ;
elle a la voix douce ,
agreable, & chante fort
joliment. Aprés lui avoir
rendu pluſieurs viſites
H iij 90 Les Agréemens & les & obſervé qu’elles ne
déplaiſoient pas à ſon
pere , comme un jour
j’appris que l’un &
l’autre étoient dans leur
maiſon de Campagne ,
auprés de Paris , j’allay
les voir : le pere m’o-
bligea d’y reſter quel-
que temps, ce qui me
donna occaſion de voir
ſouvent ſa fille. Une fois
étant teſte à teſte avec
elle dans ſa chambre, &
lui diſant que je l’aimois
91 Chagrins du Mariage. tendrement , elle me
repartit avec un air in-
genu & innocent qu’elle
me prioit de luy dire
ſincerement , ſi cela me
donnoit du plaiſir , ou
me faiſoit de la peine ;
que ſi c’étoit du plaiſir ,
que je lui appriſſe à
aimer & qu’elle m’en
auroit obligation ; &
que ſi au contraire cela
faiſoit de la peine, elle
n’en vouloit jamais rien
ſçavoir : enſuite elle me
92 Les Agréemens & les preſſoit par des manieres
enfantines de luy apren-
dre comment cela ſe fai-
ſoit. Je vous aſſure qu’-
elle m’embraſſa pour
lors plus que n’auroit fait
une perſonne plus ſpiri-
tuelle; quand je la regar-
dois quelque fois fixe-
ment & entre deux
yeux, elle me regardoit
de même, & comme s’il
y eût eu de ſon hon-
neur à me faire baiſſer
la veûe. Un jour que je
93 Chagrins du Mariage. tenois une de ſes mains,
en la ſerrant, & en la
baiſant, elle me deman-
da , quel plaiſir je pre-
nois à baiſer ainſi ſa
main ; je lui repartis en
riant, qu’il étoit grand:
auſſi-toſt elle la dégagea
& prit une des miennes
qu’elle baiſa pluſieurs
fois comme j’avois fait
la ſienne : & peu de
temps aprés , quittant
bruſquement ma main,
& la repouſſant, elle me
94 Les Agréemens & les dit toute en colere &
en grondant, que j’étois
un malicieux , que je
me moquois d’elle, que
je n’avois point de plai-
ſir à luy ſerrer & à lui
baiſer ainſi la main, &
que ce que j’en faiſois
n’étoit que pour luy
faire du mal. Elle m’a-
voit fait cent autres
ingenuïtez ſemblables
que je raportay à Du-
cheſne, qui me dit ma-
licieuſement que les
95 Chagrins du Mariage. filles de ſon âge n’é-
toient point ſi ſottes ,
qu’il y avoit quelque
choſe de caché la deſ-
ſus , dont il s’inſtruiroit
dans la ſuite , & qu’il
me l’apprendroit. Com-
me j’aimois cette fille,
& que j’étois prevenu
en ſa faveur, je traittai
cette fois Ducheſne de
viſionnaire & de mé-
chant : il crût qu’il y
alloit de ſon honneur de
juſtifier ce qu’il avoit
96 Les Agréemens & les avancé , & pour cet
effet il ſe mit à exami-
ner de prés les démar-
ches & la conduite de
cette fille; il vint à s’ap-
percevoir qu’elle avoit
ſouvent des tête-à-têtes
avec le Commis de ſon
pere , & un jour les
obſervant ſans eſtre veu,
il remarqua qu’elle lui
liſoit un billet en riant ,
& qu’elle le mit en-
ſuite dans ſa poche, d’où
pendoient les coins d’un
mouchoir 97 Chagrins du Mariage. mouchoir ; il jugea que
ce billet pouvoit conte-
nir quelque mystere ,
qu’en tirant adroite-
ment ce mouchoir de
cette poche, l’on feroit
tomber aiſément ce bil-
let , & qu’en-ſuite il
ſeroit facile de l’avoir.
Il alla donc ſe placer
dans un corridor par où
il sçavoit que cette De-
moiſelle devoit paſſer ,
& lorſqu’il fut prés
d’elle il prit ſon temps
VIII. & D.P.6         I 98 Les Agréemens & les pour tirer ſon mouchoir
& faire tomber le billet
comme il l’avoit projetté:
mais au lieu d’un il en
fit tomber deux , qu’il
leva de terre , & qu’il
alla lire aprés que cette
fille fut paſſée; il trouva
que c’étoient deux chan-
ſons l’une qu’elle avoit
écrite de ſa main &
qui étoit conceuë en
ces termes.
99 Chagrins du Mariage.
  • S’Il ſort un feu de mes
    yeux,
  • Plus brûlant que la friture ;
  • Je porte dans d’autres lieux,
  • Ture-lure7,
  • De l’onguent pour la brûlure.
  • Robin ture-lure.
Et l’autre que le Commis
avoit écrit & qui portoit.
  • Je ne ſuis pas pour vous,
  • Nanette ,
  • Vous aimez par trop à cauſer;
  • Quand trois fois la nuit j’ay
    parlé ,
  • Adieu paniers, Vendanges
    ſont faites.
I ij 100 Les Agréemens & les
Ducheſne jugea par
ces deux Chanſons qu’il
falloit que ces deux
perſonnes fuſſent bien
enſemble & qu’ils euſ-
ſent quelque commerce
amoureux : aprés les
avoir examinés plu-
ſieurs journées ſans rien
découvrir , il ſe mit en
teſte de les obſerver
pendant la nuit ; & pour
cet effet il ſe placea dans
un endroit caché, d’où il
pouvoit voir tous ceux
101 Chagrins du Mariage. qui entreroient dans la
chambre de cette belle
& qui en ſortiroient.
Il remarqua qu’un ſoir
en s’allant coucher, elle
avoit ouvert la feneſtre
de ſa chambre , quoique
la ſaiſon ne le permît
pas ; ce qui augmenta
ſes ſoupçons , & l’en-
gagea à veiller toute la
nuit pour obſerver quel-
le avoit été ſon inten-
tion, & ce qui ſe paſſe-
roit dans cette chambre;
I iij 102 Les Agréemens & les ſi bien qu’aprés avoir
attendu quelque temps,
il vît venir le Commis,
qui prenant une eſchelle
de laquelle on ſe ſervoit
à monder les arbres du
Jardin , la poſa contre
cette feneſtre ouverte ,
y monta, & entra ainſi
dans cette chambre, où
il reſta juſqu’à ce que
le jour commenceant à
paroître , il en ſortit
avec le ſecours de l’échelle
qu’il porta enſuite dans
103 Chagrins du Mariage. le lieu où il l’avoit priſe.
Ducheſne ravy de cette
découverte , vint m’en
avertir ; d’abord j’eus
de la peine à le croire,
mais comme il m’offrit
de me faire voir tout ce
qu’il m’avoit dit , &
même de me faire entrer
dans cette chambre , je
n’en doutay plus , & j’ac-
ceptay le party , afin de
convaincre mon infi-
delle, & de luy faire des
reproches de ſes bas &
104 Les Agréemens & les lâches engagemens.
La nuit ſuivante , le
Commis vint à la même
heure & entra comme
il avoit fait la nuit pre-
cedente : Ducheſne at-
tendit pour m’en aver-
tir juſqu’à ce qu’il vît
que le jour alloit paroî-
tre ; je m’habillay promp-
tement, & ſuivis Ducheſ-
ne , il me placea dans
un endroit d’où je pou-
vois aiſément voir ce
petit homme ſans eſtre
105 Chagrins du Mariage. veu : à peine eus-je at-
tendu quelque moment
que je le vis ſortir par la
feneſtre de cette cham-
bre & deſcendre par
cette échelle ; ſi j’euſſe
cru mon courage , j’au-
rois aſſommé ce coquin ,
mais la crainte que j’eus
d’achever de gaſter mes
affaires qui n’étoient pas
déjà en trop bon état ,
& l’envie que j’eus de
découvrir à cette arti-
ficieuſe que je ſçavois
106 Les Agréemens & les ſa conduite, & d’appren-
dre quelles raiſons elle
pouvoit me donner, me
firent prendre le party
de le laiſſer aller. Auſſi-
toſt donc qu’il ſe fut
retiré , je fis apporter
par Ducheſne l’échelle
& montay dans la cham-
bre, comme le Commis
avoit fait : cette friponne
étoit couchée dans ſon
lit, & entendoit bien
le bruit que je faiſois ;
mais elle ne pouvoit
107 Chagrins du Mariage. s’imaginer dans cette
obſcurité qu’il y eût
d’autre perſonne dans
ſa chambre que le Com-
mis : elle croyoit qu’il
y étoit remonté com-
me il étoit arrivé plu-
ſieurs fois lorſqu ’ il
étoit plus matin qu’il
n’avoit crû; ſi-bien qu’é-
tant perſuadé qu’elle
luy parloit , elle com-
mençea par dire qu’il
avoit cette nuit par trop
cauſé
, & qu’il avoit
108 Les Agréemens & les entierement conſommé
ſon onguent pour la brû-
lure
. Je n’oſois , comme
vous croyez bien, parler,
de crainte qu’elle ne
reconnût que ce n’étoit
point la voix du Com-
mis , ſi – bien que ſans
dire mot , je m’apro-
chay de ſon lit & com-
mencay à promener mes
mains : elle me laiſſoit
faire, mais reconnoiſſant
à leur groſſeur que ce
n’étoient pas celles du
Commis 109 Chagrins du Mariage. Commis , elle commen-
çea à crier comme une
folle; ſi bien que je fus
obligé de me découvrir
à elle , & de me faire
connoître. Vous jugez
bien de ſa ſurpriſe & de
ſon émotion aprés ce
qui s’étoit paſſé entre
nous : je commençay
par luy dire , que je
n’ignorois plus ſon
commerce & toute ſa
conduite avec ce Com-
mis , & que je la publi-
VIII. & D.P.         K 110 Les Agréemens & les erois, ſi elle n’en vouloit
pas convenir ; que ſi au
contraire elle me parloit
de bonne foi, & m’a-
vouoit tout ce qui s’étoit
paſſé entr’eux , & de
quelle maniere l’engage-
ment qu’elle avoit pris
pour lui , avoit com-
mencé , je lui garderois
le ſecret , & je l’aiderois
de mes conſeils , & de
tout ce que je pourois.
Elle ſe mit à pleurer, &
enſuite eſſuiant ſes yeux ,
111 Chagrins du Mariage. elle me dit qu’elle me
croioit honneſte hom-
me , & qu’elle alloit me
dire ingenûment la ve-
rité ſans en obmettre
aucune circonſtance , ce
qu’elle fit en ces termes.
Comme j’étois en-
core petite fille ( me dit-
elle ) ce Commis qui
étoit alors Laquais dans
la maiſon , avoit ſoin
de me chauffer les ma-
tins ; toutes les fois qu’il
le faiſoit, il me baiſoit les
K ij 112 Les Agréemens & les pieds & me faiſoit cent
autres semblables badi-
neries ; ſelon que j’étois
de bonne ou de méchante
humeur , j’en riois &
je le laiſſois faire ,
ou je l’en empêchois. A
meſure que je devenois
plus grande , ſes libertés
augmentoient ; enfin
comme il outroit les
choſes , je le traitay fort
rudement: je le chassay
de ma chambre & luy
deffendis d’y mettre ja-
113 Chagrins du Mariage. mais les pieds. J’en eûs
de la douleur peu de
temps aprés, pour luy
il en parut inconſolable ;
& comme nous cher-
chions tous deux à nous
racommoder , & que
nous étions à la cam-
pagne , un jour je le
vis de loing qu’il careſ-
ſoit une fille & qu’il
luy mettoit la main
ſur la gorge: cette veuë
me donna une ſi grande
jalouſie & tant d’émo-
K iij 114 Les Agréemens & les tion que je ne puis vous
l’expliquer, & pour faire
ceſſer ces careſſes qui me
déplaiſoient extrême-
ment, je me mis à crier
Au Loup, Au Loup8 :
cette fille s’enfuit au
plus viſte , & ce Com-
mis vint à moy , & après
cent careſſes il…… &
alors elle ſe teut. Il ( re-
pris-je ) ……… &
comme je voiois qu’elle
ne vouloit pas achever ,
pour la raſſurer davan-
115 Chagrins du Mariage. tage, je luy dis d’un ton
railleur & goguenard ,
qu’elle ne devoit point
s’effraier ; que de ſem-
blables avantures étoient
arrivées à des filles d’au-
tre qualité qu’elle , qui
n’en avoient pas été ma-
riées moins avantageu-
ſement , & n’en eſtoient
pas moins conſiderées
dans le monde ; que ce
n’étoit pas à moy , après
tout ce que j’avois veu,
tout ce que je sçavois ,
116 Les Agréemens & les & la parole que je luy
avois donnée de luy gar-
der le ſecret ) qu’il falloit
faire du myſtere; & que
tout au contraire pour
s’aſſurer de ma diſcre-
tion , elle devoit m’a-
vouer juſqu’aux moin-
dres particuliarités. Elle
me repartit , qu’elle ne
s’étoit point teû dans
la penſée de me rien
cacher , & que ſeu-
lement , par pudeur
& par honte elle n’a-
117 Chagrins du Mariage. voit pas eu la force d’a-
chever ; mais qu’une
Chanſon qu’elle avoit
faite ſur ce ſujet &
qu’elle alloit me dire ,
m’en apprendroit aſſez.
Enſuite cette petite folle
commença à me chan-
ter cette Chanſson auſſi-
gayement comme s’il
ne s’étoit rien paſſé entre-
nous ; vous ſerez peut-
être bien aiſe de ſçavoir
les paroles de cette
Chanſon. Les voicy.
118 Les Agréemens & les
  • Du haut de cette mon-
    tagne,
  • Un jour gardant mes mou-
    tons ;
  • J’aperceûs qu’à ma com-
    pagne
  • Michaut prenoit les tettons ;
  • Et pour empêcher ſon coup ,
  • Je criay Au Loup, Au Loup.

  • Auſſi-toſt il quitta priſe,
  • Pour venir me ſecourir ;
  • Mais , quelle fut ma sur-
    priſe
  • Lorſqu’il vit que par plaiſir,
  • Où pour empêcher ſon coup ,
  • Que j’avois crié Au Loup.
119 Chagrins du Mariage.
  • Il me retint pour gage ,
  • De ſon pied me jette à bas;
  • Mais pour venger cet
    outrage,
  • De force je n’avois pas ;
  • Et j’eus beau crier Au Loup,
  • Michaut acheva ſon coup.

Enfin ( continua-t-
elle ) depuis ce malheu-
reux jour , cet effronté
a pris tant de pouvoir
ſur moy , que je ne puis
lui rien refuser de tout
ce qu’il veut, & je crois
120 Les Agréemens & les qu’il m’a enſorcelée.
Elle me dit enſuite par
forme de confidence , &
en ſe radouciſſant la
voix , qu’elle auroit eſté
ravie d’eſtre mariée avec
moy , pour ſe delivrer
des perſecutions de ce
miſerable, & pour n’a-
voir plus de commerce
avec luy : elle me parla
d’une maniere ſi tendre
& ſi perſuasive , & je vis
ſur ſon viſage à la fa-
veur du jour qui com-
mençoit 121 Chagrins du Mariage. mençoit à paroître quel-
que choſe de ſi aima-
ble & de ſi touchant ,
que non ſeulement
j’eûs de la compaſſion
de la voir en cet état ,
mais je me ſentis en-
core de la diſpoſition
à l’aimer ; & je ne sçay
pas ſi dans ce moment
je n’aurois pas paſſé ſur
tout ce que je venois
de voir , tant ce ſexe
artificieux, quand nous
l’aimons, a d’adreſſe pour
VIII. & D.P.         L 122 Les Agréemens & les nous engager à tout ce
qu’il veut. Mais enfin
comme le jour augmen-
toit , je trouvay à pro-
pos de me retirer promp-
tement, de crainte qu’-
on ne me ſurprît dans
cette chambre , & qu’-
on ne me fiſt épouſer
cette fille par force , je
me contentay de luy
repreſenter auparavant
qu’elle devoit quitter à
quelque prix que ce fût ,
cet honteux & indigne
123 Chagrins du Mariage. commerce qui la per-
droit infailliblement s’il
continuoit.
Le père de cette fille
ne fut pas ſitoſt levé que
je luy dis qu’il m’étoit
ſurvenu une affaire de
conſequence, qui m’ob-
ligeoit de partir promp-
tement , & pour cet
effet je fis parler Du-
cheſne , ſi - bien qu’a-
prés avoir pris congé
du père & de la fille ,
je m’en revins à Paris.
L ij 124 Les Agréemens & les Que faire , mon
cher Philogame ? con-
tinua Antigame ; quel
party prendre ? laquelle
dois-je épouſer ? dois-je
encore en voir d’autres ,
ou pluſtoſt dois-je me
marier ? que me con-
ſeillez - vous de faire ,
vous qui eſtes un hom-
me de bon ſens , & qui
sçavez par experience ,
ce que c’eſt que le ma-
riage? Je ne veux point ,
( repartit Philogame )
125 Chagrins du Mariage. Vous donner du conſeil
là deſſus , ny raiſonner
avec vous ſur ce ſujet ,
qu’auparavant je ne
vous aye raconté , ce
qui m’eſt arrivé depuis
mon mariage , afin que
vous preniez vos meſu-
res là deſſus. Ce qu’il
fit en ces termes.




L iij
126 Les Agréemens & les

HISTOIRE
DE
PHILOGAME.

APrès que Frau-
deliſe fut reve-
nuë de ſon indiſ-
poſition , nous travail-
lâmes à la concluſion
de noſtre mariage ;
127 Chagrins du Mariage. il eſt impoſſible de
concevoir combien
je m’eſtimois heureux
quand je venois à penſer
que j’étois ſur le point
de poſſeder entiere-
ment la perſonne que
j’aimois le plus , & de
qui je me croiois le plus
tendrement chery. Qu’-
on eſt fol lorſqu’on rai-
ſonne ainſi ; & que l’on
connoit peu les femmes
quand l’on s’imagine que
le mariage peut donner
128 Les Agréemens & les des plaiſirs veritables &
ſolides ! voicy quel fût
le commencement, &
quelle a été la ſuite des
chagrins & des peines
que je ſouffre dans cette
mal-heureuſe condition.
Nos parens & nos amis
communs me firent en-
tendre qu’il falloit en-
voyer de riches preſens
de Nopces à Fraudeliſe;
& quoyque je leur re-
preſentaſſe de bonne foy
que je n’avois point d’ar-
129 Chagrins du Mariage. gent , & que de la ma-
niere dont elle & moy
nous vivions enſemble ,
nous ne devions point
être eſclaves de ces ſortes
de modes, qui ne font que
ruïner ceux qui veulent
s’y aſſujetir : ils ne laiſſe-
rent pas de m’obliger à
lui donner un collier de
perles de ſix cens Piſtoles 9,
une croix & des boucles
d’oreilles de Diamants
de huit mille - francs ,
& une bourſe de cinq
130 Les Agréemens & les cens Louis10. Je voulois
bien luy envoier le col-
lier de Perles & les Dia-
mants de feu ma mere ;
mais ils s’y oppoſerent ,
à cauſe que les Perles
étoient jaunes & barocs11,
& que les Diamants
n’étoient plus à la mode
& étoient taillés en
table ; ſi - bien qu’il m’en
coûta pour les Perles &
pour les Diamants
quatorze cens Piſtoles12,
c’eſt à dire un tiers plus
131 Chagrins du Mariage. qu’ils ne valoient , parce
que j’avois eſté obligé
de les acheter à credit ;
à l’égard des cinq cens
Louis13, un Notaire qui
demeure dans l’Iſle me
les fit prêter pour trois
mois , & me fit obliger
pour ſix cens Louis ; l’on
m’avoit flaté que le len-
demain de la Nopce je
trouverois la bource &
l’argent ſur la toilette
de la mariée : cependant
je n’en ay jamais veu un
132 Les Agréemens & les ſol14, & voilà de quelle
maniere les gens com-
mencent à ſe ruïner dés
les premiers jours de
leurs mariages.
Juſqu’à la premiere
nuit des Nopces j’avois
crû Fraudeliſe honnête,
douce, & complaiſante ;
mais lors qu’on la cou-
cha & qu’elle fut dans
le lit , ce n’étoit plus
qu’un dragon , ce n’é-
toit plus qu’une furie :
133 Chagrins du Mariage. tout autre moins aveu-
gle que moi auroit com-
mencé dés ce jour-là à
reconnoître le malheur
d’eſtre engagé avec une
ſemblable femme; mais
la paſſion & l’amour que
j’avois pour elle, faiſoient
que je regardois ſa fu-
reur & ſes emportemens
comme un témoignage
certain de ſa pudeur &
de ſa modestie.
Il faut avoüer qu’il
y a quelque choſe de fort
VIII. & D.P.         M 134 Les Agréemens & les bizare , & de bien ſin-
gulier dans ma deſtinée,
& dans mon tempera-
ment : la paſſion & la
jouiſſance d’une femme
donnent en peu de temps
à ſon mary de l’indiffe-
rence , & ſouvent même
du dégoût pour elle ,
mais pour moi j’étois
devenu par-là plus paſ-
ſionné pour Fraudeliſe ,
& amoureux au de-là
de tout ce que vous pou-
vez concevoir : Je ne
135 Chagrins du Mariage. ſçai point ſi l’excés de
cette amour venoit de
ce que le mariage avoit
augmenté ſa beauté ;
ou bien ſi parce que
elle ne répondoit pas
à la violence de ma paſ-
ſion , les oppoſitions &
les reſiſtances impre-
veuës qu’elle y aportoit
ſervoient à croître mon
amoure , & à la rendre
plus vive & plus forte;
quoi qu’il en ſoit je n’a-
vois l’eſprit uniquement
M ij 136 Les Agréemens & les occupé que de ce qui
pouvoit plaire à Frau-
deliſe , & j’allois aveu-
glément au devant de
tout ce qui lui étoit a-
agréable , & de tout ce
qui pouvoit lui donner
du plaiſir : je n’avois pas
plûtoſt obſervé que ſon
gout étoit touché de
quelque friandiſe , &
de quelque mets délicat
que je le lui achetois ,
& que je lui en faiſois
ſa proviſion : ſe vendoit-
137 Chagrins du Mariage. il au Palais une coêfure15,
une garniture, ou quel-
qu’autre ajuſtement joli
& nouveau ? le lende-
main matin elle en trou-
voit ſur ſa toilette ; la
voyois-je chagrine, je n’a-
vois point de repos que
je ne l’euſſe menée à la
Comedie , à l’Opera , à
la promenade & dans les
lieux où je croiois qu’elle
pouvoit ſe divertir. En-
fin jamais courtiſan n’a
eu plus d’honneſteté &
138 Les Agréemens & les plus de ménagement
pour ſon Prince & pour
ſes favoris que j’en avois
pour elle & pour les
perſonnes qu’elle conſi-
deroit.
Un procedé auſſi hon-
neſte & auſſi obligeant
de la part d’un mari ,
devoit ſans doute tou-
cher le cœur d’une fem-
me raiſonnable, & l’en-
gager à l’aimer plus for-
tement; cependant tous
mes ſoins & tous mes
139 Chagrins du Mariage. empreſſemens ont fait
des effets tout oppoſés
dans le cœur de Frau-
deliſe.
Ha ! quel sexe , quel
maudit ſexe ! plus un
mari a d’honneſteté &
de tendreſſe pour ſa fem-
me, plus elle devient
fiere , inſolente & ſou-
vent meſme dénaturée;
les honneſtetés & les
complaiſances que j’a-
vois pour Fraudeliſe ne
ſervoient qu’à me faire
140 Les Agréemens & les perdre l’eſtime & la con-
ſideration qu’elle devoit
avoir pour moi , qu’à
m’attirer ſes mépris &
des choſes deſobligean-
tes & fâcheuſes , & qu’à
l’engager à me traiter
plus indignement qu’un
eſclave.
A ſon gré je ne fai-
ſoit jamais rien de bien;
c’eſtoit une obſtination
& une contrarieté perpe-
tuelle de ſa part pour
tout ce que je diſois , &
141 Chagrins du Mariage. pour tout ce que je fai-
ſois ; à l’entendre parler
je n’étois qu’un innocent
qui ſe laiſſoit duper dans
toute ſorte d’occaſions ,
& un ridicule dont tout
le monde ſe moquoit ;
tout autre mari que moi
auroit eſté rebuté d’un
procedé auſſi mal-hon-
neſte & auſſi dur, & en
auroit témoigné de l’in-
dignation & de la co-
lere, mais quand on aime
avec autant de tendreſſe
142 Les Agréemens & les que je faiſois , ces ma-
nieres ne ſervent qu’à
toucher plus ſenſible-
ment , & qu’à augmen-
ter la violence de la paſ-
ſion.
Après avoir receu ces
mauvais traittemens ,
j’avois le cœur touché
juſqu’au vif, & je mou-
rois de chagrin & de
douleur : enſuite ma paſ-
ſion ingenieuſe à me
tromper & à me tour-
menter, me faiſoit en-
143 Chagrins du Mariage. tendre que Fraudeliſe
avoit raiſon dans tout
ce qu’elle avoit blâmé
dans ma conduite &
dans ma perſonne, me
faiſoit faire des refle-
xions ſerieuſes ſur mes
actions , & prendre la
reſolution de devenir
plus prudent & plus
ſage, ou plus conforme
à ſon goût.
C’eſt une étrange cho-
ſe qu’une jeune femme
quand elle croit n’avoir
144 Les Agréemens & les point de maître, & qu’el-
le ne ſuit dans ſa con-
duite que ſon humeur
& ſa paſſion ; pendant
que Fraudeliſe étoit ſous
la conduite de ſa tante
ou de ſa mere , elle étoit
modeſte dans ſes habits
& dans ſes manieres ,
& paroiſſoit éloignée de
toute ſorte de vanités ;
elle ne cherchoit point
les grandes compagnies,
les jeux, les repas ni les
cadeaux; ſon plus grand
plaiſir 145 Chagrins du Mariage. plaiſir étoit d’eſtre ſeule
à travailler ou à lire ,
encore avoit-elle tourné
ſa chambre de maniere
à la faire prendre pour
une cellule de Religieu-
ſe : mais quand elle ſe vît
mariée , qu’elle ſe crût
libre & maîtreſſe de ſes
actions , & que la ten-
dreſſe que j’avois pour
elle ne me permettoit
pas de contrarier ſes
volontés ; elle commen-
ça en mépriſant les con-
VIII. & D.P.         N 146 Les Agréemens & les ſeils de la raiſon & de
la prudence, à écouter
les pernicieux diſcours
de ces femmes, qui aprés
avoir ruiné la fortune
de leurs maris & les
avoir perdu de repu-
tation & d’honneur , ſe
divertiſſent à empoiſon-
ner les cœurs des jeûnes
mariées à leur avene-
ment dans le monde ;
& conduite par de ſi
mauvais guides elle s’a-
bandonna à toute ſorte
147 Chagrins du Mariage. de vanité & à tout ce qu’-
il y a de magnificences
d’habits & d’ameuble-
mens; & elle eut une paſ-
ſion violente & ſi outrée
pour le jeu, qu’elle y a
conſumé la meilleure
partie de noſtre bien, &
nous a reduits dans un
tres-fâcheux état.
Gautier n’avoit pas
d’étoffes pour elle assez
belles & aſſez magnifi-
ques , ny la Picarde de
dentelles & de points
N ij 148 Les Agréemens & les aſſez fins & d’un deſſein
aſſez beau ; ny Bouché
de broderies , & de ga-
lons d’or aſſez riches ,
& aſſez éclatants ; & ce
qu’il y a de fort ſingulier
eſt qu’elle s’imaginoit
qu’il y alloit de ſon
honneur d’en changer
tous les mois.
Je fus obligé de faire
un voyage pour tres-
peu de temps; à mon
retour je ne reconnus
plus ny ma Salle ny mes
149 Chagrins du Mariage. chambres , elles avoient
entierement changé de
face. Fraudeliſe en avoit
vendu tous les meubles ,
& en avoit mis à leur
place des plus à la mode
& des plus riches de Paris.
Elle ne jouoit point
que dans les gros jeux ;
& ſouvent ſon Laquais
à une & deux heures
aprés minuit venoit
m’éveiller pour me dire
d’envoier de l’argent
à Madame ; je luy en ai
N iij 150 Les Agréemens & les fourny autant que j’ay
pû , & la tendreſſe que
j’avois pour elle ne me
permettoit pas de l'ex-
poſer à recevoir des
affronts dans les Jeux
faute d’y pouvoir payer ,
& aux extremités baſſes
& honteuſes où ſe por-
tent pluſieurs jolies fem-
mes pour avoir de l’ar-
gent : j’ay vendu la
meilleure partie de mes
contrats, de mes rentes ,
& de mes fermes , &
151 Chagrins du Mariage. j’ay emprunté de toute
part pour ſoûtenir cette
dépenſe, ne pouvant me
deffendre des careſſes ,
& des flatteries de Frau-
deliſe, & des belles pa-
roles qu’elle me donnoit
de changer de vie , &
d’être plus réglée. Enfin
le credit eſt venu à me
manquer ; je me ſuis
veu hors d’état de pou-
voir plus fournir , à cette
dépenſe & de payer les
Creanciers de Fraudeliſe.
152 Les Agréemens & les
Au commencement j’ay
voulu par vanité luy
taire le malheureux état
de noſtre fortune; mais
comme elle étoit inceſ-
ſamment à me demander
de l’argent & que ma
maiſon ne deſempliſſoit
point de ſes Creanciers
ou d’huiſſiers , je fus à la
fin obligé de lui avouer la
ſituation fâcheuſe de mes
affaires. Elle ne conſi-
dera point qu’elle en
étoit la ſeule cauſe, &
153 Chagrins du Mariage. ſans vouloir écouter au-
cune de mes raiſons, elle
ſe mit dans une colere
effroiable contre moy ;
& ce qui la piqua plus
ſenſiblement, fut que
dans la ſuite me
ſentant pourſuivy par
ſes Creanciers, & à la
veille de voir vendre mes
meubles, je recourus à
un conſeil de Palais , &
je me deffendis en Juſtice
en diſant que Fraudeliſe
étant ſous ma puiſſance
154 Les Agréemens & les & n’étant autoriſée de
moy , les dettes qu’elle
avoit contractées étoient
nulles & que je n’étois
pas obligé de les payer.
Vous ne pouvez conce-
voir tous les emporte-
mens qu’elle eut contre
moy; à l’entendre dire,
j’étois un diſſipateur, un
voleur, un mal-heureux,
un gueux , qui avoit
mangé ſon bien, &
qu’elle avoit tiré de
la neceſſité : elle pouſſa
155 Chagrins du Mariage. ſa fureur bien plus avant,
elle voulut ſe faire ſeparer
d’habitation d’avec moy,
& pour y parvenir elle
me diſoit des injures
tres-honteuſes & tres-
outrageantes en preſence
de pluſieurs perſonnes,
dans la penſée de m’o-
bliger à la frapper &
de ſe faire par-là un
moyen de ſeparation.
Pour ne vous ennuier
pas davantage par un
recit plus long , je vous
156 Les Agréemens & les diray que Fraudeliſe ne
ſçachant plus de quel
bois faire fléche: elle eut
recours à la conſolation
des Joueurs ruïnez ,
c’eſt à dire qu’elle ſe
mit en teſte qu’elle pou-
roit regagner l’argent
qu’elle avoit perdu ; &
dans cet eſpoir, elle fit
de l’argent de ſes bijoux
& de ſes nippes qu’elle
mit en gage: enſuite de
ſes habits, & une partie
de meubles de la mai-
ſon 157 Chagrins du Mariage. ſon, & paſſoit les jours
& les nuits à le jouer :
elle eût auſſi la deſtinée
des Joueurs ruïnés, c’eſt à
dire qu’elle perdit gene-
ralement tout ce qu’elle
pouvoit perdre, & elle
ſe trouve à preſent ſans
un ſol, ſans reſource &
réduite à reſter dans ſa
maiſon , où elle nous
deſole tous ; ſa princi-
pale occupation eſt de
me contrarier à tout mo-
ment , de me gronder ,
VIII. & D.P.         O 158 Les Agréemens & les de me faire des repro-
ches , & de me dire des
injures; aucun domeſti-
que ne peut vivre avec
elle ; à tout moment
elle les querelle & les
bat, & nous n’avons
jamais huit jours les
meſmes; elle eſt devenuë
d’une avarice & d’une
lezine éfroyable, & fait
mourir de faim ſa mai-
ſon, & toutes ſes épar-
gnes ne tendent qu’à
faire de l’argent pour
porter au jeu.
159 Chagrins du Mariage.
Quelque forte qu’ait
eſté la tendreſſe que j’ay
eûë pour Fraudeliſe ;
vous jugez bien , mon
cher Antigame, qu’elle
n’a pû tenir contre un
procedé auſſi rude , &
auſſi degoûtant, & contre
le changement que ſa
maniere de vie dereglée
& ſa conduite ont aporté
à l’éclat de ſon teint &
à ſa beauté. Entre nous,
continua Philogame, je
vous avoüe que je me
O ij 160 Les Agréemens & les trouverois à preſent
fort heureux, ſi je pou-
vois ne la voir de ma
vie; elle n’approche pas
ſitoſt du lieu où je ſuis
que je ne ſente de l’émo-
tion & du chagrin : j’a-
vois autrefois pour elle
toute la tendreſſe qu’on
peut avoir pour une
femme ; elle n’y a point
répondu, & elle n’a eû
pour moi que de l’in-
gratitude & des duretés;
elle a diſſipé la meilleure
161 Chagrins du Mariage. partie de mon bien pour
ſe ſatisfaire & pour ſe
contenter : & aujour-
d’huy elle me fait l’in-
juſtice de me blâmer ,
& de me charger des
fautes qu’elle a faites , &
dont je ne ſuis coupable
que pour avoir eu trop
de complaiſance pour
ſes volontés & pour ſes
plaiſirs.
L’on oublie difficile-
ment un procedé auſſi
injuſte & auſſi dur que
O iij 162 Les Agréemens & les le ſien ; cependant je ſuis
contraint de vivre avec
elle comme auparavant,
de diſſimuler & de ca-
cher mon reſſentiment ,
autrement ce ſeroit tout
perdre , j’aigrirois ſon
eſprit , & je l’exciterois
à me tourmenter da-
vantage ; je ne doute
point qu’elle ne fît de l’é-
clat & du ſcandale dans
nos familles , dans le
monde & ſur tout par-
mi nos creanciers, qui
163 Chagrins du Mariage. prévoiants un divorce &
une ſeparation de biens,
ne manqueroient pas
de tout faire ſaiſir , &
de nous en dépouiller.
Vous avez entendu,
mon cher Antigame ,
continua Philogame ,
des choſes que je n’aurois
jamais dites à d’autres
qu’à vous, & que j’ay
crû ne devoir pas vous
cacher à cauſe de noſtre
ancienne amitié , & a-
prés la priere que vous
164 Les Agréemens & les m’en avez faite : c’eſt à
vous à preſent à faire
les reflexions que vous
jugerez neceſſaires ſur
tout ce qui m’eſt arrivé
avec Fraudeliſe , avec
cette femme dont je me
flatois d’eſtre ſi tendre-
ment aimé , & dont je
croiois que la ſeule poſ-
ſeſſion devoit faire ma
felicité; & c’eſt à vous
à choiſir enſuite la con-
dition que vous trou-
verez la plus avanta-
165 Chagrins du Mariage. geuſe, du mariage ou du
celibat.
Aprés que Philogame
eût achevé ce diſcours ,
Antigame prenant la
parole luy dit qu’il luy
étoit extrêmement obli-
gé de la ſincerité avec
laquelle il luy avoit par-
lé, & de ce témoignage
qu’il luy avoit donné
par-là de ſon amitié :
qu’il luy auoüoit de
bonne foy qu’il étoit
extrêmement ſurpris de
166 Les Agréemens & les tout ce qu’il venoit d’en-
tendre de Fraudeliſe ,
aprés luy avoir veu au-
trefois un eſprit qui
paroiſſoit ſi raiſonnable
& une humeur ſi douce
& ſi affable; & que tous
ſes diſcours ne contri-
buoient pas peu à luy
donner du dégout pour
le mariage : que ſi pour-
tant il vouloit luy per-
mettre de luy parler
franchement, il luy di-
roit qu’il s’étoit attiré par
167 Chagrins du Mariage. ſa trop grande facilité, &
ſes manieres trop indul-
gentes, les chagrins & les
peines qui luy étoient ar-
rivées; qu’auſſitoſt qu’il
avoit commencé à s’ap-
percevoir que Fraudeliſe
faiſoit un méchant uſage
des témoignages qu’il lui
donnoit de ſon amour
& de ſa complaiſance ,
& qu’elle prenoit trop
de liberté, il devoit deve-
nir plus réſervé & plus
ſevere à ſon égard, &
168 Les Agréemens & les ſe ſervir de cette hon-
nête authorité dont les
maris doivent uſer en-
vers leurs femmes lors
qu’elles ſont im pruden-
tes & déraiſonnables.
Quand une femme
veut quelque choſe ,
interrompit Philogame,
& qu’elle ſe l’eſt mis
en tête , que le ma-
ri s’en deffende tant
qu’il voudra , elle en
viendra à bout, ſoit par
ſes flateries & ſes ca-
169 Chagrins du Mariage. reſſes, ſoit par ſes four-
beries & ſes artifices,
ſoit par ſon obſtination
& ſon opiniatreté, &
le mary n’aura point
de repos qu’elle n’ait
obtenu ce qu’elle de-
mande.
Toutes les femmes ,
reprit Antigame, n’ont
pas les mêmes inclina-
tions, & ne ſuivent pas
la même conduite que
Fraudeliſe. Il y en a qui
aiment leurs maris, qui
VIII. & D.P.         P 170 Les Agréemens & les haïſſent le jeu & le dé-
penſe & qui ſont bon-
nes ménageres. Quoy-
qu’elles n’ayent pas ces
ſortes de defauts , repli-
qua Philogame , les ma-
ris n’en ſont pas plus
heureux, & elles en ont
d’autres qui ne ſont
gueres moins incom-
modes : il y a toûjours
de l’excés & quelque
choſe d’outré dans ce
qu’elles font ; celles qui
aiment leurs maris ſont
171 Chagrins du Mariage. d’une jalouſie inſupor-
table & avec leurs re-
proches continuels, elles
ne leur donnent de re-
pos ni nuit ni jour ; les
ménageres deviennent
chagrines , bourruës ,
avares , font mourir de
faim toute leur maiſon,
& tombent dans mille
baſſeſſes & dans mille
vilainies dont elles in-
fectent dans la ſuite leurs
maris , qu’elles font
tourner en ridicules dans
P ij 172 Les Agréemens & les le monde : enfin il n’y
a point de femmes qui
n’aient des imperfections
& des defauts tres fâ-
cheux & tres-inſupor-
tables ; elles ne different
entr’elles ſur cet article
que du plus ou du moins;
les unes ſont coquetes ,
débauchées , infidelles ,
& ſans honneur : les
autres hipocrites , bigot-
tes, malicieuſes, vindica-
tives & orgueilleuſes ;
les autres precieuſes , ſça-
173 Chagrins du Mariage. vantes-ridicules , & ex-
travagantes, & les autres
quereleuſes , emportées
& violentes ; & il n’y
en a point , ou tres-peu,
qui avec leurs manieres
inquietes & inſuporta-
bles ne chagrinent , &
ne deſeſperent tous les
jours leurs maris.
Que voulez-vous donc
que je faſſe , interrompit
bruſquement Antigame,
pour empêcher que mes
creanciers ne faſſent ven-
P iij 174 Les Agréemens & les dre mes biens , & pour
me tirer de la neceſſité
que je prevois , puiſque
je ne ſçay point d’autre
moien pour remettre
mes affaires que le ma-
riage & le ſecours de la
dot d’une femme.
Ne vous y trompez
pas , repartit Philoga-
me ; une femme ruïne
plûtoſt les affaires de
ſon mari qu’elle ne les
accommode : quelque
bien qu’elle luy apporte
175 Chagrins du Mariage. elle fait une dépenſe
proportionnée à ſa for-
tune , & ſon mariage
attire aprés elle une
ſuite tres-grande ; les
preſens de nopces , les
habits, les feſtins, & les
repas , les équipages , les
domeſtiques , les ameu-
blemens, les groſſeſſes, les
couches , les nourices ,
les enfans , leurs édu-
cations, leurs établiſſe-
mens , & cent autres
dépenſes qui ne man-
176 Les Agréemens & les quent pas de ruïner en-
tierement un pauvre ma-
ri , & de conſumer ſon
bien , auſſi-bien que la
dot que ſa femme lui
a aportée.
Il eſt vrai qu’un ma-
ri peut ſe ſoûtenir quel-
que temps avec ce ſe-
cours ; mais il faut toû-
jours qu’il tombe lors
qu’il n’a pas de bien
pour ſupporter les char-
ges du mariage ; & ce
qui eſt de plus fâcheux,
177 Chagrins du Mariage. c’eſt que ſa chute eſt
bien plus cruelle &
plus ſcandaleuſe , parce
qu’elle attire aprés elle
celle de ſa femme & de
ſes enfans , & qu’elle les
rend malheureux le reſte
de leurs vies.
Hé bien , interrompit
Antigame , que feriez-
vous , ſi vous étiez à ma
place?
Moy , reprit Philo-
game , j’abandonnerois
une partie de mes biens
178 Les Agréemens & les à mes creanciers juſqu’à
la concurence de ce que
je leur dois , & j’oblige-
rois les moins traitables
& les plus durs à accep-
ter mes offres , en les ef-
fraiant par des menaces
de faire, comme pluſieurs
autres debiteurs, conſu-
mer en frais de juſtice ,
& en proviſions le prix
de mes biens ; & enſuite
avec ce qu’il m’en reſte-
roit, mes dettes payées ,
je me ferois un revenu
179 Chagrins du Mariage. certain , que j’irois man-
ger dans le lieu où je
me plairois davantage.
C’eſt à vous, Antigame,
dit Philogame en finiſ-
ſant , à voir ſi ce con-
ſeil vous convient; mais
tout ce que je puis vous
dire , c’eſt qu’aiant l’eſ-
prit auſſi bien fait & le
cœur auſſi tendre que
vous l’avez, la plus pe-
nible & la plus dange-
reuſe de toutes les ex-
trémités que vous puiſ-
180 Les Agréemens & les ſiez prendre eſt celle du
mariage.
Antigame aiant ren-
du mille graces à Phi-
logame de ſes bons avis
où il trouva beaucoup
de prudence & de ſa-
geſſe , les ſuivit de point
en point ; alla demeurer
dans ſa maiſon d’Autin-
ville , & aprés y avoir
paſſé quelque temps ,
il ſe retira dans l'Abbaye
de Ciſteaux
, où il
mene à preſent une vie
exem- 181 Chagrins du Mariage. exemplaire , & entre-
tient avec Leſbie un
commerce innocent de
lettres remplies de pieté
& de devotion.
1. 
La noblesse de robe occupait les fonctions de gouvernement, principalement dans la justice et les finances (qui pouvaient aussi être occupées par la haute bourgeoisie). La noblesse de robe se définit par opposition à la noblesse d'épée, qui occupait les traditionnelles fonctions militaires de leur groupe social. « La noblesse de robe », Wikipédia l'encyclopédie libre (25 mai 2016), Los Angeles, Wikimedia Foundation, Internet, 1er novembre 2016. https://fr.wikipedia.org/wiki/Noblesse_de_robe.
2. 
Le louis est la dénomination courante de la monnaie d'or française frappée de 1640 à 1792. .«  Louis (monnaie) », Wikipédia, L’encyclopédie libreInternet, 1 décembre 2015.
3. 
« Maltotier » : s.m. Celui qui exige des droits qui ne sont point dûs, ou qui ont été imposés sans autorité légitime. C'est un Maltôtier. Il se dit aussi par abus De ceux qui recueillent toute sorte de nouvelles impositions.

« Maltôtier », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.
4. 
Dubois de Chastignay parle probablement du saucisson de Bologne, ville en Italie ; en français moderne, la locution « saucisson de Bologne » (« baloney ») signifie un gros saucisson fait de porc, de veau et de bœuf.
5. 
Boire à sa santé. Il fallait qu'il réponde, par politesse, en faisant de même, et en continuant à boire.
6. 
Nous lisons la 8e et dernière partie du roman.
7. 
"TURELURE. s.f. Refrain de chanson, dont on a fait un substantif féminin, qui ne s' emploie que dans cette phrase familière, C' est toujours la même turelure, pour dire, C' est toujours la même chose, la même façon." « Turelure », Dictionnaire de l'Académie française en ligne, Quatrième Édition. T. 2. (1762), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 17 mars 2017.
8. 
On dit encore, d'Un homme qui est si enroüé qu'il ne peut presque parler, qu'Il a crié au loup, Et, qu'Il a veu le loup, quand il ne peut parler.« Loup », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.
9. 
« Piſtoles » : s. f. Monnoye d'or estrangere du poids du loüis d'or. [...] Ordinairement quand on dit Pistole, sans ajouster d'or, on n'entend que la valeur de dix francs.

« Pistole », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.
10. 
Le louis est la dénomination courante de la monnaie d'or française frappée de 1640 à 1792. .«  Louis (monnaie) », Wikipédia, L’encyclopédie libreInternet, 1 décembre 2015.
11. 
« Baroque » : ad. Se dit seulement des perles qui sont d'une rondeur fort imparfaite. Un collier de perles baroques..

« Baroque », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 7 novembre 2016.
12. 
« Piſtoles » : s. f. Monnoye d'or estrangere du poids du loüis d'or. [...] Ordinairement quand on dit Pistole, sans ajouster d'or, on n'entend que la valeur de dix francs.

« Pistole », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.
13. 
Le louis est la dénomination courante de la monnaie d'or française frappée de 1640 à 1792. .«  Louis (monnaie) », Wikipédia, L’encyclopédie libreInternet, 1 décembre 2015.
14. 
Un sou.
15. 
« Coeffure ou Coiffûre. » : s. f. Couverture, ornement de teste. Le turban est la coeffure des Turcs..

« Coeffure », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1694), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 7 novembre 2016.

Beaugency

Ch.-1. de cant. du Loiret, arr. d'Orléans, sur la rive d. de la Loire. 6 917 hab. (Balgentiens). Vestiges de l'enceinte. Donjon (XIe s.). Anc. abbatiale Notre-Dame (XIIe s., restaurée). Château Dunois du XVe s. (musée de l'Orléanais). Hôtel de ville Renaissance (tentures du XVIIe s.). Pont sur la Loire, en partie gothique. HIST. Un concile s'y tint en 1152 pour prononcer le divorce de Louis VII et d'Aliénor d'Aquitaine.
  • « Beaugency », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Ordre de Cîteaux

  1. Cîteaux-l'Abbaye : Hameau de la comm. de Saint-Nicolas-lès-Cîteaux (Côte d'Or), à l'E. de Nuits-Saint-Georges, en Bourgogne. Abbaye fondée en 1098 par Robert de Molesme.
  2. Cisterciens : Moines de l'ordre bénédictin réformé de Cîteaux. Fondé par Robert de Molesme en 1098, l'ordre se développa à partir de l'abbatiat d'Étienne Harding (1109-1133) et sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux. Le routour à la règle bénédictine appliquée dans toute sa rigueur, l'idéal de retrait du monde et de pauvreté absolue assurèrent le succès de la spiritualité cistercienne. Après la fondation en 1113 - 1115 des abbayes de La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimond (les « quatre filles de Cîteaux »), qui à leur tour essaimèrent, les cisterciens s'organisèrent en une fédération d'abbayes observant la Charte de charité (1114, confirmation pontificale en 1119) et regroupées en lignes sous la direction d'« abbayes mères ». Ils connurent leur âge d'or aux XIIe-XIIIe s., lorsqu'ils furent appelés à intervenir dans maintes affaires de l'Église, cependant qu'ils constituaient de puissants domaines agricoles.
  • « Cîteaux-l'Abbaye », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.
  • « Cisterciens », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Autainville

Tout petite commune qui se trouve dans le département de Loir-et-Cher, dans la région Centre. Pour obtenir plus d'informations portant sur Autainville, veuillez consulter le site-web official du village : http://www.autainville.com/.

Brie

Région de l'E. du Bassin parisien, plateau recouvert de limons fertiles, situé entre la Seine et la Marne (Briards). [...] C'est une région de grandes propriétés pratiquant une agriculture mécanisée : culture du blé, de la betterave à sucre, du maïs ; fromages réputés. [...] HIST. Il y eut sous les derniers Carolingiens et les premiers Capétiens une Brie française (cap. : Brie-Comte-Robert) et une Brie champenoise (cap. : Meaux) dont les seigneurs s'intitulaient comtes de Meaux. Celle-cit fut rattachée à la Couronne, avec la Champagne, en 1361.
  • « Brie », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Rue Quincampoix

Rue qui se trouve dans les IIIe et IVe arrondissements de Paris.

Mayence (en all. Mainz)

Ville d'Allemagne, sur la rive gauche du Rhin, près de son confluent avec le Main et près de la ville de Francfort.
  • « Mayence en all. Mainz », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Bologne (en it. Bologna)

Ville située dans le nord-est de l'Italie, entre les Appenins et le Pô.
  • « Bologne en it. Bologna », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Auvergne

Région administrative située au centre de la France. L'Auvergne compte quatre départements : Allier, Cantal, Haute-Loire, Puy-de-Dôme.
  • « Auvergne », Le Petit Robert : Dictionnaire illustré des noms propres, Paris, Dictionnaires le Robert, 1994.

Robin

ROBIN. s. m. Nom propre qu'on ne met ici, que parce qu'il est employé dans quelques phrases proverbiales. Ainsi en parlant d'Un homme qui revient sans cesse à ses projets, à ses intérêts, à ses anciennes habitudes, on dit, Toujours souvient à Robin de ses flutes. En parlant d'Un homme méprisable, et du témoignage de qui l'on fait pen de cas, on dit, C'est un plaisant Robin.
  • « Robin », Dictionnaire de l'Académie française en ligne (1798), The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago, Internet, 24 août 2009.