Le mariage sous L'Ancien Régime

Ce poème fait partie du recueil du Premier livre de la muse folastre, publié 1615 par Claude le Vilain. Ce poème fut publié pour la première fois dans Les Muses ralliées en 1599.

ADVIS TOVCHANT
LE MARIAGE.


  • LA femme eſt vne mer, & le mary
    rocher,
  • Qui va mille perils ſur les ondes cher-
    cher,
  • Et celuy qui deux fois ſe plonge en ma-
    riage
  • Endure par deux fois le peril du nau-
    frage:
  • Cent tempeſtes il faut à toute heure en-
    durer,
  • Dont la mort ſeulement peut l’homme
    retirer.
  • Si toſt qu’en mariage vne femme on a
    priſe,
  • On eſt bien lié, qu’on perd toute fran-
    chiſe,
  • L’homme ne peut plus rien faire à ſa
    volonté.
  • Le riche auec orgueil geſne ſa liberté,
  • Le pauure rend du tout ſa vie miſerable,
  • Car pour vn, il conuient en mettre deux
    à table.
  • Celuy qui laide femme a dedans ſa mai-
    ſon,
  • N’a plaiſir auec elle en aucune saiſon:
  • La belle au ſeul mary à peine auſſi peut
    eſtre,
  • Les voiſins comme luy taſchent à la co-
    gnoiſtre.
  • Elle paſſe le iour à ſe peindre, & far-
    der,
  • Son occupation n’eſt qu’à ſe regarder
  • Au cristal d’vn miroir , conſeiller de ſa
    grace.
  • Deſpitée ſi quelqu’autre en beauté la ſur-
    passe,
  • Semblable eſt leur beau teint à ces ba-
    ſtions à feu
  • Qui n’eſtans point fourbis ſe rouillent
    peu à peu:
  • Si le pauure mary leur manque de ca-
    reſſe,
  • On l’accuſe ſoudain d’auoir autre mai-
    ſtreſſe.
  • La femme trouble vn lict de cent mille
    debats
  • Si ſon deſir ardent ne tente les combats,
  • Et ſi l’homme ſouuent en ſon champ ne
    s’exerce,
  • Labourant, & ſemant d’vne peine di-
    uerse.
  • La mer, le feu, la femme auec neceſſité,
  • Sont les trois plus grands maux de ce
    monde habité:
  • Le feu bien toſt s’eſtaint : mais le feu de
    la femme
  • Soudain bruſle, & ardent n’eſtaint ia-
    mais la flamme.